Invité ce matin sur les ondes de France Bleu Hérault, Georges Frèche a commis, une nouvelle fois, un dérapage des plus douteux. Qu’on en juge : le président de Languedoc-Roussillon a déclaré : « Martine Aubry, c’est une jivaro. Elle coupe les têtes, elle les réduit. » Cette allusion à peine voilée aux origines amérindiennes de l’actuelle première secrétaire du Parti socialiste n’a pas encore suscité de réaction rue de Solférino. Si elle réfléchit encore aux suites judiciaires à donner à cette injure amérindienophobe caractérisée, Pocahontas Delors devrait, toutefois, sortir assez vite de sa réserve.
Causeur à l’Index ?

Chef d’inculpation : rien à signaler. Ça, chef, c’est suspect. Même Staline ne l’avait pas inventé. Dans le rapport de police rédigé par le MRAP et intitulé « Internet, enjeu de la lutte contre le racisme », Causeur figure à la rubrique « À droite de la droite » et a le droit à une sous-rubrique pour lui tout seul (ce qui permet de le repérer dans la table des matières). Seulement, ils sont un peu vexants, les copains. Tout ce qu’ils ont trouvé à dire, c’est ça : « Le contenu de ce site n’appelle pas d’observations. Sa ligne éditoriale est très à droite, proche des thèses néo-conservatrices. » Un peu court, jeunes gens – seule la jeunesse peut excuser les individus qui ont pondu cet annuaire des nouveaux ennemis du peuple. Chef d’œuvre de bêtise bureaucratique, ce listing Clearstream du pauvre qui figurera dans les annales de la dénonciation.
Que nos sympathiques défenseurs de la démocratie n’aient pas compris tout ce qu’ils lisaient sur Causeur, il serait malséant de le leur reprocher. Que rien, dans leur propre expérience, ne les ait préparés à comprendre le joyeux foutoir que l’on nomme pluralité et qui est le charme de notre chaudron de sorcière, on ne peut que s’en désoler pour eux. Accessoirement, nous avons bien rigolé en les imaginant, se grattant la tête pour savoir à quelle catégorie nous assigner, puis jetant l’éponge et décidant d’en créer une, fourre-tout, pour les enquiquineurs à qui on ne pouvait pas accrocher un grelot antisémite ou raciste. C’est vrai, quoi, qui sont ces gens capables de polémiquer ouvertement entre eux sans s’excommunier ? D’émettre les avis les plus contradictoires sur des sujets aussi secondaires que le Proche Orient, l’économie de marché, le féminisme ou l’identité nationale ? Le plus agaçant, c’est que, du coup, on ne sait pas s’ils sont de droite ou de gauche. Il paraîtrait même que certains, parmi eux, votent Sarkozy et d’autres Mélenchon. Dites-moi, chef, c’est quoi ce bordel ?
Il est vrai que les objectifs du MRAP sont eux-mêmes plutôt fumeux à en juger par le patchwork d’appels qui s’affiche sur la page d’accueil de son site : la lutte contre le racisme qui est sa raison sociale officielle passe donc par le boycott des produits de l’oppression (israéliens, vous avez compris), la régularisation globale et immédiate de tous les sans-papiers et l’adhésion à toutes les bonnes causes du moment. Il n’y manque que l’ours blanc supposé nous arracher des larmes qu’on voyait sur toutes les « unes » pendant le sommet de Copenhague. C’est pas antiraciste, l’écologie ?
Certes, la confusion mentale n’est pas un crime. Allez, aidons un peu le MRAP. Il y a bien un point commun entre les contributeurs de Causeurs qui doivent représenter à peu près toute l’offre électorale, y compris ceux qui ne votent pas, d’ailleurs. Nous pensons avoir tous lu Philippe Muray avant de nous être rencontrés et nous détestons rigoureusement les maccarthysmes de gauche, de droite, du centre qui s’exercent aujourd’hui dans les milieux les plus divers et les plus inattendus, comme par exemple chez les auteurs de polars, les éditorialistes économiques (professions qui se ressemblent par ailleurs par les temps qui courent) et les professionnels de l’antiracisme.
Avec ça, les amateurs de classification ne sont guère avancés. Le MRAP a donc fait le boulot. Avec 5-yearslater, Amiral Woland, la Droite strasbourgeoise, Europe maxima, Polemia, Causeur est donc à droite de la droite (ce qui si on n’y prend pas garde, va finir par nous ramener à gauche – le MRAP qui utilise les méthodes les plus classiques de l’extrême droite pour répandre les bons sentiments de gauche connaît le chemin). Amusant.
On ne vous cachera pas, cependant, qu’on est un peu vexés par le laconisme de notre notice : comment ça, le contenu « n’appelle pas d’observations » ? Rien ? Pas un seul texte qui vous ait fait vous étrangler d’indignation ? Là, franchement, c’est désobligeant.
Pour comprendre tout le sel de l’affaire, il faut lire l’avertissement rédigé par les avocats de l’association :
« Il est très important de préciser en préambule et tout au cours de cette étude, que la méthode de travail retenue, de recherche de sites ouvertement racistes et de recensement des connexions et liens à partir de et vers ces sites a conduit à identifier aussi des sites contre lesquelles aucune accusation de racisme ne peut être lancée. Lorsque le MRAP estime qu’un site enfreint la loi française, il le dit explicitement. Les sites pour lesquels il ne le dit pas ne sont pas qualifiés de racistes par le MRAP. »
Nous ne sommes donc pas accusés mais identifiés. Comme quoi, on ne sait pas très bien. Remarquez, on est flattés d’être identifiés, c’est quand même mieux que d’être noyés dans la masse des gens à qui on n’a rien à reprocher, sinon d’exister. C’est à ce genre de petites précisions juridico-méthodologiques qu’on reconnaît la rigueur. Au MRAP, on doit connaître le fameux modèle mathématique des poignées de main. Vous savez, on n’est jamais, sur Terre, à plus de cinq poignées de mains de quelqu’un. Prenons un exemple simple, plus simple en tout cas que la classification taxinomique de ce rapport qui établit des distinguos talmudiques entre les chapelles de l’infâme (racistes, racialistes, ethnodifférentialistes) mais n’hésite pas à amalgamer, par exemple, fascistes et royalistes, ce qui va ne faire plaisir ni aux uns ni aux autres, qui ne furent jamais du même côté de la barricade ou de l’autel.
Mais comment expliquer à nos Sylla électroniques de sous-préfectures numériques que les gens qui aiment célébrer le solstice d’été en dansant tout nus autour d’un menhir n’ont absolument rien de commun avec ceux qui se mortifient après avoir raté leur commando anti-avortement, n’ayant pu attacher leurs menottes aux radiateurs avant l’arrivée des forces de l’ordre. Si on les jetait dans un cirque façon gladiateurs dans la Rome antique, ils préfèreraient encore s’entrelarder le croupion plutôt que de faire face ensemble aux fauves.
