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Antisémitisme : aux grands maux les grands mots

L’attentat contre la synagogue de la Grande-Motte a suscité dans la classe politique les habituelles rodomontades, généralement annonciatrices de renoncements. Certes, la gauche et les macronistes, qui ont pactisé avec LFI et pactiseront encore demain si cela sert leurs intérêts, dénoncent sa responsabilité dans la recrudescence des actes antijuifs. Mais tous refusent avec constance de voir que dans une grande partie de la jeunesse musulmane, l’antisémitisme est devenu tendance.


Pour commencer la saison, j’aurais préféré vous entretenir de ce courriel m’annonçant que septembre est « le mois de la prostate », matière à réflexion sur la rage contemporaine de tout montrer qui se déploie paradoxalement derrière l’étendard de la transparence – paradoxalement, car en théorie ce qui est transparent ne se voit pas. Mais me voilà encore une fois requise par un phénomène aussi récurrent à la une des magazines que la misère de l’hôpital public (ou de l’école, ou de l’armée…) : l’antisémitisme. Que dire encore sur la haine des juifs, qui ne l’ait été d’innombrables fois ? Son transfert de l’extrême droite à une frange significative de la société musulmane, le soutien sans participation de l’extrême gauche, le déni de nos dirigeants, l’alibi palestinien, le silence ou l’euphémisation du Parti des médias, l’entourloupe consistant à sonner le tocsin contre l’extrême droite : tout cela est connu de qui veut connaître.

Bien entendu, nous ne verrons rien

On ne sursaute plus quand Gérald Darmanin indique que les actes antisémites ont augmenté de 200 % depuis le 7-Octobre. On devrait pourtant méditer cette funeste contagion qui fait que, quand un juif est frappé quelque part, cela donne envie à certains d’en frapper d’autres. La plupart des êtres humains, doués d’empathie, s’identifient plus volontiers aux victimes qu’aux tortionnaires. Cette définition simple de l’humanité ne fonctionne plus. Pour pas mal de monde, le pogrom du Hamas a agi comme un encouragement, sinon à molester ou tuer des juifs, à les vomir haut et fort, ceci avant que la première balle israélienne ait été tirée. À cela aussi, on s’habitue.

Après l’attentat (raté) du 24 août contre la synagogue de La Grande-Motte, ce qui enrage presque autant que le crime (par chance sans victime, sinon un policier légèrement blessé), c’est le torrent de mots creux qu’il a déclenché. Ainsi a-t-on pu entendre Gabriel Attal déclarer que « s’attaquer à un juif, c’est s’attaquer à la France » (ou à la République, les deux variantes existent), ritournelle psalmodiée après chaque attentat[1]. Tous ces beaux esprits qui ne peuvent pas se passer des juifs, on en pleurerait.

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En décembre 1981 après le coup d’État de Jaruzelski en Pologne, notre ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson faisait scandale en déclarant « Bien entendu nous ne ferons rien ». Cette sincérité un brin cynique est infiniment plus respectable que les « Nous ne céderons pas » de nos dirigeants, vaines rodomontades qui annoncent rituellement de nouveaux renoncements.

Car bien entendu, nous ne ferons rien. Conformément au théorème de Péguy, avant d’agir, il faudrait nommer et avant de nommer, il faudrait voir. Certes du PS au RN, il y a désormais unanimité contre les Insoumis et leur dégoûtante complaisance. Des hiérarques socialistes, écolos et communistes qui se sont acoquinés avec le parti de Rima Hassan ont leurs vapeurs. Ils prennent leurs distances. Au moins le temps de pleurnicher devant les caméras. Quant aux macronistes, maintenant qu’ils ont sauvé quelques dizaines de sièges grâce à leur carnaval antifasciste, ils prétendent désormais sauver leur âme avec des trémolos. Il y a deux mois, pour les uns comme pour les autres, l’antisémitisme n’était pas un motif de rupture, mais un point de détail. On n’a pas oublié.

L’antisémitisme, tendance dans une large partie de la jeunesse

Tous ont ouvert un œil – qu’ils refermeront dès que leurs intérêts électoraux seront en jeu. L’autre reste désespérément clos. Si les Insoumis instrumentalisent les sentiments antijuifs, c’est bien que ces sentiments existent. Où donc, au fait ? On le sait depuis 2002, le feu antisémite couve dans nos territoires perdus, là où les expressions les plus radicales de l’islam sont devenues la culture dominante. Toutes les enquêtes en attestent : pour une grande partie de notre jeunesse musulmane, l’antisémitisme n’est pas honteux, il est tendance. Seulement, pour l’admettre, nos admirables sauveurs de République devraient renoncer à leurs illusions multi-culti et à l’image flatteuse d’eux-mêmes qui va avec. Bien entendu, nous ne verrons rien. On continuera à se raconter des fadaises sur le vivre-ensemble perturbé par une infime minorité qui n’a rien à voir avec l’islam. Et à importer des antisémites au nom des droits de l’Homme.

Le Parti des médias nous enjoindra encore et toujours de regarder ailleurs. Il accueille en fanfare le « roman » d’Aurélien Bellanger. Le gars a dégoté une niche originale dans l’antifascisme. Pour lui, l’urgence, c’est de combattre la (fantomatique) gauche laïque. L’ennemi, c’est Philippe Val, c’est Manuel Valls, et même (la classe) feu Laurent Bouvet, fondateur du Printemps républicain qui ont, accrochez-vous, « réinventé un racisme à gauche ». Son hypothèse est résumée par Le Nouvel Obs : « Et si c’était au cœur de la gauche qu’était né l’esprit réactionnaire et raciste qui menace notre époque. » Tant de sottise laisse sans voix.

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Le 26, pour sa grande rentrée sur France Inter, Sonia Devillers reçoit ce Bellanger en majesté. Deux jours après qu’une synagogue a été attaquée au nom de l’islamo-palestinisme, cet inutile marquis des lettres ose déclarer : « Une islamophobie extrêmement forte travaille la société française. » Ce n’est pas l’islamisme qui travaille la société française, ce n’est pas l’antisémitisme, c’est l’islamophobie. Ravie de la crèche islamo-gauchiste, son interlocutrice ne songe pas à lui rétorquer que l’islamophobie, comme la critique de toute religion, est un droit. Sa bonne volonté progressiste vaudra à notre duo les félicitations de l’ex-CCIF dissous en France pour propagande islamiste.

Le même jour, un ami me raconte que son fils de 9 ans, scolarisé dans le public à Paris 14e, dans un coin plutôt bobo, a compris spontanément, sans la moindre consigne parentale, qu’il devait taire qu’il était juif. Comme son grand-père est un juif turc, le gamin brode sur ses origines turques. Des ondes nationales aux cours de récré, tout le monde a intégré l’avènement de la nouvelle France dont parle Zemmour.

Je n’aurais pas dû. Je me suis surprise à penser tout haut (sur CNews) que je ne finirai peut-être pas ma vie dans mon pays. Il ne s’agit pas d’un choix, encore moins d’une décision, plutôt d’un constat. L’idée qu’un jour, ce ne sera plus tenable. Pour les juifs et, un peu plus tard, pour les autres Français, ceux qui n’ont pas d’Israël. Alors peut-être qu’à quelques-uns, pour rester ensemble et pas trop loin, on fera notre alyah en Italie.


[1] Manuel Valls l’a aussi appliquée aux catholiques après des attentats contre des églises, ce qui est bien le moins.

British lives matter

Instrumentalisées ou non, les émeutes anti-immigration qui ont éclaté en Angleterre cet été ont révélé la détresse économique et sociale d’une classe populaire blanche « invisibilisée » par les élus et les médias. Dans cette société ethniquement cloisonnée, seules les minorités ont le droit de revendiquer leur identité.


Le 29 juillet à Southport, au nord de Liverpool, un inconnu de 17 ans a fait irruption dans des locaux où se tenait un cours de danse pour petites filles. Armé d’un couteau, il en a tué trois, âgées de 6, 7 et 9 ans, et blessé huit autres ainsi que deux adultes, avant d’être maîtrisé par la police. Le lendemain soir a commencé une série d’émeutes qui, pendant huit jours, ont secoué 22 villes en Angleterre et Irlande du Nord, laissant un bilan de 130 policiers blessés, plus de mille arrestations, et pour 300 millions d’euros de dommages. Quatre hôtels hébergeant des migrants ont été attaqués.

La causalité, selon le philosophe écossais David Hume, est le ciment de l’univers. Ce ciment semble plutôt mou quand il s’agit d’expliquer les causes exactes de ces émeutes. D’après le récit officiel du gouvernement et des principaux médias, tout serait parti de fausses rumeurs concernant l’identité de l’auteur du crime, propagées sur les réseaux sociaux par des internautes islamophobes, voire russes. Ces rumeurs ont fourni un prétexte à des groupes d’extrême droite pour descendre dans la rue afin de terroriser musulmans et migrants et en découdre avec la police. Cette demi-vérité tire un voile commode sur les causes sous-jacentes d’une colère populaire réelle et largement partagée, que des voyous ultranationalistes ont pu accaparer. Les commentateurs français ont proposé une autre explication : les Britanniques auraient choisi pour gérer l’immigration un « modèle » dont le nom serait « multiculturalisme » et qui serait « un échec ». Cette interprétation, malgré les assertions erronées qui l’accompagnent souvent sur le rôle de la charia outre-Manche[1], contient, elle aussi, sa part de vérité, mais reste trop abstraite pour nous permettre de comprendre ce qui s’est passé.

Le multicommunautarisme

Le point de départ est moins un modèle qu’une immigration bien différente de celle qu’a connue la France, qui est dominée par des immigrés musulmans d’origine nord-africaine. L’immigration britannique vient principalement du sous-continent indien et comprend non seulement des musulmans, mais des hindous et des sikhs. Comme en France, il y a aussi une immigration de l’Afrique subsaharienne et une autre des Caraïbes. En arrivant sur le territoire anglais, ces groupes, qui ont des identités et des religions bien distinctes, ont eu tendance à s’établir chacun dans des quartiers précis, non pas parce que l’État les y avait installés, mais parce que la tendance des nouveaux arrivants est de rejoindre des compatriotes qui peuvent les accueillir et les guider dans le nouveau pays. En outre, les quartiers voisins sont souvent occupés par les autres groupes ayant des us et coutumes différents. C’est ainsi que des réseaux claniques, notamment le système « biraderi » qui est très fortement ancré au Pakistan, en sont venus à régir la vie des immigrés dans certaines de ces communautés. La dépendance à ces structures est parfois si grande que les liens claniques sont même resserrés par l’installation à l’étranger. Le résultat, dans certaines villes anglaises, est une mosaïque communautaire, même si ces communautés ne sont pas complètement étanches et que beaucoup de personnes issues de l’immigration n’y résident pas ou plus.

La présence des immigrés n’a pas été accueillie avec équanimité par la population autochtone et les émeutes récentes n’ont rien de nouveau. Entre 1958 et 2011, on peut compter au moins une douzaine d’émeutes violentes qui ont jalonné la montée progressive de l’immigration. En outre, des tensions interethniques bouillonnent sous la surface et peuvent exploser. Pendant quelques semaines en 2022, la ville de Leicester a vu des batailles entre hindous et musulmans, inspirées par l’animosité indo-pakistanaise, mais déclenchées par de fausses rumeurs numériques. À Birmingham en 2005, des violences provoquant deux morts ont éclaté entre Noirs et Pakistanais. Le prétexte était encore une fausse rumeur, mais la cause essentielle était la meilleure réussite économique des « Asiatiques » (« Asian » est le terme en anglais pour les immigrés indiens et pakistanais). Ce même conflit s’est invité dans les émeutes de 2011 qui ont fait cinq morts : une violente protestation antipolice de jeunes Noirs s’est transformée en une orgie de pillages dont beaucoup de commerces asiatiques ont fait les frais. Ces tensions interethniques ont été exacerbées par les municipalités qui, allouant des fonds pour des infrastructures, ont involontairement mis les différents groupes en concurrence[2]. Enfin, l’absence d’une laïcité à la française offre aux différentes identités religieuses de la visibilité dans l’espace public.

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C’est ainsi que, depuis les années 1950, des tensions inhérentes à la situation outre-Manche perdurent. Plutôt qu’un succès relatif suivi d’un échec, l’histoire de l’immigration est un tiraillement permanent entre intégration et désagrégation. La tolérance a produit des cas d’intégration réussie, notamment au niveau du gouvernement, mais la peur d’être accusé de racisme a encouragé un laisser-faire excessif dans certaines villes. Ce qui a empiré la situation, c’est la montée de l’idéologie identitaire de gauche qui conforte les communautés cherchant à affirmer leur singularité. Pendant longtemps, les Blancs croyaient pouvoir se dispenser d’une « identité » : ils étaient la majorité, ils incarnaient la norme. Seules les minorités avaient besoin d’une identité. Aujourd’hui, les classes populaires blanches souffrent de cette absence et quand elles veulent affirmer une identité, elles sont qualifiées de « racistes ». Ce qu’elles cherchent, au fond, c’est une reconnaissance qui leur est systématiquement refusée.

À couteaux tirés

Le symptôme le plus évident de ce refus est le déni. Élus et journalistes nient les problèmes de l’immigration et dénient aux Blancs désavantagés jusqu’à la capacité de juger des choses pour eux-mêmes. À Southport, les signes d’une authentique colère populaire ont précédé les violences. Dans la journée du 30 juillet, lors d’une visite de soutien à la ville, le Premier ministre, Keir Starmer, a été accueilli par des huées : « Combien d’autres [victimes] ? », « Nos enfants sont morts et vous vous en allez déjà ? » Son gouvernement, sans doute pour calmer des spéculations sur la possible nature terroriste de la tuerie, a choisi de la situer dans le contexte de l’épidémie actuelle de criminalité à l’arme blanche. Ce faisant, il a contribué à jeter de l’huile sur le feu. En effet, les attaques à l’arme blanche touchent surtout de petites frappes impliquées dans le trafic de drogue. La tuerie de Southport est de nature très différente et se rapproche beaucoup plus du modèle djihadiste : on poignarde un individu ciblé dans la rue ou on tue le plus de personnes possible avant d’être neutralisé. La Grande-Bretagne en a connu plusieurs dans son histoire récente : assassinat et tentative de décapitation d’un soldat en 2013 ; attentats de Westminster et du pont de Londres en 2017, faisant un total de 13 morts ; en 2019, cinq personnes poignardées par un terroriste dont deux mortellement ; l’année suivante, deux victimes poignardées par un autre.

Ce mode opératoire a clairement inspiré d’autres tueurs souffrant plutôt de problèmes mentaux. L’année dernière, à Nottingham, un immigré a poignardé deux étudiants et un homme plus âgé. En juillet cette année, un homme noir a tenté de poignarder un soldat dans la rue pour un motif inconnu. Ces exemples ont poussé le public – et Nigel Farage, le leader de Reform UK – à poser des questions sur la motivation du tueur de Southport ou le modèle qu’il a suivi. La police a annoncé rapidement que ce n’était pas un terroriste, mais la tentative des travaillistes de noyer le poisson islamiste n’a pas berné le public. Une interrogation reste entière : pourquoi l’assassin, d’ascendance rwandaise, a-t-il ciblé un cours de danse fréquenté par des petites filles blanches fans de Taylor Swift ? Quand un député conservateur a été assassiné en 2021 par un djihadiste, les autorités et les médias ont d’abord évoqué les éventuels problèmes psychiatriques du tueur, avant de reconnaître le caractère terroriste du meurtre, pour finalement resituer le crime dans le contexte général de la haine en ligne dirigée contre les élus. Aujourd’hui, les citoyens sont las d’être pris pour des imbéciles.

