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Réformes: la vérité, une langue morte?

Réformer ou ne pas plaire : telle est la question


Notre incapacité à réformer ne repose-t-elle pas sur un discours de vérité impossible à tenir ? Le choix est simple pour les politiques qui ont, comme tout le monde, une clientèle à satisfaire ; soit vous vendez le produit souhaité par vos clients et vous êtes élu, soit vous leur dites la vérité et vous êtes battu. Si vous êtes élu sur une argumentation « commerciale » vaguement dans la ligne de votre parti, une fois élu, vous aurez le choix entre tenir vos promesses électorales (mission impossible), ou fâcher sérieusement votre électorat. En effet, une fois que vous avez dit à votre clientèle fatiguée par un métier pénible que vous vous battrez pour qu’elle parte à la retraite à 60 ans, allez donc lui expliquer une fois élu, que finalement ce sera à 67 ans (voire 64 ou 62 ans selon le degré de démagogie), et il en est pratiquement de même pour tous les sujets abordés.

Convictions et ambition

La seule solution résiderait dans une action pédagogique désintéressée, réaliste, fondée sur la vérité des chiffres, confirmée par les rapports qui s’accumulent, en impliquant fonctionnaires, écoles et facs… on voit que l’espoir est mince.

Alors, il reste le courage (cherchez la définition dans le dictionnaire !).

Cela dit, une fois n’est pas coutume : on a le droit de faire beaucoup plus confiance aux femmes. Les femmes en général s’engagent non pas seulement pour une ascension professionnelle, mais tout simplement parce qu’elles ont chevillée au corps la certitude d’être plus courageuses que les hommes et de prendre plutôt vite et mieux les bonnes décisions. En atteignant des niveaux élevés dans un parcours politique, elles se focalisent sur l’action à mener, car elles sont programmées dans leur quotidien, dans tous les domaines, pour passer à l’acte. Elles comprennent mal les pudeurs de leurs confrères masculins. « Bon appétit ! messieurs ! ô ministres [inquiets] ! Conseillers [planqués]… […]
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où [la France] agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que gagner [votre mandat sans souci de l’après] ! »

Ruy Blas de Victor Hugo (Acte III, Scène 2)

Les rapports de force entre hommes jalonnent leur parcours professionnel, reléguant leurs convictions derrière leurs élections. Le besoin de reconnaissance hiérarchique, la priorité inconditionnelle de leur égo sur le reste, tracent ce qu’ils appellent fièrement « leur carrière ». C’est ce mal d’égo ou ces mâles égotistes dont souffre notre pays tout entier. Les femmes, en revanche, qui concilient leur vie de femme et leur vie professionnelle, justement fortes de cette double vie, sont là pour réussir ce qu’elles entreprennent.

Procrastination masculine

Les femmes ne sont pas guidées par leur égo, mais par leurs tripes !

En outre, leur intuition prend le pas sur les tergiversations. Plusieurs chercheurs américains ont d’ailleurs découvert que l’intuition n’était pas une invention de baba cool mais bien une extrapolation de l’intelligence ; elle court-circuite les cheminements d’un raisonnement pour arriver droit au but, sans prendre forcément en considération tous les détours de l’analyse, et pourtant à l’arrivée, c’est majoritairement l’intuition qui est la grande gagnante ! Intuition qui fonctionne en ce qui concerne la perception des individus, les chemins à prendre, la prise en compte de ceux dont il faut se méfier, et surtout l’application évidente et naturelle de ce qu’on appelle le « bon sens ».

Il semblerait donc, dans cette période de grande lâcheté que nous vivons, qu’il faudrait peut-être faire majoritairement confiance aux femmes ; non pas pour une énième question de parité, mais bien parce que : non ! « les femmes ne sont pas des hommes comme les autres ». Oui, elles ont besoin d’atteindre l’objectif dont elles sont convaincues et qu’on leur a fixé, c’est pour elles prioritaire. En un mot, elles osent, quitte à en payer le prix. Pendant ce temps, l’homme louvoie, pour attendre le moment opportun pour lui, il procrastine… il est prêt à renier une conviction pour satisfaire un plus puissant que lui utile à sa carrière.

Or, l’état de notre pays et les réformes incontournables que nous avons à mener partout, à chaque instant, dans tous les domaines, nécessitent qu’on se jette à l’eau… La vérité nécessite avant tout l’audace d’affirmer et de tenir bon en ce début d’année de tous les dangers. Une femme forte regarde un défi droit dans les yeux et lui fait un clin d’œil… 

Béla Tarr, maître hongrois du noir et blanc

Très apprécié des cinéphiles exigeants, Béla Tarr s’est éteint le 6 janvier en Hongrie à l’âge de 70 ans. Sa disparition laisse un vide singulier, celui d’un cinéaste qui n’a jamais cédé, jamais transigé…


Réputé pour son cinéma austère et sublime, très aimé des cinéphiles exigeants, Béla Tarr avait tourné dix longs-métrages majeurs et quelques courts métrages. Il s’est éteint le 6 janvier à Budapest en Hongrie, à l’âge de 70 ans. Sa disparition laisse un vide singulier, celui d’un cinéaste qui n’a jamais cédé, jamais transigé. Son cinéma, porté par un noir et blanc d’une beauté ascétique et par l’usage magistral du plan-séquence, aura été une longue méditation sur l’épuisement du monde, sur la lenteur comme résistance, sur le temps comme matière morale.

Des débuts ancrés dans le réel

Né en 1955 à Pécs, dans un milieu artistique, Béla Tarr commence très jeune à filmer la réalité la plus rugueuse. Ses premiers films, ancrés dans un réalisme social sans fard (Le Nid familial, L’Outsider, Rapports préfabriqués), témoignent déjà d’une attention profonde aux corps fatigués, aux vies entravées. Almanach d’automne (1984), son dernier film en couleur, marque un seuil : après lui, le monde de Tarr s’assombrit, se resserre, se ralentit.

Le tournant Krasznahorkai : une éthique du regard

La rencontre avec l’écrivain László Krasznahorkai ouvre un second souffle, plus radical encore. Avec Damnation (1987), Béla Tarr abandonne définitivement la couleur, allonge la durée de ses plans, fait du plan-séquence non un effet de style mais une véritable éthique du regard.

Un cinéma de la durée et de la nuit

Béla Tarr appartient à cette race rare de cinéastes qui ne font pas des films mais creusent le monde, plan après plan, jusqu’à l’os. Son cinéma est une lente traversée de la nuit, une marche obstinée dans la boue du réel, où le temps s’étire comme une plainte sourde et où chaque visage semble porter le poids d’une humanité à bout de souffle. Regarder un film de Béla Tarr, c’est accepter de se défaire de l’impatience, d’entrer dans une durée morale autant que cinématographique.

Dunkerque, 1995 : la rencontre

En 1995, j’ai invité Béla Tarr à venir présenter Damnation (1987) lors des 9ᵉˢ Rencontres cinématographiques de Dunkerque. Ce choix évident s’imposait. Damnation est un film de pluie et de cendres, un poème noir traversé de travellings hypnotiques, où les êtres avancent comme déjà vaincus, sans pathos ni illusion. Un film d’une rigueur implacable, d’une beauté âpre, qui exige du spectateur autant qu’il lui donne. Le montrer à Dunkerque, c’était faire le pari de l’intelligence, de la patience, de la disponibilité au cinéma.

Damnation, 1987 

Une œuvre radicale et cohérente

L’œuvre de Béla Tarr s’est construite dans une radicalité croissante. De ses premiers films encore ancrés dans un réalisme social brutal, il a peu à peu glissé vers une forme de tragédie métaphysique où le monde semble se répéter jusqu’à l’épuisement. Avec Sátántangó, son chef-d’œuvre monumental et vertigineux, il invente un cinéma de la durée extrême, où la répétition devient destin et où la caméra accompagne les corps comme un témoin obstiné de leur lente déchéance.

Les Harmonies Werckmeister déploient ensuite une vision cosmique du chaos, portée par un noir et blanc somptueux et une musique lancinante, tandis que L’Homme de Londres, adaptation d’un roman de Georges Simenon, enferme la morale humaine dans une nuit épaisse, brumeuse, presque visqueuse.

Le Cheval de Turin : un adieu

Le Cheval de Turin, enfin, son film testamentaire, est une extinction. Jour après jour, le monde s’y retire, la lumière s’éteint, les gestes se raréfient. Plus rien ne progresse, tout se fige dans une fatigue définitive. C’est un adieu d’une austérité bouleversante, un dernier regard posé sur l’entropie du vivant.

L’homme derrière l’œuvre

Mais Béla Tarr n’était pas seulement ce cinéaste exigeant, rigoureux jusqu’à l’ascèse. L’homme que j’ai rencontré à Dunkerque était intelligent, profondément cultivé, charmant, courtois, et doté d’une malice discrète qui contrastait avec la noirceur de ses films. Derrière la gravité de l’œuvre, il y avait un regard vif, une présence chaleureuse. Cette alliance rare entre une radicalité artistique sans concession et une humanité dense rendait l’échange d’autant plus précieux. Inviter Béla Tarr en 1995, c’était affirmer une certaine idée du cinéma : un cinéma qui ne flatte pas, qui ne rassure pas, mais qui tient debout face à l’effondrement. Un cinéma de résistance, de temps long, de fidélité à une vision. Un cinéma nécessaire pour mieux vivre.

50 nuances d’antiracisme


Pantone, la célèbre entreprise américaine spécialisée dans la création et la sélection de couleurs, très influente dans les milieux des arts graphiques, de la mode et de la décoration intérieure, n’imaginait sûrement pas qu’en choisissant comme « Couleur de l’année 2026 » la référence 11-4201 de son nuancier, elle allait être au cœur d’une étrange polémique. La référence en question correspond à une teinte nommée « Cloud Dancer », un blanc cassé très doux, décrit comme « vaporeux » et « aérien ». Sur son site, Pantone éclaire son choix en utilisant un verbiage pareillement brumeux et éthéré, pour ne pas dire fumeux et lénifiant. La firme évoque en effet « un blanc sublime, symbole d’influence apaisante dans une société qui redécouvre la valeur de la réflexion tranquille ». Pas de quoi s’esquinter le tempérament, pense le péquin moyen. Mais le péquin moyen n’est pas journaliste spécialisé dans la mode au New York Times : « C’est un choix étonnant après une année au cours de laquelle les programmes du DEI (diversité, équité, inclusion) ont été démantelés », s’est inquiété C. Holtermann avant d’évoquer le « suprémacisme blanc » soi-disant à l’œuvre dans l’administration Trump. « Ce n’est pas le bon moment pour célébrer délibérément la blancheur », s’émeut-on du côté du Guardian. Le magazine Vanity Fair affiche lui aussi son désarroi et sa tristesse : « Peut-être que le programme DEI est vraiment mort. » Avec son « blanc nuageux », Pantone imaginait un monde idyllique où chacun allait pouvoir « créer des atmosphères de sérénité et d’espace offrant un refuge de propreté visuelle qui inspire le bien-être et la légèreté ». Raté ! Le choix de Pantone a déclenché sur les réseaux sociaux un déluge de messages enfiévrés aux teintes douteuses mâtinées de sombres reflets woke. Verts de rage ou rouges de colère, des internautes broyant du noir ont ainsi évoqué le retour du Ku Klux Klan, le racisme systémique ou la « prétention blanche » des employés de Pantone qui, pour le moment, n’ont pas répondu aux attaques de leurs détracteurs. « Je n’ai rien à me reprocher. Je suis blanc comme neige », aurait toutefois confié l’un d’eux sur son compte X, avant d’effacer son message…

Peut-on être antisémite sans le dire?


La France Insoumise pratique le double langage : une accumulation de citations, tweets, déclarations, réunies par l’avocat Richard Malka dans sa plaidoirie (Passion antisémite – Grasset) le démontre, au point que la justice a acté ces pièces dans le procès l’opposant à l’écrivain Raphaël Enthoven.

