Le président Donald Trump se veut gendarme du monde et, dans le meilleur des cas, avec l’intervention américaine au Venezuela, l’arrestation et la première comparution de Nicolás Maduro (qui a plaidé non coupable), il a ouvert une brèche, dans la géopolitique mondiale, qui pourrait profiter à la Chine et valider rétrospectivement l’invasion de l’Ukraine.
Pour le meilleur et pour le pire
Le bouleversement qu’il engendre par sa conception très particulière de la diplomatie, au seul service des intérêts de son pays, ne peut être appréhendé de manière univoque — entre détestation et adhésion — mais doit être analysé avec la complexité que requièrent les actions de ce président totalement atypique. Pour le meilleur comme pour le pire.
On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines.
Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.
Le président Macron l’a dit, et il a eu raison, avant de déplorer la « méthode » employée par Trump : au Venezuela, on a mis fin à une dictature, et le peuple ressentira les bienfaits de ce changement.
L’autocratie, la corruption généralisée et la misère dominaient sous Nicolás Maduro. Qui peut, de bonne foi, tenir pour négligeable une telle avancée, une telle libération ?
Il y a donc là un mélange de morale internationale ayant trouvé son dû et d’économie profitable. Il convient d’accepter qu’avec Trump, les droits de l’homme ne seront jamais dissociés de la rentabilité américaine ni de la puissance d’un pays – rêvée aussi écrasante que son chef entretient de lui-même une opinion indépassable.
Pascal: « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique »
Pour l’Iran, qui oserait contester que venir empêcher une barbarie intégriste de « tuer » ses opposants est une bienfaisante menace et une intimidation nécessaire ? Le guide suprême a d’ailleurs compris la teneur du message vénézuélien : avec son cercle de fidèles, sa fuite pour la Russie serait programmée si le pire survenait pour cette théocratie indigne.
J’entends bien que se camper avec une telle arrogance comme gendarme universel impose — même à quelqu’un d’aussi indifférent au jugement international que Donald Trump — une exemplarité au moins relative, ainsi qu’un ciblage soigneux des causes à défendre ou à combattre ; faute de quoi les États-Unis se verraient dénier toute légitimité, même minimale, à jouer les justiciers.
Il me semble que le président américain devra, d’une part, évaluer dans quelle mesure ses initiatives internationales sont susceptibles de le contraindre — ou non — à « revisiter », sur certains points, sa politique étrangère et, d’autre part, à interroger le rapport entre sa force et le droit.
En effet, même un Donald Trump, qui ne semble guère disposé à s’embarrasser de considérations humanistes jugées superfétatoires, ne pourra éluder, dans l’ordre international qu’il entend façonner, l’obligation d’habiller la force en morale. La mise à l’écart de l’ONU ne fait, en réalité, que transférer cette exigence morale vers et sur les grandes puissances.
Pascal l’a énoncé admirablement : la force sans le droit est injuste… Inutile que le président Trump le lise pour comprendre l’évidence. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales, a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau ». C’est un paradoxe amer, mais tellement pertinent. Il pourrait donner corps à une idée que j’ai toujours défendue et qui, dans le contexte international actuel, apparaît plus nécessaire que jamais : une démocratie a le droit de se défendre avec vigueur sans se renier. Elle n’a pas vocation à tendre, par lâcheté ou par mauvaise conscience, l’autre joue diplomatique. Une leçon pour nous, et pour d’autres.
Le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, vent debout contre les dérives idéologiques des antennes et la gabegie financière à France télévisions et Radio France, a été prié de cesser de faire de la politique-spectacle.
La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public a d’ores et déjà permis d’apprendre ou de confirmer certaines choses intéressantes sur le fonctionnement de cette institution médiatique, sur son orientation idéologique, sur ses connivences politiques, sur sa catastrophique gestion financière, sur ses accointances douteuses avec des maisons de production privées, sur les rémunérations, primes et avantages sociaux de ses employés, etc.
Faites le taire !
Le rapporteur de ladite commission, Charles Alloncle, ne s’est pas fait que des amis, c’est le moins qu’on puisse dire. Le jeune député UDR de l’Hérault, qui connaît son dossier par cœur, est pugnace tout en restant courtois. Il ne se laisse démonter ni par l’arrogance des uns – Patrick Cohen s’est une fois de plus distingué dans ce domaine – ni par les tentatives d’enfumage des autres. Après quelques auditions éprouvantes, les mandarins du système médiatique ont décidé de s’ériger en martyrs de la liberté d’expression, en victimes de l’extrême droite. Solidaires, les médias dominants relaient leurs plaintes douloureuses…
La presse mainstream subventionnée est sur le pied de guerre : il faut sauver l’audiovisuel public par tous les moyens. Télérama, Libération – où officie Thomas Legrand, surpris dans un café parisien avec deux éminents représentants du Parti socialiste auxquels il promettait à demi-mot le soutien de France Inter en cas de candidature de Raphaël Glucksmann aux prochaines présidentielles – condamnent en bloc cette commission et ses objectifs inavouables, selon eux. De son côté, Le Monde se déchaîne contre Charles Alloncle, rapporteur d’une commission qui serait, tenez-vous bien, la « caisse de résonance des obsessions des médias de Vincent Bolloré ». Rappel qui a son importance : Télérama et Le Monde appartiennent au même groupe contrôlé par le banquier gauchiste Matthieu Pigasse, également actionnaire de Mediawan, entreprise culturelle travaillant pour France TV, produisant plusieurs émissions dont C à vous, animée par Élisabeth Lemoine et… Patrick Cohen.
Le rappel à l’ordre de Jérémie Patrier-Leitus
Ce mercredi 7 janvier, trois journalistes du Monde, pas moins, ont donc uni leurs plumes pour dézinguer Charles Alloncle. Feignant de découvrir l’utilisation des réseaux sociaux dans le milieu politique, ils s’indignent de ce que le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public les utilise – ce qui est parfois le seul moyen de porter à la connaissance du public des informations que les médias dissimulent. De plus, ce « bardelliste » serait « noyé sous les éloges de l’animateur phare de CNews Pascal Praud » – ce qui révèle vraisemblablement un retour des heures les plus sombres de notre histoire. Heureusement, se réjouissent-ils, le président de ladite commission, Jérémie Patrier-Leitus, a mis le holà en convoquant le bureau afin d’établir quelques « principes » avant de poursuivre les travaux. Il est possible que les courriers de Mme Veil, présidente de Radio France, et de Patrick Cohen, envoyés à M. Patrier-Leitus et à l’Arcom pour se plaindre des mauvais traitements qu’ils auraient subi lors de leurs auditions, aient pesé dans la décision du président. Quoi qu’il en soit, cette « séance de recadrage » satisfait Le Monde qui, ce même jour, a ouvert ses colonnes à Xavier Bertrand. Le président LR des Hauts-de-France signe une tribune dénonçant « les assauts de l’extrême droite contre la presse ». C’est original. M. Bertrand est la proie d’une idée fixe qui lui sert de seul et unique programme politique : le combat contre l’extrême droite. Il aimerait tonitruer mais ne parvient qu’à piauler de sempiternelles platitudes sur la démocratie et les valeurs républicaines supposément en danger. Il voit naturellement d’un mauvais œil les auditions dirigées par Charles Alloncle et affirme que « l’extrême droite œuvre, dans un silence assourdissant, pour tenter de mettre au pas des journalistes qui ne pensent pas comme elle ». C’est qu’il y tient à son rond de serviette dans l’audiovisuel public, le matamore républicain.
Dernièrement encore, il y promouvait son livre intitulé Rien n’est jamais écrit. Pourtant, si, une chose était écrite – l’insuccès de ce bouquin et son destin inéluctable : le pilon. Une autre semble également inscrite dans le marbre : malgré ses prétentions, Xavier Bertrand ne sera jamais président de la République. En attendant d’être confronté à cet échec, M. Bertrand roule des mécaniques dans les médias publics en admonestant « l’extrême droite » et déclare, dans La Voix du Nord, vouloir « mettre [ses] idées dans le débat ». Lesquelles ? On ne sait pas. On sait seulement, grâce au Monde, qu’il ne confond « jamais l’extrême droite avec ses électeurs », ces derniers étant, selon lui, « les premières victimes de stratégies de manipulation, de colère organisée et de désinformation planifiée », et qu’il fera tout pour défendre les pauvres journalistes « intimidés, surveillés » par l’extrême droite. D’ailleurs, il enjoint à tous les responsables politiques de réagir pour « garantir la liberté d’expression de chacun ». Du vent, du vent et encore du vent – et nous comprenons enfin pour quelle raison les Hauts-de-France sont la région où il y a le plus d’éoliennes…
L’intervention des États-Unis au Venezuela serait-elle uniquement motivée par la captation de ses réserves de pétrole ? Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire… Mais l’Amérique de 2026 étant moins dépendante des hydrocarbures étrangers, les objectifs de cette opération pourraient aussi être encore plus triviaux. Analyse.
L’éviction de Nicolás Maduro a ravivé un débat central dans la politique américaine: l’affirmation de la puissance à l’étranger renforce-t-elle ou affaiblit-elle le président Trump sur le plan intérieur ? Si l’épisode vénézuélien peut offrir un second souffle aux Républicains, les gains électoraux demeurent incertains.
Une popularité en berne un an après son élection
À quelques jours du 20 janvier 2026, date anniversaire du retour de Donald Trump au pouvoir, le bilan est mitigé. Une politique agressive à l’international, des droits de douane massifs, une offensive conservatrice sur le plan culturel et une gestion stricte de l’immigration ne semblent pas être la voie vers un âge d’or américain, mais plutôt un cocktail explosif annonçant une potentielle défaite aux midterms de novembre. Trump patine dans les sondages. SelonThe Economist, 39 % approuvent, 56 % désapprouvent et 4 % ne savent pas quoi penser de sa politique. C’est moins que son prédécesseur Joe Biden qui récoltait en janvier 2022 un taux d’approbation de 40 %. Si les midterms sont souvent difficiles pour le président en exercice, il s’agit d’une dure réalité pour celui qui a remporté tous les États-clés il y a un an et qui estime que «Sleepy Joe » incarne le pire président de tous les temps.
L’impopularité de Trump s’explique par sa gestion de l’économie qu’il ne parvient pas à faire décoller. Alors que l’inflation a miné le bilan économique de Joe Biden (3 % en 2024), elle demeure élevée sous Donald Trump (2,7% en 2025). Surtout, les prix de l’énergie, dont dépendent beaucoup d’Américains des classes moyennes et populaires, ont augmenté de 4,2% en 2025 contre 2,8% en 2024. Ainsi, ce retour de bâton pourrait s’avérer fatal pour les Républicains à moins d’un an des midterms. Ils en ont d’ailleurs déjà subi les frais en novembre dernier. Aux élections municipales de New York et de Miami, les démocrates Zohran Mamdani et Eileen Higgins ont remporté les élections haut la main. Très à gauche, M. Mamdani est le premier maire musulman qui a réussi à gagner Big Apple en promettant de lutter contre la vie chère. Mme Higgins a réussi l’exploit d’arracher Miami aux Républicains qui tenaient la ville depuis trente ans en promettant de rendre les logements plus abordables.
Le décrochage de la base MAGA historique
Le cœur du malaise MAGA repose sur un sentiment de trahison. La campagne de 2024 s’articulait autour de messages clairs : « America First », « No More Wars », refus du « nation building », et transparence radicale face à ce que Trump appelait « l’État profond ». Un an plus tard, une partie significative de ses plus fidèles soutiens estiment que ces engagements n’ont pas été respectés. L’opacité persistante autour du dossier Epstein, la pression inflationniste toujours palpable et l’absence de rupture nette avec l’interventionnisme nourrissent une défiance croissante. Le danger pour Trump n’est pas tant la mobilisation de ses adversaires que la démobilisation de ses propres électeurs qui l’accusent de trahison. Un désistement de poids est celui de Marjorie Taylor Greene qui a décidé de quitter son siège au Congrès sur fond de désaccord avec la Maison Blanche.
La politique étrangère cristallise particulièrement les critiques. Trump avait promis la fin de l’engagement américain en Ukraine, une désescalade au Proche-Orient et le rejet des conflits sans fin. Pourtant, fin 2025, aucune de ces promesses n’a été tenue. Pire, le président Trump paraît impuissant pour renverser la vapeur. L’implication continue à Gaza, les frappes contre l’Iran et désormais l’opération au Venezuela renforcent l’idée d’une dérive, voire pire : un enchaînement de promesses non tenues. Pour une frange de l’électorat MAGA, la question est directe : pourquoi investir énergie et ressources à l’étranger quand les questions de la frontière Sud, de la dette publique et de la réindustrialisation restent irrésolues ? Pour beaucoup, le Venezuela ressemble davantage à une diversion qu’à une extension cohérente de la doctrine « America First ».
Le Venezuela pour se refaire électoralement ?
Dans ce contexte, le président américain a pu ressentir le besoin de ramener une victoire à la maison afin de dynamiser sa base. Un tel coup de force contre l’une des pires dictatures d’Amérique latine aurait de quoi galvaniser l’électorat hispanique. Il faut ici rappeler que les Latino-Américains ne votent que depuis peu pour le Parti Républicain et qu’il s’agit d’un électorat déterminant, notamment parce qu’il n’est plus acquis aux Démocrates comme autrefois. C’est là tout l’enseignement de la victoire de Trump en 2024 : la démographie n’est pas nécessairement du côté de la gauche. Selon le centre de recherche Edison, 46% des électeurs hispaniques ont voté pour Donald Trump en 2024 contre 32% en 2020, une percée spectaculaire de 14 points alors que la population hispanique américaine a presque doublé entre 2000 et 2024, passant de 35 à 68 millions. Ainsi, le renversement de Maduro est un gage à l’égard des diasporas latino-américaines qui gardent un souvenir amer des régimes socialistes, d’autant que les quelque 500 000 Vénézuéliens présents aux États-Unis ne manqueront pas de rappeler à leurs proches les apories du régime chaviste dont la répression a fait plus de 18 000 morts.
Mais cette opération électorale s’avère risquée car elle pourrait aussi démobiliser une partie de la base dans un scrutin serré. Le cœur historique du mouvement MAGA s’est d’abord construit par rejet de l’interventionnisme et par promotion d’un certain isolationnisme, autant de principes aujourd’hui reniés par l’administration Trump. Surtout, certains élus américains sont très attachés au respect des prérogatives du Congrès, c’est pourquoi ils voient d’un mauvais œil cette opération unilatérale. Justement, le Sénateur Rand Paul a fait savoir son opposition ferme aux méthodes employées par le Département de la Défense, allant jusqu’à suggérer qu’il pourrait faire cavalier seul aux prochaines élections et inciter d’autres candidats à faire de même alors que le Grand Old Party ne peut se permettre de diviser ses voix. Si cela ne rapportera pas de voix aux Démocrates, le risque d’une démobilisation est à prendre en compte.
L’équation électorale de 2026 est une des clés de compréhension de l’action du président Trump. Si ce dernier perd le Congrès, il ne pourra plus gouverner efficacement et sera dans la même situation que Barack Obama à partir de 2014, impuissant. Dans ces circonstances, cela signerait la fin de son second mandat – et donc du trumpisme alors que le président ne peut plus se représenter après 2028…
Pierre Clairé, directeur adjoint des études du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, spécialiste des questions internationales et européennes. Sean Scull, chargé d’études États-Unis du Millénaire, auteur de Le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède, L’Harmattan (2024). Augustin Bataille, analyste du Millénaire.
