Les années Macron. Par Nicolas Baverez, Mathieu Bock-Côté, Arthur Chevallier, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Bruno Lafourcade, Eric Revel… Et Bruno Retailleau: « Le Pen n’est ni raciste, ni fasciste, elle est socialiste ». Découvrez le sommaire de notre numéro de janvier…
Emmanuel Macron est toujours président mais il n’est plus vraiment au pouvoir. L’heure est déjà au bilan, et il n’est pas glorieux : immigration incontrôlée, déclin économique, progression de l’islamisme, désastre de l’école. Selon Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques qui présentent notre dossier du mois, le plus jeune président de la République s’est employé à tout gâcher, ou presque. Pour Bruno Retailleau, « Le macronisme, c’est fini ! » Après son passage par la place Beauvau, il défend une droite classique et réfléchie dans un paysage politique qui s’est mélenchonisé. Le patron des LR confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques qu’il veut rétablir « l’ordre, la justice et la fierté française ». Et pourquoi pas dès 2027 ?
De son côté, Alain Finkielkraut déplore que les revirements idéologiques d’Emmanuel Macron aient empêché de sauver l’école du désastre et de maîtriser les flux migratoires. Dans un entretien avec Élisabeth Lévy, il se montre moins critique concernant la politique étrangère du chef de l’État en Ukraine et au Proche-Orient. Emmanuel Macron a-t-il remis la République en marche, comme il le promettait en 2017 ? Pour Marcel Gauchet, rien n’est moins sûr. Le président, si brillant soit-il, n’a pas compris la dimension populaire et patriotique de notre contrat social. Le plus fin des analystes du « nœud démocratique », dont les propos ont été recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, déclare : « Macron aura eu l’air d’un président mais il n’avait pas la chanson ». L’écrivain Bruno Lafourcade affirme que le chef de l’État fonctionne comme une IA. Il n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, et il ajuste ses opinions en fonction du public. De quoi déplaire aux Gaulois réfractaires.

Emmanuel Macron frappe le monde la culture du sceau de son immodestie. Jonathan Siksou explique comment, du Louvre à Notre-Dame en passant par la tapisserie de Bayeux et la Cité de la langue française, il entend laisser sa trace. Quitte à passer outre les avis des experts et à rester sourd aux cris d’alarme des défenseurs du patrimoine. Pour Mathieu Bock-Côté, Emmanuel Macron glisse vers un autoritarisme d’un nouveau genre. Sous couvert de lutte contre la haine, le chantre de l’« extrême-centre » veut neutraliser ses opposants par la diabolisation ou la labélisation. Des méthodes infiniment plus douces que le goulag mais non moins efficaces. Selon Nicolas Baverez : « Avant Macron, la France dérivait. Avec lui, elle coule ».L’essayiste, dont les propos ont été recueillis par Jean-Baptiste Roques, n’a pas de mots assez acérés pour déplorer la faillite des années Macron. Le principe du « en même temps » a installé la France dans le mensonge en la coupant des réalités économiques, financières et géopolitiques. Mais le redressement est encore possible. La solution, c’est de faire l’inverse de ce qui est fait depuis huit ans. Arthur Chevallier, proche du chef de l’État, estime que son impopularité ne l’affecte pas car les Français qu’il croise tombent sous son charme. Le président n’est ni hautain ni narcissique mais le peuple, épuisé par un contexte difficile, ne le comprend pas. Le jeune historien en est convaincu : l’Histoire réparera ce quiproquo.
Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy revient sur l’affaire Shein. Si cette entreprise chinoise incarne un modèle industriel et commercial dévastateur et inique, ce n’est pas ce qui a déclenché le scandale, mais la question des poupées sexuelles. Acheter une de ces dernières est considéré comme criminel, même quand l’acheteur n’a pas commis d’acte et ne possède pas d’images pédopornographiques. Car la société ne peut apparemment pas supporter un tel sacrilège. « Mieux vaut commencer à surveiller ce qu’on dit ou fait dans la vie privée : le simple fait d’en avoir une passera bientôt pour un outrage aux bonnes mœurs ». Pour Cyril Bennasar, le séparatisme qui menace aujourd’hui la France est aussi dans la langue. Terroriste ou résistant ? Antisémite ou antisioniste ? Nous employons tous les mêmes mots mais ils n’ont pas toujours le même sens. Nous n’avons pas le même récit, les mêmes héros, les mêmes valeurs. Stéphane Germain a lu le Voyage dans la France d’avant de Franz-Olivier Giesbert. Cette brillante et passionnante autobiographie dresse aussi le constat d’un pays gravement malade dont l’origine des maux se niche dans son passé révolutionnaire et dans son actuelle américanisation. L’auteur est pourtant convaincu que la France finira par se relever.
