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Mort d’un soudard grec

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Nicolas Makazeros est mort à 90 ans, le 4 août. Il faisait partie de la junte militaire, les fameux « colonels » qui installèrent le 21 avril 1967, avec l’aide logistique de la CIA, une dictature qui devait durer sept ans. La gauche était alors, bien entendu, sur le point de remporter les élections. Incompétents, incultes et brutaux, les colonels grecs interdirent notamment l’étude de Platon et de Socrate pour homosexualité.

Artilleur, Nicolas Makazeros se montra particulièrement féroce lors de la répression d’une grève étudiante de l’école polytechnique d’Athènes en 1973. Avec ses comparses, il fut lui-même renversé par le chef de la sécurité Ioanidis, tout aussi nullissime que ses prédécesseurs puisqu’il fut incapable de résister à l’invasion turque de Chypre qu’il avait lui-même provoquée, ce qui fit s’effondrer la dictature.

Condamné à mort pour haute trahison, Makazeros vit sa peine commuée en détention à perpétuité, sans doute parce que la sagesse antique, contrairement à la justice américaine, interdit la mise à mort d’attardés mentaux.

Libéré, Makazeros passa la fin de sa vie à tripoter un komboloï et à jouer au jacquet, avec le regard vide si caractéristique des brutes galonnées.

En revanche, l’écrivain Manolis Glezos, membre du Parti communiste, qui décrocha le 30 mai 1941, alors qu’il avait à peine vingt ans, le drapeau nazi qui flottait sur l’Acropole, se porte toujours à merveille et continue de recevoir aimablement ses admirateurs dans son île natale de Naxos. Il doit être content, le vieux camarade et je lui dis à bientôt.

Smoking, no smoking

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N’est pas Bernard Madoff qui veut. Certains banquiers n’ont pas la chance d’écoper de 160 années de prison et doivent s’isoler sur des îles désertes pour conquérir un peu de solitude. C’est le cas de Geoff Spice. Ce banquier londonien de 56 ans fume trente cigarettes par jour et a décidé d’arrêter. Plutôt que de se faire poser un patch, d’essayer l’hypnose, l’acupuncture, l’homéopathie ou les champignons hallucinogènes (une assiette et t’as plus envie de fumer), Geoff a décidé de passer tout le mois d’août sur une île déserte des Hébrides extérieures, au nord-ouest de l’Ecosse. Dépourvue d’électricité, d’eau courante et d’habitants, l’île de Sgarabhaigh ne compte qu’un petit troupeau de moutons. Elle compte désormais un banquier non-fumeur : c’est foutu !

Causeur en août, inédits partout

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aout

Comme la rédaction de Causeur ne prend pas de vacances, le mensuel d’août 2009 vient de paraître. Au sommaire de ce numéro au titre vagal de « Y’a comme un malaise », près de 2/3 de textes inédits ! N’hésitez plus à vous abonner ou à offrir un abonnement à vos amis. C’est simple comme un clic et c’est la meilleure façon de nous soutenir.

Les inédits du mois d’août
Malaise d’État, Elisabeth Lévy
Aidez la SPA, Babouse
Je pense, donc je twitte, François Miclo
L’art d’être grand-père, Raùl Cazals
Sous le soleil des topiques, Marc Cohen
Été meurtrier, gouvernement complice, Luc Rosenzweig
Légitime décence, Cyril Bennasar
Halte au régime présidentiel, Luc Rosenzweig
Ne demandez plus la lune, Gil Mihaely
Les dégonflés, Aimée Joubert
Le garçon from Ipanema, Jean-François Baum
Avignon, le off du Off, Philippe Cohen
Cet été, fuyons le moderne, Bruno Maillé
Du côté de chez Capone, Jérôme Leroy
Gary soit qui mal y pense, Jérôme Leroy

Le bio, c’est logique…

78

« Léchage, lâchage, lynchage » : aucune mode n’échappe au cycle de Jean-François Kahn – qui décrit ainsi le traitement des hommes politiques par les médias. C’est ainsi que le « bio » qui triomphait sur toutes les « unes » il y a peu est aujourd’hui victime d’une suspicion généralisée. Trop cher, pas si bio que ça, et même pas bon : bouffer vert, ce n’est plus tendance du tout les amis.

Tombés du haut de leur statut de pionniers du monde « durable » et post-industriel, les consommateurs « bio » sont aujourd’hui traités de dupes, de gogos pour charlatans. Les nigauds, l’argent qu’ils dépensent ne leur permet même pas de se payer une santé. Une équipe de chercheurs britanniques observe que les bienfaits nutritifs des aliments produits par l’agriculture biologique restent marginaux au regard de l’écart de prix qui est lui considérable.

Le bio, c’est cher, la ménagère en sait quelque chose. Mais après tout, le prix payé par le consommateur ne saurait être l’unique critère de la sélection darwinienne des inventions humaines. De plus, tout prix repose sur un malentendu. Comme nos médias se sont employés à le démontrer, un kilo de tomates cultivées avec engrais et pesticides revient moitié moins cher qu’un kilo de tomates « bio ». Peut-être, cependant, le véritable prix à payer est-il bien plus élevé seulement, il doit être imputé à d’autres acteurs en différé. Le prix de la tomate devrait inclure le coût engendré par la multiplication des cancers et déformations génétiques constatée des années plus tard, très loin de la serre parce que la nappe phréatique a été polluée par des engrais et pesticides.

Plus élevé, le prix du « bio » présente, du point de vue purement économique, au moins deux avantages : il est définitif et il est payé par celui-même qui en profite directement. Pas de coûts cachés, point d’ardoises laissées à la collectivité pour 2030. En revanche, la somme payée par le consommateur pour les produits de l’agriculture conventionnelle n’est autre chose que le premier versement d’une facture qui reste ouverte, le prix définitif étant impossible à calculer.

Le problème, c’est qu’on n’a pas très envie de défendre les membres de la secte « bio » qui croient qu’on « est ce qu’on mange », beurk. Après tout, ils se contentent de faire prévaloir un égoïsme (« ma santé d’abord ») sur un autre (« mon porte-monnaie d’abord »). N’oublions pas que la « révolution verte » d’hier, avec son appareillage de produits chimiques et ses méthodes industrialisées, a été inspirée par d’aussi bons sentiments que la contre-révolution verte actuelle. Il fallait nourrir les gens, un ventre plein étant la première condition de la longévité. En quelques décennies, le « vert » a donc changé de camp sans perdre sa qualité intrinsèque. Il est le Bien. D’où la vague confusion qui s’instaure, dans les esprits, entre « bio », « vert » et « équitable ».

