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34 000 euros d’amende pour avoir tenté de sauver Marie-Thérèse


34 000 euros d’amende pour avoir tenté de sauver Marie-Thérèse
Image d'illustration.

Une femme de 62 ans, une Alsacienne, donc probablement une dure à cuire,  défend sa poule à coups de bâton contre un prédateur. Le tribunal correctionnel de Strasbourg l’a condamnée à trois mois de prison avec sursis et à la bagatelle de 34 000 euros d’amendes et dommages versés à une meute de huit associations.


Huit associations, oui. On n’en finit plus de compter les officines des Khmers verts ! Le crime de notre sexagénaire ? Avoir tué un lynx. Lequel lynx s’était introduit dans un poulailler. La délinquante a cru avoir affaire à un chat, ce qui est parfaitement crédible au vu de la taille de l’animal, un juvénile (4,2 kg)[1]. Tout le monde n’a pas un doctorat en zoologie. Mais l’erreur d’appréciation taxinomique peut désormais vous valoir un casier judiciaire.

La longue mémoire des éleveurs

L’homme a cessé de reposer sur les aléas de la chasse pour sécuriser son alimentation au tournant du Néolithique. Il a domestiqué des animaux pour sécuriser son alimentation :  poule, brebis, chèvre ou vache. Ce capital vivant est fragile. Depuis la nuit des temps, le paysan y est attaché comme à sa propre chair.

Dès cette époque, il a fallu protéger ce capital contre les prédateurs. Les haies, les enclos, les chiens de garde, les veilles nocturnes sont autant de témoignages d’une guerre sans fin livrée aux fouines, aux renards, aux loups, aux ours ou aux aigles.

La fermière sait parfaitement ce que c’est que de trouver au petit matin ses volailles saignées jusqu’à la dernière par une fouine qui tue pour le plaisir, bien au-delà de sa faim. Toute personne ayant élevé des pondeuses connaît ce spectacle navrant : les bêtes gisent, le cou ouvert, le sang sur la paille. La fouine ne mange pas, elle massacre. Et l’éleveur ramasse et recommence.

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Cette femme n’a fait que son devoir millénaire. La propagande associative s’est évertuée à présenter le lynx comme une victime sauvagement massacrée. La fermière n’est pas venue avec un fusil et une intention de tuer. Alertée par le bruit de ses poules en détresse, elle a accouru, puis cherché à séparer à la main les deux protagonistes. N’y parvenant pas, elle s’est emparée d’un bâton qui traînait et a frappé l’attaquant. Y avait-il intention de donner la mort? L’histoire ne le dit pas.

Son avocate a plaidé « un moment de panique » bien compréhensible. La cour, dans sa mansuétude républicaine, a tout de même infligé 34 000 euros à cette sexagénaire alsacienne. C’est facile, dans un prétoire strasbourgeois confortablement chauffé. Le procureur, qui serait probablement incapable de reconnaître une grenouille d’un crapaud avait requis une peine encore plus sévère.

Évidemment, nulle personne sensée ne peut justifier le massacre délibéré d’animaux protégés. Il paraît normal que les braconniers professionnels, les trafiquants de fourrures ou de trophées, animés d’intentions purement mercantiles soient lourdement sanctionnés. Mais mettre sur le même plan le trafiquant qui abat un lynx pour sa fourrure et une éleveuse qui frappe à coups de bâton une bête qui dévaste son poulailler, c’est à la fois une absurdité juridique, et une déclaration de guerre idéologique aux habitants des campagnes.

Ceux qui font les lois et ceux qui les appliquent ignorent tout de la nature

En Italie, au printemps 2023, une ourse réintroduite par des programmes de conservation a attaqué Andrea Papi, un jogger de 26 ans qui courait dans les bois. Il a été tué.

