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Le lobby juif, voilà l’ennemi !

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Ce Pascal Boniface est très fort. Certes, on peut ne pas partager ses tropismes. Mais enfin, en quinze ou vingt ans de présence laborieuse dans le débat public, sa seule contribution originale a été de constater qu’il y avait en France plus de musulmans que de juifs et à appeler son ex-parti, le PS, à en tirer les conséquences qui s’imposaient. Et après tout, à l’exception peut-être d’un certain cynisme, on ne peut pas reprocher grand-chose à ce raisonnement. Pour le reste, Boniface a réussi à être l’un de ces « experts » généralistes dont les médias raffolent en énonçant des banalités bien-pensantes ou des sottises sur toutes sortes de sujets allant de la guerre en Irak aux JO (l’un de ses fonds de commerce favoris). Boniface, c’est le type qu’on a pris l’habitude de voir ou d’entendre à tout bout de champ sans que plus personne ne se souvienne quand il est apparu et pour quelle raison. Il fait partie du décor. Au bout du compte, il n’est que l’un des multiples imposteurs qui pullulent sur les ondes et écrans – et, à vrai dire, plutôt une « roue de secours » qu’un « bon client ». Pas le plus talentueux, il est vrai, ce qui confère un côté vaguement mystérieux à sa trajectoire. Il faudrait un Balzac pour imaginer la somme de combines, calculs, intrigues et autres coups qui l’ont rendu incontournable. Après tout, mettre un pied dans toute porte qui s’entrouvre et ne plus lâcher, c’est un talent.

Il ne faut jamais désespérer de personne. Pour une fois, Boniface a fait preuve d’un courage réel en disant tout haut ce que la majorité des gens n’oseraient même pas penser tout bas. Non seulement, il proclame qu’il y a en France un lobby juif[1. Blague à part, je pense que cette affirmation mérite d’être discutée honnêtement et que la réponse ne s’impose pas.] mais, ce qui est plus surprenant de sa part, que celui-ci doit être un modèle pour les Arabes et les musulmans. Lesquels, a-t-il déploré, « ne disposent pas d’un lobby en Occident, capable de corriger l’image erronée de l’Islam, alors que des célébrités médiatiques s’emploient à ternir leur image ». (Pas d’énervement, la liste arrive !) Sans doute aviez-vous noté que « les médias occidentaux en général, et européens en particulier, en répandent une image déformée en alimentant l’amalgame entre l’islam (religion) et les mouvements islamistes (politiques ou terroristes) » ? Boniface vous dit ce qu’on vous cache : « Ces campagnes hostiles à l’islam sont commanditées par des intellectuels et des journalistes connus dans la sphère française, comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val. » Saluons le fait qu’il ne cède pas à une vision étroitement ethnique, puisque Val est pris dans la rafle – sans doute comme crypto-juif. Et puis, il y a les traitres, ces musulmans qui contribuent à cette campagne anti-musulmane, comme Mohammed Sifaoui, qui lui aussi « bénéficie de l’appui des médias ». Le lobby a le bras long.

On notera de surcroît l’audacieuse conception de la vie publique qui affleure dans les propos de Boniface : si on comprend bien, il conseille aux musulmans d’utiliser les mêmes méthodes, ce qui semble signifier dans le contexte qu’ils devraient mener des « campagnes hostiles aux juifs ». Peut-être même pourrait-il être le Val des musulmans et prendre la tête de ce contre-lobby. Voilà en tout cas un esprit libre qui ne se couche pas devant le politiquement correct. D’ailleurs, il a payé le prix fort : « En France, il y a un puissant courant hostile aux Arabes et à l’Islam, et si tu n’en fais pas partie, il fait tout pour te faire taire. Ils ont ainsi tenté de me tuer professionnellement », a-t-il encore affirmé. Heureusement que nos médias, plus que sourcilleux sur la liberté d’expression, continuent à donner la parole à ce rebelle, dont toutes les citations sont extraites de l’article de Chawki Freïha, publié à Beyrouth sur le site mediarabe.info.

Quelques esprits chagrins trouveront que les propos de Boniface ne sont pas si courageux que ça. Il est vrai qu’il les a prononcés à Alger, dans le cadre du forum « Monde arabe et Choc des civilisations » organisé le 5 novembre par le quotidien arabophone El Khabar dans le cadre du Salon du Livre. Boniface en a profité pour faire la promotion de la traduction arabe de son livre Est-il permis de critiquer Israël ? – un titre qui dénote un certain humour. Poser une question aussi iconoclaste, voilà qui révèle une pensée particulièrement « dérangeante ». D’ailleurs, il dérange, Boniface. La preuve, selon Chawki Freïha, « le livre était officiellement interdit au Salon du livre mais bien présent sur les étalages ». La preuve aussi que, contrairement à la France, l’Algérie est un pays libre. Au moins, là-bas, il n’y a pas de lobby juif.

PS : Je lance un appel solennel à tous les membres actifs ou dormants du lobby : de grâce, épargnez-nous les trémolos et l’indignation. Un imbécile ne fait pas plus une bête immonde qu’une hirondelle le printemps. Inutile d’en faire un martyr. Il n’y a qu’une chose à faire de Pascal Boniface : en rire.

Est-il permis de critiquer Israël ?

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Kouchner le visionnaire

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La France ne connaît pas son bonheur d’avoir un ministre des Affaires étrangères aussi folklo que Bernard Kouchner. Je ne jette pas la pierre : nous avons eu, en Allemagne, Joschka Fischer. Sauf que, venu du mouvement alternatif après un passage dans les franges les plus actives de l’extrême gauche allemande, il avait adopté la Bismarck attitude sitôt qu’il accéda aux affaires fédérales avec Gerhard Schröder. La Bismarck attitude ? Ce n’est pas une histoire de moustaches ni de casques à pointe, c’est l’autre nom de la Realpolitik : tu ne fais pas de politique, hormis la politique bien comprise de l’Allemagne.

La Realpolitik, ce n’est visiblement pas le truc de Bernard Kouchner. Son truc à lui, c’est le Quai d’Orsay. On le croirait fait pour ça : s’il y avait une panoplie de ministre des Affaires étrangères comme il en existe pour les généraux, les cardinaux et les majorettes, cela ne souffre aucun doute qu’elle lui irait comme un gant. En Allemagne, sa popularité est sans égal : depuis qu’il a poussé la chansonnette l’an passé avec son homologue de Berlin, Frank-Walter Steinmeier, le ministre français est devenu une quasi star du R’n’B de Munich à Hambourg.

Le seul problème de Bernard Kouchner est qu’il parle trop. Il bavarde sur toutes les choses qu’il connaît. Sur les autres aussi. Il ne peut s’en empêcher, rien ne peut l’en retenir. Cela doit être une déformation professionnelle. Notre médecin de famille, le Dr Schweitzer, est en tout point pareil : même s’il ne parvient pas à diagnostiquer le mal dont vous souffrez, il est capable d’en disserter des heures durant. « Was dich nicht umbringt, macht dich stärker » (ça ne tue pas, mais ça rend plus fort), dit-il en se caressant la moustache. Vous pouvez d’ailleurs le brancher sur n’importe quel sujet, le Dr Schweitzer démarre au quart de tour. Il est capable d’échafauder au débotté toute une théorie sur n’importe quel événement, vous en expliquer les tenants et les aboutissants, peser le pour et contre. Il excelle dans un exercice qu’on pensait être l’apanage de Jacques Attali et d’Alain Minc : avoir un avis sur tout.

Bernard Kouchner vient une nouvelle fois d’apporter la démonstration de son incroyable talent. Interrogé par TV5 sur la crise interne au Parti socialiste, il a déclaré : « C’est un événement, quoi qu’on en pense et quoi qu’on veuille, international. Un triste événement, mal perçu à l’étranger. » Les connaisseurs apprécieront en esthètes éclairés la tournure et le style. J’ai toujours éprouvé une méfiance instinctive pour les gens qui commencent leur phrase par un « quoi qu’on en pense »… Car, implicitement et peut-être inconsciemment, ils admettent que ce qu’ils affirment est sujet à débat sinon à caution. Pour le « quoi qu’on veuille », mes compétences linguistiques en français ne sont pas assez développées pour en comprendre le sens. Et j’espère qu’il se trouvera ici un lecteur qui a fait Kouchner première langue pour me l’expliquer.

Que le ministre français des Affaires étrangères souhaite internationaliser le conflit au PS pour faire rentrer l’affaire dans son domaine de compétences, on le comprend fort bien : au rythme où vont les choses, rien ne dit que l’ONU ne nommera pas dans les prochains jours un Haut Représentant rue de Solferino. Bernard Kouchner serait alors l’homme de la situation. Il est de plus en plus clair que Daniel Vaillant ne tiendra pas bien longtemps à faire rempart de son corps pour séparer les belligérants ; l’envoi d’une force d’interposition semble être pour l’heure l’hypothèse la plus raisonnable si l’on veut sortir la région du conflit (toutefois, si un contingent de casques bleus a été envoyé dans la nuit, merci de ne pas tenir compte de cette remarque, c’est que je n’aurai pas été prévenue à temps).

Le problème, c’est de voir le peu de cas que la presse internationale fait de ce conflit. Si d’aventure on se hasarde à lire les journaux étrangers, comme le ministre français des Affaires étrangères le fait chaque matin, on s’aperçoit que les rédactions font le service minimum pour couvrir cet « événement international ». En Allemagne par exemple, de la Berliner à Die Zeit, de la Frankfurter à la Süddeutsche, en passant par Der Spiegel et Die Welt, on s’est contenté de triturer sans trop de convictions les dépêches de circonstances de Reuters et de la Deutsche Presse Agentur. Salauds de journalistes qui ne font pas leur métier rien que pour invalider la perception kouchnérienne de la crise au Parti socialiste !