Enfin… Mais revenons à notre exemple des cinq poignées de mains. Imaginons qu’il y ait un communiste à Causeur, imaginons que ce communiste lors d’une joyeuse réunion de rédaction serre la main à un atlantiste qui lui même aurait serré la main d’Alexandre Adler, qui lui même a serré la main de George W. Bush. Eh bien, voilà notre communiste devenu un proche de l’ancien président américain. Ses camarades, s’ils suivent la logique mrapienne, n’auront rien à lui reprocher, mais seront bien obligés de signaler qu’il est l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu Bush. Il fut un temps où on se retrouvait agent de l’impérialisme pour moins que ça. On ne sait jamais, avec les ennemis du peuple. Ils sont partout.
En l’espèce, pour bien comprendre l’imparable démonstration du MRAP, il suffit de remplacer les poignées de mains par des clics, comme on dit.
Et nous, de réprimer l’envie de donner des claques.
Un pirate peut en cacher un autre
La revue Politis, qui se présente comme un « hebdomadaire d’actualité indépendant et engagé » nous régale dans son édition de cette semaine d’un article hallucinant sur les effets prétendument bénéfiques de la piraterie sur le biotope marin. Sous la plume de Jean-Sébastien Mora ce papier titré « La mer peut remercier les pirates » relaie un certain nombre d’arguments écolo-béats-bobos, parfaitement irresponsables, visant à retourner les valeurs en suggérant que les méchants ne seraient pas du côté des pirates, mais des capitalistes qui arment et exploitent les navires qui sont détournés. Le journaliste met le paquet : « La piraterie en Somalie produit certains effets bénéfiques inattendus, comme la protection du biotope marin contre son exploitation intensive par les pêcheries européennes. » Non, les pirates ne sont pas des délinquants cupides. Ce sont des hommes « révoltés » contre la surexploitation des ressources halieutiques par les navires occidentaux : « Beaucoup de pirates somaliens déclarent être d’anciens pêcheurs engagés dans la lutte contre les pratiques destructrices des navires occidentaux et asiatiques. » Les plus infâmes des « pirates » ne sont donc plus du côté des pilleurs de navires (qui rançonnent et n’hésitent pas à tuer…), mais du côté des « pilleurs d’océan » qui s’approprient la ressource naturelle pour le compte de l’Occident. Merci pour cet époustouflant numéro de claquettes dialectique comme seule la presse « indépendante et engagée » – à l’extrême gauche – sait nous en offrir.
Ni steak ni soumis !

Pour un carême, ça commence bien. On s’était promis de faire maigre et de tenir quarante jours durant. Voilà que l’actualité nous sert une pleine platée de carne.
La semaine dernière, le maire socialiste de Roubaix, René Vandierendonck, faisait une drôle de découverte : le restaurant Quick de sa ville ne sert plus que des hamburgers halal à ses clients et le scandale dure depuis trois mois déjà. Aussitôt, l’élu hurle à la discrimination et envoie son avocat porter plainte contre Quick.
Du coup, le pays tout entier s’est pris d’une irrésistible envie d’aller manger au Quick halal de Roubaix un hamburger pas halal. Les uns pour défendre la laïcité : « Préservons notre droit de manger du cochon le Vendredi-Saint ! » D’autres pour défendre les traditions multiséculaires de la France éternelle : « Défendons les valeurs du terroir qu’incarne le hamburger strong bacon. » Certains enfin, parce que l’islamisme ne passera pas : « J’étais au Quick de Roubaix et Ben Laden était planqué dans les chiottes. » Le salafisme s’attrape par la viande halal aussi sûrement que le cancer se transmet par une poignée de main.
Laïcité, islamisation, discrimination : lorsque les grands mots sont sortis à mauvais escient, ils deviennent des gros mots. L’islam n’est pas l’affaire de Quick. Quick fait des affaires avec l’islam.
Si, aujourd’hui, au nom de la lutte contre les « discriminations », le maire de Roubaix porte plainte contre un restaurant halal, pourquoi ne le ferait-il pas, demain, contre un restaurant casher ? Il n’aurait, en effet, aucune raison de s’arrêter en si bon chemin.
L’autre jour, je vais dîner au restaurant casher Les Ailes, rue Richer, dans le 9e. Le mal du pays sans doute, je commande au garçon un jarret de porc. Il n’a pas voulu me servir. Furieux, je sors et je prends place, rue Hénard, dans le 12e, à l’excellent restaurant indien Jodhpur : c’est à peine s’ils m’ont mis dehors quand j’ai commandé un faux-filet saignant. En désespoir de cause, j’ai essayé de trouver un restaurant végétarien digne de ce nom, histoire de manger un tartare bien épicé. J’ai fini, chez moi, devant un bol de soupe.
Les interdits et les prescriptions alimentaires n’appartiennent pas à la sphère publique : elles relèvent de la sphère privée. Sauf pour les cannibales, auxquels la civilisation interdit d’assouvir leurs penchants culinaires – encore une « discrimination » ! Pourquoi, au nom de la laïcité, voudrait-on forcer un catholique pratiquant à manger de la viande un vendredi de Carême, un musulman à avaler du boudin et un juif à faire braiser chaque sabbat un filet mignon de porc ? Seraient-ils plus français, mieux intégrés à la communauté nationale, s’ils le faisaient ? Bien sûr que non. Le rapport que nous entretenons avec l’alimentation – et, plus généralement, avec ce que Jankélévitch plaçait sous les catégories du pur et de l’impur – est certainement ce que nous avons de plus intime. De plus intime, sinon de plus essentiel.
On est toujours gêné aux entournures lorsque l’une ou l’autre instance officielle (ministère et organismes de la Santé) édicte des prescriptions alimentaires. Même si elles sont hygiéniquement fondées (« tu t’es vu quand t’as bu », « cinq fruits et légumes par jour », « quand il fait chaud, mangez gras »), elles semblent empiéter sur notre libre détermination. Kant résumait parfaitement ce sentiment dans Qu’est-ce que les Lumières ? : « Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. » Les exemples choisis par le Chinois de Königsberg ne sont pas pris au hasard : entendement, conscience et alimentation sont ici placés sur un pied d’égalité, car, en fin de compte, c’est de l’autonomie du sujet qu’il est question.
Cette autonomie, elle trouve sa source dans le christianisme, qui opère ici un véritable renversement anthropologique : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche d’un homme qui le rend impur. Mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui le rend impur[1. Matthieu, 15.]. »
Lorsqu’elles sont religieuses, c’est-à-dire culturelles, les prescriptions ne sont pas extérieures au sujet. Il les a intégrées dans son identité-même. Elles sont devenues, pour lui, des obligations. Faire manger du porc à un juif ou à un musulman observant, ce n’est pas lui faire simplement injure, c’est nier sa propre individualité.
En venir à parler de Kant dans un Quick, ça fait un peu tâche. Revenons à nos moutons – avant de les égorger dans la baignoire. Dans l’affaire roubaisienne, ce n’est ni la religion ni les prescriptions alimentaires qui sont en jeu. C’est de fric, de pognon, de grisbi qu’il s’agit avant tout.
Le Quick de Roubaix n’est pas un cas isolé. Sur les 362 fast-food de la marque, huit sont passés au burger halal depuis novembre dernier – à titre expérimental, nous dit-on. Les huit sont situés dans des quartiers où vivent, en grande majorité, des musulmans. Quick a adapté son offre commerciale au segment le plus porteur. L’entreprise aurait l’une de ses enseignes dans un quartier à fort peuplement hindou qu’elle ne servirait plus de bœuf dans son restaurant.
Tout ce ramdam pour s’apercevoir que dans certains quartiers vit une majorité de musulmans. Quelle stupéfiante découverte ! Pas besoin de statistiques ethniques : le service commercial de Quick s’en est chargé à votre place. Cependant, il ne faut jamais désespérer de rien. Peut-être que, de progrès en progrès, de mal en pis, on s’apercevra un jour que, halal ou pas, la merde que vendent les fast-food sous forme de hamburgers reste de la merde. Et, en cette matière, il n’y a aucune discrimination : tout le monde est servi.
Une question cependant demeure. Pourquoi un maire, comme René Vandierendonck, se met-il martel en tête de porter plainte contre un fast-food halal ? Il est publiciste et sait parfaitement que la composition de la carte d’un restaurant n’est pas inscrite dans la Constitution. Il sait également que Quick n’est pas un restaurant d’Etat et que le seul maître à bord c’est l’entrepreneur privé lui-même[2. Que le principal actionnaire de Quick soit une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations n’en fait pas une société publique. D’ailleurs, rachetée en 2006 à Albert Frère par Qualium investissement, la cession de Quick est annoncée depuis plus d’un mois par la Caisse des Dépôts.].
La réponse est, peut-être, à trouver chez le philosophe canadien Charles Taylor : dans un quartier où la légitimité des institutions publiques est en crise, un fast-food n’est plus une simple enseigne commerciale. Il devient lui-même – aussi paradoxal que cela puisse paraître – une institution. Il se charge des fonctions autrefois assumées par les institutions en crise : il socialise, il transmet une culture, il pourvoie chacun de modèles sociaux.
Dès lors, la question n’est plus juridique (un fast-food discrimine-t-il en ne servant que des produits halal ?). Elle est uniquement politique : quelles instances jouent, dans nos quartiers, le rôle traditionnellement dévolu aux institutions ?
Le vrai chic
« Le vrai chic, c’est quand ça ne se voit pas », me disait ma grand-mère dans son immense sagesse. Est-ce pour cela que la prestigieuse maison Dior a décidé de ne plus sponsoriser pour sa nouvelle et somptueuse campagne qu’une seule chaine de télé, Canal + en l’occurrence ? Il est vrai que Canal + sait inviter ce qu’il y a de plus glamour dans la République : Nicolas Sarkozy, sa femme, ses ministres, ses amours, mais pas ses emmerdes. À moins que l’on ne considère qu’Olivier Besancenot, invité onze fois au « Grand journal » en 2009, ne soit une emmerde de Sarkozy. Ce qui étonnerait, car le NPA vient d’aider à relancer la haute couture et le débat sur l’identité nationale en faisant d’une pierre deux coups avec la candidate voilée en Provence. Le foulard, nouvel accessoire à la fois révolutionnaire hype et bcbr (bon chic bon religieux) : Dior en avait rêvé, Besancenot l’a fait.
George Soros : le rusé veut l’or
Philanthrope et précurseur des hedge funds, George Soros est allé à Davos, au mois de janvier, alerter ses collègues financiers : « L’or est la bulle spéculative ultime. » Fini la valeur refuge ! Qui irait investir, surtout en temps de crise, dans une bulle spéculative ? Eh bien, George Soros évidemment. Le Telegraph nous apprend qu’au moment même où il déconseillait à la planète économique d’investir dans le métal doré, le milliardaire doublait sa participation dans le plus grand fond d’or mondial, tout en prenant des options dans des sociétés telles que la Yamaha Gold. Bref, quand George Soros veut acheter de l’or, il recommande au monde entier de s’en passer : philanthropie bien ordonnée commence par soi-même.
Nouveau dérapage d’un président de Région
Invité ce matin à l’émission « Le rendez-vous des politiques », sur France culture, Michel Vauzelle, président socialiste de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a tenu des propos qui n’ont rien à envier aux dérapages habituellement pratiqués par Georges Frêche, son homologue de Languedoc-Roussillon. Interrogé au sujet de son adversaire Thierry Mariani, député UMP de Vaucluse, il a déclaré : « Thierry Mariani, il parle le pachtoun. Il arrive d’Afghanistan. Il ne connaît pas la région. » Le mouvement Sos-Pachtoun n’a pas encore réagi face à ces propos d’une rare violence, qui trahissent un antipachtounisme de sinistre mémoire.
Le drame des filles-mères

Elles ont à peine vingt ans. Elles commencent leur vie. Mais dans la chaude moiteur d’un soir estival, au détour d’un bal des pompiers, elles se font engrosser par le premier venu derrière un bosquet[1. Chose d’autant plus difficile de nos jours que les pompiers sont, la plupart du temps, occupés à poser dans des calendriers gays.]. Neuf mois plus tard, on les retrouve allaitant leur progéniture, heureuses des risettes que leur fait leur petit, mais irrémédiablement seules, oubliées du monde, reléguées dans une situation que l’époque réprouve à défaut de condamner.
Aujourd’hui, en France, le drame des filles-mères est d’autant plus réel qu’il est largement sous-estimé par l’opinion publique. Si les Français donnent beaucoup trop en moyenne au Téléthon et au Sidaction[2. Tout ça pour que les myopathes jouent les traders, comme le dit l’excellent Pierre Bergé, qui est myopathe mais pas trader.], ils ne versent en revanche aucun centime d’euro pour les filles-mères ! C’est inadmissible ! La situation ne pouvait plus durer et on peut féliciter le gouvernement de François Fillon de vouloir y mettre enfin terme.
La campagne nationale en faveur des filles-mères, que le service d’information du gouvernement a lancé dans la presse française ces derniers jours, permettra de récolter suffisamment de fonds pour venir en aide aux filles-mères du pays (et, accessoirement, aux régies publicitaires de ladite presse française). Du moins l’espère-t-on.
Comme nous le rappelle cette campagne conçue par Thierry Saussez[3. Thierry Saussez était, en France, le meilleur publicitaire de droite jusqu’à ce que Jacques Séguéla s’en mêle.] : les filles-mères sont l’avenir de la France. Enfin, le proche avenir est surtout réservé aux réveils nocturnes, aux biberons et aux couches-culottes à changer, sans parler du baby blues ni des vergetures, qui sont le lot de chaque mère même lorsque ce n’est pas une fille.
Mais ne polémiquons pas : Thierry Saussez a raison. Sa louable initiative aurait dû recueillir l’assentiment de tous. Malheureusement le Parti socialiste français a refusé d’acquiescer à cette campagne d’intérêt général, en prétextant qu’il ne s’agissait que de vendre le « grand emprunt » à quelques semaines des élections régionales.
La mauvaise foi n’a pas de limite ! Qu’est-ce que cette affaire de « grand emprunt » a à voir avec le drame éprouvant des filles-mères ? La campagne gouvernementale est on-ne-peut-plus claire : lorsqu’elles sont seules et enceintes, les filles-mères sont le plus beau visage de la France. Lorsqu’elles sont en couple et pas enceintes, elles sont lesbiennes. Mais c’est une autre affaire, qui nous obligerait à évoquer la tragédie silencieuse des fils-pères.
Le gouvernement a, en tout cas, bien raison de le rappeler : se faire faire un enfant dans le dos n’est pas une question de droite ni de gauche.
De quoi suis-je le nom ?
Dans son entretien avec Nicolas Demorand, vendredi 19 février sur France-Inter Bernard-Henri Lévy a, à plusieurs reprises, évoqué le nom de Rosenzweig pour se défendre des quolibets dont on l’accable aujourd’hui à propos de sa bourde sur l’affaire Botul. Comme il ne mentionne jamais le prénom – en l’occurrence, Franz – du philosophe juif allemand mort en 1922 dont il fait un usage immodéré pour se parer des plumes du paon, je suis contraint de faire une mise au point. Je lui interdis désormais de citer le nom de Rosenzweig, dont je suis un des rares porteurs vivants, pour vendre sa prose ! On a sa dignité, bordel !
[daily]xcabe8[/daily]
Sarkozy est-il fichu ?

La semaine passée, je me trouvais à banqueter dans une joyeuse ambiance avec une brochette de notables politiques montés de la vallée vers mon village perché pour une remise de médailles aux édiles locaux.
Tout ce petit monde forme une bande de vieux amis blanchis sous le harnois de la gestion communale et cantonale depuis quelques décennies. La gauche n’a jamais été leur tasse de thé, c’est la région qui veut ça : pays de Contre-Réforme, le haut pays savoyard a été longtemps marqué par une emprise du clergé sur les esprits ruraux. Les idées collectivistes et l’exercice de la lutte des classes n’ont pas été pourtant totalement absentes de l’histoire locale. Au début du siècle, l’industrialisation de l’horlogerie avait donné lieu à des conflits sociaux violents, notamment à Cluses, en 1904, où les patrons d’une usine en grève avaient tiré sur les ouvriers en grève, faisant trois morts parmi eux. Cette affaire donna l’occasion à Aristide Briand de faire une des plaidoiries les plus brillantes de sa carrière d’avocat et d’homme politique de gauche.
Aujourd’hui, cette époque est bien révolue, et les arrière-petits-enfants des ouvriers en colère sont devenus patrons ou cadres des PME du décolletage, et font trimer des gens venus d’ailleurs, du nord de la France ou du Maghreb pour fournir des pièces de haute précision aux industriels de l’automobile, de l’aviation ou de l’armement.
Les convives avec lesquels je partageais le pain et le vin, le café et le pousse-café étaient donc encartés à l’UMP, à l’exception d’un jeunot qui s’est inscrit au Nouveau Centre pour faire le mariole.
Pour tous ces gens-là, qui n’ont pas suivi à la trace un cheminement politique dont certains commentateurs ne manquent pas de me faire grief, je reste à jamais un suppôt de la gauche.
Cela ne les empêche pas d’éprouver pour ma personne quelque considération, et même pour certains d’entre eux, une forme d’amitié montagnarde, peu expansive, mais d’une solidité à toute épreuve.
C’est donc sans malice, et même avec l’idée que cela pourrait me faire plaisir, qu’ils ont tenu, au cours du repas, des propos virulents contre l’actuel président de la République.
C’était la fête à Sarko, qui est sorti essoré de ce pow wow de sachems alpins. Tout y est passé : la suppression de la taxe professionnelle, la réforme nébuleuse des collectivités locales, le bling-bling et le copinage privilégié avec les patrons du CAC40 honnis par ceux des PME qu’ils pressurent.
Mais ce qui leur est resté principalement en travers de la gorge, c’est l’embrigadement de l’ensemble de la droite sous la seule bannière UMP, qui prive les gaullistes de longues dates des postes électifs au nom de l’élargissement au villiéristes, bockeliens et autres chasseurs-pêcheurs. Tout cela étant mitonné rue de la Boétie sous la houlette d’un Xavier Bertrand piloté de l’Elysée, cela ne laisse pas beaucoup de marge à mes amis de la droite locale pour mettre leur épices personnelles dans la cuisine électorale devant être servie les 14 et 21 mars prochain.
Devant tant de hargne et d’ingratitude envers celui qui les a, tout de même, menés vers la victoire en 2007, je me risquais timidement à souligner que tout n’était pas à jeter dans l’action de Nicolas Sarkozy et que, par exemple, en politique extérieure il avait eu quelques initiatives ne devant pas déplaire aux hommes de droite comme eux. Réintégration de l’OTAN, présidence le l’UE dynamique, correction de la « politique arabe » chiraquienne pour revenir dans le jeu politique proche-oriental…
J’aurais mieux fait de me taire, car ce plaidoyer eut pour effet de renforcer encore la hargne anti-sarkozienne de la tablée. Ces notables regrettent Chirac, point barre. Il était un des leurs, se contentait de verrouiller politiquement sa Mairie de Paris et son département corrézien, laissant ses amis des provinces organiser à leur guise leur petite entreprise politique. Et pour ce qui est de la politique extérieure, va pour une politique arabe de la France qui assure de juteux contrats aéronautiques et d’armement qui font tourner à bloc les machines de la vallée. Sarko, pour eux, c’est un agité du bocal qui leur fait honte quand il sort.
Alors, Nicolas Sarkozy peut-il encore gagner en 2012, si l’on considère l’état actuel des sondages, l’épine villepinienne, et cette révolte sourde, mais bien réelle, des chefs de villages provinciaux, ce n’est pas plié, loin de là.
L’exemple d’un Mitterrand au plus bas en 1986 qui remporte haut la main la présidentielle de 1998, ou de Chirac cohabitant écrasant Jospin en 1995 ne peuvent être évoqués pour rassurer les sarkozistes.
Le quinquennat a changé totalement la nature de la Ve République. Les candidats Mitterrand et Chirac étaient des opposants au pouvoir en place lorsqu’ils ont été réélus, alors que Sarkozy devra assumer son bilan, tout son bilan. Pour reconquérir le peuple de droite, les bons vieux gadgets sécuritaires et patriotiques ne suffisent pas. On ne met pas une armée en marche en méprisant les caporaux et les sergents.
Bien sûr, ils ne voteront jamais à gauche, mais ils pourraient bien ne pas se montrer très zélés pour faire remonter Nicolas sur le pavois. On me dira qu’un Sarkozy en campagne, ça peut soulever des montagnes avec ses petits bras, et que l’on a encore rien vu. À ceux-là, le clintonien farouche que je suis répond : « It’s the economy, stupid ! » Se faire réélire avec un taux de chômage à plus de 10 % et une politique de rigueur imposée par Bruxelles et Francfort relève de l’exploit herculéen.
Son seul vrai espoir réside donc dans cette propension de la gauche à ne jamais rater l’occasion de rater une occasion.
