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Maduro: pourquoi l’opération «Absolute Resolve» était légitime et ce qu’elle signifie

Le récit et l'analyse de Gerald Olivier


Maduro: pourquoi l’opération «Absolute Resolve» était légitime et ce qu’elle signifie
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En droit de se défendre, les États-Unis ont mené l’opération « Absolute Resolve » pour capturer Nicolás Maduro, présenté comme le dirigeant d’un narco-État responsable d’une agression continue contre leur sécurité nationale. Washington justifie ainsi cette action spectaculaire par la légitime défense, après des années d’accusations de narco-terrorisme, de collusion avec des groupes criminels et de déstabilisation volontaire du continent américain. Très critiqué, le président Trump n’a toutefois employé la manière forte qu’après avoir épuisé les autres méthodes, observe Gerald Olivier.


Dans la nuit du 3 janvier 2026 les forces armées des Etats-Unis ont capturé le président du Venezuela Nicolas Maduro, et son épouse Cilia Flores, au cœur de la base militaire qui leur servait de résidence, à Caracas, la capitale du Venezuela. L’opération éclair, baptisée « Absolute Resolve » (Détermination Absolue), a duré moins de cinq heures (de 22h46 à 03h29, EST), a impliqué toutes les composantes des forces armées américaines (Army, Navy, Air Force, Marines) et des membres d’agences fédérales (CIA, FBI, DEA). Elle a mobilisé plus d’une centaine d’appareils, (navires, avions, hélicoptères) nécessité des milliers de participants, dont plusieurs dizaines de combattants de la Force Delta, au sol, pour l’appréhension de Maduro.

L’opération a provoqué une onde de choc à travers le monde et un déferlement d’opinions et analyses. Par-delà la cacophonie des commentaires seules deux choses sont à retenir : un, les Etats-Unis ont agi dans leur droit, deux, le président Trump est décidé à rétablir une suprématie américaine exclusive et incontestée sur le continent américain.

Insolente audace

Dans un premier temps, la complexité de l’opération et l’excellence de son exécution ont impressionné les alliées et surtout les adversaires des Etats-Unis. Jusqu’à l’incrédulité. Il n’y a eu, officiellement, aucune victime côté américain, ni même perte de matériel. Juste quelques blessés et un hélicoptère touché. Alors même que Maduro était retranché dans une base comptant plusieurs périmètres de défense et une garde rapprochée de plusieurs centaines d’hommes armés et entrainés… Et alors même qu’il s’était tourné vers la Chine et la Russie pour renforcer les défenses extérieures de son pays, notamment face à une attaque aérienne….

L’insolente audace du président Trump a également inquiété quelques autres dirigeants, en froid avec les Etats-Unis et en difficulté avec leur propre population, de Téhéran à Rio en passant par La Havane et Bogota… Ces dirigeants ont condamné ce coup de force, parlant de « kidnapping » contraire aux règles du droit international. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres et le président français Emmanuel Macron, ont également condamné l’intervention.  

Leurs lamentations sont néanmoins aussi vaines qu’hypocrites. Maduro lui-même violait le « droit international » en se maintenant par la force et la répression à la présidence du Venezuela après avoir perdu mais « volé » deux élections présidentielles et réduit son peuple à la misère ou à l’exil.  Ni les Etats-Unis, ni l’Union européenne ne le reconnaissaient comme le président légitime du Venezuela depuis 2024. Les Etats-Unis ont agi en lien avec leur conviction. Les Européens n’ont rien fait. Sans, au passage, se soucier du droit des Vénézuéliens, victimes de sa répression. C’est tout le problème ! Le soi-disant « respect du droit international » n’est bien souvent qu’une excuse pour ne rien faire face à tous ceux qui le bafouent ouvertement… Dénoncer l’intervention américaine « Absolute Resolve », après avoir dénoncé l’illégitimité du régime de Maduro, sans avoir osé confronter ce régime c’est le comble de l’hypocrisie et peut-être de la lâcheté…

Donald Trump, lui, a agi. Comme il le fait toujours. Surtout après en avoir brandi la menace. Il a agi en conformité avec la loi et les institutions américaines.