Ce faisant, Bernard Kouchner a raison sur une chose : la crise que traversent les socialistes français est « mal perçue à l’étranger ». Si mal perçue, d’ailleurs, qu’elle ne l’est pas du tout. Il faut également dire que « l’étranger » n’y met franchement pas du sien : pendant qu’à Paris le temps a suspendu son vol et que tous les esprits sont happés par le conflit international qui se noue entre les deux drôles de dames, la crise économique continue dans le reste du monde… Mais ceci demeure accessoire.

Quoi qu’on en pense et quoi qu’on veuille, donc, 2008 restera gravée dans l’histoire humaine comme une année mémorable. Cette année-là, en France, bras dessus bras dessous avec un huissier de justice, la fraternité avait une drôle de dégaine.

Discrimination sur Facebook, que fait la Halde ?

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Fred, alias Lou Lepreux, commentateur assidu de Causeur et guérillero infatigable sur Facebook, vient de soulever ces jours-ci un point de droit bigrement intéressant. Normalement, chaque inscrit sur le réseau social peut, s’il le souhaite, indiquer dans ses infos personnelles si il est actuellement « in a relationship ». Or, soucieux d’annoncer au monde entier l’existence d’une nouvelle petite amie, il s’est trouvé dans l’obligation technique de répudier la précédente. En clair, cela veut dire que Facebook ne tolère qu’une seule et unique relation poussée ! Ce qui est parfaitement rétrograde en matière de camaraderie entre adultes consentants devient carrément discriminatoire vis-à-vis des internautes issus des diverses cultures (ou l’inverse) dans lesquelles la polygamie est autorisée, voire encouragée. Ce qui est le cas de plusieurs confessions minoritaires représentées en France, comme par exemple les mormons fondamentalistes, attachés à l’exemple donné par leur prophète Brigham Young qui eut vingt-sept épouses. La diversité polygame sera-t-elle longtemps niée par Facebook ? La Halde, sommée, par Fred d’intervenir pour faire cesser ce scandale n’a pour l’instant pas encore réagi. Gageons qu’elle le fera rapidement, elle a toute notre confiance.

Hollande : la méthode Jospin

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Rien ne va plus en politique quand on se prend à parler comme des clercs de notaire. On se fait la main, un jour, mine de rien, avec un petit inventaire après décès et l’on se retrouve quelques années plus tard à passer ses journées en récolement. Entre temps, on s’est habitué à l’odeur doucereuse de l’encaustique, au crissement feutré du paraphe des usufruitiers sur les actes, à la désuétude d’un monde qu’on ne retrouve plus guère que dans le cinéma de Chabrol. Et les clercs en viennent à faire ce qu’ils font chez le réalisateur des Noces rouges : des petits meurtres entre amis. Le notariat est le drame du Parti socialiste, sa malédiction.

Car le désastre du Congrès de Reims et ses conséquences sont avant tout le fruit de la liquidation maladroite de l’héritage mitterrandien : en arguant d’un prétendu « droit d’inventaire » sur les années Mitterrand, Lionel Jospin a fait table rase de tous les enseignements politiques qu’avait laissés l’homme du 10 mai. Les socialistes pouvaient-il réellement se départir sans dommage d’une histoire commencée en 1971 au Congrès d’Epinay et finissant en 1996 avec la mort du promeneur du Champ-de-Mars ?

S’ils avaient gardé quelque chose de l’ancien président, ils auraient eu d’abord le tact de ne pas tenir ce Congrès à Reims. Attaché au génie des lieux comme à l’histoire, François Mitterrand leur aurait peut-être soufflé ce qu’en 496 l’évêque Rémi proclamait en baptisant Clovis : « Courbe la tête, fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré et adore ce que tu as brûlé. » Quoiqu’on en dise et malgré le succès tout relatif de la motion que la présidente de Poitou-Charentes défendait, ce Congrès a consisté pour les deux tiers des socialistes présents à brûler ce que hier ils adoraient encore ou avaient feint d’adorer. Tout y était « ségolano-centré » : il s’agissait, pour les uns comme pour les autres, de remercier la candidate socialiste à la dernière élection présidentielle. La remercier dans tous les sens… A Reims donc, la parenthèse présidentielle, au cours de laquelle les militants avaient communié dans un néo-messianisme forcé, s’est refermée : Ségolène Royal n’y était déjà plus qu’une télévangéliste de chaine câblée. Ce n’était donc pas de l’huile que contenait la sainte Ampoule, mais du dissolvant.

Ensuite, si Ségolène Royal avait dû retenir une seule chose de François Mitterrand, c’est qu’au Parti socialiste – comme dans la vie politique en général – ce n’est pas avec ses amis qu’il faut chercher à s’unir, mais avec ses ennemis… En 1971, à Epinay, ce n’est pas auprès de ses proches que Mitterrand est allé négocier des alliances, mais auprès de Pierre Mauroy, de Gaston Defferre et de Jean-Pierre Chevènement. Ségolène Royal aurait-elle pu suivre cet exemple et négocier avec un Benoît Hamon plutôt qu’avec un Bertrand Delanoë dont il était écrit qu’il la trahirait ?

D’autre part, la présidente de Poitou-Charentes aurait été bien inspirée d’user de modération et de ne pas céder à la partirenvrillitude dont elle est coutumière. En politique, on ne peut pas jouer les effarouchées ni les Madone aux pieds plats toutes les cinq minutes, faire charger les huissiers de justice quand on doit aller soi-même au charbon. Ça finit par lasser et même par en inciter certains à crier à Ségolène Royal ce que Mauriac susurrait à l’oreille de Thérèse Desqueyroux : « Beaucoup diront que tu n’existes pas… »

Sur ce coup, il faut reconnaître à Martine Aubry des qualités apparemment plus mitterrandiennes. Elle est parvenue à réaliser un grand écart qui vous ferait passer la politique pour un adroit exercice de gymnastique. Hier, ses qualités étaient louées par le grand patronat comme celle d’un Strauss-Kahn en jupons ; on la retrouve aujourd’hui dans la peau d’une Arlette Laguillier de rechange. Chapeau l’artiste.

Deux petits bémols, pourtant. Ce n’est ni par la négociation ni par d’habiles manœuvres que le maire de Lille est parvenu à fédérer sociaux-démocrates et socialistes, pro-Européens et anti-Européens, sociétaux libertaires et socialistes libéraux. C’est peut-être la chose la plus crétine en politique qui a uni les militants autour d’elle : une aversion partagée pour Ségolène Royal. Si le TSS (tout sauf Ségolène) d’aujourd’hui marche aussi bien que le TSS des primaires socialistes de 2002 ou le TSS (tout sauf Sarkozy) de la dernière présidentielle, ça n’est pas gagné… Et puis, faut-il le rappeler, Martine Aubry n’est pas seule : derrière elle se profilent les ombres de Lionel Jospin, Jack Lang, Laurent Fabius et consorts. Si elle était élue à la tête du Parti, les militants socialistes seraient-ils prêts psychologiquement à ce que la rue de Solférino redevienne le marigot où viennent s’abreuver les éléphants quand s’en va le jour ? On peut en douter.

Cependant, ni Ségolène Royal ni Martine Aubry ne sont responsables de la situation actuelle. Dans la soirée électorale qui vit les barricades se dresser rue de Solférino entre partisans de l’une et partisans de l’autre, un seul homme manquait. C’était François Hollande. Pour la première fois dans l’histoire du parti, le Premier secrétaire en fonction avait déguerpi et regagné ses terres corréziennes en sifflotant l’air connu du Courage fuyons.

C’est que l’homme connaît ses responsabilités dans la crise profonde qui secoue aujourd’hui le Parti socialiste. Qu’a-t-il fait en onze années passées à la tête de la rue de Solférino ? Liquidateur pataud de l’héritage mitterrandien, il a érigé la doctrine de la « synthèse » en un dogme infaillible. La « synthèse », François Mitterrand l’avait réclamée aux socialistes durant ses deux septennats. Pour une seule raison : tant qu’il était locataire de l’Elysée il ne pouvait se permettre d’afficher au grand jour les divisions du parti présidentiel. Les socialistes étaient priés de bien vouloir se plier au mot d’ordre de Pierre Mauroy : « Rassemblez-vous camarades ! » Ils le faisaient d’ailleurs sans trop rechigner.

Or, passé 1995 et la fin du deuxième septennat de François Mitterrand, cette doctrine ne tenait plus debout… Dès lors, avec Lionel Jospin et François Hollande, le Parti socialiste vivait dans un anachronisme permanent. Ce qui avait précisément fait la force historique des socialistes (les débats internes, les confrontations, les négociations et les alliances) jusqu’à les porter au pouvoir en 1981 se diluait dans une confusion et un avachissement idéologiques sans précédent.

François Hollande avait simplement oublié qu’un parti ne s’organise pas de la même manière suivant qu’il est au pouvoir ou dans l’opposition. Ce sont les institutions de la Ve République qui le commandent. Lorsqu’il est majoritaire, un parti se présidentialise – ce n’est pas son inspiration que Lionel Jospin allait chercher à l’Elysée quand il était Premier secrétaire et que François Mitterrand était président, mais ses ordres. Lorsqu’il est dans l’opposition, il se parlementarise, c’est-à-dire qu’il se nourrit de ses débats internes, de ses lignes de fracture et de sa diversité pour accroître sa « base électorale ». Or, François Hollande a eu le génie de faire tout le contraire en recherchant des « synthèses », qui n’ont jamais été que le plus petit dénominateur commun des socialistes, privant le parti des voix de centre-gauche et d’extrême gauche.

