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Bienvenue au Royaume-(dés)Uni

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L’Angleterre connaît une véritable crise existentielle qui se manifeste par la disparition du sentiment d’appartenance. Les Britanniques, bien qu’encore citoyens, ne s’estiment plus faire partie d’un corps historique. Les évolutions politiques en faveur des Verts et de Nigel Farage témoignent de ce basculement. Les partis traditionnels ne parviennent plus à unir largement autour de leurs idées. De quoi avertir un lecteur français sur les dangers de la pensée multiculturaliste.


La victoire du Parti Vert lors de l’élection partielle de Gorton and Denton (à l’est de Manchester NDLR) au Royaume-Uni, le 28 février 2026, constitue l’un des bouleversements politiques les plus marquants de l’histoire électorale britannique récente. Cette circonscription, créée en 2024 à la suite d’un redécoupage électoral, regroupe les anciennes circonscriptions de Denton and Reddish, Manchester Withington et Manchester Gorton. Cette dernière est un bastion travailliste historique, ayant élu un député du Parti travailliste à chaque scrutin depuis 1935.

Or, non seulement le résultat a été une victoire spectaculaire pour les Verts, mais aussi pour le parti populiste Reform UK — en tête dans les sondages nationaux — qui arrive en deuxième position. C’est seulement la deuxième fois depuis 1945 qu’aucun des deux grands partis, travailliste et conservateur, ne figure parmi les deux premières places.

Si une seule élection partielle, avec une participation de seulement 48 %, ne suffit pas à démontrer un basculement électoral national loin des deux grands partis, les sondages d’opinion pointent néanmoins une fragmentation des coalitions électorales, tant à gauche qu’à droite. Des données issues de l’institut Electoral Calculus indiquent que si le transfert de voix du Parti travailliste vers les Verts observé lors de cette élection se reproduit à l’échelle nationale, cela pourrait empêcher une réélection de l’actuel Premier ministre Keir Starmer.

Vers une dissociation sociale

L’intégration des données démographiques dans les analyses électorales, et leur corrélation avec les intentions de vote et les résultats, permettent de mettre en évidence certains comportements qui soulèvent une question plus profonde sur la citoyenneté et la cohésion sociale. La citoyenneté demeure un statut juridique, mais elle s’accompagne traditionnellement d’un sentiment d’histoire commune, de références culturelles partagées et de respect des normes sociales qui structurent la société. Or, on observe de plus en plus un glissement vers une dissociation de ces éléments, au profit d’un concept que l’on pourrait qualifier de « citoyenneté de complaisance », dans lequel l’appartenance à la nation est envisagée uniquement sous l’angle juridique, sans véritable intégration sociale.

Depuis la fin des années 1990, les gouvernements ont fortement mis l’accent sur la tolérance et les causes liées aux minorités, avec l’idée que « la diversité est une force ». Le problème est qu’un accent trop fort a été mis sur la diversité, et non sur ce qui unit, ce qui a conduit le pays à se sentir plus fragmenté. Par ailleurs, le Royaume-Uni a connu depuis les années 1990 un niveau d’immigration plus élevé qu’à toute autre période de son histoire, malgré le référendum sur le Brexit et les promesses politiques ultérieures de la réduire. Depuis au moins 2010, une partie de l’électorat a le sentiment qu’il existe un problème de cohésion sociale, mais les gouvernements n’y ont jusqu’à présent pas apporté de réponse. 

Mouvement « Raise the colours », Londres, 8 septembre 2025 © Marcin Nowak/LNP/Shutterstock/SIPA

En outre, l’unité civique a été affaiblie dans le système éducatif, où l’enseignement de l’histoire met désormais davantage l’accent sur les « fautes » passées du pays. Cela mène à une diminution du sentiment de fierté nationale, ce qui explique en partie pourquoi, dans une enquête Ipsos menée en 2025, 48 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles ne combattraient pour leur pays « en aucune circonstance ». L’ensemble de ces éléments, conjugué à l’essor d’Internet, qui a permis à la population d’être plus connectée que jamais à des influences culturelles extérieures au Royaume-Uni, a contribué à affaiblir le sentiment partagé de cohésion culturelle et civique.

L’exemple de Gorton et Denton

Dans ce contexte, le résultat de Gorton and Denton ne doit pas seulement être considéré comme un bouleversement politique majeur, mais plutôt comme le signe d’une société qui peine à rester cohésive.

Les données du recensement de 2021 de Gorton et Denton indiquent que la circonscription compte une population majoritairement blanche à 57 %, avec des appartenances religieuses réparties entre chrétiens (41 %), musulmans (29 %) et personnes sans religion (28 %), et que 59 % de la population appartient aux catégories socio-professionnelles C2DE (classes populaires et inactifs économiquement).

Par ailleurs, le professeur Rob Ford, Senior Fellow au think-tank UK in a Changing Europe et professeur de science politique à l’université de Manchester, souligne : « Bien que les deux parties de la circonscription aient longtemps voté travailliste, elles sont démographiquement très différentes. Les quatre quartiers de Manchester comptent en moyenne près de 60 % de population non blanche et 40 % de musulmans, et 42 % des habitants sont étudiants ou diplômés. » Une partie de la victoire des Verts peut être attribuée à leur capacité à exploiter à leur avantage cette configuration démographique.