Manifestation devant le siège du parti de Nigel Farage à Londres, en raison de son rôle présumé dans les émeutes d’extrême droite à travers le Royaume-Uni, 10 août 2024 Tayfun Salci/ZUMA Press Wire/Shutterstock/SIPA

L’impression de déni est renforcée par deux autres éléments. D’abord, les « Asian grooming gangs », ces réseaux d’hommes, majoritairement d’ascendance pakistanaise, qui pratiquent l’exploitation sexuelle de mineures, majoritairement blanches, soumises à des viols collectifs et à des tortures physiques et mentales. La ville de Rotherham, qui a connu des émeutes très violentes après Southport, est aussi celle où, de la fin des années 1980 à 2013, une bande de violeurs a pu opérer en toute impunité, faisant probablement plus de 2 000 victimes. La peur d’être traitées de racistes a paralysé les autorités municipales tandis que la police n’a pas pris l’affaire au sérieux par mépris sexiste envers des filles des classes inférieures. Les procès des coupables sont encore en cours. Mais c’est seulement après la création par le gouvernement d’un groupe de travail spécialisé, en 2023, qu’on a découvert l’ampleur du phénomène. Pourtant, la volonté de le minimiser reste très forte chez certains chercheurs, fonctionnaires, élus et journalistes de gauche. Ensuite, l’action policière durant les émeutes a montré qu’en matière de maintien de l’ordre, il y avait deux poids, deux mesures. En anglais, on dit « two-tier policing » (« à deux niveaux »), ce qui a permis la création d’un surnom qui rime pour Starmer ; « two-tier Keir ». Ainsi, la police semble beaucoup plus indulgente avec les manifestations de minorités (pro-BLM, propalestiniennes…) qu’avec celles qui impliquent majoritairement des Blancs (anticonfinement, anti-immigration…). Bien que justifiée dans une grande mesure, la réponse vigoureuse des autorités cet été ne pourra que renforcer le sentiment d’aliénation qui prévaut dans nombre de quartiers populaires blancs.

Nous voilà bien logés !

Malgré le déni à gauche, de nombreux sondages montrent que pour les Britanniques, l’immigration est la question prioritaire. Le Brexit devait, disait-on, régler ce problème. Or, s’il a arrêté les flux de travailleurs venant de l’UE, ces derniers ont été remplacés, non par des autochtones, mais par une main-d’œuvre importée de pays non européens. Boris Johnson a été élu sur la promesse de réduire considérablement l’immigration d’ouvriers peu ou non qualifiés, aptes à concurrencer les travailleurs britanniques, et de privilégier l’immigration d’ingénieurs ou de chercheurs, capables de contribuer au bien commun. Cette promesse n’a pas été tenue. 83 % de la main-d’œuvre importée continue à être non ou peu qualifiée. La pandémie a renforcé le besoin de salariés sans diplômes (et moins chers que les citoyens britanniques) dans le secteur hospitalier et celui des soins à la personne. Il est clair que les ouvriers britanniques sont défavorisés : 9 % de la force de travail était née à l’étranger en 2004 ; aujourd’hui, le chiffre est monté à 21 %.

On a beaucoup parlé de soldes migratoires record : 745 000 en 2022 et 685 000 en 2023. En réalité, il s’agit pour la vaste majorité de visas temporaires accordés à du personnel soignant non qualifié et aux étudiants, dont l’argent finance le système universitaire d’ailleurs très performant. Des mesures prises par le gouvernement conservateur ont déjà permis de baisser drastiquement (de 80 %) le nombre d’arrivées cette année. Mais le sentiment que les autorités font fi des classes ouvrières britanniques demeure. L’une des cibles principales des émeutes récentes ont été les hôtels où sont logés les migrants illégaux. Il y en a 400 aujourd’hui, tous situés dans des quartiers défavorisés, à un coût de 10 millions d’euros par jour pour le contribuable. Or, le Royaume-Uni souffre actuellement d’une crise du logement très sévère qui est l’une des causes principales de la défaite électorale des conservateurs. La colère dirigée contre les hôtels est inexcusable, mais compréhensible. À sa manière, c’est encore un appel au secours – comme le Brexit – des « déplorables », des « somewhere ». Par leur réponse sécuritaire et répressive, les travaillistes ont réussi à remettre le couvercle sur la cocotte-minute. Il leur faut maintenant convaincre cette population qu’ils ont compris les causes de sa détresse.


[1] « God Save the Charia ? », Causeur, janvier 2017.

[2] « Multiculturalisme britannique : Tea for Too Many », Causeur, janvier 2021.

Le flingueur de la démocratie

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Entre succès populaire des Jeux olympiques et Bérézina politique, les Français sortent d’un étrange été. Le président Macron a crucifié nos institutions, et entame une curieuse cohabitation.


En clôture d’un été olympique, couvercle parfait pour calmer le feu, Michel Barnier a été nommé Premier ministre. Après des européennes remportées par le RN, une dissolution dont on cherche encore les motifs, et des législatives brouillées par la résurrection du front républicain, l’ex-négociateur du Brexit pour l’Union européenne s’est installé à Matignon. Pour combien de temps ? Mystère et boule de gomme, vu que tout dépend de Marine Le Pen. Le jour où son parti censurera la majorité, la confusion repartira de plus belle. Avec son lot de tractations, de bruits de couloir et de têtes d’affiche sorties du chapeau. À l’image de Lucie Castets, étoile filante du Nouveau Front populaire, ou de Thierry Beaudet, président d’un Conseil économique, social et environnemental qui pond des rapports bons à caler les armoires. Pour l’heure, tout le monde s’interroge. Le gouvernement tiendra-t-il ? Le cessez-le-feu acté par Madame Le Pen durera-t-il ? Plombée par son endettement, la France évitera-t-elle la mise sous tutelle du FMI ? Autant de débats qui enflamment les médias tout en épargnant l’artificier en chef du chaos : Emmanuel Macron.

C’est bien connu, quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Telle est la leçon de l’été, où la dégringolade politique fut inversement proportionnelle aux médailles raflées par Léon Marchand. D’un côté, un nageur en or accumulant les titres sous les vivats de la foule ; de l’autre, un président jouant la montre au bord de la piscine, s’abritant derrière l’éclat du champion national. Durant des semaines, le pays a vibré au son d’une Marseillaise recouvrant la sombre vérité : Emmanuel Macron a crucifié nos institutions. Jadis, le président battu devait partir. C’est ce que fait de Gaulle en 1969, démissionnant le soir même de son référendum perdu. Un départ annoncé en deux phrases d’une austérité d’ecclésiaste : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi ». En 1986, Mitterrand est le premier à corrompre l’usage, se maintenant malgré sa défaite aux législatives. Ainsi naît la cohabitation, où Matignon est offert sur un plateau à la majorité contre-présidentielle. Puis cette pratique anti-gaullienne se mue en norme. Par trois fois en onze ans, le président appelle à ses côtés un Premier ministre de l’autre bord – Jacques Chirac, Edouard Balladur et Lionel Jospin. Mieux vaut partager le pouvoir qu’abandonner l’Élysée. Cette année, dans la touffeur de l’été, Emmanuel Macron a inventé une nouvelle pratique : perdre sans cohabiter. Malgré sa déroute aux européennes – dans lesquelles il s’est personnellement engagé –, le fiasco du premier tour des législatives – où son camp était aux abois –, et l’instabilité d’un parlement divisé en trois blocs – avec une Macronie canal historique réduite à peau de chagrin –, il a choisi, non seulement de rester, mais de caster son Premier ministre façon Nouvelle Star. D’Olivier Faure à Bernard Cazeneuve, de Laurent Berger à Xavier Bertrand, tous ont cru poser leurs valises à Matignon. Le chef de l’État, en pleine crise de légitimité, a multiplié les ballons d’essai. Avant d’enchaîner les entretiens tel un banal DRH.

À première vue, les apparences sont sauves. Si les Français ne rêvaient probablement pas de Michel Barnier, son style sans affect, sa sobriété de vieux loup de mer tranchent avec les rodomontades du nouveau monde macronien. Quarante ans après le tournant de la rigueur, place au tournant de la raideur ! Il n’empêche. L’ancien commissaire européen, l’ex-candidat aux primaires de la droite battu par Valérie Pécresse, est le choix d’un président contesté comme jamais. En 1958, de Gaulle voulait une République fondée sur la légitimité du chef. Pas de leader qui tienne sans soutien populaire. En 2024, Emmanuel Macron inaugure une présidence dégagée de cette vieille contrainte du suffrage. Libre de faire comme si les élections n’avaient pas eu lieu. Il n’y a pas si longtemps, on appelait ça pourtant : la démocratie.

Paris d’île en île

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Dans un essai érudit et plein d’esprit, Jacques Damade mène le lecteur à la découverte des îles disparues de Paris. Cette promenade à travers les siècles et l’histoire de notre capitale est un vrai régal.


D’après Jacques Hillairet, fameux historien de Paris, les îles disparues de Paris étaient huit. Fondateur des Éditions La Bibliothèque, Jacques Damade en a exhumé dix – et nous fait le tour du propriétaire. La géographie et l’histoire sont convoquées, la poésie fait des apparitions. L’ensemble est ludique, souriant et plein d’enseignements. Promeneur des deux rives, Damade musarde, guides anciens et cartes oubliées à la main (et caduques, puisque les îles ont disparu).

Souvent, en outre, il adopte le point de vue du piéton de Paris… du XVe, du XVIe, du XVIIe, voire du… XXIe siècle : Damade peut tout faire, il suffit de lui emboîter le pas. Tantôt il s’incarne en tafouilleux (chiffonnier de la Seine), tantôt (entre autres) en « noyé » (Damade peut tout faire).

Dix îles, disions-nous – jusqu’au XVIe siècle pour la plupart. Les voici, nommons-les, c’est un carnet de bal – d’est en ouest, de l’amont à l’aval : l’île Louviers, l’île aux Vaches, l’île Notre-Dame, l’île aux Juifs, l’île à la Gourdaine (rien à voir avec « gourgandine »), l’île du Louvre, l’île aux Treilles, l’île de Seine, l’île Merdeuse, l’île Maquerelle.

Avec l’apparition des ponts et la disparition des îles, l’orientation à Paris se fera de moins en moins d’est en ouest ; de plus en plus en fonction des rives (droite et gauche).

Dix îles qui, pour ne pas arranger notre affaire, ont souvent changé de noms et de formes au gré du temps. Ce qui fait de ce livre rapide, elliptique, une manière d’enquête – ou d’archéologie : où ont-elles disparu ?

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Damade remonte le temps, le cours de la Seine et nous apprend, par exemple, que l’île Merdeuse doit « sans doute » – historien du dimanche (soir), Damade est précautionneux – son nom à un vieil égout « qui longe à ciel ouvert le ruisseau de Ménilmontant » et se jette dans la Seine « à la hauteur de la grille de Chaillot ». Large, « il parcourt la rive droite, recueille les égouts affluents : odeurs aux abords, alluvions à l’embouchure, apparence ocre » – bref, l’île Merdeuse, la plus à l’ouest des îles répertoriées.

Autre exemple où l’onomastique fait signe (et sens) : Maxime du Camp appelle « île des Cygnes » l’île dont le « premier nom était fort irrévérencieux » – « Île Maquerelle » jusqu’au début du règne de Louis XIV. Quant à « l’île aux Juifs » – devenue la place Dauphine – on vous laisse découvrir son lien avec… les Templiers.


Tout au long de cette promenade, l’onomastique joue des tours et un rôle déterminant : les indices sont rares mais existent, alibi et occasion de plonger dans quelques merveilles de bibliophilie, autre tropisme (gourmand) de Damade – tantôt Maxime du Camp, Félix et Louis Lazare, Henri Sauval, tantôt une gravure de Callot, un plan de Jouvin de Rochefort (1674), un paragraphe de Vidal de la Blache (« de Notre-Dame à la place de la Concorde, en passant par le Louvre, se déroulent successivement la gravité du XIIIe siècle, la grâce de la Renaissance, l’élégance du XVIIIe siècle »). L’ensemble est une illustration possible d’un octosyllabe de René Char : « Seules les traces font rêver. »

Les îles disparues de Paris, de Jacques Damade, illustrations d’Angèle Damade, Éditions La Bibliothèque, 2024. 180 pages

L’épopée d’un poète retrouvé

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La découverte de centaines de milliers de vers d’un poète oublié dans son grenier n’est pas chose fréquente. C’est le trésor que recelait la propriété familiale de Ludovic de Parseval qui a ainsi exhumé la vie et l’œuvre de son aïeul, François-Auguste Parseval-Grandmaison, figure littéraire du XIXe siècle.


Il y a deux ans, Ludovic de Parseval m’écrivait à la suite d’un article publié sur mon blog et consacré à la littérature du Premier Empire. Il avait retrouvé dans un tiroir, fermé depuis sept générations, près de cent mille alexandrins originaux de son aïeul, François-Auguste Parseval-Grandmaison. Quel trésor ! car si l’on a certes oublié cet écrivain précurseur, poète impérial membre de l’Académie française, il participa cependant à la campagne d’Égypte, connut Napoléon, correspondit avec Victor Hugo, Delille, Lamartine et Chateaubriand (excusez du peu !). C’est bien l’une de ces cruelles injustices de l’histoire qu’il soit tombé hors de nos souvenirs.

Le jeune Ludovic de Parseval devant la propriété familiale, en 1964

C’est en vain qu’une maison d’édition à pignon sur rue s’intéresserait aujourd’hui au poète ; on remise les vieux livres au grenier comme les vieux meubles, où ils se déprécient. Cela seul eût suffi à décourager tout autre que mon cher correspondant de partager sa trouvaille au public ; heureusement, il est du parti de ces gardiens discrets de notre mémoire commune qui luttent comme des Poilus sur le front pour la sauvegarder : alors, passant outre les dédains des éditeurs, il poursuivit héroïquement son combat en réhabilitation de son ancêtre prestigieux. Mais peut-être que je noircis un peu trop l’époque ? Car il existe encore, Dieu merci, des organisations d’intérêt public chargées de sauvegarder les multiples méandres de notre histoire : je pense ici à la BnF (Parseval-Grandmaison était académicien) ainsi qu’à la Fondation Napoléon, dirigée par Thierry Lentz et présidée par Victor-André Masséna. C’est Pierre Branda en l’occurrence, directeur scientifique de la Fondation, qui accordait à Ludovic de Parseval l’honneur de quelques pages dans la revue de la Fondation, Napoleonica, afin de présenter son ancêtre retrouvé.

Ce travail titanesque pour un novice de non seulement présenter le poète, mais encore de le rétablir dans son contexte – celui du Premier Empire, pris entre l’enclume du classicisme et le marteau du romantisme –, pour le moins difficile en matière de littérature, mon correspondant, humaniste et curieux de tout, l’entreprenait aussitôt. Je l’appuyais de mon aide fort modestement, et, finalement, l’article paraissait au mois de juillet (consultable sur le site en accès libre).

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J’invite chaque passionné d’histoire et de littérature à lire ce grand article disponible en accès libre sur le site de la revue. Ludovic de Parseval décrit avec brio l’aventure qui le poussa à exhumer des vieux tiroirs du château familial les manuscrits inédits de l’académicien ; le lecteur y trouvera que le temps qui nous sépare de Napoléon n’est pas si lointain : le père de Ludovic a connu la petite-fille du poète ! Le lecteur découvrira aussi la vie épique de François-Auguste, né en 1759, rescapé de la Révolution (Le crime en uniforme, en bonnet, en moustache / Moissonnant les humains changeait la faux en hache), qui écrivit sur la chute de Robespierre, Philippe Auguste et la campagne d’Égypte (Et moi qui l’ai suivi, moi qui suis son poète…), passa par Suez, Londres et Paris, bien Français dans son genre se fit tenant du classicisme et conspua le romantisme, tout en composant des merveilles poétiques aux accents irrésistiblement… romantiques (Dans l’océan des airs au milieu des orages, / Nos âmes flotteront vers ces divins rivages / Et peut-être, à jamais unissant notre sort, / Sur le même vaisseau nous surgirons au port). Mais Lamartine n’avait-il pas reconnu lui-même dans Parseval un « précurseur » ? Le jeune Hugo, vainqueur futur d’Hernani, l’écoutait avidement, entouré de Vigny et de Lacretelle ! Le curieux lecteur enfin lira quelques vers inédits des chants sur la campagne d’Égypte : « Mais contre les mutins justement irrités, / Quel Français des tombeaux traverse la cité ? / C’est le vaillant Dupuy ! sa voix commande au Caire, / Intrépide au-devant de la horde sicaire ! », — puis pénétrera dans l’intimité du poète, en découvrant des extraits des mémoires de son fils aîné.