En un sens, François Hollande a pacifié le parti socialiste, mais d’une paix que Kant appelait la « paix des cimetières ». Dans les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, Montesquieu écrit : « Demander, dans un Etat libre, des gens hardis dans la guerre et timides dans la paix, c’est vouloir des choses impossibles : et, pour règle générale, toutes les fois qu’on verra tout le monde tranquille dans un Etat qui se donne le nom de république, on peut être assuré que la liberté n’y est pas. » Voilà le problème de François Hollande : il a voulu s’épargner l’inconfort d’un parti agité et turbulent, en demandant aux socialistes d’être offensifs en période électorale mais anesthésiés le reste du temps. Au final, Montesquieu-Hollande : 1-0.

Certes, cette tactique de mise sous le boisseau de la diversité idéologique du Parti a permis à la rue de Solférino d’engranger aux élections locales de brillants succès électoraux. Il ne pourrait cependant bien s’agir là que des dommages collatéraux d’une désastreuse stratégie : l’histoire de la Ve République tend à montrer qu’un parti qui échoue aux élections nationales se refait une santé au niveau local… Pour une raison évidente, que le PSU de Michel Rocard avait compris dès le début des années 1960 : les cadres du PS ont tout loisir de labourer leur ville, leur canton et leur région dès lors qu’ils ne sont pas occupés par des mandats à Paris. C’est peut-être le calcul de certains barons locaux, comme l’écrit Luc Rosenzweig. Si le PS veut un jour gagner à nouveau des élections nationales, il va falloir qu’il exerce son « droit d’inventaire » sur les années jospiniennes et hollandaises, abandonne la doctrine de la « synthèse » et refasse à nouveau de la politique. Pour l’heure, les socialistes récolent ce que Lionel Jospin et François Hollande ont semé.

Photo de Une, François Hollande au meeting présidentiel de Bercy, 2007, idf-fotos, flickr.

De Baader à Badiou, une certaine idée de la Gauche

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Il est des coïncidences qui ne doivent rien au hasard. La sortie d’un film qui renvoie aux années de plomb en Allemagne, le retour d’une ultra gauche révolutionnaire sur les lignes de TGV autant que le congrès du Parti socialiste français, clignotent comme des signaux annonciateurs d’un mouvement dans le paysage idéologique ; et pour cause : si la gauche parlementaire, en l’occurrence le PS, voulait donner d’elle-même de bonnes raisons d’être repoussante, elle ne s’y prendrait pas autrement. Jamais les mots n’ont à ce point été démentis par les faits : le PS invoque souvent ses « valeurs », clame qu’il ne saurait perdre son « âme ». On cherche désespérément l’incarnation de ces beaux mots dans les élans fraternels qui unissent les héritiers de François Mitterrand, grand expert en vices privés et vertus publiques. Mais lui au moins avait du style. C’est bien de la Gauche qu’il s’agit, de ce que signifie ce mot, des espoirs qu’il est supposé porter. Depuis Robespierre en passant par Beria et Georges Marchais nous savons que le spectre de ce mot est extensible jusqu’à son contraire. On a le droit de préférer Marc Bloch à Georges Habache.

C’est donc une voie royale qui s’ouvre au gauchisme. La crise financière est pain bénit pour les pensées magiques de tout poil et, dans le désastre social qui l’accompagne déjà, la tentation sera forte de nommer les coupables à peu de frais. Bref, le champ politique est désormais fertile pour la radicalité aussi le film allemand La bande à Baader est-il un appel à conjurer pour conjurer le retour des utopies meurtrières qui, dans les années 1970, ont nourri l’imaginaire idéologique d’une partie de la jeunesse allemande et européenne. Certes, les temps ont changé, et pourtant, on est aspiré par les mêmes trous noirs de la pensée européenne : pourquoi Les Bienveillantes, le roman de Jonathan Little, a-t-il eu en Europe le succès que l’on sait ? Pourquoi le film La chute a-t-il fasciné le public ? Il faut croire que l’Europe n’a pas encore exploré suffisamment sa part maudite pour sans cesse la revisiter.

La violence de la bande à Baader fut à la hauteur du crime dont elle se voulait la rédemption. À vouloir anéantir le mal qu’ils avaient reçu en héritage, les amis de Baader s’en prenaient à l’héritage tout entier. Confondant social démocratie et nazisme, la RAF mettait cependant en pleine lumière la présence d’ancien nazis dans l’appareil du pouvoir en Allemagne fédérale. Ce que Beate Klarsfeld avait mis en scène par une gifle au chancelier Kiesinger, la RAF le pratiquait par l’assassinat de Hanns-Martin Schleyer. La dénazification n’avait pu éliminer la génération qui avait porté Hitler au pouvoir et pour cause : c’étaient bien des bataillons entiers de gens ordinaires qui l’avaient fait élire, démocratiquement. En France, beaucoup chantèrent Maréchal nous voilà avant d’applaudir de Gaulle sur les Champs-Elysées et le préfet Papon fut reconduit dans ces œuvres par le pouvoir issu de la Résistance. Comment quitter les mythologies pour entrer dans le récit peu élégant des lâchetés collectives et des courages solitaires ? Soixante ans plus tard cette histoire n’a pas fini de s’écrire.

On a peu remarqué que les terrorismes d’extrême gauche avaient été d’autant plus meurtriers qu’ils s’inscrivaient dans l’héritage dialectique du fascisme italien, du nazisme allemand, ou de l’impérialisme nationaliste japonais. Fraction Armée Rouge allemande, Brigades Rouges italiennes ou Armée Rouge japonaise ont eu cette pratique commune : la rédemption du crime fasciste passait par le meurtre révolutionnaire ou la destruction de ce qui en représentait la forme substitutive. Il faut souligner cette particularité schizophrène : ces révolutionnaires vont avoir une cible privilégiée : leur radicalité purificatrice va viser Israël quand leurs aînés avaient visé les juifs d’Europe. Ce sont des Allemands d’extrême gauche membres d’un commando germano-palestinien qui vont reconduire les gestes de nazis en triant et séparant les otages juifs des non-juifs lors du détournement d’un avion d’Air France sur Entebbe en juillet 1976. Ce sont des Japonais révolutionnaires qui mitraillent à tout va à l’aéroport de Tel Aviv en 1972. Ce sont des brigadistes italiens qui vont aider à la pose d’une bombe du FPLP devant la grande synagogue de Rome en 1982. Pour ces jeunes Européens, la figure achevée du mal fasciste se nommait Israël tandis pour la génération d’avant la figure du mal se nommait les juifs.

PS : l’heure du recoolement

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Depuis samedi, ça recompte sévère dans les fédérations socialistes du pays. Moins onze voix pour Martine Aubry par là, moins douze pour Ségolène Royal par ci, je retiens un que je multiplie par trois : à ce rythme, les militants socialistes vont finir par apprendre que c’est finalement Bertrand Delanoë qu’ils ont élu… Quant à la commission de récolement, qui se réunit aujourd’hui, elle a du travail devant elle. Toutefois, elle ne procédera certainement pas au recollement des morceaux socialistes entre eux, qu’appellent de leurs vœux les plus orthographiques nos honorables confrères du Monde, du Point, de L’Express, de Rue89, de Mediapart, du JDD, de L’Alsace et de La Dépêche. Si l’on compte aussi bien les voix dans les fédérations PS qu’on recompte les L dans les secrétariats de rédaction, c’est pas gagné…

Trop gore, le film…

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L’analogie « Floride 2000 » et « Reims 2008 » vaut ce qu’elle vaut, c’est-à-dire, pour une fois, assez cher. Tout d’abord parce c’est François Miclo qui l’a utilisée le premier, et bon, si c’est dans Causeur, c’est que c’est forcément un peu vrai. Ensuite parce que le dénouement final au PS sera le même que chez le frangin Jeb il y a huit ans. Demandez à Mlle Royal de qui elle se sent la plus proche : du vilain W, bourreau du peuple irakien et de la couche d’ozone, ou bien de saint Al Gore, caméscopeur nobélisé et grand apôtre de la fraternitude ? Ségo a forcément déjà choisi son camp, et c’est celui du perdant…

Bouteflika for ever !

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On entend, çà et là, quelques murmures réprobateurs relatifs à la manœuvre d’Abdelaziz Bouteflika qui a fait voter par un Parlement à sa botte une modification constitutionnelle lui permettant de briguer un troisième mandat de président de la République algérienne démocratique et populaire. Mais rien de bien méchant, et il ne faut pas s’attendre à ce que le monde se lève pour faire barrage à Boutef’, tant est présente la crainte d’une nouvelle poussée islamiste en Algérie.

Ainsi, celui qui fut dans les années 1960 le plus jeune ministre des Affaires étrangères en exercice sur la planète devrait être en mesure, à soixante-douze ans, de se succéder à lui-même pour un nouveau bail de six ans. Son élection ne fait pas question, la sincérité d’un scrutin présidentiel en Algérie aujourd’hui n’ayant rien à envier à celle des élections du deuxième collège (indigènes) au temps de l’Algérie française. Il s’agit seulement d’annoncer un résultat convenable. Les scores à la soviétique (supérieurs à 98 %) ne sont aujourd’hui pratiqués que dans quelques Etats d’Asie centrale où les despotes éclairés au gaz ne voient aucune raison de modifier des pratiques aussi anciennes que commodes.