LFI est-elle antisémite par conviction ou par cynisme ? Cette question devient secondaire quand l’antisionisme (mot clé pour ne pas franchir la ligne rouge) empoisonne désormais le débat public.

Virtuose de la dialectique, Jean-Luc Mélenchon surfe sur les limites du droit par diverses techniques de contournement, suivi par ses disciples Rima Hassan, Coquerel, Bompard, Léaument, Panot, ou d’autres, eux moins doués : Delogu, Portes, Boyard, Obono, Soudais.

Il est probable que la structure de formation des cadres LFI (Institut La Boétie) dispense une formation spécifique à ses cadres.

La dialectique, c’est quoi ? Contourner l’obstacle par des stratagèmes, comme relier deux concepts n’ayant aucun rapport entre eux : interrogé sur le voile imposé aux petites filles par la commission parlementaire sur les liens avec le terrorisme, le leader Insoumis dresse ainsi un parallèle avec la circoncision.

Selon Mélenchon, comment le législateur pourrait-il interdire le voile aux jeunes enfants sans prohiber aussi la circoncision, autre violence faite aux bébés sans leur consentement ?

A lire aussi: Quand la grenouille universaliste veut se faire plus grande que le bœuf ethnico-racialiste

En apparence il y a une relative logique, mais dans les faits non : le voilement des petites filles les sexualise car on les ôte à la lubricité supposée du regard masculin – un fait inadmissible en soi. Par surcroit, la pratique de la circoncision relève du privé et du religieux. L’État garantit la liberté religieuse. La circoncision n’interfère en aucune façon sur la sphère publique, contrairement au voile qui procède souvent d’un acte politique identitaire, dimension que fait semblant d’ignorer Mélenchon.

Relier le voile à la circoncision est par conséquent dilatoire et absurde.

L’Art d’avoir toujours raison, ce court essai du philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1830) est un ouvrage largement consulté par les professionnels de la langue de bois, tous bords confondus. Schopenhauer distingue, à la suite des Sophistes, la vérité objective (avoir raison) à la victoire dialectique (terrasser son interlocuteur). L’ouvrage présente trente-huit astuces utilisées depuis la nuit des temps. Parmi les plus connues : attaquer la personne plutôt qu’argumenter, changer de sujet si l’on est en difficulté, ou encore en appeler à l’opinion publique majoritaire en guise de preuves scientifiques. Ces techniques, maniées au quotidien par les cadres LFIstes pour instiller la défiance envers les juifs, ceci sans être inquiétés, ou adopter diverses positions intenables, ou semer le doute à la moindre faille de l’adversaire, sont très facile à repérer dès lors qu’on les connait.

1 / Argumentum ad miséricordiam

La justification par la miséricorde. « Bien-sûr l’attaque du 7 octobre est regrettable, mais les Palestiniens sont opprimés par Israël depuis 50 ans ».  Ce sophisme repris par Rima Hassan (qui compare les actes du 7 octobres aux attentats du FLN) ou Thomas Portes au sujet du 7 Octobre est répandu chez LFI. Or, même si un tel joug de fer préexistait au drame – et on peut argumenter – massacrer des enfants, ou des familles désarmées, comme les vidéos l’ont montré, ressort par définition de la pure barbarie.

Selon ce principe, on justifierait la destruction des juifs d’Europe par le traité de Versailles, ou les crimes d’un tueur en série à cause d’une enfance difficile.

2 / Renversement de la charge de la preuve

On demande de prouver le contraire de ce qui a été avancé. « Vous prétendez que les islamistes constituent un danger pour notre pays parce qu’ils respectent leur religion au sens strict ? Démontrez-moi alors comment ils devraient s’y prendre pour être intégrés tout en étant pieux ? »

Le fautif devient celui qui accueille mal les nouveaux venus. On note que LFI n’oppose pas de barrières claires à une acception rigoriste de l’islam, mais blâme les intégristes catholiques.

3 / Argumentum ad ignorantiam

Dans le doute, une chose est fausse. « Disposez-vous de preuves formelles – à part ceux des témoignages Israéliens – que le Hamas aurait torturé des otages ? »

Si l’on produit alors des photos d’Israéliens faméliques enfermés dans les tunnels, puisqu’il en existe, il ne s’agira (on continue le principe du doute) que de preuves de malnutrition, due aux bombardements Israéliens.

Ce mécanisme de doute est précisément celui employé par les révisionnistes : les chambres à gaz n’ont pas existé puisqu’elles ont été reconstituées a posteriori après-guerre – ce qui est en partie exact, les Allemands les ayant détruites en abandonnant les camps.

4 / L’association abusive

On disqualifie la question ou le questionneur. Par exemple, on invoque le fascisme pour éluder la question gênante.

« Ainsi il y aurait trop d’immigrés en France ? Vous faites vôtre les thèses de la CNews ? » La problématique est évacuée dans la seconde.

5 / Argumentum ad populum

Le nombre crée le bon droit. « Nous sommes devenu la première force du parlement, et nous devons gouverner ».

Quoique discutable – c’est l’addition de quatre partis de gauche ne s’appréciant guère qui a créé cette majorité relative – on observera surtout qu’à cette aune, la gauche et LFI en particulier devrait s’incliner devant le RN, premier parti de l’assemblée en nombre d’élus et d’électeurs, quand elle lui dénie toute légitimité, jusqu’à lui refuser la Présidence des diverses commissions.

6 / L’attaque ad hominem

A défaut de contredire le discours, on disqualifie son émetteur. Le député Charles Alloncle en a fait les frais : pour avoir commis le crime de questions embarrassantes aux acteurs du Service Public, il a été trainé dans la boue, à titre personnel, (« nerveux », « narcissique », « égocentrique », « procureur », etc.) par les médias de gauche. Postulons que Charles Alloncle soit un être détestable : quel rapport direct avec les questions qu’il a posé, restées sans réponses ?

Les LFI utilisent souvent le registre de la colère feinte ; si l’interview tourne mal, les concepts indignés fusent : « vous confondez le métier de journaliste et d’inquisiteur », ou encore « je ne suis pas ici pour entendre les fantasmes de la fachosphère ».

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7 / Argumentum ad Odium

Il s’agit là de tourner en dérision votre position ; si vous défendez le renvoi des OQTF par exemple, on vous rétorquerait : « comment ferez-vous pour mobiliser des avions par centaines, au risque d’engorger les aéroports ? Et vous mobiliserez l’armée ? Et vous créerez des camps de rétention comme sous Vichy ? »

8 / L’argument d’autorité

On appelle argument d’autorité un procédé qui consiste à invoquer une instance dont l’avis est pris comme référence au seul titre qu’il nous arrange. Ainsi on observe que la chaine C8 n’a pas été interdite de façon discrétionnaire par le pouvoir, mais que son « autorisation d’émettre » n’a pas été renouvelée par l’Arcom.

Les Insoumis ne cessent de se référer à l’ONU en omettant de préciser que cet organisme a perdu sa crédibilité.

Citons la très sérieuse Revue Politique et Parlementaire : « l’ONU est devenue le lieu privilégié de l’alliance des nombreuses dictatures à travers le monde, notamment des régimes islamistes de toutes obédiences (…) En 2023, son Conseil des Droits de l’Homme était composé à 70% de pays non-démocratiques, parmi lesquels la Chine, Cuba, l’Algérie, l’Érythrée ou le Kazakhstan. »

A contrario, lorsque Amnesty International condamne avec retard, mais sans détours, les pratiques de torture et de meurtre du Hamas, les mêmes observent un silence sépulcral (un avis inverse aurait été relayé dans l’instant).

On ajoutera à ce panorama deux techniques d’une simplicité désarmante : mal nommer les choses à dessein – « génocidaire à boycotter » au lieu de juif, comme Julien Théry, professeur d’Histoire et chercheur au CIHAM – ou ne pas répondre, comme Mathilde Panot (« Maduro est-il un dictateur ? » question posée quatre fois par Apolline de Malherbe sur BFMTV mardi, à laquelle elle a refusé de délivrer un diagnostic).

Bien entendu, la France Insoumise est aujourd’hui en partie démasquée, et ses soutiens fragilisés – la nébuleuse islamique ou les Verts restent toutefois de solides appuis. Mais les outrances de LFI deviennent assez compliquées à approuver, même pour des partenaires larges d’esprit. Hélas, que vaudront les promesses d’un Parti Socialiste ou d’un PC lorsque l’heure du second tour sonnera ? Voici pourquoi comprendre la rhétorique de LFI, la détecter, la faire connaître, s’impose à tous les intervenants politiques.

Il y a fort longtemps, les Sophistes nous prévenaient : le langage n’est pas conçu pour dire le vrai, il doit s’utiliser comme un outil, pour vaincre.

Passion antisémite

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L'Art d'avoir toujours raison

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L’Art déco, une révolution française

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L’Art déco a cent ans. Pour cet anniversaire, le musée des Arts décoratifs de Paris explore les courants de ce mouvement multiforme qui a bouleversé les arts, l’architecture, et imposé une nouvelle vision du monde…


L’Art déco est un univers qui a pour galaxies l’architecture, la décoration, le mobilier, la joaillerie, la mode, les arts-graphiques, les transports… Apparu discrètement en France dans le sillage de l’Art nouveau avant la Grande Guerre, il s’est développé dans les années 1920, à la faveur des Années Folles. On le reconnaît à son esthétique structurée, géométrique, qui allie épure contemporaine et préciosité néoclassique. 

Modernité et vitesse

Ce mouvement artistique « total » a fêté ses cent ans en 2025 avec plusieurs expositions. Celle toujours en cours au musée des Arts Décoratifs de Paris fait écho à l’« Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes » de 1925 qui est considérée comme l’acte de naissance officiel de ce courant. Un courant synonyme de modernité, de vitesse, d’innovation, de luxe, mais aussi d’accessibilité au design pour les classes moyennes. Une révolution française esthétique.

Le parcours chronologique et thématique qui se déploie à travers la nef et dans les étages du musée des Arts décoratifs permet de suivre ses origines, son apogée, son développement et ses réinterprétations contemporaines. Tel ce train mythique de l’Orient-Express de 1926 en partie reconstitué auquel répondent les cabines revisitées par l’architecte Maxime d’Angeac. Soit le raffinement et le savoir-faire du voyage à la française rehaussés d’une touche de XXIe siècle, avec mobilier et vaisselle, sans oublier appareils wifi: aimer l’Art déco, c’est ici aimer le rétro-moderne.

A lire aussi, Thomas Morales: Prenez le train de l’Art déco!

L’expo fait la part belle aux intérieurs, dont le boudoir de la baronne de Rothschild qui, en la matière, a donné le « la ». Pour elle, les artistes décorateurs Clément Mère et Clément Rousseau ont conçu une table à journaux, des boiseries de style Louis XVI, un bureau à gradins, le tout abondamment parsemé de matériaux précieux et colorés. Au visiteur ensuite de faire le lien avec l’architecture, incarnée par le Pavillon des renseignements et du tourisme de Robert Mallet-Stevens, cet immeuble iconique en béton à angles droits avec sa tour agrémentée d’ailerons plats édifié en 1925. Tout cela révèle l’éclectisme du style Art Déco. Ce même Mallet-Stevens s’est d’ailleurs beaucoup intéressé à la décoration intérieure aux côtés de Jacques-Émile Ruhlmann, Jean-Michel Frank et Eileen Gray. Cette dernière, Britannique, a aussi fait le grand écart: elle a d’abord expérimenté les laques avant de se pencher sur les meubles tubulaires bon marché. Ce procédé tubulaire a aussi inspiré des créateurs suédois et le Nationalmuseum de Stockholm a prêté pour l’occasion chaises, bureaux et même appareils électro-ménagers. Leurs lignes fonctionnalistes font fortement penser au Bauhaus, ce mouvement contemporain de l’Art déco qui a également disparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Un fonds remarquable

Les années 1920-1930 sont marquées du sceau des progrès techniques, et l’exposition le souligne au fil de plusieurs espaces. La vitesse est à l’honneur sur terre, sur mer et dans les airs. Les trains, les gares, les paquebots – tel le Normandie – et les premiers avions de tourisme sont les meilleurs ambassadeurs de ce style décoratif sophistiqué qui incarne un nouvel art de vivre. L’Art déco bénéficie également d’une vitrine originale grâce au cinéma, autre reflet de la modernité, à travers de nombreux décors de films… Enfin, l’influence de l’art et du mobilier extra-européen est pleinement reconnue. Quelques éléments africains, chinois et plus encore japonais en attestent. Commodes, kimonos, laques et vases imposent l’idée de la ligne pure. Le nom de Charlotte Perriand, créatrice et décoratrice proche de Le Corbusier qui a longtemps vécu au Japon s’impose. Elle a déjà eu droit à des expositions monographiques, notamment au Centre Pompidou, et est ici présente à travers l’un de ses sièges pivotants. 

Si l’on se projette au-delà du cadre de l’exposition, on comprend que les Américains vont inventer le « streamlined », et les Français la ligne « épurée » avec sa référence permanente au design japonais – qui va aussi inspirer les Scandinaves. Grâce à l’Art déco français, le Japon a croisé la Suède. Le cubisme se taille également une belle part de cette effervescence artistique en plaçant l’Art déco aux confluences picturales et sculpturales de son époque. Ce centenaire est enfin l’occasion de célébrer le musée des Arts Décoratifs qui a joué un rôle majeur dans la reconnaissance de ce mouvement. Dès ses débuts, l’institution a accueilli les salons de la Société des Artistes décorateurs et a constitué une collection d’une richesse exceptionnelle. Nombre des pièces exposées actuellement sont issues de son fonds remarquable.

À voir :

« 1925-2025 : Cent ans d’Art déco », Musée des Arts Décoratifs de Paris, jusqu’au 26 avril 2026.


En français dans le texte !
Entretien avec Emmanuel Bréon, conseiller scientifique de l’exposition.


Causeur. Le caractère français de l’Art déco a été oublié après-guerre, est-il désormais reconnu ? 
Emmanuel Bréon. Son caractère français est reconnu par le monde entier, mais peu en France ! À Miami, en 1973, l’Association pour la préservation de l’Art déco a été créée sous l’impulsion de Barbara Capitan, bientôt suivie d’émules dans de nombreuses villes américaines. Toutes ces associations ont toujours proclamé que l’Art déco était né en France. Ce n’est qu’après l’expo de 2013 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, à Paris, « Quand l’Art déco séduit le monde », que la Société des Arts déco de France a pris son envol. Ironie de l’histoire, il n’y a pas eu d’exposants américains à l’expo de 1925 ! Le gouvernement fédéral ne pensait pas que les États-Unis avaient assez de créations à exposer, mais il a envoyé des observateurs.

L’Art déco est-t-il le dernier style qui allie le décoratif, l’ornemental, au fonctionnalisme moderne ?
C’est le dernier règne des belles matières, mais il ouvre la voie à la modernité. L’Art déco est pour moi comme un logiciel, articulé très souvent autour de l’octogone, dans lequel on met ce qu’on veut selon sa nationalité. Les Américains y ont placé la tête d’un chef Sioux et les Japonais une carpe. Il reste à la fois un grand style, et peut-être le dernier, qui a été prolongé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale par le streamline (style paquebot) aux États-Unis, à Miami notamment. C’est le refus du dogme « ornement égale crime » prôné par Le Corbusier. 

Est-ce un style qui peut être ressuscité sans se transformer en pastiche ?
Il y a énormément d’architectes actuels qui imitent l’Art déco, telles les maisons à la Mallet-Stevens construites notamment par Maurice Culot. Quand l’esprit, les matériaux et la qualité sont réunis, le néo-Art Déco est beaucoup plus valable que le néo-haussmannien qui n’est que du façadisme • 

La chute d’un tombeur

Emmanuel Macron est toujours président mais il n’est plus vraiment au pouvoir. L’heure est déjà au bilan, et il n’est pas glorieux : immigration incontrôlée, déclin économique, progression de l’islamisme, désastre de l’École. Au-delà des erreurs partagées avec ses prédécesseurs et d’une détestation excessive et déplaisante de sa personne, le plus jeune président de la République s’est employé à tout gâcher, ou presque.


Jeune, beau, brillant, enthousiaste : le gars semblait taillé pour l’emploi. Certes, il ne fallait pas être trop regardant sur les paroles. Justement, on ne l’était pas. Sinon, qu’un candidat à la fonction suprême de la République française puisse déclarer qu’il n’y a pas de culture française nous aurait mis la puce à l’oreille. On aimait la musique qui racontait qu’avec ce jeune prodige, nous allions entrer dans le xxie siècle sans douleur et sans sacrifice. Tous les celles-et-ceux du monde allaient se donner la main dans la grande farandole du progrès. Bon, pas les déplorables populistes, mais eux aussi finiraient par être touchés par la grâce macroniste. On allait libérer les énergies, détruire les blocages, réenchanter la politique. La droite et la gauche raisonnables sortiraient de ce bain de jouvence relookées, régénérées et réconciliées.

Nous avons été les complices consentants d’un tour de passe-passe. Macron l’enchanteur ne nous a pas vendu un grand projet, une vision du monde et de la France, il a fait don à la France de sa personne et de sa parole, convaincu que le charme indéniable de la première garantirait le caractère performatif de la seconde. Je parle donc j’agis. La preuve par la réforme des retraites votée après des mois de bazar et suspendue après des semaines de palabres. « Macron a à cœur de démontrer que sa vision est la plus réfléchie, la plus logique », affirme Arthur Chevallier. Ça ne se voit pas à l’œil nu.

Huit ans après son entrée à l’Élysée, la France compte les semaines qui la séparent de 2027 dans l’espoir d’un grand reset. La recomposition annoncée se réduit à un centre ondoyant entre droite et gauche, ce qui n’est pas franchement révolutionnaire. Pour le reste, la facture est salée : 3 millions d’immigrés sont entrés dans le pays sans que l’on fasse quoi que ce soit pour dégripper la machine à fabriquer des Français appelée assimilation ; l’islam radical a prospéré en conséquence ; le déficit commercial a atteint des niveaux inégalés ; la dette, n’insistons pas ; et nous préférons oublier de combien de points nous avons plongé dans les classements PISA.

Le président est abandonné par nombre de ses soutiens. Le patronat l’a lâché. À l’instar de Nicolas Baverez, nombre d’intellectuels, qui avaient vu avec intérêt cette apparente boule d’énergie débouler dans la politique française, se désolent aujourd’hui de la suite de renoncements et de changements de pieds baptisés « en même temps » pour leur donner l’air d’une stratégie.

Arthur Chevallier observe que, dans le face-à-face, Macron retourne ses interlocuteurs. Mais il ne peut pas parler à chaque Français. Et une partie du pays lui voue une haine si profonde qu’elle est prête à gober et propager les bobards les plus abjects ou insensés. Le caractère irrationnel, fanatique et impitoyable de cette détestation incline à prendre sa défense. Emmanuel Macron a commis suffisamment d’erreurs concrètes et montre assez de défauts bien réels pour qu’on n’ait pas à le charger de péchés imaginaires.

Bruno Retailleau déplore que le président « s’adresse aux Français comme à des clientèles successives, au lieu de leur parler comme à un seul peuple ». À l’évidence, certaines clientèles sont plus dignes de l’attention présidentielle que d’autres. La France des clochers et des bistrots n’accuse pas seulement le président de l’abandonner, elle croit qu’il veut la détruire – alors qu’il entend seulement la convertir au Progrès, même si elle doit le payer par l’effacement de ses anciens cadres de vie et de pensée. Comme l’observe Alain Finkielkraut, le droit fondamental de l’homme à la continuité historique n’intéresse guère le président. Les grands discours mémoriels teintés de lyrisme républicain et de patriotisme d’estrade ne font pas oublier que, pour complaire à la nouvelle France et la dissuader de brûler des voitures, il a heurté de mille façons ceux que Mathieu Bock-Côté appelle le « peuple historique » – et en prime tous ceux qui ont choisi de lui appartenir. Certes, il a tenu sa promesse de rebâtir Notre-Dame comme le reconnaît Jonathan Siksou tout en ironisant sur sa prétention à la rebâtir « plus belle », et redécouvert pour l’occasion que la France ne se confondait pas avec la République (d’accord, nous exagérons). Mais quand il réagit au quart de tour à la mort de Nahel et oublie Thomas, Elias et les autres parce que ce sont des faits divers avec lesquels on brainwashe les ploucs, quand il félicite une prétendue féministe parce qu’elle est voilée ou se pose en défenseur de la vérité face à un populo manipulé par le populisme, il insulte les gens ordinaires. C’est la faute à CNews !

En 2017 on savait que Macron était immigrationniste, européiste et multiculturaliste. Et nous l’avons réélu en 2022. À défaut d’endiguer l’immigration ou de combattre le séparatisme islamique, on croyait à sa promesse de libérer l’économie de la bureaucratie et de la surfiscalité qui font fuir nos jeunes. Sans oublier la réindustrialisation, aujourd’hui aussi fantomatique que l’Arlésienne. On peut créditer le chef de l’État d’avoir tenu bon sur l’Ukraine et décidé la hausse des crédits militaires. Reste à savoir comment on va payer tout ça, se dit-on dans les bistrots.

Certes, il n’est pas le seul ni même sans doute le premier responsable de ce désastre fabriqué avec constance pendant quatorze années de socialisme suivies de quinze ans de chiraco-hollandisme durant lesquels l’immobilisme a été érigé en sagesse politique. De plus, le peuple aussi adore le « en même temps ». Nous voulons la puissance et les allocations, la souveraineté et les médicaments à bas prix, la fluidité et la continuité.

Reste un sentiment de gâchis. Macron aurait pu, aurait dû, entraîner le pays vers l’avenir sans piétiner son passé. Marcel Gauchet juge sévèrement que, ce qui lui a manqué pour être un grand président, c’est « la connaissance et l’amour de son pays, au lieu de la préférence pour sa petite personne et son minable bagage de bon élève ». De fait, on critique abondamment son narcissisme, mais peut-on se croire capable de diriger la France sans un égo en acier trempé ?

Paradoxalement, c’est peut-être Arthur Chevallier, préposé ici à la défense du président, qui donne la clé de son échec. Macron, nous a-t-il répété plusieurs fois, « ne veut appartenir à personne ». D’où sa propension à s’affranchir des bonnes manières, histoire d’épater le bourgeois (qui a voté pour lui). Désolés, mais quand on veut faire président, on accepte d’appartenir au peuple français.

Initials G.C.

La France a une nouvelle star appelée George Clooney


Nous avons perdu LA star française, mais en avons gagné une autre. Je ne comparerai pas l’homme qui vous fait du café à notre immortelle BB, symbole de la liberté et du désir triomphant. Mais le calendrier est taquin. Le 27 décembre, veille de la mort de BB, Clooney, sa femme et leurs jumeaux obtenaient la nationalité française. Ajoutons que le domaine de Canadel, modeste demeure où la famille Clooney a posé ses valises, est situé à une cinquantaine de kilomètres de La Madrague et la coïncidence a des airs de destin.

D’ailleurs, les mêmes qui ont craché sur le cercueil de BB parce que ses opinions politiques ne leur convenaient pas ont éructé à l’annonce de cette naturalisation, gauchistes aigris et égalitaristes renfrognés communiant dans la détestation des deux stars. Aux opinions politiques d’ailleurs radicalement opposées. Si BB est punie post-mortem pour sa sympathie pour les Le Pen père et fille, Clooney est gauchiste tendance propal. Seulement s’il n’est pas « d’extrême droite » comme ils disent, il est américain, ce qui était très mal, même avant Trump.

Nous avons ainsi assisté à un flot de protestations sur le thème « mon cousin paye des impôts depuis 20 ans et n’est toujours pas français ». Ces grincheux ont reçu le soutien de Trump, qui a ironisé sur le flair politique de l’acteur et la politique migratoire de la France, et celui d’une obscure ministre déléguée Marie-Pierre Vedrenne, qui « comprend l’appréciation de certains Français sur ce deux poids-deux mesures ».