Bref, la question n’est pas « bio » ou pas « bio », mais de rendre notre système de production et de consommation moins dévastateur pour l’environnement sans passer par la case « catastrophe sociale et politique », résultat inéluctable de la « décroissance » et autres utopies où tout est pris en compte, tout est prévu – sauf la réalité. Il faut s’interroger sur les vertus globales du « bio » pour la santé de l’environnement plutôt que sur ses effets heureux sur le métabolisme des membres de la secte.

On peut, par exemple, se demander si l’instauration d’une norme « bio » ne jouera pas comme une barrière douanière empêchant les pays sous-développés d’exporter leurs produits vers l’Europe. Les belles âmes qui pensent que ce qui est « bio » est bon pour tous doivent savoir que ce n’est pas demain que l’Afrique ou l’Amérique latine consentiront à voir le rendement de leurs agricultures chuter de 30 % voire plus. Bref, celui qui ne consomme que des fruits et légumes cultivés à 20 kilomètres de chez lui risque de se retrouver un jour en délicatesse dans une rue étroite de l’une de nos grandes villes avec le fils d’un agriculteur ruiné d’un pays du tiers monde. Si les chercheurs britanniques ont effectivement démontré quelque chose, c’est surtout que, hors de toute pensée politique et sociale, le « bio » n’est pas seulement dénué de sens mais carrément dangereux.

Le Japon, pas le jupon !

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Elle est nippone et elle a 25 ans. Elle s’appelle Emiri Miyasaka. Son rêve : devenir miss Univers. Rien de plus normal pour cette beauté de l’Empire du Soleil Levant, si ce n’était la polémique que la jeune fille soulève au Japon depuis plus d’une semaine. A-t-elle posé nue dans la version tokyoïte de Playboy ? Non. Est-elle un sumo qu’une cure d’amaigrissement et quelques retouches chirurgicales auraient transformé en Asiatique affriolante ? Vous n’y êtes pas du tout. La gourgandine a eu l’indécence de porter, pour le défilé, un kimono un peu très court, qui laissait entrevoir son slip et ses porte-jarretelles roses. Emiri est priée d’aller se faire rallonger ce kimono dessiné par une Française, Inès Ligron, qui entraine les candidates nippones au titre de miss Univers depuis dix ans. Haïku, d’accord. Raduku, pas encore.

Une bonne bière fraiche qui ne règle rien

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Des flics accusés de pratiquer le « contrôle au faciès », un contrôle d’identité qui dégénère en arrestation et en polémique raciale, ça n’arrive pas que chez nous. Avec l’affaire Obama-Gates, l’Amérique vient de s’offrir son premier psychodrame racial depuis l’élection du président noir.

Le 16 juillet, un universitaire noir, Henri Lewis Gates, de retour de voyage, tente de forcer la porte de sa propre maison qui était bloquée. Croyant à un cambriolage, une voisine appelle la police. Le policier James Crowley, flic blanc, veut vérifier que l’homme est bien le propriétaire des lieux. Le professeur montre ses papiers, s’énerve. Le ton monte, le professeur traitant le policier de « motherfucker » le policier. Gates est menotté et emmené au poste de police « pour trouble à l’ordre public ».

Cet incident banal devient une affaire d’Etat après l’intervention d’Obama qui déclare sans autre forme de procès que le flic qui a arrêté son ami s’est conduit de façon stupide. Et au cas où quelqu’un n’aurait pas compris, il en rajoute sur les « contrôles au faciès » comme on dit chez nous : « Cet incident nous rappelle qu’il y a une longue habitude dans ce pays à contrôler les Africains Américains et les latinos de manière disproportionnée… »

Fallait-il menotter devant chez lui ce professeur d’allure chétive, âgé de 58 ans, personnalité emblématique de la culture noire, titulaire de la chaire d’études africaines-américaines à Harvard ? Si on ajoute qu’il est président du comité de sélection du prix Pulitzer et a été classé parmi les 25 Américains les plus influents par Time, on comprend que le policier est plutôt mal tombé. Blanc, le professeur aurait-il arrêté comme un vulgaire malfrat ? La police, elle, en a marre de se faire insulter : le professeur, dit-elle, a contribué à banaliser les agressions verbales dont les policiers sont victimes au quotidien.

Obama comprend vite qu’il a gaffé. Le ton d’un militant des droits civiques ne sied guère au président des Etats-Unis. Les pressions exercées sur le Président pour le sommer d’intervenir au nom de sa propre identité ethnique choquent l’Amérique. De plus, dans un pays hanté par la crainte de l’abus de pouvoir, personne n’est au dessus des lois, pas même un ami intime et de longue date du Président. Aussi son intervention est-elle très mal perçue au sein d’élites où les lawyers règnent en maître.

Le président rétro-pédale promptement : « J’ai donné l’impression que je vilipendais la police de Cambridge et le sergent Crowley, j’aurais dû m’exprimer autrement. »

Sans doute. En attendant, l’ère radieuse et post-raciale annoncée n’a pas encore commencé. En juin 2009, selon un sondage CNN, 62 % des noirs et 61 % des blancs pensent que rien n’a changé dans ce domaine depuis l’arrivée d’Obama. (À vrai dire, c’est le contraire qui aurait été étonnant.)

Certes, le président a réuni le sergent et l’universitaire à la Maison Blanche pour le sommet de la bière. Mais cet impeccable plan com’ ne suffit pas à effacer le malaise provoqué par l’affaire.

Fallait-il, au nom de la cause antiraciste, brandir aussi promptement l’infâmante accusation de racisme ? (Rappelons qu’en l’espèce, un policier noir qui accompagnait Crowley a affirmé qu’il aurait agi exactement comme lui.)