Leur programme propose notamment : la suppression des frais de scolarité universitaires et le rétablissement des bourses, l’annulation de la dette étudiante, l’alignement du salaire minimum pour tous les âges, le passage à une semaine de travail de quatre jours, l’arrêt de toute nouvelle extraction d’énergies fossiles et l’annulation des licences récemment délivrées, la légalisation de l’ensemble des drogues (y compris l’héroïne et le crack), la promotion des valeurs progressistes et des droits LGBTIQA+, la qualification des actions d’Israël à Gaza de génocide, la demande d’inscription de l’armée israélienne sur la liste des organisations terroristes, ainsi que la fin de l’utilisation des bases britanniques, notamment à Chypre et à Diego Garcia, pour soutenir les objectifs « expansionnistes » des États-Unis et d’Israël.

A lire du même auteur: Le Brexit n’a pas permis aux Britanniques de reprendre le contrôle sur l’immigration

Cet ensemble de propositions a permis au Parti Vert de constituer une coalition électorale profondément hétérogène. D’un côté, le parti a attiré le soutien des étudiants et des diplômés grâce à ses politiques économiques et sociétales ; de l’autre, il a séduit des minorités ethniques et religieuses par ses positions en matière de politique internationale. Afin de toucher ce second groupe, le Parti vert a été vivement critiqué pour avoir diffusé des documents de campagne en ourdou (notre photo). Le problème réside dans le caractère très ciblé — voire communautaire — de cette stratégie électorale, qui apparaît peu inclusive. 

Lorsque les messages politiques ne sont pas diffusés dans une langue commune, chaque groupe peut soupçonner l’autre de recevoir un discours différent, ce qui empêche l’émergence d’une orientation politique partagée. En outre, cette approche risque de renforcer des problèmes déjà existants de cohésion sociale, en soulevant des interrogations sur la manière dont les différentes composantes de l’électorat s’inscrivent dans la société et partagent — ou non — une vision des priorités nationales.

Si les partis politiques se sentent contraints de communiquer avec l’électorat dans plusieurs langues, cela peut indiquer l’existence d’une population fragmentée, vivant selon des systèmes de valeurs et des pratiques parallèles, et ne participant au débat public que par des canaux culturels et linguistiques distincts. Cette stratégie peut également accentuer les difficultés de cohésion sociale au Royaume-Uni et poser un problème démocratique fondamental : comment construire une nation cohérente autour d’un socle commun de culture, de pratiques et d’identité ?

Cette absence de normes partagées s’est également manifestée, selon certaines allégations, le jour même du scrutin. Avant 2023, le fait de voter en silence, dans l’intimité de l’isoloir, relevait d’une norme culturelle implicite ne nécessitant pas d’encadrement légal. Désormais, la pratique du « vote familial » — consistant à influencer des membres de sa famille au bureau de vote — est explicitement interdite au Royaume-Uni. Cette évolution traduit un changement dans la perception des comportements jugés appropriés lors d’une élection.

Le communautarisme par le vote familial

Ces développements témoignent à nouveau d’un processus de dissociation entre citoyenneté et cohésion sociale, et d’une dérive vers une situation où la citoyenneté est perçue uniquement comme un instrument.

Dans le cadre de cette élection partielle, l’organisation Democracy Volunteers, composée d’observateurs électoraux bénévoles appliquant des standards internationaux d’observation (principe des « quatre yeux »), affirme avoir constaté des cas de vote familial (le vote en famille et sous l’influence familiale) dans 15 des 22 bureaux de vote observés, soit 32 cas au total, dont neuf dans un seul bureau. Sur un échantillon de 545 votants observés, 12 % auraient ainsi été impliqués ou affectés par cette pratique.

Compte tenu de la gravité de ces allégations, la police du Grand Manchester a interrogé les volontaires et déclaré : « Nous avons demandé à Democracy Volunteers des descriptions des personnes impliquées ainsi que les horaires des faits allégués. Ces informations n’ont pas été consignées par les observateurs ou le plaignant, et aucune identité ni description ne nous a été fournie permettant de poursuivre l’enquête. » En l’absence de preuves, la police a conclu qu’aucune piste raisonnable ne pouvait être exploitée et qu’« aucun élément ne permettait de démontrer une intention d’influencer ou d’empêcher une personne de voter, au sens de la loi sur le secret du vote de 2023 ».

A lire aussi: Angleterre : ci-gît le multiculturalisme

Même si les preuves font défaut pour établir l’existence de vote familial, le nombre d’observations signalées pourrait néanmoins révéler une évolution préoccupante des comportements civiques, dans laquelle les électeurs ne se sentent plus tenus de respecter des normes sociales autrefois largement admises, ni certaines règles démocratiques plus récentes.

Il est essentiel que ces tendances ne se poursuivent pas, afin d’éviter que le pays ne glisse vers une société profondément fragmentée et désunie. Les responsables politiques britanniques doivent s’attacher à comprendre en profondeur les causes de ces divergences culturelles et y apporter des réponses adaptées, afin d’éviter une fragmentation accrue. Une nation doit reposer sur un socle civique commun. Les décideurs pourraient commencer par se poser des questions fondamentales : « Ces différences sont-elles motivées par des facteurs religieux ? » ou « Dans quelle mesure les conditions économiques ont-elles entravé l’intégration de certaines catégories sociales ? » 

Ce n’est qu’en apportant des réponses solides à ces interrogations qu’il sera possible de concevoir et de mettre en œuvre des politiques renforçant la cohésion sociale, et d’éviter que le pays ne devienne un espace où l’appartenance relève d’une logique purement transactionnelle — une citoyenneté de complaisance.

Chauffage: scoop, il fait plus froid en hiver

L’Anses est une pépinière de nobélisables !