Gil Mihaely raconte le parcours remarquable de Naor Narkis : à 36 ans, ce dernier a décidé de transformer la société israélienne en encourageant l’émancipation des haredims, ces juifs ultra-orthodoxes qui vivent en autarcie et représentent près de 14% de la population. Libérés du joug des rabbins ultras, ils pourront s’intégrer au marché du travail, payer des impôts et faire leur service militaire. Selon mon analyse, quelle que soit l’issue de la guerre entre Kiev et Moscou, la menace russe continuera de planer sur l’Europe occidentale. Les Européens s’y préparent mais manquent de confiance sans le soutien direct des États-Unis, davantage préoccupés par la Chine. Face aux grands empires, une Europe des nations souveraines pourrait s’affirmer.
Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles s’interroge : « Dans un contexte de polarisation et de radicalisation […] est-il possible de préserver la dignité humaine ? » Pour Ivan Rioufol, l’aspiration des nationaux à retrouver leur souveraineté est un besoin existentiel qui se généralise. Devant l’incurie des dirigeants, les citoyens sont appelés à redevenir la nouvelle force démocratique. Selon Emmanuelle Ménard, la contestation des crèches de Noël, l’activisme des néo-féministes, la tolérance de l’immigration irrégulière et le lâchage des agriculteurs donnent une mauvaise image de la France. Jean-Jacques Netter déplore qu’il y ait toujours plus d’impôts et toujours pas de réformes, et Gilles-William Goldnadel a écouté encore France Inter. Et une fois encore, ils ont invité un bon juif, c’est-à-dire un juif qui déteste Israël.
Jean-Pierre Winter, psychanalyste et écrivain, compagnon de route de Causeur, est mort le 9 décembre 2025. Charles Rojzman rend hommage à sa mémoire. Penseur lucide, il refusait le consensus, appelait à parler vrai, à accepter le conflit, à assumer la peur et à renoncer à l’illusion de l’innocence. Tout ce que refuse l’air du temps qui, lentement, décompose les sociétés occidentales. Exilée en France où elle a grandi, Anastasia Fomitchova s’est engagée auprès des troupes ukrainiennes comme infirmière sur le front. Richard Millet a lu Volia où elle témoigne des atrocités de la guerre, du vertige métaphysique face à la mort, et de la détermination d’un peuple à défendre sa langue, son histoire et son avenir. Paul Bocuse reprend vie sous la plume de Gautier Battistella. Pour Jonathan Siksou, Bocuse est le roman de la vie du grand chef et le livre d’un écrivain au grand style. Une plongée dans l’enfer des cuisines pleine de poésie et le portrait d’un génial mégalo qui s’est imposé comme l’empereur de la gastronomie française à travers le monde. Les Hyaines de Bruno Lafourcade est bien plus qu’un recueil de néologismes, selon Isabelle Larmat. C’est une galerie de portraits cruels, désopilants et terriblement justes de nos chers contemporains. La romancière Olivia Elkaim fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz. Selon Alexandra Lemasson, La disparition des choses est le livre que son fils n’a jamais pu écrire.
À 88 ans, Geneviève Casile rayonne toujours sur scène. La sociétaire honoraire de la Comédie-Française joue actuellement dans La Jalousie de Sacha Guitry, mise en scène par Michel Fau. En conversation avec Yannis Ezziadi, la comédienne, attachée au respect du style des auteurs, délivre ici une petite leçon de théâtre.
Georgia Ray a visité la rétrospective du peintre allemand, Gerhard Richter, à la Fondation Louis Vuitton ; Emmanuel Tresmontant, la minuscule boulangerie de Shinya Inagaki à Paris ; et Julien San Frax, Versailles – à travers les 1600 pages de la monumentale histoire du château d’Alexandre Maral. Enfin, Jean Chauvet nous parle d’une réjouissante histoire de faussaire, d’une fresque politique au galop et d’une comédie pas drôle : c’est ainsi que le cinéma français débute une nouvelle année. Et nous souhaitons une excellente année à tous nos lecteurs, une année en compagnie de Causeur !
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