Accueil Édition Abonné Il y a une vie après l’Assemblée…

Il y a une vie après l’Assemblée…

La chronique mensuelle d’Emmanuelle Ménard


Il y a une vie après l’Assemblée…
D.R.

Ça y est, l’été est arrivé. Vous pensiez être tranquilles pour profiter des terrasses ensoleillées avant les vacances ? Eh bien non, car la politique est encore et toujours là, avec ses visées présidentielles et ses lâchetés du quotidien. Vous en voulez un petit aperçu ? C’est parti.


Démagogie alimentaire

Jusque-là, il était réservé aux boursiers et non-boursiers en situation de précarité. Depuis le 4 mai, tous les étudiants peuvent bénéficier du repas à un euro. Du grand n’importe quoi… Je crois que notre pays a un problème avec la notion d’égalité. Pourquoi donc aider les étudiants qui n’en ont pas besoin ? Connaissez-vous le prix d’un repas au restaurant universitaire ? 3,30 euros en tarif « normal »… Est-ce à ce point insurmontable pour les étudiants issus de milieux favorisés ? En ces temps d’économies budgétaires, le gouvernement a encore cédé pour faire plaisir à la gauche… et au RN. Cette mesure inutile et typique de la « fausse-bonne idée » va nous coûter la bagatelle de 50 millions d’euros supplémentaires par an. Une broutille, me direz-vous. J’y vois plutôt un nouveau signal de la lâcheté et de la démagogie qui caractérisent nos gouvernants…

La Bohème

Cela devient une habitude de ses voyages présidentiels : après son désormais célèbre « for sure » à Davos, Emmanuel Macron s’est fait remarquer en jouant au surveillant de collège à Nairobi et au sportif en accompagnant le champion kenyan de marathon Eliud Kipchoge lors de son footing. Notre bon président aime décidément se mettre en scène. Mais ma séquence préférée, c’est lorsqu’il s’est improvisé chanteur à Erevan, en entonnant La Bohème, de Charles Aznavour, avec le président arménien au piano et le Premier ministre à la batterie… Je ne suis pas de ceux qui ont déploré le décalage abyssal entre la situation terrible que vit l’Arménie aujourd’hui et cette chansonnette : après tout, ce sont les dirigeants arméniens eux-mêmes qui l’ont organisée. Mais je ne peux pas m’empêcher de repenser à une petite phrase entendue sur les ondes à cette occasion : « Emmanuel Macron chante comme il gouverne, persuadé d’être le meilleur. » Tellement juste…

A lire aussi: Ivry-sur-Seine: exorcisme au conseil municipal

En passant…

L’autre jour, je croise dans la rue un vieux monsieur marocain qui me confie son admiration pour le maire de Béziers. Il finit en me disant : « Surtout gardez votre mari. À Marrakech, il vaut bien 500 chameaux ! » Dans une ville dont l’animal totémique est justement le « camel », je trouve ça délicieux.

OQTF

Ça y est, nous sommes fixés. Robert Ménard est convoqué le 30 septembre devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir refusé de marier une Française avec un étranger en situation irrégulière faisant l’objet d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français). Pour mémoire, il encourt jusqu’à cinq ans de prison, une amende de 75 000 euros mais surtout, une peine d’inéligibilité. On saluera au passage le très courageux coup de poignard dans le dos du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui estime que le maire de Béziers aurait dû célébrer le mariage en question. « Savoureux » alors que c’est bien parce que l’État n’est pas fichu de faire respecter ses propres décisions – les OQTF – que Robert Ménard risque d’être condamné. Une nouvelle démonstration de la lâcheté en politique.

Mémoire

Chaque 27 mai, la France célèbre sa Journée nationale de la Résistance. Et comme chaque année, Jean Moulin a été honoré à Béziers, sa ville natale. Mais une tradition désormais bien installée veut que notre ville inaugure le même jour le buste d’une figure de la résistance à l’étranger. Après Anna Politkovskaïa, journaliste russe, Aner Shapira, jeune héros israélien ayant sacrifié sa vie face au Hamas le 7 octobre 2023 ou encore l’Iranienne Mahsa Amini, pour n’en citer que quelques-uns, cette année, c’est le visage du chanteur Victor Jara, exécuté par la dictature chilienne lors du coup d’État de septembre 1973, qui a été dévoilé. Une cérémonie censée rassembler. Mais c’est sans compter les œillères de quelques militants communistes (dont une réfugiée chilienne) qui, au lieu de se réjouir de cette mise à l’honneur, ont préféré leur propre cérémonie de leur côté. La raison invoquée ? Ils refusaient la « récupération de la mémoire du résistant chilien par Robert Ménard » ! Quelle tristesse, et quel contresens ! Tout simplement le contraire du courage et de la liberté que l’on célèbre ce jour-là.

Vivre-ensemble

Il y a quelques jours, nous avons inauguré le Championnat de France des écoles de tir à Béziers. Alors que nous faisions le tour des installations, le président du club nous expliquait les différentes épreuves de tir sportif. Parmi elles, le « sanglier courant », rebaptisée « cible mobile ». Cette discipline étant internationale, il ne fallait pas heurter les pays musulmans en les faisant tirer sur ce qui reste à leurs yeux un vulgaire cochon. Vivre-ensemble, quand tu nous tiens !

A lire aussi: Esclavagiste toi-même !

Fric

Ils ne veulent pas travailler avec lui, mais ils veulent bien son fric. Je veux parler bien sûr de la tribune du collectif « Zapper Bolloré » signée par, au départ, 600 personnes s’opposant à une prise de contrôle totale d’UGC par Canal+. Réaction immédiate du patron de Canal : « Je ne travaillerai plus avec les gens qui ont signé cette pétition. » Ah mais non ! Ça ne vaut pas ! Ils ont le droit de « zapper Bolloré », mais l’inverse n’est pas possible. Bah oui, c’est de la discrimination politique ! D’ailleurs, c’est ce que vont défendre devant le tribunal judiciaire de Nanterre la Ligue des droits de l’homme et la Fédération CGT du spectacle, pour qui la décision de Maxime Saada est « un appel inacceptable/brutal à discriminer en raison d’une expression politique et syndicale pour museler les voix qui s’élèvent contre l’emprise croissante du groupe d’extrême droite Bolloré sur l’ensemble de la chaîne de fabrication et de diffusion du cinéma ». Vous l’avez compris, quand il s’agit de Bolloré, c’est politique et d’extrême droite. Quand on parle de la LDH et de la CGT, c’est l’éternel camp du bien et du bon droit. Et la cerise sur le gâteau nous vient tout droit de Mediapart : « La dernière saillie cannoise de Canal+ constitue un nouveau clou dans le cercueil que la droite extrémisée veut refermer sur la diversité de notre imaginaire collectif. » Rien que ça…

Juin 2026 - #146

Article extrait du Magazine Causeur




Article précédent Aux fourneaux de la mamma
Ancienne députée

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération