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Le garçon from Ipanema

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Rio de Janeiro. Plage d'Ipanema.
Rio de Janeiro. Plage d'Ipanema.

« Cinquenta anos em cinco » (cinquante années en cinq) : lorsqu’il est élu président du Brésil en 1956, Juscelino Kubitschek n’est pas loin de penser que tout devient possible. L’ancien séminariste devenu médecin désire faire entrer son pays dans la modernité : il ordonne la construction de Brasilia, capitale destinée à attirer vers l’intérieur des terres la population et l’activité économique, alors concentrées dans les grandes villes côtières. Lucio Costa dessine les plans de la ville – en forme d’avion, ça va plus vite et plus moderne, on ne fait pas. Oscar Niemeyer conçoit les plus importants bâtiments de la nouvelle capitale : en mille jours, tout sort de terre, et la vitrine moderne du Brésil est inaugurée le 21 avril 1960.

[access capability= »lire_inedits »]Cependant, en 1956, le destin du Brésil n’est pas livré uniquement aux entreprises du BTP. Une nouvelle musique est en train de naître à Rio de Janeiro, fruit de la rencontre entre la jeunesse des favelas et celle de la middle class, entre les rythmes afro-brésiliens, samba et carnaval, le jazz et la variété européenne. Improvisée sur les plages au crépuscule, la bossa-nova devient l’hymne de la modernisation du pays.

Pour se payer ses études d’architecture et vaincre ses insomnies, le jeune Antonio Carlos Jobim joue dans les piano-bars. Il cultive une douce mélancolie. Son précepteur, un Allemand qui a fui le nazisme dans les années 1930, lui a transmis l’amour des mélodies de Ravel, Chopin et Debussy. Les Jobim sont des aristocrates originaires du Sud de la France et ont émigré à Rio de Janeiro au XVIIIe siècle. Le grand-père Jobim est connu dans toutes les salles de classe brésiliennes : géographe, il fut le premier à dessiner la cartographie du pays. Antonio, lui, a mené une enfance carioca heureuse et insouciante, entre une mère aimante et un père absent, diplomate et poète à ses heures.

En 1955, devenu arrangeur et directeur artistique pour Continentale, Jobim rencontre Vinicius de Moraes, poète et diplomate de mauvaise réputation. Vinicius propose à Jobim de composer avec lui la musique du film de Marcel Camus, Orfeu Negro, transposition moderne du mythe d’Orphée dans les favelas. Ensemble, ils vont écrire les classiques de la bossa-nova, dont la célèbre chanson A Felicidade. Comme l’ambassadeur de Moraes se trouve en poste en Uruguay, les deux sont contraints de travailler par téléphone : leur œuvre commune sera le premier chef-d’œuvre issu du télétravail. Le film remporte la palme d’or au Festival de Cannes de 1959.

Vinicius et Tom ont le goût du bonheur simple. Ils se retrouvent souvent au café Veloso, en plein cœur d’Ipanema, le quartier bourgeois de Rio. Chaque soir, à la même heure, ils observent une jolie jeune fille brune aux grands yeux verts. Elle rentre de la plage et passe devant leur table. Elle leur inspire des pensées lubriques, mais pas que ça. Ils lui dédient la chanson Garota de Ipanema (La Fille d’Ipanema). Le titre figure sur l’album de Stan Getz et João Gilberto et devient un hit mondial. Rien n’arrête la musique : plusieurs années consécutives, Jobim et ses compères raflent tous les Grammy Awards. La folie bossa-nova s’empare de tous les continents. Le mélange de décontraction et de sophistication des mélodies de Jobim séduit le public. Ses chansons deviennent des standards du jazz. Elles sont reprises, interprétées, souvent dévoyées pour ne devenir qu’un odieux sirop déversé dans les oreilles de ceux qui s’aventurent à prendre l’ascenseur. Jobim, qui préfère l’écriture et le studio à la scène, ne sait comment réagir face à cet emballement.

Lui, ce qu’il aimait, c’était la musique. Insensatez, Corcovado, Inutil paisagem, Meditaçao, Desafinado, Samba de uma nota so : il a écrit parmi les plus grands chefs-d’œuvre de la musique brésilienne et du jazz.

À Rio, les gratte-ciel s’étalent à perte de vue. Jobim ne voit plus la mer. Le tumulte de la ville a pris le pas sur la nature. L’effet de mode autour de la bossa-nova s’est essoufflé. Jobim se retire dans les hauteurs de Rio, dans une maison dont il a dessiné les plans.

Le violoncelliste arrangeur Jacques Morelenbaum et sa femme Paula ont collaboré à plusieurs albums posthumes des standards de leur ami Jobim. Quarteto Jobim Morelenbaum (Universal Music) avec deux enfants de Jobim. A Day in New York (Sony Classical) avec Ryuichi Sakamoto.

Quarteto Jobim-Morlenbaum

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Malaise d’État

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Plage

D’accord, il est normal voire rassurant que le pays entier s’inquiète du coup de pompe présidentiel. Théoriquement, c’est plutôt le deuxième corps du Roi qui incarne la France, mais ne soyons pas rabat-joie. Cette bruyante sollicitude pour le premier (corps) est peut-être le dernier avatar de notre conscience collective, ce qui nous reste du sentiment d’une histoire et d’un avenir partagés. Admettons donc que ce souci de la santé du monarque manifesté par le peuple témoigne de son intérêt pour celle de la France.

Évidemment, on en a trop fait. C’est toujour pareil, difficile de s’arrêter quand on tient un bon sujet. Et quand on est journaliste de garde estivale, qu’on vient de tenir une semaine sur la grippe A, qui tue sans tuer, et qu’on n’a pas d’autre guerre à se mettre sous la dent que celle qui oppose juilletistes et aoûtiens, je peux vous dire que le malaise de Sarkozy fait figure de source de Coca Zéro dans le désert. Même Causeur en cause, c’est dire. De plus, la santé des princes qui nous gouvernent est le sujet idéal pour ressasser l’une des rengaines médiatiques les plus éprouvées – « on vous cache tout, on vous dit rien ». Déterrer des cadavres dans tous les placards est devenu l’alpha et l’oméga de l’investigation – c’est une métaphore, bien sûr.

[access capability= »lire_inedits »]Après des dizaines de bulletins de santé et autres considérations sur le surmenage sarkozyen, alors que notre malade national partait se reposer sur les terres de Madame, certains de nos estimables confrères se sont aperçus que ça chauffait en Afghanistan, notamment pour nos soldats. Plusieurs jours après l’excellent Jean-Dominique Merchet sur son blog Secret Défense (liberation.fr), Le Parisien a donc évoqué l’embuscade au cours de laquelle trois de nos soldats ont été blessés, dont deux grièvement – ce qui signifie en langage clair qu’ils sont très salement amochés. Et, soyons juste, lorsqu’un autre de nos hommes a finalement eu le bon goût de mourir le 1er août, il a eu droit à un sujet au JT, juste après le chassé-croisé précédemment cité et les accidents de la route afférents à ce dernier. Allez, notre piou-piou décédé a peut être eu droit à presque autant de temps que les vacanciers malchanceux – et, il faut le saluer, à la « une » du Parisien le lendemain.

Pas de quoi s’énerver. Les médias pensent comme nous, il n’y a là rien de nouveau. Et s’ils nous parlent plus d’embouteillages et de malaise vagal que d’Afghanistan, c’est parce qu’ils nous connaissent et savent ce qui est bon pour nous. C’est bien ce qui met mal à l’aise dans cette affaire de malaise d’État. Le jogging du président, le régime du président, le périnée du président : tout cela fabrique un monde commun plutôt cheap. Et pendant que nous nous passionnons pour Sarkozy, ses bobos et ses trucs beauté exactement comme pour ceux de Michael Jackson il y a un mois, la famille de notre soldat mort au combat pourrait légitimement se plaindre de notre ingratitude collective, comme pourraient se plaindre ceux qui ne sont pas morts mais devront apprendre à vivre autrement.

On a le droit de désapprouver l’engagement de la France en Afghanistan ; même quand on adhère à l’objectif, aussi vague soit-il, il est raisonnable de s’interroger sur la stratégie et les moyens mis en oeuvre. Reste que, là-bas, les soldats français se battent en notre nom et au nom de nos principes. Si l’idée de solidarité nationale a un sens, c’est d’abord envers eux. Ce n’est pas une question de morale mais de survie. Quand un pays ne sait plus honorer ceux qui risquent leur vie pour lui – sous ses couleurs –, il ne souffre pas d’un malaise vagal mais d’un sérieux vague à l’âme.[/access]

Ne demandez plus la lune !

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Quand on lui montre la Lune, l'imbécile ne regarde même plus le doigt.
Quand on lui montre la Lune, l'imbécile ne regarde même plus le doigt.

Malgré les efforts déployés, le cœur n’y était pas. Le quarantième anniversaire de la mission Apollo 11 a été l’une de ces fêtes sans joie où l’enthousiasme des invités semble un peu forcé. Mais puisque nous sommes conviés à dresser un bilan, il faut dire que la nouvelle ère promise par le premier pas de Neil Armstrong sur la Lune tarde à arriver. En réalité, et contrairement à ce qu’on a répété sur tous nos écrans, les images des astronautes sautillant sur notre unique satellite naturel annonçaient plutôt la fin d’un rêve qu’un nouveau commencement. « Buzz » Aldrin, qui pensait à l’époque qu’en 2009, on fêterait l’anniversaire du premier homme sur Mars, a exprimé un peu de cette déception. Mais elle a un soubassement plus profond : la fin du Progrès comme structure mentale dominante.

[access capability= »lire_inedits »]En posant son pied droit sur la Lune, Armstrong a fait tomber le rideau sur l’après-guerre, mais aussi sur plus d’un siècle de Progrès. Le premier homme sur la Lune et son concurrent, le premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, incarnaient respectivement des systèmes. Leurs exploits étaient supposés prouver la supériorité d’un modèle de société et même d’une vision du monde porteuse d’un avenir meilleur. Leurs exploits apportaient la preuve de la véracité de ces modèles. Pour des centaines de millions de personnes, la science et ses retombées technologiques spectaculaires exposées à l’occasion de la « conquête de l’espace » annonçaient que l’homme allait bientôt se libérer de la nature en même temps que de ses propres misères.

La NASA de l’époque fut le fer de lance d’une hyper-nation qui, deux ou trois décennies durant, crut qu’elle allait résoudre tous les problèmes fondamentaux de l’humanité. Aucune société n’a jamais poussé aussi loin l’idée que la science et la technologie permettraient de vaincre la famine et la maladie et d’offrir à tous une société d’abondance. Bref, les missions Apollo marquent le début de la fin de l’Histoire.

Quatre décennies plus tard, on sait que cette croyance en un univers maîtrisé sous direction US relevait de la science-fiction. Le rêve de toute-puissance a tourné court. Tout comme la carrière politique du président alors fraîchement élu, Richard Nixon. Au moment où les trois astronautes alunissaient, les accords de Bretton-Woods, qui régissaient le système financier international et donnaient une position dominante aux Etats-Unis, étaient déjà sérieusement mis à mal. La crise énergétique et le chômage endémique signèrent, sur les deux rives de l’Atlantique, la fin des Trente Glorieuses et les conquêtes d’une courte génération de croissance exceptionnelle semblent aujourd’hui beaucoup moins « acquises » qu’annoncé.

Hollywood ne s’y est pas trompé : c’est la mission Apollo 13, marquée par un accident grave, qui a eu son grand film oscarisé, et non l’impeccable Apollo 11. Ce n’est pas le rêve réalisé mais un cauchemar de l’homme pris au piège par une technologie mal maîtrisée. Les mots du pilote d’Apollo 13, « Houston, we have a problem », ont recouvert la belle formule « One small step for (a) man, one giant leap for mankind ». Retour sur Terre à plus d’un titre.

On me dira à raison qu’il y a eu cet instant magique où tous les cœurs humains ont battu à l’unisson, où nous étions tous des frères terriens. Oui, mais on sait que le Terrien a la larme facile et l’émotion abondante : la mort d’une insignifiante princesse anglaise ou celle du roi de la pop, il lui en faut peu, désormais, pour penser la même chose que tout le monde en même temps. Pas besoin de dépenser des milliards et de mettre des vies humaines en péril pour donner l’antenne en direct à des correspondants spéciaux émus qui récitent des banalités aux quatre coins de notre planète ronde. « On a marché sur la Lune » et le moonwalk jacksonien ont la même puissance de feu cathodique, donc émotionnelle. L’important, ce n’est pas l’événement, c’est d’être ensemble – et séparés.

En juillet 1969, le monde insouciant, confiant dans l’avenir, vivait sans le savoir ses dernières heures. Derrière la porte, un autre monde était tapi, à qui allait revenir la mission pas marrante de régler les ardoises laissées par le précédent. Un monde où on travaillerait plus pour gagner moins.[/access]

Halte au régime présidentiel

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Anatomie

Le malaise vagal dont notre estimé président de la République a été victime fin juillet pose un problème dont la solution paraît au moins aussi compliquée que celle du théorème de Fermat.

Soit un président de la République appartenant à l’espèce humaine, genre masculin, marquant 54 ans au compteur. Sa fonction, telle qu’elle se pratique dans les démocraties post-modernes lui impose de rester svelte (le temps des bedaines de comitards radicaux-socialistes est, hélas, révolu), de se montrer trottinant dans la jungle périurbaine vêtu d’un T-shirt, de préférence siglé tendance, et des dernières Nike sorties des mains de fées de jeunes Asiatiques pas encore nubiles.

[access capability= »lire_inedits »]Tout cela en sus de déplacements incessants d’un bout à l’autre de la planète, avec jet-lag chronique, et d’une activité sexuelle de jeune marié.

Or, il se trouve que le métabolisme présidentiel transforme en graisse toute nourriture absorbée au-delà d’une quantité dont un oiseau se satisferait à peine. Tous ses convives le confirment : à table, N. S. chipote comme un top model avant la saison des défilés.

La « panne d’essence » dont il a été victime dans le parc de Versailles n’a donc rien pour surprendre : ce n’est pas en versant un dé à coudre de super dans le réservoir que l’on peut faire 100 bornes à 100 de moyenne…

La grâce électorale confère, certes un pouvoir que certains estiment exorbitant, mais elle est impuissante à corriger un métabolisme génétiquement prédéterminé. Si, par exemple, N. S. adoptait les mœurs alimentaires de son prédécesseur, il ne tarderait pas à échanger sa vague ressemblance avec Stan Laurel pour se rapprocher de la silhouette de son compère, Oliver Hardy.

Il pourrait, certes, manger correctement, et courir tout le temps nécessaire à la combustion des graisses superflues, mais les calculs des diététiciens établissent qu’il ne lui resterait alors que quelques heures par jour pour exercer ses fonctions.

Reste donc le dopage style Tour de France (érythropoïétine de la troisième génération, autotransfusion et autres « pot belge » ou moldave). Lorsque j’ai vu mon président passer derrière le peloton tout près de chez moi, au col de Romme (un enfer vélocipédique), je n’avais pas compris qu’il était en voyage d’étude. Accroche-toi, Nico ![/access]

Légitime décence

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Fusil

Je me demande si notre France républicaine et démocratique, Etat de droit et patrie des droits de l’homme, ne devrait pas s’autoriser, parfois, de petits arrangements avec la démocratie et les droits de l’homme. Dans des cas comme celui-ci, on pourrait y penser :

Il est plus de 3 heures et Gérard Lambert ne dort pas. Couché dans la pénombre de sa chambre, il pense. Retraité depuis un an, en juillet 2008, après une carrière de professeur de collège à essayer de faire entrer du français dans des têtes trop pleines de si peu de choses, il est perplexe quand au résultat. Il a été marié puis divorcé avec trois enfants mariés puis divorcés à leur tour qui lui téléphonent pour lui raconter leurs divorces. Déjà que le sien ne l’intéressait pas, alors, ceux de ses gosses !

[access capability= »lire_inedits »]A 3 h 22, il accroche du regard les chiffres bleus du radio-réveil en se levant vers la fenêtre. Un bruit de portière familier parvient de sa Golf, garée devant son pavillon de Courcouronnes. Il jette un coup d’œil à travers le store et aperçoit nettement sous la lune claire trois casquettes sur trois têtes, lesquelles sont plantées sur trois jeunes, deux assis à l’avant de sa voiture, un debout derrière qui fait le guet.

Gérard a toujours vaguement espéré vivre un truc comme ça. Comme souvent dans l’action, une seule question se pose : que ferait Clint Eastwood ? Une seconde après, il attrape, au-dessus de l’armoire, un fusil à air comprimé qui n’a jamais sévi que sur du carton. Il retourne à la fenêtre et fait glisser le canon luisant de son arme par la fente de lumière des stores entrebaîllés. La portière avant gauche de sa voiture est grande ouverte et l’une des casquettes, pliée sur le siège, s’acharne sur les fils du neiman. Ce crétin a mis, pour l’occasion, un jogging blanc satiné, et ses fesses brillent comme deux petites lunes.

Gérard vise très lentement, en plissant les yeux, comme son maître à ne pas trop penser le fait dans les films, et appuie sur la gâchette. Le coup de feu réveille les voisins. Deux des joggings et casquettes s’enfuient à toutes jambes, le troisième en boîtant, une main sur la fesse droite, en beuglant vers ses comparses : « Hé ! Enculés ! Attendez-moi, bande de bâtards ! »

Gérard retire le canon fumant de la fenêtre entr’ouverte et savoure un moment la débandade des castors juniors avant d’appeler la gendarmerie. Il décapsule une bière et se marre, en repensant aux trois branleurs qui se disent peut être : « De toute façon, à c’t’heure-ci j’suis mineur, j’m’en bats les couilles. Ils vont pas m’faire un deuxième trou au cul, ces bâtards de schmidts ! »

Les gendarmes arrivent, trois jeunes, deux hommes et une femme, très sérieux, très pros et très « procédure ». « Monsieur Lambert, on va vous demander de nous suivre à la brigade. Prenez vos papiers, vous allez être placé en garde à vue ! C’est la loi ! » Arrivé au poste, Gérard vide ses poches sur une table, défait sa ceinture et ses lacets, les pose dans une boîte et entre dans une cellule pour finir la nuit sur un banc en béton.

Difficile de trouver le sommeil. Il rêve à une autre fin pour sa nuit tourmentée :

Il a à peine refermé la porte sur les gendarmes, auxquels il a promis de passer le lendemain pour la déposition, que Gérard fonce sous cinq minutes de douche, puis enfile ses bottes et son cuir, enfourche sa moto et démarre en réveillant les voisins rendormis. En filant sur la route déserte, à l’heure où blanchit la campagne de Victor, il réfléchit à une stratégie pour surprendre au réveil une femme qu’il n’a jamais cessé de désirer. Gonflé par son exploit, il compose une histoire avec du sang-froid, un canon qui brille sous la lune, la précision du tir, la décharge du plomb, le jogging foutu.

Il a confiance, il sait que son récit, habilement mené, saura inspirer à cette dame de qualité une récompense digne d’un héros. Arrivé chez la dame, il pénètre dans son jardin en regardant le jour se lever et en sifflant l’air de How deep is your love ? des Bee Gees.

Malgré la rigueur de la couche, Gérard finit par s’endormir dans ses rêveries sur la béquille et sur le ciment.

En dictature, non seulement notre héros aurait pu finir sa nuit sur une bonne impression, mais l’Etat aurait envoyé à la famille du délinquant la facture du plomb. Un 18-Brumaire, vite !

PS : Cette fiction m’a été inspirée par un fait divers récent et par des tas d’autres dont j’ai oublié les détails. Les répliques des jeunes sont de ma fille.[/access]

Eté meurtrier, gouvernement complice

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Téléphérique
Attention, l'été tue !

Les statistiques sont implacables et le bilan accablant : l’été tue beaucoup plus de gens que les trois autres saisons réunies.

Ainsi, dans les parages où je demeure, on constate une augmentation fulgurante du nombre des victimes d’accidents de montagne ou de randonnée dès l’arrivée des beaux jours. Les crevasses des glaciers exigent chaque année plus de chair fraîche. On ne compte plus les sexagénaires qu’une retraite accordée alors qu’ils sont encore en pleine forme incite à gravir des sentiers escarpés, où la Faucheuse les guette à chaque passage un peu délicat et n’hésite pas à leur envoyer l’orage et la foudre lorsqu’ils se révèlent par trop résistants. On devrait bientôt parvenir à juguler ce dernier fléau en n’accordant plus le billet de sortie de la vie active qu’à des quasi-grabataires ayant dû cotiser trois quarts de siècle pour bénéficier d’une pension à taux plein.

[access capability= »lire_inedits »]La mortalité provoquée par les noyades en mer, en rivière et même en piscine connaît également un accroissement exponentiel entre juin et septembre. Ceux qui ont envers le sport une attitude churchillienne d’abstinence totale ne doivent pas se considérer pour autant préservés des calamités estivales : la bronzette paresseuse, c’est de la mort à crédit : tôt ou tard, le crabe excité par les ultraviolets transformera un charmant grain de beauté en mélanome malin.

Face à ces calamités, il faut bien reconnaître que les pouvoirs publics font montre d’une coupable passivité : quelques vagues campagnes de prévention, des drapeaux sur les plages dont tout le monde se fiche, le refus obstiné d’instaurer un permis de randonner à l’instar du permis bateau sont la preuve que le pouvoir est autant à la botte du lobby du tourisme qu’à celle du lobby nucléaire.

L’argent, cet argent fou qui engraisse les hôteliers, plagistes, marchands de glaces ambulants et gardiens de refuges n’a que faire des vies brisées et des familles endeuillées à cause de cette folie estivale qui s’empare chaque année de notre pays.

Le principe de précaution, dont on nous rebat les oreilles tout au long de l’année, semble s’être mis, lui aussi en congé annuel.

On n’entend pas, non plus, à ce propos, les cris angoissés des chevaliers de l’apocalypse habituels, les Hulot, Cohn-Bendit ou Bové. Quand il fait soleil, c’est la faute au réchauffement climatique et, quand le temps est pourri, c’est qu’on ne perd rien pour attendre : tel est leur message tristement répétitif entre juin et septembre, alors que des catastrophes beaucoup plus dramatiques se produisent sous leurs yeux chaque jour d’été qui passe.

Le principe de précaution ne se divise pas : il doit être appliqué 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an (366 les années bissextiles).

Les solutions sont pourtant là, à portée de main, et de surcroît peu gourmandes de deniers publics. Les activités de loisirs, si meurtrières en été, se révèlent en effet beaucoup plus sûres en hiver. Les statistiques sont formelles : on compte infiniment moins de noyés au mois de décembre qu’au mois d’août, et les dévissages dans les aiguilles de Chamonix sont beaucoup moins nombreux quand le thermomètre marque -30 au sommet du téléphérique de l’Aiguille du Midi.

Un gouvernement qui aurait le souci de la préservation de la vie et de la santé des Français n’hésiterait pas à prendre les mesures drastiques qui s’imposent. Par exemple, n’autoriser les baignades que les mois en « r » : des millions d’huîtres ne peuvent pas avoir tort. Verbaliser sans pitié toutes celles et tous ceux qui lézardent en bikini sur la plage les jours où le cagnard darde ses rayons.

Créer un corps de police des sentiers et installer des caméras de vidéo-surveillance sur les GR pour dissuader les imprudents de se prendre une suée avant le 15 novembre.

Tout cela, bien sûr, heurtera les intérêts d’une infime minorité de vautours de l’industrie touristique, qui fera tout pour préserver ses privilèges éhontés. L’insurrection qui vient sera celle d’un peuple auquel une avant-garde visionnaire aura dessillé les yeux : la tyrannie sanglante de l’été sera abolie par ceux-là mêmes qui en sont aujourd’hui les esclaves enchaînés. Mieux vaut vivre gelé que mourir bronzé.[/access]

La chaise éclectique

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C’est au Sud, évidemment. Le lecteur veut pouvoir lire dehors, sur une chaise longue, et regarder la mer. De quel Sud s’agit-il ? le lecteur n’a pas forcément envie de le dire. Le lecteur veut bien partager ses lectures avec les Causeurs, mais pour le reste, les voir débarquer comme ça, sans prévenir… Certains, il ne dit pas… Mais bon.

Disons que c’est un Sud où il y a l’euro et des claviers qwerty, mais que ce n’est pas une monarchie. Disons que c’est un Sud où le lecteur va depuis l’enfance, un Sud où l’on parle une langue d’oiseaux. Un Sud avec assez peu de touristes allemands, sauf sur une mince bande méridionale qu’ils occupent avec beaucoup moins de raffinement que ne l’ont fait les Arabes en leur temps. Les uns ont laissé des faïences, des bains, des amandiers ; les autres laissent surtout des papiers gras, des maladies vénériennes et des bagarres d’ivrognes. D’ailleurs, ils ne lisent pas.

C’est pour cela que le lecteur n’y va plus trop, dans la zone occupée, et pourtant, on peut y méditer sur un cap splendide où naguère un roi pensif allait seul regarder l’océan, rêver d’outre-mer et finit par envoyer ses bateaux partir bien loin conquérir un cinquième empire, sur la simple foi d’un bout de bois d’une essence inconnue que lui apportèrent les vagues, un matin.

C’est un Sud que beaucoup d’écrivains aimèrent avant le lecteur, finalement. Des écrivains connus pour leurs goûts des îles, du style, des voyages et des nations élégamment périphériques. C’est pour cela que le lecteur les prend toujours avec lui, en fond de bibliothèque, comme le cuisinier a besoin d’un fond de produits, toujours les mêmes, qui servent de base à ses plats favoris. C’est surtout de ceux-là qu’a envie de vous parler le lecteur. La rentrée littéraire va arriver bien assez tôt.

Ainsi, jamais il ne partirait sans Déon, Chardonne, Morand, Larbaud quand il se rend dans ce Sud-là. De Déon, cette année, il a pris Un déjeuner de soleil, son préféré, le récit de la vie d’un écrivain imaginaire. Nous sommes tous des écrivains imaginaires puisque nous sommes tous des lecteurs. Déon a très bien compris ça, entre autres. L’année prochaine, il faudra songer à changer le vieux Folio. Les livres fabriqués selon les procédés de l’industrie moderne s’usent, hélas, plus vite que le cœur d’un mortel.

De Chardonne, il est parti avec l’édition originale de Claire dans la mythique collection « Pour Mon Plaisir » de Bernard Grasset. Le papier alfa n’a pas bougé. Pas plus que le génie de Chardonne. Claire, le lecteur en connaît les premières phrases par cœur : « La beauté de Claire, c’est-elle même. Elle est toute entière inscrite dans la forme de ses bras. » Le lecteur pense que jamais la langue française ne fut portée à un tel de gré d’incandescence classique. Chardonne avait une pensée politique qui aurait été celle d’un genre de Villiers protestant européiste. Pas franchement la tasse du thé du lecteur, mais comme il n’y a pas de morale en littérature, on peut très bien écrire avec des idées franchement rances et écrire rance en étant un ami du peuple. C’est comme ça.

De Morand, le lecteur a avec lui un recueil de nouvelles dont il ne donnera pas le titre, sinon vous trouveriez tout de suite où il est et il préfère laisser un flou. Sachez simplement que cela renvoie à une des plus jolies villes du pays, dans une montagne verdoyante qui domine la capitale, au loin. De sa chaise longue, le lecteur en voit la silhouette perdue dans du bleu atlantique. On y trouve un château où Visconti aurait pu tourner des plans de son Louis II, un château-pâtisserie où le dernier roi du pays apprit d’ailleurs qu’il ferait mieux de partir, quelques années avant la guerre de 14. Il n’a pas fait d’histoires. Il a tout de suite embarqué pour une ancienne colonie.

Valery Larbaud, lui, vous explique très bien que les révolutions, dans ce pays, sont fréquentes mais qu’elles ne tuent pas. La dernière en date, où il fut beaucoup question de fleurs et de militaires de gauche qui ont vite rendu le pouvoir au peuple, comme si c’était une chose un peu répugnante pour des guerriers sincères, a aujourd’hui l’âge que beaucoup d’hommes trouvent idéal pour une femme. Le lecteur, là non plus, ne vous en dira pas plus.

De Valery Larbaud, le lecteur cette année n’a pas pris la Pléiade en un volume, celle où se trouve le plus joli roman jamais écrit sur les amours adolescentes, Fermina Marquez. Non, il a emporté l’extraordinaire édition complète du Journal, qui vient enfin de sortir chez Gallimard. Un seul volume de 1600 pages. Le genre de truc à vous ficher un excédent de bagages. En même temps, 1600 pages de Larbaud valent bien de prendre le risque.

Evidemment, le lecteur ne se déplace jamais non plus sans Rimbaud. Il a vu, de retour en France, que l’hebdomadaire Marianne avait eu l’idée moyenne de demander à un écrivain de descendre un autre écrivain dans ce qu’il est convenu d’appeler les séries d’été. En soi, l’exercice aurait pu peut-être avoir été drôle entre vivants et ce ne fut le cas que la première semaine où Philippe Besson exécuta Patrick Besson qui s’en remettra parce qu’il a la peau dure et qu’il sait se défendre. En revanche, voir Agnès Desarthe dire tout le mal qu’elle pense d’Alain-Fournier laisse rêveur. Et quand un troisième couteau flingue Rimbaud sans que l’on soit sûr qu’il s’agisse de second degré, on se dit que l’individu en question n’a pas été plus précis que Verlaine à Bruxelles quand il tira sur le sale gosse. Mais Verlaine le fit par amour alors que le troisième couteau, c’est pour se faire un nom. Ils feront quoi à Marianne l’année prochaine ? Madeleine Chapsal contre Homère et Marc Lévy contre Balzac ? La haine du sens, comme la raison, a parfois des ruses décidément déroutantes…

Dans Rimbaud, cette année, le lecteur a d’ailleurs surtout traîné du côté de la correspondance. Comme s’il allait trouver, par miracle, la raison du silence prématuré alors que tout le monde cherche ça de puis toujours et n’a toujours pas trouvé. Il a comme ça des questions qui le taraudent, le lecteur. Pourquoi Rimbaud est-il parti au Harar ? Pourquoi les jeunes filles, même dans ce pays délicat, se greffent des aillepaudes autistiques ? Pourquoi aucune expérience communiste n’a (encore) réussi ?

Pour essayer de répondre à la dernière question, le lecteur a aussi dans la pile près de sa chaise longue, L’Hypothèse communiste de Badiou dans laquelle il a lu des évidences réconfortantes à propos de la crise en cours : « On voit, ce qui s’appelle voir, des choses simples et connues de longue date : le capitalisme n’est qu’un banditisme irrationnel dans son essence et dévastateur dans son devenir. Il a toujours fait payer quelques courtes décennies de prospérité sauvagement inégalitaires par des crises où disparaissaient des quantités astronomiques de valeur, des expéditions punitives sanglantes dans toutes les zones jugées par lui stratégiques ou menaçantes, et des guerres mondiales où il se refaisait une santé. »

Il sent bien que ça va faire des histoires, cette citation, le lecteur, mais bon, même dans une chaise longue d’un pays bleu et ocre, avec à quelques dizaines de mètres, des rouleaux d’écume et des surfeuses rieuses, il a du mal à ne pas provoquer, le lecteur.

Il sait que la sagesse ne viendra jamais. Il ne sait pas s’il doit s’en plaindre. Pour l’instant, une surfeuse éblouie reprend pied et le lecteur pense à Rimbaud, encore une fois :

« Elle est retouvée !
Quoi ?
L’éternité : c’est la mer allée avec le soleil… »

Fermina Márquez

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Un café, un poutche et l’addition

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En ce mois d’août, le président du Vénézuela Hugo Chavez (gauche bolivarienne) a pris une mesure originale. Il a envoyé l’armée occuper les usines de café, aux mains de monopoles privés qui fixaient les prix abusivement. Quelques jours après avoir refusé de renouveler la concession de plusieurs chaînes privées qui appelaient ouvertement à son renversement ou à son assassinat, il semble que le courageux colonel engage son pays sur une voie originale, celle d’une sortie en douceur de la dictature capitaliste assistée par la télévision, de type ouest européen (Italie, France, etc.). De plus, contrairement à Obama, en difficulté sur son projet de sécurité sociale, ou à Arnold Schwarzenegger, acteur de série B et gouverneur de Californie (cumul traditionnel chez les Républicains) obligé de sabrer dans les dépenses sociales et éducatives pour boucler son budget grevé par des spéculateurs boursiers qu’il a fallu renflouer à coups de milliards de dollars, cette décision du président Chavez pourrait bien lui permettre, à lui et au peuple vénézuélien, de sauver le petit noir.

Sous le soleil des topiques

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Une chose est sûre : les journalistes prennent aussi des vacances.
Une chose est sûre : les journalistes prennent aussi des vacances.

Nous vivons des temps inédits. A preuve : les marronniers ne sont plus ce qu’ils étaient. Même les télés ne peuvent plus se contenter d’alimenter un JT uniquement à coup de pizzas avariées et de Médor abandonnés. Et l’ensemble des médias, où plutôt ce qu’il en reste pour cause de congés payés, se voit contraint de renouveler son offre d’été, faute de pouvoir s’en tenir aux « unes » traditionnelles dont ils faisaient leurs délices les saisons passées – on a presque envie de dire : les siècles passés. C’en est donc fini du monopole des couv’ racoleuses sur le sexe et, heu… le sexe.

Quoi de neuf, donc ? Si la saison est loin d’être forclose, quelques grandes tendances se dessinent déjà.

[access capability= »lire_inedits »]Tout d’abord, les classiques revisités :

La crise (ci-devant des subprimes). Elle fait encore parler d’elle. Comme en 2008, on nous raconte ça et là les aventures d’une famille qui a choisi le camping à Quiberon plutôt que la demi-pension aux Flots bleus. Mais comme ladite crise touche aussi l’hôtellerie de luxe qui, nous dit-on, brade ses chambres sur le Net, certains petits malins titrent sur le phénomène inverse. On attend, avant fin août, le premier reportage sur le Plaza Athénée envahi par les Rmistes. A prévoir aussi, au rayon crise, des articles sur les estivants qui, sur la route des plages ou du Futuroscope, font un détour pour emmener les gamins voir les bonbonnes de gaz à New Fabris ou JLG.

Les incendies de forêts. Pour cause de temps de merde généralisé (quid du réchauffement climatique, au fait ?), on a scandaleusement failli en être privé. Heureusement, un brave sous-off de la Légion a rectifié le tir…

Ensuite, les nouveaux épisodes de feuilletons d’avant les vacances :

La grippe A (ex-porcine, ex-mexicaine, ex-H1N1). Elle est en train de devenir la grippe tout court. Accompagnée, toutefois, d’une épidémie de schizophrénie dans la profession. « C’est très très grave », nous serine-t-on, juste avant de nous expliquer le contraire : en cas de fièvre et de douleurs persistantes, foutez la paix au SAMU et allez voir votre docteur (souvent appelé médecin « généraliste » dans les gazettes et « référent » dans le journal du soir). De toute façon, on n’attend rien de monstrueux avant l’automne et, si vous voulez mon avis, des vacanciers qui, en juillet, s’inquiètent de la grippe à la rentrée, ça vaut pas plus cher que ces étudiants qui, dans les manifs, disent être préoccupés par le montant ou l’âge de leur retraite : qu’ils crèvent !

Le Parti socialiste. La déculottée des élections européennes ayant eu le mauvais goût de tomber au mois de juin, normal que les collatéraux débordent sur l’été. Au moins, avec sa correspondance-surprise avec Manuel Valls, Martine Aubry réussit-elle à faire parler de sa personne, ce qui est une sorte de petit exploit, comme en réalisent les baroudeurs tricolores sur les étapes de transition du Tour. Mais il ne suffit pas de montrer le maillot, encore faut-il garder des forces pour la fin de l’étape, et on ne vous parle même pas de victoire finale sur les Champs-Elysées.

Enfin, il y a les vrais thèmes innovants :

La Lune. De France Cul à Gala, impossible d’échapper au quarantenaire des exploits d’Armstrong et d’Aldrin. On pourra (souvenez-vous de mai 68 la saison passée) s’étonner de cette nouvelle lubie de fêter les 40 bougies d’un événement avec le lustre d’un cinquantenaire voire d’un centenaire. Après tout, il aurait été plus logique de garder tous ces flonflons pour 2019. L’allongement de la durée de vie étant ce qu’il est, il y a fort à parier que les protagonistes seront toujours là : tout comme la Lune, d’ailleurs.

La fin du topless. Ça, c’est du lourd, notamment dans les hebdos féminins qui n’en finissent pas d’épiloguer sur le hara-kiri du monokini. Chacun y va de son analyse, toujours pour expliquer que le féminisme est entré dans les mœurs, qu’on n’a plus besoin de le revendiquer et encore moins de l’exposer. Mais beaucoup vont plus loin, théorisant, comme nos consœurs d’Elle, sur cet acquis fantastique qu’est la « nouvelle pudeur ». Dans tous les journaux, les témoignages sont légion, toujours à base de nanas de 20 ans qui t’expliquent que, quand même, le regard des garçons, c’est gênant. Toutes choses qui m’amènent à me demander si ce sujet-là est finalement si neuf que ça, ou s’il ne s’agit que de la suite logique des âneries du printemps sur la nécessité de ne pas stigmatiser celles qui ont choisi de porter la burqa…
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Les problèmes de cœur du président

Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt ? Il a suffi de quelques heures d’hospitalisation, suite au malaise vagal consécutif à un footing trop poussé, pour que la popularité présidentielle, en berne depuis des lustres, hisse à nouveau les couleurs.

Chez Sarkozy, tout est politique, même le corps du président, même les défaillances du corps du président. Selon un sondage CSA pour VSD, publié mercredi, le passage au Val-de-Grâce a opéré des miracles : 53 % des Français jugent désormais que Nicolas Sarkozy est un “bon président”, soit 12 % de plus que dans le précédent sondage, 63 % le jugent “sympathique” (+ 15 % !), 50 % “proche des gens” (+ 14 %) et, sans surprise, 90 % d’observateurs avisés l’estiment “dynamique” (+ 5 % tout de même, on se demande sur quelle planète lointaine vivent les 10 % qui, apparemment, le jugent lymphatique).

On savait déjà qu’on pouvait gagner une élection grâce à un cancer de la prostate habilement géré, mais c’était tout de même cher payer. Mais + 12 % d’opinions favorables pour le prix d’un malaise vagal, c’est bradé !

La démocratie, c’est simple comme un électrocardiogramme. Quand on pense qu’il n’y pas si longtemps encore, quand on n’avait pas encore compris que la politique n’a plus rien de politique, certains s’échinaient, dans d’obscurs cabinets, à élaborer pendant des mois des catalogues de propositions incompréhensibles pour attirer un chaland électoral qui s’en contrefichait – car il ne pense qu’à une chose, le brave électeur : élire son prochain, son frère, celui qui lui ressemblera le plus, qui sera le plus proche de lui – tout proche. Ce n’est plus un système politique, c’est de la calinothérapie.

On imagine que suite au succès inattendu de ce coup de com impromptu, la cellule idoine de l’Elysée a déjà concocté un programme aux petits soins pour convaincre les 50 % qui persistent stupidement à ne pas trouver notre hyperprésident “proche des gens” : une extinction de voix de Carla à la veille d’un concert ? ça pourrait passer inaperçu. Plutôt une bonne petite crise conjugale à l’automne, suivie d’une réconciliation express à Venise, avec échanges de papouilles sur une gondole (un dîner aux chandelles à l’Hippopotamus a été un moment évoqué, mais il ne faut pas trop en faire non plus). Pour les fêtes, on pourrait prévoir une jolie crise de foie carabinée – question proximité avec le Français moyen, y’ pas mieux, coco. Au printemps 2010, un accident de plongeoir dans la piscine du cap Nègre, programmé au bon moment, devrait constituer un coup de pouce décisif pour les régionales.

Et après ? Après… qu’est-ce qui pourrait encore rendre le Président plus “proche des gens” ? A part un licenciement sec suite à une délocalisation du pouvoir politique à Bruxelles, je ne vois pas. Après ça, Nicolas Sarkozy pourrait – enfin ! – connaître une popularité triomphale à la Chirac, qui en ce moment multiplie les bains de foule, en toute proximité, à Saint-Tropez, qui abrite temporairement ses vacances perpétuelles. C’est tout le mal que l’on souhaite à notre vénéré président.

Le garçon from Ipanema

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Rio de Janeiro. Plage d'Ipanema.
Rio de Janeiro. Plage d'Ipanema.
Rio de Janeiro. Plage d'Ipanema.
Rio de Janeiro. Plage d'Ipanema.

« Cinquenta anos em cinco » (cinquante années en cinq) : lorsqu’il est élu président du Brésil en 1956, Juscelino Kubitschek n’est pas loin de penser que tout devient possible. L’ancien séminariste devenu médecin désire faire entrer son pays dans la modernité : il ordonne la construction de Brasilia, capitale destinée à attirer vers l’intérieur des terres la population et l’activité économique, alors concentrées dans les grandes villes côtières. Lucio Costa dessine les plans de la ville – en forme d’avion, ça va plus vite et plus moderne, on ne fait pas. Oscar Niemeyer conçoit les plus importants bâtiments de la nouvelle capitale : en mille jours, tout sort de terre, et la vitrine moderne du Brésil est inaugurée le 21 avril 1960.

[access capability= »lire_inedits »]Cependant, en 1956, le destin du Brésil n’est pas livré uniquement aux entreprises du BTP. Une nouvelle musique est en train de naître à Rio de Janeiro, fruit de la rencontre entre la jeunesse des favelas et celle de la middle class, entre les rythmes afro-brésiliens, samba et carnaval, le jazz et la variété européenne. Improvisée sur les plages au crépuscule, la bossa-nova devient l’hymne de la modernisation du pays.

Pour se payer ses études d’architecture et vaincre ses insomnies, le jeune Antonio Carlos Jobim joue dans les piano-bars. Il cultive une douce mélancolie. Son précepteur, un Allemand qui a fui le nazisme dans les années 1930, lui a transmis l’amour des mélodies de Ravel, Chopin et Debussy. Les Jobim sont des aristocrates originaires du Sud de la France et ont émigré à Rio de Janeiro au XVIIIe siècle. Le grand-père Jobim est connu dans toutes les salles de classe brésiliennes : géographe, il fut le premier à dessiner la cartographie du pays. Antonio, lui, a mené une enfance carioca heureuse et insouciante, entre une mère aimante et un père absent, diplomate et poète à ses heures.

En 1955, devenu arrangeur et directeur artistique pour Continentale, Jobim rencontre Vinicius de Moraes, poète et diplomate de mauvaise réputation. Vinicius propose à Jobim de composer avec lui la musique du film de Marcel Camus, Orfeu Negro, transposition moderne du mythe d’Orphée dans les favelas. Ensemble, ils vont écrire les classiques de la bossa-nova, dont la célèbre chanson A Felicidade. Comme l’ambassadeur de Moraes se trouve en poste en Uruguay, les deux sont contraints de travailler par téléphone : leur œuvre commune sera le premier chef-d’œuvre issu du télétravail. Le film remporte la palme d’or au Festival de Cannes de 1959.

Vinicius et Tom ont le goût du bonheur simple. Ils se retrouvent souvent au café Veloso, en plein cœur d’Ipanema, le quartier bourgeois de Rio. Chaque soir, à la même heure, ils observent une jolie jeune fille brune aux grands yeux verts. Elle rentre de la plage et passe devant leur table. Elle leur inspire des pensées lubriques, mais pas que ça. Ils lui dédient la chanson Garota de Ipanema (La Fille d’Ipanema). Le titre figure sur l’album de Stan Getz et João Gilberto et devient un hit mondial. Rien n’arrête la musique : plusieurs années consécutives, Jobim et ses compères raflent tous les Grammy Awards. La folie bossa-nova s’empare de tous les continents. Le mélange de décontraction et de sophistication des mélodies de Jobim séduit le public. Ses chansons deviennent des standards du jazz. Elles sont reprises, interprétées, souvent dévoyées pour ne devenir qu’un odieux sirop déversé dans les oreilles de ceux qui s’aventurent à prendre l’ascenseur. Jobim, qui préfère l’écriture et le studio à la scène, ne sait comment réagir face à cet emballement.

Lui, ce qu’il aimait, c’était la musique. Insensatez, Corcovado, Inutil paisagem, Meditaçao, Desafinado, Samba de uma nota so : il a écrit parmi les plus grands chefs-d’œuvre de la musique brésilienne et du jazz.

À Rio, les gratte-ciel s’étalent à perte de vue. Jobim ne voit plus la mer. Le tumulte de la ville a pris le pas sur la nature. L’effet de mode autour de la bossa-nova s’est essoufflé. Jobim se retire dans les hauteurs de Rio, dans une maison dont il a dessiné les plans.

Le violoncelliste arrangeur Jacques Morelenbaum et sa femme Paula ont collaboré à plusieurs albums posthumes des standards de leur ami Jobim. Quarteto Jobim Morelenbaum (Universal Music) avec deux enfants de Jobim. A Day in New York (Sony Classical) avec Ryuichi Sakamoto.

Quarteto Jobim-Morlenbaum

Prix: 41,20 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 6,84 €

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Malaise d’État

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Plage

Plage

D’accord, il est normal voire rassurant que le pays entier s’inquiète du coup de pompe présidentiel. Théoriquement, c’est plutôt le deuxième corps du Roi qui incarne la France, mais ne soyons pas rabat-joie. Cette bruyante sollicitude pour le premier (corps) est peut-être le dernier avatar de notre conscience collective, ce qui nous reste du sentiment d’une histoire et d’un avenir partagés. Admettons donc que ce souci de la santé du monarque manifesté par le peuple témoigne de son intérêt pour celle de la France.

Évidemment, on en a trop fait. C’est toujour pareil, difficile de s’arrêter quand on tient un bon sujet. Et quand on est journaliste de garde estivale, qu’on vient de tenir une semaine sur la grippe A, qui tue sans tuer, et qu’on n’a pas d’autre guerre à se mettre sous la dent que celle qui oppose juilletistes et aoûtiens, je peux vous dire que le malaise de Sarkozy fait figure de source de Coca Zéro dans le désert. Même Causeur en cause, c’est dire. De plus, la santé des princes qui nous gouvernent est le sujet idéal pour ressasser l’une des rengaines médiatiques les plus éprouvées – « on vous cache tout, on vous dit rien ». Déterrer des cadavres dans tous les placards est devenu l’alpha et l’oméga de l’investigation – c’est une métaphore, bien sûr.

[access capability= »lire_inedits »]Après des dizaines de bulletins de santé et autres considérations sur le surmenage sarkozyen, alors que notre malade national partait se reposer sur les terres de Madame, certains de nos estimables confrères se sont aperçus que ça chauffait en Afghanistan, notamment pour nos soldats. Plusieurs jours après l’excellent Jean-Dominique Merchet sur son blog Secret Défense (liberation.fr), Le Parisien a donc évoqué l’embuscade au cours de laquelle trois de nos soldats ont été blessés, dont deux grièvement – ce qui signifie en langage clair qu’ils sont très salement amochés. Et, soyons juste, lorsqu’un autre de nos hommes a finalement eu le bon goût de mourir le 1er août, il a eu droit à un sujet au JT, juste après le chassé-croisé précédemment cité et les accidents de la route afférents à ce dernier. Allez, notre piou-piou décédé a peut être eu droit à presque autant de temps que les vacanciers malchanceux – et, il faut le saluer, à la « une » du Parisien le lendemain.

Pas de quoi s’énerver. Les médias pensent comme nous, il n’y a là rien de nouveau. Et s’ils nous parlent plus d’embouteillages et de malaise vagal que d’Afghanistan, c’est parce qu’ils nous connaissent et savent ce qui est bon pour nous. C’est bien ce qui met mal à l’aise dans cette affaire de malaise d’État. Le jogging du président, le régime du président, le périnée du président : tout cela fabrique un monde commun plutôt cheap. Et pendant que nous nous passionnons pour Sarkozy, ses bobos et ses trucs beauté exactement comme pour ceux de Michael Jackson il y a un mois, la famille de notre soldat mort au combat pourrait légitimement se plaindre de notre ingratitude collective, comme pourraient se plaindre ceux qui ne sont pas morts mais devront apprendre à vivre autrement.

On a le droit de désapprouver l’engagement de la France en Afghanistan ; même quand on adhère à l’objectif, aussi vague soit-il, il est raisonnable de s’interroger sur la stratégie et les moyens mis en oeuvre. Reste que, là-bas, les soldats français se battent en notre nom et au nom de nos principes. Si l’idée de solidarité nationale a un sens, c’est d’abord envers eux. Ce n’est pas une question de morale mais de survie. Quand un pays ne sait plus honorer ceux qui risquent leur vie pour lui – sous ses couleurs –, il ne souffre pas d’un malaise vagal mais d’un sérieux vague à l’âme.[/access]

Ne demandez plus la lune !

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Quand on lui montre la Lune, l'imbécile ne regarde même plus le doigt.
Quand on lui montre la Lune, l'imbécile ne regarde même plus le doigt.
Quand on lui montre la Lune, l'imbécile ne regarde même plus le doigt.
Quand on lui montre la Lune, l'imbécile ne regarde même plus le doigt.

Malgré les efforts déployés, le cœur n’y était pas. Le quarantième anniversaire de la mission Apollo 11 a été l’une de ces fêtes sans joie où l’enthousiasme des invités semble un peu forcé. Mais puisque nous sommes conviés à dresser un bilan, il faut dire que la nouvelle ère promise par le premier pas de Neil Armstrong sur la Lune tarde à arriver. En réalité, et contrairement à ce qu’on a répété sur tous nos écrans, les images des astronautes sautillant sur notre unique satellite naturel annonçaient plutôt la fin d’un rêve qu’un nouveau commencement. « Buzz » Aldrin, qui pensait à l’époque qu’en 2009, on fêterait l’anniversaire du premier homme sur Mars, a exprimé un peu de cette déception. Mais elle a un soubassement plus profond : la fin du Progrès comme structure mentale dominante.

[access capability= »lire_inedits »]En posant son pied droit sur la Lune, Armstrong a fait tomber le rideau sur l’après-guerre, mais aussi sur plus d’un siècle de Progrès. Le premier homme sur la Lune et son concurrent, le premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, incarnaient respectivement des systèmes. Leurs exploits étaient supposés prouver la supériorité d’un modèle de société et même d’une vision du monde porteuse d’un avenir meilleur. Leurs exploits apportaient la preuve de la véracité de ces modèles. Pour des centaines de millions de personnes, la science et ses retombées technologiques spectaculaires exposées à l’occasion de la « conquête de l’espace » annonçaient que l’homme allait bientôt se libérer de la nature en même temps que de ses propres misères.

La NASA de l’époque fut le fer de lance d’une hyper-nation qui, deux ou trois décennies durant, crut qu’elle allait résoudre tous les problèmes fondamentaux de l’humanité. Aucune société n’a jamais poussé aussi loin l’idée que la science et la technologie permettraient de vaincre la famine et la maladie et d’offrir à tous une société d’abondance. Bref, les missions Apollo marquent le début de la fin de l’Histoire.

Quatre décennies plus tard, on sait que cette croyance en un univers maîtrisé sous direction US relevait de la science-fiction. Le rêve de toute-puissance a tourné court. Tout comme la carrière politique du président alors fraîchement élu, Richard Nixon. Au moment où les trois astronautes alunissaient, les accords de Bretton-Woods, qui régissaient le système financier international et donnaient une position dominante aux Etats-Unis, étaient déjà sérieusement mis à mal. La crise énergétique et le chômage endémique signèrent, sur les deux rives de l’Atlantique, la fin des Trente Glorieuses et les conquêtes d’une courte génération de croissance exceptionnelle semblent aujourd’hui beaucoup moins « acquises » qu’annoncé.

Hollywood ne s’y est pas trompé : c’est la mission Apollo 13, marquée par un accident grave, qui a eu son grand film oscarisé, et non l’impeccable Apollo 11. Ce n’est pas le rêve réalisé mais un cauchemar de l’homme pris au piège par une technologie mal maîtrisée. Les mots du pilote d’Apollo 13, « Houston, we have a problem », ont recouvert la belle formule « One small step for (a) man, one giant leap for mankind ». Retour sur Terre à plus d’un titre.

On me dira à raison qu’il y a eu cet instant magique où tous les cœurs humains ont battu à l’unisson, où nous étions tous des frères terriens. Oui, mais on sait que le Terrien a la larme facile et l’émotion abondante : la mort d’une insignifiante princesse anglaise ou celle du roi de la pop, il lui en faut peu, désormais, pour penser la même chose que tout le monde en même temps. Pas besoin de dépenser des milliards et de mettre des vies humaines en péril pour donner l’antenne en direct à des correspondants spéciaux émus qui récitent des banalités aux quatre coins de notre planète ronde. « On a marché sur la Lune » et le moonwalk jacksonien ont la même puissance de feu cathodique, donc émotionnelle. L’important, ce n’est pas l’événement, c’est d’être ensemble – et séparés.

En juillet 1969, le monde insouciant, confiant dans l’avenir, vivait sans le savoir ses dernières heures. Derrière la porte, un autre monde était tapi, à qui allait revenir la mission pas marrante de régler les ardoises laissées par le précédent. Un monde où on travaillerait plus pour gagner moins.[/access]

Halte au régime présidentiel

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Anatomie

Anatomie

Le malaise vagal dont notre estimé président de la République a été victime fin juillet pose un problème dont la solution paraît au moins aussi compliquée que celle du théorème de Fermat.

Soit un président de la République appartenant à l’espèce humaine, genre masculin, marquant 54 ans au compteur. Sa fonction, telle qu’elle se pratique dans les démocraties post-modernes lui impose de rester svelte (le temps des bedaines de comitards radicaux-socialistes est, hélas, révolu), de se montrer trottinant dans la jungle périurbaine vêtu d’un T-shirt, de préférence siglé tendance, et des dernières Nike sorties des mains de fées de jeunes Asiatiques pas encore nubiles.

[access capability= »lire_inedits »]Tout cela en sus de déplacements incessants d’un bout à l’autre de la planète, avec jet-lag chronique, et d’une activité sexuelle de jeune marié.

Or, il se trouve que le métabolisme présidentiel transforme en graisse toute nourriture absorbée au-delà d’une quantité dont un oiseau se satisferait à peine. Tous ses convives le confirment : à table, N. S. chipote comme un top model avant la saison des défilés.

La « panne d’essence » dont il a été victime dans le parc de Versailles n’a donc rien pour surprendre : ce n’est pas en versant un dé à coudre de super dans le réservoir que l’on peut faire 100 bornes à 100 de moyenne…

La grâce électorale confère, certes un pouvoir que certains estiment exorbitant, mais elle est impuissante à corriger un métabolisme génétiquement prédéterminé. Si, par exemple, N. S. adoptait les mœurs alimentaires de son prédécesseur, il ne tarderait pas à échanger sa vague ressemblance avec Stan Laurel pour se rapprocher de la silhouette de son compère, Oliver Hardy.

Il pourrait, certes, manger correctement, et courir tout le temps nécessaire à la combustion des graisses superflues, mais les calculs des diététiciens établissent qu’il ne lui resterait alors que quelques heures par jour pour exercer ses fonctions.

Reste donc le dopage style Tour de France (érythropoïétine de la troisième génération, autotransfusion et autres « pot belge » ou moldave). Lorsque j’ai vu mon président passer derrière le peloton tout près de chez moi, au col de Romme (un enfer vélocipédique), je n’avais pas compris qu’il était en voyage d’étude. Accroche-toi, Nico ![/access]

Légitime décence

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Fusil

Fusil

Je me demande si notre France républicaine et démocratique, Etat de droit et patrie des droits de l’homme, ne devrait pas s’autoriser, parfois, de petits arrangements avec la démocratie et les droits de l’homme. Dans des cas comme celui-ci, on pourrait y penser :

Il est plus de 3 heures et Gérard Lambert ne dort pas. Couché dans la pénombre de sa chambre, il pense. Retraité depuis un an, en juillet 2008, après une carrière de professeur de collège à essayer de faire entrer du français dans des têtes trop pleines de si peu de choses, il est perplexe quand au résultat. Il a été marié puis divorcé avec trois enfants mariés puis divorcés à leur tour qui lui téléphonent pour lui raconter leurs divorces. Déjà que le sien ne l’intéressait pas, alors, ceux de ses gosses !

[access capability= »lire_inedits »]A 3 h 22, il accroche du regard les chiffres bleus du radio-réveil en se levant vers la fenêtre. Un bruit de portière familier parvient de sa Golf, garée devant son pavillon de Courcouronnes. Il jette un coup d’œil à travers le store et aperçoit nettement sous la lune claire trois casquettes sur trois têtes, lesquelles sont plantées sur trois jeunes, deux assis à l’avant de sa voiture, un debout derrière qui fait le guet.

Gérard a toujours vaguement espéré vivre un truc comme ça. Comme souvent dans l’action, une seule question se pose : que ferait Clint Eastwood ? Une seconde après, il attrape, au-dessus de l’armoire, un fusil à air comprimé qui n’a jamais sévi que sur du carton. Il retourne à la fenêtre et fait glisser le canon luisant de son arme par la fente de lumière des stores entrebaîllés. La portière avant gauche de sa voiture est grande ouverte et l’une des casquettes, pliée sur le siège, s’acharne sur les fils du neiman. Ce crétin a mis, pour l’occasion, un jogging blanc satiné, et ses fesses brillent comme deux petites lunes.

Gérard vise très lentement, en plissant les yeux, comme son maître à ne pas trop penser le fait dans les films, et appuie sur la gâchette. Le coup de feu réveille les voisins. Deux des joggings et casquettes s’enfuient à toutes jambes, le troisième en boîtant, une main sur la fesse droite, en beuglant vers ses comparses : « Hé ! Enculés ! Attendez-moi, bande de bâtards ! »

Gérard retire le canon fumant de la fenêtre entr’ouverte et savoure un moment la débandade des castors juniors avant d’appeler la gendarmerie. Il décapsule une bière et se marre, en repensant aux trois branleurs qui se disent peut être : « De toute façon, à c’t’heure-ci j’suis mineur, j’m’en bats les couilles. Ils vont pas m’faire un deuxième trou au cul, ces bâtards de schmidts ! »

Les gendarmes arrivent, trois jeunes, deux hommes et une femme, très sérieux, très pros et très « procédure ». « Monsieur Lambert, on va vous demander de nous suivre à la brigade. Prenez vos papiers, vous allez être placé en garde à vue ! C’est la loi ! » Arrivé au poste, Gérard vide ses poches sur une table, défait sa ceinture et ses lacets, les pose dans une boîte et entre dans une cellule pour finir la nuit sur un banc en béton.

Difficile de trouver le sommeil. Il rêve à une autre fin pour sa nuit tourmentée :

Il a à peine refermé la porte sur les gendarmes, auxquels il a promis de passer le lendemain pour la déposition, que Gérard fonce sous cinq minutes de douche, puis enfile ses bottes et son cuir, enfourche sa moto et démarre en réveillant les voisins rendormis. En filant sur la route déserte, à l’heure où blanchit la campagne de Victor, il réfléchit à une stratégie pour surprendre au réveil une femme qu’il n’a jamais cessé de désirer. Gonflé par son exploit, il compose une histoire avec du sang-froid, un canon qui brille sous la lune, la précision du tir, la décharge du plomb, le jogging foutu.

Il a confiance, il sait que son récit, habilement mené, saura inspirer à cette dame de qualité une récompense digne d’un héros. Arrivé chez la dame, il pénètre dans son jardin en regardant le jour se lever et en sifflant l’air de How deep is your love ? des Bee Gees.

Malgré la rigueur de la couche, Gérard finit par s’endormir dans ses rêveries sur la béquille et sur le ciment.

En dictature, non seulement notre héros aurait pu finir sa nuit sur une bonne impression, mais l’Etat aurait envoyé à la famille du délinquant la facture du plomb. Un 18-Brumaire, vite !

PS : Cette fiction m’a été inspirée par un fait divers récent et par des tas d’autres dont j’ai oublié les détails. Les répliques des jeunes sont de ma fille.[/access]

Eté meurtrier, gouvernement complice

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Téléphérique
Attention, l'été tue !
Téléphérique
Attention, l'été tue !

Les statistiques sont implacables et le bilan accablant : l’été tue beaucoup plus de gens que les trois autres saisons réunies.

Ainsi, dans les parages où je demeure, on constate une augmentation fulgurante du nombre des victimes d’accidents de montagne ou de randonnée dès l’arrivée des beaux jours. Les crevasses des glaciers exigent chaque année plus de chair fraîche. On ne compte plus les sexagénaires qu’une retraite accordée alors qu’ils sont encore en pleine forme incite à gravir des sentiers escarpés, où la Faucheuse les guette à chaque passage un peu délicat et n’hésite pas à leur envoyer l’orage et la foudre lorsqu’ils se révèlent par trop résistants. On devrait bientôt parvenir à juguler ce dernier fléau en n’accordant plus le billet de sortie de la vie active qu’à des quasi-grabataires ayant dû cotiser trois quarts de siècle pour bénéficier d’une pension à taux plein.

[access capability= »lire_inedits »]La mortalité provoquée par les noyades en mer, en rivière et même en piscine connaît également un accroissement exponentiel entre juin et septembre. Ceux qui ont envers le sport une attitude churchillienne d’abstinence totale ne doivent pas se considérer pour autant préservés des calamités estivales : la bronzette paresseuse, c’est de la mort à crédit : tôt ou tard, le crabe excité par les ultraviolets transformera un charmant grain de beauté en mélanome malin.

Face à ces calamités, il faut bien reconnaître que les pouvoirs publics font montre d’une coupable passivité : quelques vagues campagnes de prévention, des drapeaux sur les plages dont tout le monde se fiche, le refus obstiné d’instaurer un permis de randonner à l’instar du permis bateau sont la preuve que le pouvoir est autant à la botte du lobby du tourisme qu’à celle du lobby nucléaire.

L’argent, cet argent fou qui engraisse les hôteliers, plagistes, marchands de glaces ambulants et gardiens de refuges n’a que faire des vies brisées et des familles endeuillées à cause de cette folie estivale qui s’empare chaque année de notre pays.

Le principe de précaution, dont on nous rebat les oreilles tout au long de l’année, semble s’être mis, lui aussi en congé annuel.

On n’entend pas, non plus, à ce propos, les cris angoissés des chevaliers de l’apocalypse habituels, les Hulot, Cohn-Bendit ou Bové. Quand il fait soleil, c’est la faute au réchauffement climatique et, quand le temps est pourri, c’est qu’on ne perd rien pour attendre : tel est leur message tristement répétitif entre juin et septembre, alors que des catastrophes beaucoup plus dramatiques se produisent sous leurs yeux chaque jour d’été qui passe.

Le principe de précaution ne se divise pas : il doit être appliqué 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an (366 les années bissextiles).

Les solutions sont pourtant là, à portée de main, et de surcroît peu gourmandes de deniers publics. Les activités de loisirs, si meurtrières en été, se révèlent en effet beaucoup plus sûres en hiver. Les statistiques sont formelles : on compte infiniment moins de noyés au mois de décembre qu’au mois d’août, et les dévissages dans les aiguilles de Chamonix sont beaucoup moins nombreux quand le thermomètre marque -30 au sommet du téléphérique de l’Aiguille du Midi.

Un gouvernement qui aurait le souci de la préservation de la vie et de la santé des Français n’hésiterait pas à prendre les mesures drastiques qui s’imposent. Par exemple, n’autoriser les baignades que les mois en « r » : des millions d’huîtres ne peuvent pas avoir tort. Verbaliser sans pitié toutes celles et tous ceux qui lézardent en bikini sur la plage les jours où le cagnard darde ses rayons.

Créer un corps de police des sentiers et installer des caméras de vidéo-surveillance sur les GR pour dissuader les imprudents de se prendre une suée avant le 15 novembre.

Tout cela, bien sûr, heurtera les intérêts d’une infime minorité de vautours de l’industrie touristique, qui fera tout pour préserver ses privilèges éhontés. L’insurrection qui vient sera celle d’un peuple auquel une avant-garde visionnaire aura dessillé les yeux : la tyrannie sanglante de l’été sera abolie par ceux-là mêmes qui en sont aujourd’hui les esclaves enchaînés. Mieux vaut vivre gelé que mourir bronzé.[/access]

La chaise éclectique

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C’est au Sud, évidemment. Le lecteur veut pouvoir lire dehors, sur une chaise longue, et regarder la mer. De quel Sud s’agit-il ? le lecteur n’a pas forcément envie de le dire. Le lecteur veut bien partager ses lectures avec les Causeurs, mais pour le reste, les voir débarquer comme ça, sans prévenir… Certains, il ne dit pas… Mais bon.

Disons que c’est un Sud où il y a l’euro et des claviers qwerty, mais que ce n’est pas une monarchie. Disons que c’est un Sud où le lecteur va depuis l’enfance, un Sud où l’on parle une langue d’oiseaux. Un Sud avec assez peu de touristes allemands, sauf sur une mince bande méridionale qu’ils occupent avec beaucoup moins de raffinement que ne l’ont fait les Arabes en leur temps. Les uns ont laissé des faïences, des bains, des amandiers ; les autres laissent surtout des papiers gras, des maladies vénériennes et des bagarres d’ivrognes. D’ailleurs, ils ne lisent pas.

C’est pour cela que le lecteur n’y va plus trop, dans la zone occupée, et pourtant, on peut y méditer sur un cap splendide où naguère un roi pensif allait seul regarder l’océan, rêver d’outre-mer et finit par envoyer ses bateaux partir bien loin conquérir un cinquième empire, sur la simple foi d’un bout de bois d’une essence inconnue que lui apportèrent les vagues, un matin.

C’est un Sud que beaucoup d’écrivains aimèrent avant le lecteur, finalement. Des écrivains connus pour leurs goûts des îles, du style, des voyages et des nations élégamment périphériques. C’est pour cela que le lecteur les prend toujours avec lui, en fond de bibliothèque, comme le cuisinier a besoin d’un fond de produits, toujours les mêmes, qui servent de base à ses plats favoris. C’est surtout de ceux-là qu’a envie de vous parler le lecteur. La rentrée littéraire va arriver bien assez tôt.

Ainsi, jamais il ne partirait sans Déon, Chardonne, Morand, Larbaud quand il se rend dans ce Sud-là. De Déon, cette année, il a pris Un déjeuner de soleil, son préféré, le récit de la vie d’un écrivain imaginaire. Nous sommes tous des écrivains imaginaires puisque nous sommes tous des lecteurs. Déon a très bien compris ça, entre autres. L’année prochaine, il faudra songer à changer le vieux Folio. Les livres fabriqués selon les procédés de l’industrie moderne s’usent, hélas, plus vite que le cœur d’un mortel.

De Chardonne, il est parti avec l’édition originale de Claire dans la mythique collection « Pour Mon Plaisir » de Bernard Grasset. Le papier alfa n’a pas bougé. Pas plus que le génie de Chardonne. Claire, le lecteur en connaît les premières phrases par cœur : « La beauté de Claire, c’est-elle même. Elle est toute entière inscrite dans la forme de ses bras. » Le lecteur pense que jamais la langue française ne fut portée à un tel de gré d’incandescence classique. Chardonne avait une pensée politique qui aurait été celle d’un genre de Villiers protestant européiste. Pas franchement la tasse du thé du lecteur, mais comme il n’y a pas de morale en littérature, on peut très bien écrire avec des idées franchement rances et écrire rance en étant un ami du peuple. C’est comme ça.

De Morand, le lecteur a avec lui un recueil de nouvelles dont il ne donnera pas le titre, sinon vous trouveriez tout de suite où il est et il préfère laisser un flou. Sachez simplement que cela renvoie à une des plus jolies villes du pays, dans une montagne verdoyante qui domine la capitale, au loin. De sa chaise longue, le lecteur en voit la silhouette perdue dans du bleu atlantique. On y trouve un château où Visconti aurait pu tourner des plans de son Louis II, un château-pâtisserie où le dernier roi du pays apprit d’ailleurs qu’il ferait mieux de partir, quelques années avant la guerre de 14. Il n’a pas fait d’histoires. Il a tout de suite embarqué pour une ancienne colonie.

Valery Larbaud, lui, vous explique très bien que les révolutions, dans ce pays, sont fréquentes mais qu’elles ne tuent pas. La dernière en date, où il fut beaucoup question de fleurs et de militaires de gauche qui ont vite rendu le pouvoir au peuple, comme si c’était une chose un peu répugnante pour des guerriers sincères, a aujourd’hui l’âge que beaucoup d’hommes trouvent idéal pour une femme. Le lecteur, là non plus, ne vous en dira pas plus.

De Valery Larbaud, le lecteur cette année n’a pas pris la Pléiade en un volume, celle où se trouve le plus joli roman jamais écrit sur les amours adolescentes, Fermina Marquez. Non, il a emporté l’extraordinaire édition complète du Journal, qui vient enfin de sortir chez Gallimard. Un seul volume de 1600 pages. Le genre de truc à vous ficher un excédent de bagages. En même temps, 1600 pages de Larbaud valent bien de prendre le risque.

Evidemment, le lecteur ne se déplace jamais non plus sans Rimbaud. Il a vu, de retour en France, que l’hebdomadaire Marianne avait eu l’idée moyenne de demander à un écrivain de descendre un autre écrivain dans ce qu’il est convenu d’appeler les séries d’été. En soi, l’exercice aurait pu peut-être avoir été drôle entre vivants et ce ne fut le cas que la première semaine où Philippe Besson exécuta Patrick Besson qui s’en remettra parce qu’il a la peau dure et qu’il sait se défendre. En revanche, voir Agnès Desarthe dire tout le mal qu’elle pense d’Alain-Fournier laisse rêveur. Et quand un troisième couteau flingue Rimbaud sans que l’on soit sûr qu’il s’agisse de second degré, on se dit que l’individu en question n’a pas été plus précis que Verlaine à Bruxelles quand il tira sur le sale gosse. Mais Verlaine le fit par amour alors que le troisième couteau, c’est pour se faire un nom. Ils feront quoi à Marianne l’année prochaine ? Madeleine Chapsal contre Homère et Marc Lévy contre Balzac ? La haine du sens, comme la raison, a parfois des ruses décidément déroutantes…

Dans Rimbaud, cette année, le lecteur a d’ailleurs surtout traîné du côté de la correspondance. Comme s’il allait trouver, par miracle, la raison du silence prématuré alors que tout le monde cherche ça de puis toujours et n’a toujours pas trouvé. Il a comme ça des questions qui le taraudent, le lecteur. Pourquoi Rimbaud est-il parti au Harar ? Pourquoi les jeunes filles, même dans ce pays délicat, se greffent des aillepaudes autistiques ? Pourquoi aucune expérience communiste n’a (encore) réussi ?

Pour essayer de répondre à la dernière question, le lecteur a aussi dans la pile près de sa chaise longue, L’Hypothèse communiste de Badiou dans laquelle il a lu des évidences réconfortantes à propos de la crise en cours : « On voit, ce qui s’appelle voir, des choses simples et connues de longue date : le capitalisme n’est qu’un banditisme irrationnel dans son essence et dévastateur dans son devenir. Il a toujours fait payer quelques courtes décennies de prospérité sauvagement inégalitaires par des crises où disparaissaient des quantités astronomiques de valeur, des expéditions punitives sanglantes dans toutes les zones jugées par lui stratégiques ou menaçantes, et des guerres mondiales où il se refaisait une santé. »

Il sent bien que ça va faire des histoires, cette citation, le lecteur, mais bon, même dans une chaise longue d’un pays bleu et ocre, avec à quelques dizaines de mètres, des rouleaux d’écume et des surfeuses rieuses, il a du mal à ne pas provoquer, le lecteur.

Il sait que la sagesse ne viendra jamais. Il ne sait pas s’il doit s’en plaindre. Pour l’instant, une surfeuse éblouie reprend pied et le lecteur pense à Rimbaud, encore une fois :

« Elle est retouvée !
Quoi ?
L’éternité : c’est la mer allée avec le soleil… »

Fermina Márquez

Prix: 8,10 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,06 €

Un café, un poutche et l’addition

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En ce mois d’août, le président du Vénézuela Hugo Chavez (gauche bolivarienne) a pris une mesure originale. Il a envoyé l’armée occuper les usines de café, aux mains de monopoles privés qui fixaient les prix abusivement. Quelques jours après avoir refusé de renouveler la concession de plusieurs chaînes privées qui appelaient ouvertement à son renversement ou à son assassinat, il semble que le courageux colonel engage son pays sur une voie originale, celle d’une sortie en douceur de la dictature capitaliste assistée par la télévision, de type ouest européen (Italie, France, etc.). De plus, contrairement à Obama, en difficulté sur son projet de sécurité sociale, ou à Arnold Schwarzenegger, acteur de série B et gouverneur de Californie (cumul traditionnel chez les Républicains) obligé de sabrer dans les dépenses sociales et éducatives pour boucler son budget grevé par des spéculateurs boursiers qu’il a fallu renflouer à coups de milliards de dollars, cette décision du président Chavez pourrait bien lui permettre, à lui et au peuple vénézuélien, de sauver le petit noir.

Sous le soleil des topiques

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Une chose est sûre : les journalistes prennent aussi des vacances.
Une chose est sûre : les journalistes prennent aussi des vacances.
Une chose est sûre : les journalistes prennent aussi des vacances.
Une chose est sûre : les journalistes prennent aussi des vacances.

Nous vivons des temps inédits. A preuve : les marronniers ne sont plus ce qu’ils étaient. Même les télés ne peuvent plus se contenter d’alimenter un JT uniquement à coup de pizzas avariées et de Médor abandonnés. Et l’ensemble des médias, où plutôt ce qu’il en reste pour cause de congés payés, se voit contraint de renouveler son offre d’été, faute de pouvoir s’en tenir aux « unes » traditionnelles dont ils faisaient leurs délices les saisons passées – on a presque envie de dire : les siècles passés. C’en est donc fini du monopole des couv’ racoleuses sur le sexe et, heu… le sexe.

Quoi de neuf, donc ? Si la saison est loin d’être forclose, quelques grandes tendances se dessinent déjà.

[access capability= »lire_inedits »]Tout d’abord, les classiques revisités :

La crise (ci-devant des subprimes). Elle fait encore parler d’elle. Comme en 2008, on nous raconte ça et là les aventures d’une famille qui a choisi le camping à Quiberon plutôt que la demi-pension aux Flots bleus. Mais comme ladite crise touche aussi l’hôtellerie de luxe qui, nous dit-on, brade ses chambres sur le Net, certains petits malins titrent sur le phénomène inverse. On attend, avant fin août, le premier reportage sur le Plaza Athénée envahi par les Rmistes. A prévoir aussi, au rayon crise, des articles sur les estivants qui, sur la route des plages ou du Futuroscope, font un détour pour emmener les gamins voir les bonbonnes de gaz à New Fabris ou JLG.

Les incendies de forêts. Pour cause de temps de merde généralisé (quid du réchauffement climatique, au fait ?), on a scandaleusement failli en être privé. Heureusement, un brave sous-off de la Légion a rectifié le tir…

Ensuite, les nouveaux épisodes de feuilletons d’avant les vacances :

La grippe A (ex-porcine, ex-mexicaine, ex-H1N1). Elle est en train de devenir la grippe tout court. Accompagnée, toutefois, d’une épidémie de schizophrénie dans la profession. « C’est très très grave », nous serine-t-on, juste avant de nous expliquer le contraire : en cas de fièvre et de douleurs persistantes, foutez la paix au SAMU et allez voir votre docteur (souvent appelé médecin « généraliste » dans les gazettes et « référent » dans le journal du soir). De toute façon, on n’attend rien de monstrueux avant l’automne et, si vous voulez mon avis, des vacanciers qui, en juillet, s’inquiètent de la grippe à la rentrée, ça vaut pas plus cher que ces étudiants qui, dans les manifs, disent être préoccupés par le montant ou l’âge de leur retraite : qu’ils crèvent !

Le Parti socialiste. La déculottée des élections européennes ayant eu le mauvais goût de tomber au mois de juin, normal que les collatéraux débordent sur l’été. Au moins, avec sa correspondance-surprise avec Manuel Valls, Martine Aubry réussit-elle à faire parler de sa personne, ce qui est une sorte de petit exploit, comme en réalisent les baroudeurs tricolores sur les étapes de transition du Tour. Mais il ne suffit pas de montrer le maillot, encore faut-il garder des forces pour la fin de l’étape, et on ne vous parle même pas de victoire finale sur les Champs-Elysées.

Enfin, il y a les vrais thèmes innovants :

La Lune. De France Cul à Gala, impossible d’échapper au quarantenaire des exploits d’Armstrong et d’Aldrin. On pourra (souvenez-vous de mai 68 la saison passée) s’étonner de cette nouvelle lubie de fêter les 40 bougies d’un événement avec le lustre d’un cinquantenaire voire d’un centenaire. Après tout, il aurait été plus logique de garder tous ces flonflons pour 2019. L’allongement de la durée de vie étant ce qu’il est, il y a fort à parier que les protagonistes seront toujours là : tout comme la Lune, d’ailleurs.

La fin du topless. Ça, c’est du lourd, notamment dans les hebdos féminins qui n’en finissent pas d’épiloguer sur le hara-kiri du monokini. Chacun y va de son analyse, toujours pour expliquer que le féminisme est entré dans les mœurs, qu’on n’a plus besoin de le revendiquer et encore moins de l’exposer. Mais beaucoup vont plus loin, théorisant, comme nos consœurs d’Elle, sur cet acquis fantastique qu’est la « nouvelle pudeur ». Dans tous les journaux, les témoignages sont légion, toujours à base de nanas de 20 ans qui t’expliquent que, quand même, le regard des garçons, c’est gênant. Toutes choses qui m’amènent à me demander si ce sujet-là est finalement si neuf que ça, ou s’il ne s’agit que de la suite logique des âneries du printemps sur la nécessité de ne pas stigmatiser celles qui ont choisi de porter la burqa…
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Les problèmes de cœur du président

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Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt ? Il a suffi de quelques heures d’hospitalisation, suite au malaise vagal consécutif à un footing trop poussé, pour que la popularité présidentielle, en berne depuis des lustres, hisse à nouveau les couleurs.

Chez Sarkozy, tout est politique, même le corps du président, même les défaillances du corps du président. Selon un sondage CSA pour VSD, publié mercredi, le passage au Val-de-Grâce a opéré des miracles : 53 % des Français jugent désormais que Nicolas Sarkozy est un “bon président”, soit 12 % de plus que dans le précédent sondage, 63 % le jugent “sympathique” (+ 15 % !), 50 % “proche des gens” (+ 14 %) et, sans surprise, 90 % d’observateurs avisés l’estiment “dynamique” (+ 5 % tout de même, on se demande sur quelle planète lointaine vivent les 10 % qui, apparemment, le jugent lymphatique).

On savait déjà qu’on pouvait gagner une élection grâce à un cancer de la prostate habilement géré, mais c’était tout de même cher payer. Mais + 12 % d’opinions favorables pour le prix d’un malaise vagal, c’est bradé !

La démocratie, c’est simple comme un électrocardiogramme. Quand on pense qu’il n’y pas si longtemps encore, quand on n’avait pas encore compris que la politique n’a plus rien de politique, certains s’échinaient, dans d’obscurs cabinets, à élaborer pendant des mois des catalogues de propositions incompréhensibles pour attirer un chaland électoral qui s’en contrefichait – car il ne pense qu’à une chose, le brave électeur : élire son prochain, son frère, celui qui lui ressemblera le plus, qui sera le plus proche de lui – tout proche. Ce n’est plus un système politique, c’est de la calinothérapie.

On imagine que suite au succès inattendu de ce coup de com impromptu, la cellule idoine de l’Elysée a déjà concocté un programme aux petits soins pour convaincre les 50 % qui persistent stupidement à ne pas trouver notre hyperprésident “proche des gens” : une extinction de voix de Carla à la veille d’un concert ? ça pourrait passer inaperçu. Plutôt une bonne petite crise conjugale à l’automne, suivie d’une réconciliation express à Venise, avec échanges de papouilles sur une gondole (un dîner aux chandelles à l’Hippopotamus a été un moment évoqué, mais il ne faut pas trop en faire non plus). Pour les fêtes, on pourrait prévoir une jolie crise de foie carabinée – question proximité avec le Français moyen, y’ pas mieux, coco. Au printemps 2010, un accident de plongeoir dans la piscine du cap Nègre, programmé au bon moment, devrait constituer un coup de pouce décisif pour les régionales.

Et après ? Après… qu’est-ce qui pourrait encore rendre le Président plus “proche des gens” ? A part un licenciement sec suite à une délocalisation du pouvoir politique à Bruxelles, je ne vois pas. Après ça, Nicolas Sarkozy pourrait – enfin ! – connaître une popularité triomphale à la Chirac, qui en ce moment multiplie les bains de foule, en toute proximité, à Saint-Tropez, qui abrite temporairement ses vacances perpétuelles. C’est tout le mal que l’on souhaite à notre vénéré président.