Si la publication de ce long article dans Napoleonica contribue à la réhabilitation de Parseval-Grandmaison dans notre mémoire collective, la quête en ressouvenance de l’Immortel est loin d’être achevée ; le Graal, bien entendu, serait une édition pour le grand public de ses œuvres dans une collection classique. Je sais que son descendant a déjà commencé à transcrire les vers : le travail est titanesque ! J’ai pu moi-même consulter les manuscrits : dans ces brouillons la ponctuation est inexistante, et les ratures anéantissent les pattes de mouche ; mais je connais maintenant la saine opiniâtreté de l’héritier du poète, son caractère infatigable et décidément curieux, et je ne doute plus que bientôt paraîtront des éditions salutaires des poésies parsevaliennes, venues de maisons mécènes consentant à bien vouloir faire perdurer la mémoire d’un temps glorieux pour la France.

« Le temps a passé, écrit dans son article Ludovic de Parseval ; sous une épaisse couche de sable, les mois, les années ont enseveli une œuvre complète, qui aurait mérité une édition de son temps. Le Poème de Bonaparte n’est qu’un aperçu. Tel un grand cru parmi les vieilles bouteilles qu’on exhume de la cave, dont on espère déguster la saveur bonifiée par les ans, tels ressurgissent les poèmes de Parseval-Grandmaison qu’on appréciera avec la même curiosité. Il faut pour s’en convaincre inciter le lecteur à leur redécouverte et rabattre un instant le faisceau lumineux sur ce pan méconnu de la littérature. »

Bruno Le Maire, l’Indéboulonnable

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Le ministre de l’Économie et des Finances a prononcé ce jeudi son discours d’adieu aux fonctionnaires de Bercy. Son bilan après sept ans aux cordons de la bourse du pays est dramatique, mais selon lui, ce n’est pas de sa faute.


Bruno Le Maire, surnommé l’« Indéboulonnable » comme on surnommait Robespierre l’« Incorruptible », pour le plus grand malheur des Français, quitte donc enfin le ministère de l’Économie : l’heure est à la jubilation ! « Je vous aime mais je pars », a déclaré le romancier devant ses troupes, se prenant pour Napoléon à Fontainebleau, avant de citer Michel Sardou (ce doit être le en même temps macronien ; et dire que la Cinquième a connu André Malraux !). On ne s’étendra pas sur ces paroles de politique : le ministre, s’il nous avait aimés un peu plus sincèrement, serait parti un peu plus tôt — « je vous aime, donc je pars », eût été pour le coup une vraie preuve de sa dévotion.

Le vrai Mozart de la finance

Ministre de l’Économie, donc, de 2017 à 2024, l’Indéboulonnable a bien de quoi se rengorger : on a rarement fait pire ; vraiment, il y a quelque chose d’admirable, à se maintenir en poste pendant sept années avec de tels résultats. L’économie n’est pas une science exacte, loin s’en faut, et c’est d’autant plus triste pour notre ministre démissionnaire, qui face à l’évidence en est réduit à expliquer son bilan déplorable par le Covid ou les gilets jaunes, comme un criminel cherche à fléchir le tribunal avec son enfance difficile. Hélas pour lui, les chiffres sont sans appel : la dette publique (brute), qui s’élevait à 2.100 milliards en 2018, soit 89,5% du PIB, monte à 3.160 milliards d’euros au deuxième trimestre 2024 (presque 111% du PIB, soit une augmentation de plus de mille milliards !)1 Pire : le déficit public, entre 2018 et 2023, est passé de 2,5 à 5,5%2 du PIB, et devrait franchir cette année la barre des 5,6%3 ; pour mémoire, l’Union Européenne a fixé à 3% le seuil à ne pas dépasser (!) — d’ailleurs, la Commission a d’ores et déjà engagé contre la France une procédure de déficit excessif… Et ce n’est pas tout : une note de Raul Sampognaro, Mathieu Plane et Xavier Ragot, publiée à l’OFCE le 24 mai 20244, révèle un écart dans le déficit de 40 milliards d’euros chaque année depuis 2017 par rapport à la trajectoire prévue, soit l’équivalent de 1,4 point du PIB !
Le ministère lui-même, c’est dire, a prévenu que le déficit pourrait atteindre 6,2% l’an prochain au lieu des 4,1% rêvés ; et noté ingénument, comme s’il n’y était pour rien, la hausse « extrêmement rapide » des dépenses des collectivités territoriales, dépenses qui « pourraient dégrader les comptes 2024 de 16 milliards d’euros » par rapport à la trajectoire de déficit adressée à la Commission5 : c’est du Mozart dans la gabegie.

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Une politique un peu socialiste, un peu libérale

Même Pierre Moscovici (!) juge « inquiétante » la situation des finances publiques6. Et pour cause ! Le déficit public se trouve six points au-dessus des prévisions, malgré une année 2023 marquée par la fin du « quoi qu’il en coûte ». Le premier président de la Cour des comptes, pas de gauche pour rien, reproche évidemment au ministre d’avoir baissé les impôts, au lieu de les avoir augmentés ; il a tort : même là-dessus, Bruno Le Maire aura eu tout faux. Si en effet certaines recettes ont été « ralenties » en 2023-2024, notamment en matière de TVA et d’impôts sur les sociétés, les impôts sur le capital ont en revanche fortement augmenté, au moins en 2023 (+ 12,8% !), sans parler de la taxe foncière qui « reste dynamique » — pour reprendre la litote magnifique du service public7. En parallèle (car décidément, Bruno Le Maire aura eu vraiment tout faux), les dépenses publiques ont battu des records entre 2018 et 2023 : 100 milliards au total, une bagatelle ! La faute aux prestations sociales (+ 3,3%) et à la hausse des rémunérations des fonctionnaires (+ 4,6%)8 : on s’en serait douté.

Bruno Le Maire a été l’incarnation de la politique socialo-démocrate de la macronie, la plus pure quintessence de cette idéologie qui n’en est pas une, un peu socialiste, un peu libérale, ni l’une ni l’autre, en même temps l’une et l’autre. Toute son économie se sera résumée à une augmentation timide des impôts et des taxes, suivie d’une baisse plus timide encore d’autres impôts et d’autres taxes, mesures prétendument « fortes » devant servir à réguler l’explosion brutale de la dette et du déficit. Le résultat est catastrophique : cinq années de plus et c’était la banqueroute. Bon vent, Monsieur le ministre !


  1. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8210074 ↩︎
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8061907 ↩︎
  3. https://lcp.fr/actualites/deficit-bruno-le-maire-alerte-les-parlementaires-sur-un-derapage-de-16-milliards-d-euros ↩︎
  4. https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/les-crises-expliquent-elles-la-hausse-de-la-dette-publique-en-france/ ↩︎
  5. https://departements.fr/budget-2025-conference-de-presse-de-la-commission-des-finances-du-senat/ ↩︎
  6. https://www.ccomptes.fr/fr/documents/70837 ↩︎
  7. https://www.vie-publique.fr/en-bref/293530-deficit-public-de-la-france-55-du-pib-en-2023 ↩︎
  8. Même lien que le précédent ↩︎

Mélenchon n’a rien inventé…

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Jean-Luc Mélenchon assume et accélère sa stratégie électorale communautariste à destination des « quartiers populaires » (les cités islamisées). François Ruffin, isolé, fait des révélations troublantes. Mais pour l’instant la gauche continue d’avoir peur du chef des Insoumis.


« Sachant que la force de l’affirmation impressionne toujours les têtes molles, il commence par célébrer sa victoire électorale relative comme une victoire totale et définitive ». Considérant le flot de rodomontades dont nous abreuvent M. Mélenchon et ses affidés LFI-NFP depuis le second tour des dernières élections législatives, on pourrait penser que ce commentaire porte effectivement sur la stratégie de communication politique que ceux-là ont adoptée dans la foulée. Dès le soir du scrutin, le chef des chefs, Mélenchon, criait victoire, proclamait être le grand vainqueur de ces élections, le seul, exigeant sans vergogne que soit mis en place immédiatement « le programme, rien que le programme, tout le programme ». Le sien, évidemment. Depuis, cet accommodement plutôt culotté avec la réalité nous est asséné à chaque prise de parole des uns et des autres de ce camp-là. Or, dans une large partie de l’opinion, l’enfumage opère, tant il est vrai que les têtes molles y sont nombreuses. Passons.

Discours durs et têtes molles

On serait tenté de voir dans la citation rapportée plus-haut, disais-je, un commentaire de la vantardise post-électorale du grand faiseur Mélenchon. Il n’en est rien. Son ego dût-il en souffrir, il n’a rien inventé. Il ne fait même que mettre ses pas dans ceux d’un illustre prédécesseur. Illustre mais ô combien haïssable.

Ce prédécesseur n’est autre, mesdames, messieurs (ici, un roulement de tambour serait bien venu) que l’abject Adolf Hitler en personne, qui usa du même faux semblant, de la même imposture à la suite des élections législatives de novembre 1932. Le commentaire que je cite est d’André François-Poncet qui fut ambassadeur de France à Berlin de septembre 1931 à octobre 1938. (Cf. Son remarquable livre Souvenirs d’une ambassade à Berlin, Flammarion, 1946.)

A lire aussi: Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

Les grandes têtes molles auxquelles il est fait référence désigne ici, évidemment, la pléthorique cohorte des fausses élites et vrais lâches qui ont avalé la couleuvre sans s’opposer, sans se révolter, sans même vraiment sourciller, laissant ainsi l’Adolf accéder au pouvoir.

Aujourd’hui comme hier, les têtes molles ne manquent pas. Parmi les élites comme ailleurs. Chaque jour nous les trouvons à l’œuvre. Nous les voyons ramper, embarquées qu’elles sont dans une fangeuse soumission. Les preuves ne manquent pas au dossier, hélas. Un seul exemple, récent, affligeant : en plein Paris, hauts parleurs à fond, on peut aujourd’hui prêcher l’intifada sans être jeté sur le champ en prison. Juste une question pour rire (ou pas) : pourrait-on prêcher la Croisade en plein Téhéran, au cœur de Kaboul, tout aussi impunément ? Certes non. Il est vrai que chez les ennemis de notre civilisation – car ils sont bel et bien nos ennemis jurés – ceux qu’on pourrait qualifier de têtes molles[1] n’ont guère droit de cité.

François Ruffin désormais comparé à Doriot par LFI

Les mots droit et cité m’étant venus, l’enchaînement est tout trouvé avec les révélations de François Ruffin, lui-même LFI (on n’est jamais trahi que par les siens) portant sur la scandaleuse stratégie électoraliste mélenchonienne mise en pratique dans les quartiers, les cités, où tous n’auraient pas droit au même traitement. Il y aurait les bons profils et les moins bons profils. Bref, on procéderait au gré d’une sélection au faciès. Rien que cela ! Le sacro-saint principe d’égalité citoyenne foulé au pied, jeté à la poubelle. Le droit à la bonne parole sous condition d’éligibilité au faciès. Et probablement suspicion de « délit de sale gueule » pour les autres ? Ignoble ! Pourquoi ne pas préconiser pour ces autres-là, les exclus, les discriminés, les ostracisés le port d’un signe distinctif, je vous laisse imaginer lequel ? Voilà qui faciliterait grandement le racolage. Là encore, on attend la révolte, la condamnation sans atermoiement, le rejet sans appel des têtes molles, ces égarés du pot-pourri NFP, transfuges d’un PS en coma dépassé, écologistes en phase terminale de pollution dogmatique. On les attend, on guette leur réaction. Rupture or not rupture ? Courage or not courage ? Dignité or not dignité ?

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Donc, sélection au faciès ! là encore Mélenchon n’a rien inventé. On le sait. Il n’empêche, une ligne rouge est franchie. Une sacrée ligne rouge ! Le masque tombe, d’autant qu’un aveu – tout aussi sidérant – vient en rajouter. Lors de la manifestation – plutôt faiblarde – du week-end dernier, on a pu entendre l’Insoumis en chef donner ses directives à quelques ouailles ébahies : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Là se trouve la masse des gens qui ont intérêt à une politique de gauche. Tout le reste on perd son temps. » Oui, les mots sont bien ceux-là : «  Tout le reste on perd son temps. » En d’autres termes, les sans dents d’ailleurs, ceux des bourgs et des campagnes peuvent bien crever ! Qu’en pense M. Hollande, élu des terroirs corréziens ? Que disent les prétendus héritiers des Jaurès, des Blum face à une politique si clairement, si éhontément revendiquée communautariste ! On espère une saine révolte. Quelque chose comme une tribune dans leurs médias de révérence, Libération, Le Monde…. Pour l’instant, rien. Mais peut-être n’ont-ils pas entendu cette énormité ?

Tête molle et dure d’oreille. Décidément, la gauche française est fort mal en point.  


Elisabeth Lévy, ce matin sur Sud Radio : « LFI fait du racialisme »

Retrouvez Elisabeth dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin.

[1] L’expression Têtes Molles est due au poète Lautréamont : « Depuis Racine la poésie n’a pas progressé d’un millimètre, écrit-il. Elle a reculé. Grâce à qui ? Aux Grandes Têtes Molles de notre époque. » Et de classer parmi celles-ci : Lamartine, Hugo, Musset « métamorphosés volontairement en femmelettes. »

Bientôt le 7 octobre…

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Alors que la date anniversaire du terrible pogrom perpétré par le Hamas en Israël se rapproche, on laisse en France un islamiste appeler à l’intifada dans les rues de Paris, et les thèses douteuses des livres de Didier Fassin ou d’Aurélien Bellanger rencontrent un certain écho.


En Israël, beaucoup de familles d’otages récusent les cérémonies officielles, d’autant qu’elles ont été confiées à Miri Regev, une des ministres les plus critiquées du gouvernement. La colère gronde contre les autorités, mais il y a un point sur lequel tous, hormis quelques hurluberlus angéliques, sont d’accord: avec le Hamas, une paix réelle n’est pas envisageable. En France la situation sera bien différente. Nous allons commémorer le 7 octobre dans une infinie tristesse. Quelques-uns, très peu – espérons-le sans en être sûrs – vont le commémorer avec enthousiasme… Mais, surtout, un certain nombre préfèreront l’expurger de leur mémoire pour se concentrer sur la suite, dès le 8 octobre, premier jour de la riposte israélienne, premier jour de la réaction antisémite dans le monde, premier jour d’effacement et de substitution victimaire, premier jour de contextualisation et de banalisation de ces massacres du 7 octobre qui ont, eux, un vrai caractère génocidaire. Cette mise à l’écart se déploie sous des formes variées. En voici trois exemples récents.

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LFI et Elias d’Imzalène dans les rues

Dans une manifestation dimanche 8 septembre, un orateur appelle, sur la Place de la Nation à Paris, à une intifada en France. L’intifada, chacun sait ce que cela signifie… M. Elias d’Imzalène, alias El Yess Zarelli, c’est la version en Frère Musulman de ces prédicateurs qui incitaient les chrétiens à massacrer les Juifs à Séville, à Cordoue, à Barcelone ou à Lisbonne… Aussi fiché S qu’il soit, cela fait des années qu’il vocifère et exige pour les musulmans de France l’application de la charia à la place de l’ignoble, impie et islamophobe législation de la République française. Il est apprécié par la Turquie grâce à laquelle il a expliqué au Parlement européen tout le mal qu’il pensait de la France, dont il est citoyen. Bien entendu, il a ses amis à LFI, tels Ersilia Soudais, Thomas Portes ou Rima Hassan. L’homme est un chauffeur de foules islamisées, mais son discours est trop fruste et brutal pour attirer les islamo-gauchistes, c’est-à-dire ces intellectuels qui prétendent que l’islamo-gauchisme n’existe pas.

