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Sur un air de famille

La nouvelle traduction du Bruit et la Fureur de William Faulkner, par Charles Recoursé, est remarquable. Elle fait fi du wokisme en vigueur dans l’édition et restitue sans fausse pudeur l’histoire de la famille Compson, traversée par la folie, l’alcoolisme et l’inceste. Un roman méditatif et vertigineux.


1929. Crise économique occidentale. Faulkner publie Le Bruit et la Fureur, sans succès. Sept ans plus tôt, l’année de la mort de Proust, Joyce a publié Ulysse. En 1924 Mann a donné La Montagne magique, Gide Les Faux-Monnayeurs en 1925, Le Temps retrouvé a paru en 1927, posthume, en même temps que Promenade au phare de Woolf, qui publiera en 1931 Les Vagues, son roman le plus expérimental. Posthumes, aussi, les grands romans de Kafka, parus entre 1925 et 1927. 1930 : début de la publication de L’Homme sans qualités. 1932 : Voyage au bout de la nuit… Le roman lui aussi est en crise, perturbant le rapport de la narration au temps linéaire et à la représentation de notre existence ; c’est donc qu’il se porte bien, malgré le discrédit jeté sur ce genre par les surréalistes. Rappelons aussi qu’Être et temps de Heidegger a paru en 1927, Malaise dans la civilisation de Freud en 1930.

En 1929, donc, Faulkner donne son quatrième roman, après Sartoris, surtout, qui ouvrait la geste du comté imaginaire de Yoknapatawpha, capitale Jefferson, dans le Mississippi – ce « timbre-poste » que l’écrivain taillera au poinçon dans toute son œuvre, avec ses familles patriciennes, ses peigne-culs, ses parasites qui finiront par l’emporter, et ses « nègres » (sachons gré au nouveau traducteur, Charles Recoursé, d’avoir gardé ce vocable, malgré le révisionnisme woke régnant sur l’édition occidentale). Dans Le Bruit et la Fureur, les Compson vivent leur déchéance auprès de leurs domestiques « nègres », dont Dilsey, la cuisinière, est la conscience morale non seulement des siens mais aussi des Blancs ; c’est d’ailleurs sur elle que se focalise la quatrième et dernière partie du roman, le « 8 avril 1928 », la première ayant pour voix narrative Benjy, un idiot de 33 ans (le « 7 avril 1928 »), l’un des quatre enfants de Jason et Caroline Compson, aristocrates rongés par l’alcool, l’hypocondrie, le déclassement social. La deuxième partie (« 2 juin 1910 ») est le monologue de Quentin, le fils aîné, le jour de son suicide, hanté par la virginité de sa sœur Candace, dite Caddy, et qu’on a envoyé à Harvard après avoir vendu le dernier pré familial. La troisième partie, le « 6 avril 1928 », est dédiée à Jason, personnage frustré et colérique, qui porte le nom de son père et entend en jouer le rôle auprès de sa mère, de Caddy et surtout de Quentin, la fille que celle-ci a eue après s’être mariée mais dont le mari, qui n’était pas le père, a divorcé aussitôt. La mère passe ses journées dans sa chambre, le père dans l’alcool, l’oncle Maury dans l’oisiveté narcissique, les « nègres » dans la fainéantise et la superstition, les enfants dans le drame de cette pièce pleine de bruit et de fureur contée par un idiot qu’est l’existence, selon Shakespeare, à qui Faulkner emprunte le titre de son roman, et l’une de ses lectures de chevet, avec la Bible, Balzac, Conrad.

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Tortueux, obscur, tout ça ? Pas plus qu’un portrait de Picasso, un morceau de Schoenberg, un essai de Bergson, ou que le travail du temps commun sur l’esprit et de l’esprit sur le temps personnel. L’Appendice Compson, publié à part, éclaircira les choses. Mais il faut consentir à abandonner nos réflexes de lecture. Composé comme un quatuor à cordes en quatre mouvements, donc avec quelque chose de musical qui relève de l’oreille et de la suggestion autant que de la signification pure, le roman s’ouvre sur un andante plein de sons et de couleurs où un idiot avance avec confusion ou extase dans l’énigme du monde : avec Benjy, né Maury puis rebaptisé Benjamin pour ne pas faire offense à son oncle Maury, pourtant un bellâtre bon à rien, la confusion des prénoms suggère celle des sentiments et aussi l’inceste ; la deuxième partie est un adagio méditatif et vertigineux déployant la mélancolie et la folie de Quentin ; la troisième a tout d’un scherzo où pulse la haine de Jason contre le genre humain et sa nièce Quentin ; la dernière, plus extérieure et ample, trouve une sorte de conciliatio, plus qu’une réconciliation, grâce à quoi l’ordre familial persiste.

C’est dans la première partie qu’on trouve la célèbre image que Faulkner a donnée pour exemple de la graine générative d’un roman – celle de Caddy montée dans un poirier : « On a regardé sa culotte qui avait le fond tout crotté. Ensuite on ne l’a plus vue. On entendait remuer l’arbre. » Ce que Maurice-Edgar Coindreau, l’introducteur de Faulkner en France, traduisait ainsi, en 1937 : « Nous avons vu son fond de culotte qui était tout sale. Et puis nous ne l’avons plus vue. Nous pouvions entendre le bruit de l’arbre. » La différence est sensible : substitution du « on » au « nous », typique du français actuel, et, surtout, « crotté » au lieu de « sale », et « regardé » au lieu de « voir ». Le pouvoir érotique de Caddy sur ses frères est évident. Le sexe est l’or sombre de ce roman traversé d’éclairs, d’images, de sentences telles que « la victoire est une illusion des philosophes et des imbéciles », selon Quentin, qui dit aussi qu’on « emporte le symbole de notre frustration dans l’éternité », les femmes n’étant « jamais vierges », et le sang toujours « corrompu ». Quant aux « nègres », dit Jason, « dès qu’ils côtoient les blancs trop longtemps, ils ne valent plus la corde pour les pendre ».

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Le roman s’achève sur le retour à la maison de Benjy et du « nègre » Luster dans une calèche déglinguée, symbole d’un ordre économique et social que les Snopes, ces minables plus tenaces que des cafards, incarneront ensuite, comme le narrera la trilogie tardive constituée par Le Hameau, Le Domaine, La Ville. Pour l’instant, chacun « est à la place qui lui était assignée », traduit Recoursé, là où Coindreau disait que tout est « dans l’ordre accoutumé ». Variations de traduction importantes qui justifiaient cette nouvelle traduction en tous points remarquable et nécessaire (et non « somptueuse », selon la publicité de la maison Gallimard, ce qui ne veut pas dire grand-chose).

Le Bruit et la Fureur, William Faulkner, traduit de l’anglais par Charles Recoursé, Gallimard, 2026.

Le bruit et la fureur: Nouvelle traduction

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Grande-Bretagne: Reform ou Restore?

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La fracture du souverainisme britannique fait écho aux divisions du camp national en France, entre RN et Reconquête!


La naissance récente du parti Restore, fondé par Rupert Lowe, marque une nouvelle étape dans la recomposition du camp souverainiste britannique. Elle intervient au moment même où, selon les sondages, Nigel Farage semble proche du pouvoir.

Restore : déjà 100 000 adhérents

Ancien homme d’affaires devenu député du parti de Nigel Farage, dont il a claqué la porte, Rupert Lowe a lancé le 13 février son propre parti. En deux semaines, le mouvement revendique déjà 100 000 adhérents et plus d’un million de sympathisants sur les réseaux sociaux.

DR.

Rupert Lowe, qui a reçu les soutiens notables d’Elon Musk et de Tommy Robinson, s’est notamment fait connaître par son implication directe dans le dossier des grooming gangs, ces réseaux d’exploitation sexuelle de mineures blanches par des gangs pakistanais, négligés par les autorités par crainte d’être accusées de racisme. Critiquant l’enquête officielle, M. Lowe a contribué à financer une enquête indépendante destinée à recueillir les témoignages de victimes et à documenter les défaillances des institutions publiques.

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Rupert Lowe reproche à Nigel Farage d’avoir modéré son discours afin d’apparaître comme un dirigeant gouvernemental crédible, tandis que le second considère le premier comme un agitateur incapable de gouverner.

La rupture entre les deux hommes est d’abord personnelle. Lowe accuse la direction de Reform UK d’avoir cherché à l’écarter en le signalant à la police pour des accusations de harcèlement qu’il conteste. Une perquisition nocturne à son domicile, finalement sans suites judiciaires, a achevé de rendre leurs relations ouvertement hostiles.

Divergence sur la remigration et l’islam

Derrière ce conflit personnel se profilent toutefois de profondes divergences politiques, notamment sur la question de la remigration. Nigel Farage défend une politique d’expulsions massives visant principalement les clandestins et les déboutés du droit d’asile. Rupert Lowe va plus loin en préconisant un programme de départs à grande échelle visant non seulement l’immigration illégale, mais aussi une partie des immigrés installés légalement.

Une autre ligne de fracture concerne la place de l’islam dans la société britannique. Nigel Farage, tout en dénonçant régulièrement l’islamisme et les échecs de l’intégration, concentre l’essentiel de son discours sur l’extrémisme religieux plutôt que sur l’islam lui-même, dans une logique de respectabilité politique et d’élargissement électoral.

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Rupert Lowe adopte au contraire une approche frontale. Il met en garde contre l’islamisation du Royaume-Uni. Restore propose l’interdiction du voile intégral, la suppression des tribunaux islamiques et une réduction drastique de l’immigration en provenance de pays musulmans.

La division du camp souverainiste intervient à un moment où Reform UK s’impose comme la formation politique la plus populaire du royaume. Les derniers sondages le placent aux environs de 30% des intentions de vote, loin devant les conservateurs et les travaillistes, situés autour de 15 à 20%. Le système électoral britannique du first past the post, fondé sur des circonscriptions uninominales à un tour, pénalise sévèrement les divisions au sein d’un même camp. Les élections locales prévues au mois de mai constitueront à cet égard un test important du poids respectif des partis.

Le Pen–Farage versus Zemmour–Lowe ?

Le débat britannique trouve un écho évident en France, où le camp national est lui aussi traversé par une rivalité persistante entre le Rassemblement national et Reconquête. Comme Nigel Farage, Marine Le Pen et Jordan Bardella cherchent à crédibiliser l’image du Rassemblement national comme parti apte à gouverner. Comme Rupert Lowe, Éric Zemmour assume une ligne plus radicale, notamment sur la question de l’islam. Pour Marine Le Pen, celui-ci est compatible avec la République française, tandis qu’Éric Zemmour soutient au contraire qu’il constitue une civilisation incompatible avec la France.

Sur le plan économique, Rupert Lowe apparaît plus libéral et attaché à la réduction du rôle de l’État, tandis que Nigel Farage assume une ligne plus interventionniste, évoquant même la nationalisation de l’industrie sidérurgique — une différence qui rappelle en France l’opposition entre le programme social du Rassemblement national et l’orientation plus libérale de Reconquête.

Au fond, la rivalité entre Reform et Restore, bien résumée par leur nom respectif, renvoie à un dilemme classique des mouvements classés à la droite de l’échiquier politique : faut-il privilégier la conquête du pouvoir ou la cohérence doctrinale afin de peser sur le débat politique ? Le système électoral britannique tend historiquement à encourager la première stratégie. Mais la progression rapide de Restore, si elle se confirmait, montrerait que la seconde dispose elle aussi d’un espace politique significatif, à l’image de Reconquête en France.

Mayotte : Comment l’immigration détruit une société

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Mathilde Panot (LFI): la démocratie sous condition suspensive

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Après avoir estimé qu’en lui demandant de faire « le ménage dans ses rangs » après le meurtre de Quentin Deranque, l’exécutif se rendait coupable de misogynie, et indiqué qu’elle était « fière » de compter le très controversé Raphaël Arnault parmi les membres de son groupe parlementaire, la chef des LFistes à l’Assemblée a indiqué qu’elle n’accepterait « jamais » que le RN « prenne le pouvoir par les urnes ». La démocratie sous tutelle gauchiste, en quelque sorte.


Il faut toujours écouter attentivement ceux qui prétendent parler au nom du Bien. Ils finissent par dire la vérité, la leur.