Le journal Libération ne parlera plus d’ «union des droites»
Et tient à le faire savoir comme si c’était un acte héroïque1. Le mot chien ne mord pas disent les linguistes. Mais pour Libé (où certains journalistes doivent trouver Maduro plus fréquentable que Marine Le Pen), le mot « union » unit. Derrière l’apparente neutralité de la formule « union des droites », Libé dépiste un concept destiné à faciliter ce funeste processus.
Car pour les journalistes de Libé qui semblent avoir été congelés dans les années 80, le rapprochement entre la droite dite classique et ce qu’ils appellent l’extrême droite (en l’occurrencen le RN et Reconquête) ne serait pas seulement une évolution politique mais une transgression morale. C’est une question de prophylaxie sociale – d’où le terme « cordon sanitaire ». Ce qu’on appelle l’union des droites se résume selon Libé à des accointances honteuses entre LR et extrême droite.
En réalité, il n’y a pas de parti d’extrême droite en France. Du moins, pas à l’Assemblée. Jean-Marie Le Pen est mort et sa fille a depuis longtemps répudié son héritage politique. Mais le clergé de gauche continue à brandir ses croix pour conjurer le mal. Vade retro extremedroitas ! Le message adressé à tous ceux qui oseraient franchir le Rubicon : ils seront traités en infréquentables….
N’est-ce pas un combat d’arrière-garde ?
En tout cas, c’est celui de Libé et de toute la gauche politique et médiatique.
On les comprend : le cordon sanitaire a permis à la gauche quoique minoritaire de se maintenir au pouvoir et en prime de jouer les professeurs de vertu. L’antifascisme de bazar (que Lionel Jospin lui-même qualifiait de « petit théâtre antifasciste ») a légitimé l’abandon des classes populaires (ces ploucs qui n’aiment pas le multiculti) et dispensé le camp progressiste de toute réflexion. Et alors que le pays est majoritairement à droite, cette interdiction de l’union pourrait encore exclure la droite du pouvoir.
Reste à savoir si ce chantage moral va encore fausser les prochaines élections.
Cela fait encore débat chez LR. Ce mois-ci, Bruno Retailleau dit dans Causeur : « Marine Le Pen n’est pas raciste, ni fasciste mais socialiste. » De fait, Marine Le Pen ne se dit pas de droite, ce qui complique l’union des droites. Mais sur le régalien, tout de même, les convergences sont évidentes. Et si MM. Wauquiez et Sarkozy pensent qu’il est temps d’en finir avec l’interdit moral, d’autres comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse jouent toujours les vierges effarouchées. A défaut d’être élus pour redresser la France, ils auront l’immense honneur d’être encensés par Libération.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger
Le Conseil d’Etat vient de rejeter le pourvoi de l’Association Francophonie Avenir contre la Mairie de Paris. Qui peut donc utiliser des points médians sur des plaques commémoratives…
Pendant qu’Emmanuel Macron faisait une réunion à l’Elysée, on apprend que le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’écriture inclusive sur les plaques commémoratives de nos mairies. Ainsi peut-on lire désormais, dans le couloir menant à l’hémicycle de l’Hôtel de Ville de Paris : « Président.e.s et conseillers.e.s. » Que voilà du « bon français » cher à l’Ordonnance de Villers-Cotterêts !
C’est en 2017 que cette « réactualisation » des marbres, passée inaperçue, avait eu lieu pour la bagatelle de 18600 euros. Sauf que l’association Francophonie Avenir, qui milite depuis des années pour la défense de notre langue française, avait dévoilé, en 2021, le pot aux roses. Montée au créneau, elle dénonçait une graphie idéologique qui, violant le principe de neutralité et l’article 2 de la Constitution, était illégale. Et de demander à Madame la maire de se corriger et de ne plus recommencer. La maire ne répondit pas. Silence valait refus. L’Association décide alors, en 2022, de porter l’affaire devant le tribunal administratif de Paris qui rejette, en mars 2023, toutes les demandes de la requérante : annulation du « refus implicite » de la maire, illégalité déclarée de l’inclusive, obligation, à l’avenir, pour la mairie de bannir l’inclusive. Qu’à cela ne tienne, dit l’Association qui se bat comme un.e.lion.ne. Portons l’affaire au plus haut niveau : le Conseil d’Etat. Aussi dit que fait que décrété. Le 6 janvier 2026, la plus haute juridiction administrative française (à dire dix fois en 5 secondes) rejette le pourvoi et tranche.
Les arguments de l’AFRAV, dit, en substance, le Conseil d’Etat, ne reposent sur rien de sérieux. Et d’abord, ce point médian n’est pas « un point médian » mais un simple « point de ponctuation » qui ne sert qu’à rendre visible le féminin, évitant de répéter le mot entier. Argument de poids quand on sait le prix du marbre et celui d’un mot gravé supplémentaire. Ensuite, l’inclusive constitue une forme valide de la langue française. Valide, valide… C’est vite dit. Comment le /la maire/e dira-t-elle, à haute voix, si le contexte l’y oblige, dans le cas d’un dévoilement de plaque, par exemple, ce qui est écrit ?
Les médias ont compris qu’il y avait là une histoire de cornecul. Pourquoi, ont écrit de petits futés, l’inclusive a-t-elle été bannie, par décret, des textes administratifs officiels et est-elle autorisée, sur les plaques où sont inscrits les noms des édiles ? Permise ici, et interdite là ? Pourquoi cette discrimination ? Les Français, tout à leurs souvenirs écoliers traumatisants de circonflexes, voient-ils bien l’entreprise de destruction que subit notre langue à vitesse accélérée depuis trois décennies ? Et de manière vertigineuse depuis trois ou quatre ans ? Tout à leurs écrans, se rendent-ils compte que, dans trente ans, on n’écrira plus le français ?
Enfin, même si on sait que la langue française est subtile voire tarabiscotée, d’une insolente irrationnalité — au pays de Descartes, c’est un comble !– il faudra quand même que nos linguistes et nos Eveillés nous expliquent la différence entre un point médian et un point de ponctuation aux frontons de nos mairies.
L’essayiste n’a pas de mots assez acérés pour déplorer la faillite des années Macron. Le principe du « en même temps » a installé la France dans le mensonge en la coupant des réalités économiques, financières et géopolitiques. Mais le redressement est encore possible. La solution, c’est de faire l’inverse de ce qui est fait depuis huit ans.
Causeur. Depuis que Sébastien Lecornu est à Matignon, les arbitrages budgétaires de la nation sont davantage entre les mains du Parlement que de l’exécutif. Dès lors, on ne peut plus dire que la politique économique soit celle d’Emmanuel Macron. Un chapitre se referme, qui aura duré plus de huit ans. Quel bilan en tirez-vous ? Le président a-t-il identifié les bons défis ? Employé les bonnes méthodes pour réformer ? Proposé les mesures adéquates ?
Nicolas Baverez. Le macronisme en tant que mouvement politique est mort, mais il se survit dans l’occupation des postes. Sébastien Lecornu est l’instrument de la volonté d’Emmanuel Macron qui consiste à durer et rester au pouvoir jusqu’en 2027, quel qu’en soit le prix pour la France, ses institutions, son économie et sa démocratie.
La Ve République, taillée pour affronter les crises, a été corrompue. Le président concentre tous les pouvoirs mais n’en exerce aucun, multipliant les annonces dans le vide, à l’image du lancement d’un nouveau porte-avions sans aucun financement. Le Premier ministre n’est plus une fonction, mais une fiction. Le gouvernement a renoncé à conduire la politique de la nation et à mettre en œuvre les compétences que lui donne la Constitution – engagement de sa responsabilité ou ordonnances – pour se soumettre à l’anarchie parlementaire. L’Assemblée, livrée au chaos, se révèle aussi incapable de voter la loi et le budget que d’animer un débat public responsable. La recherche d’un pseudo-compromis se réduit à la reconduction d’un modèle mortifère et déconnecté de toute réalité : taxer plus pour dépenser et s’endetter plus.
Donc, vous pensez toujours que la France tombe ?
La paralysie de l’État transforme le lent déclin engagé depuis le début des années 1980 en chute libre. L’effondrement est d’abord démographique : en 2025, pour la première fois depuis 1945, notre pays comptera plus de décès que de naissances, l’augmentation de la population n’étant plus assurée que par l’immigration qui soulève d’importantes difficultés d’intégration. La croissance est limitée à 1 % pour un déficit public de 5,4 % du PIB et n’est plus soutenue que par la consommation. La productivité et la compétitivité sont sinistrées, avec pour conséquence un déficit commercial de 3 % du PIB et un recul des parts de marché des exportations à 2 % dans le monde et 12 % dans la zone euro. Le chômage remonte vers 8 % de la population active. La pauvreté gagne, touchant 9,5 millions de Français tandis que 650 000 personnes basculent chaque année dans la précarité. La France a régressé depuis 1980 pour la richesse par habitant du 10e au 26e rang mondial et se situe désormais 15 % en dessous de l’Allemagne et 52 % en dessous des États-Unis. Et ce alors que les transferts sociaux culminent à 34 % du PIB.
Mais est-ce la faute d’Emmanuel Macron ?
Avant Emmanuel Macron, la France dérivait dangereusement. Avec Emmanuel Macron, coule. En atteste la faillite de l’État avec la perte de tout contrôle des dépenses et des finances publiques. La dette atteint 3 482 milliards d’euros, soit 117,4 % du PIB. Elle est insoutenable tant budgétairement – puisque son service dépassera 100 milliards d’euros à partir de 2028 – qu’économiquement, puisque les taux d’intérêt (3,6 %) sont très supérieurs à la croissance nominale (2,3 %). Si l’on ajoute à la dette les engagements de l’État au titre des retraites, qui s’élèvent à 12 500 milliards d’euros, l’exposition financière réelle de l’État atteint 530 % du PIB !
Emmanuel Macron laisse donc une France devenue l’homme malade de l’Europe, qui va droit à une crise financière majeure, comparable à celle de l’Italie en 2011. Avec à la clé sa mise sous tutelle par nos partenaires européens, la BCE et le FMI, qui ne manquera pas d’entraîner de graves violences politiques et sociales.
Pour défendre la politique du chef de l’État en faveur de l’activité, les macronistes parlent de « politique de l’offre », de « flat tax », de « Choose France » et de « France 2030 ». S’agit-il de gadgets de communication ou d’un véritable virage en faveur de l’entreprise et de l’industrie ?
Les pseudo-réformes d’Emmanuel Macron n’ont pas effectué un virage, mais créé un mirage. Les mots n’ont cessé de jurer avec les choses et les paroles de divorcer des actes. La politique de l’offre est restée virtuelle, puisqu’il n’y a jamais eu de déplacement du partage de la valeur ajoutée en faveur de l’investissement et de l’innovation, contrairement aux années 1960 où la formation de capital atteignait 25 % du PIB. Les baisses d’impôts sont fictives puisque les recettes publiques sont à un niveau record de 52 % du PIB. En guise de réindustrialisation, on enregistre plus de fermetures que d’ouvertures de sites manufacturiers. Sous les satisfecit autour du retour au plein emploi pointe la résistance du chômage de masse. La célébration du service public accompagne l’effondrement de l’éducation et de la santé. Les postures martiales à propos de l’économie de guerre masquent les cascades d’annulation de commandes adressées aux industriels de l’armement faute de crédits de paiement. L’insistance sur le désendettement va de pair avec l’accumulation de 1 300 milliards d’emprunts supplémentaires depuis 2017. À défaut de réformer le modèle économique et social français que chacun sait insoutenable, Emmanuel Macron a donc installé la vie politique française dans un grand mensonge, la coupant des réalités économiques, financières et géopolitiques.
D’après l’Insee, la France ne produit en 2015 que 36 % des biens industriels consommés par les ménages sur son territoire. Dix ans après, la barre a-t-elle été redressée ?
Non, le modèle de la décroissance à crédit s’est emballé. L’économie française n’est tirée que par la consommation, financée par la dette publique, tandis que l’investissement stagne et que les exportations régressent. La production est sinistrée, à l’image de la construction ramenée à son niveau de 1952 ou de l’automobile revenue à son étiage du début des années 1960. Des filières entières s’effondrent, comme l’agriculture, la sidérurgie, la chimie ou le textile. Notre appareil de production est sous-compétitif en raison de l’insuffisance du travail, de l’investissement et de l’innovation. Dans une économie de la connaissance où le capital humain est déterminant, la France n’affiche que 664 heures travaillées par personne et par an contre 715 en Espagne, 720 au Royaume-Uni, 729 en Allemagne, 767 en Italie, 825 aux États-Unis, tandis que la productivité a diminué de 6 % depuis 2019. La fonte de la production s’accélère depuis la dissolution de 2024. L’incertitude politique et la frénésie fiscale (53 milliards d’impôts supplémentaires sur les entreprises votés par l’Assemblée à l’occasion de l’examen du projet de budget pour 2026, après 30 milliards en 2025) ont en effet déclenché un puissant exode des entrepreneurs et des chercheurs, des capitaux et des entreprises, à l’image de la délocalisation de Criteo aux États-Unis ou de la cotation à Wall Street de TotalEnergies. L’euthanasie de la production et des entreprises n’est pas seulement une catastrophe économique, mais un désastre stratégique car notre pays dépend désormais en quasi-totalité de la Chine pour la fourniture des biens essentiels et des États-Unis pour la technologie. Or la pandémie de Covid, puis la guerre en Ukraine ont souligné les risques élevés qui résultent de cette perte de souveraineté.
Vous êtes l’intellectuel qui alerte le plus sur l’addiction des Français à la dépense publique et leur allergie à l’effort. Sur ce point Macron est d’accord avec vous. N’est-ce pas une mission impossible que de faire renoncer nos concitoyens à leurs habitudes social-étatistes ?
Chateaubriand rappelait que « l’ambition dont on n’a pas le talent est un crime ». Emmanuel Macron a failli à remplir le mandat de modernisation de la France que lui avaient confié les Français en 2017, et dilapidé la chance historique dont il bénéficiait. Il est vrai qu’il n’est pas facile de transformer la France, dont 57 % de la population touche plus de l’État qu’elle ne contribue. Mais tous les autres pays européens ont réussi à se remettre en question, y compris désormais l’Allemagne qui a entrepris de sauver son industrie et de se réarmer sous l’autorité de Friedrich Merz.
Les Français ont accepté après 1945 des transformations très amples et brutales, puisque le pays s’est industrialisé et urbanisé en moins de deux générations. Ils ne sont pas par nature inaptes à affronter la nouvelle donne du xxie siècle. À preuve, les 15 % d’entre eux qui affrontent avec succès la concurrence du grand large ou encore les 2 millions de nos compatriotes qui se sont exilés et qui excellent dans le champ économique comme dans le champ scientifique. À preuve également les succès de la reconstruction de Notre-Dame ou des Jeux olympiques de Paris, obtenus dès lors que la chape de plomb fiscale et réglementaire est levée. On ne peut réformer la France sans moderniser en profondeur l’État. Or Emmanuel Macron s’est contenté de le détruire sans modifier ses structures, ses méthodes et ses règles de fonctionnement. On ne peut réformer la France sans les Français. Or Emmanuel Macron, au lieu de faire la pédagogie de la situation et des efforts, a voulu présider sans eux et les a entretenus dans la démagogie suicidaire du « quoi qu’il en coûte ».
Faut-il s’inquiéter du déficit de la balance agroalimentaire française, phénomène que l’on n’avait pas connu depuis 1978 ?
En 2025 effectivement, le solde agricole français sera tout juste à l’équilibre, voire négatif, pour la première fois depuis près d’un demi-siècle. Cette situation aberrante, tant nous disposons de tous les atouts pour nous affirmer comme une grande puissance agricole, est exemplaire des problèmes de production et de compétitivité français. Depuis 2000, la France a été ravalée du deuxième au sixième rang des exportateurs mondiaux de produits agricoles et du premier au troisième rang en Europe, derrière l’Allemagne et les Pays-Bas. Dans le même temps, les importations ont triplé. Au moment où les risques géopolitiques explosent, la France voit se refermer le piège de la dépendance alimentaire, avec des importations qui assurent le quart de sa consommation.
L’agriculture française meurt de la désintégration et de l’obsolescence de son appareil de production. Sa valeur ajoutée s’est contractée jusqu’à 1,6 % du PIB. Elle ne compte plus que 390 000 exploitations contre 700 000 en 2000 et 10 % d’entre elles sont en faillite. Cette descente aux enfers doit certes à la multiplication des chocs et des crises : le réchauffement climatique ; la multiplication des épizooties ; l’éclatement de la mondialisation ; la guerre commerciale. Mais la raison principale est à chercher dans la politique malthusienne qui a été poursuivie par la France et l’Union, dans la perte de compétitivité liée aux coûts fiscaux et sociaux, dans le blocage de l’innovation provoqué par une bureaucratie et une surréglementation tentaculaires.
Emmanuel Macron accueilli par Xi Jinping au Grand Palais du peuple, à Pékin, 4 décembre 2025 : une visite d’État marquée par l’asymétrie du rapport de forces et l’inaudibilité française. (C) Christian Liewig-pool/SIPA
Emmanuel Macron a récemment menacé de « prendre des mesures fortes » contre Pékin et lancé une campagne contre le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. Peut-on parler de trumpisme « light » ? L’approuvez-vous ?
La situation de la France doit de fait être analysée à la lumière des changements considérables dans l’environnement économique et géopolitique. Comme les autres pays d’Europe, nous devons nous adapter à la fin de la mondialisation et au basculement dans l’âge des empires. Nous faisons face à des États-Unis convertis à la démocratie illibérale par Donald Trump, qui ne sont plus des protecteurs mais des prédateurs, à la menace existentielle de la Russie de Vladimir Poutine, à l’emprise économique de la Chine de Xi, au ressentiment du Sud en raison du passé colonial. Dans ce monde où la force prime le droit, seule compte la puissance. La grande erreur d’Emmanuel Macron a été de prétendre tenir le discours de la puissance tout en ruinant les moyens de puissance de la France, notamment en aliénant sa souveraineté aux marchés financiers et à nos partenaires européens du fait de la faillite de l’État. C’est la raison pour laquelle il a été ouvertement humilié par Donald Trump en Égypte et par Xi Jinping à Pékin, qui n’a même pas pris la peine de répondre à ses demandes sur la restriction des exportations chinoises vers l’Europe ou sur la guerre d’Ukraine. La France est aujourd’hui inaudible. Elle a perdu toute crédibilité en Europe comme dans le monde en raison de la perte de contrôle de son économie, de ses finances publiques, de sa sécurité ainsi que de l’impuissance de son État obèse. Trump comme Xi ne sont certes pas des modèles à imiter, mais ils disposent de la puissance et s’en servent sans se fixer de limites. Si nous voulons résister aux autocrates et aux tyrans, il nous faut reconstruire la France en tant que puissance. C’est-à-dire prendre le contrepied exact de la politique d’Emmanuel Macron.
Il se dit souvent dans les milieux d’affaires que l’UE permet de limiter les dégâts des mauvais choix économiques faits à Paris. Validez-vous cette analyse ?
Absolument pas. D’abord parce que l’Union a de son côté accumulé de nombreuses erreurs : surévaluation de l’euro, répression financière, sabordage des télécommunications, de l’énergie, de l’automobile, de l’agriculture et jusqu’à récemment de la défense que la taxonomie verte assimilait à la pornographie… Elle aussi a échoué à s’adapter et à transformer un modèle obsolète, fondé sur la conviction que la paix résulte du droit et du commerce, que la souveraineté peut se partager, que le grand marché peut être régulé par la seule concurrence, que la bureaucratie et les normes sont un facteur de puissance. Ensuite parce que pour la France, l’euro est une protection, mais surtout une malédiction. Sans l’euro, nous n’aurions jamais pu laisser s’effondrer notre appareil de production et dériver nos finances publiques sans être forcés de réagir. À preuve, en 1983, la France s’est trouvée aux portes du FMI en raison de la relance, ainsi que de la distribution de revenus et de droits sociaux non financés en 1981, et a dû se résoudre à effectuer le tournant de la rigueur, alors que le déficit et la dette s’élevaient respectivement à 2,6 % et 26 % du PIB.
Qu’est-ce qui a manqué à Emmanuel Macron pour être un bon dirigeant sur le plan économique ?
Emmanuel Macron a été élu en 2017 à la suite d’un concours de circonstances. Il s’est présenté comme un libéral, un réformateur et un partisan de la société civile. Puis il a présidé comme un étatiste, un centralisateur et un démagogue. Ce qui lui a manqué, c’est d’abord une stratégie claire : le principe du « en même temps » fut un slogan électoral efficace, mais a interdit toute action cohérente, qui suppose une ligne et des choix nets. C’est ensuite la méthode, car il a divisé les Français au lieu de les rassembler. C’est enfin l’armature intellectuelle et morale, car son narcissisme l’a poussé à un nihilisme destructeur pour lui-même, pour son parti et pour la nation.
Ce qui importe désormais pour la France, c’est de tirer toutes les leçons de cette nouvelle Étrange Défaite, pour reprendre la formule de Marc Bloch. Notre pays est à un tournant avec, comme en 1958, le choix entre le miracle ou bien la faillite, et un déclassement qui pourrait devenir irréversible. Nous conservons encore les moyens de notre redressement. Il est en effet ahurissant d’aboutir à pareil désastre avec autant d’atouts. Mais le temps nous est compté. La solution, c’est de faire l’inverse d’Emmanuel Macron. Donner la priorité absolue à la reconstruction de la France comme puissance. Privilégier une thérapie de choc, qui seule peut obtenir des résultats rapides. Réunir les Français autour d’un projet national. Périclès rappelait que « ce ne sont pas les pierres mais les hommes qui constituent les meilleurs remparts des cités ». Aux Français de se mobiliser pour relever la France et sauver la République qui n’a jamais été en plus grand danger depuis les années 1930.
La députée LFI et candidate à la mairie du 18e arrondissement de Paris est accusée de racisme antiblanc. Nos confrères de Boulevard Voltaire ont en effet déterré une intervention de l’élue à la Fête de l’Humanité où elle déclarait : « Un des problèmes de la fête de l’Huma, c’est que c’est la fête de la gauche blanche ! Et j’aurais pu parler des Amphis de la France Insoumise, ça me fait honte. »
La scène est revenue comme une parole qu’on n’avait pas voulu entendre. Lors d’une table ronde organisée par Nous Toutes 93, en marge de la Fête de l’Humanité qui s’est tenue du 12 au 14 septembre, la députée LFI Danièle Obono a livré un constat sans fard. La Fête de l’Huma, dit-elle, demeure « la fête de la gauche blanche », hier comme aujourd’hui. Elle aurait pu, ajoute-t-elle, tenir les mêmes mots à propos des amphis universitaires ou de La France insoumise elle-même. Une image qui lui fait honte, précise-t-elle, parce que c’est celle que renvoie la gauche à des millions de personnes.
À ses côtés, Sarah Bennani, présidente de l’association Jeunesse Populaire, venue pour la première fois à la Fête, renchérit. Elle dit n’avoir « jamais vu plus blanc que blanc », évoque un cochon rôti au petit matin, scène qu’elle juge incompatible avec ce qu’elle nomme une « écologie décoloniale ».
Pas gracieuse, notre députée !
Ainsi se dit, sans détour, un antiracisme qui retourne son accusation vers son propre camp et expose la gauche à sa propre disgrâce.
L’antiracisme officiel, celui des plateaux télé, des associations subventionnées et des communiqués ministériels, n’a plus rien à voir avec ce sentiment élémentaire d’humanité qui consiste à reconnaître en l’autre un semblable. Il est devenu un rite, une liturgie laïque, avec ses prêtres, ses dogmes, ses excommunications. On ne le pratique plus pour défendre la dignité humaine, mais pour imposer un récit unique, dans lequel l’Occident – et la France au premier chef – doit se confesser à perpétuité, à genoux devant ses fautes réelles ou supposées. Ce n’est plus un idéal moral, mais une arme idéologique.
Pendant ce temps, loin des slogans et des marches blanches, la France réelle – celle des petites villes, des bourgs, des banlieues périphériques – vit une autre expérience : celle d’un quotidien de plus en plus traversé par une tension sourde. Les mêmes Français qui ne manifestent pas, qui ne prennent pas la parole sur les réseaux sociaux, constatent pourtant que certaines violences, certaines arrogances, certaines formes de mépris viennent presque toujours des mêmes milieux. Ils le voient, ils le subissent, mais ils savent qu’ils n’ont pas le droit de le dire. Leur parole, si elle s’échappe, est aussitôt condamnée comme raciste, et leur simple inquiétude devient une faute morale. Alors ils se taisent, ravalent leur colère, et cette colère s’infiltre, se concentre, se durcit.
Le malentendu fondateur
On nous répète que cette exaspération est « du racisme », comme s’il suffisait d’un mot pour épuiser le problème. Mais ce n’est pas du racisme au sens biologique et brutal du XIXᵉ siècle. C’est autre chose : une lassitude civilisationnelle, un refus d’assister passivement à la transformation de son pays en un espace étranger à ses mœurs, à ses lois, à sa politesse, à ses hiérarchies implicites. Ce rejet, on ne veut pas l’entendre, parce qu’il met en cause non pas seulement des individus, mais des modes de vie entiers – et que le politiquement correct interdit d’interroger ces modes de vie autrement qu’en termes victimaire et compassionnel.
L’antiracisme doctrinal nie que ce malaise ait une cause objective. Il préfère y voir un fantasme, un délire entretenu par l’extrême droite, oubliant commodément que ce sont souvent les mêmes catégories sociales – policiers, gendarmes, pompiers, enseignants, chauffeurs, infirmières – qui, au quotidien, sont en première ligne, et qui constatent cette dégradation sans qu’aucune campagne officielle ne les protège.
Une guerre civile à bas bruit
Ce qui se joue aujourd’hui ressemble à la préparation invisible d’une déflagration. Les tensions s’accumulent comme la poudre dans un grenier fermé. L’Histoire, si prompte à punir les peuples qui refusent de voir ce qui s’amasse sous leurs yeux, nous a déjà donné mille exemples : l’aveuglement des élites précède toujours la catastrophe. Nous en sommes là. Les uns parlent d’« enrichissement culturel » quand les autres parlent de « zones de non-droit ». Les mots ne se rejoignent plus. La fracture est là : linguistique, morale, et bientôt physique.
Et pourtant, au milieu de ce fracas à peine audible, il existe des voix musulmanes ou africaines qui rejettent ces dérives, qui savent que la violence de quelques-uns salit l’ensemble. Mais ces voix ne trouvent pas d’espace. Elles ne font pas partie de la dramaturgie médiatique, car elles dérangent le récit manichéen. Dans un monde normal, on les soutiendrait, on les amplifierait ; dans le nôtre, on les ignore ou on les soupçonne de « trahison ».
Les nouveaux clercs
À cette France réelle, on oppose une intelligentsia qui recycle les vieilles lunes tiers-mondistes et postcoloniales. Les indigénistes, les racialistes, les antisionistes radicaux se posent en gardiens de la morale universelle, mais leur morale n’est qu’une haine codée : haine de l’Occident, haine de la République, haine de l’État-nation. Ils ont inventé un antiracisme qui sélectionne ses victimes et ses coupables selon des critères ethniques et géopolitiques. Ils sont les nouveaux clercs d’un totalitarisme intellectuel qui prétend réécrire l’Histoire – ou plutôt l’effacer – pour imposer un éternel présent de repentance et de culpabilité.
Orwell l’avait vu : les mots seraient vidés de leur sens, retournés contre eux-mêmes. « Antiracisme » signifierait un jour « racisme à l’envers » ; « antifascisme » désignerait un fascisme purgé de ses chemises brunes, mais pas de sa violence inquisitoriale. Ce jour est venu.
Le choix final
Nous n’avons plus des décennies devant nous. La France n’est pas condamnée par un destin aveugle : elle est condamnée par son propre renoncement. L’antiracisme qui s’exhibe partout n’est plus la défense d’une fraternité nationale, mais la matrice d’une sécession culturelle. Il ne s’agit plus seulement de combattre les idéologies qui nous fracturent : il faut se donner le courage de nommer les faits, de restaurer la souveraineté de l’État, de cesser de traiter le réel comme une opinion.
Ce combat n’aura rien d’aimable. Il faudra briser des tabous, affronter la haine des cliques universitaires, des médias subventionnés, des faux poètes de l’humanité. Mais c’est cela ou disparaître. Ceux qui ne veulent pas le voir sont déjà complices. Ceux qui se taisent par prudence sont déjà vaincus. L’histoire jugera, comme elle l’a toujours fait, et les coupables ne seront pas seulement ceux qui auront incendié la maison, mais aussi ceux qui, la voyant brûler, auront continué à psalmodier des litanies sur « le vivre-ensemble » en se bouchant les yeux…
« La fête de l’Huma, je n’ai jamais vu plus blanc que blanc. J’ai vu un cochon qui était en train d’être rôti ce matin ! » Sarah Bennani, présidente de l’association Jeunesse Populaire lors de la table ronde organisée par « Nous Toutes » 93 à la Fête de l'Humanité. pic.twitter.com/lJLJDUEnpT
Du manque de répartie ? Invité de France 2 avant les fêtes, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a suscité des moqueries de Roselyne Bachelot et Léa Salamé
Le 13 décembre, sur le plateau de « Quelle époque ! » (France 2), il y avait quelque chose de Ridicule, ce film de Patrice Leconte dans lequel un aristocrate provincial mal dégrossi débarque à Versailles et doit montrer à la cour qu’il a de l’esprit s’il veut rencontrer Louis XVI. Ce soir-là, à la fin de l’émission, l’animatrice Léa Salamé demande au président du RN quelle question il aimerait poser à Donald Trump.
« Où est-ce qu’il trouve toute cette énergie ? » répond-il avec autant d’originalité que Laurent Delahousse ou Michel Drucker placés en pareille situation. Et la journaliste de moquer, dans l’hilarité générale, le « petit manque d’imagination » du jeune homme né à Drancy. Depuis, la séquence est diffusée en boucle sur les réseaux sociaux. La caste médiatique se frotte les mains : ça y est, on la tient, la vidéo qui annihilera le destin élyséen du protégé de Marine Le Pen ! C’est peut-être aller un peu vite. Si le cinéma avait existé au XVIIIe siècle, le passage de Ridicule dans lequel le héros est humilié par une comtesse dotée de plus de repartie que lui aurait peut-être suffi à déclencher la Révolution. Et puis il est arrivé plus d’une fois qu’un homme d’État manque d’à-propos à la télévision, sans que cela le disqualifie à jamais pour l’Élysée. En 1988, en plein débat d’entre-deux-tours de la présidentielle, Jacques Chirac reste coi quand François Mitterrand lui lance avec perfidie : « Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre. » Non pas que le Corrézien soit incapable d’être piquant, voire assassin. Seulement, il est alors trop engoncé dans le personnage lisse qu’il s’est composé pour l’occasion – et qui ne convaincra pas les électeurs.
Sept ans plus tard, à nouveau en campagne, il osera enfin se montrer vachard en public en lançant à Michel Field lors d’une interview : « Réfléchissez deux minutes… C’est pas excessif, hein ! » Il avait entre-temps appris – auprès de communicants américains, dit-on – à lâcher des saloperies avec un air jovial qui met les rieurs de son côté, et qui lui assura la victoire face à un Lionel Jospin trop austère. Talleyrand avait peut-être tort quand il affirmait que « l’esprit sert à tout, mais ne mène à rien ».
Les années Macron. Par Nicolas Baverez, Mathieu Bock-Côté, Arthur Chevallier, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Bruno Lafourcade, Eric Revel… Et Bruno Retailleau: « Le Pen n’est ni raciste, ni fasciste, elle est socialiste ». Découvrez le sommaire de notre numéro de janvier…
Emmanuel Macron est toujours président mais il n’est plus vraiment au pouvoir. L’heure est déjà au bilan, et il n’est pas glorieux : immigration incontrôlée, déclin économique, progression de l’islamisme, désastre de l’école. Selon Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques qui présentent notre dossier du mois, le plus jeune président de la République s’est employé à tout gâcher, ou presque. Pour Bruno Retailleau, « Le macronisme, c’est fini ! » Après son passage par la place Beauvau, il défend une droite classique et réfléchie dans un paysage politique qui s’est mélenchonisé. Le patron des LR confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques qu’il veut rétablir « l’ordre, la justice et la fierté française ». Et pourquoi pas dès 2027 ?
De son côté, Alain Finkielkraut déplore que les revirements idéologiques d’Emmanuel Macron aient empêché de sauver l’école du désastre et de maîtriser les flux migratoires. Dans un entretien avec Élisabeth Lévy, il se montre moins critique concernant la politique étrangère du chef de l’État en Ukraine et au Proche-Orient. Emmanuel Macron a-t-il remis la République en marche, comme il le promettait en 2017 ? Pour Marcel Gauchet, rien n’est moins sûr. Le président, si brillant soit-il, n’a pas compris la dimension populaire et patriotique de notre contrat social. Le plus fin des analystes du « nœud démocratique », dont les propos ont été recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, déclare : « Macron aura eu l’air d’un président mais il n’avait pas la chanson ». L’écrivain Bruno Lafourcade affirme que le chef de l’État fonctionne comme une IA. Il n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, et il ajuste ses opinions en fonction du public. De quoi déplaire aux Gaulois réfractaires.
Le numéro de janvier est disponible aujourd’hui sur le site et mercredi 7 janvier chez votre marchand de journaux.
Emmanuel Macron frappe le monde la culture du sceau de son immodestie. Jonathan Siksou explique comment, du Louvre à Notre-Dame en passant par la tapisserie de Bayeux et la Cité de la langue française, il entend laisser sa trace. Quitte à passer outre les avis des experts et à rester sourd aux cris d’alarme des défenseurs du patrimoine. Pour Mathieu Bock-Côté, Emmanuel Macron glisse vers un autoritarisme d’un nouveau genre. Sous couvert de lutte contre la haine, le chantre de l’« extrême-centre » veut neutraliser ses opposants par la diabolisation ou la labélisation. Des méthodes infiniment plus douces que le goulag mais non moins efficaces. Selon Nicolas Baverez : « Avant Macron, la France dérivait. Avec lui, elle coule ».L’essayiste, dont les propos ont été recueillis par Jean-Baptiste Roques, n’a pas de mots assez acérés pour déplorer la faillite des années Macron. Le principe du « en même temps » a installé la France dans le mensonge en la coupant des réalités économiques, financières et géopolitiques. Mais le redressement est encore possible. La solution, c’est de faire l’inverse de ce qui est fait depuis huit ans. Arthur Chevallier, proche du chef de l’État, estime que son impopularité ne l’affecte pas car les Français qu’il croise tombent sous son charme. Le président n’est ni hautain ni narcissique mais le peuple, épuisé par un contexte difficile, ne le comprend pas. Le jeune historien en est convaincu : l’Histoire réparera ce quiproquo.
Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy revient sur l’affaire Shein. Si cette entreprise chinoise incarne un modèle industriel et commercial dévastateur et inique, ce n’est pas ce qui a déclenché le scandale, mais la question des poupées sexuelles. Acheter une de ces dernières est considéré comme criminel, même quand l’acheteur n’a pas commis d’acte et ne possède pas d’images pédopornographiques. Car la société ne peut apparemment pas supporter un tel sacrilège. « Mieux vaut commencer à surveiller ce qu’on dit ou fait dans la vie privée : le simple fait d’en avoir une passera bientôt pour un outrage aux bonnes mœurs ». Pour Cyril Bennasar, le séparatisme qui menace aujourd’hui la France est aussi dans la langue. Terroriste ou résistant ? Antisémite ou antisioniste ? Nous employons tous les mêmes mots mais ils n’ont pas toujours le même sens. Nous n’avons pas le même récit, les mêmes héros, les mêmes valeurs. Stéphane Germain a lu le Voyage dans la France d’avant de Franz-Olivier Giesbert. Cette brillante et passionnante autobiographie dresse aussi le constat d’un pays gravement malade dont l’origine des maux se niche dans son passé révolutionnaire et dans son actuelle américanisation. L’auteur est pourtant convaincu que la France finira par se relever.
Gil Mihaely raconte le parcours remarquable de Naor Narkis : à 36 ans, ce dernier a décidé de transformer la société israélienne en encourageant l’émancipation des haredims, ces juifs ultra-orthodoxes qui vivent en autarcie et représentent près de 14% de la population. Libérés du joug des rabbins ultras, ils pourront s’intégrer au marché du travail, payer des impôts et faire leur service militaire. Selon mon analyse, quelle que soit l’issue de la guerre entre Kiev et Moscou, la menace russe continuera de planer sur l’Europe occidentale. Les Européens s’y préparent mais manquent de confiance sans le soutien direct des États-Unis, davantage préoccupés par la Chine. Face aux grands empires, une Europe des nations souveraines pourrait s’affirmer.
Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles s’interroge : « Dans un contexte de polarisation et de radicalisation […] est-il possible de préserver la dignité humaine ? » Pour Ivan Rioufol, l’aspiration des nationaux à retrouver leur souveraineté est un besoin existentiel qui se généralise. Devant l’incurie des dirigeants, les citoyens sont appelés à redevenir la nouvelle force démocratique. Selon Emmanuelle Ménard, la contestation des crèches de Noël, l’activisme des néo-féministes, la tolérance de l’immigration irrégulière et le lâchage des agriculteurs donnent une mauvaise image de la France. Jean-Jacques Netter déplore qu’il y ait toujours plus d’impôts et toujours pas de réformes, et Gilles-William Goldnadel a écouté encore France Inter. Et une fois encore, ils ont invité un bon juif, c’est-à-dire un juif qui déteste Israël.
Jean-Pierre Winter, psychanalyste et écrivain, compagnon de route de Causeur, est mort le 9 décembre 2025. Charles Rojzman rend hommage à sa mémoire. Penseur lucide, il refusait le consensus, appelait à parler vrai, à accepter le conflit, à assumer la peur et à renoncer à l’illusion de l’innocence. Tout ce que refuse l’air du temps qui, lentement, décompose les sociétés occidentales. Exilée en France où elle a grandi, Anastasia Fomitchova s’est engagée auprès des troupes ukrainiennes comme infirmière sur le front. Richard Millet a lu Volia où elle témoigne des atrocités de la guerre, du vertige métaphysique face à la mort, et de la détermination d’un peuple à défendre sa langue, son histoire et son avenir. Paul Bocuse reprend vie sous la plume de Gautier Battistella. Pour Jonathan Siksou, Bocuse est le roman de la vie du grand chef et le livre d’un écrivain au grand style. Une plongée dans l’enfer des cuisines pleine de poésie et le portrait d’un génial mégalo qui s’est imposé comme l’empereur de la gastronomie française à travers le monde. Les Hyaines de Bruno Lafourcade est bien plus qu’un recueil de néologismes, selon Isabelle Larmat. C’est une galerie de portraits cruels, désopilants et terriblement justes de nos chers contemporains. La romancière Olivia Elkaim fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz. Selon Alexandra Lemasson, La disparition des choses est le livre que son fils n’a jamais pu écrire.
À 88 ans, Geneviève Casile rayonne toujours sur scène. La sociétaire honoraire de la Comédie-Française joue actuellement dans La Jalousie de Sacha Guitry, mise en scène par Michel Fau. En conversation avec Yannis Ezziadi, la comédienne, attachée au respect du style des auteurs, délivre ici une petite leçon de théâtre.
Georgia Ray a visité la rétrospective du peintre allemand, Gerhard Richter, à la Fondation Louis Vuitton ; Emmanuel Tresmontant, la minuscule boulangerie de Shinya Inagaki à Paris ; et Julien San Frax, Versailles – à travers les 1600 pages de la monumentale histoire du château d’Alexandre Maral. Enfin, Jean Chauvet nous parle d’une réjouissante histoire de faussaire, d’une fresque politique au galop et d’une comédie pas drôle : c’est ainsi que le cinéma français débute une nouvelle année. Et nous souhaitons une excellente année à tous nos lecteurs, une année en compagnie de Causeur !
Le chanteur disparaissait il y a dix ans. Pascal Louvrier, son biographe, se souvient de leurs rencontres.
Je m’en souviens comme si c’était hier. J’arrive chez lui, une vaste maison qu’il loue dans Chatou paisible. Je sonne, Delpech vient m’ouvrir, un vieux chien me renifle. Visage un peu fatigué, barbe de trois jours, épais sourcils en arrondi qui lui donnent un air mélancolique. Il a mis un an avant de répondre favorablement à ma demande : écrire sa bio, à ma façon.
Un secret
Il est aimable, me regarde, me pose quelques questions, se tait. Son instinct lui dit « banco », la bio se fera, il me donne tous les contacts dont je vais avoir besoin, immédiatement. Il me laissera libre d’écrire, il relira, fera deux ou trois remarques, c’est tout. De loin, il surveillera mon travail. Il appellera ses rares copains de la belle époque, celle où il enregistrait un tube par an, parfois deux, et où il était sur les routes 365 jours par an. Il a juste été contrarié quand j’ai eu au téléphone Michel Rivat, son parolier le plus inspiré, l’homme de ses plus grands succès, à commencer par cette chanson culte, cathartique et ô combien lucide : « Quand j’étais chanteur ». Rivat au téléphone m’a confié que Michel avait un secret, et que ce secret expliquait sa dépression, son saut dans le vide alors qu’il était à une marche d’être définitivement l’égal de Sardou, son rival. Je n’ai jamais su lequel.
Michel est né le 26 janvier 1946, à Courbevoie, dans un paysage de province. Sa mère se prénomme Christiane. Quand j’écris sa bio, il l’appelle tous les dimanches. Son père, Bertrand, possède un atelier de nickelage-chromage sur métaux. Il emploie quatre compagnons. Il travaille douze heures par jour. Michel est l’aîné de trois enfants. Il a deux sœurs dont la dernière à onze ans de moins que lui. C’est une famille sans histoire, un peu grise, dure à la tâche, honnête. Ses parents seront contents du succès de leur fils, mais ils n’aimeront pas tout ce tintamarre fait autour de son personnage avec brushing, gros ceinturon, pantalon patte d’eph et chemise col pelle à tarte. Michel s’ennuie au lycée. Il trouve refuge « Chez Laurette ». Il racontera ça et la chanson deviendra son premier succès. Michel a le truc, il sait se produire sur scène et sa voix chaude, pure, lumineuse, envoûte. Il aurait pu être crooner. Quand il est face au public, il n’est plus le même. Il est radieux, oublie les emmerdes, la tristesse poisseuse, le doute. Je m’en suis rendu compte lors d’un concert à Blois. Il était morose toute la journée. Cet angoissé chronique n’arrivait pas à se détendre. Il fumait, me parlait à peine. Il pestait contre le son. Il avait repéré les failles de la salle ; il ferait avec. Et quand il a interprété « Pour un flirt », le public s’est levé, les jeunes filles sont devenues hystériques. Dans la loge, fumant une brune, la serviette sur les épaules, les traits tirés par le spectacle de plus de deux heures, il me glisse : « Vous voyez, ça marche encore. Il y a des chansons intemporelles. » On ne s’est jamais tutoyés. Michel était très pudique.
Faux soleils
Delpech, comme la plupart des artistes de cette époque – 1965/1977 – a connu une « vie de dingue ». Son secrétaire particulier, Philippe Debenay, s’occupe de tout. Il le réveille, lui présente l’agenda de la journée, les chèques à signer, il est son chauffeur, son garde du corps, recrute les musiciens, gère les filles qui se glissent dans le lit de la star, etc. Michel me confie : « Je ne savais même pas faire un plein d’essence. J’étais totalement assisté. Je me conduisais comme un petit con. Je pouvais être exécrable ». Debenay me le confirme : « Déjà en 1966, quand je l’ai connu en première partie de Brel, ses adieux à l’Olympia, c’était un petit emmerdeur. » Les succès s’enchaînent donc. C’est la fête permanente, les excès, drogue, alcool, sexe, mouvement perpétuel, gloire sous les sunlights, ces faux soleils qui brûlent l’âme. Ajoutons un divorce terrible, deux enfants qu’on ne voit pas grandir, les innombrables passages à la télé, l’usure due à la boulimie de concerts. En 1977, Michel n’en peut plus. Il enregistre son dernier tube, « Le Loir-et-Cher », en hommage à son enfance passée l’été en Sologne, avec des piqures pour retrouver sa voix. Il craque. Trou noir, longue maladie. Il reviendra progressivement, aidé par sa nouvelle femme, Geneviève, et leur fils, Emmanuel, la foi, l’amour de son métier. Il se souviendra avoir été un ange dans son « habit de communion » tenant « la main de maman ». Envie de retrouver l’authenticité, en somme. Il était diablement attachant.
Le succès colossal de son album de duos, en 2006, ne lui était pas monté à la tête. Il m’avait dit : « C’est bien, profitons de l’instant, car c’est peu probable que ça dure. » Il était revenu de tout, sans être blasé, juste philosophe. Michel Drucker, dans la préface à la réédition de ma bio, en 2016, écrit : « Il a été héroïque face au cancer. Il s’est vu mourir. Pendant un an, une ou deux fois par semaine, je lui ai rendu visite. Chez lui, à l’hôpital, dans une maison de repos, en soins palliatifs. Il a vécu un calvaire. La maladie a détruit sa voix, ce don du ciel. Il a été d’un courage inouï. » Il a gardé sa lucidité effrayante. Quand on lui affirmait qu’il était en rémission, il rétorquait, en souriant : « Je ne pense pas être en rémission pour rien. » Michel est mort le 2 janvier 2016. Dix ans déjà.
Il nous reste de magnifiques chansons, notamment des instantanés sociologiques, à la manière des films de Sautet, comme « Les Divorcés », texte écrit deux ans avant la loi instituant le divorce par consentement mutuel, « Ce lundi-là » sur le burn-out, « Le Chasseur » sur le respect des animaux et la beauté de la nature que l’anthropocentrisme détruit, « Les Aveux » sur la vie factice, « Fuir au soleil » sur l’envie de tout plaquer, comprenant que la vie est ailleurs – là était peut-être son secret. Oui, il a chanté les problèmes de son temps et les valeurs qui fondent l’Homme. C’est pour cela qu’il restera. Comme son sourire, son « atout majeur. »
Michel Delpech, c’était chouette, préface de Michel Drucker, l’Archipel. 255 pages
À noter l’album hommage de Pascal Obispo consacré à Michel Delpech, avec deux duos virtuels inédits ; une compilation de 80 titres ainsi qu’une intégrale remasterisée de 21 albums studios, incluant quatre inédits.
Le président Donald Trump se veut gendarme du monde et, dans le meilleur des cas, avec l’intervention américaine au Venezuela, l’arrestation et la première comparution de Nicolás Maduro (qui a plaidé non coupable), il a ouvert une brèche, dans la géopolitique mondiale, qui pourrait profiter à la Chine et valider rétrospectivement l’invasion de l’Ukraine.
Pour le meilleur et pour le pire
Le bouleversement qu’il engendre par sa conception très particulière de la diplomatie, au seul service des intérêts de son pays, ne peut être appréhendé de manière univoque — entre détestation et adhésion — mais doit être analysé avec la complexité que requièrent les actions de ce président totalement atypique. Pour le meilleur comme pour le pire.
On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines.
Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.
Le président Macron l’a dit, et il a eu raison, avant de déplorer la « méthode » employée par Trump : au Venezuela, on a mis fin à une dictature, et le peuple ressentira les bienfaits de ce changement.
L’autocratie, la corruption généralisée et la misère dominaient sous Nicolás Maduro. Qui peut, de bonne foi, tenir pour négligeable une telle avancée, une telle libération ?
Il y a donc là un mélange de morale internationale ayant trouvé son dû et d’économie profitable. Il convient d’accepter qu’avec Trump, les droits de l’homme ne seront jamais dissociés de la rentabilité américaine ni de la puissance d’un pays – rêvée aussi écrasante que son chef entretient de lui-même une opinion indépassable.
Pascal: « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique »
Pour l’Iran, qui oserait contester que venir empêcher une barbarie intégriste de « tuer » ses opposants est une bienfaisante menace et une intimidation nécessaire ? Le guide suprême a d’ailleurs compris la teneur du message vénézuélien : avec son cercle de fidèles, sa fuite pour la Russie serait programmée si le pire survenait pour cette théocratie indigne.
J’entends bien que se camper avec une telle arrogance comme gendarme universel impose — même à quelqu’un d’aussi indifférent au jugement international que Donald Trump — une exemplarité au moins relative, ainsi qu’un ciblage soigneux des causes à défendre ou à combattre ; faute de quoi les États-Unis se verraient dénier toute légitimité, même minimale, à jouer les justiciers.
Il me semble que le président américain devra, d’une part, évaluer dans quelle mesure ses initiatives internationales sont susceptibles de le contraindre — ou non — à « revisiter », sur certains points, sa politique étrangère et, d’autre part, à interroger le rapport entre sa force et le droit.
En effet, même un Donald Trump, qui ne semble guère disposé à s’embarrasser de considérations humanistes jugées superfétatoires, ne pourra éluder, dans l’ordre international qu’il entend façonner, l’obligation d’habiller la force en morale. La mise à l’écart de l’ONU ne fait, en réalité, que transférer cette exigence morale vers et sur les grandes puissances.
Pascal l’a énoncé admirablement : la force sans le droit est injuste… Inutile que le président Trump le lise pour comprendre l’évidence. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales, a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau ». C’est un paradoxe amer, mais tellement pertinent. Il pourrait donner corps à une idée que j’ai toujours défendue et qui, dans le contexte international actuel, apparaît plus nécessaire que jamais : une démocratie a le droit de se défendre avec vigueur sans se renier. Elle n’a pas vocation à tendre, par lâcheté ou par mauvaise conscience, l’autre joue diplomatique. Une leçon pour nous, et pour d’autres.
Le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, vent debout contre les dérives idéologiques des antennes et la gabegie financière à France télévisions et Radio France, a été prié de cesser de faire de la politique-spectacle.
La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public a d’ores et déjà permis d’apprendre ou de confirmer certaines choses intéressantes sur le fonctionnement de cette institution médiatique, sur son orientation idéologique, sur ses connivences politiques, sur sa catastrophique gestion financière, sur ses accointances douteuses avec des maisons de production privées, sur les rémunérations, primes et avantages sociaux de ses employés, etc.
Faites le taire !
Le rapporteur de ladite commission, Charles Alloncle, ne s’est pas fait que des amis, c’est le moins qu’on puisse dire. Le jeune député UDR de l’Hérault, qui connaît son dossier par cœur, est pugnace tout en restant courtois. Il ne se laisse démonter ni par l’arrogance des uns – Patrick Cohen s’est une fois de plus distingué dans ce domaine – ni par les tentatives d’enfumage des autres. Après quelques auditions éprouvantes, les mandarins du système médiatique ont décidé de s’ériger en martyrs de la liberté d’expression, en victimes de l’extrême droite. Solidaires, les médias dominants relaient leurs plaintes douloureuses…
La presse mainstream subventionnée est sur le pied de guerre : il faut sauver l’audiovisuel public par tous les moyens. Télérama, Libération – où officie Thomas Legrand, surpris dans un café parisien avec deux éminents représentants du Parti socialiste auxquels il promettait à demi-mot le soutien de France Inter en cas de candidature de Raphaël Glucksmann aux prochaines présidentielles – condamnent en bloc cette commission et ses objectifs inavouables, selon eux. De son côté, Le Monde se déchaîne contre Charles Alloncle, rapporteur d’une commission qui serait, tenez-vous bien, la « caisse de résonance des obsessions des médias de Vincent Bolloré ». Rappel qui a son importance : Télérama et Le Monde appartiennent au même groupe contrôlé par le banquier gauchiste Matthieu Pigasse, également actionnaire de Mediawan, entreprise culturelle travaillant pour France TV, produisant plusieurs émissions dont C à vous, animée par Élisabeth Lemoine et… Patrick Cohen.
Le rappel à l’ordre de Jérémie Patrier-Leitus
Ce mercredi 7 janvier, trois journalistes du Monde, pas moins, ont donc uni leurs plumes pour dézinguer Charles Alloncle. Feignant de découvrir l’utilisation des réseaux sociaux dans le milieu politique, ils s’indignent de ce que le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public les utilise – ce qui est parfois le seul moyen de porter à la connaissance du public des informations que les médias dissimulent. De plus, ce « bardelliste » serait « noyé sous les éloges de l’animateur phare de CNews Pascal Praud » – ce qui révèle vraisemblablement un retour des heures les plus sombres de notre histoire. Heureusement, se réjouissent-ils, le président de ladite commission, Jérémie Patrier-Leitus, a mis le holà en convoquant le bureau afin d’établir quelques « principes » avant de poursuivre les travaux. Il est possible que les courriers de Mme Veil, présidente de Radio France, et de Patrick Cohen, envoyés à M. Patrier-Leitus et à l’Arcom pour se plaindre des mauvais traitements qu’ils auraient subi lors de leurs auditions, aient pesé dans la décision du président. Quoi qu’il en soit, cette « séance de recadrage » satisfait Le Monde qui, ce même jour, a ouvert ses colonnes à Xavier Bertrand. Le président LR des Hauts-de-France signe une tribune dénonçant « les assauts de l’extrême droite contre la presse ». C’est original. M. Bertrand est la proie d’une idée fixe qui lui sert de seul et unique programme politique : le combat contre l’extrême droite. Il aimerait tonitruer mais ne parvient qu’à piauler de sempiternelles platitudes sur la démocratie et les valeurs républicaines supposément en danger. Il voit naturellement d’un mauvais œil les auditions dirigées par Charles Alloncle et affirme que « l’extrême droite œuvre, dans un silence assourdissant, pour tenter de mettre au pas des journalistes qui ne pensent pas comme elle ». C’est qu’il y tient à son rond de serviette dans l’audiovisuel public, le matamore républicain.
Dernièrement encore, il y promouvait son livre intitulé Rien n’est jamais écrit. Pourtant, si, une chose était écrite – l’insuccès de ce bouquin et son destin inéluctable : le pilon. Une autre semble également inscrite dans le marbre : malgré ses prétentions, Xavier Bertrand ne sera jamais président de la République. En attendant d’être confronté à cet échec, M. Bertrand roule des mécaniques dans les médias publics en admonestant « l’extrême droite » et déclare, dans La Voix du Nord, vouloir « mettre [ses] idées dans le débat ». Lesquelles ? On ne sait pas. On sait seulement, grâce au Monde, qu’il ne confond « jamais l’extrême droite avec ses électeurs », ces derniers étant, selon lui, « les premières victimes de stratégies de manipulation, de colère organisée et de désinformation planifiée », et qu’il fera tout pour défendre les pauvres journalistes « intimidés, surveillés » par l’extrême droite. D’ailleurs, il enjoint à tous les responsables politiques de réagir pour « garantir la liberté d’expression de chacun ». Du vent, du vent et encore du vent – et nous comprenons enfin pour quelle raison les Hauts-de-France sont la région où il y a le plus d’éoliennes…
L’intervention des États-Unis au Venezuela serait-elle uniquement motivée par la captation de ses réserves de pétrole ? Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire… Mais l’Amérique de 2026 étant moins dépendante des hydrocarbures étrangers, les objectifs de cette opération pourraient aussi être encore plus triviaux. Analyse.
L’éviction de Nicolás Maduro a ravivé un débat central dans la politique américaine: l’affirmation de la puissance à l’étranger renforce-t-elle ou affaiblit-elle le président Trump sur le plan intérieur ? Si l’épisode vénézuélien peut offrir un second souffle aux Républicains, les gains électoraux demeurent incertains.
Une popularité en berne un an après son élection
À quelques jours du 20 janvier 2026, date anniversaire du retour de Donald Trump au pouvoir, le bilan est mitigé. Une politique agressive à l’international, des droits de douane massifs, une offensive conservatrice sur le plan culturel et une gestion stricte de l’immigration ne semblent pas être la voie vers un âge d’or américain, mais plutôt un cocktail explosif annonçant une potentielle défaite aux midterms de novembre. Trump patine dans les sondages. SelonThe Economist, 39 % approuvent, 56 % désapprouvent et 4 % ne savent pas quoi penser de sa politique. C’est moins que son prédécesseur Joe Biden qui récoltait en janvier 2022 un taux d’approbation de 40 %. Si les midterms sont souvent difficiles pour le président en exercice, il s’agit d’une dure réalité pour celui qui a remporté tous les États-clés il y a un an et qui estime que «Sleepy Joe » incarne le pire président de tous les temps.
L’impopularité de Trump s’explique par sa gestion de l’économie qu’il ne parvient pas à faire décoller. Alors que l’inflation a miné le bilan économique de Joe Biden (3 % en 2024), elle demeure élevée sous Donald Trump (2,7% en 2025). Surtout, les prix de l’énergie, dont dépendent beaucoup d’Américains des classes moyennes et populaires, ont augmenté de 4,2% en 2025 contre 2,8% en 2024. Ainsi, ce retour de bâton pourrait s’avérer fatal pour les Républicains à moins d’un an des midterms. Ils en ont d’ailleurs déjà subi les frais en novembre dernier. Aux élections municipales de New York et de Miami, les démocrates Zohran Mamdani et Eileen Higgins ont remporté les élections haut la main. Très à gauche, M. Mamdani est le premier maire musulman qui a réussi à gagner Big Apple en promettant de lutter contre la vie chère. Mme Higgins a réussi l’exploit d’arracher Miami aux Républicains qui tenaient la ville depuis trente ans en promettant de rendre les logements plus abordables.
Le décrochage de la base MAGA historique
Le cœur du malaise MAGA repose sur un sentiment de trahison. La campagne de 2024 s’articulait autour de messages clairs : « America First », « No More Wars », refus du « nation building », et transparence radicale face à ce que Trump appelait « l’État profond ». Un an plus tard, une partie significative de ses plus fidèles soutiens estiment que ces engagements n’ont pas été respectés. L’opacité persistante autour du dossier Epstein, la pression inflationniste toujours palpable et l’absence de rupture nette avec l’interventionnisme nourrissent une défiance croissante. Le danger pour Trump n’est pas tant la mobilisation de ses adversaires que la démobilisation de ses propres électeurs qui l’accusent de trahison. Un désistement de poids est celui de Marjorie Taylor Greene qui a décidé de quitter son siège au Congrès sur fond de désaccord avec la Maison Blanche.
La politique étrangère cristallise particulièrement les critiques. Trump avait promis la fin de l’engagement américain en Ukraine, une désescalade au Proche-Orient et le rejet des conflits sans fin. Pourtant, fin 2025, aucune de ces promesses n’a été tenue. Pire, le président Trump paraît impuissant pour renverser la vapeur. L’implication continue à Gaza, les frappes contre l’Iran et désormais l’opération au Venezuela renforcent l’idée d’une dérive, voire pire : un enchaînement de promesses non tenues. Pour une frange de l’électorat MAGA, la question est directe : pourquoi investir énergie et ressources à l’étranger quand les questions de la frontière Sud, de la dette publique et de la réindustrialisation restent irrésolues ? Pour beaucoup, le Venezuela ressemble davantage à une diversion qu’à une extension cohérente de la doctrine « America First ».
Le Venezuela pour se refaire électoralement ?
Dans ce contexte, le président américain a pu ressentir le besoin de ramener une victoire à la maison afin de dynamiser sa base. Un tel coup de force contre l’une des pires dictatures d’Amérique latine aurait de quoi galvaniser l’électorat hispanique. Il faut ici rappeler que les Latino-Américains ne votent que depuis peu pour le Parti Républicain et qu’il s’agit d’un électorat déterminant, notamment parce qu’il n’est plus acquis aux Démocrates comme autrefois. C’est là tout l’enseignement de la victoire de Trump en 2024 : la démographie n’est pas nécessairement du côté de la gauche. Selon le centre de recherche Edison, 46% des électeurs hispaniques ont voté pour Donald Trump en 2024 contre 32% en 2020, une percée spectaculaire de 14 points alors que la population hispanique américaine a presque doublé entre 2000 et 2024, passant de 35 à 68 millions. Ainsi, le renversement de Maduro est un gage à l’égard des diasporas latino-américaines qui gardent un souvenir amer des régimes socialistes, d’autant que les quelque 500 000 Vénézuéliens présents aux États-Unis ne manqueront pas de rappeler à leurs proches les apories du régime chaviste dont la répression a fait plus de 18 000 morts.
Mais cette opération électorale s’avère risquée car elle pourrait aussi démobiliser une partie de la base dans un scrutin serré. Le cœur historique du mouvement MAGA s’est d’abord construit par rejet de l’interventionnisme et par promotion d’un certain isolationnisme, autant de principes aujourd’hui reniés par l’administration Trump. Surtout, certains élus américains sont très attachés au respect des prérogatives du Congrès, c’est pourquoi ils voient d’un mauvais œil cette opération unilatérale. Justement, le Sénateur Rand Paul a fait savoir son opposition ferme aux méthodes employées par le Département de la Défense, allant jusqu’à suggérer qu’il pourrait faire cavalier seul aux prochaines élections et inciter d’autres candidats à faire de même alors que le Grand Old Party ne peut se permettre de diviser ses voix. Si cela ne rapportera pas de voix aux Démocrates, le risque d’une démobilisation est à prendre en compte.
L’équation électorale de 2026 est une des clés de compréhension de l’action du président Trump. Si ce dernier perd le Congrès, il ne pourra plus gouverner efficacement et sera dans la même situation que Barack Obama à partir de 2014, impuissant. Dans ces circonstances, cela signerait la fin de son second mandat – et donc du trumpisme alors que le président ne peut plus se représenter après 2028…
Pierre Clairé, directeur adjoint des études du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, spécialiste des questions internationales et européennes. Sean Scull, chargé d’études États-Unis du Millénaire, auteur de Le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède, L’Harmattan (2024). Augustin Bataille, analyste du Millénaire.
Le journal Libération ne parlera plus d’ «union des droites»
Et tient à le faire savoir comme si c’était un acte héroïque1. Le mot chien ne mord pas disent les linguistes. Mais pour Libé (où certains journalistes doivent trouver Maduro plus fréquentable que Marine Le Pen), le mot « union » unit. Derrière l’apparente neutralité de la formule « union des droites », Libé dépiste un concept destiné à faciliter ce funeste processus.
Car pour les journalistes de Libé qui semblent avoir été congelés dans les années 80, le rapprochement entre la droite dite classique et ce qu’ils appellent l’extrême droite (en l’occurrencen le RN et Reconquête) ne serait pas seulement une évolution politique mais une transgression morale. C’est une question de prophylaxie sociale – d’où le terme « cordon sanitaire ». Ce qu’on appelle l’union des droites se résume selon Libé à des accointances honteuses entre LR et extrême droite.
En réalité, il n’y a pas de parti d’extrême droite en France. Du moins, pas à l’Assemblée. Jean-Marie Le Pen est mort et sa fille a depuis longtemps répudié son héritage politique. Mais le clergé de gauche continue à brandir ses croix pour conjurer le mal. Vade retro extremedroitas ! Le message adressé à tous ceux qui oseraient franchir le Rubicon : ils seront traités en infréquentables….
N’est-ce pas un combat d’arrière-garde ?
En tout cas, c’est celui de Libé et de toute la gauche politique et médiatique.
On les comprend : le cordon sanitaire a permis à la gauche quoique minoritaire de se maintenir au pouvoir et en prime de jouer les professeurs de vertu. L’antifascisme de bazar (que Lionel Jospin lui-même qualifiait de « petit théâtre antifasciste ») a légitimé l’abandon des classes populaires (ces ploucs qui n’aiment pas le multiculti) et dispensé le camp progressiste de toute réflexion. Et alors que le pays est majoritairement à droite, cette interdiction de l’union pourrait encore exclure la droite du pouvoir.
Reste à savoir si ce chantage moral va encore fausser les prochaines élections.
Cela fait encore débat chez LR. Ce mois-ci, Bruno Retailleau dit dans Causeur : « Marine Le Pen n’est pas raciste, ni fasciste mais socialiste. » De fait, Marine Le Pen ne se dit pas de droite, ce qui complique l’union des droites. Mais sur le régalien, tout de même, les convergences sont évidentes. Et si MM. Wauquiez et Sarkozy pensent qu’il est temps d’en finir avec l’interdit moral, d’autres comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse jouent toujours les vierges effarouchées. A défaut d’être élus pour redresser la France, ils auront l’immense honneur d’être encensés par Libération.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger
Le Conseil d’Etat vient de rejeter le pourvoi de l’Association Francophonie Avenir contre la Mairie de Paris. Qui peut donc utiliser des points médians sur des plaques commémoratives…
Pendant qu’Emmanuel Macron faisait une réunion à l’Elysée, on apprend que le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’écriture inclusive sur les plaques commémoratives de nos mairies. Ainsi peut-on lire désormais, dans le couloir menant à l’hémicycle de l’Hôtel de Ville de Paris : « Président.e.s et conseillers.e.s. » Que voilà du « bon français » cher à l’Ordonnance de Villers-Cotterêts !
C’est en 2017 que cette « réactualisation » des marbres, passée inaperçue, avait eu lieu pour la bagatelle de 18600 euros. Sauf que l’association Francophonie Avenir, qui milite depuis des années pour la défense de notre langue française, avait dévoilé, en 2021, le pot aux roses. Montée au créneau, elle dénonçait une graphie idéologique qui, violant le principe de neutralité et l’article 2 de la Constitution, était illégale. Et de demander à Madame la maire de se corriger et de ne plus recommencer. La maire ne répondit pas. Silence valait refus. L’Association décide alors, en 2022, de porter l’affaire devant le tribunal administratif de Paris qui rejette, en mars 2023, toutes les demandes de la requérante : annulation du « refus implicite » de la maire, illégalité déclarée de l’inclusive, obligation, à l’avenir, pour la mairie de bannir l’inclusive. Qu’à cela ne tienne, dit l’Association qui se bat comme un.e.lion.ne. Portons l’affaire au plus haut niveau : le Conseil d’Etat. Aussi dit que fait que décrété. Le 6 janvier 2026, la plus haute juridiction administrative française (à dire dix fois en 5 secondes) rejette le pourvoi et tranche.
Les arguments de l’AFRAV, dit, en substance, le Conseil d’Etat, ne reposent sur rien de sérieux. Et d’abord, ce point médian n’est pas « un point médian » mais un simple « point de ponctuation » qui ne sert qu’à rendre visible le féminin, évitant de répéter le mot entier. Argument de poids quand on sait le prix du marbre et celui d’un mot gravé supplémentaire. Ensuite, l’inclusive constitue une forme valide de la langue française. Valide, valide… C’est vite dit. Comment le /la maire/e dira-t-elle, à haute voix, si le contexte l’y oblige, dans le cas d’un dévoilement de plaque, par exemple, ce qui est écrit ?
Les médias ont compris qu’il y avait là une histoire de cornecul. Pourquoi, ont écrit de petits futés, l’inclusive a-t-elle été bannie, par décret, des textes administratifs officiels et est-elle autorisée, sur les plaques où sont inscrits les noms des édiles ? Permise ici, et interdite là ? Pourquoi cette discrimination ? Les Français, tout à leurs souvenirs écoliers traumatisants de circonflexes, voient-ils bien l’entreprise de destruction que subit notre langue à vitesse accélérée depuis trois décennies ? Et de manière vertigineuse depuis trois ou quatre ans ? Tout à leurs écrans, se rendent-ils compte que, dans trente ans, on n’écrira plus le français ?
Enfin, même si on sait que la langue française est subtile voire tarabiscotée, d’une insolente irrationnalité — au pays de Descartes, c’est un comble !– il faudra quand même que nos linguistes et nos Eveillés nous expliquent la différence entre un point médian et un point de ponctuation aux frontons de nos mairies.
L’essayiste n’a pas de mots assez acérés pour déplorer la faillite des années Macron. Le principe du « en même temps » a installé la France dans le mensonge en la coupant des réalités économiques, financières et géopolitiques. Mais le redressement est encore possible. La solution, c’est de faire l’inverse de ce qui est fait depuis huit ans.
Causeur. Depuis que Sébastien Lecornu est à Matignon, les arbitrages budgétaires de la nation sont davantage entre les mains du Parlement que de l’exécutif. Dès lors, on ne peut plus dire que la politique économique soit celle d’Emmanuel Macron. Un chapitre se referme, qui aura duré plus de huit ans. Quel bilan en tirez-vous ? Le président a-t-il identifié les bons défis ? Employé les bonnes méthodes pour réformer ? Proposé les mesures adéquates ?
Nicolas Baverez. Le macronisme en tant que mouvement politique est mort, mais il se survit dans l’occupation des postes. Sébastien Lecornu est l’instrument de la volonté d’Emmanuel Macron qui consiste à durer et rester au pouvoir jusqu’en 2027, quel qu’en soit le prix pour la France, ses institutions, son économie et sa démocratie.
La Ve République, taillée pour affronter les crises, a été corrompue. Le président concentre tous les pouvoirs mais n’en exerce aucun, multipliant les annonces dans le vide, à l’image du lancement d’un nouveau porte-avions sans aucun financement. Le Premier ministre n’est plus une fonction, mais une fiction. Le gouvernement a renoncé à conduire la politique de la nation et à mettre en œuvre les compétences que lui donne la Constitution – engagement de sa responsabilité ou ordonnances – pour se soumettre à l’anarchie parlementaire. L’Assemblée, livrée au chaos, se révèle aussi incapable de voter la loi et le budget que d’animer un débat public responsable. La recherche d’un pseudo-compromis se réduit à la reconduction d’un modèle mortifère et déconnecté de toute réalité : taxer plus pour dépenser et s’endetter plus.
Donc, vous pensez toujours que la France tombe ?
La paralysie de l’État transforme le lent déclin engagé depuis le début des années 1980 en chute libre. L’effondrement est d’abord démographique : en 2025, pour la première fois depuis 1945, notre pays comptera plus de décès que de naissances, l’augmentation de la population n’étant plus assurée que par l’immigration qui soulève d’importantes difficultés d’intégration. La croissance est limitée à 1 % pour un déficit public de 5,4 % du PIB et n’est plus soutenue que par la consommation. La productivité et la compétitivité sont sinistrées, avec pour conséquence un déficit commercial de 3 % du PIB et un recul des parts de marché des exportations à 2 % dans le monde et 12 % dans la zone euro. Le chômage remonte vers 8 % de la population active. La pauvreté gagne, touchant 9,5 millions de Français tandis que 650 000 personnes basculent chaque année dans la précarité. La France a régressé depuis 1980 pour la richesse par habitant du 10e au 26e rang mondial et se situe désormais 15 % en dessous de l’Allemagne et 52 % en dessous des États-Unis. Et ce alors que les transferts sociaux culminent à 34 % du PIB.
Mais est-ce la faute d’Emmanuel Macron ?
Avant Emmanuel Macron, la France dérivait dangereusement. Avec Emmanuel Macron, coule. En atteste la faillite de l’État avec la perte de tout contrôle des dépenses et des finances publiques. La dette atteint 3 482 milliards d’euros, soit 117,4 % du PIB. Elle est insoutenable tant budgétairement – puisque son service dépassera 100 milliards d’euros à partir de 2028 – qu’économiquement, puisque les taux d’intérêt (3,6 %) sont très supérieurs à la croissance nominale (2,3 %). Si l’on ajoute à la dette les engagements de l’État au titre des retraites, qui s’élèvent à 12 500 milliards d’euros, l’exposition financière réelle de l’État atteint 530 % du PIB !
Emmanuel Macron laisse donc une France devenue l’homme malade de l’Europe, qui va droit à une crise financière majeure, comparable à celle de l’Italie en 2011. Avec à la clé sa mise sous tutelle par nos partenaires européens, la BCE et le FMI, qui ne manquera pas d’entraîner de graves violences politiques et sociales.
Pour défendre la politique du chef de l’État en faveur de l’activité, les macronistes parlent de « politique de l’offre », de « flat tax », de « Choose France » et de « France 2030 ». S’agit-il de gadgets de communication ou d’un véritable virage en faveur de l’entreprise et de l’industrie ?
Les pseudo-réformes d’Emmanuel Macron n’ont pas effectué un virage, mais créé un mirage. Les mots n’ont cessé de jurer avec les choses et les paroles de divorcer des actes. La politique de l’offre est restée virtuelle, puisqu’il n’y a jamais eu de déplacement du partage de la valeur ajoutée en faveur de l’investissement et de l’innovation, contrairement aux années 1960 où la formation de capital atteignait 25 % du PIB. Les baisses d’impôts sont fictives puisque les recettes publiques sont à un niveau record de 52 % du PIB. En guise de réindustrialisation, on enregistre plus de fermetures que d’ouvertures de sites manufacturiers. Sous les satisfecit autour du retour au plein emploi pointe la résistance du chômage de masse. La célébration du service public accompagne l’effondrement de l’éducation et de la santé. Les postures martiales à propos de l’économie de guerre masquent les cascades d’annulation de commandes adressées aux industriels de l’armement faute de crédits de paiement. L’insistance sur le désendettement va de pair avec l’accumulation de 1 300 milliards d’emprunts supplémentaires depuis 2017. À défaut de réformer le modèle économique et social français que chacun sait insoutenable, Emmanuel Macron a donc installé la vie politique française dans un grand mensonge, la coupant des réalités économiques, financières et géopolitiques.
D’après l’Insee, la France ne produit en 2015 que 36 % des biens industriels consommés par les ménages sur son territoire. Dix ans après, la barre a-t-elle été redressée ?
Non, le modèle de la décroissance à crédit s’est emballé. L’économie française n’est tirée que par la consommation, financée par la dette publique, tandis que l’investissement stagne et que les exportations régressent. La production est sinistrée, à l’image de la construction ramenée à son niveau de 1952 ou de l’automobile revenue à son étiage du début des années 1960. Des filières entières s’effondrent, comme l’agriculture, la sidérurgie, la chimie ou le textile. Notre appareil de production est sous-compétitif en raison de l’insuffisance du travail, de l’investissement et de l’innovation. Dans une économie de la connaissance où le capital humain est déterminant, la France n’affiche que 664 heures travaillées par personne et par an contre 715 en Espagne, 720 au Royaume-Uni, 729 en Allemagne, 767 en Italie, 825 aux États-Unis, tandis que la productivité a diminué de 6 % depuis 2019. La fonte de la production s’accélère depuis la dissolution de 2024. L’incertitude politique et la frénésie fiscale (53 milliards d’impôts supplémentaires sur les entreprises votés par l’Assemblée à l’occasion de l’examen du projet de budget pour 2026, après 30 milliards en 2025) ont en effet déclenché un puissant exode des entrepreneurs et des chercheurs, des capitaux et des entreprises, à l’image de la délocalisation de Criteo aux États-Unis ou de la cotation à Wall Street de TotalEnergies. L’euthanasie de la production et des entreprises n’est pas seulement une catastrophe économique, mais un désastre stratégique car notre pays dépend désormais en quasi-totalité de la Chine pour la fourniture des biens essentiels et des États-Unis pour la technologie. Or la pandémie de Covid, puis la guerre en Ukraine ont souligné les risques élevés qui résultent de cette perte de souveraineté.
Vous êtes l’intellectuel qui alerte le plus sur l’addiction des Français à la dépense publique et leur allergie à l’effort. Sur ce point Macron est d’accord avec vous. N’est-ce pas une mission impossible que de faire renoncer nos concitoyens à leurs habitudes social-étatistes ?
Chateaubriand rappelait que « l’ambition dont on n’a pas le talent est un crime ». Emmanuel Macron a failli à remplir le mandat de modernisation de la France que lui avaient confié les Français en 2017, et dilapidé la chance historique dont il bénéficiait. Il est vrai qu’il n’est pas facile de transformer la France, dont 57 % de la population touche plus de l’État qu’elle ne contribue. Mais tous les autres pays européens ont réussi à se remettre en question, y compris désormais l’Allemagne qui a entrepris de sauver son industrie et de se réarmer sous l’autorité de Friedrich Merz.
Les Français ont accepté après 1945 des transformations très amples et brutales, puisque le pays s’est industrialisé et urbanisé en moins de deux générations. Ils ne sont pas par nature inaptes à affronter la nouvelle donne du xxie siècle. À preuve, les 15 % d’entre eux qui affrontent avec succès la concurrence du grand large ou encore les 2 millions de nos compatriotes qui se sont exilés et qui excellent dans le champ économique comme dans le champ scientifique. À preuve également les succès de la reconstruction de Notre-Dame ou des Jeux olympiques de Paris, obtenus dès lors que la chape de plomb fiscale et réglementaire est levée. On ne peut réformer la France sans moderniser en profondeur l’État. Or Emmanuel Macron s’est contenté de le détruire sans modifier ses structures, ses méthodes et ses règles de fonctionnement. On ne peut réformer la France sans les Français. Or Emmanuel Macron, au lieu de faire la pédagogie de la situation et des efforts, a voulu présider sans eux et les a entretenus dans la démagogie suicidaire du « quoi qu’il en coûte ».
Faut-il s’inquiéter du déficit de la balance agroalimentaire française, phénomène que l’on n’avait pas connu depuis 1978 ?
En 2025 effectivement, le solde agricole français sera tout juste à l’équilibre, voire négatif, pour la première fois depuis près d’un demi-siècle. Cette situation aberrante, tant nous disposons de tous les atouts pour nous affirmer comme une grande puissance agricole, est exemplaire des problèmes de production et de compétitivité français. Depuis 2000, la France a été ravalée du deuxième au sixième rang des exportateurs mondiaux de produits agricoles et du premier au troisième rang en Europe, derrière l’Allemagne et les Pays-Bas. Dans le même temps, les importations ont triplé. Au moment où les risques géopolitiques explosent, la France voit se refermer le piège de la dépendance alimentaire, avec des importations qui assurent le quart de sa consommation.
L’agriculture française meurt de la désintégration et de l’obsolescence de son appareil de production. Sa valeur ajoutée s’est contractée jusqu’à 1,6 % du PIB. Elle ne compte plus que 390 000 exploitations contre 700 000 en 2000 et 10 % d’entre elles sont en faillite. Cette descente aux enfers doit certes à la multiplication des chocs et des crises : le réchauffement climatique ; la multiplication des épizooties ; l’éclatement de la mondialisation ; la guerre commerciale. Mais la raison principale est à chercher dans la politique malthusienne qui a été poursuivie par la France et l’Union, dans la perte de compétitivité liée aux coûts fiscaux et sociaux, dans le blocage de l’innovation provoqué par une bureaucratie et une surréglementation tentaculaires.
Emmanuel Macron accueilli par Xi Jinping au Grand Palais du peuple, à Pékin, 4 décembre 2025 : une visite d’État marquée par l’asymétrie du rapport de forces et l’inaudibilité française. (C) Christian Liewig-pool/SIPA
Emmanuel Macron a récemment menacé de « prendre des mesures fortes » contre Pékin et lancé une campagne contre le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. Peut-on parler de trumpisme « light » ? L’approuvez-vous ?
La situation de la France doit de fait être analysée à la lumière des changements considérables dans l’environnement économique et géopolitique. Comme les autres pays d’Europe, nous devons nous adapter à la fin de la mondialisation et au basculement dans l’âge des empires. Nous faisons face à des États-Unis convertis à la démocratie illibérale par Donald Trump, qui ne sont plus des protecteurs mais des prédateurs, à la menace existentielle de la Russie de Vladimir Poutine, à l’emprise économique de la Chine de Xi, au ressentiment du Sud en raison du passé colonial. Dans ce monde où la force prime le droit, seule compte la puissance. La grande erreur d’Emmanuel Macron a été de prétendre tenir le discours de la puissance tout en ruinant les moyens de puissance de la France, notamment en aliénant sa souveraineté aux marchés financiers et à nos partenaires européens du fait de la faillite de l’État. C’est la raison pour laquelle il a été ouvertement humilié par Donald Trump en Égypte et par Xi Jinping à Pékin, qui n’a même pas pris la peine de répondre à ses demandes sur la restriction des exportations chinoises vers l’Europe ou sur la guerre d’Ukraine. La France est aujourd’hui inaudible. Elle a perdu toute crédibilité en Europe comme dans le monde en raison de la perte de contrôle de son économie, de ses finances publiques, de sa sécurité ainsi que de l’impuissance de son État obèse. Trump comme Xi ne sont certes pas des modèles à imiter, mais ils disposent de la puissance et s’en servent sans se fixer de limites. Si nous voulons résister aux autocrates et aux tyrans, il nous faut reconstruire la France en tant que puissance. C’est-à-dire prendre le contrepied exact de la politique d’Emmanuel Macron.
Il se dit souvent dans les milieux d’affaires que l’UE permet de limiter les dégâts des mauvais choix économiques faits à Paris. Validez-vous cette analyse ?
Absolument pas. D’abord parce que l’Union a de son côté accumulé de nombreuses erreurs : surévaluation de l’euro, répression financière, sabordage des télécommunications, de l’énergie, de l’automobile, de l’agriculture et jusqu’à récemment de la défense que la taxonomie verte assimilait à la pornographie… Elle aussi a échoué à s’adapter et à transformer un modèle obsolète, fondé sur la conviction que la paix résulte du droit et du commerce, que la souveraineté peut se partager, que le grand marché peut être régulé par la seule concurrence, que la bureaucratie et les normes sont un facteur de puissance. Ensuite parce que pour la France, l’euro est une protection, mais surtout une malédiction. Sans l’euro, nous n’aurions jamais pu laisser s’effondrer notre appareil de production et dériver nos finances publiques sans être forcés de réagir. À preuve, en 1983, la France s’est trouvée aux portes du FMI en raison de la relance, ainsi que de la distribution de revenus et de droits sociaux non financés en 1981, et a dû se résoudre à effectuer le tournant de la rigueur, alors que le déficit et la dette s’élevaient respectivement à 2,6 % et 26 % du PIB.
Qu’est-ce qui a manqué à Emmanuel Macron pour être un bon dirigeant sur le plan économique ?
Emmanuel Macron a été élu en 2017 à la suite d’un concours de circonstances. Il s’est présenté comme un libéral, un réformateur et un partisan de la société civile. Puis il a présidé comme un étatiste, un centralisateur et un démagogue. Ce qui lui a manqué, c’est d’abord une stratégie claire : le principe du « en même temps » fut un slogan électoral efficace, mais a interdit toute action cohérente, qui suppose une ligne et des choix nets. C’est ensuite la méthode, car il a divisé les Français au lieu de les rassembler. C’est enfin l’armature intellectuelle et morale, car son narcissisme l’a poussé à un nihilisme destructeur pour lui-même, pour son parti et pour la nation.
Ce qui importe désormais pour la France, c’est de tirer toutes les leçons de cette nouvelle Étrange Défaite, pour reprendre la formule de Marc Bloch. Notre pays est à un tournant avec, comme en 1958, le choix entre le miracle ou bien la faillite, et un déclassement qui pourrait devenir irréversible. Nous conservons encore les moyens de notre redressement. Il est en effet ahurissant d’aboutir à pareil désastre avec autant d’atouts. Mais le temps nous est compté. La solution, c’est de faire l’inverse d’Emmanuel Macron. Donner la priorité absolue à la reconstruction de la France comme puissance. Privilégier une thérapie de choc, qui seule peut obtenir des résultats rapides. Réunir les Français autour d’un projet national. Périclès rappelait que « ce ne sont pas les pierres mais les hommes qui constituent les meilleurs remparts des cités ». Aux Français de se mobiliser pour relever la France et sauver la République qui n’a jamais été en plus grand danger depuis les années 1930.
La députée LFI Danièle Obono avec Manuel Bompard lancent la campagne dans le 18e arrondissement, à Paris. RS.
La députée LFI et candidate à la mairie du 18e arrondissement de Paris est accusée de racisme antiblanc. Nos confrères de Boulevard Voltaire ont en effet déterré une intervention de l’élue à la Fête de l’Humanité où elle déclarait : « Un des problèmes de la fête de l’Huma, c’est que c’est la fête de la gauche blanche ! Et j’aurais pu parler des Amphis de la France Insoumise, ça me fait honte. »
La scène est revenue comme une parole qu’on n’avait pas voulu entendre. Lors d’une table ronde organisée par Nous Toutes 93, en marge de la Fête de l’Humanité qui s’est tenue du 12 au 14 septembre, la députée LFI Danièle Obono a livré un constat sans fard. La Fête de l’Huma, dit-elle, demeure « la fête de la gauche blanche », hier comme aujourd’hui. Elle aurait pu, ajoute-t-elle, tenir les mêmes mots à propos des amphis universitaires ou de La France insoumise elle-même. Une image qui lui fait honte, précise-t-elle, parce que c’est celle que renvoie la gauche à des millions de personnes.
À ses côtés, Sarah Bennani, présidente de l’association Jeunesse Populaire, venue pour la première fois à la Fête, renchérit. Elle dit n’avoir « jamais vu plus blanc que blanc », évoque un cochon rôti au petit matin, scène qu’elle juge incompatible avec ce qu’elle nomme une « écologie décoloniale ».
Pas gracieuse, notre députée !
Ainsi se dit, sans détour, un antiracisme qui retourne son accusation vers son propre camp et expose la gauche à sa propre disgrâce.
L’antiracisme officiel, celui des plateaux télé, des associations subventionnées et des communiqués ministériels, n’a plus rien à voir avec ce sentiment élémentaire d’humanité qui consiste à reconnaître en l’autre un semblable. Il est devenu un rite, une liturgie laïque, avec ses prêtres, ses dogmes, ses excommunications. On ne le pratique plus pour défendre la dignité humaine, mais pour imposer un récit unique, dans lequel l’Occident – et la France au premier chef – doit se confesser à perpétuité, à genoux devant ses fautes réelles ou supposées. Ce n’est plus un idéal moral, mais une arme idéologique.
Pendant ce temps, loin des slogans et des marches blanches, la France réelle – celle des petites villes, des bourgs, des banlieues périphériques – vit une autre expérience : celle d’un quotidien de plus en plus traversé par une tension sourde. Les mêmes Français qui ne manifestent pas, qui ne prennent pas la parole sur les réseaux sociaux, constatent pourtant que certaines violences, certaines arrogances, certaines formes de mépris viennent presque toujours des mêmes milieux. Ils le voient, ils le subissent, mais ils savent qu’ils n’ont pas le droit de le dire. Leur parole, si elle s’échappe, est aussitôt condamnée comme raciste, et leur simple inquiétude devient une faute morale. Alors ils se taisent, ravalent leur colère, et cette colère s’infiltre, se concentre, se durcit.
Le malentendu fondateur
On nous répète que cette exaspération est « du racisme », comme s’il suffisait d’un mot pour épuiser le problème. Mais ce n’est pas du racisme au sens biologique et brutal du XIXᵉ siècle. C’est autre chose : une lassitude civilisationnelle, un refus d’assister passivement à la transformation de son pays en un espace étranger à ses mœurs, à ses lois, à sa politesse, à ses hiérarchies implicites. Ce rejet, on ne veut pas l’entendre, parce qu’il met en cause non pas seulement des individus, mais des modes de vie entiers – et que le politiquement correct interdit d’interroger ces modes de vie autrement qu’en termes victimaire et compassionnel.
L’antiracisme doctrinal nie que ce malaise ait une cause objective. Il préfère y voir un fantasme, un délire entretenu par l’extrême droite, oubliant commodément que ce sont souvent les mêmes catégories sociales – policiers, gendarmes, pompiers, enseignants, chauffeurs, infirmières – qui, au quotidien, sont en première ligne, et qui constatent cette dégradation sans qu’aucune campagne officielle ne les protège.
Une guerre civile à bas bruit
Ce qui se joue aujourd’hui ressemble à la préparation invisible d’une déflagration. Les tensions s’accumulent comme la poudre dans un grenier fermé. L’Histoire, si prompte à punir les peuples qui refusent de voir ce qui s’amasse sous leurs yeux, nous a déjà donné mille exemples : l’aveuglement des élites précède toujours la catastrophe. Nous en sommes là. Les uns parlent d’« enrichissement culturel » quand les autres parlent de « zones de non-droit ». Les mots ne se rejoignent plus. La fracture est là : linguistique, morale, et bientôt physique.
Et pourtant, au milieu de ce fracas à peine audible, il existe des voix musulmanes ou africaines qui rejettent ces dérives, qui savent que la violence de quelques-uns salit l’ensemble. Mais ces voix ne trouvent pas d’espace. Elles ne font pas partie de la dramaturgie médiatique, car elles dérangent le récit manichéen. Dans un monde normal, on les soutiendrait, on les amplifierait ; dans le nôtre, on les ignore ou on les soupçonne de « trahison ».
Les nouveaux clercs
À cette France réelle, on oppose une intelligentsia qui recycle les vieilles lunes tiers-mondistes et postcoloniales. Les indigénistes, les racialistes, les antisionistes radicaux se posent en gardiens de la morale universelle, mais leur morale n’est qu’une haine codée : haine de l’Occident, haine de la République, haine de l’État-nation. Ils ont inventé un antiracisme qui sélectionne ses victimes et ses coupables selon des critères ethniques et géopolitiques. Ils sont les nouveaux clercs d’un totalitarisme intellectuel qui prétend réécrire l’Histoire – ou plutôt l’effacer – pour imposer un éternel présent de repentance et de culpabilité.
Orwell l’avait vu : les mots seraient vidés de leur sens, retournés contre eux-mêmes. « Antiracisme » signifierait un jour « racisme à l’envers » ; « antifascisme » désignerait un fascisme purgé de ses chemises brunes, mais pas de sa violence inquisitoriale. Ce jour est venu.
Le choix final
Nous n’avons plus des décennies devant nous. La France n’est pas condamnée par un destin aveugle : elle est condamnée par son propre renoncement. L’antiracisme qui s’exhibe partout n’est plus la défense d’une fraternité nationale, mais la matrice d’une sécession culturelle. Il ne s’agit plus seulement de combattre les idéologies qui nous fracturent : il faut se donner le courage de nommer les faits, de restaurer la souveraineté de l’État, de cesser de traiter le réel comme une opinion.
Ce combat n’aura rien d’aimable. Il faudra briser des tabous, affronter la haine des cliques universitaires, des médias subventionnés, des faux poètes de l’humanité. Mais c’est cela ou disparaître. Ceux qui ne veulent pas le voir sont déjà complices. Ceux qui se taisent par prudence sont déjà vaincus. L’histoire jugera, comme elle l’a toujours fait, et les coupables ne seront pas seulement ceux qui auront incendié la maison, mais aussi ceux qui, la voyant brûler, auront continué à psalmodier des litanies sur « le vivre-ensemble » en se bouchant les yeux…
« La fête de l’Huma, je n’ai jamais vu plus blanc que blanc. J’ai vu un cochon qui était en train d’être rôti ce matin ! » Sarah Bennani, présidente de l’association Jeunesse Populaire lors de la table ronde organisée par « Nous Toutes » 93 à la Fête de l'Humanité. pic.twitter.com/lJLJDUEnpT
Du manque de répartie ? Invité de France 2 avant les fêtes, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a suscité des moqueries de Roselyne Bachelot et Léa Salamé
Le 13 décembre, sur le plateau de « Quelle époque ! » (France 2), il y avait quelque chose de Ridicule, ce film de Patrice Leconte dans lequel un aristocrate provincial mal dégrossi débarque à Versailles et doit montrer à la cour qu’il a de l’esprit s’il veut rencontrer Louis XVI. Ce soir-là, à la fin de l’émission, l’animatrice Léa Salamé demande au président du RN quelle question il aimerait poser à Donald Trump.
« Où est-ce qu’il trouve toute cette énergie ? » répond-il avec autant d’originalité que Laurent Delahousse ou Michel Drucker placés en pareille situation. Et la journaliste de moquer, dans l’hilarité générale, le « petit manque d’imagination » du jeune homme né à Drancy. Depuis, la séquence est diffusée en boucle sur les réseaux sociaux. La caste médiatique se frotte les mains : ça y est, on la tient, la vidéo qui annihilera le destin élyséen du protégé de Marine Le Pen ! C’est peut-être aller un peu vite. Si le cinéma avait existé au XVIIIe siècle, le passage de Ridicule dans lequel le héros est humilié par une comtesse dotée de plus de repartie que lui aurait peut-être suffi à déclencher la Révolution. Et puis il est arrivé plus d’une fois qu’un homme d’État manque d’à-propos à la télévision, sans que cela le disqualifie à jamais pour l’Élysée. En 1988, en plein débat d’entre-deux-tours de la présidentielle, Jacques Chirac reste coi quand François Mitterrand lui lance avec perfidie : « Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre. » Non pas que le Corrézien soit incapable d’être piquant, voire assassin. Seulement, il est alors trop engoncé dans le personnage lisse qu’il s’est composé pour l’occasion – et qui ne convaincra pas les électeurs.