Aurélien Bellanger et Didier Fassin dans les librairies

Pour eux, en cette veille de commémoration, on publie des livres. Il y a par exemple celui d’Aurélien Bellanger, Les derniers jours du Parti socialiste. Dans ce roman, l’auteur prétend que la notion d’islamo-gauchisme provient d’un complot du mouvement le Printemps Républicain, qui sous couvert de laïcité aurait cherché à détruire le Parti Socialiste au profit de l’extrême droite. L’imbécillité de la thèse et la lourdeur de l’écriture n’ont pas empêché la mise en valeur du livre par les médias dits progressistes. Sa sortie, le jour même de l’attentat contre la synagogue de la grande Motte, a servi de sinistre rappel que les motifs à l’islamismophobie n’étaient pas entièrement fictifs.

A lire aussi, Didier Desrimais: Aurélien Bellanger, dhimmi en chef

Mais pour les israélophobes de niveau intellectuel plus élevé, il y a aussi le tout nouveau livre de Didier Fassin, professeur au Collège de France. Ce médecin est devenu sociologue car il était sensible aux inégalités en matière d’accès aux soins et d’exposition aux maladies des patients suivant leur origine. Je ne suis pas sûr qu’il ait été le premier à faire ce triste constat, d’ailleurs plutôt moins vrai en France que dans d’autres pays où il a travaillé. C’est aux États-Unis qu’il a surtout enseigné, là où l’histoire de l’esclavage et du racisme anti-noirs a laissé des marques proéminentes. Il en a ramené l’interprétation universitaire à la mode, le wokisme avec intersectionnalité des luttes, un militantisme qui se prétend scientifique. Avec un réel talent pour conceptualiser ces théories et pour dénigrer ceux qui n’y croient pas, il cherche à tenir le rôle d’imperium sur la bonne-pensance soi-disant scientifique qui fut dans le passé celui de ses prédécesseurs marxistes. Il considère qu’une analyse qui ne fait pas de la racialisation et de la césure irrémédiable entre dominants et victimes des déterminants essentiels de l’explication des faits ne peut être que réactionnaire et hypocrite. Les rôles sont assignés et on ne s’étonnera pas de retrouver les toujours colonisés d’un côté et les toujours colonisateurs de l’autre. Pour résumer, la conception de la vérité politique de Didier Fassin, aujourd’hui au sommet du prestige universitaire français, c’est celle du comité Adama.

Pour les événements du 7 octobre, il a bien parlé d’incursion meurtrière et même de crimes de guerre, mais pas plus. Il a récusé le terrorisme mais a insisté pour le contextualiser. Il a été bien plus précis et virulent sur la réaction israélienne, qu’il a très vite qualifiée de génocidaire. Eva Illouz, Bruno Karsenti et plusieurs sociologues qu’on ne peut vraiment pas positionner à l’extrême droite ont vigoureusement démonté ses assertions très approximatives. Il a en particulier comparé les actions des Israéliens envers les Gazaouis à celles des Allemands envers les peuples Hereros du Sud-Ouest africain au début du XXe siècle, un génocide dont le prétexte avait été un massacre de soldats allemands. Joel Kotek, l’un des rares experts de ce génocide, a démoli cette comparaison de façon très convaincante. Le professeur au Collège de France a donc été pris plusieurs fois à bidouiller les faits pour qu’ils agréent à son idéologie, qui est celle d’un tiers-mondiste à sympathies mélenchoniennes, idéologie parfaitement légitime, à condition de ne pas l’affubler d’une prétendue scientificité. 

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Le dernier livre de Didier Fassin vient de sortir. Il s’appelle Une Etrange défaite, titre outrageusement emprunté à Marc Bloch : la défaite en question, qui serait la plus grande défaite morale de l’Occident depuis la guerre mondiale, c’est l’abdication devant le désastre provoqué par Israël à Gaza. Les massacres du 7 octobre sont donc sans importance, la prise d’otages non plus. L’idéologie du Hamas, son passé de meurtres et sa charte exterminatrice, son choix délibéré de prendre la population civile comme bouclier pour diaboliser l’adversaire, tout cela ne compte pas. C’est comme si en 1945, on avait au nom de la morale, lancé l’opprobre sur les Alliés parce qu’ils détruisaient l’Allemagne sans prendre en compte ce qu’était l’ennemi nazi…

Les crimes contre des populations ont été nombreux depuis 1945 et la volonté d’ignorance les a souvent accompagnés. Les cent millions de morts lors du Grand Bond en avant maoïste, le million de victimes du génocide des Tutsi, le génocide des yezidis, les massacres du Darfour, la Tchétchénie, les Rohingyas, le Tibet et les Ouïgours,  les 500 000 morts de Syrie, la liste ne s’arrête pas là…

Le drame que vivent les Gazaouis est réel: il est avant tout dû à la guerre sans merci qu’a choisie de livrer contre Israël le Hamas qui est leur gouvernement. Il faut malheureusement constater que pour Didier Fassin et ses émules, la seule faute morale inexcusable c’est de permettre à l’État d’Israël de se défendre comme il le peut.

Lui qui se voit l’héritier du grand intellectuel que fut Michel Foucault, vient de le rejoindre sur un point au moins, celui de la débilité politique: Foucault avait accueilli avec enthousiasme les Khmers rouges puis l’ayatollah Khomeini…

Les Derniers Jours du Parti socialiste

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Retrouvez Richard Prasquier au micro de Radio J

LFI: une seule solution, la dissolution!

Le président d’Avocats sans frontières demande l’interdiction de la France insoumise


Contre LFI, une seule solution : la dissolution ! Je sais, c’est gros. Gros comme un parti politique représenté à l’Assemblée nationale. Mais deux vérités juridiques autant que politiques s’imposent si l’on veut s’extraire du carcan psychologique de notre conditionnement médiatique.

Première vérité : si un parti très à droite utilisait la même phraséologie antisémite et violente que la France insoumise, parti quant à lui situé à l’extrême gauche, il aurait été dissous depuis longtemps et n’aurait, par voie de conséquence, pas pu présenter de candidats. Il faut y voir, bien sûr, le bouclier protecteur de ce que j’ai nommé le « privilège rouge ». Un privilège tellement exorbitant que si on n’hésite pas à situer le Rassemblement national à l’extrême droite malgré son recentrage, on s’interdit de placer la France insoumise à l’extrême gauche, malgré sa radicalisation.

Rima Hassan, Paris, 30 avril 2024 © SEVGI/SIPA

Seconde vérité : à quoi sert l’arme juridique de la dissolution dès lors qu’on n’ose pas l’employer contre la plus dangereuse des entités ? Sauf à dire que, lorsque celle-ci est trop grosse, elle ne peut plus tomber, à l’instar des grandes banques prises en flagrant délit de faillite frauduleuse, dont les Anglo-Saxons disent qu’elles sont « too big to fail ».

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Nul ne sait plus que votre serviteur combien demander la dissolution des Insoumis est irréaliste et candide. Mais mon goût pour l’équité me commande de la réclamer par principe moral et juridique.

Comment accepter qu’un Thomas Portes, député insoumis, appelle à l’action populaire contre les athlètes israéliens en pleins Jeux olympiques ?

Comment accepter qu’une Mathilde Panot, députée insoumise, ose encore jeter le discrédit contre les policiers mis en cause dans l’affaire Adama Traoré, ce délinquant peint en martyr, alors que lesdits policiers ont été innocentés ?

Comment accepter qu’une Ersilia Soudais, députée insoumise, dont la sottise ne vaut pas excuse, accueille en héros un Salah Hamouri condamné pour avoir tenté d’assassiner un rabbin ?

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Comment accepter qu’une Rima Hassan, élue insoumise au Parlement européen, puisse participer en Jordanie à une manifestation pro-Hamas, sous les bannières de l’organisation terroriste et au milieu d’incantations en hommage à son défunt chef ?

Un parti politique qui ne met aucun frein à de telles sorties de route n’est pas digne d’exister dans un régime démocratique. Sauf que l’impunité politique, médiatique et juridique dont il jouit, pour cause non seulement de privilège, mais aussi parce qu’il représente désormais, par sa radicalité identitaire, la frange la plus extrême de la population, et qu’il fait tout pour importer de gré ou de force toujours plus d’extrémistes, prouve que nous ne vivons plus dans un régime démocratique.

Nul ne se hasardera à la demander. Raison de plus pour la proposer. Pas seulement pour l’honneur, mais pour prendre date. La France insoumise n’est pas un parti démocratique. Il est temps d’en tirer les conséquences.

Ma vie après l’Assemblée

Résistance, volonté, travail, courage : l’été à Béziers n’a cessé de me confronter à des êtres incarnant pleinement et merveilleusement ces qualités. Comme pour mieux me rappeler leur pendant : humilité et force morale. Enseignements d’une défaite en politique.


Liberté

L’été a très mal commencé pour moi. Avec une sévère défaite aux élections législatives. Pas vraiment anticipée, pour être honnête. L’échec a été difficile à avaler. Face à cela, j’avais deux solutions. Non, en fait, il n’y en avait qu’une : se remettre en selle immédiatement. C’est ce que j’ai tenté de faire en repartant travailler à la mairie de Béziers dès 7 h 30 le lendemain matin. En dressant la liste des dossiers importants que je gérais en tant que député. Et que je continuerai à suivre en tant que conseillère municipale. Ne jamais se résigner.

Je refuse de me laisser envahir par l’amertume. J’aime ma ville et les Biterrois. Je continuerai à travailler pour eux. Différemment. Et même si le sentiment d’injustice continue de temps en temps à pointer le bout de son nez, le travail guérit de tout… Plus qu’une chose à faire : savourer pleinement – une fois n’est pas coutume – l’été biterrois. Avec quelques points d’orgue. Et un sentiment de liberté retrouvée.

Résistance

Raimond Trencavel le premier est venu me faire la leçon. Huit siècles plus tard ! En 1209, le vicomte et sa famille règnent sur Béziers, dans un esprit de tolérance peu commun à cette époque – et probablement à la nôtre encore. Alors qu’ils sont souvent persécutés ailleurs, les juifs participent à l’administration de la ville et vivent en bonne entente avec l’ensemble de la population. De même, les cathares, cette minorité pacifique qui a fait sécession avec l’Église, est protégée. Ce n’est du goût ni du roi de France ni du pape de l’époque. Les deux vont donc s’entendre pour réduire à néant cette anomalie, ce Béziers trop libre qui pourrait faire des émules.

A lire aussi : Otages, ô désespoir

Le 22 juillet 1209, c’est l’invasion. Des milliers de Biterrois sont massacrés. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit Simon de Monfort, le prélat du pape, chef de la croisade. Béziers n’est plus qu’un immense hurlement. Une plaie béante. Trencavel est bouleversé. Et décide de défendre ce qu’il est encore possible de défendre. Mais l’ennemi est plus fort. Trencavel, réfugié dans sa citadelle de Carcassonne, est capturé. Débute alors son martyre. Il faut tuer le symbole qu’il est devenu. Il est jeté dans un ignoble trou infesté de vermines. On l’y laissera pourrir, sans aucune pitié. La loi du roi de France règne désormais en Languedoc.

Huit siècles plus tard, justice lui est enfin rendue dans notre ville : une statue de plus de trois mètres de haut de notre ancêtre commun vient d’être érigée en ce mois de juillet, juste à côté de la cathédrale, abritée par les arbres lui offrant une ombre bienvenue en ces chaleurs estivales. Et surtout, nous rappelant que nous sommes les héritiers de cette épopée unique, exceptionnelle et que nous devons en être dignes. Une leçon de courage à méditer…

Jeux olympiques

Non, je ne vous parlerai pas de la cérémonie d’ouverture. Tout a été dit ou presque. On les a tous entendus. Ceux qui l’ont trouvée choquante ; ceux qui l’ont trouvée formidable ; et même ceux qui y ont vu la marque de satan, c’est vous dire… Comme j’ai décidé d’être positive, je ne me souviendrai que de la ferveur du public, de La Marseillaise entonnée à chaque instant, des drapeaux bleu, blanc, rouge agités pour encourager nos sportifs. Et puis, des exploits de Léon Marchand (gageons que son prénom se hissera très vite dans le top 10 des nouveau-nés à venir), des essais d’Antoine Dupont, des médailles d’or homériques de Teddy Riner ou encore des performances de Félix Lebrun… Je suis injuste pour tous nos autres athlètes, mais ils me pardonneront : la moisson a été plus que fructueuse et c’est tant mieux !

Art équestre

Devenu rendez-vous incontournable de l’été à Béziers, nous accueillons chaque année avec un immense plaisir les Folies Gruss. Et pour deux mois. Quel talent ! Quel travail aussi… C’est la première fois que le spectacle sera présenté sans Alexis, le patriarche parti en avril dernier. Stéphane, Maud et Firmin, ses trois enfants, sont là. La conférence de presse déborde d’émotion. Quand les mots se font difficiles pour l’un, un autre prend le relais. Une vraie famille. Qui sait, elle aussi, résister à l’air du temps…

Feria

Pas d’été à Béziers sans sa feria. Cinq jours de fête non-stop, du matin jusque tard dans la nuit. Qui n’a pas vécu sa feria n’est pas un vrai Biterrois. Elle commence par une messe dans les arènes, qui a réuni 6 500 personnes cette année ! Ce qui n’empêche pas les râleurs de service de tempêter comme chaque fois contre le sacro-saint principe de laïcité qui ne serait pas respecté… Chez nous, on les appelle les « anti-tout ». Anti-chasse, anti-corrida, anti-crèche de Noël, anti-messe dans les arènes : le spectre est large et ils n’abandonnent jamais. Nous non plus…

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Léa

Qui dit feria dit corrida. Dans les arènes, nous croisons Gaël Tchakaloff, qui vient d’écrire un livre sur Léa Vicens, superbe torero à cheval qui a une nouvelle fois triomphé chez nous. L’écrivain a suivi durant un an cette femme hors norme, qui a su, seule, se faire une place dans un monde totalement masculin – on peut dire machiste – et qui ne lui fait pas de cadeau. Où l’on découvre – ou redécouvre – les efforts, la volonté, le courage, la quantité de travail incroyable qu’il lui a fallu fournir pour arriver à ce résultat exceptionnel. Un livre d’autant plus intéressant que Gaël Tchakaloff le dit d’entrée : la corrida lui fait horreur. Ancien matador, devenu banderillero avec Léa Vicens, José Maria résume : « L’art tauromachique inculque la force d’âme. La corrida défend le courage, l’honnêteté, la franchise, la persévérance, le don de soi, l’éthique, le respect de l’autre, de l’animal et de la nature. » Il faudrait peut-être rendre la corrida obligatoire…

Premier ministre

Pendant ce temps, le feuilleton politique de l’été se poursuit. À l’heure où je boucle cette chronique, Emmanuel Macron prend son temps. Et consulte toujours. Je repense à la vie hors norme, exceptionnelle de nos champions olympiques, de la famille Gruss, de Léa Vicens. Et si on invitait le président de la République à venir à Béziers ?

La vie à mort

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Antisémitisme : aux grands maux les grands mots

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Gabriel Attal et Gérald Darmanin à La Grande-Motte, après l'attaque terroriste contre la synagogue de la ville, 24 août 2024 © ville de La Grande Motte

L’attentat contre la synagogue de la Grande-Motte a suscité dans la classe politique les habituelles rodomontades, généralement annonciatrices de renoncements. Certes, la gauche et les macronistes, qui ont pactisé avec LFI et pactiseront encore demain si cela sert leurs intérêts, dénoncent sa responsabilité dans la recrudescence des actes antijuifs. Mais tous refusent avec constance de voir que dans une grande partie de la jeunesse musulmane, l’antisémitisme est devenu tendance.


