La France Insoumise pratique le double langage : une accumulation de citations, tweets, déclarations, réunies par l’avocat Richard Malka dans sa plaidoirie (Passion antisémite – Grasset) le démontre, au point que la justice a acté ces pièces dans le procès l’opposant à l’écrivain Raphaël Enthoven.
LFI est-elle antisémite par conviction ou par cynisme ? Cette question devient secondaire quand l’antisionisme (mot clé pour ne pas franchir la ligne rouge) empoisonne désormais le débat public.
Virtuose de la dialectique, Jean-Luc Mélenchon surfe sur les limites du droit par diverses techniques de contournement, suivi par ses disciples Rima Hassan, Coquerel, Bompard, Léaument, Panot, ou d’autres, eux moins doués : Delogu, Portes, Boyard, Obono, Soudais.
Il est probable que la structure de formation des cadres LFI (Institut La Boétie) dispense une formation spécifique à ses cadres.
La dialectique, c’est quoi ? Contourner l’obstacle par des stratagèmes, comme relier deux concepts n’ayant aucun rapport entre eux : interrogé sur le voile imposé aux petites filles par la commission parlementaire sur les liens avec le terrorisme, le leader Insoumis dresse ainsi un parallèle avec la circoncision.
Selon Mélenchon, comment le législateur pourrait-il interdire le voile aux jeunes enfants sans prohiber aussi la circoncision, autre violence faite aux bébés sans leur consentement ?
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En apparence il y a une relative logique, mais dans les faits non : le voilement des petites filles les sexualise car on les ôte à la lubricité supposée du regard masculin – un fait inadmissible en soi. Par surcroit, la pratique de la circoncision relève du privé et du religieux. L’État garantit la liberté religieuse. La circoncision n’interfère en aucune façon sur la sphère publique, contrairement au voile qui procède souvent d’un acte politique identitaire, dimension que fait semblant d’ignorer Mélenchon.
Relier le voile à la circoncision est par conséquent dilatoire et absurde.
L’Art d’avoir toujours raison, ce court essai du philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1830) est un ouvrage largement consulté par les professionnels de la langue de bois, tous bords confondus. Schopenhauer distingue, à la suite des Sophistes, la vérité objective (avoir raison) à la victoire dialectique (terrasser son interlocuteur). L’ouvrage présente trente-huit astuces utilisées depuis la nuit des temps. Parmi les plus connues : attaquer la personne plutôt qu’argumenter, changer de sujet si l’on est en difficulté, ou encore en appeler à l’opinion publique majoritaire en guise de preuves scientifiques. Ces techniques, maniées au quotidien par les cadres LFIstes pour instiller la défiance envers les juifs, ceci sans être inquiétés, ou adopter diverses positions intenables, ou semer le doute à la moindre faille de l’adversaire, sont très facile à repérer dès lors qu’on les connait.
1 / Argumentum ad miséricordiam
La justification par la miséricorde. « Bien-sûr l’attaque du 7 octobre est regrettable, mais les Palestiniens sont opprimés par Israël depuis 50 ans ». Ce sophisme repris par Rima Hassan (qui compare les actes du 7 octobres aux attentats du FLN) ou Thomas Portes au sujet du 7 Octobre est répandu chez LFI. Or, même si un tel joug de fer préexistait au drame – et on peut argumenter – massacrer des enfants, ou des familles désarmées, comme les vidéos l’ont montré, ressort par définition de la pure barbarie.
Selon ce principe, on justifierait la destruction des juifs d’Europe par le traité de Versailles, ou les crimes d’un tueur en série à cause d’une enfance difficile.
2 / Renversement de la charge de la preuve
On demande de prouver le contraire de ce qui a été avancé. « Vous prétendez que les islamistes constituent un danger pour notre pays parce qu’ils respectent leur religion au sens strict ? Démontrez-moi alors comment ils devraient s’y prendre pour être intégrés tout en étant pieux ? »
Le fautif devient celui qui accueille mal les nouveaux venus. On note que LFI n’oppose pas de barrières claires à une acception rigoriste de l’islam, mais blâme les intégristes catholiques.
3 / Argumentum ad ignorantiam
Dans le doute, une chose est fausse. « Disposez-vous de preuves formelles – à part ceux des témoignages Israéliens – que le Hamas aurait torturé des otages ? »
Si l’on produit alors des photos d’Israéliens faméliques enfermés dans les tunnels, puisqu’il en existe, il ne s’agira (on continue le principe du doute) que de preuves de malnutrition, due aux bombardements Israéliens.
