Sous le soleil implacable de Maspalomas, aux Canaries, Vicente perfectionne depuis vingt-cinq ans l’art de la retraite heureuse: cocktails, farniente, sexe et liberté. Mais voilà qu’un accident vient brutalement saboter son petit coin de paradis gay…

Chanceux, Vicente, Basque sexagénaire chenu mais le cheveu teint en jaune (teint en jeune ?), retraité bon vivant, fornique avec un cadet peu regardant sur ses bourrelets : fellation, sodomie, la totale – spectateurs prudes, s’abstenir. Ça se passe assez récemment, derrière les dunes de Maspalomas, épicentre de la branchitude LGTBIQ+ (comme on dit aujourd’hui), aire balnéaire naturiste au sud de la Grande Canarie.
Partouze gay
Avec la crudité réaliste propre à la nouvelle vague ibérique, Maspalomas, titre du film, nous transporte sans transition de la plage à la dark room d’une boîte à partouze gay où, cette fois, malchance, Vicente nous fait un AVC pile avant le coït, et réchappe de justesse à l’épectase : voilà le vieux gus en fauteuil roulant. Il a été rapatrié à Donostia (nom basque espagnol de Saint-Sébastien), et placé dans un EHPAD de dernière catégorie par Nerea, sa secourable fille de longtemps perdue de vue, ces circonstances ayant poussée celle-ci à renouer avec son géniteur. De fil en aiguille, on sera amené à piger que papa Vicente, homo au placard pendant vingt-cinq ans, marié en justes noces puis divorcé de sa femme, a tout plaqué pour passer vingt années supplémentaires avec un type dont il a fini par se séparer…
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La vie en maison de retraite exige d’infinies qualités d’adaptation, auxquelles Vicente aura beaucoup de mal à se soumettre : supporter Xanti, le voisin de chambre, un macho sémillant avec qui se lier prendra le temps qu’il faut, sacrifier aux exercices de rééducation, supporter en autarcie la grégarité cacochyme, l’humiliation d’être lavé comme un nourrisson par tel aide-soignant bardé de piercings, gérontophile que Vicente identifie secrètement via son smartphone, draguant sur un site de rencontres…
Vis ma vie d’homo en Espagne
Habilement, avec un accent mélodramatique jamais pesamment lacrymogène, le scénario retrace, à travers les fantômes du passé de Vicente, le parcours mêlé de refoulements et d’émancipation de toute une génération d’homosexuels outre-Pyrénées. L’intrigue se recharge intelligemment, tout au long, de regards acérés sur la réalité des rapports filiaux, la puissance de l’amitié (Vicente finira par adorer Xanti, et par se rabibocher avec son plus ancien ami), la sexualité des seniors…
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Ajoutons que les réalisateurs et scénaristes Aitor Arregi et José Mari Goenaga sont basques, et que les dialogues de Maspalomas alternent langue basque et idiome castillan, double ancrage pas anodin s’agissant de l’Espagne. L’épilogue du film nous conduira jusqu’au seuil du confinement décrété par le gouvernement espagnol, le coronavirus paralysant du jour au lendemain toute vie sociale sur l’ensemble du territoire. La métaphore fonctionne : « On aura passé vingt ans à se planquer dans les bars, et maintenant on se planque sur les applis de rencontre », constate assez finement une réplique, dans un film sciemment économe de bavardages.
Plus ou moins rétabli de son AVC, c’est en solitaire que, retourné dans une Maspalomas au littoral désormais aussi désert que désertés ses anciens bars homos, Vicente, le cheveux gris et assumant les ravages de ses 76 ans, s’enfonce nu dans le ressac, sous le soleil. Il a juste salué un jeune promeneur solitaire, et lui a dit : « Je vous trouve très beau ».
Maspalomas. Film de Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga. Avec José Ramon Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Urang, Kepa Errasti, Zorion Eguilor Espagne, couleur, 2025. 1h55
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