1 400 agents, dont des centaines d’ingénieurs (Ponts, Eaux et Forêts, Agriculture et Environnement, docteurs en Environnement, biologistes), 170 millions d’euros de budget financé par cinq ministères (Agriculture, Écologie, Santé, Travail, Consommation). En fouillant bien, on doit sûrement y trouver même quelques énarques. Bigre! On y a mis les moyens. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire — l’Anses, pour les initiés – constitue un des fleurons de notre République. Soyons-en fiers. Pour une fois, il serait inconvenant de se livrer à notre sport national : le dénigrement. Un tel aréopage impressionne. Eux-mêmes le disent, sans fausse modestie:  « Plusieurs centaines de scientifiques d’horizons divers et reconnus dans leurs disciplines respectives interviennent chaque année au sein de collectifs d’experts indépendants. Coordonnés par l’Anses, les travaux des collectifs répondent à un cadre structuré et des principes déontologiques exigeants. » Et le résultat est là : on ne peut qu’être confondus par la puissance de leurs travaux, l’acuité de leurs analyses et leur vision stratégique des sujets les plus complexes, des notions les plus absconses. En effet, le résultat est réellement à la hauteur des ambitions. Prenons pour illustrer cette analyse le dernier rapport de 654 pages remis par l’Anses le 9 avril dernier : Pollution par le chauffage au bois. On y découvre des pépites. On y apprend notamment que « La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique est plus importante en hiver et dans les zones densément peuplées. » Combien de réunions de travail a-t-il fallu à ces grosses têtes pour mettre en lumière ces vérités que personne ne pouvait évidemment soupçonner ? Mieux, le rapport est encore plus précis: « Elle est plus importante dans les régions du Sud et de l’Est et, plus généralement, dans les zones les plus froides de l’Hexagone. »

Puissantes analyses

Tahiti n’est cependant pas mentionné. Sans nul doute cette regrettable erreur, discriminante pour nos compatriotes ultramarins sera très probablement corrigée: n’oublions pas les quantités impressionnantes de Cocos nucifera (le cocotier) nécessaires à chauffer à blanc les pierres de laves nécessaires au lovo, la cuisson à l’étouffée mélanésienne traditionnelle. Soyons indulgents pour cet oubli : même les plus brillants peuvent commettre de menues erreurs et une mission complémentaire peut être envoyée d’urgence pour corriger cette regrettable lacune.

Pour suivons : « [La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique] est aussi plus importante dans les agglomérations avec une forte densité de population, comme en Île-de-France ». Tautologie des plus remarquables, puisque l’étymologie de « foyer » n’est autre que « focus » en latin, qui signifie très exactement le feu. Affirmer que les foyers polluent par la combustion du bois relève donc d’un vrai tour de force, vous en conviendrez. C’est donc à peine croyable : plus il fait froid, plus on chauffe, et plus il y a de foyers, plus il y a de cheminées !

Au vu de la puissance de ces analyses, tout porte à croire que les préconisations seront à la hauteur de celle-ci. N’autoriser le chauffage au bois qu’en été, par exemple? Ou bien exclure les zones peuplées pour ne l’autoriser qu’aux Iles Kerguelen? Là, les particules fines se disperseront librement dans les vents subantarctiques, loin de tout être vivant à l’exception de quelques 150 000 manchots royaux, surnommés « Alfred » par les hivernants de la base. Il faudra cependant diligenter préalablement une étude d’impact sur les effets épidémiologiques des PM2,5[1] sur les voies respiratoires des sphéniscidés.

Alors qu’en conclure ?

Évidemment, on peut en rire. Avouons que les occasions sont rares et que, tout compte fait, 170 millions d’euros, ce n’est pas cher payé pour une bonne tranche de rigolade. Une usine à gaz comme l’Anses ne représente après tout qu’une infime partie de la gabegie des différentes agences, Hauts-Comités, Hautes Autorités, bref des comités Théodule qui permettent de mettre les copains au chaud au frais des contribuables. Cependant, en rire serait une grave erreur car les inepties apparentes de l’Anses cachent une volonté réelle de tuer le chauffage au bois. Notre Premier ministre a récemment expliqué que l’avenir était au tout électrique.

Il ne fait que suivre en cela les recommandations de la Stratégie Nationale Bas Carbone (Décret du 21 avril 2020) dont personne n’a jamais vraiment entendu parler. Cette feuille de route de l’État n’a jamais fait l’objet d’une consultation des élus ni d’aucune instance démocratique. C’est pourtant la feuille de route de nos gouvernants pour nous diriger tout droit vers « l’enfer vert ». Les Gaulois réfractaires qui se chauffent encore au bois, comme leurs illustres ancêtres, posent en effet un sérieux problème : ils jouissent d’une fâcheuse autonomie… Problème que le tout-électrique résoudra fort opportunément. Le seul bon vouloir de l’État lui permet en effet de rationner à distance la consommation des ménages via les compteurs Linky — dont Enedis a lui-même reconnu qu’il pouvait réduire la puissance de chaque foyer sans préavis ni déplacement de technicien, pour peu que le réseau soit en tension. La possibilité existe. L’usage viendra inéluctablement. Pire, les attardés utilisant une cheminée NE SONT PAS FISCALISÉS! Aucun moyen de racketter Maurice qui va couper chaque année ses vingt stères de bois dans l’affouage communal. Pas davantage que Mātahiti qui chauffe sa pirogue aux coques de cocotier aux Marquises. Véritable abomination pour nos gouvernants : une énergie non taxable!

Vous comprenez désormais mieux à quel jeu joue l’Anses. Peu importe que le bois soit une énergie renouvelable. Peu importe qu’il soit produit et consommé localement. Peu importe même que les nouvelles générations de chaudière à bois produisent moins de particules fines que les chaudières à gaz. Tout ça n’est que secondaire. L’important est de « tuer » le seul moyen de chauffage économique pour les foyers les plus modestes. On compensera en leur allouant un « chèque énergie », ce qui renforcera encore le rôle de l’État-providence et alourdira un peu plus la mécanique redistributive de notre pays. Décidément, celui-ci prend définitivement le chemin d’un communisme intégral cachant bien son nom et que Tocqueville, avec deux siècles d’avance, avait baptisé « despotisme doux ». Mais rassurons-nous: tout cela été réalisé « dans un cadre déontologique exigeant »…

LA DICTATURE DU CARBONE

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[1] Les PM2,5 (Particulate Matter 2,5) sont des particules fines en suspension dans l’air dont le diamètre aérodynamique est inférieur ou égal à 2,5 microns. Non retenues par les muqueuses nasales, elles sont reconnues comme à l’origine de nombreuses pathologies.

Le RPR, une mythologie française

Un livre passionnant revient sur l’histoire du parti chiraquien, riche de victoires, de fractures internes et de magouilles en tous genres…


Qui mieux que Pierre Manenti, normalien, agrégé, biographe de Charles Pasqua et historien des barons du gaullisme, pour nous plonger dans la marre aux alligators que fut le RPR ? Dans son nouveau livre, Le RPR. Une certaine idée de la droite (Passés composés), l’historien raconte cette aventure politique si loin de nous et en même temps si proche, qui a commencé en 1976 avec le divorce entre un Premier ministre nommé Jacques Chirac et son président Valéry Giscard d’Estaing, et qui s’est achevée 25 ans plus tard lorsque ces deux-là se sont réconciliés en créant ensemble un nouveau parti, l’UMP, taillée sur mesure pour la campagne de réélection de Chirac à l’Elysée.

50000 personnes à Versailles

Retour en 1976. Le 5 décembre, porte de Versailles, cinquante mille personnes sont rassemblées à l’occasion de la fondation du RPR. Le gaullisme avait regardé jusque-là avec mépris le fonctionnement des partis. L’homme du 18-juin n’avait-il pas rechigné à fonder le sien au lendemain de la guerre ? Face à Jacques Foccart, il s’était même un jour emporté : « Vous m’emmerdez avec votre RPF… » Mais en 1976, les émules du général savent bien qu’ils doivent s’adapter aux méthodes modernes d’exercice du pouvoir. Plus personne ne peut se dispenser de faire du marketing politique. L’un des cadres du parti, Charles Pasqua, ancien numéro deux de chez Ricard, importe ainsi du privé les premiers gadgets, porte-clés et autres t-shirts floqués d’une croix de Lorraine et d’un bonnet phrygien. On chante beaucoup aussi à cette époque au RPR : « Pour que la Seine ne charrie plus/ De poissons morts/ Qu’on s’y promène/ Et puisse y rêver encore » est l’une des ritournelles, déjà kitsch, qui fait la joie des militants.

A lire aussi: Affaire Roussel / Tondelier: un scandale peut en cacher un autre

Le Chirac des années 70 fait l’effet d’un jeune loup prêt à mordre dans tous les jarrets. Un jour, il se réclame du travaillisme (qui, pourtant, est à la veille de se faire balayer par la vague Thatcher en Grande-Bretagne). Le lendemain, il se rapproche de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist. Le surlendemain, il tend la main aux communistes et envisage de former avec les socialistes une majorité alternative. Après les législatives de 1978, il se retrouve à la tête de la principale force de la majorité à l’Assemblée, ce qui perturbe considérablement la fin du giscardisme présidentiel.

En 1978, 86 % des cadres du RPR considèrent l’UDF comme un parti plus à droite que le RPR. Dix ans après, quand Jacques Chirac se présente aux présidentielles une seconde fois, on ne peut plus en dire autant. Car entre-temps, vers 1983-1984, sous l’influence d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé, le mouvement a entamé sa mue néo-libérale. Le refus « de voir la France devenir la Québec de l’Europe » (Michel Debré en 1976)et la dénonciation du « parti de l’étranger » (Jacques Chirac en 1978) ont cédé la place au « oui » à Maastricht en 1992. Au grand désarroi de bon nombre de militants.

Querelles de lignes

Au même moment, un autre clivage se fait jour dans le parti : faut-il tendre la main à Jean-Marie Le Pen ? Le refus affiché par les huiles du parti est souvent grandiloquent. Souvenons-nous de Michel Noir et d’Alain Carignon préférant « perdre une élection plutôt que perdre leur âme » peu avant d’être rattrapés par les affaires. A côté de ces protestations de vertu, Manenti dresse l’inventaire des alliances locales de circonstance qui ont été passées ici et là entre RPR et FN, à Dreux, en PACA et ailleurs, et dont le nombre n’est pas si négligeable. Sans oublier les appels francs et directs à une alliance émanent de caciques comme Claude Labbé, président du groupe à l’Assemblée. Après avoir hésité, Chirac a, nul ne l’ignore, opté pour l’intransigeance, y perdant sans doute une part de sa substance idéologique et de son efficacité électorale, sauf bien sûr en 2002 quand il s’est retrouvé au second tour face à Jean-Marie Le Pen et qu’il a remporté le duel avec 82% des voix.

