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Horst Köhler, un Allemand très convenable

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Horst Köhler.

On se souvient de l’adage chevènementiste : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne », largement battu en brèche par le n’importe quoi régissant aujourd’hui nos mœurs politiques. En allemand, cela pourrait se traduire par la formule : « Un président fédéral, ça démissionne après qu’il l’a ouverte. » Précisons tout de suite qu’en République fédérale d’Allemagne, le président, élu par les deux chambres réunies, exerce un rôle essentiellement honorifique et représentatif, le pouvoir effectif étant exercé par le chancelier, qui se trouve être actuellement une chancelière. On désigne généralement pour cette fonction des personnalités en fin de carrière, qui ont su acquérir une popularité et une autorité morale dépassant les frontières de leur famille politique. Ce fut le cas, dans le passé récent, pour le chrétien-démocrate Richard von Weizsäcker et le social-démocrate Johannes Rau. Parfois, les parlementaires allemands eurent la main moins heureuse, par exemple avec Heinrich Lübke, qui fut accusé d’avoir contribué, comme architecte, à la construction du camp d’extermination d’Auschwitz. Il poursuivit, néanmoins, son mandat jusqu’à son terme.

Patriote, pas nationaliste
Horst Köhler, 67 ans, issu d’une famille d’agriculteurs allemands de Bessarabie réfugiée en RFA après la débâcle hitlérienne, et un court passage dans la RDA communiste, est entré en politique par l’économie. Il fut chef de cabinet de plusieurs ministres des finances, avant de devenir le principal négociateur allemand des traités de Maastricht et conseiller du chancelier Kohl dans les grandes négociations internationales. Pour l’avoir vu à l’œuvre dans ces fonctions, je peux assurer que derrière l’exquise courtoisie de cet homme et son sourire avenant se trouvait un défenseur inflexible des intérêts économiques de l’Allemagne, pour qui il n’a pas été facile de lâcher le deutschemark pour l’euro…

Ce conservateur éclairé évitait pourtant toute rodomontade nationaliste excessive, car il avait intégré dans sa pensée économique le poids de l’histoire allemande. Jusqu’à la réunification, la retenue et l’usage modéré de la puissance financière de la RFA relevait d’une nécessité politique : assurer le retour définitif de l’Allemagne dans le cercle des nations civilisées, ce qui nécessite un certain temps après les horreurs du siècle dernier.

En 2003, à son retour de Washington, où il dirigea le FMI, il est proposé par le chancelier Gerhard Schröder pour succéder au social-démocrate Johannes Rau au château de Bellevue, à Berlin, siège de la présidence fédérale. En mai 2009, son mandat de cinq ans est renouvelé à la quasi unanimité. En bonne logique, Horst Köhler aurait dû couler des jours paisibles et studieux dans son palais de Berlin-Charlottenburg jusqu’en 2014. On ne lui connaît en effet aucun vice caché pouvant lui créer des ennuis : bon mari monogame dans le temps et l’espace, bon père de famille, sans enfant adultérin connu, il a toujours mené la vie aisée, mais non ostentatoire, d’un haut fonctionnaire allemand. Et pourtant il sera le premier président fédéral de l’Allemagne d’après guerre à démissionner de ses fonctions. Il a annoncé sa décision le 29 mai, en la motivant par le flot de critiques provoqué par une déclaration à la radio nationale, à la suite de sa visite au contingent allemand en Afghanistan. Voici la teneur de ces propos, jugés scandaleux outre-Rhin : « A mon avis, la société {allemande} dans son ensemble est en train d’accepter progressivement (…) que dans le doute et en cas de nécessité, un engagement militaire peut être nécessaire pour protéger nos intérêts, par exemple la liberté des voies commerciales, ou en empêchant l’instabilité dans des régions entières qui aurait des effets négatifs sur nos échanges, nos emplois et nos revenus. » Ach ! Mein Gott ! Que n’avait-il pas dit là ! Suggérer, avec d’infinies précautions, que les soldats allemands pourraient se voir, par exemple, donner comme mission de garantir la libre circulation des exportations allemandes embarquées sur des navires marchands au large de la Somalie relève, pour certains commentateurs politiques d’outre Rhin, d’une tentative de reconstitution de ligue dissoute, à savoir le mythique Afrikakorps d’Erwin Rommel. En Afghanistan, d’ailleurs, les soldats allemands sont la plupart du temps confinés dans leurs casernes, et n’en sortent que pour donner un appui logistique aux « vrais » combattants, américains, britanniques, français ou canadiens…Aucun gouvernement de Berlin ne pourrait survivre à plus d’une dizaine de soldats de la Bundeswehr tués au feu.

Le poids du passé, un prétexte commode à l’inaction
« Que cela est bel et bon ! », diront quelques Français qui regardent trop souvent Arte : mieux vaut une Bundeswehr de couilles molles qu’une Wehrmacht défilant au pas de l’oie sur les Champs-Elysées. Imparable, mais un peu court. L’abstinence militaire allemande a changé de nature avec l’évolution géopolitique du monde au cours du dernier demi-siècle : d’abord imposée par les puissances victorieuses en 1945, puis intégrée dans la doctrine de tous les dirigeants de la RFA jusqu’en 1989, elle a été décrétée caduque à la fin des années 90 par le ministre vert des Affaires étrangères Joshka Fischer, l’ami francfortois de Cohn-Bendit. L’ancien pacifiste intransigeant qui braillait « Plutôt rouge que mort ! » en 1983, lors de la controverse sur les euromissiles, s’est converti à la realpolitik. Il a compris que le poids du passé était devenu un prétexte bien commode pour l’Allemagne pour se tirer des flûtes quand l’Europe et l’Occident doivent sortir le gros bâton pour se faire respecter, et accessoirement protéger leurs citoyens contre des menées terroristes. Bien commode, la repentance extensible à l’infini des belles âmes gauchistes, qui converge avec les intérêts des marchands cyniques. Laissons les autres faire les marioles avec leurs chars et leurs hélicos dans les contrées lointaines, et arrivons ensuite, bardés de bonne conscience et de bons de commandes pour récupérer la mise commerciale !
Cette hyper-repentance, dont nous ne sommes pas épargnés en France avec le ressassement morbide des crimes de la colonisation masquant les turpitudes actuelles des dirigeants des pays ex-colonisés, est-elle plus ou moins dangereuse et immorale que le déni de mémoire ? Horst Köhler a répondu en claquant la porte, qui pourtant était dorée. Il mérite le respect.

Guère de religion

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L’affaire commence à faire du potin outre-Atlantique : Abby Nurre, une prof de maths de 26 ans, a été licenciée du collège catholique de Fort Dodge (Iowa), où elle enseignait, à cause d’un questionnaire publié sur sa page personnelle Facebook. À la question « Croyez-vous en Dieu ? », elle avait en effet coché la case « non ». Mauvaise pioche apparemment, puisque l’évêque du coin l’a aussitôt suspendue et que son école l’a licenciée dans la foulée pour faute grave. Heureusement pour elle, le tribunal qui vient de juger l’affaire a estimé que ladite faute grave n’était pas prouvée, d’autant plus que la page Facebook d’Abby était accessible à ses seuls amis, et donc pas à ses élèves. On pourra peut-être regretter qu’aux USA, pays jusque-là béni en matière de liberté d’expression, certains prélats catholiques se comportent comme de vulgaires prêcheurs évangélistes. On pourra néanmoins penser qu’il n’était pas très malin pour cette demoiselle de faire un coming out athée alors qu’elle était salariée par le Bon Dieu – dont nul n’ignore qu’Il sait tout et voit tout, y compris donc les pages perso verrouillées sur Facebook.

Gaza : piège en eaux troubles

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Comme d’habitude quand il s’agit du conflit israélo-palestinien, l’émotion semble interdire tout calme examen des faits. Il s’agit donc de tenter de comprendre ce qui s’est passé et surtout de recenser les différents choix qui étaient offerts aux décisionnaires israéliens. Après quoi, ceux qui le souhaitent auront tout loisir pour condamner et faire part de leur profonde indignation.

Il faut partir du blocus israélo-égyptien imposé à Gaza avec le soutien de la Communauté internationale depuis qu’en 2007 le Hamas a pris le contrôle du territoire et refuse avec constance d’accéder aux exigences minimales de la Communauté internationale – reconnaissance d’Israël, renoncement à la lutte armée, acceptation des accords d’Oslo.

Dès lors qu’Israël et l’Emirat de Gaza (c’est ainsi qu’à Ramallah on nomme le gouvernement du Hamas) sont en état de guerre, cette mesure sévère voire draconienne – mais tout de même moins que des bombardements – peut se comprendre. Quant à son utilité et à la capacité d’Israël de l’appliquer dans l’état actuel de son crédit diplomatique international, j’émets des doutes que je réserve pour un autre article.

Israël a donc décidé de bloquer la libre circulation des personnes, capitaux et marchandises vers une entité déclarée hostile et qui ne manque pas une occasion d’en donner des preuves détonantes. Par-dessus le marché, Israël prend la décision de concert avec l’Egypte, sans laquelle un tel blocus serait impossible.

Côté aérien, pas de problème particulier pour le moment. Mais si l’on examine les dimensions terrestre et maritime, c’est un vrai casse-tête. Si Israël parvient à boucler presque hermétiquement sa frontière avec la bande de Gaza, les douze kilomètres de frontière avec l’Egypte sont loin d’être étanches. Entre la misère de la troupe égyptienne – véritable prolétariat militaire -, les tensions avec les tribus bédouines du Sinaï et la culture du bakchich, les capacités du Caire dans ce domaine sont restreintes.

Mais c’est le blocus maritime qui, faute d’obstacle naturel, se révèle le plus compliqué à mettre en œuvre et les « flottilles humanitaires » – terme désormais consacré – savent parfaitement exploiter cette faiblesse. Les marines modernes sont faites pour régler les problèmes de loin, très loin, et l’abordage des navires ennemis a longtemps été réservé aux films d’époque, jusqu’au détournement en 1985 du paquebot Achille Lauro par le FPLP. Puisqu’il est hors de question de couler un navire qui ne vous tire pas dessus à l’artillerie, dans le cas où un vaisseau ignorerait les ordres de la marine imposant le blocus, les options de cette dernière sont limitées : laisser passer, endommager la capacité de manœuvre du vaisseau ou bien l’aborder pour en prendre le contrôle.