Pour commencer la saison, j’aurais préféré vous entretenir de ce courriel m’annonçant que septembre est « le mois de la prostate », matière à réflexion sur la rage contemporaine de tout montrer qui se déploie paradoxalement derrière l’étendard de la transparence – paradoxalement, car en théorie ce qui est transparent ne se voit pas. Mais me voilà encore une fois requise par un phénomène aussi récurrent à la une des magazines que la misère de l’hôpital public (ou de l’école, ou de l’armée…) : l’antisémitisme. Que dire encore sur la haine des juifs, qui ne l’ait été d’innombrables fois ? Son transfert de l’extrême droite à une frange significative de la société musulmane, le soutien sans participation de l’extrême gauche, le déni de nos dirigeants, l’alibi palestinien, le silence ou l’euphémisation du Parti des médias, l’entourloupe consistant à sonner le tocsin contre l’extrême droite : tout cela est connu de qui veut connaître.

Bien entendu, nous ne verrons rien

On ne sursaute plus quand Gérald Darmanin indique que les actes antisémites ont augmenté de 200 % depuis le 7-Octobre. On devrait pourtant méditer cette funeste contagion qui fait que, quand un juif est frappé quelque part, cela donne envie à certains d’en frapper d’autres. La plupart des êtres humains, doués d’empathie, s’identifient plus volontiers aux victimes qu’aux tortionnaires. Cette définition simple de l’humanité ne fonctionne plus. Pour pas mal de monde, le pogrom du Hamas a agi comme un encouragement, sinon à molester ou tuer des juifs, à les vomir haut et fort, ceci avant que la première balle israélienne ait été tirée. À cela aussi, on s’habitue.

Après l’attentat (raté) du 24 août contre la synagogue de La Grande-Motte, ce qui enrage presque autant que le crime (par chance sans victime, sinon un policier légèrement blessé), c’est le torrent de mots creux qu’il a déclenché. Ainsi a-t-on pu entendre Gabriel Attal déclarer que « s’attaquer à un juif, c’est s’attaquer à la France » (ou à la République, les deux variantes existent), ritournelle psalmodiée après chaque attentat[1]. Tous ces beaux esprits qui ne peuvent pas se passer des juifs, on en pleurerait.

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En décembre 1981 après le coup d’État de Jaruzelski en Pologne, notre ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson faisait scandale en déclarant « Bien entendu nous ne ferons rien ». Cette sincérité un brin cynique est infiniment plus respectable que les « Nous ne céderons pas » de nos dirigeants, vaines rodomontades qui annoncent rituellement de nouveaux renoncements.

Car bien entendu, nous ne ferons rien. Conformément au théorème de Péguy, avant d’agir, il faudrait nommer et avant de nommer, il faudrait voir. Certes du PS au RN, il y a désormais unanimité contre les Insoumis et leur dégoûtante complaisance. Des hiérarques socialistes, écolos et communistes qui se sont acoquinés avec le parti de Rima Hassan ont leurs vapeurs. Ils prennent leurs distances. Au moins le temps de pleurnicher devant les caméras. Quant aux macronistes, maintenant qu’ils ont sauvé quelques dizaines de sièges grâce à leur carnaval antifasciste, ils prétendent désormais sauver leur âme avec des trémolos. Il y a deux mois, pour les uns comme pour les autres, l’antisémitisme n’était pas un motif de rupture, mais un point de détail. On n’a pas oublié.

L’antisémitisme, tendance dans une large partie de la jeunesse

Tous ont ouvert un œil – qu’ils refermeront dès que leurs intérêts électoraux seront en jeu. L’autre reste désespérément clos. Si les Insoumis instrumentalisent les sentiments antijuifs, c’est bien que ces sentiments existent. Où donc, au fait ? On le sait depuis 2002, le feu antisémite couve dans nos territoires perdus, là où les expressions les plus radicales de l’islam sont devenues la culture dominante. Toutes les enquêtes en attestent : pour une grande partie de notre jeunesse musulmane, l’antisémitisme n’est pas honteux, il est tendance. Seulement, pour l’admettre, nos admirables sauveurs de République devraient renoncer à leurs illusions multi-culti et à l’image flatteuse d’eux-mêmes qui va avec. Bien entendu, nous ne verrons rien. On continuera à se raconter des fadaises sur le vivre-ensemble perturbé par une infime minorité qui n’a rien à voir avec l’islam. Et à importer des antisémites au nom des droits de l’Homme.

Le Parti des médias nous enjoindra encore et toujours de regarder ailleurs. Il accueille en fanfare le « roman » d’Aurélien Bellanger. Le gars a dégoté une niche originale dans l’antifascisme. Pour lui, l’urgence, c’est de combattre la (fantomatique) gauche laïque. L’ennemi, c’est Philippe Val, c’est Manuel Valls, et même (la classe) feu Laurent Bouvet, fondateur du Printemps républicain qui ont, accrochez-vous, « réinventé un racisme à gauche ». Son hypothèse est résumée par Le Nouvel Obs : « Et si c’était au cœur de la gauche qu’était né l’esprit réactionnaire et raciste qui menace notre époque. » Tant de sottise laisse sans voix.

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Le 26, pour sa grande rentrée sur France Inter, Sonia Devillers reçoit ce Bellanger en majesté. Deux jours après qu’une synagogue a été attaquée au nom de l’islamo-palestinisme, cet inutile marquis des lettres ose déclarer : « Une islamophobie extrêmement forte travaille la société française. » Ce n’est pas l’islamisme qui travaille la société française, ce n’est pas l’antisémitisme, c’est l’islamophobie. Ravie de la crèche islamo-gauchiste, son interlocutrice ne songe pas à lui rétorquer que l’islamophobie, comme la critique de toute religion, est un droit. Sa bonne volonté progressiste vaudra à notre duo les félicitations de l’ex-CCIF dissous en France pour propagande islamiste.

Le même jour, un ami me raconte que son fils de 9 ans, scolarisé dans le public à Paris 14e, dans un coin plutôt bobo, a compris spontanément, sans la moindre consigne parentale, qu’il devait taire qu’il était juif. Comme son grand-père est un juif turc, le gamin brode sur ses origines turques. Des ondes nationales aux cours de récré, tout le monde a intégré l’avènement de la nouvelle France dont parle Zemmour.

Je n’aurais pas dû. Je me suis surprise à penser tout haut (sur CNews) que je ne finirai peut-être pas ma vie dans mon pays. Il ne s’agit pas d’un choix, encore moins d’une décision, plutôt d’un constat. L’idée qu’un jour, ce ne sera plus tenable. Pour les juifs et, un peu plus tard, pour les autres Français, ceux qui n’ont pas d’Israël. Alors peut-être qu’à quelques-uns, pour rester ensemble et pas trop loin, on fera notre alyah en Italie.


[1] Manuel Valls l’a aussi appliquée aux catholiques après des attentats contre des églises, ce qui est bien le moins.

British lives matter

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Heurts entre des manifestants nationalistes et des manifestants antifascistes à Finchley, après une semaine d'émeutes à travers le Royaume-Uni, 7 août 2024 © Vuk Valcic/ZUMA Press Wire/Shutterstock/SIPA

Instrumentalisées ou non, les émeutes anti-immigration qui ont éclaté en Angleterre cet été ont révélé la détresse économique et sociale d’une classe populaire blanche « invisibilisée » par les élus et les médias. Dans cette société ethniquement cloisonnée, seules les minorités ont le droit de revendiquer leur identité.


Le 29 juillet à Southport, au nord de Liverpool, un inconnu de 17 ans a fait irruption dans des locaux où se tenait un cours de danse pour petites filles. Armé d’un couteau, il en a tué trois, âgées de 6, 7 et 9 ans, et blessé huit autres ainsi que deux adultes, avant d’être maîtrisé par la police. Le lendemain soir a commencé une série d’émeutes qui, pendant huit jours, ont secoué 22 villes en Angleterre et Irlande du Nord, laissant un bilan de 130 policiers blessés, plus de mille arrestations, et pour 300 millions d’euros de dommages. Quatre hôtels hébergeant des migrants ont été attaqués.

La causalité, selon le philosophe écossais David Hume, est le ciment de l’univers. Ce ciment semble plutôt mou quand il s’agit d’expliquer les causes exactes de ces émeutes. D’après le récit officiel du gouvernement et des principaux médias, tout serait parti de fausses rumeurs concernant l’identité de l’auteur du crime, propagées sur les réseaux sociaux par des internautes islamophobes, voire russes. Ces rumeurs ont fourni un prétexte à des groupes d’extrême droite pour descendre dans la rue afin de terroriser musulmans et migrants et en découdre avec la police. Cette demi-vérité tire un voile commode sur les causes sous-jacentes d’une colère populaire réelle et largement partagée, que des voyous ultranationalistes ont pu accaparer. Les commentateurs français ont proposé une autre explication : les Britanniques auraient choisi pour gérer l’immigration un « modèle » dont le nom serait « multiculturalisme » et qui serait « un échec ». Cette interprétation, malgré les assertions erronées qui l’accompagnent souvent sur le rôle de la charia outre-Manche[1], contient, elle aussi, sa part de vérité, mais reste trop abstraite pour nous permettre de comprendre ce qui s’est passé.

Le multicommunautarisme

Le point de départ est moins un modèle qu’une immigration bien différente de celle qu’a connue la France, qui est dominée par des immigrés musulmans d’origine nord-africaine. L’immigration britannique vient principalement du sous-continent indien et comprend non seulement des musulmans, mais des hindous et des sikhs. Comme en France, il y a aussi une immigration de l’Afrique subsaharienne et une autre des Caraïbes. En arrivant sur le territoire anglais, ces groupes, qui ont des identités et des religions bien distinctes, ont eu tendance à s’établir chacun dans des quartiers précis, non pas parce que l’État les y avait installés, mais parce que la tendance des nouveaux arrivants est de rejoindre des compatriotes qui peuvent les accueillir et les guider dans le nouveau pays. En outre, les quartiers voisins sont souvent occupés par les autres groupes ayant des us et coutumes différents. C’est ainsi que des réseaux claniques, notamment le système « biraderi » qui est très fortement ancré au Pakistan, en sont venus à régir la vie des immigrés dans certaines de ces communautés. La dépendance à ces structures est parfois si grande que les liens claniques sont même resserrés par l’installation à l’étranger. Le résultat, dans certaines villes anglaises, est une mosaïque communautaire, même si ces communautés ne sont pas complètement étanches et que beaucoup de personnes issues de l’immigration n’y résident pas ou plus.

La présence des immigrés n’a pas été accueillie avec équanimité par la population autochtone et les émeutes récentes n’ont rien de nouveau. Entre 1958 et 2011, on peut compter au moins une douzaine d’émeutes violentes qui ont jalonné la montée progressive de l’immigration. En outre, des tensions interethniques bouillonnent sous la surface et peuvent exploser. Pendant quelques semaines en 2022, la ville de Leicester a vu des batailles entre hindous et musulmans, inspirées par l’animosité indo-pakistanaise, mais déclenchées par de fausses rumeurs numériques. À Birmingham en 2005, des violences provoquant deux morts ont éclaté entre Noirs et Pakistanais. Le prétexte était encore une fausse rumeur, mais la cause essentielle était la meilleure réussite économique des « Asiatiques » (« Asian » est le terme en anglais pour les immigrés indiens et pakistanais). Ce même conflit s’est invité dans les émeutes de 2011 qui ont fait cinq morts : une violente protestation antipolice de jeunes Noirs s’est transformée en une orgie de pillages dont beaucoup de commerces asiatiques ont fait les frais. Ces tensions interethniques ont été exacerbées par les municipalités qui, allouant des fonds pour des infrastructures, ont involontairement mis les différents groupes en concurrence[2]. Enfin, l’absence d’une laïcité à la française offre aux différentes identités religieuses de la visibilité dans l’espace public.

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C’est ainsi que, depuis les années 1950, des tensions inhérentes à la situation outre-Manche perdurent. Plutôt qu’un succès relatif suivi d’un échec, l’histoire de l’immigration est un tiraillement permanent entre intégration et désagrégation. La tolérance a produit des cas d’intégration réussie, notamment au niveau du gouvernement, mais la peur d’être accusé de racisme a encouragé un laisser-faire excessif dans certaines villes. Ce qui a empiré la situation, c’est la montée de l’idéologie identitaire de gauche qui conforte les communautés cherchant à affirmer leur singularité. Pendant longtemps, les Blancs croyaient pouvoir se dispenser d’une « identité » : ils étaient la majorité, ils incarnaient la norme. Seules les minorités avaient besoin d’une identité. Aujourd’hui, les classes populaires blanches souffrent de cette absence et quand elles veulent affirmer une identité, elles sont qualifiées de « racistes ». Ce qu’elles cherchent, au fond, c’est une reconnaissance qui leur est systématiquement refusée.

À couteaux tirés

Le symptôme le plus évident de ce refus est le déni. Élus et journalistes nient les problèmes de l’immigration et dénient aux Blancs désavantagés jusqu’à la capacité de juger des choses pour eux-mêmes. À Southport, les signes d’une authentique colère populaire ont précédé les violences. Dans la journée du 30 juillet, lors d’une visite de soutien à la ville, le Premier ministre, Keir Starmer, a été accueilli par des huées : « Combien d’autres [victimes] ? », « Nos enfants sont morts et vous vous en allez déjà ? » Son gouvernement, sans doute pour calmer des spéculations sur la possible nature terroriste de la tuerie, a choisi de la situer dans le contexte de l’épidémie actuelle de criminalité à l’arme blanche. Ce faisant, il a contribué à jeter de l’huile sur le feu. En effet, les attaques à l’arme blanche touchent surtout de petites frappes impliquées dans le trafic de drogue. La tuerie de Southport est de nature très différente et se rapproche beaucoup plus du modèle djihadiste : on poignarde un individu ciblé dans la rue ou on tue le plus de personnes possible avant d’être neutralisé. La Grande-Bretagne en a connu plusieurs dans son histoire récente : assassinat et tentative de décapitation d’un soldat en 2013 ; attentats de Westminster et du pont de Londres en 2017, faisant un total de 13 morts ; en 2019, cinq personnes poignardées par un terroriste dont deux mortellement ; l’année suivante, deux victimes poignardées par un autre.

Ce mode opératoire a clairement inspiré d’autres tueurs souffrant plutôt de problèmes mentaux. L’année dernière, à Nottingham, un immigré a poignardé deux étudiants et un homme plus âgé. En juillet cette année, un homme noir a tenté de poignarder un soldat dans la rue pour un motif inconnu. Ces exemples ont poussé le public – et Nigel Farage, le leader de Reform UK – à poser des questions sur la motivation du tueur de Southport ou le modèle qu’il a suivi. La police a annoncé rapidement que ce n’était pas un terroriste, mais la tentative des travaillistes de noyer le poisson islamiste n’a pas berné le public. Une interrogation reste entière : pourquoi l’assassin, d’ascendance rwandaise, a-t-il ciblé un cours de danse fréquenté par des petites filles blanches fans de Taylor Swift ? Quand un député conservateur a été assassiné en 2021 par un djihadiste, les autorités et les médias ont d’abord évoqué les éventuels problèmes psychiatriques du tueur, avant de reconnaître le caractère terroriste du meurtre, pour finalement resituer le crime dans le contexte général de la haine en ligne dirigée contre les élus. Aujourd’hui, les citoyens sont las d’être pris pour des imbéciles.