Lorsque l’excellente Mathilde Panot explique, références savantes à l’appui, qu’il faudrait empêcher « l’extrême-droite » d’accéder au pouvoir, même si elle devenait majoritaire dans les urnes, elle ne dérape pas. Elle expose une doctrine : la souveraineté populaire, oui, mais sous condition suspensive, naturellement. À charge pour le peuple de voter correctement.

Sachants

Cette idée n’est pas une simple outrance militante. Elle a été pensée, formulée, théorisée. Dans L’Âme noire de la démocratie, Geoffroy de Lagasnerie conteste le fétichisme du suffrage universel et interroge la légitimité d’un système qui laisserait gouverner ceux qui ne « savent pas ». Derrière la critique des institutions, on entend une vieille musique : substituer à la souveraineté du nombre la souveraineté du savoir.

Rien de nouveau sous le soleil. Platon soutenait déjà, il y a plus de deux millénaires, que la Cité juste devait être dirigée par les philosophes, seuls capables d’accéder à la vérité. Le peuple, livré à ses passions, était réputé versatile, inconstant, influençable, dangereux. La démocratie athénienne était pour lui un régime instable, prélude au désordre. Les gardiens du peuple ont désormais changé de costume : on parle d’experts, d’avant-garde éclairée, de vigilance citoyenne. Le principe demeure : tous votent, mais certains comprennent plus et mieux que d’autres.

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Dans le sillage de Jean-Luc Mélenchon – dont certaines saillies récentes, notamment sur la manière de prononcer le nom d’Epstein à la manière des antisémites d’antan, entretiennent un climat trouble – s’installe l’idée qu’il existerait une légitimité supérieure à celle des urnes. Une légitimité morale, historique, intellectuelle. On connaît pourtant cette pente. À ses débuts, le Front national de Jean-Marie Le Pen contestait déjà la légitimité du « système » au nom d’une vérité supérieure. On y voyait une tentation illibérale, et on avait raison.

Classes dangereuses

Aujourd’hui, le mécanisme est simplement inversé. Ce n’est plus le système qui trahit le peuple, c’est le peuple qui trahit le camp du Bien. S’il persiste dans l’erreur, il faudra donc le corriger. « Barrage », « vigilance », « autodéfense populaire » : les mots sont polis, mais la logique est d’une brutalité toute léniniste. Quand les urnes se trompent, la rue rectifie.

La démocratie est pourtant d’une simplicité désarmante. On accepte de perdre, on accepte que la majorité puisse se tromper, comme nous-mêmes nous pouvons nous tromper.

Si l’on estime vraiment qu’une majorité serait dangereuse, la solution n’est pas de suspendre le suffrage universel par l’effet d’une clause implicite. Elle est plus exigeante : convaincre davantage, travailler plus, argumenter mieux, élargir son audience. Ou bien assumons franchement la réforme : remplaçons le vote par un concours d’entrée. Épreuve écrite de conscience politique, dissertation de morale civique, oral devant un jury d’experts certifiés. Les recalés rentreront chez eux, soulagés d’avoir été protégés contre leur propre ignorance. Ce serait au moins cohérent.

Mais tant que nous conservons le suffrage universel, il faut l’accepter sans astérisque, et sans clause suspensive. La démocratie n’a pas besoin de gardiens. Elle a besoin d’adversaires capables de gagner sans tricher, et de perdre sans délégitimer.

(ici à la 23e minute)

Et les odieux sifflèrent Bardot

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Lors des César, certains spectateurs n’ont pas pu s’empêcher de huer et de qualifier de « raciste » la star Brigitte Bardot, disparue en décembre, pendant l’hommage qui lui était rendu. Honteux.


L’Académie des César eut la noble idée de rendre hommage à Brigitte Bardot, l’une des grandes icônes féminines du cinéma français avec Fanny Ardant, Annie Girardot, Catherine Deneuve et quelques autres. Ce n’eut pas l’heur de plaire aux médiocres, tapis dans l’obscurité, enfoncés dans leurs sièges, gavés de subventions, infatués d’eux-mêmes à force de lire les éloges de Télérama pour leurs films qui vident les salles. Mais comment s’étonner de ce manque d’élégance de la profession alors que le monde du cinéma avait renoué avec l’art du muet au moment où il avait fallu célébrer l’actrice lors de son décès en décembre dernier ?

Le mépris

Dieu créa la femme ; cette femme consacra sa vie au cinéma puis aux animaux et les odieux créèrent l’infâme en la sifflant. Officiellement, ils lui reprochent sans doute ses convictions politiques, trop à droite pour un landerneau qui penche trop à gauche ; ils n’oseront jamais avouer qu’ils jalousent aussi sa liberté et son indépendance, sa féminité et son authentique féminisme, son respect de la patrie et l’amour que celle-ci lui rendait, sa beauté et le regard que les hommes portaient sur elle. Le mépris, c’est aujourd’hui autant le titre d’un des principaux films dans lesquels apparaît Brigitte Bardot que le sentiment que nous inspirent les réflexes moutonniers du milieu du 7ème art.

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Adèle Haenel, le 28 février 2020 © Christophe Ena/AP/SIPA

Pour les César, grand-messe pour petits curés de la bien-pensance, la vulgarité est devenue une marque de fabrique. En 2020, tandis que J’accuse de Roman Polanski est maintes fois nominé, Florence Foresti, à la présentation tout en mauvais goût, et Jean-Pierre Darroussin, qui fit semblant de ne pas savoir prononcer le nom du cinéaste, furent supplantés par Adèle Haenel qui quitta aussi précipitamment qu’inélégamment les lieux. Heureusement, avec sa voix particulière couvrant la mitraille d’une meute qui, comme toutes les meutes, fut veule, s’éleva, seule contre tous, la géniale Fanny Ardant. L’actrice qui interpréta la Callas et, plus humblement, la femme d’à côté expliqua que lorsqu’elle aimait, elle le faisait passionnément, jusqu’au bout, et qu’elle était prête à suivre quelqu’un jusqu’à la guillotine. 

L’année suivante, Corinne Masiero entra sur scène vêtue d’une peau d’âne, avant de s’exhiber nue, à peine recouverte de peinture évoquant le sang et de quelques slogans puérils : « No culture no future » et « Rend nous l’art Jean », faute d’orthographe comprise, afin de protester contre la politique menée par le gouvernement de Jean Castex. A ce moment-là, pour conjurer la gêne, certains repensèrent peut-être au mambo enflammé de Brigitte Bardot dans Et Dieu créa… la femme, avant de conclure, un brin nostalgiques, que le cinéma français avait décidément bien décliné.

Gauchisme culturel et entre-soi étouffant

Car les Césars ne sont finalement que le miroir d’une profession, désormais bouffie d’entre-soi, de gauchisme culturel (ou, pardonnez-moi le néologisme, de jacklangisme) et de moraline. Dès lors, j’ai besoin aussi de me replonger dans le bain du grand cinéma et donc l’époque où les cérémonies couronnaient des grandes carrières. Michel Serrault remettait alors un César d’honneur à un Bernard Blier très affaibli par la maladie ; les statuettes récompensèrent de grandes prestations :  Philippe Noiret dans Le vieux fusil, Daniel Auteuil dans Jean de Florette et Manon des sources ou Romy Schneider dans L’important, c’est d’aimer. Ce jeudi, le cinéma aurait ajouté une ligne de gloire à l’histoire des César en se levant comme un seul homme pour applaudir de longues minutes la femme que Dieu créa.

Vérité BB

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Municipales 2026: Paris bulle-t-il?

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Sarah, Rachida, Sophia et les autres


La campagne des municipales ne passionne pas les foules parisiennes. Les indignations, lamentos pré-enregistrés sur le danger d’une « vague brune nauséabonde » vont aller crescendo et faire grossir la vague. La présidentielle est dans tous les esprits, les temps sont difficiles. Peut-on encore manifester avec un drapeau français sans se faire stigmatiser par France Info, molester par les brigades islamo-insoumises de Sciences-Po ? A Marseille, la tête d’Amine Kessaci, l’homme le plus protégé de France, est mise à prix par la DZ Mafia. La France se libanise, se mexicanise.

A Paris, nous regretterons Anne Hidalgo : Pasionaria élégante, engagée, maire Courrèges, Ruban d’or de l’ordre du Soleil levant, Commandeur de l’ordre royal de l’Étoile polaire, voyageuse élégiaque. « L’espace politique d’une ville-monde comme Paris comble plus que toutes les ambitions de la Terre ». La comédie nous enseigne à détester nos ridicules.

Tous les sots sont périlleux

Trois candidats falots, Emmanuel Grégoire, Pierre-Yves Bournazel, Thierry Mariani se font voler la vedette par Sarah Knafo, Rachida Dati et Sophia Chikirou : une énarque (promotion Molière), une magistrate (admise sur dossier), une activiste affairée. L’ascenseur social fonctionne. Des femmes fortes qui s’affranchissent de leurs mentors, vieux mâles blancs dominants. Elles ont brisé le plafond de verbe, le sens des affaires et de la communication. Dans Paris Match, Rachida Dati – « intime » – confesse : « Pour ma fille, j’ai pensé tout arrêter ». Arrêter quoi ? Arrêter qui ?

Plus redoutable que la charge mentale, la charge de la preuve en correctionnelle, les accusations d’escroquerie aggravée et d’abus de biens sociaux (à l’encontre de  Sophia Chikirou), de corruption et trafic d’influence, recel d’abus de pouvoir et d’abus de confiance (à l’encontre de Rachida Dati). La ministre bénéficie de soutiens insoupçonnés. Thomas Legrand et Patrick Cohen, « Pieds Nickelés » de France Inter, ont « fait ce qu’il faut pour… », à l’insu de leur plein gré. Être une femme libérée, ce n’est pas si facile.

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A gauche, on ne change pas une équipe qui gagne à être battue. Vingt-cinq ans de pouvoir, 8,8 milliards de dette, slogans bienveillants. L’Hôtel-de-ville abrite un Caravansérail de 55.000 agents, absents en moyenne un mois par an. Un aréopage de Barbablabla diversocrates, Barbouille intersectionnels, bras casés, tissent le « vivre ensemble », labourent la chaussée, les composts citoyens, belles histoires de la Mère Castor. Paris est une fête, une grande maison dans les pairies. La bêtise est sans honneur.

Demandez le programme !

Emmanuel Grégoire promet « une ville populaire, diverse, inclusive, ouverte sur le monde ». Le Paris joyeux, des enfants heureux, des monstres gentils, oui c’est un paradis… de bizarreries. Pour le périscolaire, « Respect du principe ‘jamais d’adulte seul avec un enfant’ »… Rassurant pour les parents… « Mise en place d’un dispositif d’extinction des dettes pour les jeunes, fondé sur l’engagement citoyen »… Le choix dans la dette. « 100% d’alimentation bio, locale et durable dans les cantines et crèches municipales »… Gratin de silures à la parisienne, Wok de tofu-boulghour-quinoa halal et sans gluten. « Création de la plage de la Bastille » Nini Peau d’Chien a-t-elle un maillot de bain ? Les fous sont entrés dans Paris !

Pierre-Yves Bournazel, au centre, cherche de l’oxygène, veut des « Maisons des nounous », et en même temps, « une brigade de drones, une brigade canine pour interpeller les dealers »… en attendant une brigade de tigres.

Pierre-Yves Bournazel au Cirque d’Hiver, 11 février 2026. RS.

Rachida Dati. La fille naturelle de Pauline Bonaparte et « JR », l’aventure et la passion, autour de Château Valmont. Bravache, la ministre de la Culture, démissionnaire, cultive les liaisons dangereuses. Digne héritière de Jack Lang, elle laisse une trace partout où elle passe, porte « un grand orchestre parisien des collèges (instruments fournis), une villa Médicis du design ». Aguerrie mais prudente, elle veut « sécuriser les tunnels, dessous des ponts, portes de Paris ; des pavés filtrants pour laisser passer l’eau »… Son courage bouillant ne se peut contenir.