A ces querelles de lignes s’ajoutent des divergences de cultures politiques. Deux aspirations contradictoires se dessinent dans le parti gaulliste : d’un côté, la passion pour le chef, l’envie de cheffer ou d’être cheffé ; et de l’autre, la tentation de la sédition, la révolte des barons et des barbons contre les jeunes loups et les jeunes lions. En 1981, Chirac ne s’évite pas la candidature rebelle de Michel Debré ni de Marie-France Garaud. Imagine-t-on Brzezinski candidat contre Jimmy Carter, Kissinger contre Nixon ?

A lire aussi: Le mocassin de la République

On peut dire que tout ce que Chirac a construit durant sa première partie de carrière (RPR, mairie de Paris) aura participé à pourrir la deuxième : les affaires remontées à la surface durant les années à l’Élysée. C’est ainsi que le parti a dû changer de nom, en profitant pour engloutir, en 2002, une bonne partie de l’UDF. Fusion étrange entre bonapartisme et orléanisme qui embrouille les esprits : dans les premières années de l’UMP, les anciens militants de base RPR, mélangés aux cadres et notables UDF cul-pincés s’étonnent de la disparition des barbecues rituels.

Grandes messes militantes, « 800 000 adhérents » au comptage corse de Charles Pasqua que reprend complaisamment l’auteur, culture de kermesse et chaleur populaire : le RPR fut peut-être le dernier parti de masse à droite capable d’offrir un peu de lien social à un électorat qu’on caricature souvent en individualistes farouches.  Alors il existe une nostalgie RPR comme il existe une nostalgie Chirac dont on imprime la grimace sur des t-shirts, cigarette aux lèvres et sourire goguenard.

Récemment, Franck Allisio, candidat RN malheureux à Marseille, a ressuscité la marque RPR. Cocasse, quand on se souvient de la haine que vouait Jean-Marie Le Pen à Jacques Chirac (« Chirac, c’est Jospin en pire », expliquait le leader du FN en 1995). Imagine-t-on des gens de gauche enthousiasmés par la refondation d’une nouvelle SFIO ou d’un nouveau PSU ? Au-delà d’un simple parti ou d’une « certaine idée », le RPR fut une mythologie. Il transforma – sinon transfigura – le militant de base en fidèle, le meeting en messe, le chef en totem, les produits dérivés en reliques gaulliennes à l’instar du bifteck-frites ou de la DS étudiés par Roland Barthes. D’une chronique de carrières sur fond d’affaires et d’errances idéologiques, il fit un récit national ; de la prose des jours chiraquienne une poétique gaulliste.

416 pages

Le RPR

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Pourquoi je vote LFI

Dans une lettre aux lecteurs de Causeur, une électrice parisienne, prof d’histoire-géo dans un lycée en zone prioritaire, explique pourquoi elle a voté Chikirou aux municipales et continue de soutenir Jean-Luc Mélenchon malgré ses outrances et saillies antisémites.


Chers lecteurs de Causeur,

Vous ne me connaissez pas. Ou à peine. Je fais partie des 64 464 électeurs et électrices parisiens qui ont voté pour Sophia Chikirou au second tour des dernières élections municipales.

Je ne vous fais pas cet aveu pour vous que vous enragiez. Ni pour me donner le frisson de crâner devant vous, qui devez au mieux me trouver folle, au pire me haïr. Vous remarquerez d’ailleurs que je signe cette lettre ouverte sous alias. Pas très courageux, me direz-vous.

Si je tiens à rester anonyme, c’est à cause du métier que j’exerce. Professeure d’histoire-géographie dans un lycée public de la capitale, je pense que ma relation avec mes élèves serait altérée s’ils devaient connaître précisément mes opinions politiques – même s’ils doivent avoir quelque idée sur le sujet et d’ailleurs me trouver idéologiquement plutôt sympathique puisque j’enseigne en zone prioritaire, parmi une population qui a globalement mes valeurs.

A lire aussi, Jonathan Siksou: Paris, c’est fini

Je crois du reste que le règlement l’Éducation nationale m’interdit de faire publiquement état de mes convictions personnelles, qu’elles soient religieuses ou partisanes. Je ne voudrais pas me mettre en faute.

Mais alors, pourquoi ai-je choisi de vous parler de mon engagement insoumis ? Pour une raison simple. Je voudrais vous sortir une idée de la tête. Vous dire que, malgré ce que la plupart des médias prétendent, voter LFI ne signifie pas être antisémite.

Je comprendrais que vous ayez du mal à me croire. Récemment, Jean-Luc Mélenchon a plaisanté sur la prononciation du patronyme de Raphaël Glucksmann lors d’un discours à Perpignan. Je ne vais pas finasser : même s’il s’en est excusé, ces propos étaient indignes. Quand j’ai vu les vidéos, j’ai été outrée. Surtout par les rires dans la salle. Et pourtant, je n’ai pas renoncé à voter LFI.

Vous me trouvez inconséquente ? Stupide ? Ignoble ? Excusez-moi, mais cela ne marche pas sur moi. Par pitié, gardez vos leçons ! Quand Médiapart a révélé que Quentin Deranque était néonazi, avez-vous vu les médias de droite, qui avaient béatifié le jeune homme quelques jours auparavant, changer d’avis sur lui ? Non, ils ont préféré taire l’information. Regarder ailleurs. Eh bien moi, c’est pareil. Je regarde ailleurs lorsque quelqu’un de mon camp fait une connerie. Sauf que, contrairement à certains, j’ai l’honnêteté de le reconnaître.