Le premier choix a un avantage : zéro risque. Mais l’inconvénient, c’est que l’autre côté gagne doublement la partie : la première fois avec son entrée triomphale dans le port de Gaza, la deuxième lorsqu’il quitte Gaza – avec le risque par exemple d’une exfiltration de Gilad Shalit vers des pays où il sera hors de portée de Tsahal. Il faut ajouter que cette option – « laissons-les passer et ils se lasseront quand les médias s’en désintéresseront » – a été testée sans le moindre effet et que l’Egypte s’y est formellement opposée.

Endommager les navires et les empêcher de manœuvrer (en neutralisant les hélices par exemple), c’était perdre le contrôle de la situation. À la dérive, les vaisseaux auraient pu, au fil des jours, devenir les héros d’un long feuilleton, aggravé de risques supplémentaires, comme l’intervention d’autres navires ou une urgence médicale à bord. La seule option raisonnable était donc l’abordage.

Une fois choisi le modus operandi, il fallait décider de l’heure et de l’endroit de l’intervention. Il fallait commencer l’abordage loin des côtes pour empêcher un scénario d’accostage pendant l’opération. Deuxième contrainte : agir la nuit pour jouer sur l’effet de surprise et bénéficier de l’avantage des appareils de vision nocturne. C’est pourquoi la deadline pour l’intervention se situait environ une heure avant l’aube. La flottille se trouvait à ce moment-là à 70 milles nautique de Gaza, soit à quatre heures de navigation de sa destination. Attendre aurait signifié agir en plein jour et peut-être trop près des côtes.

Restait à définir les règles d’engagement. L’expérience de précédentes flottilles laissait penser que les militants qui se trouvaient à bord étaient plutôt non-violents. Aussi les commandos ont-ils reçu l’ordre de se comporter en CRS plutôt qu’en gendarmes du Raid. C’est peut-être aussi la raison pour laquelle des grenades lacrymogènes n’ont pas été utilisées : s’il s’agissait de déloger du pont quelques manifestants opposant une résistance passive, pourquoi risquer des problèmes respiratoires chez les gens âgés présents à bord ? À trop vouloir rendre proportionnelle l’usage de la force, les militaires israéliens ont été rapidement débordés et se sont retrouvés en danger de mort. Pire encore, profitant de la pagaille, des militants auraient pu s’emparer d’un soldat blessé ou isolé et le prendre en otage en s’enfermant dans une cabine. Dans les autres cinq vaisseaux de la flottille, l’approche « CRS » du problème a montré son efficacité. Il ne faut pas oublier non plus que les hommes de cette même unité ont déjà abordé et pris le contrôle de navires utilisés par des trafiquants d’armes sans causer de pertes. Le problème était donc bien le passage d’un mode CRS/manifestants au mode commando/terroristes.

Pour autant, il n’est pas si facile de parer à ce genre d’éventualité quand le parti d’en face peut, lui, jouer sur les deux tableaux ? Le militant humanitaire pacifiste peut s’armer de couteaux, de haches ou de barres de fer pour redevenir simple activiste de droits de l’homme une fois les armes lâchées. Ceux qui admettent que le Hamas n’a pas complètement raison et qu’Israël n’est pas à 100 % dans son tort feraient bien de réfléchir à cette question.

Euro 2016 : un mois d’apéro géant

J’aime bien le foot. C’est fluctuant au gré de mes amours, amis et emmerdes, mais à force de bonne volonté, je suis devenue capable d’apprécier un beau but et même un beau match. De plus, je suis assez tricolore et je n’ai pas envie de casser l’ambiance. Mais je vais la casser quand même. On me dira que les Israéliens s’en sont chargés avec le fiasco de la flottille qui a même chassé Roland Garros de la « une » durant 24 heures. En Israël, on devrait adorer le dieu du ballon rond : quelques jours à tenir dans l’opprobre général et on ne parlera plus que de la Coupe du monde.

Causer football dans l’atmosphère survoltée créée par l’échec sanglant de l’armée israélienne peut sembler dérisoire. Mais il est difficile de penser dans toute cette émotion, difficile de ne pas céder à la tentation de l’appartenance face à la réprobation d’Israël, surtout quand elle semble si justifiée. La sémantique est implacable : que dire face aux cadavres de neuf militants humanitaires, qu’ils étaient des combattants de la guerre des images ? Que les Israéliens « ne l’ont pas fait exprès » – ce qui mériterait d’ailleurs d’être rappelé ? À entendre certains commentaires, on pourrait presque penser que Netanyahu, ivre de puissance, avait décidé de tuer pour l’exemple – « pour démontrer leur force et jouir de leur impunité », selon Elias Sanbar.

Faute d’avoir une contribution intéressante ou encourageante à faire à la condamnation planétaire, autant se réfugier dans le dérisoire qui regagnera bientôt ses droits quand un nouveau clou chassera celui-là. En attendant de nouvelles révélations sur le foie de Johnny, le football s’impose. D’ailleurs, le charivari diplomatique n’a pas empêché Nicolas Sarkozy d’ouvrir le dîner du sommet franco-africain, dîner « élargi » à tous ceux qui ne peuvent pas prétendre au titre d’ami (terme désignant un dirigeant susceptible de participer à la vie politique française en finançant ses partis), par un toast à la Coupe du monde. Si le président ose, on ne va pas se gêner.

Patriotisme de fusion et d’effusion
J’ai donc été atterrée par la décision de la FIFA de confier l’organisation de l’Euro 2016 à la France et plus atterrée encore par l’enthousiasme délirant que cette décision a déclenché. À lire certains commentaires, ce serait la plus belle chose qui nous soit arrivée depuis longtemps, excusez du peu. Même Martine Aubry, tout en critiquant l’opération de com présidentielle, y est allée de son petit couplet sentimental et patriotique. « Partager des émotions ensemble et réunir les Français est finalement une bonne identité nationale », a-t-elle déclaré. Bon, j’aime bien le foot mais si c’est la seule chose qui nous rassemble, je vais me sentir un peu exilée dans mon pays. Ce patriotisme de fusion et d’effusion n’est pas le mien.

Tout d’abord, j’ai du mal à considérer que la promesse d’un mois d’apéros géants soit une bonne nouvelle. Les touristes en grappes ont déjà remplacé les promeneurs et les voyageurs dans nos villes, et il faudrait se réjouir à l’idée que celles-ci soient livrées aux supporteurs ? Dans la vraie vie, la fête du sport, ce sera des braillards avinés et éventuellement violents. Du reste, la mobilisation policière annoncée montre que les organisateurs de ces festivités savent à quoi nous devons nous attendre. Ce sera la fête du commerce, peut-être faut-il s’en féliciter, mais il n’y a pas de quoi mobiliser la rhétorique de l’amour, de la fraternité et du lien social.

Sarkozy promet des Jeux ? Qu’au moins il fournisse le pain !
On m’objectera les valeurs du sport. Admettons qu’elles existent dans le sport qu’on pratique avec ses copains ou sa famille, dans son club de Trifouilly les Oies ou dans son équipe de quatorzième division. On les cherche en vain dans le sport de haut niveau, devenu à la fois un spectacle, un business et une guerre et cumulant les défauts des trois catégories. Nicolas Sarkozy qui a cru bon de sacrifier une matinée pour cette affaire a évoqué le fair play : sans doute faisait-il allusion à la façon élégante dont la France s’est qualifiée pour la Coupe du monde. En fait de lien social, on observe surtout l’idolâtrie de joueurs surpayés qui semblent se croire d’une autre étoffe que le commun des mortels quand ils ne sont plus que des people comme les autres. Quant à la fraternité, elle est omniprésente, que l’on songe à ces Français célébrant la victoire algérienne en cassant des vitrines, voire en brûlant un drapeau, à ces supporteurs d’un même club prêts à s’entretuer au sens propre, ou aux invectives qui accueillent toute équipe d’une ville jouant dans le stade d’une autre – conception très singulière des règles de l’hospitalité. Dans la grande famille du football, tous les hommes ne sont pas frères.

La prestation de Nicolas Sarkozy à Genève a donc de quoi taper sur les nerfs. Il est déplaisant que le président compte sur le football pour regagner en popularité et encore plus déplaisant qu’il y parvienne. Ce que cela dit de nous n’est pas très engageant. Si médias et classe politique rivalisent dans cette hystérie collective, c’est dans un seul but, celui de nous plaire. De capter notre vote ou notre temps de cerveau disponible. « Nous pensons, a déclaré Sarkozy, que le sport est une réponse à la crise. » On a peu commenté, sinon pour l’approuver, cette ahurissante formule. On pensait qu’il avait été élu pour faire de la politique. Il nous promet des Jeux ? Qu’au moins, il fournisse le pain ! Et qu’on arrête de se raconter des histoires. Un attroupement de gens qui ne se connaissent pas n’est pas un apéro entre copains. Et une foule ne fait pas un peuple. Même quand elle gagne.

Onfray délire

Divan
L'objet du délit : le divan de Freud.

Avant même sa sortie, le livre de Michel Onfray, Crépuscule d’une idole, a fait la une des journaux qu’il faut lire. Libération : « Onfray tue le père Freud » ; Le Point : « Onfray déboulonne Freud » ; Le Nouvel Observateur : « Onfray dénonce le complot Œdipe »…

À l’instar de Nietzsche, qui se décrit, dans Le Crépuscule des idoles, comme l’« attrapeur de rats qui arrive à faire parler ce qui voudrait rester muet… », Onfray prétend révéler au monde entier ce que les psychanalystes garderaient secret, à savoir la névrose de Freud, son antisémitisme, ses perversions en tout genre, son appétence pour l’argent, l’inefficacité de sa méthode thérapeutique, etc.

En bref et en résumé, la psychanalyse serait une entreprise juteuse, montée par un escroc qui aurait trouvé là le moyen de satisfaire ses perversions tout en s’en mettant plein les poches…

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Plus accablant que la bêtise des propos d’Onfray, la riposte des psychanalystes

Rien de très nouveau sous le soleil, et cette déclaration de guerre n’arrive pas à la cheville de celle que Nietzsche, avec sa philosophie au marteau, fit en son temps aux « idoles éternelles ». Cela étant dit, le plus accablant dans cette affaire, c’est moins la banale bêtise des propos d’Onfray que les réactions des psychanalystes eux-mêmes. « La psychanalyse ne guérit pas, elle sauve » (Philippe Grimbert) ; « Onfray nous insulte » (Serge Hefez) ; « Un canevas délirant » (J. A. Miller) ; « Onfray réhabilite un discours d’extrême droite » (E. Roudinesco) : j’en passe, et des meilleures sans doute.

Je rappellerai juste au passage à Jacques-Alain Miller que tout délire comporte une part de vérité historique. Et que ce n’est sûrement pas en disant à un patient qu’il délire qu’on l’aidera à aller mieux (B-A BA, niveau première année de psycho). Quant à Élisabeth Roudinesco, faut-il lui indiquer que la projection (en cette occurrence, attribuer à Onfray des idées d’extrême droite parce qu’Onfray attribue ces mêmes idées à Freud) est le mécanisme de défense favori des paranoïaques et qu’à tomber dans le panneau, on ne peut qu’y perdre des plumes. Qui veut trop prouver s’égare !

Alors quoi, vous Messieurs, Mesdames les psychanalystes, vous n’avez rien de mieux à faire qu’à vous évanouir, vous alarmer, sonner le tocsin et jouer les vierges effarouchées qui pétitionnent en boucle parce qu’« on n’a pas le droit de dire des choses comme ça ! » ! Franchement, vous n’avez pas mieux à faire ? Pas de colloque en vue, pas de séminaire de travail, pas de texte à écrire, pas de patients ? Votre temps si précieux, qui chez certains justifie des séances au chrono, vous le perdez dans les méandres des discussions de comptoir ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Si Onfray a tout lu, tout vu, tout bu, il n’a bien évidemment rien compris. Mais est-ce vraiment si grave ? Le livre n’était même pas sorti que, déjà, vous lui faisiez la meilleure des publicités. Résistants de la première heure, vous brandissiez l’étendard de ceux qui, sûrs de leur bon droit, se lancent à corps perdu dans une guerre déshonorante. Vous résistez ? J’en suis fort aise… Eh bien, révisez vos classiques, maintenant !

Je vous renvoie aux pages 375 à 377 des Écrits de Jacques Lacan. L’humeur obsidionale dont vous vous parez pourrait porter ses fruits si seulement vous la mettiez à l’école de la lutte réelle. Vous apprendriez alors que « la réponse la plus efficace à une défense n’est pas d’y porter l’épreuve de force. »

À ignorer cela, vous offrez, comme le dit Lacan, le spectacle de gens « qui n’étaient appelés à leur profession par rien d’autre que d’être en posture d’y avoir toujours le dernier mot, et qui, pour y rencontrer un peu plus de difficulté que dans d’autres activités libérales, montrent la figure ridicule de Purgons obsédés par la “défense” de quiconque ne comprend pas ce pourquoi sa fille est muette ».

Suivez les conseils de Lacan et relisez Clausewitz !

Vos réponses du tac au tac où vous vous disputez la vérité participent d’un même dessein, d’un même mensonge, d’un même aveuglement. La guerre n’est-elle pas qu’un prolongement des moyens de la politique ? Un peu plus de stratégie, un peu plus de technique, un peu plus de courage : suivez les conseils de Lacan et relisez Clausewitz !

Qui se souvient des Féeries anatomiques de Michel Onfray ? Moi, je l’ai lu, tout au moins le début. L’on y apprend que sa femme a eu un cancer du sein. Il a beaucoup souffert ! Pauvre homme ! Mais il a su adopter la bonne attitude. Chapeau l’artiste ! Quel courage ! Quelle belle preuve d’amour que de publier sa souffrance pour l’autre !

Adèle Blanc-Sec pour adulte ; responsable mais pas coupable de l’accident de sa sœur, elle gagne sa bonne conscience en ressuscitant des pharaons et en gagnant au passage argent et notoriété !

Mais une grande âme comme Onfray ne pouvait pas réserver sa compassion à sa seule épouse, surtout après que celle-ci a guéri. Sa mission libératrice vaut pour l’ensemble de l’humanité – lectrice de préférence. Après s’en être pris aux cancers de la religion et de la réaction, le voici qui arrache à mains nues la tumeur du freudisme, libérant pour la modique somme de 22 euros des centaines de milliers de patients otages de l’obscurantisme psychanalytique.

Depuis toujours, la psychanalyse a été critiquée, malmenée, science juive, aujourd’hui antisémite, et demain ? Homophobe, raciste, que sais-je encore ? Du sublime au ridicule, il semblerait que le pas ait été franchi.

Éternel retour du même ! Incipit tragedia.[/access]

On aura tout bu !

Jojo lapin et Gaston l’éléphant
Mais qui sont les mystérieux Jojo lapin et Gaston l’éléphant ?

C’est Hunter S. Thompson qu’on assassine : vous savez, ce fou américain qu’on enseigne aujourd’hui dans les meilleures écoles de journalisme, l’inventeur du gonzo et notamment l’immortel auteur de Las Vegas Parano. C’est ce type d’humain, encore vivant de l’autre côté de la tombe, que les morts qui nous servent de contemporains visent à travers la polémique opposant Reza et Sébastien Lapaque.

Le photographe iranien universellement célébré s’émeut en effet jusqu’à vouloir porter plainte que Sébastien Lapaque, romancier et critique littéraire au Figaro, l’ait « agressé verbalement ».

La scène comique se passe dans le TGV des auteurs, Saint-Malo-Paris, au retour du Festival Etonnants Voyageurs. Un Lapaque profondément alcoolisé lisant d’une voix mi-malrucienne, mi-bébertienne des Halles du milieu de la nuit un trac post-situ dénonçant l’embourgeoisement du Festival est filmé de près par un Réza sans doute intrigué par la scène. Tout d’un coup, Lapaque entend, ou croit entendre, une voix susurrant : « c’est la bande à Pétain ». (Nous prévenons le lecteur déjà privé de tout qu’à partir de ce moment la scène n’étant plus filmée, il sera en sus privé d’images).

Dans le sang lapaquien, l’alcool ne fait qu’un tour : quoi ! lui, le bernanosien, lui le gaulliste, on le traite de fils à Pétain ! Le voilà qui s’emporte, défend son amour de la France à l’aide de n’importe quoi – en l’occurrence Jojo Lapin et Gaston l’éléphant, étonnants personnages dont les aventures, aux dires d’Olivier Maulin, romancier proche de Lapaque et spectateur de la scène, avaient alimenté leurs discussions des trois derniers jours. Par-dessus le marché, Lapaque embraye à l’évidence à partir d’une phrase du Péguy de Notre jeunesse – qu’il cite dans un papier paru concomitamment dans le Figaro – sur la pureté du passé français : « Et plus nous avons de passé, plus nous avons de mémoire, plus ainsi (comme vous le dites) nous avons de responsabilités, plus ainsi aussi ici nous devons la défendre ainsi. Plus nous avons de passé derrière nous, plus (justement) il nous faut le défendre ainsi, le garder pur. »

Sébastien Lapaque est truffé de défauts, notoires quand il a bu, c’est-à-dire plutôt souvent. Entre la rue de Seine et la rue de Bucy où il a presque entièrement perdu sa jeunesse, nul n’ignore ses éructations, ses insultes, ses mépris d’ivrogne bientôt rattrapés et effacés par des accolades humides. Il agace, on a envie de le cogner et puis on découvre un petit garçon dont le trop-plein d’énergie ne témoigne que de la recherche d’une vie plus intense qu’il n’a pas vraiment trouvée.

Réza ne pouvait pas le savoir, évidemment. Il aurait pu rentrer dans le lard de Lapaque et l’altercation eut vite fini. Mais non, il paraît qu’il veut porter plainte. Pour racisme, peut-être ? A trop sensibiliser les populations à l’horreur, on les formate pour qu’elles le dénichent où même elle n’est pas. Lapaque est tout sauf raciste.

Je suis de ceux dont il fut l’un des capitaines, quand nous avions vingt ans. De ceux à qui il a fait aimer et connaître Bernanos, Orwell et Debord, vaccinant à vie nos consciences contre les totalitarismes.

M. Réza non seulement prend la tirade de Lapaque pour une attaque raciste, ce qu’à l’évidence elle n’est pas – sauf à mettre Péguy en enfer – mais en sus aligne les contresens : Lapaque représentant d’une « droite religieuse » ? Ce terme a sans doute cours en Iran et aux Etats-Unis, il ne désigne rien ni personne en France. Le fascisme et Bernanos ? Qu’il ouvre seulement les Grands cimetières sous la lune.

Porter plainte contre des propos d’ivrogne ? On aura tout vu.

La prochaine fois, que M. Réza n’hésite pas à faire rouler Lapaque dans le caniveau. Ils s’en porteront mieux tous les deux, et l’antifascisme, qu’il lutte contre le brun ou le vert, aussi.

Défense de rire

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Il est de bon ton de regretter que la culture française hexagonale rayonne assez peu au Québec (et vice versa, d’ailleurs, hormis quelques comédies musicales au sirop d’érable). Et bien les choses sont peut-être en train de s’améliorer. Ainsi, quand le plus grand quotidien francophone du pays, le Journal de Montréal, s’inquiète et s’amuse des ambitions politiques de plus en plus affirmées d’Antoine Dionne-Charest, 21 ans, et fils de l’actuel Premier Ministre de la Belle Province, il n’hésite pas à titrer: Charest comme Sarkozy ?

Anticonstitution…

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J’adore Nicolas Sarkozy. Si j’avais la taille mannequin – je ne l’ai jamais eue – et que je pouvais gratter une guitare sans savoir chanter, je le demanderais en mariage. Il a, pour nous autres Allemandes, tous les attributs du french lover. Petit, sec, racé, plutôt beau gosse, propre sur lui, doté d’une gouaille suffisamment vulgos pour attirer à lui la ménagère de moins de cinquante ans et la mégère dont le ticket n’est plus valable au-delà de cette limite, Nicolas Sarkozy m’épate. Il a le truc qui faut, le wizz, le buzz, le crac-boum-hue. Et si ce n’était que ça, Angela Merkel ne serait pas passée à côté. C’est qu’il a aussi des idées ! Et des idées comme on ne fait plus. Ou qu’on n’a peut-être jamais eues. Par exemple, tenez : il y a des déficits, Nicolas Sarkozy veut les rendre anticonstitutionnels. C’est génial, prodigieux, la dernière nouveauté de la pensée magique. S’il n’était pas occupé par d’autres sinécures, l’homme pourrait facilement devenir chef de rayon au Bon Marché.