La sachem au grand chelem
Invité ce matin sur les ondes de France Bleu Hérault, Georges Frèche a commis, une nouvelle fois, un dérapage des plus douteux. Qu’on en juge : le président de Languedoc-Roussillon a déclaré : « Martine Aubry, c’est une jivaro. Elle coupe les têtes, elle les réduit. » Cette allusion à peine voilée aux origines amérindiennes de l’actuelle première secrétaire du Parti socialiste n’a pas encore suscité de réaction rue de Solférino. Si elle réfléchit encore aux suites judiciaires à donner à cette injure amérindienophobe caractérisée, Pocahontas Delors devrait, toutefois, sortir assez vite de sa réserve.
Causeur à l’Index ?

Chef d’inculpation : rien à signaler. Ça, chef, c’est suspect. Même Staline ne l’avait pas inventé. Dans le rapport de police rédigé par le MRAP et intitulé « Internet, enjeu de la lutte contre le racisme », Causeur figure à la rubrique « À droite de la droite » et a le droit à une sous-rubrique pour lui tout seul (ce qui permet de le repérer dans la table des matières). Seulement, ils sont un peu vexants, les copains. Tout ce qu’ils ont trouvé à dire, c’est ça : « Le contenu de ce site n’appelle pas d’observations. Sa ligne éditoriale est très à droite, proche des thèses néo-conservatrices. » Un peu court, jeunes gens – seule la jeunesse peut excuser les individus qui ont pondu cet annuaire des nouveaux ennemis du peuple. Chef d’œuvre de bêtise bureaucratique, ce listing Clearstream du pauvre qui figurera dans les annales de la dénonciation.
Que nos sympathiques défenseurs de la démocratie n’aient pas compris tout ce qu’ils lisaient sur Causeur, il serait malséant de le leur reprocher. Que rien, dans leur propre expérience, ne les ait préparés à comprendre le joyeux foutoir que l’on nomme pluralité et qui est le charme de notre chaudron de sorcière, on ne peut que s’en désoler pour eux. Accessoirement, nous avons bien rigolé en les imaginant, se grattant la tête pour savoir à quelle catégorie nous assigner, puis jetant l’éponge et décidant d’en créer une, fourre-tout, pour les enquiquineurs à qui on ne pouvait pas accrocher un grelot antisémite ou raciste. C’est vrai, quoi, qui sont ces gens capables de polémiquer ouvertement entre eux sans s’excommunier ? D’émettre les avis les plus contradictoires sur des sujets aussi secondaires que le Proche Orient, l’économie de marché, le féminisme ou l’identité nationale ? Le plus agaçant, c’est que, du coup, on ne sait pas s’ils sont de droite ou de gauche. Il paraîtrait même que certains, parmi eux, votent Sarkozy et d’autres Mélenchon. Dites-moi, chef, c’est quoi ce bordel ?
Il est vrai que les objectifs du MRAP sont eux-mêmes plutôt fumeux à en juger par le patchwork d’appels qui s’affiche sur la page d’accueil de son site : la lutte contre le racisme qui est sa raison sociale officielle passe donc par le boycott des produits de l’oppression (israéliens, vous avez compris), la régularisation globale et immédiate de tous les sans-papiers et l’adhésion à toutes les bonnes causes du moment. Il n’y manque que l’ours blanc supposé nous arracher des larmes qu’on voyait sur toutes les « unes » pendant le sommet de Copenhague. C’est pas antiraciste, l’écologie ?
Certes, la confusion mentale n’est pas un crime. Allez, aidons un peu le MRAP. Il y a bien un point commun entre les contributeurs de Causeurs qui doivent représenter à peu près toute l’offre électorale, y compris ceux qui ne votent pas, d’ailleurs. Nous pensons avoir tous lu Philippe Muray avant de nous être rencontrés et nous détestons rigoureusement les maccarthysmes de gauche, de droite, du centre qui s’exercent aujourd’hui dans les milieux les plus divers et les plus inattendus, comme par exemple chez les auteurs de polars, les éditorialistes économiques (professions qui se ressemblent par ailleurs par les temps qui courent) et les professionnels de l’antiracisme.
Avec ça, les amateurs de classification ne sont guère avancés. Le MRAP a donc fait le boulot. Avec 5-yearslater, Amiral Woland, la Droite strasbourgeoise, Europe maxima, Polemia, Causeur est donc à droite de la droite (ce qui si on n’y prend pas garde, va finir par nous ramener à gauche – le MRAP qui utilise les méthodes les plus classiques de l’extrême droite pour répandre les bons sentiments de gauche connaît le chemin). Amusant.
On ne vous cachera pas, cependant, qu’on est un peu vexés par le laconisme de notre notice : comment ça, le contenu « n’appelle pas d’observations » ? Rien ? Pas un seul texte qui vous ait fait vous étrangler d’indignation ? Là, franchement, c’est désobligeant.
Pour comprendre tout le sel de l’affaire, il faut lire l’avertissement rédigé par les avocats de l’association :
« Il est très important de préciser en préambule et tout au cours de cette étude, que la méthode de travail retenue, de recherche de sites ouvertement racistes et de recensement des connexions et liens à partir de et vers ces sites a conduit à identifier aussi des sites contre lesquelles aucune accusation de racisme ne peut être lancée. Lorsque le MRAP estime qu’un site enfreint la loi française, il le dit explicitement. Les sites pour lesquels il ne le dit pas ne sont pas qualifiés de racistes par le MRAP. »
Nous ne sommes donc pas accusés mais identifiés. Comme quoi, on ne sait pas très bien. Remarquez, on est flattés d’être identifiés, c’est quand même mieux que d’être noyés dans la masse des gens à qui on n’a rien à reprocher, sinon d’exister. C’est à ce genre de petites précisions juridico-méthodologiques qu’on reconnaît la rigueur. Au MRAP, on doit connaître le fameux modèle mathématique des poignées de main. Vous savez, on n’est jamais, sur Terre, à plus de cinq poignées de mains de quelqu’un. Prenons un exemple simple, plus simple en tout cas que la classification taxinomique de ce rapport qui établit des distinguos talmudiques entre les chapelles de l’infâme (racistes, racialistes, ethnodifférentialistes) mais n’hésite pas à amalgamer, par exemple, fascistes et royalistes, ce qui va ne faire plaisir ni aux uns ni aux autres, qui ne furent jamais du même côté de la barricade ou de l’autel.
Mais comment expliquer à nos Sylla électroniques de sous-préfectures numériques que les gens qui aiment célébrer le solstice d’été en dansant tout nus autour d’un menhir n’ont absolument rien de commun avec ceux qui se mortifient après avoir raté leur commando anti-avortement, n’ayant pu attacher leurs menottes aux radiateurs avant l’arrivée des forces de l’ordre. Si on les jetait dans un cirque façon gladiateurs dans la Rome antique, ils préfèreraient encore s’entrelarder le croupion plutôt que de faire face ensemble aux fauves.