Allons un peu plus loin. Faut-il, pour ne pas être raciste, taire le fait que c’est dans les communautés noires ou hispaniques qu’on observe la plus forte délinquance et que c’est ce fait statistique – et non le racisme des policiers – qui explique que ces populations soient plus ciblées par les contrôles ? On me dira que les délinquants se recrutent toujours parmi les laissés pour compte et que nombre de noirs et d’hispanos vivent dans un no man’s land culturel et social. Sans doute. Seulement on ne demande pas aux flics de jouer les sociologues mais d’assurer la sécurité des citoyens.

Surtout, on peut se demander si le « Gatesgate » révèle le racisme persistant des blancs ou la soif de vengeance d’une partie des noirs. Par moments on se dit que, plus que le rêve de Luther King, c’est le cauchemar de Tocqueville d’une dictature des minorités qui risque de se réaliser. Et pas seulement en Amérique.

Peste à Buda

27

Cela s’est passé en Hongrie dans la nuit de dimanche à lundi : une femme Rom de 45 ans, veuve, mère de famille nombreuse, a été froidement abattue dans son sommeil et sa fille (13 ans) gravement blessée. Un fait divers pas si anodin : cela fait la onzième agression de ce type en un an et la sixième victime, dont un enfant de cinq ans. Réaction de la population ? Néant, ou presque. A titre de comparaison, l’année dernière, lorsqu’un sportif s’est fait poignarder par un Rom lors d’une rixe dans une boîte de nuit, nous avions eu droit dans tout le pays à des retraites aux flambeaux suivies pas des milliers de personnes en pleurs… Les agresseurs, en fuite, avaient été immédiatement arrêtés. Lorsque nous avons manifesté à la suite du dernier crime anti-Rom, nous étions à Budapest à peine 300 énergumènes sur une ville de deux millions d’habitants… Depuis un an que se répètent ces tirs sur des Roms (toujours selon le même schéma : chez eux, à l’aube, surpris dans leur sommeil, soit chassés du lit par jet de cocktails molotov puis abattus dans leur fuite, soit, comme le dernier cas, avec entrée par effraction dans le jardin et tir par la fenêtre), les agresseurs courent toujours. Une précision : dans tous les cas, les victimes étaient des citoyens rangés, sans problème, occupant un emploi.

PACA cadeau

L’acronyme PACA « n’illustre ni la richesse, ni la diversité de ses territoires et de son patrimoine culturel exceptionnel » et « ne permet pas non plus de nommer ses habitants » : Michel Vauzelle veut que la région dont il est président change de nom. Socialo-ségoliste, Vauzelle fait preuve comme sa patronne, d’un cratylisme naïf. Ce n’est pas parce que la région Paca s’appellera « Provence » qu’elle redeviendra l’aimable Arcadie qu’elle fut à l’époque de Pagnol ou encore à celle de Fitzgerald qui y voyait une utopie concrète de vie libre au début de Tendre est la nuit.

Non, qu’on l’appelle PACA ou Provence, cette région reste une honte pour la France. Ses habitants ont un accent ridicule, son ciel bleu est d’une banalité à pleurer et l’anchoïade, le pistou et la tapenade sont absolument indigérables pour un estomac civilisé, c’est-à-dire du nord de la Loire. Non contents de promouvoir une cuisine qui fait roter, ils produisent un vin exécrable de pisseurs de vigne, affreusement chaptalisé, soufré, glycériné et emploient des travailleurs immigrés saisonniers, maghrébins ou polonais, qu’ils traitent comme des animaux avant d’aller voter Front national aux élections municipales. On fera une exception pour le vin de Jean-Christophe Comor, dont David Desgouilles a dit avec raison tout le bien qu’il fallait penser.

La région Paca est, pour le reste, essentiellement peuplée de ce que l’humanité fait de pire : spéculateurs immobiliers qui vous transforment une côte virgilienne en front de mer soviétiforme, mafieux russes gras, violents et cocaïnomanes, joueurs compulsifs, touristes pauvres entassés dans des campings concentrationnaires, touristes riches bunkerisés dans des villas californiennes qui inventent la privatisation paranoïaque de l’espace public, sans compter les maurassiens, les félibres et autres régionalistes à l’esprit étroit.

Les sports favoris en Paca sont le bronzage idiot, l’assassinat de député et l’incendie volontaire, provoqué soit par une urbanisation délirante, soit par des militaires incompétents qui tirent n’importe où comme ce fut le cas récemment près de Marseille, soit par des pyromanes psychotiques supportant mal d’être le fruit exténué d’unions consanguines : l’habitant de Paca se marie en effet toujours avec d’autres habitants de Paca : il croit que l’éternel beau temps de sa région lui donne une supériorité ontologique sur le Parisien. D’ailleurs pour l’habitant de Paca, tout élément extérieur à la région est un Parisien. On l’envie, on le méprise mais on adore son pognon, que ce soit celui du smicard pillé au Lavandou ou celui du pipaule djaitesaiteur qui débourse trois RSA pour une bouteille de mauvais champ sur une plage privée qui sent l’huile solaire et la fornication tarifée.

Pour finir, la région PACA abrite en son sein une principauté d’opérette qui possède une mauvaise équipe de foutebaule et qui est surtout un paradis fiscal au cœur de la République, dirigé par un souverain portant nom de piercing sexuel. Quand on pense qu’il faudrait un quart d’heure à une section parachutiste pour la fondre dans le département des Alpes maritimes, on se demande ce qu’attend le gouvernement.

Alors, Monsieur Vauzelle, changez de nom tant que vous voudrez, nous ne sommes pas dupes et nous attendons avec impatience que ces territoires de la honte soient directement administrés depuis Paris avec, sur place, un gouverneur militaire.

Et la loi martiale qui va avec.