Thierry Mariani. Contre la chienlit et l’insécurité la demande est forte, la concurrence rude, l’innovation de mise avec « l’installation de boutons d’alerte dans les crèches, écoles et commerces pour pouvoir alerter la police municipale ». Old school, « le port de l’uniforme scolaire dès le primaire » a des partisans. Thierry Mariani semble particulièrement sensible au charme et prestige des uniformes syriens, russes, turkmènes, kazakhs, azerbaïdjanais. On satrape des louches avec du caviar.

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Sophia Chikirou, lucide, a longtemps fustigé « une gauche repentante prête à se compromettre avec les islamistes » (Ma France laïque, 2007). Avec Jean-Luc Mélenchon, elle a trouvé son chemin de Dhamas, revient aux sources : l’agitprop, la gauche anthropophage, antisémite, les bilans globule.ment positifs. Xi Jinping, Poutine, Maduro, le Hezbollah, les Mollahs, avec nous, même combat ! Le cocktail Molotov insoumis est à l’œuvre pour faire imploser la nation : immigrationisme, clientélisme, séparatisme, « un festival ‘Paris Terre d’Exils’ valorisant les cultures des diasporas ; une aide d’urgence pécuniaire et mensuelle pendant 6 mois pour les personnes sans titre et sans ressources ».

DR.

Sarah Knafo veut gouverner Paris comme la Suisse, avec deux référendums par an. L’Enarque patriote aurait pu intégrer polytechnique. Pour « une ville heureuse, prospère, paisible, sûre », elle propose le « déploiement de réverbères intelligents anti-agression dotés de capteurs pilotés par l’IA, capables de réagir aux crimes et délits ». Nul n’est jamais assez fort pour ce calcul.

Alas, les dés sont pipés. Rien ne va changer le 22 mars. Paris, à l’image du pays, est un énorme paquebot échoué dans la dette, un mille-feuille crémeux de bureaucratie, une marmite de Woke en stock, gesticulations « toutelemondistes », Mahabharatin Tartuffesur les réfugiés-zéro-carbone, tout en haut des marches, dans la Cour d’Honneur, à la pêche aux Oscar, le buzz, le « bankable », le César du meilleur « sans-papier », les sponsors, les gogos, la société du spectacle. « Ils dînent du mensonge et soupent du scandale » (Chénier).

« Le monde est divisé entre Conservateurs et Progressistes. L’affaire des Progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L’affaire des Conservateurs est d’éviter que les erreurs ne soient corrigées » (Chesterton).

Césars: le cinéma français en costume moral

Hier soir encore, nos acteurs tricolores nous ont servi de copieuses tartines de moraline pendant l’interminable soirée récompensant le cinéma hexagonal. Isabelle Adjani a ainsi invité les hommes présents dans la salle des César à se lever pour soutenir les droits des femmes… Alison Wheeler, de son côté, a salué le talent du maître de cérémonie Benjamin Lavernhe, affirmant qu’il pourrait tout interpréter, « même l’abbé Pierre innocent » — allusion grinçante au prêtre disparu, qui ne peut plus répondre aux accusations.


Ils arrivent en noir, toujours… mines graves, regards chargés d’humanité universelle… la conscience du monde cousue au revers du smoking… et la salle applaudit déjà avant même de savoir pourquoi… parce que le rituel compte plus que les films… parce que les Césars, sous les présidences successives d’hommes comme Alain Terzian, n’ont jamais été seulement une remise de prix mais une messe… une liturgie où chacun vient laver publiquement ses contradictions privées… on distribue des statuettes comme des indulgences… on absout en direct… et surtout on se regarde être du bon côté de l’Histoire… sous les projecteurs qui pardonnent tout sauf l’absence… comme si le cinéma français avait besoin chaque année de se prouver à lui‑même qu’il est encore moralement fréquentable.

Adèle Haenel : quand la salle regardait ses chaussures…

La morale y circule plus vite que les scénarios… on y parle d’engagement, de courage, de parole libérée… mais il aura fallu en 2020 la révolte de centaines de professionnels – Jacques Audiard, Agnès Jaoui, Omar Sy, Michel Hazanavicius – pour découvrir que derrière la façade progressiste survivait une mécanique verrouillée, cooptée, opaque… étrange industrie qui exige la transparence du monde mais redoute la sienne… où l’on réclame des comptes à la société entière tout en protégeant jalousement ses propres comptes… où l’indignation publique sert parfois de rideau à l’immobilisme privé.

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Puis il y eut la fracture… la soirée où Roman Polanski reçoit le César du meilleur réalisateur… et Adèle Haenel se lève, quitte la salle, lance un « la honte ! » qui résonne plus fort que tous les discours… instant brutal où la morale proclamée rencontre la mémoire judiciaire… où le cinéma français découvre en direct qu’il ne peut plus défendre simultanément l’artiste sacré et la vertu collective… certains applaudissent, d’autres regardent leurs chaussures… et soudain la cérémonie cesse d’être un spectacle pour devenir un aveu collectif.

Le mouvement MeToo, ailleurs déjà ancien, arrive ici avec retard et prudence… longtemps on explique, on nuance, on contextualise… puis, lorsque les accusations visant Gérard Depardieu explosent et que les auditions parlementaires s’enchaînent, le vocabulaire change d’un coup… éveil, responsabilité, révolution nécessaire… conversion rapide, presque administrative… comme si le milieu n’avait jamais ri des rumeurs qu’il prétend aujourd’hui combattre… comme si la conscience suivait le calendrier médiatique plutôt que l’expérience vécue.

Les films qui rapportent du fric ne sont jamais récompensés !

Et pendant que les discours s’envolent, l’économie reste d’une franchise brutale… le Centre national du cinéma – le CNC – organise une redistribution unique au monde : taxes sur billets, chaînes, plateformes… argent prélevé sur le succès pour financer la création… mais ce ne sont pas les films primés qui remplissent les caisses… ce sont les triomphes populaires, les comédies massives, héritières de Bienvenue chez les Ch’tis ou Qu’est‑ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, moquées en coulisses mais indispensables… sans elles, une large partie du cinéma d’auteur disparaîtrait en silence… paradoxe magnifique : le public finance ce cinéma qui explique ensuite pourquoi il ne faut surtout pas lui ressembler.

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Alors naissent ces films impeccables… sérieux, nécessaires, irréprochables… des œuvres qui semblent parfois conçues pour les commissions, pour Cannes, pour la critique avant même d’exister pour une salle… sujets justes, intentions nobles, réception fragile… ils circulent d’aide en festival, survivant grâce à la reconnaissance institutionnelle plus qu’à la rencontre avec les spectateurs… le cinéma devient dossier, position morale, argumentaire… et l’émotion attend dehors, comme un figurant oublié dans le froid.

Au fond, tout tient grâce à un pacte silencieux… les succès populaires produisent l’argent, les films d’auteur produisent la légitimité, les Césars produisent le récit moral… chacun dépend de l’autre tout en feignant de l’ignorer… et chaque année on recommence… mêmes discours tremblants, mêmes larmes convenues, même illusion collective… celle d’un milieu persuadé d’être la conscience du pays alors qu’il en est peut-être seulement le miroir le plus inquiet… un miroir qui parle beaucoup pour éviter de se regarder trop longtemps – comme l’écrit Céline: « La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas ».

Le masculinisme, voilà l’ennemi!

Constat unanime dans les rangs des féministes, des people et au ministère de l’Intérieur: le masculinisme menace l’ordre public.


Un nouveau fléau menace la France : le masculinisme. Vous-et-moi sommes inconscients, mais heureusement il y a de nombreux lanceurs d’alerte. Récemment, le grand sociologue Bruno Solo, qui parlait au Sénat, nous a expliqué qu’il fallait apprendre aux garçons à respecter les filles. Heureusement qu’il est là ! De son côté, Sandrine Rousseau nous explique que la violence antifa répond à la vraie violence (celle des « fa », bien sûr), mais démontre surtout la pénétration du virilisme à gauche. Le Haut Conseil à l’Égalité, payé par le contribuable pour expliquer chaque année de quoi les femmes sont victimes, propose en 2026 un focus sur les « mascus » — ce sexisme hostile, à différencier du sexisme paternaliste, auquel adhéreraient déjà 10 millions de Français. À l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a parlé le 9 février de « menace masculiniste, organisée et décomplexée », à la suite d’appels malveillants en masse sur le 3919 (la ligne d’écoute pour les femmes victimes de violences). Il envisagerait d’appliquer aux sites « mascus » la législation antiterroriste. Vite, un PNAM (Parquet national anti-mecs) !

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En débat sur France 5 hier soir, il y avait cinq personnes sur six pour nous dire que le masculinisme est partout. Il gouverne à Washington et à Moscou, il sévit sur Internet et se propage en salle de musculation (muscu-mascu, évidemment). Et même dans des vidéos sur l’entrepreneuriat. Deux sources idéologiques contradictoires seraient à la base de ce terrible masculinisme : l’ultralibéralisme, avec l’accumulation du capital, du muscle et des femmes ; et la réaction : le « mascu », c’est d’extrême droite. Curieusement, l’islam intégriste n’est pas mentionné. Voiler sa fillette de six ans, ce n’est pas « mascu », c’est « multiculti », apparemment.

Alors, existe-t-il une menace réelle ? Pour fabriquer un épouvantail, explique Eugénie Bastié dans Le Figaro, il faut étendre la définition du crime. Sur France 5, toute personne qui trouve le nouveau féminisme revanchard et hargneux est suspecte. Et tout homme qui trouverait injuste d’être écarté parce qu’il est un homme au nom de la parité, aussi.

Le parti des Médias ne veut pas entendre parler de crise de la masculinité. Depuis l’enfance, des garçons entendent que la masculinité est toxique, la pénétration archaïque, le désir pernicieux. Que les hommes et les femmes, ça n’existe pas. Résultat : beaucoup sont largués et ne savent pas comment être un homme avec une femme.

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Dans le monde réel, il y a plusieurs strates : des influenceurs bourrins qui regrettent la domination masculine, quand la majorité des hommes a compris que des partenaires égales, c’était plus marrant que des subordonnées – leur influence progresserait chez les jeunes ; des entrepreneurs qui vendent de la gonflette psychologique minable (avec séances de drague de rue) et semblent en faire un bon commerce.

Seule violence directement imputable au masculinisme en France à ce jour : l’arrestation d’un jeune de 18 ans qui fréquentait des sites masculinistes et « voulait passer à l’action », selon M. Nuñez. Quel dommage qu’on n’ait pas été aussi vigilants avec le premier type qui se paluchait devant des vidéos de Daech.

Adieu Mademoiselle

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Les habits neufs du féminisme

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Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

50 balles pour la justice. À quand l’hôpital?

À partir du 1er mars, saisir certaines juridictions ne sera plus totalement «gratuit». Dame Justice fait la quête: la République met un péage à l’entrée du tribunal…


Dans le projet de loi de finances 2026 adopté le 2 février, se trouve instaurée une obligation financière nouvelle, une de plus : mettre au pot cinquante euros pour quiconque entend faire valoir ses droits auprès de la justice française.

Cela concerne les juridictions civiles et prud’homales, donc une infinité de litiges, de différends et contentieux touchant au travail, à la famille, aux règlement administratifs, etc. Quelques exonérations sont semble-t-il prévues, comme toujours lorsqu’il s’agit d’inaugurer une nouvelle usine à gaz. Minimes, en tout…

Entre 2011 et 2013, période à cheval sur les gouvernements Fillon et Ayrault, un dispositif analogue avait été mis en place. Le montant du droit d’entrée était alors de 35 euros. Sagement, le pouvoir avait fait machine arrière en 2014 devant le faible rendement financier de la trouvaille et les nombreux inconvénients générés. On serait donc, au sommet de l’État, gens de courte mémoire. À moins bien sûr que devant la désastreuse situation financière du pays on n’en soit réduit à faire flèche de tout bois. Comme disait l’éminent Albert Einstein : « La folie c’est refaire les choses de la même manière en attendant un résultat différent. » Puisque c’est Einstein lui-même qui pose ainsi un diagnostic de dégradation mentale touchant nos gouvernants, fions-nous donc à l’opinion de ce très grand savant. Donc, ils sont fous !

En fait, voudrait-on dissuader le citoyen d’exercer son droit à recourir à la justice, droit pourtant absolument imprescriptible, on ne s’y prendrait pas autrement. Par ailleurs, la gratuité de cet accès à la justice est un des principes fondamentaux des règles légales et constitutionnelles du pays. Or, faire payer, taper le justiciable de cinquante euros revient ni plus ni moins à rompre la sacro-sainte égalité de tous devant la loi. C’est rendre encore plus faible le faible qui n’a plus que l’instance judiciaire pour dire son droit, lui rendre justice. Le plus faible, la femme dont l’ex ne verse plus la pension depuis belle lurette, ou même celle dont le mari s’arrange pour la laisser dans le plus rude dénument. Le travailleur en mal de salaire depuis des semaines, etc, etc. Comment le gouvernement, comment les députés ont-ils pu laisser passer une telle aberration, opérer un tel retour en arrière, s’autoriser un tel déni des principes fondamentaux de notre République ? Oui, on peut parler de folie.

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Personne ne se tourne de gaieté de cœur du côté du tribunal pour exposer ses misères, ses conflits. Faire payer la démarche, déjà en elle-même si pénalisante, souvent douloureuse, relève de la perte pathétique de tout sens humaniste bien compris. Celui des Lumières, d’ailleurs non tellement éloigné en la matière des vertus chrétiennes originelles.

La justice a aussi pour fonction évidente, naturelle, de porter secours. Faire cracher à une quelconque sébile que tendrait dame Justice est abject.

Mais au fait, au nom de quoi, en vertu de quelle nécessité impérieuse, cette « folie » ? Pour renflouer les caisses de l’aide juridictionnelle, nous dit-on. La belle affaire !

Commençons donc par la réserver aux citoyens français et aux personnes étrangères séjournant chez nous en parfaite et absolue légalité, cette aide juridictionnelle. Et cessons de la dispenser larga manu à la foule des clandestins trop heureux de trouver un avocat gratis chargé, arguant de mille et un prétextes, d’accumuler recours sur recours et reculer ainsi l’exécution des expulsions, si possible jusqu’à ce merveilleux moment tant attendu où les poules auront des temps.

Aujourd’hui, voilà qu’il faudra casquer casquer pour avoir accès au tribunal. Cela dès le 1er mars prochain. Et pourquoi pas demain, la même chose à l’hôpital, rendu exsangue pour les mêmes raisons qu’évoquées plus haut ? Cela en vertu d’un autre puissant avis de M. Einstein, rejoint en cela par la sagesse populaire : « Aux mêmes causes, les mêmes effets. »

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Dans le doute, dites «gunperson»…

Epidémie de fusillades en milieu transgenre? Attention à correctement nommer les tueurs


Le 10 février, le Canada a été endeuillé par un énième meurtre de masse. Jesse Van Rootselaar, âgé de 18 ans, a assassiné sa mère et son demi-frère avant de se rendre à l’école secondaire Tumbler Ridge où il a abattu cinq élèves et un professeur. Van Rootselaar s’est ensuite suicidé.

Le tueur s’identifiait comme fille depuis ses 12 ans. Il ou elle ? Tel est le dilemme posé aux autorités canadiennes, inquiètes de mégenrer le criminel. C’est ainsi qu’il a été qualifié de « gun person » plutôt que de « gunman », terme très couramment utilisé en anglais. Quant à la presse canadienne, elle aura mis vingt-quatre heures pour révéler que Jesse Van Rootselaar était un transgenre, le présentant d’abord comme une femme.

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Cette affaire survient concomitamment avec un autre meurtre commis par un transsexuel, toujours au Canada : un certain Robert Dorgan, 56 ans, qui a ouvert le feu dans une patinoire de hockey sur glace où jouait son fils, tuant son ex-femme et son propre enfant. Épidémie de fusillades en milieu transgenre ? D’après l’association étasunienne Glaad (Gay and Lesbian Alliance Against Defamation), sur les 5 748 fusillades de masse recensées entre le 1er janvier 2012 et le 15 septembre 2025, cinq ont été confirmées comme étant commises par des personnes transgenres, soit un taux inférieur à 0,1 %.

Cependant, certains des tireurs ont indiqué que leurs meurtres étaient directement liés à leur identité de genre, comme Devon Michael Erickson et Alec McKinney, auteurs en 2019 d’une fusillade dans un lycée. La population transgenre est considérée comme un groupe à haut risque en ce qui concerne le développement de troubles de santé mentale. Une étude de Yale menée en 2020 a révélé que les personnes diagnostiquées comme présentant une « incongruence de genre » sont six fois plus susceptibles de souffrir d’un trouble d’anxiété que la population générale, trois fois plus susceptibles de se voir prescrire des antidépresseurs et des anxiolytiques, et six fois plus susceptibles de faire une tentative de suicide nécessitant une hospitalisation.

Pourquoi Pasolini se méfiait des antifa

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En 1976, le cinéaste marxiste italien écrivait dans ses Lettres luthériennes : « Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle anti-fascisme. » Un essai récent permet de mieux comprendre les origines de cette pensée visionnaire.


On croyait connaître Pier Paolo Pasolini. Son assassinat à Ostie en 1975, à l’âge de 53 ans, a comme figé la statue d’un homme au visage sombre, aux lunettes noires, au cinéma d’avant-garde, à l’homosexualité d’après-guerre et au marxisme de contre-culture.  Un ouvrage récent, Pasolini et la tradition, signé par Francesco Zambon, professeur honoraire à l’université de Trente, dépoussière l’icône.

L’auteur part d’une citation étonnante du réalisateur de Théorème, qu’il choisit de prendre au sérieux : « Je suis une force du passé. C’est dans la tradition que tient tout mon amour. » Non pas que Zambon cherche à travestir Pasolini en quelque poète folklorique qui aurait rêvé d’un Puy-du-Fou à la romaine ou d’un poujadisme rital. La « tradition » dont parlait le cinéaste n’était pas un totem mais plutôt un concept. Il s’agissait moins pour lui de célébrer le passé – ou de chercher à le restaurer- que de prendre conscience de ce qui sous nos yeux disparaît.

Pasolini était un être inquiet. « Les promenades dans ces lieux lui suggèrent toute une série de considérations, très sombres, sur le paysage des Apennins, sur les ruines des époques passées, sur la décadence culturelle et esthétique de l’Italie actuelle », écrit Zambon. Schématiquement, la « tradition » prenait à ses yeux la forme d’une sainte trinité à l’italienne, composée de la haute culture, de la culture populaire et de la tradition religieuse. Pas étonnant que Dante, Gramsci et Saint Matthieu aient inspiré son œuvre.

Il y a d’abord la tradition lettrée : la Renaissance bien sûr mais aussi la poésie dialectale, la rhétorique latine, la longue mémoire littéraire italienne, dont le professeur Zambon est d’ailleurs spécialiste. On redécouvre, en lisant cet essai qu’il existait autrefois en Italie une bourgeoisie intellectuelle cultivée ; sociologie dépaysante vue de France, où la classe aisée des beaux quartiers ouest-parisiens confond souvent l’héritage et le patrimoine immobilier. 

Vient ensuite la tradition populaire, celle des campagnes frioulanes de l’enfance de Pasolini, avec ses dialectes, ses gestes agricoles, ses rites saisonniers, sa convivialité villageoise. Le cinéaste y cherchait des mythes. On pense à Virgile, aux mondine des plaines du Pô, à la pastorale. Il y a certes la pauvreté, l’injustice aussi dans un pays où les paysans ne deviendront propriétaires de la terre que quand elle ne rapportera plus rien… mais il y a aussi cette densité humaine touffue qui disparaît sous les yeux du cinéaste.

De la droite catholique à la droite cathodique

Enfin, il y a la tradition religieuse. L’Evangile selon Saint Matthieu (1964) reçut les honneurs du Vatican et Théorème (1968)filme une crise mystique : l’étrange beauté d’un jeune homme retourne toutes les culottes d’une famille bourgeoise et accule le patriarche à l’abandon et la fuite dans le désert. Le christianisme chimiquement pur… Pasolini cherche et trouve le mystère de l’Evangile non pas dans les internats de jeunes gens, ni davantage dans l’Eglise institutionnelle ou dans le mouvement démocrate-chrétien qui ramassait tout le personnel politique corrompu de l’après-guerre.

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Cette triple tradition, Pasolini la voit disparaitre dans l’Italie des années soixante et soixante-dix. La télévision en est l’instrument décisif : elle diffuse un italien standardisé jusque dans les foyers de familles patoisantes, standardise l’imaginaire, les modèles culturels.  La dictature de Mussolini avait échoué à créer « l’homme nouveau » sur le modèle du légionnaire fasciste ; la culture marchande arrive à en façonner tout doucement un autre, hédoniste, doux, indifférent, relativiste, amusé. Retour au pain et aux jeux. Et aussi la réalisation inattendue de l’unité nationale italienne, dont même Mussolini n’aurait pas rêvé, à la faveur de la diffusion télévisuelle d’une langue standardisée qui fait disparaître tout parler local.

Néofascisme, antifascisme, post fascisme

Le voilà, le « nouveau fascisme » selon Pasolini : non le néofascisme résiduel, folklorique et parfois violent du MSI, héritier d’un Duce lui-même écrasé militairement, rangé aux horreurs de l’histoire et dont pourtant l’Italie des années 1960 – 1970, parle beaucoup et sans doute un peu trop. Durant les fameuses années de plomb, la gauche redoute un putsch militaire, la droite une révolution communiste : noirs et rouges rendent coup pour coup. Qu’importe que les néo fascistes soient une sinistre bande de pieds nickelés auxquels le film de Mario Monicelli Nous voulons les colonels a rendu justice, ils obsèdent déjà les élégants de la culture de contestation italienne.

C’est pourquoi Pasolini, l’insurgé ontologique, se montre si sévère avec certaines formes de contestation en 1968. Les étudiants veulent détruire l’autorité, le fascisme, la tradition ? En réalité, constate le cinéaste, ils accompagnent parfois ce qu’ils prétendent combattre. Ils refusent tout dialogue même critique avec les Anciens, vident les têtes en s’opposant à la culture bourgeoise et préparent leur remplissage par la pacotille marchande. « Ils ont obéi en désobéissant » : la formule est cruelle. Elle en annonce une autre : « le fascisme des antifascistes ». Pasolini avait déjà ses antifas… Et nous les retrouvons aujourd’hui. Son propos nous rattrape en écho de la sombre actualité.

Le romantisme militant, l’inculture historique, les slogans réflexes n’éveillent pas des consciences ou d’esprit critique. Ils finissent par reproduire des mécanismes qu’ils prétendent dénoncer. Déjà au XIXème siècle, Hippolyte Taine résumait le problème quand il parlait du jacobinisme : « Rien de plus dangereux qu’une idée générale dans des cerveaux étroits et vides : comme ils sont vides, elle n’y rencontre aucun savoir qui lui fasse obstacle ; comme ils sont étroits, elle ne tarde pas à les occuper tout entiers. »

Eu fond, ce qui aurait pu prévenir ces affrontements de têtes brûlées ou de têtes vides, hier dans l’Italie des années de plomb, il y a quinze jours à Lyon, c’est précisément ce que Pasolini appelait la « tradition » : que les mots balancés dans des amphis ou meeting trouvent en arrivant dans les têtes pour s’y opposer quelques paroles apprises par cœur en chantant au chœur de l’Eglise, en récitant un dicton de grand-mère ou un sonnet de Pétrarque à l’Université. Certes la tradition ne sauvera jamais un régime ni n’en instituera un autre, mais elle peut encore sauver les consciences.

Sur un air de famille

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William Faulkner en 1954, photographié par Carl Van Vechten © Carl Van Vechten/Wikimedia

La nouvelle traduction du Bruit et la Fureur de William Faulkner, par Charles Recoursé, est remarquable. Elle fait fi du wokisme en vigueur dans l’édition et restitue sans fausse pudeur l’histoire de la famille Compson, traversée par la folie, l’alcoolisme et l’inceste. Un roman méditatif et vertigineux.


1929. Crise économique occidentale. Faulkner publie Le Bruit et la Fureur, sans succès. Sept ans plus tôt, l’année de la mort de Proust, Joyce a publié Ulysse. En 1924 Mann a donné La Montagne magique, Gide Les Faux-Monnayeurs en 1925, Le Temps retrouvé a paru en 1927, posthume, en même temps que Promenade au phare de Woolf, qui publiera en 1931 Les Vagues, son roman le plus expérimental. Posthumes, aussi, les grands romans de Kafka, parus entre 1925 et 1927. 1930 : début de la publication de L’Homme sans qualités. 1932 : Voyage au bout de la nuit… Le roman lui aussi est en crise, perturbant le rapport de la narration au temps linéaire et à la représentation de notre existence ; c’est donc qu’il se porte bien, malgré le discrédit jeté sur ce genre par les surréalistes. Rappelons aussi qu’Être et temps de Heidegger a paru en 1927, Malaise dans la civilisation de Freud en 1930.

En 1929, donc, Faulkner donne son quatrième roman, après Sartoris, surtout, qui ouvrait la geste du comté imaginaire de Yoknapatawpha, capitale Jefferson, dans le Mississippi – ce « timbre-poste » que l’écrivain taillera au poinçon dans toute son œuvre, avec ses familles patriciennes, ses peigne-culs, ses parasites qui finiront par l’emporter, et ses « nègres » (sachons gré au nouveau traducteur, Charles Recoursé, d’avoir gardé ce vocable, malgré le révisionnisme woke régnant sur l’édition occidentale). Dans Le Bruit et la Fureur, les Compson vivent leur déchéance auprès de leurs domestiques « nègres », dont Dilsey, la cuisinière, est la conscience morale non seulement des siens mais aussi des Blancs ; c’est d’ailleurs sur elle que se focalise la quatrième et dernière partie du roman, le « 8 avril 1928 », la première ayant pour voix narrative Benjy, un idiot de 33 ans (le « 7 avril 1928 »), l’un des quatre enfants de Jason et Caroline Compson, aristocrates rongés par l’alcool, l’hypocondrie, le déclassement social. La deuxième partie (« 2 juin 1910 ») est le monologue de Quentin, le fils aîné, le jour de son suicide, hanté par la virginité de sa sœur Candace, dite Caddy, et qu’on a envoyé à Harvard après avoir vendu le dernier pré familial. La troisième partie, le « 6 avril 1928 », est dédiée à Jason, personnage frustré et colérique, qui porte le nom de son père et entend en jouer le rôle auprès de sa mère, de Caddy et surtout de Quentin, la fille que celle-ci a eue après s’être mariée mais dont le mari, qui n’était pas le père, a divorcé aussitôt. La mère passe ses journées dans sa chambre, le père dans l’alcool, l’oncle Maury dans l’oisiveté narcissique, les « nègres » dans la fainéantise et la superstition, les enfants dans le drame de cette pièce pleine de bruit et de fureur contée par un idiot qu’est l’existence, selon Shakespeare, à qui Faulkner emprunte le titre de son roman, et l’une de ses lectures de chevet, avec la Bible, Balzac, Conrad.

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Tortueux, obscur, tout ça ? Pas plus qu’un portrait de Picasso, un morceau de Schoenberg, un essai de Bergson, ou que le travail du temps commun sur l’esprit et de l’esprit sur le temps personnel. L’Appendice Compson, publié à part, éclaircira les choses. Mais il faut consentir à abandonner nos réflexes de lecture. Composé comme un quatuor à cordes en quatre mouvements, donc avec quelque chose de musical qui relève de l’oreille et de la suggestion autant que de la signification pure, le roman s’ouvre sur un andante plein de sons et de couleurs où un idiot avance avec confusion ou extase dans l’énigme du monde : avec Benjy, né Maury puis rebaptisé Benjamin pour ne pas faire offense à son oncle Maury, pourtant un bellâtre bon à rien, la confusion des prénoms suggère celle des sentiments et aussi l’inceste ; la deuxième partie est un adagio méditatif et vertigineux déployant la mélancolie et la folie de Quentin ; la troisième a tout d’un scherzo où pulse la haine de Jason contre le genre humain et sa nièce Quentin ; la dernière, plus extérieure et ample, trouve une sorte de conciliatio, plus qu’une réconciliation, grâce à quoi l’ordre familial persiste.

C’est dans la première partie qu’on trouve la célèbre image que Faulkner a donnée pour exemple de la graine générative d’un roman – celle de Caddy montée dans un poirier : « On a regardé sa culotte qui avait le fond tout crotté. Ensuite on ne l’a plus vue. On entendait remuer l’arbre. » Ce que Maurice-Edgar Coindreau, l’introducteur de Faulkner en France, traduisait ainsi, en 1937 : « Nous avons vu son fond de culotte qui était tout sale. Et puis nous ne l’avons plus vue. Nous pouvions entendre le bruit de l’arbre. » La différence est sensible : substitution du « on » au « nous », typique du français actuel, et, surtout, « crotté » au lieu de « sale », et « regardé » au lieu de « voir ». Le pouvoir érotique de Caddy sur ses frères est évident. Le sexe est l’or sombre de ce roman traversé d’éclairs, d’images, de sentences telles que « la victoire est une illusion des philosophes et des imbéciles », selon Quentin, qui dit aussi qu’on « emporte le symbole de notre frustration dans l’éternité », les femmes n’étant « jamais vierges », et le sang toujours « corrompu ». Quant aux « nègres », dit Jason, « dès qu’ils côtoient les blancs trop longtemps, ils ne valent plus la corde pour les pendre ».

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Le roman s’achève sur le retour à la maison de Benjy et du « nègre » Luster dans une calèche déglinguée, symbole d’un ordre économique et social que les Snopes, ces minables plus tenaces que des cafards, incarneront ensuite, comme le narrera la trilogie tardive constituée par Le Hameau, Le Domaine, La Ville. Pour l’instant, chacun « est à la place qui lui était assignée », traduit Recoursé, là où Coindreau disait que tout est « dans l’ordre accoutumé ». Variations de traduction importantes qui justifiaient cette nouvelle traduction en tous points remarquable et nécessaire (et non « somptueuse », selon la publicité de la maison Gallimard, ce qui ne veut pas dire grand-chose).

Le Bruit et la Fureur, William Faulkner, traduit de l’anglais par Charles Recoursé, Gallimard, 2026.

Le bruit et la fureur: Nouvelle traduction

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Grande-Bretagne: Reform ou Restore?

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Le parlementaire britannique Rupert Lowe photographié à Cheltenham le 14 mars 2025 © Ashley Western/Colorsport/Shutte/SIPA

La fracture du souverainisme britannique fait écho aux divisions du camp national en France, entre RN et Reconquête!


La naissance récente du parti Restore, fondé par Rupert Lowe, marque une nouvelle étape dans la recomposition du camp souverainiste britannique. Elle intervient au moment même où, selon les sondages, Nigel Farage semble proche du pouvoir.

Restore : déjà 100 000 adhérents

Ancien homme d’affaires devenu député du parti de Nigel Farage, dont il a claqué la porte, Rupert Lowe a lancé le 13 février son propre parti. En deux semaines, le mouvement revendique déjà 100 000 adhérents et plus d’un million de sympathisants sur les réseaux sociaux.

DR.

Rupert Lowe, qui a reçu les soutiens notables d’Elon Musk et de Tommy Robinson, s’est notamment fait connaître par son implication directe dans le dossier des grooming gangs, ces réseaux d’exploitation sexuelle de mineures blanches par des gangs pakistanais, négligés par les autorités par crainte d’être accusées de racisme. Critiquant l’enquête officielle, M. Lowe a contribué à financer une enquête indépendante destinée à recueillir les témoignages de victimes et à documenter les défaillances des institutions publiques.

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Rupert Lowe reproche à Nigel Farage d’avoir modéré son discours afin d’apparaître comme un dirigeant gouvernemental crédible, tandis que le second considère le premier comme un agitateur incapable de gouverner.

La rupture entre les deux hommes est d’abord personnelle. Lowe accuse la direction de Reform UK d’avoir cherché à l’écarter en le signalant à la police pour des accusations de harcèlement qu’il conteste. Une perquisition nocturne à son domicile, finalement sans suites judiciaires, a achevé de rendre leurs relations ouvertement hostiles.

Divergence sur la remigration et l’islam

Derrière ce conflit personnel se profilent toutefois de profondes divergences politiques, notamment sur la question de la remigration. Nigel Farage défend une politique d’expulsions massives visant principalement les clandestins et les déboutés du droit d’asile. Rupert Lowe va plus loin en préconisant un programme de départs à grande échelle visant non seulement l’immigration illégale, mais aussi une partie des immigrés installés légalement.

Une autre ligne de fracture concerne la place de l’islam dans la société britannique. Nigel Farage, tout en dénonçant régulièrement l’islamisme et les échecs de l’intégration, concentre l’essentiel de son discours sur l’extrémisme religieux plutôt que sur l’islam lui-même, dans une logique de respectabilité politique et d’élargissement électoral.

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Rupert Lowe adopte au contraire une approche frontale. Il met en garde contre l’islamisation du Royaume-Uni. Restore propose l’interdiction du voile intégral, la suppression des tribunaux islamiques et une réduction drastique de l’immigration en provenance de pays musulmans.

La division du camp souverainiste intervient à un moment où Reform UK s’impose comme la formation politique la plus populaire du royaume. Les derniers sondages le placent aux environs de 30% des intentions de vote, loin devant les conservateurs et les travaillistes, situés autour de 15 à 20%. Le système électoral britannique du first past the post, fondé sur des circonscriptions uninominales à un tour, pénalise sévèrement les divisions au sein d’un même camp. Les élections locales prévues au mois de mai constitueront à cet égard un test important du poids respectif des partis.

Le Pen–Farage versus Zemmour–Lowe ?

Le débat britannique trouve un écho évident en France, où le camp national est lui aussi traversé par une rivalité persistante entre le Rassemblement national et Reconquête. Comme Nigel Farage, Marine Le Pen et Jordan Bardella cherchent à crédibiliser l’image du Rassemblement national comme parti apte à gouverner. Comme Rupert Lowe, Éric Zemmour assume une ligne plus radicale, notamment sur la question de l’islam. Pour Marine Le Pen, celui-ci est compatible avec la République française, tandis qu’Éric Zemmour soutient au contraire qu’il constitue une civilisation incompatible avec la France.

Sur le plan économique, Rupert Lowe apparaît plus libéral et attaché à la réduction du rôle de l’État, tandis que Nigel Farage assume une ligne plus interventionniste, évoquant même la nationalisation de l’industrie sidérurgique — une différence qui rappelle en France l’opposition entre le programme social du Rassemblement national et l’orientation plus libérale de Reconquête.

Au fond, la rivalité entre Reform et Restore, bien résumée par leur nom respectif, renvoie à un dilemme classique des mouvements classés à la droite de l’échiquier politique : faut-il privilégier la conquête du pouvoir ou la cohérence doctrinale afin de peser sur le débat politique ? Le système électoral britannique tend historiquement à encourager la première stratégie. Mais la progression rapide de Restore, si elle se confirmait, montrerait que la seconde dispose elle aussi d’un espace politique significatif, à l’image de Reconquête en France.

Mayotte : Comment l’immigration détruit une société

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Mathilde Panot (LFI): la démocratie sous condition suspensive

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La députée d'extrême gauche Mathilde Panot sur sa chaine YouTube, le 20 février 2026. Capture.

Après avoir estimé qu’en lui demandant de faire « le ménage dans ses rangs » après le meurtre de Quentin Deranque, l’exécutif se rendait coupable de misogynie, et indiqué qu’elle était « fière » de compter le très controversé Raphaël Arnault parmi les membres de son groupe parlementaire, la chef des LFistes à l’Assemblée a indiqué qu’elle n’accepterait « jamais » que le RN « prenne le pouvoir par les urnes ». La démocratie sous tutelle gauchiste, en quelque sorte.


Il faut toujours écouter attentivement ceux qui prétendent parler au nom du Bien. Ils finissent par dire la vérité, la leur.

Lorsque l’excellente Mathilde Panot explique, références savantes à l’appui, qu’il faudrait empêcher « l’extrême-droite » d’accéder au pouvoir, même si elle devenait majoritaire dans les urnes, elle ne dérape pas. Elle expose une doctrine : la souveraineté populaire, oui, mais sous condition suspensive, naturellement. À charge pour le peuple de voter correctement.

Sachants

Cette idée n’est pas une simple outrance militante. Elle a été pensée, formulée, théorisée. Dans L’Âme noire de la démocratie, Geoffroy de Lagasnerie conteste le fétichisme du suffrage universel et interroge la légitimité d’un système qui laisserait gouverner ceux qui ne « savent pas ». Derrière la critique des institutions, on entend une vieille musique : substituer à la souveraineté du nombre la souveraineté du savoir.

Rien de nouveau sous le soleil. Platon soutenait déjà, il y a plus de deux millénaires, que la Cité juste devait être dirigée par les philosophes, seuls capables d’accéder à la vérité. Le peuple, livré à ses passions, était réputé versatile, inconstant, influençable, dangereux. La démocratie athénienne était pour lui un régime instable, prélude au désordre. Les gardiens du peuple ont désormais changé de costume : on parle d’experts, d’avant-garde éclairée, de vigilance citoyenne. Le principe demeure : tous votent, mais certains comprennent plus et mieux que d’autres.

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Dans le sillage de Jean-Luc Mélenchon – dont certaines saillies récentes, notamment sur la manière de prononcer le nom d’Epstein à la manière des antisémites d’antan, entretiennent un climat trouble – s’installe l’idée qu’il existerait une légitimité supérieure à celle des urnes. Une légitimité morale, historique, intellectuelle. On connaît pourtant cette pente. À ses débuts, le Front national de Jean-Marie Le Pen contestait déjà la légitimité du « système » au nom d’une vérité supérieure. On y voyait une tentation illibérale, et on avait raison.

Classes dangereuses

Aujourd’hui, le mécanisme est simplement inversé. Ce n’est plus le système qui trahit le peuple, c’est le peuple qui trahit le camp du Bien. S’il persiste dans l’erreur, il faudra donc le corriger. « Barrage », « vigilance », « autodéfense populaire » : les mots sont polis, mais la logique est d’une brutalité toute léniniste. Quand les urnes se trompent, la rue rectifie.

La démocratie est pourtant d’une simplicité désarmante. On accepte de perdre, on accepte que la majorité puisse se tromper, comme nous-mêmes nous pouvons nous tromper.

Si l’on estime vraiment qu’une majorité serait dangereuse, la solution n’est pas de suspendre le suffrage universel par l’effet d’une clause implicite. Elle est plus exigeante : convaincre davantage, travailler plus, argumenter mieux, élargir son audience. Ou bien assumons franchement la réforme : remplaçons le vote par un concours d’entrée. Épreuve écrite de conscience politique, dissertation de morale civique, oral devant un jury d’experts certifiés. Les recalés rentreront chez eux, soulagés d’avoir été protégés contre leur propre ignorance. Ce serait au moins cohérent.

Mais tant que nous conservons le suffrage universel, il faut l’accepter sans astérisque, et sans clause suspensive. La démocratie n’a pas besoin de gardiens. Elle a besoin d’adversaires capables de gagner sans tricher, et de perdre sans délégitimer.

(ici à la 23e minute)

Et les odieux sifflèrent Bardot

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Capture d'écran Canal +

Lors des César, certains spectateurs n’ont pas pu s’empêcher de huer et de qualifier de « raciste » la star Brigitte Bardot, disparue en décembre, pendant l’hommage qui lui était rendu. Honteux.


L’Académie des César eut la noble idée de rendre hommage à Brigitte Bardot, l’une des grandes icônes féminines du cinéma français avec Fanny Ardant, Annie Girardot, Catherine Deneuve et quelques autres. Ce n’eut pas l’heur de plaire aux médiocres, tapis dans l’obscurité, enfoncés dans leurs sièges, gavés de subventions, infatués d’eux-mêmes à force de lire les éloges de Télérama pour leurs films qui vident les salles. Mais comment s’étonner de ce manque d’élégance de la profession alors que le monde du cinéma avait renoué avec l’art du muet au moment où il avait fallu célébrer l’actrice lors de son décès en décembre dernier ?

Le mépris

Dieu créa la femme ; cette femme consacra sa vie au cinéma puis aux animaux et les odieux créèrent l’infâme en la sifflant. Officiellement, ils lui reprochent sans doute ses convictions politiques, trop à droite pour un landerneau qui penche trop à gauche ; ils n’oseront jamais avouer qu’ils jalousent aussi sa liberté et son indépendance, sa féminité et son authentique féminisme, son respect de la patrie et l’amour que celle-ci lui rendait, sa beauté et le regard que les hommes portaient sur elle. Le mépris, c’est aujourd’hui autant le titre d’un des principaux films dans lesquels apparaît Brigitte Bardot que le sentiment que nous inspirent les réflexes moutonniers du milieu du 7ème art.

A lire aussi: Bardot, la femme sans alibi

Adèle Haenel, le 28 février 2020 © Christophe Ena/AP/SIPA

Pour les César, grand-messe pour petits curés de la bien-pensance, la vulgarité est devenue une marque de fabrique. En 2020, tandis que J’accuse de Roman Polanski est maintes fois nominé, Florence Foresti, à la présentation tout en mauvais goût, et Jean-Pierre Darroussin, qui fit semblant de ne pas savoir prononcer le nom du cinéaste, furent supplantés par Adèle Haenel qui quitta aussi précipitamment qu’inélégamment les lieux. Heureusement, avec sa voix particulière couvrant la mitraille d’une meute qui, comme toutes les meutes, fut veule, s’éleva, seule contre tous, la géniale Fanny Ardant. L’actrice qui interpréta la Callas et, plus humblement, la femme d’à côté expliqua que lorsqu’elle aimait, elle le faisait passionnément, jusqu’au bout, et qu’elle était prête à suivre quelqu’un jusqu’à la guillotine. 

L’année suivante, Corinne Masiero entra sur scène vêtue d’une peau d’âne, avant de s’exhiber nue, à peine recouverte de peinture évoquant le sang et de quelques slogans puérils : « No culture no future » et « Rend nous l’art Jean », faute d’orthographe comprise, afin de protester contre la politique menée par le gouvernement de Jean Castex. A ce moment-là, pour conjurer la gêne, certains repensèrent peut-être au mambo enflammé de Brigitte Bardot dans Et Dieu créa… la femme, avant de conclure, un brin nostalgiques, que le cinéma français avait décidément bien décliné.

Gauchisme culturel et entre-soi étouffant

Car les Césars ne sont finalement que le miroir d’une profession, désormais bouffie d’entre-soi, de gauchisme culturel (ou, pardonnez-moi le néologisme, de jacklangisme) et de moraline. Dès lors, j’ai besoin aussi de me replonger dans le bain du grand cinéma et donc l’époque où les cérémonies couronnaient des grandes carrières. Michel Serrault remettait alors un César d’honneur à un Bernard Blier très affaibli par la maladie ; les statuettes récompensèrent de grandes prestations :  Philippe Noiret dans Le vieux fusil, Daniel Auteuil dans Jean de Florette et Manon des sources ou Romy Schneider dans L’important, c’est d’aimer. Ce jeudi, le cinéma aurait ajouté une ligne de gloire à l’histoire des César en se levant comme un seul homme pour applaudir de longues minutes la femme que Dieu créa.

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Municipales 2026: Paris bulle-t-il?

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Le candidat socialiste aux municipales dans la capitale Emmanuel Grégoire et son équipe d'éminences grises, 13 février 2026 © Franck Derouda/SIPA

Sarah, Rachida, Sophia et les autres


La campagne des municipales ne passionne pas les foules parisiennes. Les indignations, lamentos pré-enregistrés sur le danger d’une « vague brune nauséabonde » vont aller crescendo et faire grossir la vague. La présidentielle est dans tous les esprits, les temps sont difficiles. Peut-on encore manifester avec un drapeau français sans se faire stigmatiser par France Info, molester par les brigades islamo-insoumises de Sciences-Po ? A Marseille, la tête d’Amine Kessaci, l’homme le plus protégé de France, est mise à prix par la DZ Mafia. La France se libanise, se mexicanise.

A Paris, nous regretterons Anne Hidalgo : Pasionaria élégante, engagée, maire Courrèges, Ruban d’or de l’ordre du Soleil levant, Commandeur de l’ordre royal de l’Étoile polaire, voyageuse élégiaque. « L’espace politique d’une ville-monde comme Paris comble plus que toutes les ambitions de la Terre ». La comédie nous enseigne à détester nos ridicules.

Tous les sots sont périlleux

Trois candidats falots, Emmanuel Grégoire, Pierre-Yves Bournazel, Thierry Mariani se font voler la vedette par Sarah Knafo, Rachida Dati et Sophia Chikirou : une énarque (promotion Molière), une magistrate (admise sur dossier), une activiste affairée. L’ascenseur social fonctionne. Des femmes fortes qui s’affranchissent de leurs mentors, vieux mâles blancs dominants. Elles ont brisé le plafond de verbe, le sens des affaires et de la communication. Dans Paris Match, Rachida Dati – « intime » – confesse : « Pour ma fille, j’ai pensé tout arrêter ». Arrêter quoi ? Arrêter qui ?

Plus redoutable que la charge mentale, la charge de la preuve en correctionnelle, les accusations d’escroquerie aggravée et d’abus de biens sociaux (à l’encontre de  Sophia Chikirou), de corruption et trafic d’influence, recel d’abus de pouvoir et d’abus de confiance (à l’encontre de Rachida Dati). La ministre bénéficie de soutiens insoupçonnés. Thomas Legrand et Patrick Cohen, « Pieds Nickelés » de France Inter, ont « fait ce qu’il faut pour… », à l’insu de leur plein gré. Être une femme libérée, ce n’est pas si facile.

A lire aussi, Didier Desrimais: Chronique d’un scandale politico-médiatique dont France Inter se serait bien passé

A gauche, on ne change pas une équipe qui gagne à être battue. Vingt-cinq ans de pouvoir, 8,8 milliards de dette, slogans bienveillants. L’Hôtel-de-ville abrite un Caravansérail de 55.000 agents, absents en moyenne un mois par an. Un aréopage de Barbablabla diversocrates, Barbouille intersectionnels, bras casés, tissent le « vivre ensemble », labourent la chaussée, les composts citoyens, belles histoires de la Mère Castor. Paris est une fête, une grande maison dans les pairies. La bêtise est sans honneur.

Demandez le programme !

Emmanuel Grégoire promet « une ville populaire, diverse, inclusive, ouverte sur le monde ». Le Paris joyeux, des enfants heureux, des monstres gentils, oui c’est un paradis… de bizarreries. Pour le périscolaire, « Respect du principe ‘jamais d’adulte seul avec un enfant’ »… Rassurant pour les parents… « Mise en place d’un dispositif d’extinction des dettes pour les jeunes, fondé sur l’engagement citoyen »… Le choix dans la dette. « 100% d’alimentation bio, locale et durable dans les cantines et crèches municipales »… Gratin de silures à la parisienne, Wok de tofu-boulghour-quinoa halal et sans gluten. « Création de la plage de la Bastille » Nini Peau d’Chien a-t-elle un maillot de bain ? Les fous sont entrés dans Paris !

Pierre-Yves Bournazel, au centre, cherche de l’oxygène, veut des « Maisons des nounous », et en même temps, « une brigade de drones, une brigade canine pour interpeller les dealers »… en attendant une brigade de tigres.

Pierre-Yves Bournazel au Cirque d’Hiver, 11 février 2026. RS.

Rachida Dati. La fille naturelle de Pauline Bonaparte et « JR », l’aventure et la passion, autour de Château Valmont. Bravache, la ministre de la Culture, démissionnaire, cultive les liaisons dangereuses. Digne héritière de Jack Lang, elle laisse une trace partout où elle passe, porte « un grand orchestre parisien des collèges (instruments fournis), une villa Médicis du design ». Aguerrie mais prudente, elle veut « sécuriser les tunnels, dessous des ponts, portes de Paris ; des pavés filtrants pour laisser passer l’eau »… Son courage bouillant ne se peut contenir.

Thierry Mariani. Contre la chienlit et l’insécurité la demande est forte, la concurrence rude, l’innovation de mise avec « l’installation de boutons d’alerte dans les crèches, écoles et commerces pour pouvoir alerter la police municipale ». Old school, « le port de l’uniforme scolaire dès le primaire » a des partisans. Thierry Mariani semble particulièrement sensible au charme et prestige des uniformes syriens, russes, turkmènes, kazakhs, azerbaïdjanais. On satrape des louches avec du caviar.

