Le président Emmanuel Macron a dénoncé hier le contenu d’un manuel scolaire de révision du baccalauréat jugé « intolérable » pour avoir déformé les faits du conflit israélo-palestinien et relativisé les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, poussant l’éditeur Hachette à rappeler les exemplaires concernés. « Un manuel de révision du baccalauréat qui falsifie les faits: c’est intolérable », a estimé M. Macron, ajoutant que « le révisionnisme n’a pas sa place en République ». Face à la polémique, la LICRA avait signalé les passages controversés et motivé les excuses publiques et la correction de l’ouvrage par l’éditeur.
Ça ose tout… C’est même à ça qu’on les reconnaît. Bien sûr, en fins connaisseurs d’Audiard que vous êtes, vous aurez immédiatement complété le propos. « Les » mais qui donc sont ces « Les » ? Les cons bien entendu.
En fait vous y êtes presque. Il s’agit bien de cons. Mais en pire, en plus dangereux puisqu’ils appartiennent à cette engeance bien pourrie qui s’immisce un peu partout dans notre société ces temps-ci, les négationnistes-révisionnistes-antisémites.
On les trouve même à la rédaction de manuels de révision pour le bac publiés par une des plus glorieuses enseignes de l’édition française, Hachette pour ne pas la nommer.
L’objet du délit. J’allais écrire l’objet du crime, car, en effet, à ce niveau de mauvaise foi, de malhonnêteté intellectuelle, de falsification du réel, de viol de la vérité, on peut parler de crime. Le manuel en question prétend aborder le conflit israélo-palestinien, en particulier les sinistres événements du 7 octobre 2023. Voilà ce qu’on peut y lire : « En 2023, à la suite de la mort de plus de 1200 colons juifs lors d’une série d’attaques du Hamas, Israël décide de renforcer son blocus économique et d’envahir une grande partie de la bande de Gaza, entraînant une crise humanitaire de grande ampleur dans la région. »
Nous sommes devant une transcription pour le moins militante des faits, qui en douterait ? « La mort (de quoi, d’ailleurs ? d’un coup de chaud concomitamment à l’attaque, sans doute) de plus de 1200 colons juifs, est-il écrit. » Oui, « colons juifs » tient-on à préciser, histoire bien évidemment de laisser entendre que les horreurs, les viols, les tortures subis par ces victimes n’étaient pas si immérités que cela et que ce qui leur a été infligé ne saurait être désigné par les seuls mots qui pourtant conviennent : pogrom, massacre, barbarie…
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On soulignera par ailleurs le peu de souci que le rédacteur a de préciser ce qu’est en réalité le Hamas. À lire ces lignes, quel élève en révision de bac irait de lui-même lui accoler le qualificatif terroriste ? Qualificatif que les instances internationales ont d’ailleurs validé, certaines en traînant quelque peu les pieds, il est vrai.
Pire encore, Israël est ici désigné comme le seul vrai coupable de cette avalanche de drames. Coupable d’avoir décidé (sans vraie raison, par caprice, sous le feu d’un subit délire paranoïaque, peut-être bien ?) « d’envahir une grande partie de la bande de Gaza et d’avoir causé la grande crise humanitaire qui s’en est suivie ».
J’imagine un instant la frustration du pondeur – ou de la pondeuse – de ces lignes, son dépit de n’avoir pas pu aller au bout de son intention, d’avoir dû renoncer à employer le terme de « génocide » ! Il (ou elle) aurait tellement préféré cela ! Mais c’était poussé le bouchon de la haine et du mensonge un peu trop loin tout de même.
Devant un tel déni, une telle manipulation de la réalité, même le président Macron a jugé utile de se cabrer. C’est dire. Il condamne. Avec fermeté. Sa main ne tremblera pas, croit-on comprendre, chaque fois qu’il s’agira de lutter contre l’antisémitisme. Comment le croire, lui qui, plombé de trouille, s’est abstenu de marcher contre cette peste désormais revigorée chez nous, lorsque les présidents des deux chambres parlementaires de la République y appelaient. Allons donc ! Tartuffe un jour, Tartuffe toujours…
Reste la question terrifiante : comment est-il possible que quelqu’un, aujourd’hui, au sein de l’équipe éditoriale d’une maison d’édition – que dis-je ? Une maison d’édition ! Une institution culturelle, un fleuron patrimonial du savoir français – ait pu délibérément écrire une telle foutaise, tant intellectuelle que morale ? Et comment celle-ci a-t-elle pu franchir les étapes de relectures et de corrections sans que personne ne s’avise de la gravité des faits ?
Encore un petit peu de patience, et ils en viendront à nous exposer tranquillement que c’est à la suite d’une malencontreuse et regrettable épidémie de gastro mal soignée que trois ou quatre millions d’êtres humains sont morts à Auschwitz-Birkenau. Ils osent tout, vous dis-je. Et nous n’en sommes probablement qu’au début.
Qu’on ne me dise pas que j’exagère. L’usage ad nauseam du terme génocide pour évoquer ce qui se déroulait à Gaza – si affligeant et douloureux, si triste que cela ait été – avait aussi, en filigrane, pour finalité d’instiller l’intention perverse de donner à penser que, toutes choses étant égales par ailleurs, le génocide, le vrai, le bien réel, celui de la Shoah, n’était finalement pas aussi monstrueux que cela !
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