Tout l’art consiste à bricoler un scrutin de telle manière à ce que les observateurs internationaux, qui ne peuvent être partout, soient contraints de reconnaître que « dans l’ensemble » l’élection s’est déroulée dans des conditions répondant aux critères démocratiques, tout en assurant une confortable majorité au candidat de l’oligarchie au pouvoir.

Si l’on ne s’émeut guère, en France et dans le monde, des péripéties politiques qui se déroulent de l’autre côté de la Méditerranée, c’est qu’on se soucie peu aujourd’hui d’encourager les pays du Maghreb à marcher hardiment vers la démocratie, l’économie de marché et un développement à l’asiatique de leurs capacités de production.

Le projet idéaliste « grand Moyen-Orient prospère et démocratique » lancé après la guerre d’Irak par une administration Bush sous influence des néos-conservateurs s’est cassé le nez sur le réel. Et le réel, c’est que l’instauration de la démocratie suppose que la structuration des forces productives et sociales soit suffisamment avancée pour que ceux qui produisent les richesses participent à leur gestion. C’est le bon vieux No taxation without représentation qui lança la révolte des colonies américaines contre la métropole britannique.

Or, il suffit de lire la description parfaitement réaliste que donne, dans Le Monde, un ancien général, Rachid Benyellès, pour constater qu’après l’échec grandiose d’une expérience « socialiste » qui a détruit le tissu économique, agricole et entrepreneurial hérité de la période coloniale, l’économie algérienne est exclusivement fondée sur une rente pétrolière accaparée par une oligarchie politico-militaire. D’où cette situation absurde dans laquelle les entreprises chinoises appelées pour répondre en catastrophe à la pénurie de logements liée à la croissance démographique galopante ne trouvent pas de main d’œuvre locale, tandis que les chantiers français ne fonctionneraient pas sans la main d’œuvre algérienne et que des hordes de jeunes oisifs végètent dans les grandes villes du pays. Les Chinois viennent donc avec leurs ouvriers construire des immeubles pour les chômeurs algériens.

Malgré tout cela, et les frustrations que le régime incarné par l’inoxydable Bouteflika provoque au sein d’une population désemparée, il fait aujourd’hui figure de « dictateur présentable », un modèle que la communauté internationale est prête à tolérer, voire à promouvoir.

Comme son ennemi intime le roi du Maroc, et son voisin Ben Ali, Boutef’ tient en lisière des islamistes radicaux exterminés brutalement dans leur composante militaire, mais à qui le régime sous-traite l’encadrement moral de la société.

Par ailleurs, Boutef’ arbitre avec un instinct de conservation remarquable conflits et rivalités entre les diverses factions de l’oligarchie, favorisant alternativement l’une ou l’autre d’entre elles, et faisant en sorte qu’aucune tête susceptible de lui faire de l’ombre n’émerge des cercles dirigeants.

Une certaine liberté d’expression est accordée à l’opposition politique, essentiellement kabyle, et à une presse qui a acquis, à partir de 1988, une indépendance de ton remarquable. Mais l’état d’urgence reste en vigueur, limitant fortement les libertés publiques, et l’intimidation judiciaire des journalistes trop irrévérencieux est une pratique de plus en plus fréquente.

Pendant ce temps-là les « trabendistes » (vendeurs de marchandises rares acquises au cours d’allées et venues régulières en France ou en Espagne) alimentent l’économie informelle qui assure le minimum à la population démunie, et les harragas, ces jeunes sans travail, risquent leur vie en contrôlant la traversée vers le nord sur des embarcations de fortune…

Le « dictateur présentable » ne sera pas sommé de respecter les recommandations des rapports annuels des ONG pointant du doigt la corruption où les atteintes aux libertés dans le pays qu’il dirige. On lui pardonnera même quelques pratiques brutales dans la répression de ses opposants, pourvu qu’il arrive à persuader les chefs des Etats démocratiques que ces derniers ont partie liée avec le terrorisme international, ce qui n’est pas très difficile. Il lui sera assuré un siège à la commission des droits de l’homme des Nations-Unies, où il pourra tout à loisir voter en rafale des motions condamnant Israël et tonner contre les anciens colonisateurs qui ont le culot d’interdire le port du voile islamique dans les établissements scolaires publics. Le job de dictateur présentable, sans être de tout repos car les Iznogoud sont partout, reste quand même attractif. Au point qu’un vieillard malade veuille en reprendre.

La race des Zemmour

Etait-il bien prudent d’inviter Eric Zemmour à un débat télévisé sur le thème « Demain, tous métis ? » Cette expérience baroque a été tentée jeudi 13 novembre sur Arte. Seul face à une assemblée de militants antiracistes et autres intellectuels à bonne conscience, l’éditorialiste du Figaro a cédé à la douce joie de la provocation, lâchant, au détour d’un échange avec la militante associative Rokhaya Diallo : « J’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie a succédé la négation des races…  » et, pire encore, « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! » Ce fut un coup de tonnerre dans le ciel serein d’un débat mou du genou, que peinaient à secouer les banalités de Vincent Cespedes et des fulgurances comiques de la comédienne allemande d’origine turque Renan Demirkan qui défendait le concept étourdissant de « nation cocktail »…

Cette utilisation provocatrice (et contestable) du mot « race » par Zemmour a immédiatement mis en branle la machine associative à s’indigner. Dans un communiqué publié le 17 novembre, l’association SOS-Racisme s’est dite « scandalisée » par cette « réhabilitation de la théorie des races ». Zemmour en Gobineau ou en Rosenberg, cela devrait faire sourire. Patrick Lozès, patron du CRAN a surenchéri, dénonçant sur son « blog de la diversité » des arguments « choquants » qui lui ont « glacé le sang ». L’association des Indivisibles – qui me feraient regretter les Indigènes de la République – précise dans un communiqué : « Rokhaya Diallo a fait un important effort personnel pour rester courtoise », et n’est pas tombée dans le « piège » tendu par un Zemmour tenant des propos « nauséabonds ».

On notera aussi un petit billet indigné du chroniqueur d’Europe 1 Bruno Roger-Petit qui réclame sur son blog du Post des sanctions contre Zemmour « people journaliste de la télé », qui bénéficierait d’une « grasse rémunération » et d’un occulte réseau de protections : « Est-ce que le réseau d’amitiés médiatiques, qui le propulse sur France 2, i-télé, France 5, Arte etc… va lui permettre d’échapper à son châtiment ? » Passons charitablement sur le fantasme de cet invisible « réseau » qui protège, mais amusons-nous de l’utilisation très premier degré du terme « châtiment » par Roger-Petit. Un châtiment, c’est plus grave qu’une mise à pied, une privation d’antenne, une soirée au piquet, une fessée – un châtiment c’est la correction magistrale, exemplaire qui vient après le crime. BRP termine son petit réquisitoire en appelant la « justice du système médiatique » à « frapper » l’infâme Zemmour. Il faut se réjouir que la « justice du système médiatique » ne soit qu’un fantasme, assez terrifiant d’ailleurs, et que les propos de Zemmour soient encore autorisés par la législation française. Parce que, et nous allons y venir, ils ne sont évidemment pas racistes

Mais pourquoi tant de haine suite à la défense par Zemmour de l’existence de différentes « races » humaines ? On notera que la presse française s’est moins formalisée de l’usage du mot « race » à l’occasion de l’élection de Barack Obama, l’homme qui a déclaré « a race est une question que notre pays ne peut se permettre d’ignorer »… Nul n’a crié au châtiment en lisant : « L’élection d’un « frère de race » à la plus haute fonction de l’État est certainement un facteur psychologique très positif pour la communauté noire (et pour les Noirs dans le monde entier). » (Le Point). Personne ne s’est étranglé des propos publiés par Le Monde Diplomatique – « Si les démocrates choisissent M. Obama pour défendre leurs couleurs en novembre, son progressisme présumé a autant de chances d’être sujet à controverse que sa race. » – ou par Marianne – « Les Américains n’ont pas à choisir l’homme qui gèrera au mieux le tsunami boursier et bancaire, celui qui réformera la Sécurité sociale et mettra fin aux folles guerres d’Orient. Ils ont seulement à trancher entre deux races, la leur ou l’autre. » On m’objectera que l’utilisation du mot « race » à propos d’un pays autorisant les statistiques ethno-raciales (celles qui ont révélé que 90 % de l’électorat noir avait voté Obama) et se concevant comme un melting-pot, est certainement moins tendancieuse que lorsqu’elle concerne la France, République « indivisible ». En tout cas, l’utilisation du mot « race » dans un certain discours journalistique n’est pas plus scandaleuse que sa présence dans la Constitution de 1958 qui garantit « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Que faire, alors, de cette encombrante notion ? L’interdire, la proscrire ou la (re)-définir ?

Danse de la pluie : météo favorable

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L’américanisation de la vie politique française s’amplifie. Suspicion de fraudes électorales dans certaines parties du pays, recomptage des voix, contestation des résultats : le Parti socialiste nous aura invité cette nuit à un remake de l’élection américaine de 2000. Certes, on ne sait pas qui de Ségolène Royal et de Martine Aubry sera George Bush et Al Gore. En attendant, la présidente de Poitou-Charentes souhaite que les militants retournent aux urnes dès jeudi prochain. Cela prendra le temps qu’il faudra et durera jusqu’à ce qu’ils l’élisent. C’est un peu comme la danse de la pluie que célébrait Ernest Hemingway : elle est d’une redoutable efficacité à condition que l’on soit prêt à danser jusqu’à ce qu’il pleuve.

Le lobby juif, voilà l’ennemi !

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Ce Pascal Boniface est très fort. Certes, on peut ne pas partager ses tropismes. Mais enfin, en quinze ou vingt ans de présence laborieuse dans le débat public, sa seule contribution originale a été de constater qu’il y avait en France plus de musulmans que de juifs et à appeler son ex-parti, le PS, à en tirer les conséquences qui s’imposaient. Et après tout, à l’exception peut-être d’un certain cynisme, on ne peut pas reprocher grand-chose à ce raisonnement. Pour le reste, Boniface a réussi à être l’un de ces « experts » généralistes dont les médias raffolent en énonçant des banalités bien-pensantes ou des sottises sur toutes sortes de sujets allant de la guerre en Irak aux JO (l’un de ses fonds de commerce favoris). Boniface, c’est le type qu’on a pris l’habitude de voir ou d’entendre à tout bout de champ sans que plus personne ne se souvienne quand il est apparu et pour quelle raison. Il fait partie du décor. Au bout du compte, il n’est que l’un des multiples imposteurs qui pullulent sur les ondes et écrans – et, à vrai dire, plutôt une « roue de secours » qu’un « bon client ». Pas le plus talentueux, il est vrai, ce qui confère un côté vaguement mystérieux à sa trajectoire. Il faudrait un Balzac pour imaginer la somme de combines, calculs, intrigues et autres coups qui l’ont rendu incontournable. Après tout, mettre un pied dans toute porte qui s’entrouvre et ne plus lâcher, c’est un talent.

Il ne faut jamais désespérer de personne. Pour une fois, Boniface a fait preuve d’un courage réel en disant tout haut ce que la majorité des gens n’oseraient même pas penser tout bas. Non seulement, il proclame qu’il y a en France un lobby juif[1. Blague à part, je pense que cette affirmation mérite d’être discutée honnêtement et que la réponse ne s’impose pas.] mais, ce qui est plus surprenant de sa part, que celui-ci doit être un modèle pour les Arabes et les musulmans. Lesquels, a-t-il déploré, « ne disposent pas d’un lobby en Occident, capable de corriger l’image erronée de l’Islam, alors que des célébrités médiatiques s’emploient à ternir leur image ». (Pas d’énervement, la liste arrive !) Sans doute aviez-vous noté que « les médias occidentaux en général, et européens en particulier, en répandent une image déformée en alimentant l’amalgame entre l’islam (religion) et les mouvements islamistes (politiques ou terroristes) » ? Boniface vous dit ce qu’on vous cache : « Ces campagnes hostiles à l’islam sont commanditées par des intellectuels et des journalistes connus dans la sphère française, comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val. » Saluons le fait qu’il ne cède pas à une vision étroitement ethnique, puisque Val est pris dans la rafle – sans doute comme crypto-juif. Et puis, il y a les traitres, ces musulmans qui contribuent à cette campagne anti-musulmane, comme Mohammed Sifaoui, qui lui aussi « bénéficie de l’appui des médias ». Le lobby a le bras long.

On notera de surcroît l’audacieuse conception de la vie publique qui affleure dans les propos de Boniface : si on comprend bien, il conseille aux musulmans d’utiliser les mêmes méthodes, ce qui semble signifier dans le contexte qu’ils devraient mener des « campagnes hostiles aux juifs ». Peut-être même pourrait-il être le Val des musulmans et prendre la tête de ce contre-lobby. Voilà en tout cas un esprit libre qui ne se couche pas devant le politiquement correct. D’ailleurs, il a payé le prix fort : « En France, il y a un puissant courant hostile aux Arabes et à l’Islam, et si tu n’en fais pas partie, il fait tout pour te faire taire. Ils ont ainsi tenté de me tuer professionnellement », a-t-il encore affirmé. Heureusement que nos médias, plus que sourcilleux sur la liberté d’expression, continuent à donner la parole à ce rebelle, dont toutes les citations sont extraites de l’article de Chawki Freïha, publié à Beyrouth sur le site mediarabe.info.

Quelques esprits chagrins trouveront que les propos de Boniface ne sont pas si courageux que ça. Il est vrai qu’il les a prononcés à Alger, dans le cadre du forum « Monde arabe et Choc des civilisations » organisé le 5 novembre par le quotidien arabophone El Khabar dans le cadre du Salon du Livre. Boniface en a profité pour faire la promotion de la traduction arabe de son livre Est-il permis de critiquer Israël ? – un titre qui dénote un certain humour. Poser une question aussi iconoclaste, voilà qui révèle une pensée particulièrement « dérangeante ». D’ailleurs, il dérange, Boniface. La preuve, selon Chawki Freïha, « le livre était officiellement interdit au Salon du livre mais bien présent sur les étalages ». La preuve aussi que, contrairement à la France, l’Algérie est un pays libre. Au moins, là-bas, il n’y a pas de lobby juif.

PS : Je lance un appel solennel à tous les membres actifs ou dormants du lobby : de grâce, épargnez-nous les trémolos et l’indignation. Un imbécile ne fait pas plus une bête immonde qu’une hirondelle le printemps. Inutile d’en faire un martyr. Il n’y a qu’une chose à faire de Pascal Boniface : en rire.

Est-il permis de critiquer Israël ?

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Kouchner le visionnaire

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La France ne connaît pas son bonheur d’avoir un ministre des Affaires étrangères aussi folklo que Bernard Kouchner. Je ne jette pas la pierre : nous avons eu, en Allemagne, Joschka Fischer. Sauf que, venu du mouvement alternatif après un passage dans les franges les plus actives de l’extrême gauche allemande, il avait adopté la Bismarck attitude sitôt qu’il accéda aux affaires fédérales avec Gerhard Schröder. La Bismarck attitude ? Ce n’est pas une histoire de moustaches ni de casques à pointe, c’est l’autre nom de la Realpolitik : tu ne fais pas de politique, hormis la politique bien comprise de l’Allemagne.

La Realpolitik, ce n’est visiblement pas le truc de Bernard Kouchner. Son truc à lui, c’est le Quai d’Orsay. On le croirait fait pour ça : s’il y avait une panoplie de ministre des Affaires étrangères comme il en existe pour les généraux, les cardinaux et les majorettes, cela ne souffre aucun doute qu’elle lui irait comme un gant. En Allemagne, sa popularité est sans égal : depuis qu’il a poussé la chansonnette l’an passé avec son homologue de Berlin, Frank-Walter Steinmeier, le ministre français est devenu une quasi star du R’n’B de Munich à Hambourg.

Le seul problème de Bernard Kouchner est qu’il parle trop. Il bavarde sur toutes les choses qu’il connaît. Sur les autres aussi. Il ne peut s’en empêcher, rien ne peut l’en retenir. Cela doit être une déformation professionnelle. Notre médecin de famille, le Dr Schweitzer, est en tout point pareil : même s’il ne parvient pas à diagnostiquer le mal dont vous souffrez, il est capable d’en disserter des heures durant. « Was dich nicht umbringt, macht dich stärker » (ça ne tue pas, mais ça rend plus fort), dit-il en se caressant la moustache. Vous pouvez d’ailleurs le brancher sur n’importe quel sujet, le Dr Schweitzer démarre au quart de tour. Il est capable d’échafauder au débotté toute une théorie sur n’importe quel événement, vous en expliquer les tenants et les aboutissants, peser le pour et contre. Il excelle dans un exercice qu’on pensait être l’apanage de Jacques Attali et d’Alain Minc : avoir un avis sur tout.

Bernard Kouchner vient une nouvelle fois d’apporter la démonstration de son incroyable talent. Interrogé par TV5 sur la crise interne au Parti socialiste, il a déclaré : « C’est un événement, quoi qu’on en pense et quoi qu’on veuille, international. Un triste événement, mal perçu à l’étranger. » Les connaisseurs apprécieront en esthètes éclairés la tournure et le style. J’ai toujours éprouvé une méfiance instinctive pour les gens qui commencent leur phrase par un « quoi qu’on en pense »… Car, implicitement et peut-être inconsciemment, ils admettent que ce qu’ils affirment est sujet à débat sinon à caution. Pour le « quoi qu’on veuille », mes compétences linguistiques en français ne sont pas assez développées pour en comprendre le sens. Et j’espère qu’il se trouvera ici un lecteur qui a fait Kouchner première langue pour me l’expliquer.

Que le ministre français des Affaires étrangères souhaite internationaliser le conflit au PS pour faire rentrer l’affaire dans son domaine de compétences, on le comprend fort bien : au rythme où vont les choses, rien ne dit que l’ONU ne nommera pas dans les prochains jours un Haut Représentant rue de Solferino. Bernard Kouchner serait alors l’homme de la situation. Il est de plus en plus clair que Daniel Vaillant ne tiendra pas bien longtemps à faire rempart de son corps pour séparer les belligérants ; l’envoi d’une force d’interposition semble être pour l’heure l’hypothèse la plus raisonnable si l’on veut sortir la région du conflit (toutefois, si un contingent de casques bleus a été envoyé dans la nuit, merci de ne pas tenir compte de cette remarque, c’est que je n’aurai pas été prévenue à temps).

Le problème, c’est de voir le peu de cas que la presse internationale fait de ce conflit. Si d’aventure on se hasarde à lire les journaux étrangers, comme le ministre français des Affaires étrangères le fait chaque matin, on s’aperçoit que les rédactions font le service minimum pour couvrir cet « événement international ». En Allemagne par exemple, de la Berliner à Die Zeit, de la Frankfurter à la Süddeutsche, en passant par Der Spiegel et Die Welt, on s’est contenté de triturer sans trop de convictions les dépêches de circonstances de Reuters et de la Deutsche Presse Agentur. Salauds de journalistes qui ne font pas leur métier rien que pour invalider la perception kouchnérienne de la crise au Parti socialiste !