Nicolas Maduro était en effet accusé, par la justice fédérale des Etats-Unis, d’être le parrain d’un réseau de trafic de drogue international. Aux yeux de l’administration américaine, Maduro était, avec d’autres, responsable de la mort de dizaines de milliers de citoyens américains.

Le Cartel de los Soles dans le viseur de la justice américaine

Il était inculpé aux Etats-Unis depuis 2020 et une récompense pouvant atteindre 50 millions de dollars avait été proposée pour toute information menant à sa capture. Les Américains lui reprochent d’avoir organisé et dirigé le « Cartel de los Soles » (Le cartel des soleils) et d’avoir transformé le Venezuela en « narco-Etat » facilitant l’acheminement de cocaïne et de fentanyl – une drogue dévastatrice élaborée à partir de composants fabriqués en Chine, puis acheminés au Venezuela et au Mexique avant d’être assemblés et expédiés frauduleusement aux Etats-Unis – puis d’avoir récupéré les profits de ce trafic pour s’enrichir lui-même, sa famille, ainsi que le premier cercle de ses collaborateurs.

Quatre chefs d’accusations ont été retenus contre Maduro par le district fédéral du sud de New York, dont narco-terrorisme, trafic de drogue, possession d’armes et conspiration pour utiliser ces armes dans la poursuite d’activités liées au narco-terrorisme. Maduro encourt la prison à vie aux Etats-Unis.

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L’acte d’accusation détaille des dizaines d’années d’activités illicites et les liens de Nicolas Maduro avec des groupes terroristes sud-américains, notamment les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) ou l’ELN (Armée de Libération nationale) qui utilisent le trafic de drogue pour financer leurs guérillas. Ces activités ne sont pas nouvelles. Elles remontent au début des années 2000, sous la présidence d’Hugo Chavez, alors que Maduro n’était encore que le ministre des Affaires étrangères du Venezuela. Il utilisait alors les privilèges de sa fonction pour rapatrier les profits de la drogue au Venezuela sous couvert diplomatique et donc à l’insu des services de douane, suspecte la justice américaine. L’acte d’accusation détaille aussi le rôle des principaux collaborateurs de Maduro dans cette organisation, dont celui de l’actuel ministre de l’Intérieur du Venezuela, M. Diosdado Cabello, numéro trois du régime. Enfin, l’acte d’accusation évoque des liens sur plusieurs décennies entre Nicolas Maduro et des cartels de la drogue déjà connus, notamment le Cartel de Sinaloa, et leurs recours à des gangs criminels, tels The Zetas et Tren de Aragua, pour mettre en place et soutenir leurs opérations.

En plus de cela, l’administration Trump accusait le « président » Nicolas Maduro d’avoir, ouvert les prisons de son pays et libéré ses pires criminels pour les expédier aux Etats-Unis, profitant du laxisme de l’administration démocrate en matière d’immigration illégale, afin d’y semer le désordre et la violence. A preuve, la présence de membres du gang Tren de Aragua – gang né dans les prisons du Venezuela – sur le sol américain et les exactions et crimes dont ils ont été coupables ce dernières années. Plusieurs jeunes femmes ont été violées et assassinées ces dernières années aux Etats-Unis par des criminels membres de gangs vénézuéliens entrés clandestinement aux Etats-Unis. Début 2025 le département d’Etat avait d’ailleurs désigné le gang Tren de Aragua et les cartels de la drogue comme des « organisation terroristes », soulignant la gravité de la menace et autorisant l’administration à avoir recours à la force militaire dans sa lutte contre ces organisations.