A lire aussi, Martin Pimentel: Un langage de diplomate

Sophia Chikirou, lucide, a longtemps fustigé « une gauche repentante prête à se compromettre avec les islamistes » (Ma France laïque, 2007). Avec Jean-Luc Mélenchon, elle a trouvé son chemin de Dhamas, revient aux sources : l’agitprop, la gauche anthropophage, antisémite, les bilans globule.ment positifs. Xi Jinping, Poutine, Maduro, le Hezbollah, les Mollahs, avec nous, même combat ! Le cocktail Molotov insoumis est à l’œuvre pour faire imploser la nation : immigrationisme, clientélisme, séparatisme, « un festival ‘Paris Terre d’Exils’ valorisant les cultures des diasporas ; une aide d’urgence pécuniaire et mensuelle pendant 6 mois pour les personnes sans titre et sans ressources ».

DR.

Sarah Knafo veut gouverner Paris comme la Suisse, avec deux référendums par an. L’Enarque patriote aurait pu intégrer polytechnique. Pour « une ville heureuse, prospère, paisible, sûre », elle propose le « déploiement de réverbères intelligents anti-agression dotés de capteurs pilotés par l’IA, capables de réagir aux crimes et délits ». Nul n’est jamais assez fort pour ce calcul.

Alas, les dés sont pipés. Rien ne va changer le 22 mars. Paris, à l’image du pays, est un énorme paquebot échoué dans la dette, un mille-feuille crémeux de bureaucratie, une marmite de Woke en stock, gesticulations « toutelemondistes », Mahabharatin Tartuffesur les réfugiés-zéro-carbone, tout en haut des marches, dans la Cour d’Honneur, à la pêche aux Oscar, le buzz, le « bankable », le César du meilleur « sans-papier », les sponsors, les gogos, la société du spectacle. « Ils dînent du mensonge et soupent du scandale » (Chénier).

« Le monde est divisé entre Conservateurs et Progressistes. L’affaire des Progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L’affaire des Conservateurs est d’éviter que les erreurs ne soient corrigées » (Chesterton).

Césars: le cinéma français en costume moral

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De gauche à droite, David Cronenberg, Jim Carrey , Léa Drucker , Franck Dubosc et Laurent Lafitte, soirée des César, Paris, 26 février 2026 © Laurent Vu/SIPA

Hier soir encore, nos acteurs tricolores nous ont servi de copieuses tartines de moraline pendant l’interminable soirée récompensant le cinéma hexagonal. Isabelle Adjani a ainsi invité les hommes présents dans la salle des César à se lever pour soutenir les droits des femmes… Alison Wheeler, de son côté, a salué le talent du maître de cérémonie Benjamin Lavernhe, affirmant qu’il pourrait tout interpréter, « même l’abbé Pierre innocent » — allusion grinçante au prêtre disparu, qui ne peut plus répondre aux accusations.


Ils arrivent en noir, toujours… mines graves, regards chargés d’humanité universelle… la conscience du monde cousue au revers du smoking… et la salle applaudit déjà avant même de savoir pourquoi… parce que le rituel compte plus que les films… parce que les Césars, sous les présidences successives d’hommes comme Alain Terzian, n’ont jamais été seulement une remise de prix mais une messe… une liturgie où chacun vient laver publiquement ses contradictions privées… on distribue des statuettes comme des indulgences… on absout en direct… et surtout on se regarde être du bon côté de l’Histoire… sous les projecteurs qui pardonnent tout sauf l’absence… comme si le cinéma français avait besoin chaque année de se prouver à lui‑même qu’il est encore moralement fréquentable.

Adèle Haenel : quand la salle regardait ses chaussures…

La morale y circule plus vite que les scénarios… on y parle d’engagement, de courage, de parole libérée… mais il aura fallu en 2020 la révolte de centaines de professionnels – Jacques Audiard, Agnès Jaoui, Omar Sy, Michel Hazanavicius – pour découvrir que derrière la façade progressiste survivait une mécanique verrouillée, cooptée, opaque… étrange industrie qui exige la transparence du monde mais redoute la sienne… où l’on réclame des comptes à la société entière tout en protégeant jalousement ses propres comptes… où l’indignation publique sert parfois de rideau à l’immobilisme privé.

A lire aussi: La parole révélée

Puis il y eut la fracture… la soirée où Roman Polanski reçoit le César du meilleur réalisateur… et Adèle Haenel se lève, quitte la salle, lance un « la honte ! » qui résonne plus fort que tous les discours… instant brutal où la morale proclamée rencontre la mémoire judiciaire… où le cinéma français découvre en direct qu’il ne peut plus défendre simultanément l’artiste sacré et la vertu collective… certains applaudissent, d’autres regardent leurs chaussures… et soudain la cérémonie cesse d’être un spectacle pour devenir un aveu collectif.

Le mouvement MeToo, ailleurs déjà ancien, arrive ici avec retard et prudence… longtemps on explique, on nuance, on contextualise… puis, lorsque les accusations visant Gérard Depardieu explosent et que les auditions parlementaires s’enchaînent, le vocabulaire change d’un coup… éveil, responsabilité, révolution nécessaire… conversion rapide, presque administrative… comme si le milieu n’avait jamais ri des rumeurs qu’il prétend aujourd’hui combattre… comme si la conscience suivait le calendrier médiatique plutôt que l’expérience vécue.

Les films qui rapportent du fric ne sont jamais récompensés !

Et pendant que les discours s’envolent, l’économie reste d’une franchise brutale… le Centre national du cinéma – le CNC – organise une redistribution unique au monde : taxes sur billets, chaînes, plateformes… argent prélevé sur le succès pour financer la création… mais ce ne sont pas les films primés qui remplissent les caisses… ce sont les triomphes populaires, les comédies massives, héritières de Bienvenue chez les Ch’tis ou Qu’est‑ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, moquées en coulisses mais indispensables… sans elles, une large partie du cinéma d’auteur disparaîtrait en silence… paradoxe magnifique : le public finance ce cinéma qui explique ensuite pourquoi il ne faut surtout pas lui ressembler.

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Alors naissent ces films impeccables… sérieux, nécessaires, irréprochables… des œuvres qui semblent parfois conçues pour les commissions, pour Cannes, pour la critique avant même d’exister pour une salle… sujets justes, intentions nobles, réception fragile… ils circulent d’aide en festival, survivant grâce à la reconnaissance institutionnelle plus qu’à la rencontre avec les spectateurs… le cinéma devient dossier, position morale, argumentaire… et l’émotion attend dehors, comme un figurant oublié dans le froid.

Au fond, tout tient grâce à un pacte silencieux… les succès populaires produisent l’argent, les films d’auteur produisent la légitimité, les Césars produisent le récit moral… chacun dépend de l’autre tout en feignant de l’ignorer… et chaque année on recommence… mêmes discours tremblants, mêmes larmes convenues, même illusion collective… celle d’un milieu persuadé d’être la conscience du pays alors qu’il en est peut-être seulement le miroir le plus inquiet… un miroir qui parle beaucoup pour éviter de se regarder trop longtemps – comme l’écrit Céline: « La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas ».

Le masculinisme, voilà l’ennemi!

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Invité au Sénat le 24 février 2026, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance face à la menace grandissante des discours masculinistes... Capture YouTube.

Constat unanime dans les rangs des féministes, des people et au ministère de l’Intérieur: le masculinisme menace l’ordre public.


Un nouveau fléau menace la France : le masculinisme. Vous-et-moi sommes inconscients, mais heureusement il y a de nombreux lanceurs d’alerte. Récemment, le grand sociologue Bruno Solo, qui parlait au Sénat, nous a expliqué qu’il fallait apprendre aux garçons à respecter les filles. Heureusement qu’il est là ! De son côté, Sandrine Rousseau nous explique que la violence antifa répond à la vraie violence (celle des « fa », bien sûr), mais démontre surtout la pénétration du virilisme à gauche. Le Haut Conseil à l’Égalité, payé par le contribuable pour expliquer chaque année de quoi les femmes sont victimes, propose en 2026 un focus sur les « mascus » — ce sexisme hostile, à différencier du sexisme paternaliste, auquel adhéreraient déjà 10 millions de Français. À l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a parlé le 9 février de « menace masculiniste, organisée et décomplexée », à la suite d’appels malveillants en masse sur le 3919 (la ligne d’écoute pour les femmes victimes de violences). Il envisagerait d’appliquer aux sites « mascus » la législation antiterroriste. Vite, un PNAM (Parquet national anti-mecs) !

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En débat sur France 5 hier soir, il y avait cinq personnes sur six pour nous dire que le masculinisme est partout. Il gouverne à Washington et à Moscou, il sévit sur Internet et se propage en salle de musculation (muscu-mascu, évidemment). Et même dans des vidéos sur l’entrepreneuriat. Deux sources idéologiques contradictoires seraient à la base de ce terrible masculinisme : l’ultralibéralisme, avec l’accumulation du capital, du muscle et des femmes ; et la réaction : le « mascu », c’est d’extrême droite. Curieusement, l’islam intégriste n’est pas mentionné. Voiler sa fillette de six ans, ce n’est pas « mascu », c’est « multiculti », apparemment.

Alors, existe-t-il une menace réelle ? Pour fabriquer un épouvantail, explique Eugénie Bastié dans Le Figaro, il faut étendre la définition du crime. Sur France 5, toute personne qui trouve le nouveau féminisme revanchard et hargneux est suspecte. Et tout homme qui trouverait injuste d’être écarté parce qu’il est un homme au nom de la parité, aussi.

Le parti des Médias ne veut pas entendre parler de crise de la masculinité. Depuis l’enfance, des garçons entendent que la masculinité est toxique, la pénétration archaïque, le désir pernicieux. Que les hommes et les femmes, ça n’existe pas. Résultat : beaucoup sont largués et ne savent pas comment être un homme avec une femme.

A lire aussi, Didier Desrimais: Le cas Jablonka ; ou quand la révolution woke mange ses propres enfants

Dans le monde réel, il y a plusieurs strates : des influenceurs bourrins qui regrettent la domination masculine, quand la majorité des hommes a compris que des partenaires égales, c’était plus marrant que des subordonnées – leur influence progresserait chez les jeunes ; des entrepreneurs qui vendent de la gonflette psychologique minable (avec séances de drague de rue) et semblent en faire un bon commerce.

Seule violence directement imputable au masculinisme en France à ce jour : l’arrestation d’un jeune de 18 ans qui fréquentait des sites masculinistes et « voulait passer à l’action », selon M. Nuñez. Quel dommage qu’on n’ait pas été aussi vigilants avec le premier type qui se paluchait devant des vidéos de Daech.

Adieu Mademoiselle

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Les habits neufs du féminisme

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Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

50 balles pour la justice. À quand l’hôpital?

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Le cabinet d'avocats Cage & Fish de Boston, à votre service ! Image d'illustration. "Ally McBeal" avec Calista Flockhart © REX FEATURES/SIPA

À partir du 1er mars, saisir certaines juridictions ne sera plus totalement «gratuit». Dame Justice fait la quête: la République met un péage à l’entrée du tribunal…


Dans le projet de loi de finances 2026 adopté le 2 février, se trouve instaurée une obligation financière nouvelle, une de plus : mettre au pot cinquante euros pour quiconque entend faire valoir ses droits auprès de la justice française.

Cela concerne les juridictions civiles et prud’homales, donc une infinité de litiges, de différends et contentieux touchant au travail, à la famille, aux règlement administratifs, etc. Quelques exonérations sont semble-t-il prévues, comme toujours lorsqu’il s’agit d’inaugurer une nouvelle usine à gaz. Minimes, en tout…

Entre 2011 et 2013, période à cheval sur les gouvernements Fillon et Ayrault, un dispositif analogue avait été mis en place. Le montant du droit d’entrée était alors de 35 euros. Sagement, le pouvoir avait fait machine arrière en 2014 devant le faible rendement financier de la trouvaille et les nombreux inconvénients générés. On serait donc, au sommet de l’État, gens de courte mémoire. À moins bien sûr que devant la désastreuse situation financière du pays on n’en soit réduit à faire flèche de tout bois. Comme disait l’éminent Albert Einstein : « La folie c’est refaire les choses de la même manière en attendant un résultat différent. » Puisque c’est Einstein lui-même qui pose ainsi un diagnostic de dégradation mentale touchant nos gouvernants, fions-nous donc à l’opinion de ce très grand savant. Donc, ils sont fous !