Ce faisant, Bernard Kouchner a raison sur une chose : la crise que traversent les socialistes français est « mal perçue à l’étranger ». Si mal perçue, d’ailleurs, qu’elle ne l’est pas du tout. Il faut également dire que « l’étranger » n’y met franchement pas du sien : pendant qu’à Paris le temps a suspendu son vol et que tous les esprits sont happés par le conflit international qui se noue entre les deux drôles de dames, la crise économique continue dans le reste du monde… Mais ceci demeure accessoire.

Quoi qu’on en pense et quoi qu’on veuille, donc, 2008 restera gravée dans l’histoire humaine comme une année mémorable. Cette année-là, en France, bras dessus bras dessous avec un huissier de justice, la fraternité avait une drôle de dégaine.

Discrimination sur Facebook, que fait la Halde ?

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Fred, alias Lou Lepreux, commentateur assidu de Causeur et guérillero infatigable sur Facebook, vient de soulever ces jours-ci un point de droit bigrement intéressant. Normalement, chaque inscrit sur le réseau social peut, s’il le souhaite, indiquer dans ses infos personnelles si il est actuellement « in a relationship ». Or, soucieux d’annoncer au monde entier l’existence d’une nouvelle petite amie, il s’est trouvé dans l’obligation technique de répudier la précédente. En clair, cela veut dire que Facebook ne tolère qu’une seule et unique relation poussée ! Ce qui est parfaitement rétrograde en matière de camaraderie entre adultes consentants devient carrément discriminatoire vis-à-vis des internautes issus des diverses cultures (ou l’inverse) dans lesquelles la polygamie est autorisée, voire encouragée. Ce qui est le cas de plusieurs confessions minoritaires représentées en France, comme par exemple les mormons fondamentalistes, attachés à l’exemple donné par leur prophète Brigham Young qui eut vingt-sept épouses. La diversité polygame sera-t-elle longtemps niée par Facebook ? La Halde, sommée, par Fred d’intervenir pour faire cesser ce scandale n’a pour l’instant pas encore réagi. Gageons qu’elle le fera rapidement, elle a toute notre confiance.

Hollande : la méthode Jospin

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Rien ne va plus en politique quand on se prend à parler comme des clercs de notaire. On se fait la main, un jour, mine de rien, avec un petit inventaire après décès et l’on se retrouve quelques années plus tard à passer ses journées en récolement. Entre temps, on s’est habitué à l’odeur doucereuse de l’encaustique, au crissement feutré du paraphe des usufruitiers sur les actes, à la désuétude d’un monde qu’on ne retrouve plus guère que dans le cinéma de Chabrol. Et les clercs en viennent à faire ce qu’ils font chez le réalisateur des Noces rouges : des petits meurtres entre amis. Le notariat est le drame du Parti socialiste, sa malédiction.

Car le désastre du Congrès de Reims et ses conséquences sont avant tout le fruit de la liquidation maladroite de l’héritage mitterrandien : en arguant d’un prétendu « droit d’inventaire » sur les années Mitterrand, Lionel Jospin a fait table rase de tous les enseignements politiques qu’avait laissés l’homme du 10 mai. Les socialistes pouvaient-il réellement se départir sans dommage d’une histoire commencée en 1971 au Congrès d’Epinay et finissant en 1996 avec la mort du promeneur du Champ-de-Mars ?

S’ils avaient gardé quelque chose de l’ancien président, ils auraient eu d’abord le tact de ne pas tenir ce Congrès à Reims. Attaché au génie des lieux comme à l’histoire, François Mitterrand leur aurait peut-être soufflé ce qu’en 496 l’évêque Rémi proclamait en baptisant Clovis : « Courbe la tête, fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré et adore ce que tu as brûlé. » Quoiqu’on en dise et malgré le succès tout relatif de la motion que la présidente de Poitou-Charentes défendait, ce Congrès a consisté pour les deux tiers des socialistes présents à brûler ce que hier ils adoraient encore ou avaient feint d’adorer. Tout y était « ségolano-centré » : il s’agissait, pour les uns comme pour les autres, de remercier la candidate socialiste à la dernière élection présidentielle. La remercier dans tous les sens… A Reims donc, la parenthèse présidentielle, au cours de laquelle les militants avaient communié dans un néo-messianisme forcé, s’est refermée : Ségolène Royal n’y était déjà plus qu’une télévangéliste de chaine câblée. Ce n’était donc pas de l’huile que contenait la sainte Ampoule, mais du dissolvant.

Ensuite, si Ségolène Royal avait dû retenir une seule chose de François Mitterrand, c’est qu’au Parti socialiste – comme dans la vie politique en général – ce n’est pas avec ses amis qu’il faut chercher à s’unir, mais avec ses ennemis… En 1971, à Epinay, ce n’est pas auprès de ses proches que Mitterrand est allé négocier des alliances, mais auprès de Pierre Mauroy, de Gaston Defferre et de Jean-Pierre Chevènement. Ségolène Royal aurait-elle pu suivre cet exemple et négocier avec un Benoît Hamon plutôt qu’avec un Bertrand Delanoë dont il était écrit qu’il la trahirait ?

D’autre part, la présidente de Poitou-Charentes aurait été bien inspirée d’user de modération et de ne pas céder à la partirenvrillitude dont elle est coutumière. En politique, on ne peut pas jouer les effarouchées ni les Madone aux pieds plats toutes les cinq minutes, faire charger les huissiers de justice quand on doit aller soi-même au charbon. Ça finit par lasser et même par en inciter certains à crier à Ségolène Royal ce que Mauriac susurrait à l’oreille de Thérèse Desqueyroux : « Beaucoup diront que tu n’existes pas… »

Sur ce coup, il faut reconnaître à Martine Aubry des qualités apparemment plus mitterrandiennes. Elle est parvenue à réaliser un grand écart qui vous ferait passer la politique pour un adroit exercice de gymnastique. Hier, ses qualités étaient louées par le grand patronat comme celle d’un Strauss-Kahn en jupons ; on la retrouve aujourd’hui dans la peau d’une Arlette Laguillier de rechange. Chapeau l’artiste.

Deux petits bémols, pourtant. Ce n’est ni par la négociation ni par d’habiles manœuvres que le maire de Lille est parvenu à fédérer sociaux-démocrates et socialistes, pro-Européens et anti-Européens, sociétaux libertaires et socialistes libéraux. C’est peut-être la chose la plus crétine en politique qui a uni les militants autour d’elle : une aversion partagée pour Ségolène Royal. Si le TSS (tout sauf Ségolène) d’aujourd’hui marche aussi bien que le TSS des primaires socialistes de 2002 ou le TSS (tout sauf Sarkozy) de la dernière présidentielle, ça n’est pas gagné… Et puis, faut-il le rappeler, Martine Aubry n’est pas seule : derrière elle se profilent les ombres de Lionel Jospin, Jack Lang, Laurent Fabius et consorts. Si elle était élue à la tête du Parti, les militants socialistes seraient-ils prêts psychologiquement à ce que la rue de Solférino redevienne le marigot où viennent s’abreuver les éléphants quand s’en va le jour ? On peut en douter.

Cependant, ni Ségolène Royal ni Martine Aubry ne sont responsables de la situation actuelle. Dans la soirée électorale qui vit les barricades se dresser rue de Solférino entre partisans de l’une et partisans de l’autre, un seul homme manquait. C’était François Hollande. Pour la première fois dans l’histoire du parti, le Premier secrétaire en fonction avait déguerpi et regagné ses terres corréziennes en sifflotant l’air connu du Courage fuyons.

C’est que l’homme connaît ses responsabilités dans la crise profonde qui secoue aujourd’hui le Parti socialiste. Qu’a-t-il fait en onze années passées à la tête de la rue de Solférino ? Liquidateur pataud de l’héritage mitterrandien, il a érigé la doctrine de la « synthèse » en un dogme infaillible. La « synthèse », François Mitterrand l’avait réclamée aux socialistes durant ses deux septennats. Pour une seule raison : tant qu’il était locataire de l’Elysée il ne pouvait se permettre d’afficher au grand jour les divisions du parti présidentiel. Les socialistes étaient priés de bien vouloir se plier au mot d’ordre de Pierre Mauroy : « Rassemblez-vous camarades ! » Ils le faisaient d’ailleurs sans trop rechigner.

Or, passé 1995 et la fin du deuxième septennat de François Mitterrand, cette doctrine ne tenait plus debout… Dès lors, avec Lionel Jospin et François Hollande, le Parti socialiste vivait dans un anachronisme permanent. Ce qui avait précisément fait la force historique des socialistes (les débats internes, les confrontations, les négociations et les alliances) jusqu’à les porter au pouvoir en 1981 se diluait dans une confusion et un avachissement idéologiques sans précédent.

François Hollande avait simplement oublié qu’un parti ne s’organise pas de la même manière suivant qu’il est au pouvoir ou dans l’opposition. Ce sont les institutions de la Ve République qui le commandent. Lorsqu’il est majoritaire, un parti se présidentialise – ce n’est pas son inspiration que Lionel Jospin allait chercher à l’Elysée quand il était Premier secrétaire et que François Mitterrand était président, mais ses ordres. Lorsqu’il est dans l’opposition, il se parlementarise, c’est-à-dire qu’il se nourrit de ses débats internes, de ses lignes de fracture et de sa diversité pour accroître sa « base électorale ». Or, François Hollande a eu le génie de faire tout le contraire en recherchant des « synthèses », qui n’ont jamais été que le plus petit dénominateur commun des socialistes, privant le parti des voix de centre-gauche et d’extrême gauche.