Quand Jean-Marie Le Pen est mort, j’ai entendu les journalistes des médias Bolloré revenir sur ses calembours antisémites et ses propos négationnistes, pour évidemment les fustiger. Cela ne les a pas empêché de saluer le «lanceur d’alerte », qui, selon eux, avait vu avant tout le monde le danger migratoire.

Figurez-vous que je pense la même chose de Jean-Luc Mélenchon : malgré ses provocations, je suis persuadée que l’on dira plus tard que c’était un visionnaire, qu’il a courageusement lutté contre la trumpisation du monde, la vassalisation par l’argent et par les guerres hors-la-loi.

Le Sud global ne nous déteste pas sans raison. Si nous, Occidentaux, étions moins égoïstes, moins armés, plus accueillants, plus disposés à reconnaître notre racisme, alors le monde serait moins à feu et à sang, et les conditions davantage réunies pour qu’un maximum de personnes sur cette terre ait accès du progrès social. Je le crois profondément. C’est ainsi.

Je suis davantage effrayée par Donald Trump, qui excuse les meurtres de sa police ICE, et par Benjamin Netanyahou, qui tue des innocents à Gaza, que par les outrances simplement verbales de Jean-Luc Mélenchon. Cela ne veut pas dire que tous les Américains et tous les Israéliens sont à mes yeux des salauds. Ni que je prenne Mélenchon pour un ange. Seulement, il faut bien choisir le moindre mal.

Vous trouvez peut-être que je parle trop d’Israël ? Que tant de considération pour un si petit État est suspect ? Croyez-moi pourtant : ce pays ne m’obsède pas. Ce sont les États-Unis qui me posent problème. Leurs bases militaires partout sur la planète. Leur droit extraterritorial. Leur niveau record de pollution. Leur sous-culture abêtissante qu’ils exportent partout.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: « Comprendre le gauchisme », de Nicolas Le Bault: indispensable !

Cela dit, je vous mentirais en vous disant que je regarde les morts causées par le régime iranien ou par l’armée russe avec la même indignation que les bombardements de Tsahal. Quand Israël bombarde des civils, des dizaines de milliers de civils, cela me révolte davantage. Car il s’agit d’une démocratie. Il est assez logique d’attendre de la part de démocrates qu’ils soient de meilleures personnes, vous ne pensez pas ?

Bref c’est justement parce que je suis l’exact inverse d’une antisémite que Benyamin Netanyahou, qui est en train de détruire la réputation de son peuple, me dégoûte.

Mais revenons à la France. Je vais aggraver mon cas en vous en précisant que je n’ai pas toujours été Insoumise. Je suis une récente convertie. Quadragénaire, j’ai vécu assez longtemps pour avoir voté Lionel Jospin, François Hollande, et même écolo. On ne m’y reprendra plus. Trop de cadeaux au patronat. Un paternalisme faussement généreux envers les minorités. À se demander parfois s’il n’y a pas davantage de racisme sur France Inter (qui, contrairement à ce que vous croyez, est un bastion de centre gauche, et pas Insoumis) que sur CNews. Je ne supporte plus ces arrière-pensées bourgeoises cachées derrière leurs protestations de vertu. Je sais de quoi je parle. J’ai grandi dans les beaux quartiers. Mes parents avaient de l’argent.

Mélenchon, lui, ne joue pas aux « belles personnes », comme il dit. Il a un langage de vérité, quitte à parfois avoir des paroles qui dépassent les bornes. Causeur n’arrête pas de taxer cette liberté de ton de calcul cynique, de clientélisme à l’endroit de l’électorat de banlieue. Désolée, mais moi je ressens strictement l’inverse. Il me semble clair que Mélenchon aime les gens dont il recherche le suffrage, et qu’il a tissé avec eux un rapport de confiance unique en son genre… et qui vous agace prodigieusement !

Une dernière chose. J’ai commencé en vous parlant des dernières élections municipales. Je n’ai pas voté utile à Paris. À quoi bon ? Je ne vois pas tellement la différence entre Rachida Dati et Emmanuel Grégoire. Anne Hidalgo a pris quelques bonnes mesures, notamment contre la voiture, je n’en disconviens pas. Seulement, si c’est pour aider Bernard Arnault et François Pinault à transformer Paris en supermarché du luxe à ciel ouvert, je ne vois pas l’intérêt.

J’ai honte de voir cette ville, si merveilleuse, si importante dans l’histoire des droits de l’Homme et des avant-gardes anticoloniales, devenir une destination pour les riches de la planète. Et je ne veux pas en être tenue responsable. J’ai donc voté Chikirou. Au premier comme au second tour. Pardon si cela vous choque, mais je ne le regrette pas un instant.

Gus Van Sant: l’Amérique sera toujours l’Amérique

Après sept ans d’absence, le cinéaste Gus Van Sant revient au grand écran, avec un captivant thriller sociétal. Malgré l’excellence de son casting, notre critique regrette que le film ne bénéficie pas de plus de copies en France.


Etonnant tout de même que le dernier Gus Van Sant passe dans si peu de salles à Paris, la première semaine de son exploitation. Autant dire qu’en province, La Corde au cou – c’est le titre- n’a probablement pas une très longue chance de survie en salles… Dommage.