Chômage, l’été meurtrier

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C’est l’été et la rédaction de Causeur ne ménage pas ses efforts pour vous apporter de bonnes nouvelles. Nous sommes sûrs que vous accueillerez avec enthousiasme l’information suivante : sur 18 600 personnes disparues en France en juin 2009, nous avons réussi à en repérer 17 200, c’est-à-dire plus de 90 % ! Il s’agit bien entendu des 18 600 chômeurs en moins recensés en juin, selon les chiffres publiés par l’INSEE. En pleine crise, cette information nous a plongés dans les plus vives inquiétudes. Puisque ce n’est ni le marché du travail ni l’économie qui les ont engloutis, où diable sont-ils passés ? Comme vous le savez, dans le cas des personnes disparues, le temps est compté et la rapidité de recherches est décisive. Au cours de notre enquête nous avons appris que les nombres de « ruptures conventionnelles à l’amiable » (dispositif introduit par la loi de modernisation du marché du travail, permettant à l’employeur et à ses salariés de mettre fin d’un commun accord aux contrats de travail) ne cesse de croître. 9 200 en janvier, ils étaient 12 900 en mai et – quel coïncidence ! – 17 200 en juin ! Les voilà trouvés nos licenciés masqués et déguisés. Retournez sans inquiétudes à vos parasols et chaises longues! Nous prenons devons vous un engagement solennel : avant la rentrée nous trouverons les 1 400 autres !

Yes, we can’t !

Un grand philosophe trop tôt disparu, Robert, dit Bobby, Lapointe nous raconte, dans une parabole mammaire, qu’une certaine Françoise, que l’on appelait Framboise, était parvenue à augmenter le volume de sa poitrine grâce à « un institut d’Angers, qui peut presque tout changer, excepté ce qu’on ne peut pas ».

À l’heure du « Yes we can ! » et du ressassement à l’infini de la possibilité d’un autre monde conçu et réalisé par des hommes meilleurs, il n’est pas inutile de rappeler cet « excepté ce qu’on ne peut pas ». Celui-ci distingue la pensée lapointienne des idéologies post-modernes de la volonté proclamant la toute-puissance de l’homme sur son destin individuel et collectif. Lapointe ne stigmatise pas le progrès des sciences et des techniques, mais il en marque la limite.

En quelques décennies, on est passé de l’utopie d’un homme nouveau bâtissant une société idéale, prospère et solidaire à une eschatologie du sauvetage en catastrophe d’une planète menacée par l’homme ancien, bousilleur impénitent de son environnement.

Il faut changer de comportement, au nom du respect que l’on doit aux générations futures, tel est l’impératif catégorique des instances dirigeantes morales et politiques qui ont trouvé là un moyen fort commode de gestion de la foule. Un citoyen culpabilisé, renvoyé sans cesse à la trace carbone qu’il laisse dans son sillage d’homo economicus, sera moins enclin à faire porter aux détenteurs du pouvoir la responsabilité de ses misères quotidiennes.

C’est ainsi que s’est imposée l’escroquerie consistant à faire croire qu’une mortification individuelle – une privation consentie des commodités liées à l’utilisation des énergies fossiles – fera de vous, le petit, le sans-grade, un sauveur de notre planète et un bienfaiteur de l’humanité à venir. Le schéma, reconnaissons-le, est loin d’être nouveau, puisqu’il a fonctionné à la satisfaction générale pendant deux millénaires : les souffrances subies en ce bas monde seraient la meilleure garantie d’une éternelle félicité dans l’autre.

La version nouvelle de la rédemption individuelle confère de surcroît aux mortels que nous sommes une illusion de puissance qui nous rapproche de ce ou ces dieux réputés morts : si je suis capable, par ma seule volonté, de faire baisser la température moyenne de la terre d’un degré, je dépasse mon humanité pour accéder à la surhumanité. Je ne subis plus mon destin, je détermine celui de mon espèce.

On n’entrera pas ici dans les querelles entre « réchauffistes » et « anti-réchauffistes ». Admettons que les prévisions apocalyptiques des premiers soient pertinentes. Même dans cette hypothèse, qui fait la part belle aux origines anthropiques du réchauffement climatique planétaire, il reste que l’on peut tout changer, excepté ce que l’on ne peut pas. On ne peut pas taxer les tâches solaires, les courants marins, les volcans, qui n’ont aucune compassion pour le sort des générations humaines à venir. À supposer, ce qui n’est pas gagné, que les populations des pays émergents acceptent de renoncer à rattraper les vieilles puissances industrielles en matière de consommation, on est encore loin du compte pour que chacun d’entre nous puisse se considérer comme le maître du climat. « Mais, au moins, on aura fait quelque chose ! », se défendent les promoteurs de l’ascèse écolo, quand on les confronte au caractère dérisoire des effets attendus de programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre aux coûts ophtalmocéphaliques.

Il est en effet difficilement supportable pour un être doté d’un minimum de cette common decency chère à George Orwell de se rendre sans combattre, même si l’issue du combat semble raisonnablement désespérée.

Cette attitude, qui paraît au premier abord relever d’une saine approche éthique des problèmes auxquels nous sommes confrontés, se révèle à l’examen méprisante pour nos descendants et stérilisante pour la pensée de nos contemporains.

Dans la longue durée de l’histoire de l’humanité, on a pu constater que l’espèce homo sapiens s’était adaptée avec succès à des variations climatiques de son environnement beaucoup plus importantes que celle prévue pour notre siècle par les experts de la tendance alarmiste.

C’est même une caractéristique de l’espèce de pouvoir survivre aussi bien dans les régions arctiques qu’aux alentours de l’équateur. On ne voit pas ce qui pourrait empêcher ces fameuses générations futures de déployer leur génie dans un contexte géoclimatique quelque peu modifié. Ils seront tout à fait capables de créer des stations balnéaires au Groenland si le temps le permet et d’édifier, là où cela se révélera nécessaire, les ouvrages d’art capable de protéger les côtes contre l’élévation du niveau des océans. Les Hollandais ont, dans ce domaine, une expérience qui peut être utile. Et il n’est pas interdit de penser qu’ils élaboreront de nouveaux concepts et de nouveaux produits adaptés à leur environnement car, jusqu’à preuve du contraire, l’élévation de la température ne produit pas l’abaissement concomitant du Q.I. moyen des populations.

D’autre part, la domination de la pensée apocalyptique étouffe le débat sur la politique à mettre en œuvre aujourd’hui pour parer à l’éventualité du réchauffement climatique, une fois reconnue son inévitabilité et notre impuissance relative à l’enrayer. Imaginons une pensée positive et joyeuse du réchauffement, qui en soulignerait un certain nombre de bienfaits, et qui stimulerait les énergies pour trouver des solutions aux désagréments qu’il provoque. Cela nous reposerait des jérémiades et injonctions comminatoires des flics de la pensée verte.

Comprend qui peut

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Mort d’un soudard grec

29

Nicolas Makazeros est mort à 90 ans, le 4 août. Il faisait partie de la junte militaire, les fameux « colonels » qui installèrent le 21 avril 1967, avec l’aide logistique de la CIA, une dictature qui devait durer sept ans. La gauche était alors, bien entendu, sur le point de remporter les élections. Incompétents, incultes et brutaux, les colonels grecs interdirent notamment l’étude de Platon et de Socrate pour homosexualité.

Artilleur, Nicolas Makazeros se montra particulièrement féroce lors de la répression d’une grève étudiante de l’école polytechnique d’Athènes en 1973. Avec ses comparses, il fut lui-même renversé par le chef de la sécurité Ioanidis, tout aussi nullissime que ses prédécesseurs puisqu’il fut incapable de résister à l’invasion turque de Chypre qu’il avait lui-même provoquée, ce qui fit s’effondrer la dictature.

Condamné à mort pour haute trahison, Makazeros vit sa peine commuée en détention à perpétuité, sans doute parce que la sagesse antique, contrairement à la justice américaine, interdit la mise à mort d’attardés mentaux.

Libéré, Makazeros passa la fin de sa vie à tripoter un komboloï et à jouer au jacquet, avec le regard vide si caractéristique des brutes galonnées.

En revanche, l’écrivain Manolis Glezos, membre du Parti communiste, qui décrocha le 30 mai 1941, alors qu’il avait à peine vingt ans, le drapeau nazi qui flottait sur l’Acropole, se porte toujours à merveille et continue de recevoir aimablement ses admirateurs dans son île natale de Naxos. Il doit être content, le vieux camarade et je lui dis à bientôt.

Smoking, no smoking

5

N’est pas Bernard Madoff qui veut. Certains banquiers n’ont pas la chance d’écoper de 160 années de prison et doivent s’isoler sur des îles désertes pour conquérir un peu de solitude. C’est le cas de Geoff Spice. Ce banquier londonien de 56 ans fume trente cigarettes par jour et a décidé d’arrêter. Plutôt que de se faire poser un patch, d’essayer l’hypnose, l’acupuncture, l’homéopathie ou les champignons hallucinogènes (une assiette et t’as plus envie de fumer), Geoff a décidé de passer tout le mois d’août sur une île déserte des Hébrides extérieures, au nord-ouest de l’Ecosse. Dépourvue d’électricité, d’eau courante et d’habitants, l’île de Sgarabhaigh ne compte qu’un petit troupeau de moutons. Elle compte désormais un banquier non-fumeur : c’est foutu !

Causeur en août, inédits partout

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aout

Comme la rédaction de Causeur ne prend pas de vacances, le mensuel d’août 2009 vient de paraître. Au sommaire de ce numéro au titre vagal de « Y’a comme un malaise », près de 2/3 de textes inédits ! N’hésitez plus à vous abonner ou à offrir un abonnement à vos amis. C’est simple comme un clic et c’est la meilleure façon de nous soutenir.

Les inédits du mois d’août
Malaise d’État, Elisabeth Lévy
Aidez la SPA, Babouse
Je pense, donc je twitte, François Miclo
L’art d’être grand-père, Raùl Cazals
Sous le soleil des topiques, Marc Cohen
Été meurtrier, gouvernement complice, Luc Rosenzweig
Légitime décence, Cyril Bennasar
Halte au régime présidentiel, Luc Rosenzweig
Ne demandez plus la lune, Gil Mihaely
Les dégonflés, Aimée Joubert
Le garçon from Ipanema, Jean-François Baum
Avignon, le off du Off, Philippe Cohen
Cet été, fuyons le moderne, Bruno Maillé
Du côté de chez Capone, Jérôme Leroy
Gary soit qui mal y pense, Jérôme Leroy

Le bio, c’est logique…

78

« Léchage, lâchage, lynchage » : aucune mode n’échappe au cycle de Jean-François Kahn – qui décrit ainsi le traitement des hommes politiques par les médias. C’est ainsi que le « bio » qui triomphait sur toutes les « unes » il y a peu est aujourd’hui victime d’une suspicion généralisée. Trop cher, pas si bio que ça, et même pas bon : bouffer vert, ce n’est plus tendance du tout les amis.

Tombés du haut de leur statut de pionniers du monde « durable » et post-industriel, les consommateurs « bio » sont aujourd’hui traités de dupes, de gogos pour charlatans. Les nigauds, l’argent qu’ils dépensent ne leur permet même pas de se payer une santé. Une équipe de chercheurs britanniques observe que les bienfaits nutritifs des aliments produits par l’agriculture biologique restent marginaux au regard de l’écart de prix qui est lui considérable.

Le bio, c’est cher, la ménagère en sait quelque chose. Mais après tout, le prix payé par le consommateur ne saurait être l’unique critère de la sélection darwinienne des inventions humaines. De plus, tout prix repose sur un malentendu. Comme nos médias se sont employés à le démontrer, un kilo de tomates cultivées avec engrais et pesticides revient moitié moins cher qu’un kilo de tomates « bio ». Peut-être, cependant, le véritable prix à payer est-il bien plus élevé seulement, il doit être imputé à d’autres acteurs en différé. Le prix de la tomate devrait inclure le coût engendré par la multiplication des cancers et déformations génétiques constatée des années plus tard, très loin de la serre parce que la nappe phréatique a été polluée par des engrais et pesticides.

Plus élevé, le prix du « bio » présente, du point de vue purement économique, au moins deux avantages : il est définitif et il est payé par celui-même qui en profite directement. Pas de coûts cachés, point d’ardoises laissées à la collectivité pour 2030. En revanche, la somme payée par le consommateur pour les produits de l’agriculture conventionnelle n’est autre chose que le premier versement d’une facture qui reste ouverte, le prix définitif étant impossible à calculer.

Le problème, c’est qu’on n’a pas très envie de défendre les membres de la secte « bio » qui croient qu’on « est ce qu’on mange », beurk. Après tout, ils se contentent de faire prévaloir un égoïsme (« ma santé d’abord ») sur un autre (« mon porte-monnaie d’abord »). N’oublions pas que la « révolution verte » d’hier, avec son appareillage de produits chimiques et ses méthodes industrialisées, a été inspirée par d’aussi bons sentiments que la contre-révolution verte actuelle. Il fallait nourrir les gens, un ventre plein étant la première condition de la longévité. En quelques décennies, le « vert » a donc changé de camp sans perdre sa qualité intrinsèque. Il est le Bien. D’où la vague confusion qui s’instaure, dans les esprits, entre « bio », « vert » et « équitable ».

Bref, la question n’est pas « bio » ou pas « bio », mais de rendre notre système de production et de consommation moins dévastateur pour l’environnement sans passer par la case « catastrophe sociale et politique », résultat inéluctable de la « décroissance » et autres utopies où tout est pris en compte, tout est prévu – sauf la réalité. Il faut s’interroger sur les vertus globales du « bio » pour la santé de l’environnement plutôt que sur ses effets heureux sur le métabolisme des membres de la secte.

On peut, par exemple, se demander si l’instauration d’une norme « bio » ne jouera pas comme une barrière douanière empêchant les pays sous-développés d’exporter leurs produits vers l’Europe. Les belles âmes qui pensent que ce qui est « bio » est bon pour tous doivent savoir que ce n’est pas demain que l’Afrique ou l’Amérique latine consentiront à voir le rendement de leurs agricultures chuter de 30 % voire plus. Bref, celui qui ne consomme que des fruits et légumes cultivés à 20 kilomètres de chez lui risque de se retrouver un jour en délicatesse dans une rue étroite de l’une de nos grandes villes avec le fils d’un agriculteur ruiné d’un pays du tiers monde. Si les chercheurs britanniques ont effectivement démontré quelque chose, c’est surtout que, hors de toute pensée politique et sociale, le « bio » n’est pas seulement dénué de sens mais carrément dangereux.

Le Japon, pas le jupon !

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Elle est nippone et elle a 25 ans. Elle s’appelle Emiri Miyasaka. Son rêve : devenir miss Univers. Rien de plus normal pour cette beauté de l’Empire du Soleil Levant, si ce n’était la polémique que la jeune fille soulève au Japon depuis plus d’une semaine. A-t-elle posé nue dans la version tokyoïte de Playboy ? Non. Est-elle un sumo qu’une cure d’amaigrissement et quelques retouches chirurgicales auraient transformé en Asiatique affriolante ? Vous n’y êtes pas du tout. La gourgandine a eu l’indécence de porter, pour le défilé, un kimono un peu très court, qui laissait entrevoir son slip et ses porte-jarretelles roses. Emiri est priée d’aller se faire rallonger ce kimono dessiné par une Française, Inès Ligron, qui entraine les candidates nippones au titre de miss Univers depuis dix ans. Haïku, d’accord. Raduku, pas encore.

Une bonne bière fraiche qui ne règle rien

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Des flics accusés de pratiquer le « contrôle au faciès », un contrôle d’identité qui dégénère en arrestation et en polémique raciale, ça n’arrive pas que chez nous. Avec l’affaire Obama-Gates, l’Amérique vient de s’offrir son premier psychodrame racial depuis l’élection du président noir.

Le 16 juillet, un universitaire noir, Henri Lewis Gates, de retour de voyage, tente de forcer la porte de sa propre maison qui était bloquée. Croyant à un cambriolage, une voisine appelle la police. Le policier James Crowley, flic blanc, veut vérifier que l’homme est bien le propriétaire des lieux. Le professeur montre ses papiers, s’énerve. Le ton monte, le professeur traitant le policier de « motherfucker » le policier. Gates est menotté et emmené au poste de police « pour trouble à l’ordre public ».

Cet incident banal devient une affaire d’Etat après l’intervention d’Obama qui déclare sans autre forme de procès que le flic qui a arrêté son ami s’est conduit de façon stupide. Et au cas où quelqu’un n’aurait pas compris, il en rajoute sur les « contrôles au faciès » comme on dit chez nous : « Cet incident nous rappelle qu’il y a une longue habitude dans ce pays à contrôler les Africains Américains et les latinos de manière disproportionnée… »

Fallait-il menotter devant chez lui ce professeur d’allure chétive, âgé de 58 ans, personnalité emblématique de la culture noire, titulaire de la chaire d’études africaines-américaines à Harvard ? Si on ajoute qu’il est président du comité de sélection du prix Pulitzer et a été classé parmi les 25 Américains les plus influents par Time, on comprend que le policier est plutôt mal tombé. Blanc, le professeur aurait-il arrêté comme un vulgaire malfrat ? La police, elle, en a marre de se faire insulter : le professeur, dit-elle, a contribué à banaliser les agressions verbales dont les policiers sont victimes au quotidien.

Obama comprend vite qu’il a gaffé. Le ton d’un militant des droits civiques ne sied guère au président des Etats-Unis. Les pressions exercées sur le Président pour le sommer d’intervenir au nom de sa propre identité ethnique choquent l’Amérique. De plus, dans un pays hanté par la crainte de l’abus de pouvoir, personne n’est au dessus des lois, pas même un ami intime et de longue date du Président. Aussi son intervention est-elle très mal perçue au sein d’élites où les lawyers règnent en maître.

Le président rétro-pédale promptement : « J’ai donné l’impression que je vilipendais la police de Cambridge et le sergent Crowley, j’aurais dû m’exprimer autrement. »

Sans doute. En attendant, l’ère radieuse et post-raciale annoncée n’a pas encore commencé. En juin 2009, selon un sondage CNN, 62 % des noirs et 61 % des blancs pensent que rien n’a changé dans ce domaine depuis l’arrivée d’Obama. (À vrai dire, c’est le contraire qui aurait été étonnant.)

Certes, le président a réuni le sergent et l’universitaire à la Maison Blanche pour le sommet de la bière. Mais cet impeccable plan com’ ne suffit pas à effacer le malaise provoqué par l’affaire.

Fallait-il, au nom de la cause antiraciste, brandir aussi promptement l’infâmante accusation de racisme ? (Rappelons qu’en l’espèce, un policier noir qui accompagnait Crowley a affirmé qu’il aurait agi exactement comme lui.)