En un sens, François Hollande a pacifié le parti socialiste, mais d’une paix que Kant appelait la « paix des cimetières ». Dans les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, Montesquieu écrit : « Demander, dans un Etat libre, des gens hardis dans la guerre et timides dans la paix, c’est vouloir des choses impossibles : et, pour règle générale, toutes les fois qu’on verra tout le monde tranquille dans un Etat qui se donne le nom de république, on peut être assuré que la liberté n’y est pas. » Voilà le problème de François Hollande : il a voulu s’épargner l’inconfort d’un parti agité et turbulent, en demandant aux socialistes d’être offensifs en période électorale mais anesthésiés le reste du temps. Au final, Montesquieu-Hollande : 1-0.

Certes, cette tactique de mise sous le boisseau de la diversité idéologique du Parti a permis à la rue de Solférino d’engranger aux élections locales de brillants succès électoraux. Il ne pourrait cependant bien s’agir là que des dommages collatéraux d’une désastreuse stratégie : l’histoire de la Ve République tend à montrer qu’un parti qui échoue aux élections nationales se refait une santé au niveau local… Pour une raison évidente, que le PSU de Michel Rocard avait compris dès le début des années 1960 : les cadres du PS ont tout loisir de labourer leur ville, leur canton et leur région dès lors qu’ils ne sont pas occupés par des mandats à Paris. C’est peut-être le calcul de certains barons locaux, comme l’écrit Luc Rosenzweig. Si le PS veut un jour gagner à nouveau des élections nationales, il va falloir qu’il exerce son « droit d’inventaire » sur les années jospiniennes et hollandaises, abandonne la doctrine de la « synthèse » et refasse à nouveau de la politique. Pour l’heure, les socialistes récolent ce que Lionel Jospin et François Hollande ont semé.

Photo de Une, François Hollande au meeting présidentiel de Bercy, 2007, idf-fotos, flickr.

De Baader à Badiou, une certaine idée de la Gauche

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Il est des coïncidences qui ne doivent rien au hasard. La sortie d’un film qui renvoie aux années de plomb en Allemagne, le retour d’une ultra gauche révolutionnaire sur les lignes de TGV autant que le congrès du Parti socialiste français, clignotent comme des signaux annonciateurs d’un mouvement dans le paysage idéologique ; et pour cause : si la gauche parlementaire, en l’occurrence le PS, voulait donner d’elle-même de bonnes raisons d’être repoussante, elle ne s’y prendrait pas autrement. Jamais les mots n’ont à ce point été démentis par les faits : le PS invoque souvent ses « valeurs », clame qu’il ne saurait perdre son « âme ». On cherche désespérément l’incarnation de ces beaux mots dans les élans fraternels qui unissent les héritiers de François Mitterrand, grand expert en vices privés et vertus publiques. Mais lui au moins avait du style. C’est bien de la Gauche qu’il s’agit, de ce que signifie ce mot, des espoirs qu’il est supposé porter. Depuis Robespierre en passant par Beria et Georges Marchais nous savons que le spectre de ce mot est extensible jusqu’à son contraire. On a le droit de préférer Marc Bloch à Georges Habache.

C’est donc une voie royale qui s’ouvre au gauchisme. La crise financière est pain bénit pour les pensées magiques de tout poil et, dans le désastre social qui l’accompagne déjà, la tentation sera forte de nommer les coupables à peu de frais. Bref, le champ politique est désormais fertile pour la radicalité aussi le film allemand La bande à Baader est-il un appel à conjurer pour conjurer le retour des utopies meurtrières qui, dans les années 1970, ont nourri l’imaginaire idéologique d’une partie de la jeunesse allemande et européenne. Certes, les temps ont changé, et pourtant, on est aspiré par les mêmes trous noirs de la pensée européenne : pourquoi Les Bienveillantes, le roman de Jonathan Little, a-t-il eu en Europe le succès que l’on sait ? Pourquoi le film La chute a-t-il fasciné le public ? Il faut croire que l’Europe n’a pas encore exploré suffisamment sa part maudite pour sans cesse la revisiter.

La violence de la bande à Baader fut à la hauteur du crime dont elle se voulait la rédemption. À vouloir anéantir le mal qu’ils avaient reçu en héritage, les amis de Baader s’en prenaient à l’héritage tout entier. Confondant social démocratie et nazisme, la RAF mettait cependant en pleine lumière la présence d’ancien nazis dans l’appareil du pouvoir en Allemagne fédérale. Ce que Beate Klarsfeld avait mis en scène par une gifle au chancelier Kiesinger, la RAF le pratiquait par l’assassinat de Hanns-Martin Schleyer. La dénazification n’avait pu éliminer la génération qui avait porté Hitler au pouvoir et pour cause : c’étaient bien des bataillons entiers de gens ordinaires qui l’avaient fait élire, démocratiquement. En France, beaucoup chantèrent Maréchal nous voilà avant d’applaudir de Gaulle sur les Champs-Elysées et le préfet Papon fut reconduit dans ces œuvres par le pouvoir issu de la Résistance. Comment quitter les mythologies pour entrer dans le récit peu élégant des lâchetés collectives et des courages solitaires ? Soixante ans plus tard cette histoire n’a pas fini de s’écrire.

On a peu remarqué que les terrorismes d’extrême gauche avaient été d’autant plus meurtriers qu’ils s’inscrivaient dans l’héritage dialectique du fascisme italien, du nazisme allemand, ou de l’impérialisme nationaliste japonais. Fraction Armée Rouge allemande, Brigades Rouges italiennes ou Armée Rouge japonaise ont eu cette pratique commune : la rédemption du crime fasciste passait par le meurtre révolutionnaire ou la destruction de ce qui en représentait la forme substitutive. Il faut souligner cette particularité schizophrène : ces révolutionnaires vont avoir une cible privilégiée : leur radicalité purificatrice va viser Israël quand leurs aînés avaient visé les juifs d’Europe. Ce sont des Allemands d’extrême gauche membres d’un commando germano-palestinien qui vont reconduire les gestes de nazis en triant et séparant les otages juifs des non-juifs lors du détournement d’un avion d’Air France sur Entebbe en juillet 1976. Ce sont des Japonais révolutionnaires qui mitraillent à tout va à l’aéroport de Tel Aviv en 1972. Ce sont des brigadistes italiens qui vont aider à la pose d’une bombe du FPLP devant la grande synagogue de Rome en 1982. Pour ces jeunes Européens, la figure achevée du mal fasciste se nommait Israël tandis pour la génération d’avant la figure du mal se nommait les juifs.

PS : l’heure du recoolement

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Depuis samedi, ça recompte sévère dans les fédérations socialistes du pays. Moins onze voix pour Martine Aubry par là, moins douze pour Ségolène Royal par ci, je retiens un que je multiplie par trois : à ce rythme, les militants socialistes vont finir par apprendre que c’est finalement Bertrand Delanoë qu’ils ont élu… Quant à la commission de récolement, qui se réunit aujourd’hui, elle a du travail devant elle. Toutefois, elle ne procédera certainement pas au recollement des morceaux socialistes entre eux, qu’appellent de leurs vœux les plus orthographiques nos honorables confrères du Monde, du Point, de L’Express, de Rue89, de Mediapart, du JDD, de L’Alsace et de La Dépêche. Si l’on compte aussi bien les voix dans les fédérations PS qu’on recompte les L dans les secrétariats de rédaction, c’est pas gagné…

Trop gore, le film…

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L’analogie « Floride 2000 » et « Reims 2008 » vaut ce qu’elle vaut, c’est-à-dire, pour une fois, assez cher. Tout d’abord parce c’est François Miclo qui l’a utilisée le premier, et bon, si c’est dans Causeur, c’est que c’est forcément un peu vrai. Ensuite parce que le dénouement final au PS sera le même que chez le frangin Jeb il y a huit ans. Demandez à Mlle Royal de qui elle se sent la plus proche : du vilain W, bourreau du peuple irakien et de la couche d’ozone, ou bien de saint Al Gore, caméscopeur nobélisé et grand apôtre de la fraternitude ? Ségo a forcément déjà choisi son camp, et c’est celui du perdant…

Bouteflika for ever !

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On entend, çà et là, quelques murmures réprobateurs relatifs à la manœuvre d’Abdelaziz Bouteflika qui a fait voter par un Parlement à sa botte une modification constitutionnelle lui permettant de briguer un troisième mandat de président de la République algérienne démocratique et populaire. Mais rien de bien méchant, et il ne faut pas s’attendre à ce que le monde se lève pour faire barrage à Boutef’, tant est présente la crainte d’une nouvelle poussée islamiste en Algérie.

Ainsi, celui qui fut dans les années 1960 le plus jeune ministre des Affaires étrangères en exercice sur la planète devrait être en mesure, à soixante-douze ans, de se succéder à lui-même pour un nouveau bail de six ans. Son élection ne fait pas question, la sincérité d’un scrutin présidentiel en Algérie aujourd’hui n’ayant rien à envier à celle des élections du deuxième collège (indigènes) au temps de l’Algérie française. Il s’agit seulement d’annoncer un résultat convenable. Les scores à la soviétique (supérieurs à 98 %) ne sont aujourd’hui pratiqués que dans quelques Etats d’Asie centrale où les despotes éclairés au gaz ne voient aucune raison de modifier des pratiques aussi anciennes que commodes.