Mais Nicolas – je l’appelle Nicolas, car mon degré d’intimité est suffisamment élevé ; je ne sais pas pour lui – ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Rendre le déficit d’un Etat anticonstitutionnel est une bonne voie, mais c’est un peu trop fastoche. Pour tout dire, ça ressemble un peu trop aux papiers que je griffonne en début d’année et qui me tiennent lieu de résolutions : ne plus prendre de dessert, ne plus en reprendre deux fois, ne pas froisser Willy sur ses problèmes de virilité (un type de plus de 60 ans ne mérite pas de se faire insulter chaque fois qu’on est au radada). Le problème avec ce genre de papiers, c’est comme avec la Constitution : on finit par les oublier quelque part. On les retrouve un jour, alors qu’on y est venu chercher autre chose, dans la poche du slip Kangourou d’un quelconque Jean-Louis Debré ou dans un autre endroit où je n’aventurerais pas mes doigts.

Cela étant, Mamour – je l’appelle Mamour parce qu’il n’y a pas de raison, moi aussi je n’y connais rien à la musique – a raison de vouloir déconstitutionnaliser les déficits. Et, si bien parti, il devrait se prendre à déconstitutionnaliser bien d’autres choses :

1- Il faut déconstitutionnaliser la connerie. Elle est, depuis Descartes, la chose la mieux partagée au monde, surtout en France, et les cons nous cernent. La chose nous concerne tant qu’elle devrait être inscrite comme une première urgence. Cela obligerait certainement une soixantaine de millions de Français à jouer les boat people jusqu’à la Corse.

2- Interdire dans la Constitution le racisme et l’antisémitisme serait, même si cela me semble être déjà fait, une autre priorité présidentielle. Il y en a ras-le-bol des nègres qui traitent les youpins de juifs et des feujs qui traitent les bougnoules de blacks. Faut un peu moins de discrimination, un peu plus de distinction, et moins de daltonisme ! On n’est pas des niakwés quand même !

3- Interdire les mecs qui n’aiment pas les grosses dans la Constitution ne serait pas la moindre des mesures. Je ne parle pas pour moi, même si j’ai un peu pris ces temps-ci autour des hanches. De toute façon je vous emmerde, y en a qui aiment ça.

4- Sucrer de la Constitution les pédophiles. Et les enfants, trop excitants.

5- Sucrer le sucre. Ça fait grossir. Et puis, il y a l’aspartame. C’est pas pareil, mais bon…

6- Interdire constitutionnellement la parution hebdomadaire du magazine Elle. Je l’achète chaque semaine et, franchement, tous ces boudins qui posent en se la jouant glamour, ça ne me remonte pas le moral.

7- Bannir l’homophobie. Tous les pédés ne sont pas des enculés.

8- Retourner à Syracuse et inscrire ça dans la Loi fondamentale. On y a passé notre voyages de noces avec Willy, on était jeunes et c’était bien. Surtout le petit-déjeuner continental, on pouvait se resservir plusieurs fois.

9- Interdire constitutionnellement le port de la moustache. Au début, ça chatouille. Après, ça grattouille. Au final, ça n’est pas si désagréable, mais quand même.

10- Obliger Nicolas Sarkozy à tomber amoureux de moi. Et Brad Pitt. Et je n’en voudrai pas.

11- Déclarer inconstitutionnelle la Constitution. Parce que le slip kangourou du président du Conseil constitutionnel, quand t’en as vu un, tu les as tous vus. Même lorsqu’ils sont remontés jusqu’aux épaules. Les slips kangourous, pas les présidents du Conseil constitutionnel.

Promo de printemps

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Figurez-vous que pendant que d’aucuns bienheureux lecteurs jardinent, cuisinent, butinent ou shoppinent, les vaillants forçats de l’équipe rédactionnelle mettent la dernière main au numéro 24 de Causeur. Numéro que recevront, bien sûr, les déjà abonnés, mais aussi ceux qui s’abonneront ce week-end, disons avant lundi 20 heures. Après, ils devront s’en passer et ronger leurs sangs jusqu’au numéro 25, ce que nous ne souhaiterions pas au pire de nos ennemis. Quant aux amis, c’est ici qu’on s’abonne.

Lapaque vs Reza : vidéo-gag ou crime raciste ?

Sébastien Lapaque.

Je ne suis pas suspecte de sympathie excessive pour Sébastien Lapaque, écrivain et journaliste au Figaro qui, pour des raisons mystérieuses, a décrété un jour que j’étais particulièrement nuisible et s’est mis en tête de le faire savoir à des tas de gens dont la plupart ignoraient mon existence et s’en trouvaient fort bien. Rien de personnel. Dans notre monde enchanté des lettres et du journalisme, on n’a pas besoin de savoir pourquoi on se déteste. D’ailleurs, je ne le déteste pas. Disons que ce garçon talentueux et agité peut surprendre par le caractère excessif de ses emportements. Et du temps où nous nous croisions dans des soirées baroques et arrosées, je me souviens qu’il n’avait pas son pareil pour fabriquer un scandale nocturne ou une querelle de petit matin. Résistant au manque de sommeil et aux excès de tout le reste, Lapaque est tout sauf un bonnet de nuit et, dans une époque qui en produit tant, cela doit être salué. Un jour, il n’y aura plus de Lapaque pour troubler le sommeil des honnêtes travailleurs dans les rues de nos villes la nuit et ce sera bien triste. Pour le reste, un parcours qui passe par l’Action française et De Gaulle, Bernanos et Jean-Pierre Chevènement et bien d’autres lieux où il s’est forgé une singularité.

J’ai donc d’abord bien ri en découvrant que cet amateur de provoc en tout genre était accusé d’être une sorte d’Ahmadinejad à la française – excusez du peu – par Reza, photographe que son origine persane qualifie certainement pour détecter ce genre de choses. Entre nous, si Ahmadinejad vidait de temps en temps quelques verres avec Lapaque, il serait plus amusant. Et moins dangereux.

L’incident ayant été partiellement filmé et abondamment raconté par ses protagonistes et spectateurs, je vous la fais courte. Ça pourrait se passe dans le TGV qui ramène de Saint Malo une troupe de journalistes et littérateurs ayant participé au festival des Etonnants voyageurs qui n’est pas, semble-t-il, un lieu de tempérance et de sobriété. Pour se fader du prêchi-prêcha sur la littérature-monde il n’est pas forcément recommandé d’être à jeun. Les membres du petit groupe attroupés autour de Lapaque dans la voiture-bar ont visiblement été très raisonnables sur l’eau minérale. Personne n’a forcé sur la Vittel. Lapaque fait son show, déclamant le texte d’un tract situ-anonyme accusant le festival d’être à la solde de ses sponsors. Dans son dos, quelqu’un parle de « bande à Pétain ». Le photographe Reza, qui venait peut-être se chercher une Badoit, tombe sur la scène et la filme. Il n’en faut pas plus à Lapaque pour improviser un nouveau numéro, à la Gabin ou à la Blondin, l’histoire tranchera certainement. Il menace Reza de lui casser la gueule et se lance dans une tirade embrouillée sur laquelle les versions divergent. À en croire l’offensé, Lapaque aurait alors des propos racistes, affirmant que la France de Reza n’est pas « pure ». Lapaque nie l’usage de tels termes qui d’ailleurs ne lui ressemblent pas. Seule certitude, il a parlé de « sa France qui est celle de Gaston l’Eléphant et de Jojo Lapin ». D’accord, il y est allé fort : Jojo Lapin et Gaston l’Eléphant, ça sent la rafle à plein nez. Jojo Lapin ! Gaston l’Eléphant ! Si ça ne vous rappelle pas les heures les plus sombres de notre histoire, vous êtes amnésique. Même bourré, on ne rigole pas.

Esprit de sérieux, es-tu là ?

Justement, Reza, ne plaisante pas. Le second degré, c’est pas son truc. Il a vu arriver le fascisme en Iran et il le flaire à trois kilomètres même quand il se dissimule dans les vapeurs d’alcool. « Avec de tels propos, Ahmadinejad est à notre porte », dit-il sans rigoler. Il est même, semble-t-il, en pleurs, lorsqu’il relate la scène. « Ce qui me choque, de la part d’un homme de plume comme Monsieur Lapaque, c’est de retrouver ce racisme latent que je sens depuis trente ans. Même s’il était ivre-mort, c’est inacceptable. » Doit-on comprendre que la France entière est inculpée avec Lapaque-Ahmadinejad ?

Comme il suffit de prononcer le mot « racisme » pour fabriquer un scandale, l’affaire n’en reste pas là. Cette scène d’anthologie fait l’objet d’une bonne vingtaine d’articles. Des propos d’ivrogne sont analysés, commentés, soupesés. Esprit de sérieux, es-tu là ? Bonjour tristesse. En vérité, tout ça fiche un peu la trouille. Lapaque se fend d’une lettre à Reza dans laquelle il fait amende honorable pour son déconnage alcoolisé. Mais face au fascisme, on ne transige pas : Reza annonce son intention de porter plainte !

Il est difficile de croire qu’un type comme Reza, qui a voyagé et connu des fascistes qui n’étaient pas en peau de Jojo Lapin, ait vraiment été impressionné par la logorrhée de Lapaque. Peut-être souffre-t-il d’une sobriété excessive (C’est une blague !!!! Je jure que je suis contre l’alcoolisme), mais il a de la bouteille. Y aurait-il un peu de pose dans l’exhibition de son chagrin ? De notre rencontre il ya une vingtaine d’années (dans les parages d’un voyage en grandes pompes du roi du Maroc et de sa cour dans les provinces contestées du sud), j’avais conservé un souvenir différent.

Soyons justes, Reza a le droit d’avoir ses humeurs. S’installer dans un TGV avec la perspective de deux heures de rêverie et tomber sur une bande de braillards avinés, satisfaits d’eux-mêmes et impolis avec les dames, ça énerve. Mais il y a certainement une fin plus marrante à trouver que du papier bleu et de l’antifascisme standard. Pour finir, j’aimerais lui dire de ne pas s’inquiéter. Moi non plus, je ne connais pas Gaston l’Eléphant. C’est grave ?

Horst Köhler, un Allemand très convenable

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Horst Köhler.
Horst Köhler.