Al Pacino séquestré par un triste clown

Il est vrai que, requis par la fabrication de séries télé (Boss, When we Rise, Feud…), le génial cinéaste du road movie Drugstore Cowboy (1989) comme du mythique, sublime et sulfureux My own private Idaho (1991) s’était fait, depuis sept ans, oublier du grand écran. Toujours est-il que, à bonne distance d’Elephant (2003), de Last Days (2005) ou de Paranoid Park (2008) tout autant que de l’agaçant biopic à succès  Harvey Milk (2009) puis du sentimental Restless (2011), La Corde au cou  – titre original : Dead Man’s Wire – a la verdeur, l’énergie débridée d’un film de jeune homme. A 73 ans, Gus Van Sant, transfuge d’Hollywood, insatiable expérimentateur de son outil de travail, exhume un fait divers réel de 1977 pour nous peindre, avec une vivacité extraordinairement efficace et dans un tempo saccadé, l’Amérique telle qu’en elle-même de toute éternité : cynique, superficielle, cupide, retorse, sans scrupule. Le western continue.

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Ruiné par un crédit hypothécaire contracté en vue de construire un centre commercial à Indianapolis, capitale de l’Indiana, Tony Kiritsis (Bill Skarsgard), la trentaine nerveuse et agitée, a décidé de se venger : un jour frisquet de février, il a rendez-vous au siège de la Meridian Mortage Company, dont Mr. Hall (Al Pacino) est le grand patron. De longue date, Tony méditait le projet d’arracher au courtier, qu’il suppose l’avoir grugé, non seulement des excuses, mais aussi le remboursement de sa dette, une rançon en cash, et… l’immunité judiciaire ! Par quel moyen ? Tout simplement, en le séquestrant, armé d’un fusil relié à un lacet passé autour du cou de sa victime. Mais le boss n’est pas au bureau, il est parti en Floride pour le week-end. Dépité, furibond, le ravisseur devra se contenter du fils, Richard Hall (Dacre Montgomery). Lequel, frigorifié, en chemise, tremblant de peur, est donc emporté jusque chez lui (dans une voiture de police « empruntée » sous la menace d’un révolver), puis menotté dans son propre appartement, le canon pointé sur lui, à bout portant. La prise d’otage fait vite la une du JT et de toutes les radios. Une journaliste ambitieuse y trouve une opportunité de carrière. Un DJ radiophonique à la voix caressante, Fred Temple (Colman Domingo) est utilisé par Tony comme relais médiatique… Tony devient le héros (controversé) de l’heure.  Impuissante, la police tente de négocier, et si possible d’éviter le carnage. Matt Dillon campe le shérif, dépassé par la situation. Suspense…

Une certaine virtuosité formelle

Inénarrable, Al Pacino dans le rôle de l’intraitable homme d’affaire, bagué, adipeux, boudiné, trivial, refusant au bout du fil de transiger, quitte à sacrifier si besoin son rejeton à ses intérêts  – dans le rôle du fils navrant, huileux de panique et de sueur, contraint de dormir et de déféquer dans la baignoire, le comédien australien Dacre Montgomery excelle. Touchant, savoureux, épidermique, ce pauvre Tony Kiritsis, gars du peuple enfermé dans la pure folie de son acte, sous les traits du très bon acteur Bill Skargard (cf. sa performance dans Nosferatu, de Robert Eggers)… Aux stars fétiches et vieux fidèles du cinéaste – Pacino, Dillon… –  , le casting s’adjoint, non seulement quelques jeunes figures au podium du box-office, mais aussi toute une flopée de comparses qui contribuent à densifier l’intrigue et à l’inscrire dans son environnement sociétal. D’autant que le matériau visuel s’incorpore, non sans une certaine virtuosité formelle, images pixélisées de la télévision, séquences d’interviews filmées, etc., restituant ainsi leur caractère vintage et ranimant de façon sensible cet air du temps propre aux seventies, grevé de morceaux de soul.

D’une parfaite maîtrise, ces combinaisons donnent à La Corde au cou un allant, une alacrité, une rythmique qui, de bout en bout, tiennent le spectateur en haleine.            


1h44

Antoine Léaument, révolutionnaire au cœur tendre…

Le député lfiste de Sainte-Geneviève-des-Bois (91) est revenu enchanté d’un concert de Theodora, artiste primée et multidiffusée sur France inter, emblématique de cette « Nouvelle France » que Jean-Luc Mélenchon appelle régulièrement de ses vœux – mais malheureusement encore victime de mysoginoir.


Le député LFI Antoine Léaument est allé récemment à un concert et a tenu à partager son émotion sur les réseaux, émotion si grande qu’il en baragouine: « C’était bien Theodora, c’était incroyable… Je suis un petit cœur tendre. Quand il y a trop d’émotion, je pleure, c’est direct. Dès qu’il y a des moments… genre y’a un moment donné, elle était sur une lune et tout, putain, j’étais trop ému. Mélodrama, c’est une chanson, à chaque fois ça me fait pleurer. »

Des formes et des rondeurs, ça sert à réchauffer le cœur

Je déconseille aux âmes sensibles en général et aux amateurs de musique en particulier d’écouter Mélodrama, une bouillie musicale industrielle comme on en produit à la chaîne ces dernières années, un gargouillis incompréhensible nappé grossièrement de sons et de rythmes mécaniques et préfabriqués.