Allons un peu plus loin. Faut-il, pour ne pas être raciste, taire le fait que c’est dans les communautés noires ou hispaniques qu’on observe la plus forte délinquance et que c’est ce fait statistique – et non le racisme des policiers – qui explique que ces populations soient plus ciblées par les contrôles ? On me dira que les délinquants se recrutent toujours parmi les laissés pour compte et que nombre de noirs et d’hispanos vivent dans un no man’s land culturel et social. Sans doute. Seulement on ne demande pas aux flics de jouer les sociologues mais d’assurer la sécurité des citoyens.

Surtout, on peut se demander si le « Gatesgate » révèle le racisme persistant des blancs ou la soif de vengeance d’une partie des noirs. Par moments on se dit que, plus que le rêve de Luther King, c’est le cauchemar de Tocqueville d’une dictature des minorités qui risque de se réaliser. Et pas seulement en Amérique.

Peste à Buda

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Cela s’est passé en Hongrie dans la nuit de dimanche à lundi : une femme Rom de 45 ans, veuve, mère de famille nombreuse, a été froidement abattue dans son sommeil et sa fille (13 ans) gravement blessée. Un fait divers pas si anodin : cela fait la onzième agression de ce type en un an et la sixième victime, dont un enfant de cinq ans. Réaction de la population ? Néant, ou presque. A titre de comparaison, l’année dernière, lorsqu’un sportif s’est fait poignarder par un Rom lors d’une rixe dans une boîte de nuit, nous avions eu droit dans tout le pays à des retraites aux flambeaux suivies pas des milliers de personnes en pleurs… Les agresseurs, en fuite, avaient été immédiatement arrêtés. Lorsque nous avons manifesté à la suite du dernier crime anti-Rom, nous étions à Budapest à peine 300 énergumènes sur une ville de deux millions d’habitants… Depuis un an que se répètent ces tirs sur des Roms (toujours selon le même schéma : chez eux, à l’aube, surpris dans leur sommeil, soit chassés du lit par jet de cocktails molotov puis abattus dans leur fuite, soit, comme le dernier cas, avec entrée par effraction dans le jardin et tir par la fenêtre), les agresseurs courent toujours. Une précision : dans tous les cas, les victimes étaient des citoyens rangés, sans problème, occupant un emploi.

PACA cadeau

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L’acronyme PACA « n’illustre ni la richesse, ni la diversité de ses territoires et de son patrimoine culturel exceptionnel » et « ne permet pas non plus de nommer ses habitants » : Michel Vauzelle veut que la région dont il est président change de nom. Socialo-ségoliste, Vauzelle fait preuve comme sa patronne, d’un cratylisme naïf. Ce n’est pas parce que la région Paca s’appellera « Provence » qu’elle redeviendra l’aimable Arcadie qu’elle fut à l’époque de Pagnol ou encore à celle de Fitzgerald qui y voyait une utopie concrète de vie libre au début de Tendre est la nuit.

Non, qu’on l’appelle PACA ou Provence, cette région reste une honte pour la France. Ses habitants ont un accent ridicule, son ciel bleu est d’une banalité à pleurer et l’anchoïade, le pistou et la tapenade sont absolument indigérables pour un estomac civilisé, c’est-à-dire du nord de la Loire. Non contents de promouvoir une cuisine qui fait roter, ils produisent un vin exécrable de pisseurs de vigne, affreusement chaptalisé, soufré, glycériné et emploient des travailleurs immigrés saisonniers, maghrébins ou polonais, qu’ils traitent comme des animaux avant d’aller voter Front national aux élections municipales. On fera une exception pour le vin de Jean-Christophe Comor, dont David Desgouilles a dit avec raison tout le bien qu’il fallait penser.

La région Paca est, pour le reste, essentiellement peuplée de ce que l’humanité fait de pire : spéculateurs immobiliers qui vous transforment une côte virgilienne en front de mer soviétiforme, mafieux russes gras, violents et cocaïnomanes, joueurs compulsifs, touristes pauvres entassés dans des campings concentrationnaires, touristes riches bunkerisés dans des villas californiennes qui inventent la privatisation paranoïaque de l’espace public, sans compter les maurassiens, les félibres et autres régionalistes à l’esprit étroit.

Les sports favoris en Paca sont le bronzage idiot, l’assassinat de député et l’incendie volontaire, provoqué soit par une urbanisation délirante, soit par des militaires incompétents qui tirent n’importe où comme ce fut le cas récemment près de Marseille, soit par des pyromanes psychotiques supportant mal d’être le fruit exténué d’unions consanguines : l’habitant de Paca se marie en effet toujours avec d’autres habitants de Paca : il croit que l’éternel beau temps de sa région lui donne une supériorité ontologique sur le Parisien. D’ailleurs pour l’habitant de Paca, tout élément extérieur à la région est un Parisien. On l’envie, on le méprise mais on adore son pognon, que ce soit celui du smicard pillé au Lavandou ou celui du pipaule djaitesaiteur qui débourse trois RSA pour une bouteille de mauvais champ sur une plage privée qui sent l’huile solaire et la fornication tarifée.

Pour finir, la région PACA abrite en son sein une principauté d’opérette qui possède une mauvaise équipe de foutebaule et qui est surtout un paradis fiscal au cœur de la République, dirigé par un souverain portant nom de piercing sexuel. Quand on pense qu’il faudrait un quart d’heure à une section parachutiste pour la fondre dans le département des Alpes maritimes, on se demande ce qu’attend le gouvernement.

Alors, Monsieur Vauzelle, changez de nom tant que vous voudrez, nous ne sommes pas dupes et nous attendons avec impatience que ces territoires de la honte soient directement administrés depuis Paris avec, sur place, un gouverneur militaire.

Et la loi martiale qui va avec.

