Laurence Vichnievsky et Eva Joly.
Laurence Vichnievsky et Eva Joly.

La désignation de Laurence Vichnievsky comme tête de liste d’Europe Ecologie en région PACA précise encore les contours du projet de ces Verts néolibéraux, finalement assez inquiétants. Laurence Vichnievsky, souvenons-nous, fit la une des journaux quand elle s’attaquait à l’affaire ELF en compagnie d’Eva Joly, ce fjord luthérien qui fait de Robespierre un modèle de chaleur humaine et qui elle, a déjà été élue députée européenne avec Cohn-Bendit en juin dernier.

Décidément, ces gens-là, quand ils font dans le people, aiment bien les juges. On se rappelle ce tandem, Vichnievsky et Joly, qui aurait pu inspirer une certaine sympathie dans sa volonté de nettoyer les écuries d’Augias mais qui par son instrumentalisation des médias comme bouclier, son utilisation de la détention préventive comme moyen de pression, son discret populisme qui consistait à jouer systématiquement l’opinion contre les élus, aura beaucoup fait pour discréditer les politiques en les désignant comme des salauds intégraux, tous partis confondus. Laurence Vichnievsky tenta même de s’attaquer sans aucun succès à Robert Hue et au financement du PCF. Il n’y avait pas de raisons que les communistes échappent au lot commun, car pour cette dame, apparemment, faire de la politique était déjà, en soi, suspect[1. Que Jérôme me pardonne cette intrusion mais il y avait d’autant moins de raisons que le PC échappât aux juges que sa gestion municipale n’était pas, me semble-t-il, un modèle de vertu. Passons. EL.].

Il m’a toujours semblé étonnant qu’on ne souligne pas, d’ailleurs, dans les multiples causes qui amenèrent Le Pen au second tour en 2002, cette variation obsessionnelle sur le thème « tous pourris » jouée par ces idiotes utiles du néo-poujadisme ambiant de ces années-là (je féminise ce concept léniniste, il n’y a pas de raison, la parité ne se partage pas).

La façon dont madame Vichnievsky parle de la politique à l’occasion de son investiture ne trompe pas et prouve qu’elle garde, au bout du compte, le même mépris pour cette activité  : « J’étais juge, je le suis. Je représente une autre manière de faire, qui va à l’encontre de ce qui se fait en politique. » Je traduis : avant elle, avant qu’elle ne daigne affronter les électeurs (au cours d’un scrutin de liste), il n’y eut que des incapables ou des salauds, des élus totalement étrangers à l’intérêt public. Vêtue de probité candide et de lin blanc, la dame poursuit, nuançant légèrement son propos pour mieux lancer la flèche du Parthe : « Non, tous les politiques ne sont pas pourris, même en PACA. Je suis attachée à la règle de droit, j’ai envie qu’elle soit respectée par tous, en PACA peut-être plus qu’ailleurs. Quand je lis, dans la presse, qu’il y a à l’instruction une affaire de détournement de subventions accordées par le conseil régional, ça me choque. »

Il faut absolument que quelqu’un m’explique en quoi cette déclaration de principe ne pourrait pas être cosignée par le FN, époque « mains propres et tête haute » ou monsieur Bompard et ses identitaires de La ligue du Sud, pénibles décalques à la badiane et au pistou du grotesque Umberto Bossi.

Europe Ecologie, plus prosaïquement, se voit déjà le fossoyeur du Parti Socialiste. Entre le score de juin aux européennes, celui de leur candidate battue de justesse au second tour dans l’ancienne circonscription de Boutin et celui de Lipietz au premier tour contre Douillet dans la douzième des Yvelines, ils auraient tort de se priver. Ils sont le mouvement politique idéal de la bourgeoisie éclairée, celle qui fait partie des gagnants de l’économie de marché mais veut se montrer d’une grande tolérance sur les sujets de société, ceux qui ne coûtent pas chers, en tout cas à leurs enfants surprotégés : sexualité, drogues, droits particuliers. L’alliance objective de Cécile Duflo avec Sarkozy dans l’affaire de la taxe carbone, prouve que le Vert nouveau n’a plus rien à faire de l’électorat populaire.

Son écologie, c’est celle du tri sélectif, des pistes cyclables et des marchés bio, c’est aussi celle des associations nimby (not in my backyard, en gros, pas dans mon jardin) qui pétitionnent contre les antennes relais sur le toit d’en face, la construction d’un parking en centre-ville ou la présence d’un incinérateur dans un rayon de cinquante kilomètres. Mais ce n’est certainement pas celle qui se développe en ce moment dans les propositions du Parti de Gauche, par exemple, et qui souligne une banalité de base oubliée par ces Verts mutants : l’écologie est définitivement incompatible avec le capitalisme et ses modes de productions suicidaires dans une planète devenue trop petite.

Et Marx et Engels de nous rappeler, dans le Manifeste, par leur définition du « socialisme bourgeois », qu’Europe Ecologie a de tout temps existé, qu’il y a un transcendantal d’Europe Ecologie comme, dirait Badiou, il y a un transcendantal pétainiste : « Notez que, par transformation des conditions de la vie matérielle, ce socialisme n’entend aucunement l’abolition du régime de production bourgeois, laquelle n’est possible que par la révolution, mais uniquement la réalisation de réformes administratives sur la base même de la production bourgeoise, réformes qui, par conséquent, ne changent rien aux rapports du Capital et du Salariat et ne font, tout au plus, que diminuer pour la bourgeoisie les frais de sa domination et alléger le budget de l’Etat. »

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Jérôme Leroy
Écrivain et rédacteur en chef culture de Causeur. Derniers livres parus: Nager vers la Norvège (Table Ronde, 2019), La Petite Gauloise (Folio Policier, 2019)
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