On se souvient de l’adage chevènementiste : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne », largement battu en brèche par le n’importe quoi régissant aujourd’hui nos mœurs politiques. En allemand, cela pourrait se traduire par la formule : « Un président fédéral, ça démissionne après qu’il l’a ouverte. » Précisons tout de suite qu’en République fédérale d’Allemagne, le président, élu par les deux chambres réunies, exerce un rôle essentiellement honorifique et représentatif, le pouvoir effectif étant exercé par le chancelier, qui se trouve être actuellement une chancelière. On désigne généralement pour cette fonction des personnalités en fin de carrière, qui ont su acquérir une popularité et une autorité morale dépassant les frontières de leur famille politique. Ce fut le cas, dans le passé récent, pour le chrétien-démocrate Richard von Weizsäcker et le social-démocrate Johannes Rau. Parfois, les parlementaires allemands eurent la main moins heureuse, par exemple avec Heinrich Lübke, qui fut accusé d’avoir contribué, comme architecte, à la construction du camp d’extermination d’Auschwitz. Il poursuivit, néanmoins, son mandat jusqu’à son terme.

Patriote, pas nationaliste
Horst Köhler, 67 ans, issu d’une famille d’agriculteurs allemands de Bessarabie réfugiée en RFA après la débâcle hitlérienne, et un court passage dans la RDA communiste, est entré en politique par l’économie. Il fut chef de cabinet de plusieurs ministres des finances, avant de devenir le principal négociateur allemand des traités de Maastricht et conseiller du chancelier Kohl dans les grandes négociations internationales. Pour l’avoir vu à l’œuvre dans ces fonctions, je peux assurer que derrière l’exquise courtoisie de cet homme et son sourire avenant se trouvait un défenseur inflexible des intérêts économiques de l’Allemagne, pour qui il n’a pas été facile de lâcher le deutschemark pour l’euro…

Ce conservateur éclairé évitait pourtant toute rodomontade nationaliste excessive, car il avait intégré dans sa pensée économique le poids de l’histoire allemande. Jusqu’à la réunification, la retenue et l’usage modéré de la puissance financière de la RFA relevait d’une nécessité politique : assurer le retour définitif de l’Allemagne dans le cercle des nations civilisées, ce qui nécessite un certain temps après les horreurs du siècle dernier.

En 2003, à son retour de Washington, où il dirigea le FMI, il est proposé par le chancelier Gerhard Schröder pour succéder au social-démocrate Johannes Rau au château de Bellevue, à Berlin, siège de la présidence fédérale. En mai 2009, son mandat de cinq ans est renouvelé à la quasi unanimité. En bonne logique, Horst Köhler aurait dû couler des jours paisibles et studieux dans son palais de Berlin-Charlottenburg jusqu’en 2014. On ne lui connaît en effet aucun vice caché pouvant lui créer des ennuis : bon mari monogame dans le temps et l’espace, bon père de famille, sans enfant adultérin connu, il a toujours mené la vie aisée, mais non ostentatoire, d’un haut fonctionnaire allemand. Et pourtant il sera le premier président fédéral de l’Allemagne d’après guerre à démissionner de ses fonctions. Il a annoncé sa décision le 29 mai, en la motivant par le flot de critiques provoqué par une déclaration à la radio nationale, à la suite de sa visite au contingent allemand en Afghanistan. Voici la teneur de ces propos, jugés scandaleux outre-Rhin : « A mon avis, la société {allemande} dans son ensemble est en train d’accepter progressivement (…) que dans le doute et en cas de nécessité, un engagement militaire peut être nécessaire pour protéger nos intérêts, par exemple la liberté des voies commerciales, ou en empêchant l’instabilité dans des régions entières qui aurait des effets négatifs sur nos échanges, nos emplois et nos revenus. » Ach ! Mein Gott ! Que n’avait-il pas dit là ! Suggérer, avec d’infinies précautions, que les soldats allemands pourraient se voir, par exemple, donner comme mission de garantir la libre circulation des exportations allemandes embarquées sur des navires marchands au large de la Somalie relève, pour certains commentateurs politiques d’outre Rhin, d’une tentative de reconstitution de ligue dissoute, à savoir le mythique Afrikakorps d’Erwin Rommel. En Afghanistan, d’ailleurs, les soldats allemands sont la plupart du temps confinés dans leurs casernes, et n’en sortent que pour donner un appui logistique aux « vrais » combattants, américains, britanniques, français ou canadiens…Aucun gouvernement de Berlin ne pourrait survivre à plus d’une dizaine de soldats de la Bundeswehr tués au feu.

Le poids du passé, un prétexte commode à l’inaction
« Que cela est bel et bon ! », diront quelques Français qui regardent trop souvent Arte : mieux vaut une Bundeswehr de couilles molles qu’une Wehrmacht défilant au pas de l’oie sur les Champs-Elysées. Imparable, mais un peu court. L’abstinence militaire allemande a changé de nature avec l’évolution géopolitique du monde au cours du dernier demi-siècle : d’abord imposée par les puissances victorieuses en 1945, puis intégrée dans la doctrine de tous les dirigeants de la RFA jusqu’en 1989, elle a été décrétée caduque à la fin des années 90 par le ministre vert des Affaires étrangères Joshka Fischer, l’ami francfortois de Cohn-Bendit. L’ancien pacifiste intransigeant qui braillait « Plutôt rouge que mort ! » en 1983, lors de la controverse sur les euromissiles, s’est converti à la realpolitik. Il a compris que le poids du passé était devenu un prétexte bien commode pour l’Allemagne pour se tirer des flûtes quand l’Europe et l’Occident doivent sortir le gros bâton pour se faire respecter, et accessoirement protéger leurs citoyens contre des menées terroristes. Bien commode, la repentance extensible à l’infini des belles âmes gauchistes, qui converge avec les intérêts des marchands cyniques. Laissons les autres faire les marioles avec leurs chars et leurs hélicos dans les contrées lointaines, et arrivons ensuite, bardés de bonne conscience et de bons de commandes pour récupérer la mise commerciale !
Cette hyper-repentance, dont nous ne sommes pas épargnés en France avec le ressassement morbide des crimes de la colonisation masquant les turpitudes actuelles des dirigeants des pays ex-colonisés, est-elle plus ou moins dangereuse et immorale que le déni de mémoire ? Horst Köhler a répondu en claquant la porte, qui pourtant était dorée. Il mérite le respect.

Guère de religion

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L’affaire commence à faire du potin outre-Atlantique : Abby Nurre, une prof de maths de 26 ans, a été licenciée du collège catholique de Fort Dodge (Iowa), où elle enseignait, à cause d’un questionnaire publié sur sa page personnelle Facebook. À la question « Croyez-vous en Dieu ? », elle avait en effet coché la case « non ». Mauvaise pioche apparemment, puisque l’évêque du coin l’a aussitôt suspendue et que son école l’a licenciée dans la foulée pour faute grave. Heureusement pour elle, le tribunal qui vient de juger l’affaire a estimé que ladite faute grave n’était pas prouvée, d’autant plus que la page Facebook d’Abby était accessible à ses seuls amis, et donc pas à ses élèves. On pourra peut-être regretter qu’aux USA, pays jusque-là béni en matière de liberté d’expression, certains prélats catholiques se comportent comme de vulgaires prêcheurs évangélistes. On pourra néanmoins penser qu’il n’était pas très malin pour cette demoiselle de faire un coming out athée alors qu’elle était salariée par le Bon Dieu – dont nul n’ignore qu’Il sait tout et voit tout, y compris donc les pages perso verrouillées sur Facebook.

Gaza : piège en eaux troubles

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Comme d’habitude quand il s’agit du conflit israélo-palestinien, l’émotion semble interdire tout calme examen des faits. Il s’agit donc de tenter de comprendre ce qui s’est passé et surtout de recenser les différents choix qui étaient offerts aux décisionnaires israéliens. Après quoi, ceux qui le souhaitent auront tout loisir pour condamner et faire part de leur profonde indignation.

Il faut partir du blocus israélo-égyptien imposé à Gaza avec le soutien de la Communauté internationale depuis qu’en 2007 le Hamas a pris le contrôle du territoire et refuse avec constance d’accéder aux exigences minimales de la Communauté internationale – reconnaissance d’Israël, renoncement à la lutte armée, acceptation des accords d’Oslo.

Dès lors qu’Israël et l’Emirat de Gaza (c’est ainsi qu’à Ramallah on nomme le gouvernement du Hamas) sont en état de guerre, cette mesure sévère voire draconienne – mais tout de même moins que des bombardements – peut se comprendre. Quant à son utilité et à la capacité d’Israël de l’appliquer dans l’état actuel de son crédit diplomatique international, j’émets des doutes que je réserve pour un autre article.

Israël a donc décidé de bloquer la libre circulation des personnes, capitaux et marchandises vers une entité déclarée hostile et qui ne manque pas une occasion d’en donner des preuves détonantes. Par-dessus le marché, Israël prend la décision de concert avec l’Egypte, sans laquelle un tel blocus serait impossible.

Côté aérien, pas de problème particulier pour le moment. Mais si l’on examine les dimensions terrestre et maritime, c’est un vrai casse-tête. Si Israël parvient à boucler presque hermétiquement sa frontière avec la bande de Gaza, les douze kilomètres de frontière avec l’Egypte sont loin d’être étanches. Entre la misère de la troupe égyptienne – véritable prolétariat militaire -, les tensions avec les tribus bédouines du Sinaï et la culture du bakchich, les capacités du Caire dans ce domaine sont restreintes.

Mais c’est le blocus maritime qui, faute d’obstacle naturel, se révèle le plus compliqué à mettre en œuvre et les « flottilles humanitaires » – terme désormais consacré – savent parfaitement exploiter cette faiblesse. Les marines modernes sont faites pour régler les problèmes de loin, très loin, et l’abordage des navires ennemis a longtemps été réservé aux films d’époque, jusqu’au détournement en 1985 du paquebot Achille Lauro par le FPLP. Puisqu’il est hors de question de couler un navire qui ne vous tire pas dessus à l’artillerie, dans le cas où un vaisseau ignorerait les ordres de la marine imposant le blocus, les options de cette dernière sont limitées : laisser passer, endommager la capacité de manœuvre du vaisseau ou bien l’aborder pour en prendre le contrôle.