Clooney a-t-il bénéficié d’un passe-droit ? Les sans-frontiéristes observent que le comédien ne parle pas bien notre langue alors que le Parlement a relevé le niveau exigé des candidats à la naturalisation (mesure qui les indignait…). Ils trouvent normal qu’on puisse se marier en France sous OQTF mais infâmant qu’on demande aux arrivants de parler notre langue. Sauf pour Clooney.

D’après Laurent Nunez, la procédure est parfaitement légale. Mais peu importe. Si Clooney a eu un passe-droit, la France a eu raison de le lui accorder. Les hommes naissent libres et égaux en droit ne signifie pas qu’ils contribuent également à l’humanité ni qu’ils laissent la même trace dans l’Histoire. Nous accordons la citoyenneté à des gens qui n’apportent rien à la France. Une star d’Hollywood, même islamo-gauchiste sur les bords, c’est une excellente prise. What else ?


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Brigitte Bardot, symbole d’une persistante résistance française

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La star a été inhumée hier, au cimetière marin de Saint-Tropez. Avant le début des obsèques, le curé a demandé à l’assistance d’éteindre les téléphones, clin d’œil à une vie marquée par la traque médiatique. Le cercueil en rotin était installé entre un grand portrait de BB, souriante, cheveux grisonnants, et un autre où elle tient un bébé phoque. Fidèle à ses volontés, la cérémonie s’est déroulée « sans chichi », avec des fleurs simples et une liste d’invités restreinte, choisie par ses proches et sa fondation dédiée à la protection des animaux.



Non, Brigitte Bardot ne symbolise pas la France disparue. Ce cliché des commentateurs occulte l’aura populaire qui entoure BB et ses combats pour les animaux et contre les censeurs. A cette aune, l’ex-commissaire européen Thierry Breton, Monsieur Propre des réseaux sociaux aseptisés et nouvelle coqueluche du système médiatique labellisé, représente un monde autrement plus fragile.

Gauloise sans filtre

Au-delà de l’actrice mythique et de la femme au corps libéré, une authentique résistante, disparue le 28 décembre, a été enterré hier à Saint-Tropez (83). La famille de Bardot, qui a refusé l’hommage national proposé par l’Elysée, a fait savoir qu’Emmanuel Macron n’était pas le bienvenu. Cette ultime insolence vient compléter le portrait de la « gauloise sans filtre » qui a toujours refusé d’obéir à « la dégradante obligation d’être de son temps » (Hannah Arendt).

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Jamais Marianne – dont un des bustes de la République a emprunté son visage – n’a été mieux représentée que par cette rebelle aux convenances. Bardot a perpétué la permanence de l’esprit français, empli d’audaces, de panaches, d’éclats de rire. Par l’intermédiaire d’un de ses amis, j’ai eu le bonheur de recevoir d’elle, en 2025, une photo la représentant sur sa « plage abandonnée » de la Madrague, entourée de quelques-uns de ses animaux, avec cette dédicace tracée de son écriture arrondie : « Pour Ivan, que j’aime de tout mon cœur, merci d’exister. Brigitte Bardot ». J’ai évidemment pris cette Légion d’Honneur comme un encouragement à persister, de mon côté, dans les dénonciations de la pensée obligée, du conformisme journalistique, du terrorisme intellectuel d’un progressisme n’ayant que l’insulte et la censure comme répliques. Non seulement la France révolutionnaire de Bardot n’a pas disparu, mais son peuple oublié est prêt à se faire entendre des « élites » qui aimeraient l’ensevelir avec le courageux lanceur d’alerte que fut cette guerrière indomptable.

Marine Le Pen: « Une femme gigantesque: la liberté, l’impertinence, la franchise, l’engagement et le sacrifice pour une cause qui se paient cher… »

La présence annoncée de Marine Le Pen lors des obsèques va alimenter un peu plus la diabolisation du personnage national par les pisse-froid. En s’y employant, la gauche pavlovienne consolide ainsi la stature universelle de celle qui n’a jamais obtempéré au politiquement correct ni à l’angélisme capitulard des faux-gentils. « La dérive vers la haine raciale », a titré Libération dans un de ses articles, en s’arrêtant à quelques propos isolés ou maladroits. Mais les lyncheurs « antiracistes » n’ont jamais rien dit de la proposition d’Alexis Corbière (NFP) d’installer des figures de Noirs dans la galerie de l’Assemblée nationale. Ils n’ont rien dit non plus de la sortie du député Carlos Martens Bilongo (LFI) dénonçant, le 23 décembre « la pauvreté intellectuelle dans les territoires, dans le Nord de la France ». Ils n’ont pas davantage commenté les vœux d’Éric Coquerel ou de Sébastien Delogu (LFI) d’avoir des « maires racisés ». Quant à la dernière réflexion de Danièle Obono (LFI) avouant avoir été gênée, lors de la Fête de l’Huma, de se retrouver dans une « fête de la gauche blanche », elle a été vue comme une réflexion légitime.

L’obsession de la race et la détestation du Blanc sont les dénominateurs communs des calomniateurs de Bardot. La meute mérite le mépris.

L’obscénité de l’action

Les actions du président américain nous déconcertent autant que nous envions sa résolution. Qu’est-ce qui est le plus indécent: ses décisions unilatérales et brutales ou l’absence de prise de décision de nos dirigeants?


Etrange époque. Là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, un être s’agite, est sans cesse en mouvement, agit, passe à l’acte, fait ce qu’il dit, glorifie ce qu’il fait, fusionne l’un avec l’autre, la langue et le geste, la parole et la chose, nous laisse interloqué, écœuré ou hypnotisé. L’effet produit au cours de cette année de présidence par Donald Trump concerne autant la nature même de ses actes – guerres commerciales avec l’Europe, bombardement de l’Iran, intervention au Venezuela etc…- que ce qu’elle nous donne à contempler, à vérifier, à éprouver ce contraste avec notre propre immobilité. Le spectacle du mouvement. Et celui d’une parole semblable à celle utilisée dans les ballets classiques, descriptive tout au plus, au service de l’action. Car chez nous et depuis longtemps, le geste, le passage à l’acte par lequel il se montre, la prise de décision est depuis longtemps suspecte, comme une indécence publique, une sorte d’obscénité politique. La fonction même est chez nous purement oratoire, divinatoire, stylisée, raffinée, complexifiée. Nous écoutons non sans lassitude les joutes verbales à l’Assemblée nationale et, barde suprême, notre Roi du ni-ni, seigneur du en même temps, quintessence la demi-mesure, Hamlet de pacotille qui n’aura pas manqué une fois de plus de briller ces dernières heures en se félicitant puis en critiquant l’extraction martiale de Maduro.

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Ainsi en va-t-il de notre fascination pour ces êtres au Surmoi relâché, se jouant de nos inhibitions constitutives à l’instar d’un Bernard Tapie dans les années 80, dur et agissant à l’orée de notre récession. Un Européen ça s’empêche, disait peu ou prou l’un de nos philosophes adulés. Quitte à succomber pétrifié au pied de l’Histoire avec sa grande H ? Nous avons nous nos procédures, nos normes et nos directives. Et leur vigilante inflation, en guise de coming-out, qui nous font dans notre train de sénateur contempler cet agité du bocal, le courroux plein les lèvres…

Ah ce trublion ! cet Ubu vulgaire ! colérique, narcissique et factieux qui jouit sans frontières quand l’Européen que nous sommes peine à s’échauffer, le fantasme édulcoré par le réchauffement climatique et la désindustrialisation, coït moins interrompu que neutralisé par tant de paradoxales injonctions. Le corps de l’Etat-providence mou comme une chique, ouvert aux quatre vents, nous attendons l’entracte pour aller consommer au parterre une infusion tilleul-menthe avec l’œil sévère d’une bonne mère de famille, la conscience sans faux plis, les droits de l’homme en bréviaire, satisfaits d’être divertis à bas prix (pour l’instant) par ces hyperactifs du Far ouest (et Est). Nous nous endormons la bouche pleine de mots, gras ou suaves, la rhétorique au front, l’indignation au nez, bercés par le prince Mychkine. La beauté sauvera le monde. Mais oui Fiodor.

L'Attachée de presse

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Donald Trump: la force pour le droit?

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Donald Trump a-t-il lu Pascal ?


Le président Donald Trump se veut gendarme du monde et, dans le meilleur des cas, avec l’intervention américaine au Venezuela, l’arrestation et la première comparution de Nicolás Maduro (qui a plaidé non coupable), il a ouvert une brèche, dans la géopolitique mondiale, qui pourrait profiter à la Chine et valider rétrospectivement l’invasion de l’Ukraine.

Pour le meilleur et pour le pire

Le bouleversement qu’il engendre par sa conception très particulière de la diplomatie, au seul service des intérêts de son pays, ne peut être appréhendé de manière univoque — entre détestation et adhésion — mais doit être analysé avec la complexité que requièrent les actions de ce président totalement atypique. Pour le meilleur comme pour le pire.

On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines.

Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.

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Le président Macron l’a dit, et il a eu raison, avant de déplorer la « méthode » employée par Trump : au Venezuela, on a mis fin à une dictature, et le peuple ressentira les bienfaits de ce changement.

L’autocratie, la corruption généralisée et la misère dominaient sous Nicolás Maduro. Qui peut, de bonne foi, tenir pour négligeable une telle avancée, une telle libération ?

Il y a donc là un mélange de morale internationale ayant trouvé son dû et d’économie profitable. Il convient d’accepter qu’avec Trump, les droits de l’homme ne seront jamais dissociés de la rentabilité américaine ni de la puissance d’un pays – rêvée aussi écrasante que son chef entretient de lui-même une opinion indépassable.

Pascal: « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique »

Pour l’Iran, qui oserait contester que venir empêcher une barbarie intégriste de « tuer » ses opposants est une bienfaisante menace et une intimidation nécessaire ? Le guide suprême a d’ailleurs compris la teneur du message vénézuélien : avec son cercle de fidèles, sa fuite pour la Russie serait programmée si le pire survenait pour cette théocratie indigne.

J’entends bien que se camper avec une telle arrogance comme gendarme universel impose — même à quelqu’un d’aussi indifférent au jugement international que Donald Trump — une exemplarité au moins relative, ainsi qu’un ciblage soigneux des causes à défendre ou à combattre ; faute de quoi les États-Unis se verraient dénier toute légitimité, même minimale, à jouer les justiciers.

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Il me semble que le président américain devra, d’une part, évaluer dans quelle mesure ses initiatives internationales sont susceptibles de le contraindre — ou non — à « revisiter », sur certains points, sa politique étrangère et, d’autre part, à interroger le rapport entre sa force et le droit.

En effet, même un Donald Trump, qui ne semble guère disposé à s’embarrasser de considérations humanistes jugées superfétatoires, ne pourra éluder, dans l’ordre international qu’il entend façonner, l’obligation d’habiller la force en morale. La mise à l’écart de l’ONU ne fait, en réalité, que transférer cette exigence morale vers et sur les grandes puissances.

Pascal l’a énoncé admirablement : la force sans le droit est injuste… Inutile que le président Trump le lise pour comprendre l’évidence. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales, a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau ». C’est un paradoxe amer, mais tellement pertinent. Il pourrait donner corps à une idée que j’ai toujours défendue et qui, dans le contexte international actuel, apparaît plus nécessaire que jamais : une démocratie a le droit de se défendre avec vigueur sans se renier. Elle n’a pas vocation à tendre, par lâcheté ou par mauvaise conscience, l’autre joue diplomatique. Une leçon pour nous, et pour d’autres.

Réformes: la vérité, une langue morte?

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Sophie de Menthon © Eric Fougère

Réformer ou ne pas plaire : telle est la question


Notre incapacité à réformer ne repose-t-elle pas sur un discours de vérité impossible à tenir ? Le choix est simple pour les politiques qui ont, comme tout le monde, une clientèle à satisfaire ; soit vous vendez le produit souhaité par vos clients et vous êtes élu, soit vous leur dites la vérité et vous êtes battu. Si vous êtes élu sur une argumentation « commerciale » vaguement dans la ligne de votre parti, une fois élu, vous aurez le choix entre tenir vos promesses électorales (mission impossible), ou fâcher sérieusement votre électorat. En effet, une fois que vous avez dit à votre clientèle fatiguée par un métier pénible que vous vous battrez pour qu’elle parte à la retraite à 60 ans, allez donc lui expliquer une fois élu, que finalement ce sera à 67 ans (voire 64 ou 62 ans selon le degré de démagogie), et il en est pratiquement de même pour tous les sujets abordés.

Convictions et ambition

La seule solution résiderait dans une action pédagogique désintéressée, réaliste, fondée sur la vérité des chiffres, confirmée par les rapports qui s’accumulent, en impliquant fonctionnaires, écoles et facs… on voit que l’espoir est mince.

Alors, il reste le courage (cherchez la définition dans le dictionnaire !).

Cela dit, une fois n’est pas coutume : on a le droit de faire beaucoup plus confiance aux femmes. Les femmes en général s’engagent non pas seulement pour une ascension professionnelle, mais tout simplement parce qu’elles ont chevillée au corps la certitude d’être plus courageuses que les hommes et de prendre plutôt vite et mieux les bonnes décisions. En atteignant des niveaux élevés dans un parcours politique, elles se focalisent sur l’action à mener, car elles sont programmées dans leur quotidien, dans tous les domaines, pour passer à l’acte. Elles comprennent mal les pudeurs de leurs confrères masculins. « Bon appétit ! messieurs ! ô ministres [inquiets] ! Conseillers [planqués]… […]
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où [la France] agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que gagner [votre mandat sans souci de l’après] ! »

Ruy Blas de Victor Hugo (Acte III, Scène 2)

Les rapports de force entre hommes jalonnent leur parcours professionnel, reléguant leurs convictions derrière leurs élections. Le besoin de reconnaissance hiérarchique, la priorité inconditionnelle de leur égo sur le reste, tracent ce qu’ils appellent fièrement « leur carrière ». C’est ce mal d’égo ou ces mâles égotistes dont souffre notre pays tout entier. Les femmes, en revanche, qui concilient leur vie de femme et leur vie professionnelle, justement fortes de cette double vie, sont là pour réussir ce qu’elles entreprennent.

Procrastination masculine

Les femmes ne sont pas guidées par leur égo, mais par leurs tripes !

En outre, leur intuition prend le pas sur les tergiversations. Plusieurs chercheurs américains ont d’ailleurs découvert que l’intuition n’était pas une invention de baba cool mais bien une extrapolation de l’intelligence ; elle court-circuite les cheminements d’un raisonnement pour arriver droit au but, sans prendre forcément en considération tous les détours de l’analyse, et pourtant à l’arrivée, c’est majoritairement l’intuition qui est la grande gagnante ! Intuition qui fonctionne en ce qui concerne la perception des individus, les chemins à prendre, la prise en compte de ceux dont il faut se méfier, et surtout l’application évidente et naturelle de ce qu’on appelle le « bon sens ».

Il semblerait donc, dans cette période de grande lâcheté que nous vivons, qu’il faudrait peut-être faire majoritairement confiance aux femmes ; non pas pour une énième question de parité, mais bien parce que : non ! « les femmes ne sont pas des hommes comme les autres ». Oui, elles ont besoin d’atteindre l’objectif dont elles sont convaincues et qu’on leur a fixé, c’est pour elles prioritaire. En un mot, elles osent, quitte à en payer le prix. Pendant ce temps, l’homme louvoie, pour attendre le moment opportun pour lui, il procrastine… il est prêt à renier une conviction pour satisfaire un plus puissant que lui utile à sa carrière.

Or, l’état de notre pays et les réformes incontournables que nous avons à mener partout, à chaque instant, dans tous les domaines, nécessitent qu’on se jette à l’eau… La vérité nécessite avant tout l’audace d’affirmer et de tenir bon en ce début d’année de tous les dangers. Une femme forte regarde un défi droit dans les yeux et lui fait un clin d’œil… 

Béla Tarr, maître hongrois du noir et blanc

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Le Réalisateur et scénariste hongrois Béla Tarr photographié en 2011 © STR/NBC/AP/SIPA

Très apprécié des cinéphiles exigeants, Béla Tarr s’est éteint le 6 janvier en Hongrie à l’âge de 70 ans. Sa disparition laisse un vide singulier, celui d’un cinéaste qui n’a jamais cédé, jamais transigé…


Réputé pour son cinéma austère et sublime, très aimé des cinéphiles exigeants, Béla Tarr avait tourné dix longs-métrages majeurs et quelques courts métrages. Il s’est éteint le 6 janvier à Budapest en Hongrie, à l’âge de 70 ans. Sa disparition laisse un vide singulier, celui d’un cinéaste qui n’a jamais cédé, jamais transigé. Son cinéma, porté par un noir et blanc d’une beauté ascétique et par l’usage magistral du plan-séquence, aura été une longue méditation sur l’épuisement du monde, sur la lenteur comme résistance, sur le temps comme matière morale.

Des débuts ancrés dans le réel

Né en 1955 à Pécs, dans un milieu artistique, Béla Tarr commence très jeune à filmer la réalité la plus rugueuse. Ses premiers films, ancrés dans un réalisme social sans fard (Le Nid familial, L’Outsider, Rapports préfabriqués), témoignent déjà d’une attention profonde aux corps fatigués, aux vies entravées. Almanach d’automne (1984), son dernier film en couleur, marque un seuil : après lui, le monde de Tarr s’assombrit, se resserre, se ralentit.

Le tournant Krasznahorkai : une éthique du regard

La rencontre avec l’écrivain László Krasznahorkai ouvre un second souffle, plus radical encore. Avec Damnation (1987), Béla Tarr abandonne définitivement la couleur, allonge la durée de ses plans, fait du plan-séquence non un effet de style mais une véritable éthique du regard.

Un cinéma de la durée et de la nuit

Béla Tarr appartient à cette race rare de cinéastes qui ne font pas des films mais creusent le monde, plan après plan, jusqu’à l’os. Son cinéma est une lente traversée de la nuit, une marche obstinée dans la boue du réel, où le temps s’étire comme une plainte sourde et où chaque visage semble porter le poids d’une humanité à bout de souffle. Regarder un film de Béla Tarr, c’est accepter de se défaire de l’impatience, d’entrer dans une durée morale autant que cinématographique.

Dunkerque, 1995 : la rencontre

En 1995, j’ai invité Béla Tarr à venir présenter Damnation (1987) lors des 9ᵉˢ Rencontres cinématographiques de Dunkerque. Ce choix évident s’imposait. Damnation est un film de pluie et de cendres, un poème noir traversé de travellings hypnotiques, où les êtres avancent comme déjà vaincus, sans pathos ni illusion. Un film d’une rigueur implacable, d’une beauté âpre, qui exige du spectateur autant qu’il lui donne. Le montrer à Dunkerque, c’était faire le pari de l’intelligence, de la patience, de la disponibilité au cinéma.

Damnation, 1987 

Une œuvre radicale et cohérente

L’œuvre de Béla Tarr s’est construite dans une radicalité croissante. De ses premiers films encore ancrés dans un réalisme social brutal, il a peu à peu glissé vers une forme de tragédie métaphysique où le monde semble se répéter jusqu’à l’épuisement. Avec Sátántangó, son chef-d’œuvre monumental et vertigineux, il invente un cinéma de la durée extrême, où la répétition devient destin et où la caméra accompagne les corps comme un témoin obstiné de leur lente déchéance.

Les Harmonies Werckmeister déploient ensuite une vision cosmique du chaos, portée par un noir et blanc somptueux et une musique lancinante, tandis que L’Homme de Londres, adaptation d’un roman de Georges Simenon, enferme la morale humaine dans une nuit épaisse, brumeuse, presque visqueuse.

Le Cheval de Turin : un adieu

Le Cheval de Turin, enfin, son film testamentaire, est une extinction. Jour après jour, le monde s’y retire, la lumière s’éteint, les gestes se raréfient. Plus rien ne progresse, tout se fige dans une fatigue définitive. C’est un adieu d’une austérité bouleversante, un dernier regard posé sur l’entropie du vivant.

L’homme derrière l’œuvre

Mais Béla Tarr n’était pas seulement ce cinéaste exigeant, rigoureux jusqu’à l’ascèse. L’homme que j’ai rencontré à Dunkerque était intelligent, profondément cultivé, charmant, courtois, et doté d’une malice discrète qui contrastait avec la noirceur de ses films. Derrière la gravité de l’œuvre, il y avait un regard vif, une présence chaleureuse. Cette alliance rare entre une radicalité artistique sans concession et une humanité dense rendait l’échange d’autant plus précieux. Inviter Béla Tarr en 1995, c’était affirmer une certaine idée du cinéma : un cinéma qui ne flatte pas, qui ne rassure pas, mais qui tient debout face à l’effondrement. Un cinéma de résistance, de temps long, de fidélité à une vision. Un cinéma nécessaire pour mieux vivre.

50 nuances d’antiracisme

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DR.

Pantone, la célèbre entreprise américaine spécialisée dans la création et la sélection de couleurs, très influente dans les milieux des arts graphiques, de la mode et de la décoration intérieure, n’imaginait sûrement pas qu’en choisissant comme « Couleur de l’année 2026 » la référence 11-4201 de son nuancier, elle allait être au cœur d’une étrange polémique. La référence en question correspond à une teinte nommée « Cloud Dancer », un blanc cassé très doux, décrit comme « vaporeux » et « aérien ». Sur son site, Pantone éclaire son choix en utilisant un verbiage pareillement brumeux et éthéré, pour ne pas dire fumeux et lénifiant. La firme évoque en effet « un blanc sublime, symbole d’influence apaisante dans une société qui redécouvre la valeur de la réflexion tranquille ». Pas de quoi s’esquinter le tempérament, pense le péquin moyen. Mais le péquin moyen n’est pas journaliste spécialisé dans la mode au New York Times : « C’est un choix étonnant après une année au cours de laquelle les programmes du DEI (diversité, équité, inclusion) ont été démantelés », s’est inquiété C. Holtermann avant d’évoquer le « suprémacisme blanc » soi-disant à l’œuvre dans l’administration Trump. « Ce n’est pas le bon moment pour célébrer délibérément la blancheur », s’émeut-on du côté du Guardian. Le magazine Vanity Fair affiche lui aussi son désarroi et sa tristesse : « Peut-être que le programme DEI est vraiment mort. » Avec son « blanc nuageux », Pantone imaginait un monde idyllique où chacun allait pouvoir « créer des atmosphères de sérénité et d’espace offrant un refuge de propreté visuelle qui inspire le bien-être et la légèreté ». Raté ! Le choix de Pantone a déclenché sur les réseaux sociaux un déluge de messages enfiévrés aux teintes douteuses mâtinées de sombres reflets woke. Verts de rage ou rouges de colère, des internautes broyant du noir ont ainsi évoqué le retour du Ku Klux Klan, le racisme systémique ou la « prétention blanche » des employés de Pantone qui, pour le moment, n’ont pas répondu aux attaques de leurs détracteurs. « Je n’ai rien à me reprocher. Je suis blanc comme neige », aurait toutefois confié l’un d’eux sur son compte X, avant d’effacer son message…

Peut-on être antisémite sans le dire?

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Rassemblement à Toulouse, 21 juin 2024 © FRED SCHEIBER/SIPA

La France Insoumise pratique le double langage : une accumulation de citations, tweets, déclarations, réunies par l’avocat Richard Malka dans sa plaidoirie (Passion antisémite – Grasset) le démontre, au point que la justice a acté ces pièces dans le procès l’opposant à l’écrivain Raphaël Enthoven.

LFI est-elle antisémite par conviction ou par cynisme ? Cette question devient secondaire quand l’antisionisme (mot clé pour ne pas franchir la ligne rouge) empoisonne désormais le débat public.

Virtuose de la dialectique, Jean-Luc Mélenchon surfe sur les limites du droit par diverses techniques de contournement, suivi par ses disciples Rima Hassan, Coquerel, Bompard, Léaument, Panot, ou d’autres, eux moins doués : Delogu, Portes, Boyard, Obono, Soudais.

Il est probable que la structure de formation des cadres LFI (Institut La Boétie) dispense une formation spécifique à ses cadres.

La dialectique, c’est quoi ? Contourner l’obstacle par des stratagèmes, comme relier deux concepts n’ayant aucun rapport entre eux : interrogé sur le voile imposé aux petites filles par la commission parlementaire sur les liens avec le terrorisme, le leader Insoumis dresse ainsi un parallèle avec la circoncision.

Selon Mélenchon, comment le législateur pourrait-il interdire le voile aux jeunes enfants sans prohiber aussi la circoncision, autre violence faite aux bébés sans leur consentement ?

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En apparence il y a une relative logique, mais dans les faits non : le voilement des petites filles les sexualise car on les ôte à la lubricité supposée du regard masculin – un fait inadmissible en soi. Par surcroit, la pratique de la circoncision relève du privé et du religieux. L’État garantit la liberté religieuse. La circoncision n’interfère en aucune façon sur la sphère publique, contrairement au voile qui procède souvent d’un acte politique identitaire, dimension que fait semblant d’ignorer Mélenchon.

Relier le voile à la circoncision est par conséquent dilatoire et absurde.

L’Art d’avoir toujours raison, ce court essai du philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1830) est un ouvrage largement consulté par les professionnels de la langue de bois, tous bords confondus. Schopenhauer distingue, à la suite des Sophistes, la vérité objective (avoir raison) à la victoire dialectique (terrasser son interlocuteur). L’ouvrage présente trente-huit astuces utilisées depuis la nuit des temps. Parmi les plus connues : attaquer la personne plutôt qu’argumenter, changer de sujet si l’on est en difficulté, ou encore en appeler à l’opinion publique majoritaire en guise de preuves scientifiques. Ces techniques, maniées au quotidien par les cadres LFIstes pour instiller la défiance envers les juifs, ceci sans être inquiétés, ou adopter diverses positions intenables, ou semer le doute à la moindre faille de l’adversaire, sont très facile à repérer dès lors qu’on les connait.

1 / Argumentum ad miséricordiam

La justification par la miséricorde. « Bien-sûr l’attaque du 7 octobre est regrettable, mais les Palestiniens sont opprimés par Israël depuis 50 ans ».  Ce sophisme repris par Rima Hassan (qui compare les actes du 7 octobres aux attentats du FLN) ou Thomas Portes au sujet du 7 Octobre est répandu chez LFI. Or, même si un tel joug de fer préexistait au drame – et on peut argumenter – massacrer des enfants, ou des familles désarmées, comme les vidéos l’ont montré, ressort par définition de la pure barbarie.

Selon ce principe, on justifierait la destruction des juifs d’Europe par le traité de Versailles, ou les crimes d’un tueur en série à cause d’une enfance difficile.

2 / Renversement de la charge de la preuve

On demande de prouver le contraire de ce qui a été avancé. « Vous prétendez que les islamistes constituent un danger pour notre pays parce qu’ils respectent leur religion au sens strict ? Démontrez-moi alors comment ils devraient s’y prendre pour être intégrés tout en étant pieux ? »

Le fautif devient celui qui accueille mal les nouveaux venus. On note que LFI n’oppose pas de barrières claires à une acception rigoriste de l’islam, mais blâme les intégristes catholiques.

3 / Argumentum ad ignorantiam

Dans le doute, une chose est fausse. « Disposez-vous de preuves formelles – à part ceux des témoignages Israéliens – que le Hamas aurait torturé des otages ? »

Si l’on produit alors des photos d’Israéliens faméliques enfermés dans les tunnels, puisqu’il en existe, il ne s’agira (on continue le principe du doute) que de preuves de malnutrition, due aux bombardements Israéliens.

Ce mécanisme de doute est précisément celui employé par les révisionnistes : les chambres à gaz n’ont pas existé puisqu’elles ont été reconstituées a posteriori après-guerre – ce qui est en partie exact, les Allemands les ayant détruites en abandonnant les camps.

4 / L’association abusive

On disqualifie la question ou le questionneur. Par exemple, on invoque le fascisme pour éluder la question gênante.

« Ainsi il y aurait trop d’immigrés en France ? Vous faites vôtre les thèses de la CNews ? » La problématique est évacuée dans la seconde.

5 / Argumentum ad populum

Le nombre crée le bon droit. « Nous sommes devenu la première force du parlement, et nous devons gouverner ».

Quoique discutable – c’est l’addition de quatre partis de gauche ne s’appréciant guère qui a créé cette majorité relative – on observera surtout qu’à cette aune, la gauche et LFI en particulier devrait s’incliner devant le RN, premier parti de l’assemblée en nombre d’élus et d’électeurs, quand elle lui dénie toute légitimité, jusqu’à lui refuser la Présidence des diverses commissions.

6 / L’attaque ad hominem

A défaut de contredire le discours, on disqualifie son émetteur. Le député Charles Alloncle en a fait les frais : pour avoir commis le crime de questions embarrassantes aux acteurs du Service Public, il a été trainé dans la boue, à titre personnel, (« nerveux », « narcissique », « égocentrique », « procureur », etc.) par les médias de gauche. Postulons que Charles Alloncle soit un être détestable : quel rapport direct avec les questions qu’il a posé, restées sans réponses ?

Les LFI utilisent souvent le registre de la colère feinte ; si l’interview tourne mal, les concepts indignés fusent : « vous confondez le métier de journaliste et d’inquisiteur », ou encore « je ne suis pas ici pour entendre les fantasmes de la fachosphère ».

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7 / Argumentum ad Odium

Il s’agit là de tourner en dérision votre position ; si vous défendez le renvoi des OQTF par exemple, on vous rétorquerait : « comment ferez-vous pour mobiliser des avions par centaines, au risque d’engorger les aéroports ? Et vous mobiliserez l’armée ? Et vous créerez des camps de rétention comme sous Vichy ? »

8 / L’argument d’autorité

On appelle argument d’autorité un procédé qui consiste à invoquer une instance dont l’avis est pris comme référence au seul titre qu’il nous arrange. Ainsi on observe que la chaine C8 n’a pas été interdite de façon discrétionnaire par le pouvoir, mais que son « autorisation d’émettre » n’a pas été renouvelée par l’Arcom.

Les Insoumis ne cessent de se référer à l’ONU en omettant de préciser que cet organisme a perdu sa crédibilité.

Citons la très sérieuse Revue Politique et Parlementaire : « l’ONU est devenue le lieu privilégié de l’alliance des nombreuses dictatures à travers le monde, notamment des régimes islamistes de toutes obédiences (…) En 2023, son Conseil des Droits de l’Homme était composé à 70% de pays non-démocratiques, parmi lesquels la Chine, Cuba, l’Algérie, l’Érythrée ou le Kazakhstan. »

A contrario, lorsque Amnesty International condamne avec retard, mais sans détours, les pratiques de torture et de meurtre du Hamas, les mêmes observent un silence sépulcral (un avis inverse aurait été relayé dans l’instant).

On ajoutera à ce panorama deux techniques d’une simplicité désarmante : mal nommer les choses à dessein – « génocidaire à boycotter » au lieu de juif, comme Julien Théry, professeur d’Histoire et chercheur au CIHAM – ou ne pas répondre, comme Mathilde Panot (« Maduro est-il un dictateur ? » question posée quatre fois par Apolline de Malherbe sur BFMTV mardi, à laquelle elle a refusé de délivrer un diagnostic).

Bien entendu, la France Insoumise est aujourd’hui en partie démasquée, et ses soutiens fragilisés – la nébuleuse islamique ou les Verts restent toutefois de solides appuis. Mais les outrances de LFI deviennent assez compliquées à approuver, même pour des partenaires larges d’esprit. Hélas, que vaudront les promesses d’un Parti Socialiste ou d’un PC lorsque l’heure du second tour sonnera ? Voici pourquoi comprendre la rhétorique de LFI, la détecter, la faire connaître, s’impose à tous les intervenants politiques.

Il y a fort longtemps, les Sophistes nous prévenaient : le langage n’est pas conçu pour dire le vrai, il doit s’utiliser comme un outil, pour vaincre.

Passion antisémite

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L'Art d'avoir toujours raison

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L’Art déco, une révolution française

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© Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

L’Art déco a cent ans. Pour cet anniversaire, le musée des Arts décoratifs de Paris explore les courants de ce mouvement multiforme qui a bouleversé les arts, l’architecture, et imposé une nouvelle vision du monde…


L’Art déco est un univers qui a pour galaxies l’architecture, la décoration, le mobilier, la joaillerie, la mode, les arts-graphiques, les transports… Apparu discrètement en France dans le sillage de l’Art nouveau avant la Grande Guerre, il s’est développé dans les années 1920, à la faveur des Années Folles. On le reconnaît à son esthétique structurée, géométrique, qui allie épure contemporaine et préciosité néoclassique. 

Modernité et vitesse

Ce mouvement artistique « total » a fêté ses cent ans en 2025 avec plusieurs expositions. Celle toujours en cours au musée des Arts Décoratifs de Paris fait écho à l’« Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes » de 1925 qui est considérée comme l’acte de naissance officiel de ce courant. Un courant synonyme de modernité, de vitesse, d’innovation, de luxe, mais aussi d’accessibilité au design pour les classes moyennes. Une révolution française esthétique.

Le parcours chronologique et thématique qui se déploie à travers la nef et dans les étages du musée des Arts décoratifs permet de suivre ses origines, son apogée, son développement et ses réinterprétations contemporaines. Tel ce train mythique de l’Orient-Express de 1926 en partie reconstitué auquel répondent les cabines revisitées par l’architecte Maxime d’Angeac. Soit le raffinement et le savoir-faire du voyage à la française rehaussés d’une touche de XXIe siècle, avec mobilier et vaisselle, sans oublier appareils wifi: aimer l’Art déco, c’est ici aimer le rétro-moderne.

A lire aussi, Thomas Morales: Prenez le train de l’Art déco!

L’expo fait la part belle aux intérieurs, dont le boudoir de la baronne de Rothschild qui, en la matière, a donné le « la ». Pour elle, les artistes décorateurs Clément Mère et Clément Rousseau ont conçu une table à journaux, des boiseries de style Louis XVI, un bureau à gradins, le tout abondamment parsemé de matériaux précieux et colorés. Au visiteur ensuite de faire le lien avec l’architecture, incarnée par le Pavillon des renseignements et du tourisme de Robert Mallet-Stevens, cet immeuble iconique en béton à angles droits avec sa tour agrémentée d’ailerons plats édifié en 1925. Tout cela révèle l’éclectisme du style Art Déco. Ce même Mallet-Stevens s’est d’ailleurs beaucoup intéressé à la décoration intérieure aux côtés de Jacques-Émile Ruhlmann, Jean-Michel Frank et Eileen Gray. Cette dernière, Britannique, a aussi fait le grand écart: elle a d’abord expérimenté les laques avant de se pencher sur les meubles tubulaires bon marché. Ce procédé tubulaire a aussi inspiré des créateurs suédois et le Nationalmuseum de Stockholm a prêté pour l’occasion chaises, bureaux et même appareils électro-ménagers. Leurs lignes fonctionnalistes font fortement penser au Bauhaus, ce mouvement contemporain de l’Art déco qui a également disparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Un fonds remarquable

Les années 1920-1930 sont marquées du sceau des progrès techniques, et l’exposition le souligne au fil de plusieurs espaces. La vitesse est à l’honneur sur terre, sur mer et dans les airs. Les trains, les gares, les paquebots – tel le Normandie – et les premiers avions de tourisme sont les meilleurs ambassadeurs de ce style décoratif sophistiqué qui incarne un nouvel art de vivre. L’Art déco bénéficie également d’une vitrine originale grâce au cinéma, autre reflet de la modernité, à travers de nombreux décors de films… Enfin, l’influence de l’art et du mobilier extra-européen est pleinement reconnue. Quelques éléments africains, chinois et plus encore japonais en attestent. Commodes, kimonos, laques et vases imposent l’idée de la ligne pure. Le nom de Charlotte Perriand, créatrice et décoratrice proche de Le Corbusier qui a longtemps vécu au Japon s’impose. Elle a déjà eu droit à des expositions monographiques, notamment au Centre Pompidou, et est ici présente à travers l’un de ses sièges pivotants. 

Si l’on se projette au-delà du cadre de l’exposition, on comprend que les Américains vont inventer le « streamlined », et les Français la ligne « épurée » avec sa référence permanente au design japonais – qui va aussi inspirer les Scandinaves. Grâce à l’Art déco français, le Japon a croisé la Suède. Le cubisme se taille également une belle part de cette effervescence artistique en plaçant l’Art déco aux confluences picturales et sculpturales de son époque. Ce centenaire est enfin l’occasion de célébrer le musée des Arts Décoratifs qui a joué un rôle majeur dans la reconnaissance de ce mouvement. Dès ses débuts, l’institution a accueilli les salons de la Société des Artistes décorateurs et a constitué une collection d’une richesse exceptionnelle. Nombre des pièces exposées actuellement sont issues de son fonds remarquable.

À voir :

« 1925-2025 : Cent ans d’Art déco », Musée des Arts Décoratifs de Paris, jusqu’au 26 avril 2026.


En français dans le texte !
Entretien avec Emmanuel Bréon, conseiller scientifique de l’exposition.


Causeur. Le caractère français de l’Art déco a été oublié après-guerre, est-il désormais reconnu ? 
Emmanuel Bréon. Son caractère français est reconnu par le monde entier, mais peu en France ! À Miami, en 1973, l’Association pour la préservation de l’Art déco a été créée sous l’impulsion de Barbara Capitan, bientôt suivie d’émules dans de nombreuses villes américaines. Toutes ces associations ont toujours proclamé que l’Art déco était né en France. Ce n’est qu’après l’expo de 2013 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, à Paris, « Quand l’Art déco séduit le monde », que la Société des Arts déco de France a pris son envol. Ironie de l’histoire, il n’y a pas eu d’exposants américains à l’expo de 1925 ! Le gouvernement fédéral ne pensait pas que les États-Unis avaient assez de créations à exposer, mais il a envoyé des observateurs.

L’Art déco est-t-il le dernier style qui allie le décoratif, l’ornemental, au fonctionnalisme moderne ?
C’est le dernier règne des belles matières, mais il ouvre la voie à la modernité. L’Art déco est pour moi comme un logiciel, articulé très souvent autour de l’octogone, dans lequel on met ce qu’on veut selon sa nationalité. Les Américains y ont placé la tête d’un chef Sioux et les Japonais une carpe. Il reste à la fois un grand style, et peut-être le dernier, qui a été prolongé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale par le streamline (style paquebot) aux États-Unis, à Miami notamment. C’est le refus du dogme « ornement égale crime » prôné par Le Corbusier. 

Est-ce un style qui peut être ressuscité sans se transformer en pastiche ?
Il y a énormément d’architectes actuels qui imitent l’Art déco, telles les maisons à la Mallet-Stevens construites notamment par Maurice Culot. Quand l’esprit, les matériaux et la qualité sont réunis, le néo-Art Déco est beaucoup plus valable que le néo-haussmannien qui n’est que du façadisme • 

La chute d’un tombeur

Emmanuel Macron quitte Downing Street après une réunion sur l’Ukraine, Londres, 8 décembre 2025 © Szymanowicz/ZUMA Press Wire/SIPA

Emmanuel Macron est toujours président mais il n’est plus vraiment au pouvoir. L’heure est déjà au bilan, et il n’est pas glorieux : immigration incontrôlée, déclin économique, progression de l’islamisme, désastre de l’École. Au-delà des erreurs partagées avec ses prédécesseurs et d’une détestation excessive et déplaisante de sa personne, le plus jeune président de la République s’est employé à tout gâcher, ou presque.


Jeune, beau, brillant, enthousiaste : le gars semblait taillé pour l’emploi. Certes, il ne fallait pas être trop regardant sur les paroles. Justement, on ne l’était pas. Sinon, qu’un candidat à la fonction suprême de la République française puisse déclarer qu’il n’y a pas de culture française nous aurait mis la puce à l’oreille. On aimait la musique qui racontait qu’avec ce jeune prodige, nous allions entrer dans le xxie siècle sans douleur et sans sacrifice. Tous les celles-et-ceux du monde allaient se donner la main dans la grande farandole du progrès. Bon, pas les déplorables populistes, mais eux aussi finiraient par être touchés par la grâce macroniste. On allait libérer les énergies, détruire les blocages, réenchanter la politique. La droite et la gauche raisonnables sortiraient de ce bain de jouvence relookées, régénérées et réconciliées.

Nous avons été les complices consentants d’un tour de passe-passe. Macron l’enchanteur ne nous a pas vendu un grand projet, une vision du monde et de la France, il a fait don à la France de sa personne et de sa parole, convaincu que le charme indéniable de la première garantirait le caractère performatif de la seconde. Je parle donc j’agis. La preuve par la réforme des retraites votée après des mois de bazar et suspendue après des semaines de palabres. « Macron a à cœur de démontrer que sa vision est la plus réfléchie, la plus logique », affirme Arthur Chevallier. Ça ne se voit pas à l’œil nu.

Huit ans après son entrée à l’Élysée, la France compte les semaines qui la séparent de 2027 dans l’espoir d’un grand reset. La recomposition annoncée se réduit à un centre ondoyant entre droite et gauche, ce qui n’est pas franchement révolutionnaire. Pour le reste, la facture est salée : 3 millions d’immigrés sont entrés dans le pays sans que l’on fasse quoi que ce soit pour dégripper la machine à fabriquer des Français appelée assimilation ; l’islam radical a prospéré en conséquence ; le déficit commercial a atteint des niveaux inégalés ; la dette, n’insistons pas ; et nous préférons oublier de combien de points nous avons plongé dans les classements PISA.

Le président est abandonné par nombre de ses soutiens. Le patronat l’a lâché. À l’instar de Nicolas Baverez, nombre d’intellectuels, qui avaient vu avec intérêt cette apparente boule d’énergie débouler dans la politique française, se désolent aujourd’hui de la suite de renoncements et de changements de pieds baptisés « en même temps » pour leur donner l’air d’une stratégie.

Arthur Chevallier observe que, dans le face-à-face, Macron retourne ses interlocuteurs. Mais il ne peut pas parler à chaque Français. Et une partie du pays lui voue une haine si profonde qu’elle est prête à gober et propager les bobards les plus abjects ou insensés. Le caractère irrationnel, fanatique et impitoyable de cette détestation incline à prendre sa défense. Emmanuel Macron a commis suffisamment d’erreurs concrètes et montre assez de défauts bien réels pour qu’on n’ait pas à le charger de péchés imaginaires.

Bruno Retailleau déplore que le président « s’adresse aux Français comme à des clientèles successives, au lieu de leur parler comme à un seul peuple ». À l’évidence, certaines clientèles sont plus dignes de l’attention présidentielle que d’autres. La France des clochers et des bistrots n’accuse pas seulement le président de l’abandonner, elle croit qu’il veut la détruire – alors qu’il entend seulement la convertir au Progrès, même si elle doit le payer par l’effacement de ses anciens cadres de vie et de pensée. Comme l’observe Alain Finkielkraut, le droit fondamental de l’homme à la continuité historique n’intéresse guère le président. Les grands discours mémoriels teintés de lyrisme républicain et de patriotisme d’estrade ne font pas oublier que, pour complaire à la nouvelle France et la dissuader de brûler des voitures, il a heurté de mille façons ceux que Mathieu Bock-Côté appelle le « peuple historique » – et en prime tous ceux qui ont choisi de lui appartenir. Certes, il a tenu sa promesse de rebâtir Notre-Dame comme le reconnaît Jonathan Siksou tout en ironisant sur sa prétention à la rebâtir « plus belle », et redécouvert pour l’occasion que la France ne se confondait pas avec la République (d’accord, nous exagérons). Mais quand il réagit au quart de tour à la mort de Nahel et oublie Thomas, Elias et les autres parce que ce sont des faits divers avec lesquels on brainwashe les ploucs, quand il félicite une prétendue féministe parce qu’elle est voilée ou se pose en défenseur de la vérité face à un populo manipulé par le populisme, il insulte les gens ordinaires. C’est la faute à CNews !

En 2017 on savait que Macron était immigrationniste, européiste et multiculturaliste. Et nous l’avons réélu en 2022. À défaut d’endiguer l’immigration ou de combattre le séparatisme islamique, on croyait à sa promesse de libérer l’économie de la bureaucratie et de la surfiscalité qui font fuir nos jeunes. Sans oublier la réindustrialisation, aujourd’hui aussi fantomatique que l’Arlésienne. On peut créditer le chef de l’État d’avoir tenu bon sur l’Ukraine et décidé la hausse des crédits militaires. Reste à savoir comment on va payer tout ça, se dit-on dans les bistrots.

Certes, il n’est pas le seul ni même sans doute le premier responsable de ce désastre fabriqué avec constance pendant quatorze années de socialisme suivies de quinze ans de chiraco-hollandisme durant lesquels l’immobilisme a été érigé en sagesse politique. De plus, le peuple aussi adore le « en même temps ». Nous voulons la puissance et les allocations, la souveraineté et les médicaments à bas prix, la fluidité et la continuité.

Reste un sentiment de gâchis. Macron aurait pu, aurait dû, entraîner le pays vers l’avenir sans piétiner son passé. Marcel Gauchet juge sévèrement que, ce qui lui a manqué pour être un grand président, c’est « la connaissance et l’amour de son pays, au lieu de la préférence pour sa petite personne et son minable bagage de bon élève ». De fait, on critique abondamment son narcissisme, mais peut-on se croire capable de diriger la France sans un égo en acier trempé ?

Paradoxalement, c’est peut-être Arthur Chevallier, préposé ici à la défense du président, qui donne la clé de son échec. Macron, nous a-t-il répété plusieurs fois, « ne veut appartenir à personne ». D’où sa propension à s’affranchir des bonnes manières, histoire d’épater le bourgeois (qui a voté pour lui). Désolés, mais quand on veut faire président, on accepte d’appartenir au peuple français.

Initials G.C.

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George Clooney et son épouse Amal à la cérémonie des César à Paris, 24 février 2017 © LAURENTVU/SIPA

La France a une nouvelle star appelée George Clooney


Nous avons perdu LA star française, mais en avons gagné une autre. Je ne comparerai pas l’homme qui vous fait du café à notre immortelle BB, symbole de la liberté et du désir triomphant. Mais le calendrier est taquin. Le 27 décembre, veille de la mort de BB, Clooney, sa femme et leurs jumeaux obtenaient la nationalité française. Ajoutons que le domaine de Canadel, modeste demeure où la famille Clooney a posé ses valises, est situé à une cinquantaine de kilomètres de La Madrague et la coïncidence a des airs de destin.

D’ailleurs, les mêmes qui ont craché sur le cercueil de BB parce que ses opinions politiques ne leur convenaient pas ont éructé à l’annonce de cette naturalisation, gauchistes aigris et égalitaristes renfrognés communiant dans la détestation des deux stars. Aux opinions politiques d’ailleurs radicalement opposées. Si BB est punie post-mortem pour sa sympathie pour les Le Pen père et fille, Clooney est gauchiste tendance propal. Seulement s’il n’est pas « d’extrême droite » comme ils disent, il est américain, ce qui était très mal, même avant Trump.