Manifestation devant le siège du parti de Nigel Farage à Londres, en raison de son rôle présumé dans les émeutes d’extrême droite à travers le Royaume-Uni, 10 août 2024 Tayfun Salci/ZUMA Press Wire/Shutterstock/SIPA

L’impression de déni est renforcée par deux autres éléments. D’abord, les « Asian grooming gangs », ces réseaux d’hommes, majoritairement d’ascendance pakistanaise, qui pratiquent l’exploitation sexuelle de mineures, majoritairement blanches, soumises à des viols collectifs et à des tortures physiques et mentales. La ville de Rotherham, qui a connu des émeutes très violentes après Southport, est aussi celle où, de la fin des années 1980 à 2013, une bande de violeurs a pu opérer en toute impunité, faisant probablement plus de 2 000 victimes. La peur d’être traitées de racistes a paralysé les autorités municipales tandis que la police n’a pas pris l’affaire au sérieux par mépris sexiste envers des filles des classes inférieures. Les procès des coupables sont encore en cours. Mais c’est seulement après la création par le gouvernement d’un groupe de travail spécialisé, en 2023, qu’on a découvert l’ampleur du phénomène. Pourtant, la volonté de le minimiser reste très forte chez certains chercheurs, fonctionnaires, élus et journalistes de gauche. Ensuite, l’action policière durant les émeutes a montré qu’en matière de maintien de l’ordre, il y avait deux poids, deux mesures. En anglais, on dit « two-tier policing » (« à deux niveaux »), ce qui a permis la création d’un surnom qui rime pour Starmer ; « two-tier Keir ». Ainsi, la police semble beaucoup plus indulgente avec les manifestations de minorités (pro-BLM, propalestiniennes…) qu’avec celles qui impliquent majoritairement des Blancs (anticonfinement, anti-immigration…). Bien que justifiée dans une grande mesure, la réponse vigoureuse des autorités cet été ne pourra que renforcer le sentiment d’aliénation qui prévaut dans nombre de quartiers populaires blancs.

Nous voilà bien logés !

Malgré le déni à gauche, de nombreux sondages montrent que pour les Britanniques, l’immigration est la question prioritaire. Le Brexit devait, disait-on, régler ce problème. Or, s’il a arrêté les flux de travailleurs venant de l’UE, ces derniers ont été remplacés, non par des autochtones, mais par une main-d’œuvre importée de pays non européens. Boris Johnson a été élu sur la promesse de réduire considérablement l’immigration d’ouvriers peu ou non qualifiés, aptes à concurrencer les travailleurs britanniques, et de privilégier l’immigration d’ingénieurs ou de chercheurs, capables de contribuer au bien commun. Cette promesse n’a pas été tenue. 83 % de la main-d’œuvre importée continue à être non ou peu qualifiée. La pandémie a renforcé le besoin de salariés sans diplômes (et moins chers que les citoyens britanniques) dans le secteur hospitalier et celui des soins à la personne. Il est clair que les ouvriers britanniques sont défavorisés : 9 % de la force de travail était née à l’étranger en 2004 ; aujourd’hui, le chiffre est monté à 21 %.

On a beaucoup parlé de soldes migratoires record : 745 000 en 2022 et 685 000 en 2023. En réalité, il s’agit pour la vaste majorité de visas temporaires accordés à du personnel soignant non qualifié et aux étudiants, dont l’argent finance le système universitaire d’ailleurs très performant. Des mesures prises par le gouvernement conservateur ont déjà permis de baisser drastiquement (de 80 %) le nombre d’arrivées cette année. Mais le sentiment que les autorités font fi des classes ouvrières britanniques demeure. L’une des cibles principales des émeutes récentes ont été les hôtels où sont logés les migrants illégaux. Il y en a 400 aujourd’hui, tous situés dans des quartiers défavorisés, à un coût de 10 millions d’euros par jour pour le contribuable. Or, le Royaume-Uni souffre actuellement d’une crise du logement très sévère qui est l’une des causes principales de la défaite électorale des conservateurs. La colère dirigée contre les hôtels est inexcusable, mais compréhensible. À sa manière, c’est encore un appel au secours – comme le Brexit – des « déplorables », des « somewhere ». Par leur réponse sécuritaire et répressive, les travaillistes ont réussi à remettre le couvercle sur la cocotte-minute. Il leur faut maintenant convaincre cette population qu’ils ont compris les causes de sa détresse.


[1] « God Save the Charia ? », Causeur, janvier 2017.

[2] « Multiculturalisme britannique : Tea for Too Many », Causeur, janvier 2021.

Le flingueur de la démocratie

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Le président Macron à Neuville-sur-Saône (69), 10 septembre 2024 © Blondet Eliot-Pool/SIPA

Entre succès populaire des Jeux olympiques et Bérézina politique, les Français sortent d’un étrange été. Le président Macron a crucifié nos institutions, et entame une curieuse cohabitation.


En clôture d’un été olympique, couvercle parfait pour calmer le feu, Michel Barnier a été nommé Premier ministre. Après des européennes remportées par le RN, une dissolution dont on cherche encore les motifs, et des législatives brouillées par la résurrection du front républicain, l’ex-négociateur du Brexit pour l’Union européenne s’est installé à Matignon. Pour combien de temps ? Mystère et boule de gomme, vu que tout dépend de Marine Le Pen. Le jour où son parti censurera la majorité, la confusion repartira de plus belle. Avec son lot de tractations, de bruits de couloir et de têtes d’affiche sorties du chapeau. À l’image de Lucie Castets, étoile filante du Nouveau Front populaire, ou de Thierry Beaudet, président d’un Conseil économique, social et environnemental qui pond des rapports bons à caler les armoires. Pour l’heure, tout le monde s’interroge. Le gouvernement tiendra-t-il ? Le cessez-le-feu acté par Madame Le Pen durera-t-il ? Plombée par son endettement, la France évitera-t-elle la mise sous tutelle du FMI ? Autant de débats qui enflamment les médias tout en épargnant l’artificier en chef du chaos : Emmanuel Macron.

C’est bien connu, quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Telle est la leçon de l’été, où la dégringolade politique fut inversement proportionnelle aux médailles raflées par Léon Marchand. D’un côté, un nageur en or accumulant les titres sous les vivats de la foule ; de l’autre, un président jouant la montre au bord de la piscine, s’abritant derrière l’éclat du champion national. Durant des semaines, le pays a vibré au son d’une Marseillaise recouvrant la sombre vérité : Emmanuel Macron a crucifié nos institutions. Jadis, le président battu devait partir. C’est ce que fait de Gaulle en 1969, démissionnant le soir même de son référendum perdu. Un départ annoncé en deux phrases d’une austérité d’ecclésiaste : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi ». En 1986, Mitterrand est le premier à corrompre l’usage, se maintenant malgré sa défaite aux législatives. Ainsi naît la cohabitation, où Matignon est offert sur un plateau à la majorité contre-présidentielle. Puis cette pratique anti-gaullienne se mue en norme. Par trois fois en onze ans, le président appelle à ses côtés un Premier ministre de l’autre bord – Jacques Chirac, Edouard Balladur et Lionel Jospin. Mieux vaut partager le pouvoir qu’abandonner l’Élysée. Cette année, dans la touffeur de l’été, Emmanuel Macron a inventé une nouvelle pratique : perdre sans cohabiter. Malgré sa déroute aux européennes – dans lesquelles il s’est personnellement engagé –, le fiasco du premier tour des législatives – où son camp était aux abois –, et l’instabilité d’un parlement divisé en trois blocs – avec une Macronie canal historique réduite à peau de chagrin –, il a choisi, non seulement de rester, mais de caster son Premier ministre façon Nouvelle Star. D’Olivier Faure à Bernard Cazeneuve, de Laurent Berger à Xavier Bertrand, tous ont cru poser leurs valises à Matignon. Le chef de l’État, en pleine crise de légitimité, a multiplié les ballons d’essai. Avant d’enchaîner les entretiens tel un banal DRH.

À première vue, les apparences sont sauves. Si les Français ne rêvaient probablement pas de Michel Barnier, son style sans affect, sa sobriété de vieux loup de mer tranchent avec les rodomontades du nouveau monde macronien. Quarante ans après le tournant de la rigueur, place au tournant de la raideur ! Il n’empêche. L’ancien commissaire européen, l’ex-candidat aux primaires de la droite battu par Valérie Pécresse, est le choix d’un président contesté comme jamais. En 1958, de Gaulle voulait une République fondée sur la légitimité du chef. Pas de leader qui tienne sans soutien populaire. En 2024, Emmanuel Macron inaugure une présidence dégagée de cette vieille contrainte du suffrage. Libre de faire comme si les élections n’avaient pas eu lieu. Il n’y a pas si longtemps, on appelait ça pourtant : la démocratie.

Paris d’île en île

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© Angèle Damade

Dans un essai érudit et plein d’esprit, Jacques Damade mène le lecteur à la découverte des îles disparues de Paris. Cette promenade à travers les siècles et l’histoire de notre capitale est un vrai régal.


D’après Jacques Hillairet, fameux historien de Paris, les îles disparues de Paris étaient huit. Fondateur des Éditions La Bibliothèque, Jacques Damade en a exhumé dix – et nous fait le tour du propriétaire. La géographie et l’histoire sont convoquées, la poésie fait des apparitions. L’ensemble est ludique, souriant et plein d’enseignements. Promeneur des deux rives, Damade musarde, guides anciens et cartes oubliées à la main (et caduques, puisque les îles ont disparu).

Souvent, en outre, il adopte le point de vue du piéton de Paris… du XVe, du XVIe, du XVIIe, voire du… XXIe siècle : Damade peut tout faire, il suffit de lui emboîter le pas. Tantôt il s’incarne en tafouilleux (chiffonnier de la Seine), tantôt (entre autres) en « noyé » (Damade peut tout faire).

Dix îles, disions-nous – jusqu’au XVIe siècle pour la plupart. Les voici, nommons-les, c’est un carnet de bal – d’est en ouest, de l’amont à l’aval : l’île Louviers, l’île aux Vaches, l’île Notre-Dame, l’île aux Juifs, l’île à la Gourdaine (rien à voir avec « gourgandine »), l’île du Louvre, l’île aux Treilles, l’île de Seine, l’île Merdeuse, l’île Maquerelle.

Avec l’apparition des ponts et la disparition des îles, l’orientation à Paris se fera de moins en moins d’est en ouest ; de plus en plus en fonction des rives (droite et gauche).

Dix îles qui, pour ne pas arranger notre affaire, ont souvent changé de noms et de formes au gré du temps. Ce qui fait de ce livre rapide, elliptique, une manière d’enquête – ou d’archéologie : où ont-elles disparu ?

A lire aussi, Jonathan Siksou: Voltaire, le retour !

Damade remonte le temps, le cours de la Seine et nous apprend, par exemple, que l’île Merdeuse doit « sans doute » – historien du dimanche (soir), Damade est précautionneux – son nom à un vieil égout « qui longe à ciel ouvert le ruisseau de Ménilmontant » et se jette dans la Seine « à la hauteur de la grille de Chaillot ». Large, « il parcourt la rive droite, recueille les égouts affluents : odeurs aux abords, alluvions à l’embouchure, apparence ocre » – bref, l’île Merdeuse, la plus à l’ouest des îles répertoriées.

Autre exemple où l’onomastique fait signe (et sens) : Maxime du Camp appelle « île des Cygnes » l’île dont le « premier nom était fort irrévérencieux » – « Île Maquerelle » jusqu’au début du règne de Louis XIV. Quant à « l’île aux Juifs » – devenue la place Dauphine – on vous laisse découvrir son lien avec… les Templiers.


Tout au long de cette promenade, l’onomastique joue des tours et un rôle déterminant : les indices sont rares mais existent, alibi et occasion de plonger dans quelques merveilles de bibliophilie, autre tropisme (gourmand) de Damade – tantôt Maxime du Camp, Félix et Louis Lazare, Henri Sauval, tantôt une gravure de Callot, un plan de Jouvin de Rochefort (1674), un paragraphe de Vidal de la Blache (« de Notre-Dame à la place de la Concorde, en passant par le Louvre, se déroulent successivement la gravité du XIIIe siècle, la grâce de la Renaissance, l’élégance du XVIIIe siècle »). L’ensemble est une illustration possible d’un octosyllabe de René Char : « Seules les traces font rêver. »

Les îles disparues de Paris, de Jacques Damade, illustrations d’Angèle Damade, Éditions La Bibliothèque, 2024. 180 pages

Les îles disparues de Paris

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L’épopée d’un poète retrouvé

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Parseval-Grandmaison dessiné par Dutertre © Tous visuels Ludovic de Parseval

La découverte de centaines de milliers de vers d’un poète oublié dans son grenier n’est pas chose fréquente. C’est le trésor que recelait la propriété familiale de Ludovic de Parseval qui a ainsi exhumé la vie et l’œuvre de son aïeul, François-Auguste Parseval-Grandmaison, figure littéraire du XIXe siècle.


Il y a deux ans, Ludovic de Parseval m’écrivait à la suite d’un article publié sur mon blog et consacré à la littérature du Premier Empire. Il avait retrouvé dans un tiroir, fermé depuis sept générations, près de cent mille alexandrins originaux de son aïeul, François-Auguste Parseval-Grandmaison. Quel trésor ! car si l’on a certes oublié cet écrivain précurseur, poète impérial membre de l’Académie française, il participa cependant à la campagne d’Égypte, connut Napoléon, correspondit avec Victor Hugo, Delille, Lamartine et Chateaubriand (excusez du peu !). C’est bien l’une de ces cruelles injustices de l’histoire qu’il soit tombé hors de nos souvenirs.

Le jeune Ludovic de Parseval devant la propriété familiale, en 1964

C’est en vain qu’une maison d’édition à pignon sur rue s’intéresserait aujourd’hui au poète ; on remise les vieux livres au grenier comme les vieux meubles, où ils se déprécient. Cela seul eût suffi à décourager tout autre que mon cher correspondant de partager sa trouvaille au public ; heureusement, il est du parti de ces gardiens discrets de notre mémoire commune qui luttent comme des Poilus sur le front pour la sauvegarder : alors, passant outre les dédains des éditeurs, il poursuivit héroïquement son combat en réhabilitation de son ancêtre prestigieux. Mais peut-être que je noircis un peu trop l’époque ? Car il existe encore, Dieu merci, des organisations d’intérêt public chargées de sauvegarder les multiples méandres de notre histoire : je pense ici à la BnF (Parseval-Grandmaison était académicien) ainsi qu’à la Fondation Napoléon, dirigée par Thierry Lentz et présidée par Victor-André Masséna. C’est Pierre Branda en l’occurrence, directeur scientifique de la Fondation, qui accordait à Ludovic de Parseval l’honneur de quelques pages dans la revue de la Fondation, Napoleonica, afin de présenter son ancêtre retrouvé.

Ce travail titanesque pour un novice de non seulement présenter le poète, mais encore de le rétablir dans son contexte – celui du Premier Empire, pris entre l’enclume du classicisme et le marteau du romantisme –, pour le moins difficile en matière de littérature, mon correspondant, humaniste et curieux de tout, l’entreprenait aussitôt. Je l’appuyais de mon aide fort modestement, et, finalement, l’article paraissait au mois de juillet (consultable sur le site en accès libre).

A lire aussi: Les cinq dernières dynasties d’artisans-chocolatiers français

J’invite chaque passionné d’histoire et de littérature à lire ce grand article disponible en accès libre sur le site de la revue. Ludovic de Parseval décrit avec brio l’aventure qui le poussa à exhumer des vieux tiroirs du château familial les manuscrits inédits de l’académicien ; le lecteur y trouvera que le temps qui nous sépare de Napoléon n’est pas si lointain : le père de Ludovic a connu la petite-fille du poète ! Le lecteur découvrira aussi la vie épique de François-Auguste, né en 1759, rescapé de la Révolution (Le crime en uniforme, en bonnet, en moustache / Moissonnant les humains changeait la faux en hache), qui écrivit sur la chute de Robespierre, Philippe Auguste et la campagne d’Égypte (Et moi qui l’ai suivi, moi qui suis son poète…), passa par Suez, Londres et Paris, bien Français dans son genre se fit tenant du classicisme et conspua le romantisme, tout en composant des merveilles poétiques aux accents irrésistiblement… romantiques (Dans l’océan des airs au milieu des orages, / Nos âmes flotteront vers ces divins rivages / Et peut-être, à jamais unissant notre sort, / Sur le même vaisseau nous surgirons au port). Mais Lamartine n’avait-il pas reconnu lui-même dans Parseval un « précurseur » ? Le jeune Hugo, vainqueur futur d’Hernani, l’écoutait avidement, entouré de Vigny et de Lacretelle ! Le curieux lecteur enfin lira quelques vers inédits des chants sur la campagne d’Égypte : « Mais contre les mutins justement irrités, / Quel Français des tombeaux traverse la cité ? / C’est le vaillant Dupuy ! sa voix commande au Caire, / Intrépide au-devant de la horde sicaire ! », — puis pénétrera dans l’intimité du poète, en découvrant des extraits des mémoires de son fils aîné.