Le premier choix a un avantage : zéro risque. Mais l’inconvénient, c’est que l’autre côté gagne doublement la partie : la première fois avec son entrée triomphale dans le port de Gaza, la deuxième lorsqu’il quitte Gaza – avec le risque par exemple d’une exfiltration de Gilad Shalit vers des pays où il sera hors de portée de Tsahal. Il faut ajouter que cette option – « laissons-les passer et ils se lasseront quand les médias s’en désintéresseront » – a été testée sans le moindre effet et que l’Egypte s’y est formellement opposée.

Endommager les navires et les empêcher de manœuvrer (en neutralisant les hélices par exemple), c’était perdre le contrôle de la situation. À la dérive, les vaisseaux auraient pu, au fil des jours, devenir les héros d’un long feuilleton, aggravé de risques supplémentaires, comme l’intervention d’autres navires ou une urgence médicale à bord. La seule option raisonnable était donc l’abordage.

Une fois choisi le modus operandi, il fallait décider de l’heure et de l’endroit de l’intervention. Il fallait commencer l’abordage loin des côtes pour empêcher un scénario d’accostage pendant l’opération. Deuxième contrainte : agir la nuit pour jouer sur l’effet de surprise et bénéficier de l’avantage des appareils de vision nocturne. C’est pourquoi la deadline pour l’intervention se situait environ une heure avant l’aube. La flottille se trouvait à ce moment-là à 70 milles nautique de Gaza, soit à quatre heures de navigation de sa destination. Attendre aurait signifié agir en plein jour et peut-être trop près des côtes.

Restait à définir les règles d’engagement. L’expérience de précédentes flottilles laissait penser que les militants qui se trouvaient à bord étaient plutôt non-violents. Aussi les commandos ont-ils reçu l’ordre de se comporter en CRS plutôt qu’en gendarmes du Raid. C’est peut-être aussi la raison pour laquelle des grenades lacrymogènes n’ont pas été utilisées : s’il s’agissait de déloger du pont quelques manifestants opposant une résistance passive, pourquoi risquer des problèmes respiratoires chez les gens âgés présents à bord ? À trop vouloir rendre proportionnelle l’usage de la force, les militaires israéliens ont été rapidement débordés et se sont retrouvés en danger de mort. Pire encore, profitant de la pagaille, des militants auraient pu s’emparer d’un soldat blessé ou isolé et le prendre en otage en s’enfermant dans une cabine. Dans les autres cinq vaisseaux de la flottille, l’approche « CRS » du problème a montré son efficacité. Il ne faut pas oublier non plus que les hommes de cette même unité ont déjà abordé et pris le contrôle de navires utilisés par des trafiquants d’armes sans causer de pertes. Le problème était donc bien le passage d’un mode CRS/manifestants au mode commando/terroristes.

Pour autant, il n’est pas si facile de parer à ce genre d’éventualité quand le parti d’en face peut, lui, jouer sur les deux tableaux ? Le militant humanitaire pacifiste peut s’armer de couteaux, de haches ou de barres de fer pour redevenir simple activiste de droits de l’homme une fois les armes lâchées. Ceux qui admettent que le Hamas n’a pas complètement raison et qu’Israël n’est pas à 100 % dans son tort feraient bien de réfléchir à cette question.

Euro 2016 : un mois d’apéro géant

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J’aime bien le foot. C’est fluctuant au gré de mes amours, amis et emmerdes, mais à force de bonne volonté, je suis devenue capable d’apprécier un beau but et même un beau match. De plus, je suis assez tricolore et je n’ai pas envie de casser l’ambiance. Mais je vais la casser quand même. On me dira que les Israéliens s’en sont chargés avec le fiasco de la flottille qui a même chassé Roland Garros de la « une » durant 24 heures. En Israël, on devrait adorer le dieu du ballon rond : quelques jours à tenir dans l’opprobre général et on ne parlera plus que de la Coupe du monde.

Causer football dans l’atmosphère survoltée créée par l’échec sanglant de l’armée israélienne peut sembler dérisoire. Mais il est difficile de penser dans toute cette émotion, difficile de ne pas céder à la tentation de l’appartenance face à la réprobation d’Israël, surtout quand elle semble si justifiée. La sémantique est implacable : que dire face aux cadavres de neuf militants humanitaires, qu’ils étaient des combattants de la guerre des images ? Que les Israéliens « ne l’ont pas fait exprès » – ce qui mériterait d’ailleurs d’être rappelé ? À entendre certains commentaires, on pourrait presque penser que Netanyahu, ivre de puissance, avait décidé de tuer pour l’exemple – « pour démontrer leur force et jouir de leur impunité », selon Elias Sanbar.

Faute d’avoir une contribution intéressante ou encourageante à faire à la condamnation planétaire, autant se réfugier dans le dérisoire qui regagnera bientôt ses droits quand un nouveau clou chassera celui-là. En attendant de nouvelles révélations sur le foie de Johnny, le football s’impose. D’ailleurs, le charivari diplomatique n’a pas empêché Nicolas Sarkozy d’ouvrir le dîner du sommet franco-africain, dîner « élargi » à tous ceux qui ne peuvent pas prétendre au titre d’ami (terme désignant un dirigeant susceptible de participer à la vie politique française en finançant ses partis), par un toast à la Coupe du monde. Si le président ose, on ne va pas se gêner.

Patriotisme de fusion et d’effusion
J’ai donc été atterrée par la décision de la FIFA de confier l’organisation de l’Euro 2016 à la France et plus atterrée encore par l’enthousiasme délirant que cette décision a déclenché. À lire certains commentaires, ce serait la plus belle chose qui nous soit arrivée depuis longtemps, excusez du peu. Même Martine Aubry, tout en critiquant l’opération de com présidentielle, y est allée de son petit couplet sentimental et patriotique. « Partager des émotions ensemble et réunir les Français est finalement une bonne identité nationale », a-t-elle déclaré. Bon, j’aime bien le foot mais si c’est la seule chose qui nous rassemble, je vais me sentir un peu exilée dans mon pays. Ce patriotisme de fusion et d’effusion n’est pas le mien.

Tout d’abord, j’ai du mal à considérer que la promesse d’un mois d’apéros géants soit une bonne nouvelle. Les touristes en grappes ont déjà remplacé les promeneurs et les voyageurs dans nos villes, et il faudrait se réjouir à l’idée que celles-ci soient livrées aux supporteurs ? Dans la vraie vie, la fête du sport, ce sera des braillards avinés et éventuellement violents. Du reste, la mobilisation policière annoncée montre que les organisateurs de ces festivités savent à quoi nous devons nous attendre. Ce sera la fête du commerce, peut-être faut-il s’en féliciter, mais il n’y a pas de quoi mobiliser la rhétorique de l’amour, de la fraternité et du lien social.

Sarkozy promet des Jeux ? Qu’au moins il fournisse le pain !
On m’objectera les valeurs du sport. Admettons qu’elles existent dans le sport qu’on pratique avec ses copains ou sa famille, dans son club de Trifouilly les Oies ou dans son équipe de quatorzième division. On les cherche en vain dans le sport de haut niveau, devenu à la fois un spectacle, un business et une guerre et cumulant les défauts des trois catégories. Nicolas Sarkozy qui a cru bon de sacrifier une matinée pour cette affaire a évoqué le fair play : sans doute faisait-il allusion à la façon élégante dont la France s’est qualifiée pour la Coupe du monde. En fait de lien social, on observe surtout l’idolâtrie de joueurs surpayés qui semblent se croire d’une autre étoffe que le commun des mortels quand ils ne sont plus que des people comme les autres. Quant à la fraternité, elle est omniprésente, que l’on songe à ces Français célébrant la victoire algérienne en cassant des vitrines, voire en brûlant un drapeau, à ces supporteurs d’un même club prêts à s’entretuer au sens propre, ou aux invectives qui accueillent toute équipe d’une ville jouant dans le stade d’une autre – conception très singulière des règles de l’hospitalité. Dans la grande famille du football, tous les hommes ne sont pas frères.

La prestation de Nicolas Sarkozy à Genève a donc de quoi taper sur les nerfs. Il est déplaisant que le président compte sur le football pour regagner en popularité et encore plus déplaisant qu’il y parvienne. Ce que cela dit de nous n’est pas très engageant. Si médias et classe politique rivalisent dans cette hystérie collective, c’est dans un seul but, celui de nous plaire. De capter notre vote ou notre temps de cerveau disponible. « Nous pensons, a déclaré Sarkozy, que le sport est une réponse à la crise. » On a peu commenté, sinon pour l’approuver, cette ahurissante formule. On pensait qu’il avait été élu pour faire de la politique. Il nous promet des Jeux ? Qu’au moins, il fournisse le pain ! Et qu’on arrête de se raconter des histoires. Un attroupement de gens qui ne se connaissent pas n’est pas un apéro entre copains. Et une foule ne fait pas un peuple. Même quand elle gagne.

Onfray délire

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Divan
L'objet du délit : le divan de Freud.
Divan
L'objet du délit : le divan de Freud.

Avant même sa sortie, le livre de Michel Onfray, Crépuscule d’une idole, a fait la une des journaux qu’il faut lire. Libération : « Onfray tue le père Freud » ; Le Point : « Onfray déboulonne Freud » ; Le Nouvel Observateur : « Onfray dénonce le complot Œdipe »…

À l’instar de Nietzsche, qui se décrit, dans Le Crépuscule des idoles, comme l’« attrapeur de rats qui arrive à faire parler ce qui voudrait rester muet… », Onfray prétend révéler au monde entier ce que les psychanalystes garderaient secret, à savoir la névrose de Freud, son antisémitisme, ses perversions en tout genre, son appétence pour l’argent, l’inefficacité de sa méthode thérapeutique, etc.

En bref et en résumé, la psychanalyse serait une entreprise juteuse, montée par un escroc qui aurait trouvé là le moyen de satisfaire ses perversions tout en s’en mettant plein les poches…

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Plus accablant que la bêtise des propos d’Onfray, la riposte des psychanalystes

Rien de très nouveau sous le soleil, et cette déclaration de guerre n’arrive pas à la cheville de celle que Nietzsche, avec sa philosophie au marteau, fit en son temps aux « idoles éternelles ». Cela étant dit, le plus accablant dans cette affaire, c’est moins la banale bêtise des propos d’Onfray que les réactions des psychanalystes eux-mêmes. « La psychanalyse ne guérit pas, elle sauve » (Philippe Grimbert) ; « Onfray nous insulte » (Serge Hefez) ; « Un canevas délirant » (J. A. Miller) ; « Onfray réhabilite un discours d’extrême droite » (E. Roudinesco) : j’en passe, et des meilleures sans doute.