Nous avons ainsi assisté à un flot de protestations sur le thème « mon cousin paye des impôts depuis 20 ans et n’est toujours pas français ». Ces grincheux ont reçu le soutien de Trump, qui a ironisé sur le flair politique de l’acteur et la politique migratoire de la France, et celui d’une obscure ministre déléguée Marie-Pierre Vedrenne, qui « comprend l’appréciation de certains Français sur ce deux poids-deux mesures ».

Clooney a-t-il bénéficié d’un passe-droit ? Les sans-frontiéristes observent que le comédien ne parle pas bien notre langue alors que le Parlement a relevé le niveau exigé des candidats à la naturalisation (mesure qui les indignait…). Ils trouvent normal qu’on puisse se marier en France sous OQTF mais infâmant qu’on demande aux arrivants de parler notre langue. Sauf pour Clooney.

D’après Laurent Nunez, la procédure est parfaitement légale. Mais peu importe. Si Clooney a eu un passe-droit, la France a eu raison de le lui accorder. Les hommes naissent libres et égaux en droit ne signifie pas qu’ils contribuent également à l’humanité ni qu’ils laissent la même trace dans l’Histoire. Nous accordons la citoyenneté à des gens qui n’apportent rien à la France. Une star d’Hollywood, même islamo-gauchiste sur les bords, c’est une excellente prise. What else ?


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Brigitte Bardot, symbole d’une persistante résistance française

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Saint-Tropez, hier © VU / PECQUENARD/SIPA

La star a été inhumée hier, au cimetière marin de Saint-Tropez. Avant le début des obsèques, le curé a demandé à l’assistance d’éteindre les téléphones, clin d’œil à une vie marquée par la traque médiatique. Le cercueil en rotin était installé entre un grand portrait de BB, souriante, cheveux grisonnants, et un autre où elle tient un bébé phoque. Fidèle à ses volontés, la cérémonie s’est déroulée « sans chichi », avec des fleurs simples et une liste d’invités restreinte, choisie par ses proches et sa fondation dédiée à la protection des animaux.



Non, Brigitte Bardot ne symbolise pas la France disparue. Ce cliché des commentateurs occulte l’aura populaire qui entoure BB et ses combats pour les animaux et contre les censeurs. A cette aune, l’ex-commissaire européen Thierry Breton, Monsieur Propre des réseaux sociaux aseptisés et nouvelle coqueluche du système médiatique labellisé, représente un monde autrement plus fragile.

Gauloise sans filtre

Au-delà de l’actrice mythique et de la femme au corps libéré, une authentique résistante, disparue le 28 décembre, a été enterré hier à Saint-Tropez (83). La famille de Bardot, qui a refusé l’hommage national proposé par l’Elysée, a fait savoir qu’Emmanuel Macron n’était pas le bienvenu. Cette ultime insolence vient compléter le portrait de la « gauloise sans filtre » qui a toujours refusé d’obéir à « la dégradante obligation d’être de son temps » (Hannah Arendt).

A lire aussi: Quand Charles Alloncle file des boutons aux mandarins médiatiques et à Xavier Bertrand…

Jamais Marianne – dont un des bustes de la République a emprunté son visage – n’a été mieux représentée que par cette rebelle aux convenances. Bardot a perpétué la permanence de l’esprit français, empli d’audaces, de panaches, d’éclats de rire. Par l’intermédiaire d’un de ses amis, j’ai eu le bonheur de recevoir d’elle, en 2025, une photo la représentant sur sa « plage abandonnée » de la Madrague, entourée de quelques-uns de ses animaux, avec cette dédicace tracée de son écriture arrondie : « Pour Ivan, que j’aime de tout mon cœur, merci d’exister. Brigitte Bardot ». J’ai évidemment pris cette Légion d’Honneur comme un encouragement à persister, de mon côté, dans les dénonciations de la pensée obligée, du conformisme journalistique, du terrorisme intellectuel d’un progressisme n’ayant que l’insulte et la censure comme répliques. Non seulement la France révolutionnaire de Bardot n’a pas disparu, mais son peuple oublié est prêt à se faire entendre des « élites » qui aimeraient l’ensevelir avec le courageux lanceur d’alerte que fut cette guerrière indomptable.

Marine Le Pen: « Une femme gigantesque: la liberté, l’impertinence, la franchise, l’engagement et le sacrifice pour une cause qui se paient cher… »

La présence annoncée de Marine Le Pen lors des obsèques va alimenter un peu plus la diabolisation du personnage national par les pisse-froid. En s’y employant, la gauche pavlovienne consolide ainsi la stature universelle de celle qui n’a jamais obtempéré au politiquement correct ni à l’angélisme capitulard des faux-gentils. « La dérive vers la haine raciale », a titré Libération dans un de ses articles, en s’arrêtant à quelques propos isolés ou maladroits. Mais les lyncheurs « antiracistes » n’ont jamais rien dit de la proposition d’Alexis Corbière (NFP) d’installer des figures de Noirs dans la galerie de l’Assemblée nationale. Ils n’ont rien dit non plus de la sortie du député Carlos Martens Bilongo (LFI) dénonçant, le 23 décembre « la pauvreté intellectuelle dans les territoires, dans le Nord de la France ». Ils n’ont pas davantage commenté les vœux d’Éric Coquerel ou de Sébastien Delogu (LFI) d’avoir des « maires racisés ». Quant à la dernière réflexion de Danièle Obono (LFI) avouant avoir été gênée, lors de la Fête de l’Huma, de se retrouver dans une « fête de la gauche blanche », elle a été vue comme une réflexion légitime.

L’obsession de la race et la détestation du Blanc sont les dénominateurs communs des calomniateurs de Bardot. La meute mérite le mépris.

L’obscénité de l’action

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DR.

Les actions du président américain nous déconcertent autant que nous envions sa résolution. Qu’est-ce qui est le plus indécent: ses décisions unilatérales et brutales ou l’absence de prise de décision de nos dirigeants?


Etrange époque. Là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, un être s’agite, est sans cesse en mouvement, agit, passe à l’acte, fait ce qu’il dit, glorifie ce qu’il fait, fusionne l’un avec l’autre, la langue et le geste, la parole et la chose, nous laisse interloqué, écœuré ou hypnotisé. L’effet produit au cours de cette année de présidence par Donald Trump concerne autant la nature même de ses actes – guerres commerciales avec l’Europe, bombardement de l’Iran, intervention au Venezuela etc…- que ce qu’elle nous donne à contempler, à vérifier, à éprouver ce contraste avec notre propre immobilité. Le spectacle du mouvement. Et celui d’une parole semblable à celle utilisée dans les ballets classiques, descriptive tout au plus, au service de l’action. Car chez nous et depuis longtemps, le geste, le passage à l’acte par lequel il se montre, la prise de décision est depuis longtemps suspecte, comme une indécence publique, une sorte d’obscénité politique. La fonction même est chez nous purement oratoire, divinatoire, stylisée, raffinée, complexifiée. Nous écoutons non sans lassitude les joutes verbales à l’Assemblée nationale et, barde suprême, notre Roi du ni-ni, seigneur du en même temps, quintessence la demi-mesure, Hamlet de pacotille qui n’aura pas manqué une fois de plus de briller ces dernières heures en se félicitant puis en critiquant l’extraction martiale de Maduro.

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Ainsi en va-t-il de notre fascination pour ces êtres au Surmoi relâché, se jouant de nos inhibitions constitutives à l’instar d’un Bernard Tapie dans les années 80, dur et agissant à l’orée de notre récession. Un Européen ça s’empêche, disait peu ou prou l’un de nos philosophes adulés. Quitte à succomber pétrifié au pied de l’Histoire avec sa grande H ? Nous avons nous nos procédures, nos normes et nos directives. Et leur vigilante inflation, en guise de coming-out, qui nous font dans notre train de sénateur contempler cet agité du bocal, le courroux plein les lèvres…

Ah ce trublion ! cet Ubu vulgaire ! colérique, narcissique et factieux qui jouit sans frontières quand l’Européen que nous sommes peine à s’échauffer, le fantasme édulcoré par le réchauffement climatique et la désindustrialisation, coït moins interrompu que neutralisé par tant de paradoxales injonctions. Le corps de l’Etat-providence mou comme une chique, ouvert aux quatre vents, nous attendons l’entracte pour aller consommer au parterre une infusion tilleul-menthe avec l’œil sévère d’une bonne mère de famille, la conscience sans faux plis, les droits de l’homme en bréviaire, satisfaits d’être divertis à bas prix (pour l’instant) par ces hyperactifs du Far ouest (et Est). Nous nous endormons la bouche pleine de mots, gras ou suaves, la rhétorique au front, l’indignation au nez, bercés par le prince Mychkine. La beauté sauvera le monde. Mais oui Fiodor.

L'Attachée de presse

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Donald Trump: la force pour le droit?

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

Donald Trump a-t-il lu Pascal ?


Le président Donald Trump se veut gendarme du monde et, dans le meilleur des cas, avec l’intervention américaine au Venezuela, l’arrestation et la première comparution de Nicolás Maduro (qui a plaidé non coupable), il a ouvert une brèche, dans la géopolitique mondiale, qui pourrait profiter à la Chine et valider rétrospectivement l’invasion de l’Ukraine.

Pour le meilleur et pour le pire

Le bouleversement qu’il engendre par sa conception très particulière de la diplomatie, au seul service des intérêts de son pays, ne peut être appréhendé de manière univoque — entre détestation et adhésion — mais doit être analysé avec la complexité que requièrent les actions de ce président totalement atypique. Pour le meilleur comme pour le pire.

On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines.

Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.

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Le président Macron l’a dit, et il a eu raison, avant de déplorer la « méthode » employée par Trump : au Venezuela, on a mis fin à une dictature, et le peuple ressentira les bienfaits de ce changement.

L’autocratie, la corruption généralisée et la misère dominaient sous Nicolás Maduro. Qui peut, de bonne foi, tenir pour négligeable une telle avancée, une telle libération ?

Il y a donc là un mélange de morale internationale ayant trouvé son dû et d’économie profitable. Il convient d’accepter qu’avec Trump, les droits de l’homme ne seront jamais dissociés de la rentabilité américaine ni de la puissance d’un pays – rêvée aussi écrasante que son chef entretient de lui-même une opinion indépassable.

Pascal: « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique »

Pour l’Iran, qui oserait contester que venir empêcher une barbarie intégriste de « tuer » ses opposants est une bienfaisante menace et une intimidation nécessaire ? Le guide suprême a d’ailleurs compris la teneur du message vénézuélien : avec son cercle de fidèles, sa fuite pour la Russie serait programmée si le pire survenait pour cette théocratie indigne.

J’entends bien que se camper avec une telle arrogance comme gendarme universel impose — même à quelqu’un d’aussi indifférent au jugement international que Donald Trump — une exemplarité au moins relative, ainsi qu’un ciblage soigneux des causes à défendre ou à combattre ; faute de quoi les États-Unis se verraient dénier toute légitimité, même minimale, à jouer les justiciers.

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Il me semble que le président américain devra, d’une part, évaluer dans quelle mesure ses initiatives internationales sont susceptibles de le contraindre — ou non — à « revisiter », sur certains points, sa politique étrangère et, d’autre part, à interroger le rapport entre sa force et le droit.

En effet, même un Donald Trump, qui ne semble guère disposé à s’embarrasser de considérations humanistes jugées superfétatoires, ne pourra éluder, dans l’ordre international qu’il entend façonner, l’obligation d’habiller la force en morale. La mise à l’écart de l’ONU ne fait, en réalité, que transférer cette exigence morale vers et sur les grandes puissances.

Pascal l’a énoncé admirablement : la force sans le droit est injuste… Inutile que le président Trump le lise pour comprendre l’évidence. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales, a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau ». C’est un paradoxe amer, mais tellement pertinent. Il pourrait donner corps à une idée que j’ai toujours défendue et qui, dans le contexte international actuel, apparaît plus nécessaire que jamais : une démocratie a le droit de se défendre avec vigueur sans se renier. Elle n’a pas vocation à tendre, par lâcheté ou par mauvaise conscience, l’autre joue diplomatique. Une leçon pour nous, et pour d’autres.