La fin du chavisme

Avec des milliers de morts, victimes d’overdoses de fentanyl au sein de sa population, et la présence non autorisée de gangs criminels étrangers sur son sol, les Etats-Unis étaient donc légitimement en droit de se considérer comme face à une agression et autorisés à se défendre selon les termes de l’article 51 de la Charte des Nations-Unies. Pour rappel, cet article autorise un Etat à recourir à la force militaire contre un autre en cas de « légitime défense ».  Une « agression continue et documentée » constitue l’un des cas pouvant justifier la légitime défense. C’est exactement ce à quoi les Etats-Unis ont été confrontés pendant des années vis-à-vis du Venezuela de Nicolas Maduro.

La presse bienpensante, avec sa sensibilité de gauche, refuse d’envisager que le « narco-terrorisme » ait pu être une arme de la politique étrangère du Venezuela de Nicolas Maduro. Et pourtant cela a bel et bien été le cas. La « révolution bolivarienne » (du nom de Simon Bolivar, libérateur de l’Amérique Latine du joug espagnol dans les années 1810- 1820) vantée par Hugo Chavez (président du Venezuela de 1999 à sa mort en 2013) et le mouvement « chaviste » qui en est issu, sont bâtis sur une opposition frontale avec les Etats-Unis. Le Venezuela « bolivarien » de Chavez allait remettre « Uncle Sam » à sa place et lui donner des leçons de politique et d’économie. La solidarité allait l’emporter sur le capitalisme.  C’était l’idée du moins.

D’inspiration marxiste-léniniste et anticolonialiste, le « chavisme » ambitionnait rien moins que de mettre à bas l’hégémonie américaine sur le continent. Et tous les moyens étaient bons. Maduro est l’héritier désigné de ce mouvement et il a délibérément et consciemment utilisé tous les moyens à sa disposition. Mais en 2013, quand Maduro succède à Chavez, qui avait fait de lui, simple chauffeur de bus, son héritier désigné, le Venezuela est déjà en ruine. Quarante ans de nationalisation du pétrole et quinze ans de « chavisme » ont détruit les infrastructures industrielles, et fait fuir les élites et les capitaux notamment vers les Etats-Unis. Déstabiliser le grand méchant empire yankee de l’intérieur, et favoriser l’accès de ses adversaires, tels que la Chine, l’Iran, la Russie, ou la Corée du Nord, aux richesses du Venezuela vont devenir les deux priorités de la politique étrangère du régime. Le trafic de drogue, à une heure où les Etats-Unis, en pleine désindustrialisation font face à une épidémie d’addiction aux opioïdes, va être l’arme de cette politique de déstabilisation. Suppléée quelques années plus tard par une invasion migratoire de gangsters et criminels. Tout cela est parfaitement documenté et l’homme qui a orchestré cette politique s’appelle Nicolas Maduro. Attaqués depuis des années, les Etats-Unis étaient en droit de se défendre…

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Et encore, ils n’ont choisi la manière forte qu’après avoir épuisé les autres méthodes. Pour rappel, l’opération Absolute Resolve ne fut ordonnée qu’en dernier recours. Tout au long du printemps 2025 et jusque début décembre le président Trump a offert à Nicolas Maduro la possibilité de quitter le pouvoir de son plein gré. Des discussions ont eu lieu. Richard Grenell, un émissaire spécial nommé par Donald Trump fut dépêché à Caracas, dès la fin janvier, pour négocier la libération d’otages américains détenus par Maduro, et envisager l’avenir. Les Etats-Unis ont également mis à contribution leur envoyé spécial pour l’Amérique latine, Mauricio Claver-Carone, tout au long de l’année. Lindsey Graham, sénateur de Caroline du Sud, a même affirmé que la possibilité d’un exil doré a été offerte à Maduro. Jusqu’à la mi-décembre 2025. Il a refusé. « Maduro pourrait être tranquillement en Turquie aujourd’hui » a dit le sénateur, plutôt qu’en confinement solitaire dans une geôle de New York.