Ce mécanisme de doute est précisément celui employé par les révisionnistes : les chambres à gaz n’ont pas existé puisqu’elles ont été reconstituées a posteriori après-guerre – ce qui est en partie exact, les Allemands les ayant détruites en abandonnant les camps.
4 / L’association abusive
On disqualifie la question ou le questionneur. Par exemple, on invoque le fascisme pour éluder la question gênante.
« Ainsi il y aurait trop d’immigrés en France ? Vous faites vôtre les thèses de la CNews ? » La problématique est évacuée dans la seconde.
5 / Argumentum ad populum
Le nombre crée le bon droit. « Nous sommes devenu la première force du parlement, et nous devons gouverner ».
Quoique discutable – c’est l’addition de quatre partis de gauche ne s’appréciant guère qui a créé cette majorité relative – on observera surtout qu’à cette aune, la gauche et LFI en particulier devrait s’incliner devant le RN, premier parti de l’assemblée en nombre d’élus et d’électeurs, quand elle lui dénie toute légitimité, jusqu’à lui refuser la Présidence des diverses commissions.
6 / L’attaque ad hominem
A défaut de contredire le discours, on disqualifie son émetteur. Le député Charles Alloncle en a fait les frais : pour avoir commis le crime de questions embarrassantes aux acteurs du Service Public, il a été trainé dans la boue, à titre personnel, (« nerveux », « narcissique », « égocentrique », « procureur », etc.) par les médias de gauche. Postulons que Charles Alloncle soit un être détestable : quel rapport direct avec les questions qu’il a posé, restées sans réponses ?
Les LFI utilisent souvent le registre de la colère feinte ; si l’interview tourne mal, les concepts indignés fusent : « vous confondez le métier de journaliste et d’inquisiteur », ou encore « je ne suis pas ici pour entendre les fantasmes de la fachosphère ».
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7 / Argumentum ad Odium
Il s’agit là de tourner en dérision votre position ; si vous défendez le renvoi des OQTF par exemple, on vous rétorquerait : « comment ferez-vous pour mobiliser des avions par centaines, au risque d’engorger les aéroports ? Et vous mobiliserez l’armée ? Et vous créerez des camps de rétention comme sous Vichy ? »
8 / L’argument d’autorité
On appelle argument d’autorité un procédé qui consiste à invoquer une instance dont l’avis est pris comme référence au seul titre qu’il nous arrange. Ainsi on observe que la chaine C8 n’a pas été interdite de façon discrétionnaire par le pouvoir, mais que son « autorisation d’émettre » n’a pas été renouvelée par l’Arcom.
Les Insoumis ne cessent de se référer à l’ONU en omettant de préciser que cet organisme a perdu sa crédibilité.
Citons la très sérieuse Revue Politique et Parlementaire : « l’ONU est devenue le lieu privilégié de l’alliance des nombreuses dictatures à travers le monde, notamment des régimes islamistes de toutes obédiences (…) En 2023, son Conseil des Droits de l’Homme était composé à 70% de pays non-démocratiques, parmi lesquels la Chine, Cuba, l’Algérie, l’Érythrée ou le Kazakhstan. »
A contrario, lorsque Amnesty International condamne avec retard, mais sans détours, les pratiques de torture et de meurtre du Hamas, les mêmes observent un silence sépulcral (un avis inverse aurait été relayé dans l’instant).
On ajoutera à ce panorama deux techniques d’une simplicité désarmante : mal nommer les choses à dessein – « génocidaire à boycotter » au lieu de juif, comme Julien Théry, professeur d’Histoire et chercheur au CIHAM – ou ne pas répondre, comme Mathilde Panot (« Maduro est-il un dictateur ? » question posée quatre fois par Apolline de Malherbe sur BFMTV mardi, à laquelle elle a refusé de délivrer un diagnostic).
Bien entendu, la France Insoumise est aujourd’hui en partie démasquée, et ses soutiens fragilisés – la nébuleuse islamique ou les Verts restent toutefois de solides appuis. Mais les outrances de LFI deviennent assez compliquées à approuver, même pour des partenaires larges d’esprit. Hélas, que vaudront les promesses d’un Parti Socialiste ou d’un PC lorsque l’heure du second tour sonnera ? Voici pourquoi comprendre la rhétorique de LFI, la détecter, la faire connaître, s’impose à tous les intervenants politiques.
Il y a fort longtemps, les Sophistes nous prévenaient : le langage n’est pas conçu pour dire le vrai, il doit s’utiliser comme un outil, pour vaincre.