En fait, voudrait-on dissuader le citoyen d’exercer son droit à recourir à la justice, droit pourtant absolument imprescriptible, on ne s’y prendrait pas autrement. Par ailleurs, la gratuité de cet accès à la justice est un des principes fondamentaux des règles légales et constitutionnelles du pays. Or, faire payer, taper le justiciable de cinquante euros revient ni plus ni moins à rompre la sacro-sainte égalité de tous devant la loi. C’est rendre encore plus faible le faible qui n’a plus que l’instance judiciaire pour dire son droit, lui rendre justice. Le plus faible, la femme dont l’ex ne verse plus la pension depuis belle lurette, ou même celle dont le mari s’arrange pour la laisser dans le plus rude dénument. Le travailleur en mal de salaire depuis des semaines, etc, etc. Comment le gouvernement, comment les députés ont-ils pu laisser passer une telle aberration, opérer un tel retour en arrière, s’autoriser un tel déni des principes fondamentaux de notre République ? Oui, on peut parler de folie.

A lire aussi: En échec, le «progressisme» est sur une mauvaise pente

Personne ne se tourne de gaieté de cœur du côté du tribunal pour exposer ses misères, ses conflits. Faire payer la démarche, déjà en elle-même si pénalisante, souvent douloureuse, relève de la perte pathétique de tout sens humaniste bien compris. Celui des Lumières, d’ailleurs non tellement éloigné en la matière des vertus chrétiennes originelles.

La justice a aussi pour fonction évidente, naturelle, de porter secours. Faire cracher à une quelconque sébile que tendrait dame Justice est abject.

Mais au fait, au nom de quoi, en vertu de quelle nécessité impérieuse, cette « folie » ? Pour renflouer les caisses de l’aide juridictionnelle, nous dit-on. La belle affaire !

Commençons donc par la réserver aux citoyens français et aux personnes étrangères séjournant chez nous en parfaite et absolue légalité, cette aide juridictionnelle. Et cessons de la dispenser larga manu à la foule des clandestins trop heureux de trouver un avocat gratis chargé, arguant de mille et un prétextes, d’accumuler recours sur recours et reculer ainsi l’exécution des expulsions, si possible jusqu’à ce merveilleux moment tant attendu où les poules auront des temps.

Aujourd’hui, voilà qu’il faudra casquer casquer pour avoir accès au tribunal. Cela dès le 1er mars prochain. Et pourquoi pas demain, la même chose à l’hôpital, rendu exsangue pour les mêmes raisons qu’évoquées plus haut ? Cela en vertu d’un autre puissant avis de M. Einstein, rejoint en cela par la sagesse populaire : « Aux mêmes causes, les mêmes effets. »

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Dans le doute, dites «gunperson»…

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Tumbler Ridge, Canada, 10 février 2026.

Epidémie de fusillades en milieu transgenre? Attention à correctement nommer les tueurs


Le 10 février, le Canada a été endeuillé par un énième meurtre de masse. Jesse Van Rootselaar, âgé de 18 ans, a assassiné sa mère et son demi-frère avant de se rendre à l’école secondaire Tumbler Ridge où il a abattu cinq élèves et un professeur. Van Rootselaar s’est ensuite suicidé.

Le tueur s’identifiait comme fille depuis ses 12 ans. Il ou elle ? Tel est le dilemme posé aux autorités canadiennes, inquiètes de mégenrer le criminel. C’est ainsi qu’il a été qualifié de « gun person » plutôt que de « gunman », terme très couramment utilisé en anglais. Quant à la presse canadienne, elle aura mis vingt-quatre heures pour révéler que Jesse Van Rootselaar était un transgenre, le présentant d’abord comme une femme.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Minneapolis: existe-t-il un terrorisme trans?

Cette affaire survient concomitamment avec un autre meurtre commis par un transsexuel, toujours au Canada : un certain Robert Dorgan, 56 ans, qui a ouvert le feu dans une patinoire de hockey sur glace où jouait son fils, tuant son ex-femme et son propre enfant. Épidémie de fusillades en milieu transgenre ? D’après l’association étasunienne Glaad (Gay and Lesbian Alliance Against Defamation), sur les 5 748 fusillades de masse recensées entre le 1er janvier 2012 et le 15 septembre 2025, cinq ont été confirmées comme étant commises par des personnes transgenres, soit un taux inférieur à 0,1 %.

Cependant, certains des tireurs ont indiqué que leurs meurtres étaient directement liés à leur identité de genre, comme Devon Michael Erickson et Alec McKinney, auteurs en 2019 d’une fusillade dans un lycée. La population transgenre est considérée comme un groupe à haut risque en ce qui concerne le développement de troubles de santé mentale. Une étude de Yale menée en 2020 a révélé que les personnes diagnostiquées comme présentant une « incongruence de genre » sont six fois plus susceptibles de souffrir d’un trouble d’anxiété que la population générale, trois fois plus susceptibles de se voir prescrire des antidépresseurs et des anxiolytiques, et six fois plus susceptibles de faire une tentative de suicide nécessitant une hospitalisation.

Pourquoi Pasolini se méfiait des antifa

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DR.

En 1976, le cinéaste marxiste italien écrivait dans ses Lettres luthériennes : « Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle anti-fascisme. » Un essai récent permet de mieux comprendre les origines de cette pensée visionnaire.


On croyait connaître Pier Paolo Pasolini. Son assassinat à Ostie en 1975, à l’âge de 53 ans, a comme figé la statue d’un homme au visage sombre, aux lunettes noires, au cinéma d’avant-garde, à l’homosexualité d’après-guerre et au marxisme de contre-culture.  Un ouvrage récent, Pasolini et la tradition, signé par Francesco Zambon, professeur honoraire à l’université de Trente, dépoussière l’icône.

L’auteur part d’une citation étonnante du réalisateur de Théorème, qu’il choisit de prendre au sérieux : « Je suis une force du passé. C’est dans la tradition que tient tout mon amour. » Non pas que Zambon cherche à travestir Pasolini en quelque poète folklorique qui aurait rêvé d’un Puy-du-Fou à la romaine ou d’un poujadisme rital. La « tradition » dont parlait le cinéaste n’était pas un totem mais plutôt un concept. Il s’agissait moins pour lui de célébrer le passé – ou de chercher à le restaurer- que de prendre conscience de ce qui sous nos yeux disparaît.

Pasolini était un être inquiet. « Les promenades dans ces lieux lui suggèrent toute une série de considérations, très sombres, sur le paysage des Apennins, sur les ruines des époques passées, sur la décadence culturelle et esthétique de l’Italie actuelle », écrit Zambon. Schématiquement, la « tradition » prenait à ses yeux la forme d’une sainte trinité à l’italienne, composée de la haute culture, de la culture populaire et de la tradition religieuse. Pas étonnant que Dante, Gramsci et Saint Matthieu aient inspiré son œuvre.

Il y a d’abord la tradition lettrée : la Renaissance bien sûr mais aussi la poésie dialectale, la rhétorique latine, la longue mémoire littéraire italienne, dont le professeur Zambon est d’ailleurs spécialiste. On redécouvre, en lisant cet essai qu’il existait autrefois en Italie une bourgeoisie intellectuelle cultivée ; sociologie dépaysante vue de France, où la classe aisée des beaux quartiers ouest-parisiens confond souvent l’héritage et le patrimoine immobilier. 

Vient ensuite la tradition populaire, celle des campagnes frioulanes de l’enfance de Pasolini, avec ses dialectes, ses gestes agricoles, ses rites saisonniers, sa convivialité villageoise. Le cinéaste y cherchait des mythes. On pense à Virgile, aux mondine des plaines du Pô, à la pastorale. Il y a certes la pauvreté, l’injustice aussi dans un pays où les paysans ne deviendront propriétaires de la terre que quand elle ne rapportera plus rien… mais il y a aussi cette densité humaine touffue qui disparaît sous les yeux du cinéaste.

De la droite catholique à la droite cathodique

Enfin, il y a la tradition religieuse. L’Evangile selon Saint Matthieu (1964) reçut les honneurs du Vatican et Théorème (1968)filme une crise mystique : l’étrange beauté d’un jeune homme retourne toutes les culottes d’une famille bourgeoise et accule le patriarche à l’abandon et la fuite dans le désert. Le christianisme chimiquement pur… Pasolini cherche et trouve le mystère de l’Evangile non pas dans les internats de jeunes gens, ni davantage dans l’Eglise institutionnelle ou dans le mouvement démocrate-chrétien qui ramassait tout le personnel politique corrompu de l’après-guerre.

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Cette triple tradition, Pasolini la voit disparaitre dans l’Italie des années soixante et soixante-dix. La télévision en est l’instrument décisif : elle diffuse un italien standardisé jusque dans les foyers de familles patoisantes, standardise l’imaginaire, les modèles culturels.  La dictature de Mussolini avait échoué à créer « l’homme nouveau » sur le modèle du légionnaire fasciste ; la culture marchande arrive à en façonner tout doucement un autre, hédoniste, doux, indifférent, relativiste, amusé. Retour au pain et aux jeux. Et aussi la réalisation inattendue de l’unité nationale italienne, dont même Mussolini n’aurait pas rêvé, à la faveur de la diffusion télévisuelle d’une langue standardisée qui fait disparaître tout parler local.

Néofascisme, antifascisme, post fascisme

Le voilà, le « nouveau fascisme » selon Pasolini : non le néofascisme résiduel, folklorique et parfois violent du MSI, héritier d’un Duce lui-même écrasé militairement, rangé aux horreurs de l’histoire et dont pourtant l’Italie des années 1960 – 1970, parle beaucoup et sans doute un peu trop. Durant les fameuses années de plomb, la gauche redoute un putsch militaire, la droite une révolution communiste : noirs et rouges rendent coup pour coup. Qu’importe que les néo fascistes soient une sinistre bande de pieds nickelés auxquels le film de Mario Monicelli Nous voulons les colonels a rendu justice, ils obsèdent déjà les élégants de la culture de contestation italienne.

C’est pourquoi Pasolini, l’insurgé ontologique, se montre si sévère avec certaines formes de contestation en 1968. Les étudiants veulent détruire l’autorité, le fascisme, la tradition ? En réalité, constate le cinéaste, ils accompagnent parfois ce qu’ils prétendent combattre. Ils refusent tout dialogue même critique avec les Anciens, vident les têtes en s’opposant à la culture bourgeoise et préparent leur remplissage par la pacotille marchande. « Ils ont obéi en désobéissant » : la formule est cruelle. Elle en annonce une autre : « le fascisme des antifascistes ». Pasolini avait déjà ses antifas… Et nous les retrouvons aujourd’hui. Son propos nous rattrape en écho de la sombre actualité.

Le romantisme militant, l’inculture historique, les slogans réflexes n’éveillent pas des consciences ou d’esprit critique. Ils finissent par reproduire des mécanismes qu’ils prétendent dénoncer. Déjà au XIXème siècle, Hippolyte Taine résumait le problème quand il parlait du jacobinisme : « Rien de plus dangereux qu’une idée générale dans des cerveaux étroits et vides : comme ils sont vides, elle n’y rencontre aucun savoir qui lui fasse obstacle ; comme ils sont étroits, elle ne tarde pas à les occuper tout entiers. »

Eu fond, ce qui aurait pu prévenir ces affrontements de têtes brûlées ou de têtes vides, hier dans l’Italie des années de plomb, il y a quinze jours à Lyon, c’est précisément ce que Pasolini appelait la « tradition » : que les mots balancés dans des amphis ou meeting trouvent en arrivant dans les têtes pour s’y opposer quelques paroles apprises par cœur en chantant au chœur de l’Eglise, en récitant un dicton de grand-mère ou un sonnet de Pétrarque à l’Université. Certes la tradition ne sauvera jamais un régime ni n’en instituera un autre, mais elle peut encore sauver les consciences.