En clair, les Américains ont fait usage de la force militaire – une force massive – uniquement après que les autres tentatives de persuasion aient échoué. La nature même de l’opération et notamment l’importance de l’élément de surprise, empêchaient bien sûr de notifier le Congrès à l’avance, et à fortiori de demander un blanc-seing aux Nations-Unies…

Aussi légitime donc qu’impressionnante, cette opération illustre la détermination de Donald Trump à imposer sa loi sur le continent américain. C’est le message le plus important d’ »Absolute Resolve « ! C’est d’ailleurs le sens littéral de cette expression, « détermination absolue ». Comme c’est écrit dans le document détaillant la Stratégie de Sécurité Nationale – publié fin novembre 2025 – les Etats-Unis entendent à la fois chasser les acteurs « non-hémisphériques » du continent américain, et combattre tout acteur hémisphérique essayant de « semer le chaos » dans la région.  C’est la Chine qui est visée par la première proposition et le Venezuela qui l’était par la seconde.

La doctrine « Donroe »

Donald Trump a remis la fameuse Doctrine Monroe à l’ordre du jour. Datant de 1823, celle-ci affirme la volonté des Etats-Unis de défendre « l’indépendance » des Etats du continent américain, face à toutes velléités coloniales. C’est à l’origine une doctrine anticoloniale qui visait les Européens. Elle a ensuite servi de justification à une ingérence répétée des Etats-Unis dans les affaires intérieures de ces pays et à de multiples déploiements militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes, tout au long du vingtième siècle, avant d’être officiellement abandonnée par l’administration Obama et son secrétaire d’Etat John Kerry en novembre 2013. « L’ère de la doctrine Monroe appartient au passé » avait-il affirmé alors.

A l’évidence, cette ère est de retour. Dès le premier mandat de Trump, le néo-conservateur John Bolton, que Trump avait nommé conseiller à la sécurité nationale, avait évoqué de manière informelle, la persistance de cette doctrine. Donald Trump en a fait désormais un axe officiel et revendiqué de la politique étrangère des Etats-Unis. Le document de stratégie nationale qualifie même de « corollaire Trump » la volonté des Américains d’être à nouveau maître chez eux dans le cadre de l’application de cette doctrine…

De là à penser que les Américains vont attaquer demain la Colombie parce que son président est un révolutionnaire marxiste ; ou envahir Cuba ; voire s’emparer par la force du Groenland, il y a un pas, et même plusieurs, à ne pas franchir pour l’instant. Ces dossiers mijotent. Ils ne sont pas encore « brûlants. » La seule certitude est que l’administration Trump entend repousser la Chine hors du continent américain, pour rétablir la prééminence commerciale et militaire des Etats-Unis dans la région. Cette éviction est en train de se dérouler sous nos yeux. La reprise de contrôle du canal de Panama avec le rachat de ses deux ports d’entrée et de sortie, à des entreprises chinoises au printemps 2025 en a été la première illustration. La reprise en main du Venezuela, inévitable après la chute de Maduro, est une deuxième étape et (pour l’instant) un deuxième succès. Cette étape est toujours en cours et son issue demeure incertaine. La sécurisation du Groenland, enjeu stratégique majeur, sera la troisième étape. Elle viendra une fois la deuxième achevée.

Même si Donald Trump agite beaucoup la menace militaire (avec son habituel esprit de provocation et pour signifier qu’il ne s’interdit aucune option, ce qui est une base lors de toute négociation) il ne s’agira pas d’une opération hostile. Le Groenland appartient au Danemark, allié des Etats-Unis et membre de l’Otan. En revanche, un achat n’est pas à exclure (tout se vend, c’est juste une question de prix !). Et à défaut, un accord de sécurité garantissant aux Américains un accès exclusif à cette terre et aux eaux qui l’entourent, éliminant toute présence russe ou chinoise. Cela mérite des détails. Nous y reviendrons.

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Cet article provient du blog de Gerald Olivier.




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est un journaliste franco-américain, éditeur du blog "France-Amérique, le blog de Gérald Olivier" et auteur en 2013 de "Kennedy le Temps de l'Amérique" aux éditions Jean Picollec

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