Enfin… Mais revenons à notre exemple des cinq poignées de mains. Imaginons qu’il y ait un communiste à Causeur, imaginons que ce communiste lors d’une joyeuse réunion de rédaction serre la main à un atlantiste qui lui même aurait serré la main d’Alexandre Adler, qui lui même a serré la main de George W. Bush. Eh bien, voilà notre communiste devenu un proche de l’ancien président américain. Ses camarades, s’ils suivent la logique mrapienne, n’auront rien à lui reprocher, mais seront bien obligés de signaler qu’il est l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu Bush. Il fut un temps où on se retrouvait agent de l’impérialisme pour moins que ça. On ne sait jamais, avec les ennemis du peuple. Ils sont partout.
En l’espèce, pour bien comprendre l’imparable démonstration du MRAP, il suffit de remplacer les poignées de mains par des clics, comme on dit.
Et nous, de réprimer l’envie de donner des claques.
Un pirate peut en cacher un autre
La revue Politis, qui se présente comme un « hebdomadaire d’actualité indépendant et engagé » nous régale dans son édition de cette semaine d’un article hallucinant sur les effets prétendument bénéfiques de la piraterie sur le biotope marin. Sous la plume de Jean-Sébastien Mora ce papier titré « La mer peut remercier les pirates » relaie un certain nombre d’arguments écolo-béats-bobos, parfaitement irresponsables, visant à retourner les valeurs en suggérant que les méchants ne seraient pas du côté des pirates, mais des capitalistes qui arment et exploitent les navires qui sont détournés. Le journaliste met le paquet : « La piraterie en Somalie produit certains effets bénéfiques inattendus, comme la protection du biotope marin contre son exploitation intensive par les pêcheries européennes. » Non, les pirates ne sont pas des délinquants cupides. Ce sont des hommes « révoltés » contre la surexploitation des ressources halieutiques par les navires occidentaux : « Beaucoup de pirates somaliens déclarent être d’anciens pêcheurs engagés dans la lutte contre les pratiques destructrices des navires occidentaux et asiatiques. » Les plus infâmes des « pirates » ne sont donc plus du côté des pilleurs de navires (qui rançonnent et n’hésitent pas à tuer…), mais du côté des « pilleurs d’océan » qui s’approprient la ressource naturelle pour le compte de l’Occident. Merci pour cet époustouflant numéro de claquettes dialectique comme seule la presse « indépendante et engagée » – à l’extrême gauche – sait nous en offrir.
Ni steak ni soumis !

Pour un carême, ça commence bien. On s’était promis de faire maigre et de tenir quarante jours durant. Voilà que l’actualité nous sert une pleine platée de carne.
La semaine dernière, le maire socialiste de Roubaix, René Vandierendonck, faisait une drôle de découverte : le restaurant Quick de sa ville ne sert plus que des hamburgers halal à ses clients et le scandale dure depuis trois mois déjà. Aussitôt, l’élu hurle à la discrimination et envoie son avocat porter plainte contre Quick.
Du coup, le pays tout entier s’est pris d’une irrésistible envie d’aller manger au Quick halal de Roubaix un hamburger pas halal. Les uns pour défendre la laïcité : « Préservons notre droit de manger du cochon le Vendredi-Saint ! » D’autres pour défendre les traditions multiséculaires de la France éternelle : « Défendons les valeurs du terroir qu’incarne le hamburger strong bacon. » Certains enfin, parce que l’islamisme ne passera pas : « J’étais au Quick de Roubaix et Ben Laden était planqué dans les chiottes. » Le salafisme s’attrape par la viande halal aussi sûrement que le cancer se transmet par une poignée de main.
Laïcité, islamisation, discrimination : lorsque les grands mots sont sortis à mauvais escient, ils deviennent des gros mots. L’islam n’est pas l’affaire de Quick. Quick fait des affaires avec l’islam.
Si, aujourd’hui, au nom de la lutte contre les « discriminations », le maire de Roubaix porte plainte contre un restaurant halal, pourquoi ne le ferait-il pas, demain, contre un restaurant casher ? Il n’aurait, en effet, aucune raison de s’arrêter en si bon chemin.
L’autre jour, je vais dîner au restaurant casher Les Ailes, rue Richer, dans le 9e. Le mal du pays sans doute, je commande au garçon un jarret de porc. Il n’a pas voulu me servir. Furieux, je sors et je prends place, rue Hénard, dans le 12e, à l’excellent restaurant indien Jodhpur : c’est à peine s’ils m’ont mis dehors quand j’ai commandé un faux-filet saignant. En désespoir de cause, j’ai essayé de trouver un restaurant végétarien digne de ce nom, histoire de manger un tartare bien épicé. J’ai fini, chez moi, devant un bol de soupe.
Les interdits et les prescriptions alimentaires n’appartiennent pas à la sphère publique : elles relèvent de la sphère privée. Sauf pour les cannibales, auxquels la civilisation interdit d’assouvir leurs penchants culinaires – encore une « discrimination » ! Pourquoi, au nom de la laïcité, voudrait-on forcer un catholique pratiquant à manger de la viande un vendredi de Carême, un musulman à avaler du boudin et un juif à faire braiser chaque sabbat un filet mignon de porc ? Seraient-ils plus français, mieux intégrés à la communauté nationale, s’ils le faisaient ? Bien sûr que non. Le rapport que nous entretenons avec l’alimentation – et, plus généralement, avec ce que Jankélévitch plaçait sous les catégories du pur et de l’impur – est certainement ce que nous avons de plus intime. De plus intime, sinon de plus essentiel.
On est toujours gêné aux entournures lorsque l’une ou l’autre instance officielle (ministère et organismes de la Santé) édicte des prescriptions alimentaires. Même si elles sont hygiéniquement fondées (« tu t’es vu quand t’as bu », « cinq fruits et légumes par jour », « quand il fait chaud, mangez gras »), elles semblent empiéter sur notre libre détermination. Kant résumait parfaitement ce sentiment dans Qu’est-ce que les Lumières ? : « Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. » Les exemples choisis par le Chinois de Königsberg ne sont pas pris au hasard : entendement, conscience et alimentation sont ici placés sur un pied d’égalité, car, en fin de compte, c’est de l’autonomie du sujet qu’il est question.
Cette autonomie, elle trouve sa source dans le christianisme, qui opère ici un véritable renversement anthropologique : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche d’un homme qui le rend impur. Mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui le rend impur[1. Matthieu, 15.]. »
Lorsqu’elles sont religieuses, c’est-à-dire culturelles, les prescriptions ne sont pas extérieures au sujet. Il les a intégrées dans son identité-même. Elles sont devenues, pour lui, des obligations. Faire manger du porc à un juif ou à un musulman observant, ce n’est pas lui faire simplement injure, c’est nier sa propre individualité.
En venir à parler de Kant dans un Quick, ça fait un peu tâche. Revenons à nos moutons – avant de les égorger dans la baignoire. Dans l’affaire roubaisienne, ce n’est ni la religion ni les prescriptions alimentaires qui sont en jeu. C’est de fric, de pognon, de grisbi qu’il s’agit avant tout.
Le Quick de Roubaix n’est pas un cas isolé. Sur les 362 fast-food de la marque, huit sont passés au burger halal depuis novembre dernier – à titre expérimental, nous dit-on. Les huit sont situés dans des quartiers où vivent, en grande majorité, des musulmans. Quick a adapté son offre commerciale au segment le plus porteur. L’entreprise aurait l’une de ses enseignes dans un quartier à fort peuplement hindou qu’elle ne servirait plus de bœuf dans son restaurant.
Tout ce ramdam pour s’apercevoir que dans certains quartiers vit une majorité de musulmans. Quelle stupéfiante découverte ! Pas besoin de statistiques ethniques : le service commercial de Quick s’en est chargé à votre place. Cependant, il ne faut jamais désespérer de rien. Peut-être que, de progrès en progrès, de mal en pis, on s’apercevra un jour que, halal ou pas, la merde que vendent les fast-food sous forme de hamburgers reste de la merde. Et, en cette matière, il n’y a aucune discrimination : tout le monde est servi.
Une question cependant demeure. Pourquoi un maire, comme René Vandierendonck, se met-il martel en tête de porter plainte contre un fast-food halal ? Il est publiciste et sait parfaitement que la composition de la carte d’un restaurant n’est pas inscrite dans la Constitution. Il sait également que Quick n’est pas un restaurant d’Etat et que le seul maître à bord c’est l’entrepreneur privé lui-même[2. Que le principal actionnaire de Quick soit une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations n’en fait pas une société publique. D’ailleurs, rachetée en 2006 à Albert Frère par Qualium investissement, la cession de Quick est annoncée depuis plus d’un mois par la Caisse des Dépôts.].
La réponse est, peut-être, à trouver chez le philosophe canadien Charles Taylor : dans un quartier où la légitimité des institutions publiques est en crise, un fast-food n’est plus une simple enseigne commerciale. Il devient lui-même – aussi paradoxal que cela puisse paraître – une institution. Il se charge des fonctions autrefois assumées par les institutions en crise : il socialise, il transmet une culture, il pourvoie chacun de modèles sociaux.
Dès lors, la question n’est plus juridique (un fast-food discrimine-t-il en ne servant que des produits halal ?). Elle est uniquement politique : quelles instances jouent, dans nos quartiers, le rôle traditionnellement dévolu aux institutions ?
Le vrai chic
« Le vrai chic, c’est quand ça ne se voit pas », me disait ma grand-mère dans son immense sagesse. Est-ce pour cela que la prestigieuse maison Dior a décidé de ne plus sponsoriser pour sa nouvelle et somptueuse campagne qu’une seule chaine de télé, Canal + en l’occurrence ? Il est vrai que Canal + sait inviter ce qu’il y a de plus glamour dans la République : Nicolas Sarkozy, sa femme, ses ministres, ses amours, mais pas ses emmerdes. À moins que l’on ne considère qu’Olivier Besancenot, invité onze fois au « Grand journal » en 2009, ne soit une emmerde de Sarkozy. Ce qui étonnerait, car le NPA vient d’aider à relancer la haute couture et le débat sur l’identité nationale en faisant d’une pierre deux coups avec la candidate voilée en Provence. Le foulard, nouvel accessoire à la fois révolutionnaire hype et bcbr (bon chic bon religieux) : Dior en avait rêvé, Besancenot l’a fait.
George Soros : le rusé veut l’or
Philanthrope et précurseur des hedge funds, George Soros est allé à Davos, au mois de janvier, alerter ses collègues financiers : « L’or est la bulle spéculative ultime. » Fini la valeur refuge ! Qui irait investir, surtout en temps de crise, dans une bulle spéculative ? Eh bien, George Soros évidemment. Le Telegraph nous apprend qu’au moment même où il déconseillait à la planète économique d’investir dans le métal doré, le milliardaire doublait sa participation dans le plus grand fond d’or mondial, tout en prenant des options dans des sociétés telles que la Yamaha Gold. Bref, quand George Soros veut acheter de l’or, il recommande au monde entier de s’en passer : philanthropie bien ordonnée commence par soi-même.
Nouveau dérapage d’un président de Région
Invité ce matin à l’émission « Le rendez-vous des politiques », sur France culture, Michel Vauzelle, président socialiste de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a tenu des propos qui n’ont rien à envier aux dérapages habituellement pratiqués par Georges Frêche, son homologue de Languedoc-Roussillon. Interrogé au sujet de son adversaire Thierry Mariani, député UMP de Vaucluse, il a déclaré : « Thierry Mariani, il parle le pachtoun. Il arrive d’Afghanistan. Il ne connaît pas la région. » Le mouvement Sos-Pachtoun n’a pas encore réagi face à ces propos d’une rare violence, qui trahissent un antipachtounisme de sinistre mémoire.
Le drame des filles-mères


Elles ont à peine vingt ans. Elles commencent leur vie. Mais dans la chaude moiteur d’un soir estival, au détour d’un bal des pompiers, elles se font engrosser par le premier venu derrière un bosquet[1. Chose d’autant plus difficile de nos jours que les pompiers sont, la plupart du temps, occupés à poser dans des calendriers gays.]. Neuf mois plus tard, on les retrouve allaitant leur progéniture, heureuses des risettes que leur fait leur petit, mais irrémédiablement seules, oubliées du monde, reléguées dans une situation que l’époque réprouve à défaut de condamner.
Aujourd’hui, en France, le drame des filles-mères est d’autant plus réel qu’il est largement sous-estimé par l’opinion publique. Si les Français donnent beaucoup trop en moyenne au Téléthon et au Sidaction[2. Tout ça pour que les myopathes jouent les traders, comme le dit l’excellent Pierre Bergé, qui est myopathe mais pas trader.], ils ne versent en revanche aucun centime d’euro pour les filles-mères ! C’est inadmissible ! La situation ne pouvait plus durer et on peut féliciter le gouvernement de François Fillon de vouloir y mettre enfin terme.
La campagne nationale en faveur des filles-mères, que le service d’information du gouvernement a lancé dans la presse française ces derniers jours, permettra de récolter suffisamment de fonds pour venir en aide aux filles-mères du pays (et, accessoirement, aux régies publicitaires de ladite presse française). Du moins l’espère-t-on.
Comme nous le rappelle cette campagne conçue par Thierry Saussez[3. Thierry Saussez était, en France, le meilleur publicitaire de droite jusqu’à ce que Jacques Séguéla s’en mêle.] : les filles-mères sont l’avenir de la France. Enfin, le proche avenir est surtout réservé aux réveils nocturnes, aux biberons et aux couches-culottes à changer, sans parler du baby blues ni des vergetures, qui sont le lot de chaque mère même lorsque ce n’est pas une fille.
Mais ne polémiquons pas : Thierry Saussez a raison. Sa louable initiative aurait dû recueillir l’assentiment de tous. Malheureusement le Parti socialiste français a refusé d’acquiescer à cette campagne d’intérêt général, en prétextant qu’il ne s’agissait que de vendre le « grand emprunt » à quelques semaines des élections régionales.