Je rappellerai juste au passage à Jacques-Alain Miller que tout délire comporte une part de vérité historique. Et que ce n’est sûrement pas en disant à un patient qu’il délire qu’on l’aidera à aller mieux (B-A BA, niveau première année de psycho). Quant à Élisabeth Roudinesco, faut-il lui indiquer que la projection (en cette occurrence, attribuer à Onfray des idées d’extrême droite parce qu’Onfray attribue ces mêmes idées à Freud) est le mécanisme de défense favori des paranoïaques et qu’à tomber dans le panneau, on ne peut qu’y perdre des plumes. Qui veut trop prouver s’égare !

Alors quoi, vous Messieurs, Mesdames les psychanalystes, vous n’avez rien de mieux à faire qu’à vous évanouir, vous alarmer, sonner le tocsin et jouer les vierges effarouchées qui pétitionnent en boucle parce qu’« on n’a pas le droit de dire des choses comme ça ! » ! Franchement, vous n’avez pas mieux à faire ? Pas de colloque en vue, pas de séminaire de travail, pas de texte à écrire, pas de patients ? Votre temps si précieux, qui chez certains justifie des séances au chrono, vous le perdez dans les méandres des discussions de comptoir ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Si Onfray a tout lu, tout vu, tout bu, il n’a bien évidemment rien compris. Mais est-ce vraiment si grave ? Le livre n’était même pas sorti que, déjà, vous lui faisiez la meilleure des publicités. Résistants de la première heure, vous brandissiez l’étendard de ceux qui, sûrs de leur bon droit, se lancent à corps perdu dans une guerre déshonorante. Vous résistez ? J’en suis fort aise… Eh bien, révisez vos classiques, maintenant !

Je vous renvoie aux pages 375 à 377 des Écrits de Jacques Lacan. L’humeur obsidionale dont vous vous parez pourrait porter ses fruits si seulement vous la mettiez à l’école de la lutte réelle. Vous apprendriez alors que « la réponse la plus efficace à une défense n’est pas d’y porter l’épreuve de force. »

À ignorer cela, vous offrez, comme le dit Lacan, le spectacle de gens « qui n’étaient appelés à leur profession par rien d’autre que d’être en posture d’y avoir toujours le dernier mot, et qui, pour y rencontrer un peu plus de difficulté que dans d’autres activités libérales, montrent la figure ridicule de Purgons obsédés par la “défense” de quiconque ne comprend pas ce pourquoi sa fille est muette ».

Suivez les conseils de Lacan et relisez Clausewitz !

Vos réponses du tac au tac où vous vous disputez la vérité participent d’un même dessein, d’un même mensonge, d’un même aveuglement. La guerre n’est-elle pas qu’un prolongement des moyens de la politique ? Un peu plus de stratégie, un peu plus de technique, un peu plus de courage : suivez les conseils de Lacan et relisez Clausewitz !

Qui se souvient des Féeries anatomiques de Michel Onfray ? Moi, je l’ai lu, tout au moins le début. L’on y apprend que sa femme a eu un cancer du sein. Il a beaucoup souffert ! Pauvre homme ! Mais il a su adopter la bonne attitude. Chapeau l’artiste ! Quel courage ! Quelle belle preuve d’amour que de publier sa souffrance pour l’autre !

Adèle Blanc-Sec pour adulte ; responsable mais pas coupable de l’accident de sa sœur, elle gagne sa bonne conscience en ressuscitant des pharaons et en gagnant au passage argent et notoriété !

Mais une grande âme comme Onfray ne pouvait pas réserver sa compassion à sa seule épouse, surtout après que celle-ci a guéri. Sa mission libératrice vaut pour l’ensemble de l’humanité – lectrice de préférence. Après s’en être pris aux cancers de la religion et de la réaction, le voici qui arrache à mains nues la tumeur du freudisme, libérant pour la modique somme de 22 euros des centaines de milliers de patients otages de l’obscurantisme psychanalytique.

Depuis toujours, la psychanalyse a été critiquée, malmenée, science juive, aujourd’hui antisémite, et demain ? Homophobe, raciste, que sais-je encore ? Du sublime au ridicule, il semblerait que le pas ait été franchi.

Éternel retour du même ! Incipit tragedia.[/access]

On aura tout bu !

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Jojo lapin et Gaston l’éléphant
Mais qui sont ces mystérieux Jojo lapin et Gaston l’éléphant ?
Jojo lapin et Gaston l’éléphant
Mais qui sont les mystérieux Jojo lapin et Gaston l’éléphant ?

C’est Hunter S. Thompson qu’on assassine : vous savez, ce fou américain qu’on enseigne aujourd’hui dans les meilleures écoles de journalisme, l’inventeur du gonzo et notamment l’immortel auteur de Las Vegas Parano. C’est ce type d’humain, encore vivant de l’autre côté de la tombe, que les morts qui nous servent de contemporains visent à travers la polémique opposant Reza et Sébastien Lapaque.

Le photographe iranien universellement célébré s’émeut en effet jusqu’à vouloir porter plainte que Sébastien Lapaque, romancier et critique littéraire au Figaro, l’ait « agressé verbalement ».

La scène comique se passe dans le TGV des auteurs, Saint-Malo-Paris, au retour du Festival Etonnants Voyageurs. Un Lapaque profondément alcoolisé lisant d’une voix mi-malrucienne, mi-bébertienne des Halles du milieu de la nuit un trac post-situ dénonçant l’embourgeoisement du Festival est filmé de près par un Réza sans doute intrigué par la scène. Tout d’un coup, Lapaque entend, ou croit entendre, une voix susurrant : « c’est la bande à Pétain ». (Nous prévenons le lecteur déjà privé de tout qu’à partir de ce moment la scène n’étant plus filmée, il sera en sus privé d’images).

Dans le sang lapaquien, l’alcool ne fait qu’un tour : quoi ! lui, le bernanosien, lui le gaulliste, on le traite de fils à Pétain ! Le voilà qui s’emporte, défend son amour de la France à l’aide de n’importe quoi – en l’occurrence Jojo Lapin et Gaston l’éléphant, étonnants personnages dont les aventures, aux dires d’Olivier Maulin, romancier proche de Lapaque et spectateur de la scène, avaient alimenté leurs discussions des trois derniers jours. Par-dessus le marché, Lapaque embraye à l’évidence à partir d’une phrase du Péguy de Notre jeunesse – qu’il cite dans un papier paru concomitamment dans le Figaro – sur la pureté du passé français : « Et plus nous avons de passé, plus nous avons de mémoire, plus ainsi (comme vous le dites) nous avons de responsabilités, plus ainsi aussi ici nous devons la défendre ainsi. Plus nous avons de passé derrière nous, plus (justement) il nous faut le défendre ainsi, le garder pur. »

Sébastien Lapaque est truffé de défauts, notoires quand il a bu, c’est-à-dire plutôt souvent. Entre la rue de Seine et la rue de Bucy où il a presque entièrement perdu sa jeunesse, nul n’ignore ses éructations, ses insultes, ses mépris d’ivrogne bientôt rattrapés et effacés par des accolades humides. Il agace, on a envie de le cogner et puis on découvre un petit garçon dont le trop-plein d’énergie ne témoigne que de la recherche d’une vie plus intense qu’il n’a pas vraiment trouvée.

Réza ne pouvait pas le savoir, évidemment. Il aurait pu rentrer dans le lard de Lapaque et l’altercation eut vite fini. Mais non, il paraît qu’il veut porter plainte. Pour racisme, peut-être ? A trop sensibiliser les populations à l’horreur, on les formate pour qu’elles le dénichent où même elle n’est pas. Lapaque est tout sauf raciste.

Je suis de ceux dont il fut l’un des capitaines, quand nous avions vingt ans. De ceux à qui il a fait aimer et connaître Bernanos, Orwell et Debord, vaccinant à vie nos consciences contre les totalitarismes.

M. Réza non seulement prend la tirade de Lapaque pour une attaque raciste, ce qu’à l’évidence elle n’est pas – sauf à mettre Péguy en enfer – mais en sus aligne les contresens : Lapaque représentant d’une « droite religieuse » ? Ce terme a sans doute cours en Iran et aux Etats-Unis, il ne désigne rien ni personne en France. Le fascisme et Bernanos ? Qu’il ouvre seulement les Grands cimetières sous la lune.

Porter plainte contre des propos d’ivrogne ? On aura tout vu.

La prochaine fois, que M. Réza n’hésite pas à faire rouler Lapaque dans le caniveau. Ils s’en porteront mieux tous les deux, et l’antifascisme, qu’il lutte contre le brun ou le vert, aussi.

Défense de rire

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Il est de bon ton de regretter que la culture française hexagonale rayonne assez peu au Québec (et vice versa, d’ailleurs, hormis quelques comédies musicales au sirop d’érable). Et bien les choses sont peut-être en train de s’améliorer. Ainsi, quand le plus grand quotidien francophone du pays, le Journal de Montréal, s’inquiète et s’amuse des ambitions politiques de plus en plus affirmées d’Antoine Dionne-Charest, 21 ans, et fils de l’actuel Premier Ministre de la Belle Province, il n’hésite pas à titrer: Charest comme Sarkozy ?

Anticonstitution…

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J’adore Nicolas Sarkozy. Si j’avais la taille mannequin – je ne l’ai jamais eue – et que je pouvais gratter une guitare sans savoir chanter, je le demanderais en mariage. Il a, pour nous autres Allemandes, tous les attributs du french lover. Petit, sec, racé, plutôt beau gosse, propre sur lui, doté d’une gouaille suffisamment vulgos pour attirer à lui la ménagère de moins de cinquante ans et la mégère dont le ticket n’est plus valable au-delà de cette limite, Nicolas Sarkozy m’épate. Il a le truc qui faut, le wizz, le buzz, le crac-boum-hue. Et si ce n’était que ça, Angela Merkel ne serait pas passée à côté. C’est qu’il a aussi des idées ! Et des idées comme on ne fait plus. Ou qu’on n’a peut-être jamais eues. Par exemple, tenez : il y a des déficits, Nicolas Sarkozy veut les rendre anticonstitutionnels. C’est génial, prodigieux, la dernière nouveauté de la pensée magique. S’il n’était pas occupé par d’autres sinécures, l’homme pourrait facilement devenir chef de rayon au Bon Marché.