Chômage, l’été meurtrier

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C’est l’été et la rédaction de Causeur ne ménage pas ses efforts pour vous apporter de bonnes nouvelles. Nous sommes sûrs que vous accueillerez avec enthousiasme l’information suivante : sur 18 600 personnes disparues en France en juin 2009, nous avons réussi à en repérer 17 200, c’est-à-dire plus de 90 % ! Il s’agit bien entendu des 18 600 chômeurs en moins recensés en juin, selon les chiffres publiés par l’INSEE. En pleine crise, cette information nous a plongés dans les plus vives inquiétudes. Puisque ce n’est ni le marché du travail ni l’économie qui les ont engloutis, où diable sont-ils passés ? Comme vous le savez, dans le cas des personnes disparues, le temps est compté et la rapidité de recherches est décisive. Au cours de notre enquête nous avons appris que les nombres de « ruptures conventionnelles à l’amiable » (dispositif introduit par la loi de modernisation du marché du travail, permettant à l’employeur et à ses salariés de mettre fin d’un commun accord aux contrats de travail) ne cesse de croître. 9 200 en janvier, ils étaient 12 900 en mai et – quel coïncidence ! – 17 200 en juin ! Les voilà trouvés nos licenciés masqués et déguisés. Retournez sans inquiétudes à vos parasols et chaises longues! Nous prenons devons vous un engagement solennel : avant la rentrée nous trouverons les 1 400 autres !

Yes, we can’t !

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Un grand philosophe trop tôt disparu, Robert, dit Bobby, Lapointe nous raconte, dans une parabole mammaire, qu’une certaine Françoise, que l’on appelait Framboise, était parvenue à augmenter le volume de sa poitrine grâce à « un institut d’Angers, qui peut presque tout changer, excepté ce qu’on ne peut pas ».

À l’heure du « Yes we can ! » et du ressassement à l’infini de la possibilité d’un autre monde conçu et réalisé par des hommes meilleurs, il n’est pas inutile de rappeler cet « excepté ce qu’on ne peut pas ». Celui-ci distingue la pensée lapointienne des idéologies post-modernes de la volonté proclamant la toute-puissance de l’homme sur son destin individuel et collectif. Lapointe ne stigmatise pas le progrès des sciences et des techniques, mais il en marque la limite.

En quelques décennies, on est passé de l’utopie d’un homme nouveau bâtissant une société idéale, prospère et solidaire à une eschatologie du sauvetage en catastrophe d’une planète menacée par l’homme ancien, bousilleur impénitent de son environnement.

Il faut changer de comportement, au nom du respect que l’on doit aux générations futures, tel est l’impératif catégorique des instances dirigeantes morales et politiques qui ont trouvé là un moyen fort commode de gestion de la foule. Un citoyen culpabilisé, renvoyé sans cesse à la trace carbone qu’il laisse dans son sillage d’homo economicus, sera moins enclin à faire porter aux détenteurs du pouvoir la responsabilité de ses misères quotidiennes.

C’est ainsi que s’est imposée l’escroquerie consistant à faire croire qu’une mortification individuelle – une privation consentie des commodités liées à l’utilisation des énergies fossiles – fera de vous, le petit, le sans-grade, un sauveur de notre planète et un bienfaiteur de l’humanité à venir. Le schéma, reconnaissons-le, est loin d’être nouveau, puisqu’il a fonctionné à la satisfaction générale pendant deux millénaires : les souffrances subies en ce bas monde seraient la meilleure garantie d’une éternelle félicité dans l’autre.

La version nouvelle de la rédemption individuelle confère de surcroît aux mortels que nous sommes une illusion de puissance qui nous rapproche de ce ou ces dieux réputés morts : si je suis capable, par ma seule volonté, de faire baisser la température moyenne de la terre d’un degré, je dépasse mon humanité pour accéder à la surhumanité. Je ne subis plus mon destin, je détermine celui de mon espèce.

On n’entrera pas ici dans les querelles entre « réchauffistes » et « anti-réchauffistes ». Admettons que les prévisions apocalyptiques des premiers soient pertinentes. Même dans cette hypothèse, qui fait la part belle aux origines anthropiques du réchauffement climatique planétaire, il reste que l’on peut tout changer, excepté ce que l’on ne peut pas. On ne peut pas taxer les tâches solaires, les courants marins, les volcans, qui n’ont aucune compassion pour le sort des générations humaines à venir. À supposer, ce qui n’est pas gagné, que les populations des pays émergents acceptent de renoncer à rattraper les vieilles puissances industrielles en matière de consommation, on est encore loin du compte pour que chacun d’entre nous puisse se considérer comme le maître du climat. « Mais, au moins, on aura fait quelque chose ! », se défendent les promoteurs de l’ascèse écolo, quand on les confronte au caractère dérisoire des effets attendus de programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre aux coûts ophtalmocéphaliques.

Il est en effet difficilement supportable pour un être doté d’un minimum de cette common decency chère à George Orwell de se rendre sans combattre, même si l’issue du combat semble raisonnablement désespérée.

Cette attitude, qui paraît au premier abord relever d’une saine approche éthique des problèmes auxquels nous sommes confrontés, se révèle à l’examen méprisante pour nos descendants et stérilisante pour la pensée de nos contemporains.

Dans la longue durée de l’histoire de l’humanité, on a pu constater que l’espèce homo sapiens s’était adaptée avec succès à des variations climatiques de son environnement beaucoup plus importantes que celle prévue pour notre siècle par les experts de la tendance alarmiste.

C’est même une caractéristique de l’espèce de pouvoir survivre aussi bien dans les régions arctiques qu’aux alentours de l’équateur. On ne voit pas ce qui pourrait empêcher ces fameuses générations futures de déployer leur génie dans un contexte géoclimatique quelque peu modifié. Ils seront tout à fait capables de créer des stations balnéaires au Groenland si le temps le permet et d’édifier, là où cela se révélera nécessaire, les ouvrages d’art capable de protéger les côtes contre l’élévation du niveau des océans. Les Hollandais ont, dans ce domaine, une expérience qui peut être utile. Et il n’est pas interdit de penser qu’ils élaboreront de nouveaux concepts et de nouveaux produits adaptés à leur environnement car, jusqu’à preuve du contraire, l’élévation de la température ne produit pas l’abaissement concomitant du Q.I. moyen des populations.

D’autre part, la domination de la pensée apocalyptique étouffe le débat sur la politique à mettre en œuvre aujourd’hui pour parer à l’éventualité du réchauffement climatique, une fois reconnue son inévitabilité et notre impuissance relative à l’enrayer. Imaginons une pensée positive et joyeuse du réchauffement, qui en soulignerait un certain nombre de bienfaits, et qui stimulerait les énergies pour trouver des solutions aux désagréments qu’il provoque. Cela nous reposerait des jérémiades et injonctions comminatoires des flics de la pensée verte.

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