La mauvaise foi n’a pas de limite ! Qu’est-ce que cette affaire de « grand emprunt » a à voir avec le drame éprouvant des filles-mères ? La campagne gouvernementale est on-ne-peut-plus claire : lorsqu’elles sont seules et enceintes, les filles-mères sont le plus beau visage de la France. Lorsqu’elles sont en couple et pas enceintes, elles sont lesbiennes. Mais c’est une autre affaire, qui nous obligerait à évoquer la tragédie silencieuse des fils-pères.
Le gouvernement a, en tout cas, bien raison de le rappeler : se faire faire un enfant dans le dos n’est pas une question de droite ni de gauche.
De quoi suis-je le nom ?
Dans son entretien avec Nicolas Demorand, vendredi 19 février sur France-Inter Bernard-Henri Lévy a, à plusieurs reprises, évoqué le nom de Rosenzweig pour se défendre des quolibets dont on l’accable aujourd’hui à propos de sa bourde sur l’affaire Botul. Comme il ne mentionne jamais le prénom – en l’occurrence, Franz – du philosophe juif allemand mort en 1922 dont il fait un usage immodéré pour se parer des plumes du paon, je suis contraint de faire une mise au point. Je lui interdis désormais de citer le nom de Rosenzweig, dont je suis un des rares porteurs vivants, pour vendre sa prose ! On a sa dignité, bordel !
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Sarkozy est-il fichu ?

La semaine passée, je me trouvais à banqueter dans une joyeuse ambiance avec une brochette de notables politiques montés de la vallée vers mon village perché pour une remise de médailles aux édiles locaux.
Tout ce petit monde forme une bande de vieux amis blanchis sous le harnois de la gestion communale et cantonale depuis quelques décennies. La gauche n’a jamais été leur tasse de thé, c’est la région qui veut ça : pays de Contre-Réforme, le haut pays savoyard a été longtemps marqué par une emprise du clergé sur les esprits ruraux. Les idées collectivistes et l’exercice de la lutte des classes n’ont pas été pourtant totalement absentes de l’histoire locale. Au début du siècle, l’industrialisation de l’horlogerie avait donné lieu à des conflits sociaux violents, notamment à Cluses, en 1904, où les patrons d’une usine en grève avaient tiré sur les ouvriers en grève, faisant trois morts parmi eux. Cette affaire donna l’occasion à Aristide Briand de faire une des plaidoiries les plus brillantes de sa carrière d’avocat et d’homme politique de gauche.
Aujourd’hui, cette époque est bien révolue, et les arrière-petits-enfants des ouvriers en colère sont devenus patrons ou cadres des PME du décolletage, et font trimer des gens venus d’ailleurs, du nord de la France ou du Maghreb pour fournir des pièces de haute précision aux industriels de l’automobile, de l’aviation ou de l’armement.
Les convives avec lesquels je partageais le pain et le vin, le café et le pousse-café étaient donc encartés à l’UMP, à l’exception d’un jeunot qui s’est inscrit au Nouveau Centre pour faire le mariole.
Pour tous ces gens-là, qui n’ont pas suivi à la trace un cheminement politique dont certains commentateurs ne manquent pas de me faire grief, je reste à jamais un suppôt de la gauche.
Cela ne les empêche pas d’éprouver pour ma personne quelque considération, et même pour certains d’entre eux, une forme d’amitié montagnarde, peu expansive, mais d’une solidité à toute épreuve.
C’est donc sans malice, et même avec l’idée que cela pourrait me faire plaisir, qu’ils ont tenu, au cours du repas, des propos virulents contre l’actuel président de la République.
C’était la fête à Sarko, qui est sorti essoré de ce pow wow de sachems alpins. Tout y est passé : la suppression de la taxe professionnelle, la réforme nébuleuse des collectivités locales, le bling-bling et le copinage privilégié avec les patrons du CAC40 honnis par ceux des PME qu’ils pressurent.
Mais ce qui leur est resté principalement en travers de la gorge, c’est l’embrigadement de l’ensemble de la droite sous la seule bannière UMP, qui prive les gaullistes de longues dates des postes électifs au nom de l’élargissement au villiéristes, bockeliens et autres chasseurs-pêcheurs. Tout cela étant mitonné rue de la Boétie sous la houlette d’un Xavier Bertrand piloté de l’Elysée, cela ne laisse pas beaucoup de marge à mes amis de la droite locale pour mettre leur épices personnelles dans la cuisine électorale devant être servie les 14 et 21 mars prochain.
Devant tant de hargne et d’ingratitude envers celui qui les a, tout de même, menés vers la victoire en 2007, je me risquais timidement à souligner que tout n’était pas à jeter dans l’action de Nicolas Sarkozy et que, par exemple, en politique extérieure il avait eu quelques initiatives ne devant pas déplaire aux hommes de droite comme eux. Réintégration de l’OTAN, présidence le l’UE dynamique, correction de la « politique arabe » chiraquienne pour revenir dans le jeu politique proche-oriental…
J’aurais mieux fait de me taire, car ce plaidoyer eut pour effet de renforcer encore la hargne anti-sarkozienne de la tablée. Ces notables regrettent Chirac, point barre. Il était un des leurs, se contentait de verrouiller politiquement sa Mairie de Paris et son département corrézien, laissant ses amis des provinces organiser à leur guise leur petite entreprise politique. Et pour ce qui est de la politique extérieure, va pour une politique arabe de la France qui assure de juteux contrats aéronautiques et d’armement qui font tourner à bloc les machines de la vallée. Sarko, pour eux, c’est un agité du bocal qui leur fait honte quand il sort.
Alors, Nicolas Sarkozy peut-il encore gagner en 2012, si l’on considère l’état actuel des sondages, l’épine villepinienne, et cette révolte sourde, mais bien réelle, des chefs de villages provinciaux, ce n’est pas plié, loin de là.
L’exemple d’un Mitterrand au plus bas en 1986 qui remporte haut la main la présidentielle de 1998, ou de Chirac cohabitant écrasant Jospin en 1995 ne peuvent être évoqués pour rassurer les sarkozistes.
Le quinquennat a changé totalement la nature de la Ve République. Les candidats Mitterrand et Chirac étaient des opposants au pouvoir en place lorsqu’ils ont été réélus, alors que Sarkozy devra assumer son bilan, tout son bilan. Pour reconquérir le peuple de droite, les bons vieux gadgets sécuritaires et patriotiques ne suffisent pas. On ne met pas une armée en marche en méprisant les caporaux et les sergents.
Bien sûr, ils ne voteront jamais à gauche, mais ils pourraient bien ne pas se montrer très zélés pour faire remonter Nicolas sur le pavois. On me dira qu’un Sarkozy en campagne, ça peut soulever des montagnes avec ses petits bras, et que l’on a encore rien vu. À ceux-là, le clintonien farouche que je suis répond : « It’s the economy, stupid ! » Se faire réélire avec un taux de chômage à plus de 10 % et une politique de rigueur imposée par Bruxelles et Francfort relève de l’exploit herculéen.
Son seul vrai espoir réside donc dans cette propension de la gauche à ne jamais rater l’occasion de rater une occasion.