Les associations de défense des animaux ont aussitôt manifesté pour empêcher l’abattage de la coupable. Le président de Région avait ordonné sa mise à mort ; les tribunaux, saisis par les protecteurs de la bête, ont suspendu l’exécution. L’ourse vit aujourd’hui dans un enclos d’un hectare en Forêt-Noire, spécialement construit à plus d’un million d’euros. Un jeune homme est mort. L’ourse jouit d’une retraite dorée.

Plus récemment, en Grèce, une bergère gardant son troupeau a été attaquée par un loup solitaire. Elle a tenu dix minutes, frappant l’animal du mieux qu’elle pouvait, avant de le mettre en fuite. Et en septembre 2025, une fillette de cinq ans s’est fait agripper à la taille par un loup sur une plage de Chalcidique. Un passant a dû lui lancer des pierres pour le chasser. On attend avec impatience que la bergère se fasse condamner. Elle aurait dû se laisser dévorer. Le lapideur de loup n’a pas été inquiété non plus. Il court toujours, profitant d’un laxisme judiciaire qu’étrangement les associations ne dénoncent pas.

Les lois sont écrites par ceux qui ne sarclent pas

Les textes protégeant le lynx, l’ours et le loup ont été conçus, portés, défendus et appliqués par des gens qui n’ont jamais vu de près un prédateur, sauf au zoo, derrière d’épais barreaux. La totale déconnexion entre les législateurs urbains et la réalité rurale saute aux yeux. Le même phénomène explique la polémique sur les ours et les loups. Des bergers ayant perdu cent brebis en une saison expliquent, avec des arguments précis et documentés, pourquoi la coexistence est devenue impossible. Des fonctionnaires parisiens ou bruxellois leur répondent doctement avec des courbes de biodiversité et brandissent des directives européennes. Ceux qui ont trahi la terre pour s’installer en ville ont souvent tendance à vouloir expier leur propre trahison par une idéalisation compensatoire de la nature.

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La nature, vue depuis le sixième étage du 7e arrondissement, est un paradis de biodiversité qu’il convient de protéger à tout prix. Vue depuis un poulailler en Alsace à six heures du matin, c’est très différent.

Faut-il tout sacrifier à notre mère Gaïa?

Notre technocrate écologiste moyen possède souvent une maison de campagne. Un « pied-à-terre » authentique pour se « ressourcer », avec un jardin laissé « à l’abandon », comme il dit avec légitime fierté. Un jardin sauvage. Un jardin biodiversifié dans lequel évidemment il laisse proliférer les rongeurs. Le type même d’habitat prisé par les reptiles. Si son petit-fils, jouant dans ce jardin idéologiquement cohérent, devait décéder des suites d’une morsure de vipère, soyons-en sûrs : notre technocrate saurait assumer de ses convictions. C’est, au fond, une forme de sacrifice humain à Gaïa. Dont il ne pourrait qu’être heureux. Après tout, la Nature reprend ses droits. C’est infiniment préférable à écraser le reptile d’un coup de talon vengeur, geste brutal, archaïque, antiécologique. D’ailleurs la loi classe tous les reptiles indigènes comme espèce protégée et celui qui l’enfreint risque trois ans ferme et 150 000 euros d’amende[2].

Finalement, notre Alsacienne s’en tire à bon compte. Elle a bénéficié d’une grande mansuétude des magistrats. Et l’association One Voice ne s’y est pas trompée, puisqu’elle a déclaré « Cette décision constitue une reconnaissance de l’atteinte portée à une espèce strictement protégée, même si la condamnation reste faible au regard de sa gravité. »[3] Il est heureux finalement que la peine de mort ait été abolie dans notre pays car, si l’on suit les associations de Khmers verts, il aurait fallu faire appel à l’invention du docteur Guillotin.

Ruiner et déshonorer une sexagénaire est notoirement insuffisant.


[1] Selon le rapport d’autopsie

[2] Article L. 415-3 du code de l’environnement

[3] Déclaration de Muriel Arnal, présidente de One Voice, dans un communiqué publié le 20 mai à l’issue du jugement



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