Si la publication de ce long article dans Napoleonica contribue à la réhabilitation de Parseval-Grandmaison dans notre mémoire collective, la quête en ressouvenance de l’Immortel est loin d’être achevée ; le Graal, bien entendu, serait une édition pour le grand public de ses œuvres dans une collection classique. Je sais que son descendant a déjà commencé à transcrire les vers : le travail est titanesque ! J’ai pu moi-même consulter les manuscrits : dans ces brouillons la ponctuation est inexistante, et les ratures anéantissent les pattes de mouche ; mais je connais maintenant la saine opiniâtreté de l’héritier du poète, son caractère infatigable et décidément curieux, et je ne doute plus que bientôt paraîtront des éditions salutaires des poésies parsevaliennes, venues de maisons mécènes consentant à bien vouloir faire perdurer la mémoire d’un temps glorieux pour la France.

« Le temps a passé, écrit dans son article Ludovic de Parseval ; sous une épaisse couche de sable, les mois, les années ont enseveli une œuvre complète, qui aurait mérité une édition de son temps. Le Poème de Bonaparte n’est qu’un aperçu. Tel un grand cru parmi les vieilles bouteilles qu’on exhume de la cave, dont on espère déguster la saveur bonifiée par les ans, tels ressurgissent les poèmes de Parseval-Grandmaison qu’on appréciera avec la même curiosité. Il faut pour s’en convaincre inciter le lecteur à leur redécouverte et rabattre un instant le faisceau lumineux sur ce pan méconnu de la littérature. »

Bruno Le Maire, l’Indéboulonnable

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Pot de départ de Bruno Le Maire à Bercy, 12 septembre 2024 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Le ministre de l’Économie et des Finances a prononcé ce jeudi son discours d’adieu aux fonctionnaires de Bercy. Son bilan après sept ans aux cordons de la bourse du pays est dramatique, mais selon lui, ce n’est pas de sa faute.


Bruno Le Maire, surnommé l’« Indéboulonnable » comme on surnommait Robespierre l’« Incorruptible », pour le plus grand malheur des Français, quitte donc enfin le ministère de l’Économie : l’heure est à la jubilation ! « Je vous aime mais je pars », a déclaré le romancier devant ses troupes, se prenant pour Napoléon à Fontainebleau, avant de citer Michel Sardou (ce doit être le en même temps macronien ; et dire que la Cinquième a connu André Malraux !). On ne s’étendra pas sur ces paroles de politique : le ministre, s’il nous avait aimés un peu plus sincèrement, serait parti un peu plus tôt — « je vous aime, donc je pars », eût été pour le coup une vraie preuve de sa dévotion.

Le vrai Mozart de la finance

Ministre de l’Économie, donc, de 2017 à 2024, l’Indéboulonnable a bien de quoi se rengorger : on a rarement fait pire ; vraiment, il y a quelque chose d’admirable, à se maintenir en poste pendant sept années avec de tels résultats. L’économie n’est pas une science exacte, loin s’en faut, et c’est d’autant plus triste pour notre ministre démissionnaire, qui face à l’évidence en est réduit à expliquer son bilan déplorable par le Covid ou les gilets jaunes, comme un criminel cherche à fléchir le tribunal avec son enfance difficile. Hélas pour lui, les chiffres sont sans appel : la dette publique (brute), qui s’élevait à 2.100 milliards en 2018, soit 89,5% du PIB, monte à 3.160 milliards d’euros au deuxième trimestre 2024 (presque 111% du PIB, soit une augmentation de plus de mille milliards !)1 Pire : le déficit public, entre 2018 et 2023, est passé de 2,5 à 5,5%2 du PIB, et devrait franchir cette année la barre des 5,6%3 ; pour mémoire, l’Union Européenne a fixé à 3% le seuil à ne pas dépasser (!) — d’ailleurs, la Commission a d’ores et déjà engagé contre la France une procédure de déficit excessif… Et ce n’est pas tout : une note de Raul Sampognaro, Mathieu Plane et Xavier Ragot, publiée à l’OFCE le 24 mai 20244, révèle un écart dans le déficit de 40 milliards d’euros chaque année depuis 2017 par rapport à la trajectoire prévue, soit l’équivalent de 1,4 point du PIB !
Le ministère lui-même, c’est dire, a prévenu que le déficit pourrait atteindre 6,2% l’an prochain au lieu des 4,1% rêvés ; et noté ingénument, comme s’il n’y était pour rien, la hausse « extrêmement rapide » des dépenses des collectivités territoriales, dépenses qui « pourraient dégrader les comptes 2024 de 16 milliards d’euros » par rapport à la trajectoire de déficit adressée à la Commission5 : c’est du Mozart dans la gabegie.

A lire aussi, Stéphane Germain: On va dans le mur, tu viens?

Une politique un peu socialiste, un peu libérale

Même Pierre Moscovici (!) juge « inquiétante » la situation des finances publiques6. Et pour cause ! Le déficit public se trouve six points au-dessus des prévisions, malgré une année 2023 marquée par la fin du « quoi qu’il en coûte ». Le premier président de la Cour des comptes, pas de gauche pour rien, reproche évidemment au ministre d’avoir baissé les impôts, au lieu de les avoir augmentés ; il a tort : même là-dessus, Bruno Le Maire aura eu tout faux. Si en effet certaines recettes ont été « ralenties » en 2023-2024, notamment en matière de TVA et d’impôts sur les sociétés, les impôts sur le capital ont en revanche fortement augmenté, au moins en 2023 (+ 12,8% !), sans parler de la taxe foncière qui « reste dynamique » — pour reprendre la litote magnifique du service public7. En parallèle (car décidément, Bruno Le Maire aura eu vraiment tout faux), les dépenses publiques ont battu des records entre 2018 et 2023 : 100 milliards au total, une bagatelle ! La faute aux prestations sociales (+ 3,3%) et à la hausse des rémunérations des fonctionnaires (+ 4,6%)8 : on s’en serait douté.

Bruno Le Maire a été l’incarnation de la politique socialo-démocrate de la macronie, la plus pure quintessence de cette idéologie qui n’en est pas une, un peu socialiste, un peu libérale, ni l’une ni l’autre, en même temps l’une et l’autre. Toute son économie se sera résumée à une augmentation timide des impôts et des taxes, suivie d’une baisse plus timide encore d’autres impôts et d’autres taxes, mesures prétendument « fortes » devant servir à réguler l’explosion brutale de la dette et du déficit. Le résultat est catastrophique : cinq années de plus et c’était la banqueroute. Bon vent, Monsieur le ministre !


  1. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8210074 ↩︎
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8061907 ↩︎
  3. https://lcp.fr/actualites/deficit-bruno-le-maire-alerte-les-parlementaires-sur-un-derapage-de-16-milliards-d-euros ↩︎
  4. https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/les-crises-expliquent-elles-la-hausse-de-la-dette-publique-en-france/ ↩︎
  5. https://departements.fr/budget-2025-conference-de-presse-de-la-commission-des-finances-du-senat/ ↩︎
  6. https://www.ccomptes.fr/fr/documents/70837 ↩︎
  7. https://www.vie-publique.fr/en-bref/293530-deficit-public-de-la-france-55-du-pib-en-2023 ↩︎
  8. Même lien que le précédent ↩︎

Mélenchon n’a rien inventé…

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Paris, 7 septembre 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Jean-Luc Mélenchon assume et accélère sa stratégie électorale communautariste à destination des « quartiers populaires » (les cités islamisées). François Ruffin, isolé, fait des révélations troublantes. Mais pour l’instant la gauche continue d’avoir peur du chef des Insoumis.


« Sachant que la force de l’affirmation impressionne toujours les têtes molles, il commence par célébrer sa victoire électorale relative comme une victoire totale et définitive ». Considérant le flot de rodomontades dont nous abreuvent M. Mélenchon et ses affidés LFI-NFP depuis le second tour des dernières élections législatives, on pourrait penser que ce commentaire porte effectivement sur la stratégie de communication politique que ceux-là ont adoptée dans la foulée. Dès le soir du scrutin, le chef des chefs, Mélenchon, criait victoire, proclamait être le grand vainqueur de ces élections, le seul, exigeant sans vergogne que soit mis en place immédiatement « le programme, rien que le programme, tout le programme ». Le sien, évidemment. Depuis, cet accommodement plutôt culotté avec la réalité nous est asséné à chaque prise de parole des uns et des autres de ce camp-là. Or, dans une large partie de l’opinion, l’enfumage opère, tant il est vrai que les têtes molles y sont nombreuses. Passons.

Discours durs et têtes molles

On serait tenté de voir dans la citation rapportée plus-haut, disais-je, un commentaire de la vantardise post-électorale du grand faiseur Mélenchon. Il n’en est rien. Son ego dût-il en souffrir, il n’a rien inventé. Il ne fait même que mettre ses pas dans ceux d’un illustre prédécesseur. Illustre mais ô combien haïssable.

Ce prédécesseur n’est autre, mesdames, messieurs (ici, un roulement de tambour serait bien venu) que l’abject Adolf Hitler en personne, qui usa du même faux semblant, de la même imposture à la suite des élections législatives de novembre 1932. Le commentaire que je cite est d’André François-Poncet qui fut ambassadeur de France à Berlin de septembre 1931 à octobre 1938. (Cf. Son remarquable livre Souvenirs d’une ambassade à Berlin, Flammarion, 1946.)

A lire aussi: Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

Les grandes têtes molles auxquelles il est fait référence désigne ici, évidemment, la pléthorique cohorte des fausses élites et vrais lâches qui ont avalé la couleuvre sans s’opposer, sans se révolter, sans même vraiment sourciller, laissant ainsi l’Adolf accéder au pouvoir.

Aujourd’hui comme hier, les têtes molles ne manquent pas. Parmi les élites comme ailleurs. Chaque jour nous les trouvons à l’œuvre. Nous les voyons ramper, embarquées qu’elles sont dans une fangeuse soumission. Les preuves ne manquent pas au dossier, hélas. Un seul exemple, récent, affligeant : en plein Paris, hauts parleurs à fond, on peut aujourd’hui prêcher l’intifada sans être jeté sur le champ en prison. Juste une question pour rire (ou pas) : pourrait-on prêcher la Croisade en plein Téhéran, au cœur de Kaboul, tout aussi impunément ? Certes non. Il est vrai que chez les ennemis de notre civilisation – car ils sont bel et bien nos ennemis jurés – ceux qu’on pourrait qualifier de têtes molles[1] n’ont guère droit de cité.

François Ruffin désormais comparé à Doriot par LFI

Les mots droit et cité m’étant venus, l’enchaînement est tout trouvé avec les révélations de François Ruffin, lui-même LFI (on n’est jamais trahi que par les siens) portant sur la scandaleuse stratégie électoraliste mélenchonienne mise en pratique dans les quartiers, les cités, où tous n’auraient pas droit au même traitement. Il y aurait les bons profils et les moins bons profils. Bref, on procéderait au gré d’une sélection au faciès. Rien que cela ! Le sacro-saint principe d’égalité citoyenne foulé au pied, jeté à la poubelle. Le droit à la bonne parole sous condition d’éligibilité au faciès. Et probablement suspicion de « délit de sale gueule » pour les autres ? Ignoble ! Pourquoi ne pas préconiser pour ces autres-là, les exclus, les discriminés, les ostracisés le port d’un signe distinctif, je vous laisse imaginer lequel ? Voilà qui faciliterait grandement le racolage. Là encore, on attend la révolte, la condamnation sans atermoiement, le rejet sans appel des têtes molles, ces égarés du pot-pourri NFP, transfuges d’un PS en coma dépassé, écologistes en phase terminale de pollution dogmatique. On les attend, on guette leur réaction. Rupture or not rupture ? Courage or not courage ? Dignité or not dignité ?

A lire aussi: LFI: une seule solution, la dissolution!

Donc, sélection au faciès ! là encore Mélenchon n’a rien inventé. On le sait. Il n’empêche, une ligne rouge est franchie. Une sacrée ligne rouge ! Le masque tombe, d’autant qu’un aveu – tout aussi sidérant – vient en rajouter. Lors de la manifestation – plutôt faiblarde – du week-end dernier, on a pu entendre l’Insoumis en chef donner ses directives à quelques ouailles ébahies : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Là se trouve la masse des gens qui ont intérêt à une politique de gauche. Tout le reste on perd son temps. » Oui, les mots sont bien ceux-là : «  Tout le reste on perd son temps. » En d’autres termes, les sans dents d’ailleurs, ceux des bourgs et des campagnes peuvent bien crever ! Qu’en pense M. Hollande, élu des terroirs corréziens ? Que disent les prétendus héritiers des Jaurès, des Blum face à une politique si clairement, si éhontément revendiquée communautariste ! On espère une saine révolte. Quelque chose comme une tribune dans leurs médias de révérence, Libération, Le Monde…. Pour l’instant, rien. Mais peut-être n’ont-ils pas entendu cette énormité ?

Tête molle et dure d’oreille. Décidément, la gauche française est fort mal en point.  


Elisabeth Lévy, ce matin sur Sud Radio : « LFI fait du racialisme »

Retrouvez Elisabeth dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin.

[1] L’expression Têtes Molles est due au poète Lautréamont : « Depuis Racine la poésie n’a pas progressé d’un millimètre, écrit-il. Elle a reculé. Grâce à qui ? Aux Grandes Têtes Molles de notre époque. » Et de classer parmi celles-ci : Lamartine, Hugo, Musset « métamorphosés volontairement en femmelettes. »

Bientôt le 7 octobre…

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Frappe israëlienne sur Khan Younès, bande de Gaza, 8 septembre 2024 © Saher Alghorra/ZUMA Press Wire/S/SIPA

Alors que la date anniversaire du terrible pogrom perpétré par le Hamas en Israël se rapproche, on laisse en France un islamiste appeler à l’intifada dans les rues de Paris, et les thèses douteuses des livres de Didier Fassin ou d’Aurélien Bellanger rencontrent un certain écho.


En Israël, beaucoup de familles d’otages récusent les cérémonies officielles, d’autant qu’elles ont été confiées à Miri Regev, une des ministres les plus critiquées du gouvernement. La colère gronde contre les autorités, mais il y a un point sur lequel tous, hormis quelques hurluberlus angéliques, sont d’accord: avec le Hamas, une paix réelle n’est pas envisageable. En France la situation sera bien différente. Nous allons commémorer le 7 octobre dans une infinie tristesse. Quelques-uns, très peu – espérons-le sans en être sûrs – vont le commémorer avec enthousiasme… Mais, surtout, un certain nombre préfèreront l’expurger de leur mémoire pour se concentrer sur la suite, dès le 8 octobre, premier jour de la riposte israélienne, premier jour de la réaction antisémite dans le monde, premier jour d’effacement et de substitution victimaire, premier jour de contextualisation et de banalisation de ces massacres du 7 octobre qui ont, eux, un vrai caractère génocidaire. Cette mise à l’écart se déploie sous des formes variées. En voici trois exemples récents.

A lire aussi, Ivan Rioufol : La France aura-t-elle à nouveau un ministère de l’Immigration?