Mais Nicolas – je l’appelle Nicolas, car mon degré d’intimité est suffisamment élevé ; je ne sais pas pour lui – ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Rendre le déficit d’un Etat anticonstitutionnel est une bonne voie, mais c’est un peu trop fastoche. Pour tout dire, ça ressemble un peu trop aux papiers que je griffonne en début d’année et qui me tiennent lieu de résolutions : ne plus prendre de dessert, ne plus en reprendre deux fois, ne pas froisser Willy sur ses problèmes de virilité (un type de plus de 60 ans ne mérite pas de se faire insulter chaque fois qu’on est au radada). Le problème avec ce genre de papiers, c’est comme avec la Constitution : on finit par les oublier quelque part. On les retrouve un jour, alors qu’on y est venu chercher autre chose, dans la poche du slip Kangourou d’un quelconque Jean-Louis Debré ou dans un autre endroit où je n’aventurerais pas mes doigts.

Cela étant, Mamour – je l’appelle Mamour parce qu’il n’y a pas de raison, moi aussi je n’y connais rien à la musique – a raison de vouloir déconstitutionnaliser les déficits. Et, si bien parti, il devrait se prendre à déconstitutionnaliser bien d’autres choses :

1- Il faut déconstitutionnaliser la connerie. Elle est, depuis Descartes, la chose la mieux partagée au monde, surtout en France, et les cons nous cernent. La chose nous concerne tant qu’elle devrait être inscrite comme une première urgence. Cela obligerait certainement une soixantaine de millions de Français à jouer les boat people jusqu’à la Corse.

2- Interdire dans la Constitution le racisme et l’antisémitisme serait, même si cela me semble être déjà fait, une autre priorité présidentielle. Il y en a ras-le-bol des nègres qui traitent les youpins de juifs et des feujs qui traitent les bougnoules de blacks. Faut un peu moins de discrimination, un peu plus de distinction, et moins de daltonisme ! On n’est pas des niakwés quand même !

3- Interdire les mecs qui n’aiment pas les grosses dans la Constitution ne serait pas la moindre des mesures. Je ne parle pas pour moi, même si j’ai un peu pris ces temps-ci autour des hanches. De toute façon je vous emmerde, y en a qui aiment ça.

4- Sucrer de la Constitution les pédophiles. Et les enfants, trop excitants.

5- Sucrer le sucre. Ça fait grossir. Et puis, il y a l’aspartame. C’est pas pareil, mais bon…

6- Interdire constitutionnellement la parution hebdomadaire du magazine Elle. Je l’achète chaque semaine et, franchement, tous ces boudins qui posent en se la jouant glamour, ça ne me remonte pas le moral.

7- Bannir l’homophobie. Tous les pédés ne sont pas des enculés.

8- Retourner à Syracuse et inscrire ça dans la Loi fondamentale. On y a passé notre voyages de noces avec Willy, on était jeunes et c’était bien. Surtout le petit-déjeuner continental, on pouvait se resservir plusieurs fois.

9- Interdire constitutionnellement le port de la moustache. Au début, ça chatouille. Après, ça grattouille. Au final, ça n’est pas si désagréable, mais quand même.

10- Obliger Nicolas Sarkozy à tomber amoureux de moi. Et Brad Pitt. Et je n’en voudrai pas.

11- Déclarer inconstitutionnelle la Constitution. Parce que le slip kangourou du président du Conseil constitutionnel, quand t’en as vu un, tu les as tous vus. Même lorsqu’ils sont remontés jusqu’aux épaules. Les slips kangourous, pas les présidents du Conseil constitutionnel.

Promo de printemps

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Figurez-vous que pendant que d’aucuns bienheureux lecteurs jardinent, cuisinent, butinent ou shoppinent, les vaillants forçats de l’équipe rédactionnelle mettent la dernière main au numéro 24 de Causeur. Numéro que recevront, bien sûr, les déjà abonnés, mais aussi ceux qui s’abonneront ce week-end, disons avant lundi 20 heures. Après, ils devront s’en passer et ronger leurs sangs jusqu’au numéro 25, ce que nous ne souhaiterions pas au pire de nos ennemis. Quant aux amis, c’est ici qu’on s’abonne.

Lapaque vs Reza : vidéo-gag ou crime raciste ?

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Sébastien Lapaque.
Sébastien Lapaque.

Je ne suis pas suspecte de sympathie excessive pour Sébastien Lapaque, écrivain et journaliste au Figaro qui, pour des raisons mystérieuses, a décrété un jour que j’étais particulièrement nuisible et s’est mis en tête de le faire savoir à des tas de gens dont la plupart ignoraient mon existence et s’en trouvaient fort bien. Rien de personnel. Dans notre monde enchanté des lettres et du journalisme, on n’a pas besoin de savoir pourquoi on se déteste. D’ailleurs, je ne le déteste pas. Disons que ce garçon talentueux et agité peut surprendre par le caractère excessif de ses emportements. Et du temps où nous nous croisions dans des soirées baroques et arrosées, je me souviens qu’il n’avait pas son pareil pour fabriquer un scandale nocturne ou une querelle de petit matin. Résistant au manque de sommeil et aux excès de tout le reste, Lapaque est tout sauf un bonnet de nuit et, dans une époque qui en produit tant, cela doit être salué. Un jour, il n’y aura plus de Lapaque pour troubler le sommeil des honnêtes travailleurs dans les rues de nos villes la nuit et ce sera bien triste. Pour le reste, un parcours qui passe par l’Action française et De Gaulle, Bernanos et Jean-Pierre Chevènement et bien d’autres lieux où il s’est forgé une singularité.

J’ai donc d’abord bien ri en découvrant que cet amateur de provoc en tout genre était accusé d’être une sorte d’Ahmadinejad à la française – excusez du peu – par Reza, photographe que son origine persane qualifie certainement pour détecter ce genre de choses. Entre nous, si Ahmadinejad vidait de temps en temps quelques verres avec Lapaque, il serait plus amusant. Et moins dangereux.

L’incident ayant été partiellement filmé et abondamment raconté par ses protagonistes et spectateurs, je vous la fais courte. Ça pourrait se passe dans le TGV qui ramène de Saint Malo une troupe de journalistes et littérateurs ayant participé au festival des Etonnants voyageurs qui n’est pas, semble-t-il, un lieu de tempérance et de sobriété. Pour se fader du prêchi-prêcha sur la littérature-monde il n’est pas forcément recommandé d’être à jeun. Les membres du petit groupe attroupés autour de Lapaque dans la voiture-bar ont visiblement été très raisonnables sur l’eau minérale. Personne n’a forcé sur la Vittel. Lapaque fait son show, déclamant le texte d’un tract situ-anonyme accusant le festival d’être à la solde de ses sponsors. Dans son dos, quelqu’un parle de « bande à Pétain ». Le photographe Reza, qui venait peut-être se chercher une Badoit, tombe sur la scène et la filme. Il n’en faut pas plus à Lapaque pour improviser un nouveau numéro, à la Gabin ou à la Blondin, l’histoire tranchera certainement. Il menace Reza de lui casser la gueule et se lance dans une tirade embrouillée sur laquelle les versions divergent. À en croire l’offensé, Lapaque aurait alors des propos racistes, affirmant que la France de Reza n’est pas « pure ». Lapaque nie l’usage de tels termes qui d’ailleurs ne lui ressemblent pas. Seule certitude, il a parlé de « sa France qui est celle de Gaston l’Eléphant et de Jojo Lapin ». D’accord, il y est allé fort : Jojo Lapin et Gaston l’Eléphant, ça sent la rafle à plein nez. Jojo Lapin ! Gaston l’Eléphant ! Si ça ne vous rappelle pas les heures les plus sombres de notre histoire, vous êtes amnésique. Même bourré, on ne rigole pas.

Esprit de sérieux, es-tu là ?

Justement, Reza, ne plaisante pas. Le second degré, c’est pas son truc. Il a vu arriver le fascisme en Iran et il le flaire à trois kilomètres même quand il se dissimule dans les vapeurs d’alcool. « Avec de tels propos, Ahmadinejad est à notre porte », dit-il sans rigoler. Il est même, semble-t-il, en pleurs, lorsqu’il relate la scène. « Ce qui me choque, de la part d’un homme de plume comme Monsieur Lapaque, c’est de retrouver ce racisme latent que je sens depuis trente ans. Même s’il était ivre-mort, c’est inacceptable. » Doit-on comprendre que la France entière est inculpée avec Lapaque-Ahmadinejad ?

Comme il suffit de prononcer le mot « racisme » pour fabriquer un scandale, l’affaire n’en reste pas là. Cette scène d’anthologie fait l’objet d’une bonne vingtaine d’articles. Des propos d’ivrogne sont analysés, commentés, soupesés. Esprit de sérieux, es-tu là ? Bonjour tristesse. En vérité, tout ça fiche un peu la trouille. Lapaque se fend d’une lettre à Reza dans laquelle il fait amende honorable pour son déconnage alcoolisé. Mais face au fascisme, on ne transige pas : Reza annonce son intention de porter plainte !

Il est difficile de croire qu’un type comme Reza, qui a voyagé et connu des fascistes qui n’étaient pas en peau de Jojo Lapin, ait vraiment été impressionné par la logorrhée de Lapaque. Peut-être souffre-t-il d’une sobriété excessive (C’est une blague !!!! Je jure que je suis contre l’alcoolisme), mais il a de la bouteille. Y aurait-il un peu de pose dans l’exhibition de son chagrin ? De notre rencontre il ya une vingtaine d’années (dans les parages d’un voyage en grandes pompes du roi du Maroc et de sa cour dans les provinces contestées du sud), j’avais conservé un souvenir différent.

Soyons justes, Reza a le droit d’avoir ses humeurs. S’installer dans un TGV avec la perspective de deux heures de rêverie et tomber sur une bande de braillards avinés, satisfaits d’eux-mêmes et impolis avec les dames, ça énerve. Mais il y a certainement une fin plus marrante à trouver que du papier bleu et de l’antifascisme standard. Pour finir, j’aimerais lui dire de ne pas s’inquiéter. Moi non plus, je ne connais pas Gaston l’Eléphant. C’est grave ?