Sept ans plus tard, à nouveau en campagne, il osera enfin se montrer vachard en public en lançant à Michel Field lors d’une interview : « Réfléchissez deux minutes… C’est pas excessif, hein ! » Il avait entre-temps appris – auprès de communicants américains, dit-on – à lâcher des saloperies avec un air jovial qui met les rieurs de son côté, et qui lui assura la victoire face à un Lionel Jospin trop austère. Talleyrand avait peut-être tort quand il affirmait que « l’esprit sert à tout, mais ne mène à rien ».
Les années Macron. Par Nicolas Baverez, Mathieu Bock-Côté, Arthur Chevallier, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Bruno Lafourcade, Eric Revel… Et Bruno Retailleau: « Le Pen n’est ni raciste, ni fasciste, elle est socialiste ». Découvrez le sommaire de notre numéro de janvier…
Emmanuel Macron est toujours président mais il n’est plus vraiment au pouvoir. L’heure est déjà au bilan, et il n’est pas glorieux : immigration incontrôlée, déclin économique, progression de l’islamisme, désastre de l’école. Selon Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques qui présentent notre dossier du mois, le plus jeune président de la République s’est employé à tout gâcher, ou presque. Pour Bruno Retailleau, « Le macronisme, c’est fini ! » Après son passage par la place Beauvau, il défend une droite classique et réfléchie dans un paysage politique qui s’est mélenchonisé. Le patron des LR confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques qu’il veut rétablir « l’ordre, la justice et la fierté française ». Et pourquoi pas dès 2027 ?
De son côté, Alain Finkielkraut déplore que les revirements idéologiques d’Emmanuel Macron aient empêché de sauver l’école du désastre et de maîtriser les flux migratoires. Dans un entretien avec Élisabeth Lévy, il se montre moins critique concernant la politique étrangère du chef de l’État en Ukraine et au Proche-Orient. Emmanuel Macron a-t-il remis la République en marche, comme il le promettait en 2017 ? Pour Marcel Gauchet, rien n’est moins sûr. Le président, si brillant soit-il, n’a pas compris la dimension populaire et patriotique de notre contrat social. Le plus fin des analystes du « nœud démocratique », dont les propos ont été recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, déclare : « Macron aura eu l’air d’un président mais il n’avait pas la chanson ». L’écrivain Bruno Lafourcade affirme que le chef de l’État fonctionne comme une IA. Il n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, et il ajuste ses opinions en fonction du public. De quoi déplaire aux Gaulois réfractaires.
Le numéro de janvier est disponible aujourd’hui sur le site et mercredi 7 janvier chez votre marchand de journaux.
Emmanuel Macron frappe le monde la culture du sceau de son immodestie. Jonathan Siksou explique comment, du Louvre à Notre-Dame en passant par la tapisserie de Bayeux et la Cité de la langue française, il entend laisser sa trace. Quitte à passer outre les avis des experts et à rester sourd aux cris d’alarme des défenseurs du patrimoine. Pour Mathieu Bock-Côté, Emmanuel Macron glisse vers un autoritarisme d’un nouveau genre. Sous couvert de lutte contre la haine, le chantre de l’« extrême-centre » veut neutraliser ses opposants par la diabolisation ou la labélisation. Des méthodes infiniment plus douces que le goulag mais non moins efficaces. Selon Nicolas Baverez : « Avant Macron, la France dérivait. Avec lui, elle coule ».L’essayiste, dont les propos ont été recueillis par Jean-Baptiste Roques, n’a pas de mots assez acérés pour déplorer la faillite des années Macron. Le principe du « en même temps » a installé la France dans le mensonge en la coupant des réalités économiques, financières et géopolitiques. Mais le redressement est encore possible. La solution, c’est de faire l’inverse de ce qui est fait depuis huit ans. Arthur Chevallier, proche du chef de l’État, estime que son impopularité ne l’affecte pas car les Français qu’il croise tombent sous son charme. Le président n’est ni hautain ni narcissique mais le peuple, épuisé par un contexte difficile, ne le comprend pas. Le jeune historien en est convaincu : l’Histoire réparera ce quiproquo.
Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy revient sur l’affaire Shein. Si cette entreprise chinoise incarne un modèle industriel et commercial dévastateur et inique, ce n’est pas ce qui a déclenché le scandale, mais la question des poupées sexuelles. Acheter une de ces dernières est considéré comme criminel, même quand l’acheteur n’a pas commis d’acte et ne possède pas d’images pédopornographiques. Car la société ne peut apparemment pas supporter un tel sacrilège. « Mieux vaut commencer à surveiller ce qu’on dit ou fait dans la vie privée : le simple fait d’en avoir une passera bientôt pour un outrage aux bonnes mœurs ». Pour Cyril Bennasar, le séparatisme qui menace aujourd’hui la France est aussi dans la langue. Terroriste ou résistant ? Antisémite ou antisioniste ? Nous employons tous les mêmes mots mais ils n’ont pas toujours le même sens. Nous n’avons pas le même récit, les mêmes héros, les mêmes valeurs. Stéphane Germain a lu le Voyage dans la France d’avant de Franz-Olivier Giesbert. Cette brillante et passionnante autobiographie dresse aussi le constat d’un pays gravement malade dont l’origine des maux se niche dans son passé révolutionnaire et dans son actuelle américanisation. L’auteur est pourtant convaincu que la France finira par se relever.
Gil Mihaely raconte le parcours remarquable de Naor Narkis : à 36 ans, ce dernier a décidé de transformer la société israélienne en encourageant l’émancipation des haredims, ces juifs ultra-orthodoxes qui vivent en autarcie et représentent près de 14% de la population. Libérés du joug des rabbins ultras, ils pourront s’intégrer au marché du travail, payer des impôts et faire leur service militaire. Selon mon analyse, quelle que soit l’issue de la guerre entre Kiev et Moscou, la menace russe continuera de planer sur l’Europe occidentale. Les Européens s’y préparent mais manquent de confiance sans le soutien direct des États-Unis, davantage préoccupés par la Chine. Face aux grands empires, une Europe des nations souveraines pourrait s’affirmer.
Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles s’interroge : « Dans un contexte de polarisation et de radicalisation […] est-il possible de préserver la dignité humaine ? » Pour Ivan Rioufol, l’aspiration des nationaux à retrouver leur souveraineté est un besoin existentiel qui se généralise. Devant l’incurie des dirigeants, les citoyens sont appelés à redevenir la nouvelle force démocratique. Selon Emmanuelle Ménard, la contestation des crèches de Noël, l’activisme des néo-féministes, la tolérance de l’immigration irrégulière et le lâchage des agriculteurs donnent une mauvaise image de la France. Jean-Jacques Netter déplore qu’il y ait toujours plus d’impôts et toujours pas de réformes, et Gilles-William Goldnadel a écouté encore France Inter. Et une fois encore, ils ont invité un bon juif, c’est-à-dire un juif qui déteste Israël.
Jean-Pierre Winter, psychanalyste et écrivain, compagnon de route de Causeur, est mort le 9 décembre 2025. Charles Rojzman rend hommage à sa mémoire. Penseur lucide, il refusait le consensus, appelait à parler vrai, à accepter le conflit, à assumer la peur et à renoncer à l’illusion de l’innocence. Tout ce que refuse l’air du temps qui, lentement, décompose les sociétés occidentales. Exilée en France où elle a grandi, Anastasia Fomitchova s’est engagée auprès des troupes ukrainiennes comme infirmière sur le front. Richard Millet a lu Volia où elle témoigne des atrocités de la guerre, du vertige métaphysique face à la mort, et de la détermination d’un peuple à défendre sa langue, son histoire et son avenir. Paul Bocuse reprend vie sous la plume de Gautier Battistella. Pour Jonathan Siksou, Bocuse est le roman de la vie du grand chef et le livre d’un écrivain au grand style. Une plongée dans l’enfer des cuisines pleine de poésie et le portrait d’un génial mégalo qui s’est imposé comme l’empereur de la gastronomie française à travers le monde. Les Hyaines de Bruno Lafourcade est bien plus qu’un recueil de néologismes, selon Isabelle Larmat. C’est une galerie de portraits cruels, désopilants et terriblement justes de nos chers contemporains. La romancière Olivia Elkaim fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz. Selon Alexandra Lemasson, La disparition des choses est le livre que son fils n’a jamais pu écrire.
À 88 ans, Geneviève Casile rayonne toujours sur scène. La sociétaire honoraire de la Comédie-Française joue actuellement dans La Jalousie de Sacha Guitry, mise en scène par Michel Fau. En conversation avec Yannis Ezziadi, la comédienne, attachée au respect du style des auteurs, délivre ici une petite leçon de théâtre.
Georgia Ray a visité la rétrospective du peintre allemand, Gerhard Richter, à la Fondation Louis Vuitton ; Emmanuel Tresmontant, la minuscule boulangerie de Shinya Inagaki à Paris ; et Julien San Frax, Versailles – à travers les 1600 pages de la monumentale histoire du château d’Alexandre Maral. Enfin, Jean Chauvet nous parle d’une réjouissante histoire de faussaire, d’une fresque politique au galop et d’une comédie pas drôle : c’est ainsi que le cinéma français débute une nouvelle année. Et nous souhaitons une excellente année à tous nos lecteurs, une année en compagnie de Causeur !
Le chanteur français Michel Delpech (1946-2016). DR.
Le chanteur disparaissait il y a dix ans. Pascal Louvrier, son biographe, se souvient de leurs rencontres.
Je m’en souviens comme si c’était hier. J’arrive chez lui, une vaste maison qu’il loue dans Chatou paisible. Je sonne, Delpech vient m’ouvrir, un vieux chien me renifle. Visage un peu fatigué, barbe de trois jours, épais sourcils en arrondi qui lui donnent un air mélancolique. Il a mis un an avant de répondre favorablement à ma demande : écrire sa bio, à ma façon.
Un secret
Il est aimable, me regarde, me pose quelques questions, se tait. Son instinct lui dit « banco », la bio se fera, il me donne tous les contacts dont je vais avoir besoin, immédiatement. Il me laissera libre d’écrire, il relira, fera deux ou trois remarques, c’est tout. De loin, il surveillera mon travail. Il appellera ses rares copains de la belle époque, celle où il enregistrait un tube par an, parfois deux, et où il était sur les routes 365 jours par an. Il a juste été contrarié quand j’ai eu au téléphone Michel Rivat, son parolier le plus inspiré, l’homme de ses plus grands succès, à commencer par cette chanson culte, cathartique et ô combien lucide : « Quand j’étais chanteur ». Rivat au téléphone m’a confié que Michel avait un secret, et que ce secret expliquait sa dépression, son saut dans le vide alors qu’il était à une marche d’être définitivement l’égal de Sardou, son rival. Je n’ai jamais su lequel.
Michel est né le 26 janvier 1946, à Courbevoie, dans un paysage de province. Sa mère se prénomme Christiane. Quand j’écris sa bio, il l’appelle tous les dimanches. Son père, Bertrand, possède un atelier de nickelage-chromage sur métaux. Il emploie quatre compagnons. Il travaille douze heures par jour. Michel est l’aîné de trois enfants. Il a deux sœurs dont la dernière à onze ans de moins que lui. C’est une famille sans histoire, un peu grise, dure à la tâche, honnête. Ses parents seront contents du succès de leur fils, mais ils n’aimeront pas tout ce tintamarre fait autour de son personnage avec brushing, gros ceinturon, pantalon patte d’eph et chemise col pelle à tarte. Michel s’ennuie au lycée. Il trouve refuge « Chez Laurette ». Il racontera ça et la chanson deviendra son premier succès. Michel a le truc, il sait se produire sur scène et sa voix chaude, pure, lumineuse, envoûte. Il aurait pu être crooner. Quand il est face au public, il n’est plus le même. Il est radieux, oublie les emmerdes, la tristesse poisseuse, le doute. Je m’en suis rendu compte lors d’un concert à Blois. Il était morose toute la journée. Cet angoissé chronique n’arrivait pas à se détendre. Il fumait, me parlait à peine. Il pestait contre le son. Il avait repéré les failles de la salle ; il ferait avec. Et quand il a interprété « Pour un flirt », le public s’est levé, les jeunes filles sont devenues hystériques. Dans la loge, fumant une brune, la serviette sur les épaules, les traits tirés par le spectacle de plus de deux heures, il me glisse : « Vous voyez, ça marche encore. Il y a des chansons intemporelles. » On ne s’est jamais tutoyés. Michel était très pudique.
Faux soleils
Delpech, comme la plupart des artistes de cette époque – 1965/1977 – a connu une « vie de dingue ». Son secrétaire particulier, Philippe Debenay, s’occupe de tout. Il le réveille, lui présente l’agenda de la journée, les chèques à signer, il est son chauffeur, son garde du corps, recrute les musiciens, gère les filles qui se glissent dans le lit de la star, etc. Michel me confie : « Je ne savais même pas faire un plein d’essence. J’étais totalement assisté. Je me conduisais comme un petit con. Je pouvais être exécrable ». Debenay me le confirme : « Déjà en 1966, quand je l’ai connu en première partie de Brel, ses adieux à l’Olympia, c’était un petit emmerdeur. » Les succès s’enchaînent donc. C’est la fête permanente, les excès, drogue, alcool, sexe, mouvement perpétuel, gloire sous les sunlights, ces faux soleils qui brûlent l’âme. Ajoutons un divorce terrible, deux enfants qu’on ne voit pas grandir, les innombrables passages à la télé, l’usure due à la boulimie de concerts. En 1977, Michel n’en peut plus. Il enregistre son dernier tube, « Le Loir-et-Cher », en hommage à son enfance passée l’été en Sologne, avec des piqures pour retrouver sa voix. Il craque. Trou noir, longue maladie. Il reviendra progressivement, aidé par sa nouvelle femme, Geneviève, et leur fils, Emmanuel, la foi, l’amour de son métier. Il se souviendra avoir été un ange dans son « habit de communion » tenant « la main de maman ». Envie de retrouver l’authenticité, en somme. Il était diablement attachant.
Le succès colossal de son album de duos, en 2006, ne lui était pas monté à la tête. Il m’avait dit : « C’est bien, profitons de l’instant, car c’est peu probable que ça dure. » Il était revenu de tout, sans être blasé, juste philosophe. Michel Drucker, dans la préface à la réédition de ma bio, en 2016, écrit : « Il a été héroïque face au cancer. Il s’est vu mourir. Pendant un an, une ou deux fois par semaine, je lui ai rendu visite. Chez lui, à l’hôpital, dans une maison de repos, en soins palliatifs. Il a vécu un calvaire. La maladie a détruit sa voix, ce don du ciel. Il a été d’un courage inouï. » Il a gardé sa lucidité effrayante. Quand on lui affirmait qu’il était en rémission, il rétorquait, en souriant : « Je ne pense pas être en rémission pour rien. » Michel est mort le 2 janvier 2016. Dix ans déjà.
Il nous reste de magnifiques chansons, notamment des instantanés sociologiques, à la manière des films de Sautet, comme « Les Divorcés », texte écrit deux ans avant la loi instituant le divorce par consentement mutuel, « Ce lundi-là » sur le burn-out, « Le Chasseur » sur le respect des animaux et la beauté de la nature que l’anthropocentrisme détruit, « Les Aveux » sur la vie factice, « Fuir au soleil » sur l’envie de tout plaquer, comprenant que la vie est ailleurs – là était peut-être son secret. Oui, il a chanté les problèmes de son temps et les valeurs qui fondent l’Homme. C’est pour cela qu’il restera. Comme son sourire, son « atout majeur. »
Michel Delpech, c’était chouette, préface de Michel Drucker, l’Archipel. 255 pages
À noter l’album hommage de Pascal Obispo consacré à Michel Delpech, avec deux duos virtuels inédits ; une compilation de 80 titres ainsi qu’une intégrale remasterisée de 21 albums studios, incluant quatre inédits.