LFI et Elias d’Imzalène dans les rues

Dans une manifestation dimanche 8 septembre, un orateur appelle, sur la Place de la Nation à Paris, à une intifada en France. L’intifada, chacun sait ce que cela signifie… M. Elias d’Imzalène, alias El Yess Zarelli, c’est la version en Frère Musulman de ces prédicateurs qui incitaient les chrétiens à massacrer les Juifs à Séville, à Cordoue, à Barcelone ou à Lisbonne… Aussi fiché S qu’il soit, cela fait des années qu’il vocifère et exige pour les musulmans de France l’application de la charia à la place de l’ignoble, impie et islamophobe législation de la République française. Il est apprécié par la Turquie grâce à laquelle il a expliqué au Parlement européen tout le mal qu’il pensait de la France, dont il est citoyen. Bien entendu, il a ses amis à LFI, tels Ersilia Soudais, Thomas Portes ou Rima Hassan. L’homme est un chauffeur de foules islamisées, mais son discours est trop fruste et brutal pour attirer les islamo-gauchistes, c’est-à-dire ces intellectuels qui prétendent que l’islamo-gauchisme n’existe pas.

Aurélien Bellanger et Didier Fassin dans les librairies

Pour eux, en cette veille de commémoration, on publie des livres. Il y a par exemple celui d’Aurélien Bellanger, Les derniers jours du Parti socialiste. Dans ce roman, l’auteur prétend que la notion d’islamo-gauchisme provient d’un complot du mouvement le Printemps Républicain, qui sous couvert de laïcité aurait cherché à détruire le Parti Socialiste au profit de l’extrême droite. L’imbécillité de la thèse et la lourdeur de l’écriture n’ont pas empêché la mise en valeur du livre par les médias dits progressistes. Sa sortie, le jour même de l’attentat contre la synagogue de la grande Motte, a servi de sinistre rappel que les motifs à l’islamismophobie n’étaient pas entièrement fictifs.

A lire aussi, Didier Desrimais: Aurélien Bellanger, dhimmi en chef

Mais pour les israélophobes de niveau intellectuel plus élevé, il y a aussi le tout nouveau livre de Didier Fassin, professeur au Collège de France. Ce médecin est devenu sociologue car il était sensible aux inégalités en matière d’accès aux soins et d’exposition aux maladies des patients suivant leur origine. Je ne suis pas sûr qu’il ait été le premier à faire ce triste constat, d’ailleurs plutôt moins vrai en France que dans d’autres pays où il a travaillé. C’est aux États-Unis qu’il a surtout enseigné, là où l’histoire de l’esclavage et du racisme anti-noirs a laissé des marques proéminentes. Il en a ramené l’interprétation universitaire à la mode, le wokisme avec intersectionnalité des luttes, un militantisme qui se prétend scientifique. Avec un réel talent pour conceptualiser ces théories et pour dénigrer ceux qui n’y croient pas, il cherche à tenir le rôle d’imperium sur la bonne-pensance soi-disant scientifique qui fut dans le passé celui de ses prédécesseurs marxistes. Il considère qu’une analyse qui ne fait pas de la racialisation et de la césure irrémédiable entre dominants et victimes des déterminants essentiels de l’explication des faits ne peut être que réactionnaire et hypocrite. Les rôles sont assignés et on ne s’étonnera pas de retrouver les toujours colonisés d’un côté et les toujours colonisateurs de l’autre. Pour résumer, la conception de la vérité politique de Didier Fassin, aujourd’hui au sommet du prestige universitaire français, c’est celle du comité Adama.

Pour les événements du 7 octobre, il a bien parlé d’incursion meurtrière et même de crimes de guerre, mais pas plus. Il a récusé le terrorisme mais a insisté pour le contextualiser. Il a été bien plus précis et virulent sur la réaction israélienne, qu’il a très vite qualifiée de génocidaire. Eva Illouz, Bruno Karsenti et plusieurs sociologues qu’on ne peut vraiment pas positionner à l’extrême droite ont vigoureusement démonté ses assertions très approximatives. Il a en particulier comparé les actions des Israéliens envers les Gazaouis à celles des Allemands envers les peuples Hereros du Sud-Ouest africain au début du XXe siècle, un génocide dont le prétexte avait été un massacre de soldats allemands. Joel Kotek, l’un des rares experts de ce génocide, a démoli cette comparaison de façon très convaincante. Le professeur au Collège de France a donc été pris plusieurs fois à bidouiller les faits pour qu’ils agréent à son idéologie, qui est celle d’un tiers-mondiste à sympathies mélenchoniennes, idéologie parfaitement légitime, à condition de ne pas l’affubler d’une prétendue scientificité. 

A lire aussi, Gilles-William Goldnadel: LFI: une seule solution, la dissolution!

Le dernier livre de Didier Fassin vient de sortir. Il s’appelle Une Etrange défaite, titre outrageusement emprunté à Marc Bloch : la défaite en question, qui serait la plus grande défaite morale de l’Occident depuis la guerre mondiale, c’est l’abdication devant le désastre provoqué par Israël à Gaza. Les massacres du 7 octobre sont donc sans importance, la prise d’otages non plus. L’idéologie du Hamas, son passé de meurtres et sa charte exterminatrice, son choix délibéré de prendre la population civile comme bouclier pour diaboliser l’adversaire, tout cela ne compte pas. C’est comme si en 1945, on avait au nom de la morale, lancé l’opprobre sur les Alliés parce qu’ils détruisaient l’Allemagne sans prendre en compte ce qu’était l’ennemi nazi…

Les crimes contre des populations ont été nombreux depuis 1945 et la volonté d’ignorance les a souvent accompagnés. Les cent millions de morts lors du Grand Bond en avant maoïste, le million de victimes du génocide des Tutsi, le génocide des yezidis, les massacres du Darfour, la Tchétchénie, les Rohingyas, le Tibet et les Ouïgours,  les 500 000 morts de Syrie, la liste ne s’arrête pas là…

Le drame que vivent les Gazaouis est réel: il est avant tout dû à la guerre sans merci qu’a choisie de livrer contre Israël le Hamas qui est leur gouvernement. Il faut malheureusement constater que pour Didier Fassin et ses émules, la seule faute morale inexcusable c’est de permettre à l’État d’Israël de se défendre comme il le peut.

Lui qui se voit l’héritier du grand intellectuel que fut Michel Foucault, vient de le rejoindre sur un point au moins, celui de la débilité politique: Foucault avait accueilli avec enthousiasme les Khmers rouges puis l’ayatollah Khomeini…

Les Derniers Jours du Parti socialiste

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Retrouvez Richard Prasquier au micro de Radio J

LFI: une seule solution, la dissolution!

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Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, à Chateauneuf-sur-Isère, le 25 août 2024 © Alain ROBERT/SIPA

Le président d’Avocats sans frontières demande l’interdiction de la France insoumise


Contre LFI, une seule solution : la dissolution ! Je sais, c’est gros. Gros comme un parti politique représenté à l’Assemblée nationale. Mais deux vérités juridiques autant que politiques s’imposent si l’on veut s’extraire du carcan psychologique de notre conditionnement médiatique.

Première vérité : si un parti très à droite utilisait la même phraséologie antisémite et violente que la France insoumise, parti quant à lui situé à l’extrême gauche, il aurait été dissous depuis longtemps et n’aurait, par voie de conséquence, pas pu présenter de candidats. Il faut y voir, bien sûr, le bouclier protecteur de ce que j’ai nommé le « privilège rouge ». Un privilège tellement exorbitant que si on n’hésite pas à situer le Rassemblement national à l’extrême droite malgré son recentrage, on s’interdit de placer la France insoumise à l’extrême gauche, malgré sa radicalisation.

Rima Hassan, Paris, 30 avril 2024 © SEVGI/SIPA

Seconde vérité : à quoi sert l’arme juridique de la dissolution dès lors qu’on n’ose pas l’employer contre la plus dangereuse des entités ? Sauf à dire que, lorsque celle-ci est trop grosse, elle ne peut plus tomber, à l’instar des grandes banques prises en flagrant délit de faillite frauduleuse, dont les Anglo-Saxons disent qu’elles sont « too big to fail ».

A lire aussi : L’Assemblée nationale qui n’aimait pas son pays

Nul ne sait plus que votre serviteur combien demander la dissolution des Insoumis est irréaliste et candide. Mais mon goût pour l’équité me commande de la réclamer par principe moral et juridique.

Comment accepter qu’un Thomas Portes, député insoumis, appelle à l’action populaire contre les athlètes israéliens en pleins Jeux olympiques ?

Comment accepter qu’une Mathilde Panot, députée insoumise, ose encore jeter le discrédit contre les policiers mis en cause dans l’affaire Adama Traoré, ce délinquant peint en martyr, alors que lesdits policiers ont été innocentés ?

Comment accepter qu’une Ersilia Soudais, députée insoumise, dont la sottise ne vaut pas excuse, accueille en héros un Salah Hamouri condamné pour avoir tenté d’assassiner un rabbin ?

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Comment accepter qu’une Rima Hassan, élue insoumise au Parlement européen, puisse participer en Jordanie à une manifestation pro-Hamas, sous les bannières de l’organisation terroriste et au milieu d’incantations en hommage à son défunt chef ?

Un parti politique qui ne met aucun frein à de telles sorties de route n’est pas digne d’exister dans un régime démocratique. Sauf que l’impunité politique, médiatique et juridique dont il jouit, pour cause non seulement de privilège, mais aussi parce qu’il représente désormais, par sa radicalité identitaire, la frange la plus extrême de la population, et qu’il fait tout pour importer de gré ou de force toujours plus d’extrémistes, prouve que nous ne vivons plus dans un régime démocratique.

Nul ne se hasardera à la demander. Raison de plus pour la proposer. Pas seulement pour l’honneur, mais pour prendre date. La France insoumise n’est pas un parti démocratique. Il est temps d’en tirer les conséquences.

Ma vie après l’Assemblée

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©Coudert/Sportsvision/SIPA

Résistance, volonté, travail, courage : l’été à Béziers n’a cessé de me confronter à des êtres incarnant pleinement et merveilleusement ces qualités. Comme pour mieux me rappeler leur pendant : humilité et force morale. Enseignements d’une défaite en politique.


Liberté

L’été a très mal commencé pour moi. Avec une sévère défaite aux élections législatives. Pas vraiment anticipée, pour être honnête. L’échec a été difficile à avaler. Face à cela, j’avais deux solutions. Non, en fait, il n’y en avait qu’une : se remettre en selle immédiatement. C’est ce que j’ai tenté de faire en repartant travailler à la mairie de Béziers dès 7 h 30 le lendemain matin. En dressant la liste des dossiers importants que je gérais en tant que député. Et que je continuerai à suivre en tant que conseillère municipale. Ne jamais se résigner.

Je refuse de me laisser envahir par l’amertume. J’aime ma ville et les Biterrois. Je continuerai à travailler pour eux. Différemment. Et même si le sentiment d’injustice continue de temps en temps à pointer le bout de son nez, le travail guérit de tout… Plus qu’une chose à faire : savourer pleinement – une fois n’est pas coutume – l’été biterrois. Avec quelques points d’orgue. Et un sentiment de liberté retrouvée.

Résistance

Raimond Trencavel le premier est venu me faire la leçon. Huit siècles plus tard ! En 1209, le vicomte et sa famille règnent sur Béziers, dans un esprit de tolérance peu commun à cette époque – et probablement à la nôtre encore. Alors qu’ils sont souvent persécutés ailleurs, les juifs participent à l’administration de la ville et vivent en bonne entente avec l’ensemble de la population. De même, les cathares, cette minorité pacifique qui a fait sécession avec l’Église, est protégée. Ce n’est du goût ni du roi de France ni du pape de l’époque. Les deux vont donc s’entendre pour réduire à néant cette anomalie, ce Béziers trop libre qui pourrait faire des émules.

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Le 22 juillet 1209, c’est l’invasion. Des milliers de Biterrois sont massacrés. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit Simon de Monfort, le prélat du pape, chef de la croisade. Béziers n’est plus qu’un immense hurlement. Une plaie béante. Trencavel est bouleversé. Et décide de défendre ce qu’il est encore possible de défendre. Mais l’ennemi est plus fort. Trencavel, réfugié dans sa citadelle de Carcassonne, est capturé. Débute alors son martyre. Il faut tuer le symbole qu’il est devenu. Il est jeté dans un ignoble trou infesté de vermines. On l’y laissera pourrir, sans aucune pitié. La loi du roi de France règne désormais en Languedoc.

Huit siècles plus tard, justice lui est enfin rendue dans notre ville : une statue de plus de trois mètres de haut de notre ancêtre commun vient d’être érigée en ce mois de juillet, juste à côté de la cathédrale, abritée par les arbres lui offrant une ombre bienvenue en ces chaleurs estivales. Et surtout, nous rappelant que nous sommes les héritiers de cette épopée unique, exceptionnelle et que nous devons en être dignes. Une leçon de courage à méditer…

Jeux olympiques

Non, je ne vous parlerai pas de la cérémonie d’ouverture. Tout a été dit ou presque. On les a tous entendus. Ceux qui l’ont trouvée choquante ; ceux qui l’ont trouvée formidable ; et même ceux qui y ont vu la marque de satan, c’est vous dire… Comme j’ai décidé d’être positive, je ne me souviendrai que de la ferveur du public, de La Marseillaise entonnée à chaque instant, des drapeaux bleu, blanc, rouge agités pour encourager nos sportifs. Et puis, des exploits de Léon Marchand (gageons que son prénom se hissera très vite dans le top 10 des nouveau-nés à venir), des essais d’Antoine Dupont, des médailles d’or homériques de Teddy Riner ou encore des performances de Félix Lebrun… Je suis injuste pour tous nos autres athlètes, mais ils me pardonneront : la moisson a été plus que fructueuse et c’est tant mieux !

Art équestre

Devenu rendez-vous incontournable de l’été à Béziers, nous accueillons chaque année avec un immense plaisir les Folies Gruss. Et pour deux mois. Quel talent ! Quel travail aussi… C’est la première fois que le spectacle sera présenté sans Alexis, le patriarche parti en avril dernier. Stéphane, Maud et Firmin, ses trois enfants, sont là. La conférence de presse déborde d’émotion. Quand les mots se font difficiles pour l’un, un autre prend le relais. Une vraie famille. Qui sait, elle aussi, résister à l’air du temps…

Feria

Pas d’été à Béziers sans sa feria. Cinq jours de fête non-stop, du matin jusque tard dans la nuit. Qui n’a pas vécu sa feria n’est pas un vrai Biterrois. Elle commence par une messe dans les arènes, qui a réuni 6 500 personnes cette année ! Ce qui n’empêche pas les râleurs de service de tempêter comme chaque fois contre le sacro-saint principe de laïcité qui ne serait pas respecté… Chez nous, on les appelle les « anti-tout ». Anti-chasse, anti-corrida, anti-crèche de Noël, anti-messe dans les arènes : le spectre est large et ils n’abandonnent jamais. Nous non plus…

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Léa

Qui dit feria dit corrida. Dans les arènes, nous croisons Gaël Tchakaloff, qui vient d’écrire un livre sur Léa Vicens, superbe torero à cheval qui a une nouvelle fois triomphé chez nous. L’écrivain a suivi durant un an cette femme hors norme, qui a su, seule, se faire une place dans un monde totalement masculin – on peut dire machiste – et qui ne lui fait pas de cadeau. Où l’on découvre – ou redécouvre – les efforts, la volonté, le courage, la quantité de travail incroyable qu’il lui a fallu fournir pour arriver à ce résultat exceptionnel. Un livre d’autant plus intéressant que Gaël Tchakaloff le dit d’entrée : la corrida lui fait horreur. Ancien matador, devenu banderillero avec Léa Vicens, José Maria résume : « L’art tauromachique inculque la force d’âme. La corrida défend le courage, l’honnêteté, la franchise, la persévérance, le don de soi, l’éthique, le respect de l’autre, de l’animal et de la nature. » Il faudrait peut-être rendre la corrida obligatoire…

Premier ministre

Pendant ce temps, le feuilleton politique de l’été se poursuit. À l’heure où je boucle cette chronique, Emmanuel Macron prend son temps. Et consulte toujours. Je repense à la vie hors norme, exceptionnelle de nos champions olympiques, de la famille Gruss, de Léa Vicens. Et si on invitait le président de la République à venir à Béziers ?

La vie à mort

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