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Réformes: la vérité, une langue morte?

Le billet de Sophie de Menthon pour la nouvelle année


Réformes: la vérité, une langue morte?
Sophie de Menthon © Eric Fougère

Réformer ou ne pas plaire : telle est la question


Notre incapacité à réformer ne repose-t-elle pas sur un discours de vérité impossible à tenir ? Le choix est simple pour les politiques qui ont, comme tout le monde, une clientèle à satisfaire ; soit vous vendez le produit souhaité par vos clients et vous êtes élu, soit vous leur dites la vérité et vous êtes battu. Si vous êtes élu sur une argumentation « commerciale » vaguement dans la ligne de votre parti, une fois élu, vous aurez le choix entre tenir vos promesses électorales (mission impossible), ou fâcher sérieusement votre électorat. En effet, une fois que vous avez dit à votre clientèle fatiguée par un métier pénible que vous vous battrez pour qu’elle parte à la retraite à 60 ans, allez donc lui expliquer une fois élu, que finalement ce sera à 67 ans (voire 64 ou 62 ans selon le degré de démagogie), et il en est pratiquement de même pour tous les sujets abordés.

Convictions et ambition

La seule solution résiderait dans une action pédagogique désintéressée, réaliste, fondée sur la vérité des chiffres, confirmée par les rapports qui s’accumulent, en impliquant fonctionnaires, écoles et facs… on voit que l’espoir est mince.

Alors, il reste le courage (cherchez la définition dans le dictionnaire !).

Cela dit, une fois n’est pas coutume : on a le droit de faire beaucoup plus confiance aux femmes. Les femmes en général s’engagent non pas seulement pour une ascension professionnelle, mais tout simplement parce qu’elles ont chevillée au corps la certitude d’être plus courageuses que les hommes et de prendre plutôt vite et mieux les bonnes décisions. En atteignant des niveaux élevés dans un parcours politique, elles se focalisent sur l’action à mener, car elles sont programmées dans leur quotidien, dans tous les domaines, pour passer à l’acte. Elles comprennent mal les pudeurs de leurs confrères masculins. « Bon appétit ! messieurs ! ô ministres [inquiets] ! Conseillers [planqués]… […]
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où [la France] agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que gagner [votre mandat sans souci de l’après] ! »

Ruy Blas de Victor Hugo (Acte III, Scène 2)

Les rapports de force entre hommes jalonnent leur parcours professionnel, reléguant leurs convictions derrière leurs élections. Le besoin de reconnaissance hiérarchique, la priorité inconditionnelle de leur égo sur le reste, tracent ce qu’ils appellent fièrement « leur carrière ». C’est ce mal d’égo ou ces mâles égotistes dont souffre notre pays tout entier. Les femmes, en revanche, qui concilient leur vie de femme et leur vie professionnelle, justement fortes de cette double vie, sont là pour réussir ce qu’elles entreprennent.

Procrastination masculine

Les femmes ne sont pas guidées par leur égo, mais par leurs tripes !

En outre, leur intuition prend le pas sur les tergiversations. Plusieurs chercheurs américains ont d’ailleurs découvert que l’intuition n’était pas une invention de baba cool mais bien une extrapolation de l’intelligence ; elle court-circuite les cheminements d’un raisonnement pour arriver droit au but, sans prendre forcément en considération tous les détours de l’analyse, et pourtant à l’arrivée, c’est majoritairement l’intuition qui est la grande gagnante ! Intuition qui fonctionne en ce qui concerne la perception des individus, les chemins à prendre, la prise en compte de ceux dont il faut se méfier, et surtout l’application évidente et naturelle de ce qu’on appelle le « bon sens ».

Il semblerait donc, dans cette période de grande lâcheté que nous vivons, qu’il faudrait peut-être faire majoritairement confiance aux femmes ; non pas pour une énième question de parité, mais bien parce que : non ! « les femmes ne sont pas des hommes comme les autres ». Oui, elles ont besoin d’atteindre l’objectif dont elles sont convaincues et qu’on leur a fixé, c’est pour elles prioritaire. En un mot, elles osent, quitte à en payer le prix. Pendant ce temps, l’homme louvoie, pour attendre le moment opportun pour lui, il procrastine… il est prêt à renier une conviction pour satisfaire un plus puissant que lui utile à sa carrière.

Or, l’état de notre pays et les réformes incontournables que nous avons à mener partout, à chaque instant, dans tous les domaines, nécessitent qu’on se jette à l’eau… La vérité nécessite avant tout l’audace d’affirmer et de tenir bon en ce début d’année de tous les dangers. Une femme forte regarde un défi droit dans les yeux et lui fait un clin d’œil… 




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Chef d'entreprise, présidente du mouvement ETHIC.

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