Tout l’art consiste à bricoler un scrutin de telle manière à ce que les observateurs internationaux, qui ne peuvent être partout, soient contraints de reconnaître que « dans l’ensemble » l’élection s’est déroulée dans des conditions répondant aux critères démocratiques, tout en assurant une confortable majorité au candidat de l’oligarchie au pouvoir.

Si l’on ne s’émeut guère, en France et dans le monde, des péripéties politiques qui se déroulent de l’autre côté de la Méditerranée, c’est qu’on se soucie peu aujourd’hui d’encourager les pays du Maghreb à marcher hardiment vers la démocratie, l’économie de marché et un développement à l’asiatique de leurs capacités de production.

Le projet idéaliste « grand Moyen-Orient prospère et démocratique » lancé après la guerre d’Irak par une administration Bush sous influence des néos-conservateurs s’est cassé le nez sur le réel. Et le réel, c’est que l’instauration de la démocratie suppose que la structuration des forces productives et sociales soit suffisamment avancée pour que ceux qui produisent les richesses participent à leur gestion. C’est le bon vieux No taxation without représentation qui lança la révolte des colonies américaines contre la métropole britannique.

Or, il suffit de lire la description parfaitement réaliste que donne, dans Le Monde, un ancien général, Rachid Benyellès, pour constater qu’après l’échec grandiose d’une expérience « socialiste » qui a détruit le tissu économique, agricole et entrepreneurial hérité de la période coloniale, l’économie algérienne est exclusivement fondée sur une rente pétrolière accaparée par une oligarchie politico-militaire. D’où cette situation absurde dans laquelle les entreprises chinoises appelées pour répondre en catastrophe à la pénurie de logements liée à la croissance démographique galopante ne trouvent pas de main d’œuvre locale, tandis que les chantiers français ne fonctionneraient pas sans la main d’œuvre algérienne et que des hordes de jeunes oisifs végètent dans les grandes villes du pays. Les Chinois viennent donc avec leurs ouvriers construire des immeubles pour les chômeurs algériens.

Malgré tout cela, et les frustrations que le régime incarné par l’inoxydable Bouteflika provoque au sein d’une population désemparée, il fait aujourd’hui figure de « dictateur présentable », un modèle que la communauté internationale est prête à tolérer, voire à promouvoir.

Comme son ennemi intime le roi du Maroc, et son voisin Ben Ali, Boutef’ tient en lisière des islamistes radicaux exterminés brutalement dans leur composante militaire, mais à qui le régime sous-traite l’encadrement moral de la société.

Par ailleurs, Boutef’ arbitre avec un instinct de conservation remarquable conflits et rivalités entre les diverses factions de l’oligarchie, favorisant alternativement l’une ou l’autre d’entre elles, et faisant en sorte qu’aucune tête susceptible de lui faire de l’ombre n’émerge des cercles dirigeants.

Une certaine liberté d’expression est accordée à l’opposition politique, essentiellement kabyle, et à une presse qui a acquis, à partir de 1988, une indépendance de ton remarquable. Mais l’état d’urgence reste en vigueur, limitant fortement les libertés publiques, et l’intimidation judiciaire des journalistes trop irrévérencieux est une pratique de plus en plus fréquente.

Pendant ce temps-là les « trabendistes » (vendeurs de marchandises rares acquises au cours d’allées et venues régulières en France ou en Espagne) alimentent l’économie informelle qui assure le minimum à la population démunie, et les harragas, ces jeunes sans travail, risquent leur vie en contrôlant la traversée vers le nord sur des embarcations de fortune…

Le « dictateur présentable » ne sera pas sommé de respecter les recommandations des rapports annuels des ONG pointant du doigt la corruption où les atteintes aux libertés dans le pays qu’il dirige. On lui pardonnera même quelques pratiques brutales dans la répression de ses opposants, pourvu qu’il arrive à persuader les chefs des Etats démocratiques que ces derniers ont partie liée avec le terrorisme international, ce qui n’est pas très difficile. Il lui sera assuré un siège à la commission des droits de l’homme des Nations-Unies, où il pourra tout à loisir voter en rafale des motions condamnant Israël et tonner contre les anciens colonisateurs qui ont le culot d’interdire le port du voile islamique dans les établissements scolaires publics. Le job de dictateur présentable, sans être de tout repos car les Iznogoud sont partout, reste quand même attractif. Au point qu’un vieillard malade veuille en reprendre.

La race des Zemmour

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Etait-il bien prudent d’inviter Eric Zemmour à un débat télévisé sur le thème « Demain, tous métis ? » Cette expérience baroque a été tentée jeudi 13 novembre sur Arte. Seul face à une assemblée de militants antiracistes et autres intellectuels à bonne conscience, l’éditorialiste du Figaro a cédé à la douce joie de la provocation, lâchant, au détour d’un échange avec la militante associative Rokhaya Diallo : « J’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie a succédé la négation des races…  » et, pire encore, « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! » Ce fut un coup de tonnerre dans le ciel serein d’un débat mou du genou, que peinaient à secouer les banalités de Vincent Cespedes et des fulgurances comiques de la comédienne allemande d’origine turque Renan Demirkan qui défendait le concept étourdissant de « nation cocktail »…

Cette utilisation provocatrice (et contestable) du mot « race » par Zemmour a immédiatement mis en branle la machine associative à s’indigner. Dans un communiqué publié le 17 novembre, l’association SOS-Racisme s’est dite « scandalisée » par cette « réhabilitation de la théorie des races ». Zemmour en Gobineau ou en Rosenberg, cela devrait faire sourire. Patrick Lozès, patron du CRAN a surenchéri, dénonçant sur son « blog de la diversité » des arguments « choquants » qui lui ont « glacé le sang ». L’association des Indivisibles – qui me feraient regretter les Indigènes de la République – précise dans un communiqué : « Rokhaya Diallo a fait un important effort personnel pour rester courtoise », et n’est pas tombée dans le « piège » tendu par un Zemmour tenant des propos « nauséabonds ».

On notera aussi un petit billet indigné du chroniqueur d’Europe 1 Bruno Roger-Petit qui réclame sur son blog du Post des sanctions contre Zemmour « people journaliste de la télé », qui bénéficierait d’une « grasse rémunération » et d’un occulte réseau de protections : « Est-ce que le réseau d’amitiés médiatiques, qui le propulse sur France 2, i-télé, France 5, Arte etc… va lui permettre d’échapper à son châtiment ? » Passons charitablement sur le fantasme de cet invisible « réseau » qui protège, mais amusons-nous de l’utilisation très premier degré du terme « châtiment » par Roger-Petit. Un châtiment, c’est plus grave qu’une mise à pied, une privation d’antenne, une soirée au piquet, une fessée – un châtiment c’est la correction magistrale, exemplaire qui vient après le crime. BRP termine son petit réquisitoire en appelant la « justice du système médiatique » à « frapper » l’infâme Zemmour. Il faut se réjouir que la « justice du système médiatique » ne soit qu’un fantasme, assez terrifiant d’ailleurs, et que les propos de Zemmour soient encore autorisés par la législation française. Parce que, et nous allons y venir, ils ne sont évidemment pas racistes

Mais pourquoi tant de haine suite à la défense par Zemmour de l’existence de différentes « races » humaines ? On notera que la presse française s’est moins formalisée de l’usage du mot « race » à l’occasion de l’élection de Barack Obama, l’homme qui a déclaré « a race est une question que notre pays ne peut se permettre d’ignorer »… Nul n’a crié au châtiment en lisant : « L’élection d’un « frère de race » à la plus haute fonction de l’État est certainement un facteur psychologique très positif pour la communauté noire (et pour les Noirs dans le monde entier). » (Le Point). Personne ne s’est étranglé des propos publiés par Le Monde Diplomatique – « Si les démocrates choisissent M. Obama pour défendre leurs couleurs en novembre, son progressisme présumé a autant de chances d’être sujet à controverse que sa race. » – ou par Marianne – « Les Américains n’ont pas à choisir l’homme qui gèrera au mieux le tsunami boursier et bancaire, celui qui réformera la Sécurité sociale et mettra fin aux folles guerres d’Orient. Ils ont seulement à trancher entre deux races, la leur ou l’autre. » On m’objectera que l’utilisation du mot « race » à propos d’un pays autorisant les statistiques ethno-raciales (celles qui ont révélé que 90 % de l’électorat noir avait voté Obama) et se concevant comme un melting-pot, est certainement moins tendancieuse que lorsqu’elle concerne la France, République « indivisible ». En tout cas, l’utilisation du mot « race » dans un certain discours journalistique n’est pas plus scandaleuse que sa présence dans la Constitution de 1958 qui garantit « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Que faire, alors, de cette encombrante notion ? L’interdire, la proscrire ou la (re)-définir ?

Danse de la pluie : météo favorable

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L’américanisation de la vie politique française s’amplifie. Suspicion de fraudes électorales dans certaines parties du pays, recomptage des voix, contestation des résultats : le Parti socialiste nous aura invité cette nuit à un remake de l’élection américaine de 2000. Certes, on ne sait pas qui de Ségolène Royal et de Martine Aubry sera George Bush et Al Gore. En attendant, la présidente de Poitou-Charentes souhaite que les militants retournent aux urnes dès jeudi prochain. Cela prendra le temps qu’il faudra et durera jusqu’à ce qu’ils l’élisent. C’est un peu comme la danse de la pluie que célébrait Ernest Hemingway : elle est d’une redoutable efficacité à condition que l’on soit prêt à danser jusqu’à ce qu’il pleuve.