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Je leur déconseille également de regarder ne serait-ce qu’une partie de la vidéo du concert qui a tant ému Antoine Léaument. La dénommée Theodora s’y trémousse, corsetée dans des costumes retenant à grand-peine certaines parties de son anatomie – sur le site du média « féministe et inclusif » Terrafemina[1], dans un article consacré à cette soi-disant « chanteuse iconique », on appelle ça « assumer ses formes » – et simule à de nombreuses reprises l’acte copulatoire sous toutes ses formes – sur le même site, on appelle ça « l’attitude sexy d’une femme sûre de sa sensualité ». Terrafemina affirme que cette « impératrice du style et de la musique » est victime de « misogynoir, cette violence intersectionnelle qui conjugue racisme et sexisme » : ceux qui n’apprécient pas ses performances artistiques seraient des « gros racistes » et des « réacs ». En avant, donc, pour une chronique bien réac… 

Chouchou de France inter

Theodora fait un peu penser à Aya Nakamura. En plus vulgaire. Aux dernières Victoires de la Musique, elle a obtenu quatre trophées dont celui de la « révélation scène ». France Inter, jamais en retard quand il s’agit de promouvoir de la daube en tube, lui a consacré trois émissions en un mois. Télérama, le catalogue des crucheries contemporaines, n’a pas manqué d’encenser « l’artiste qui s’affranchit de toutes les barrières » – on reconnaît la production culturelle industrielle à la publicité qui lui est faite et qui s’adosse à une langue elle aussi reproductible et mécanique. Une once de morale politique à deux balles tout aussi fabriquée et automatique agrémente généralement ce genre de publicité. Ainsi, Constance Vilanova nous apprend sur France Info que « Théodora est explicitement engagée politiquement. Dans une interview, elle déclare : “Je suis très contente qu’il n’y ait pas de fachos dans mes concerts”. Et ça, ça ne plaît pas à l’extrême droite, souvent la première à critiquer les artistes racisés ». On comprend mieux l’engouement d’Antoine Léaument.

Drague communautariste ?

Pour complaire à un électorat qu’il connaît bien et qu’il drague depuis des années, le député de l’Essonne s’est mis à sa hauteur, en feignant d’abord d’apprécier les mêmes bouses musicales que lui, en se vantant ensuite, dans la même vidéo, d’avoir « fait entrer les mots “moulaga” et “cheh” à l’Assemblée nationale ». « Moulaga » désigne l’argent ou le cannabis ; « Cheh » est une interjection arabe utilisée pour se réjouir du malheur de quelqu’un ou se moquer de lui, qu’on peut traduire par « bien fait pour toi ! ». Les deux expressions, issues du vocabulaire utilisé principalement par la racaille des cités, prospèrent sur les réseaux sociaux que le député se targue de savoir manipuler. Antoine Léaument ne se contente pas de se plier aux goûts musicaux de ses électeurs les plus jeunes, il parle leur langue, un dialecte mêlant des lambeaux de sa langue natale et des expressions arabes ou africaines – une sorte d’espéranto de la « nouvelle France » qu’il appelle de ses vœux.

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Monsieur Léaument malmène l’art musical, l’histoire et la langue de son pays. Il croit ainsi pouvoir gagner l’estime d’une frange de la population issue de l’immigration qui, espère-t-il, contribuera à la conservation de son siège. Cela durera ce que cela durera – mais sans doute pas aussi longtemps que l’escompte le député. Après avoir accusé la France de tous les maux, déclamé son amour pour l’Autre, l’immigré extra-européen ayant sa préférence, et s’être soumis à ses coutumes voire à sa religion, aboyé son dégoût de l’Histoire de France hors la Terreur révolutionnaire, s’être farci tous les concerts de Theodora, d’Yseult, de Médine ou d’Aya Nakamura, s’être affiché avec Assa Traoré, Rima Hassan et Danièle Obono, s’être plié à tous les abaissements d’un dhimmi en herbe, le « tout moche, tout blanc » Léaument ne sera-t-il pas bientôt considéré comme un idiot inutile, un porte-parole usagé, un allié négligeable, une relique politique par ceux-là mêmes qu’il aura aidés à transformer la société française de fond en comble et qui n’hésiteront pas, le moment voulu, à le remercier sans ménagement et à prendre sa place ? Rima Hassan a prévenu : « Cette époque du porte-parolat est révolue. Nous la voulons derrière nous. » À bon entendeur, salut !

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.terrafemina.com/article/un-gigot-bien-ficele-vulgaire-cette-chanteuse-glam-et-iconique-ose-un-look-sexy-et-est-victime-de-misogynoir-les-reacs-sacharnent_a376779/1

«Libération», tribunal des bonnes mœurs

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Gabriel Matzneff a osé sortir de chez lui, rapporte le quotidien de gauche.


Décidément, le journalisme de police ne se repose jamais. À peine terminé le délicieux épisode du grand PatCo balançant à l’antenne une blagounette à deux balles, faite par Fabien Roussel en privé qui vaut au communiste d’être traîné devant le tribunal des militantes-et-élues, je reçois l’appel d’un journaliste de Libération. Il veut m’interroger sur une soirée qui s’est déroulée chez Lipp le 14 avril pour la remise du prix Cazes. Je le vois venir à des kilomètres. La seule chose qui l’intéresse, c’est la présence de Gabriel Matzneff, déjà signalée par quelques tweets indignés, photos à l’appui. Le gars veut savoir si, au moins, quelqu’un dans l’assemblée s’est offusqué de cette infâmie, si quelques bons esprits ont bruyamment quitté la salle en proclamant qu’ils ne sauraient se trouver dans la même pièce qu’un tel monstre. Je lui coupe la parole sans amabilité excessive: « Vos questions de flic, vous pouvez vous les garder. »  À l’évidence, il ne comprend pas la raison de mon énervement: « Je veux juste savoir s’il y a eu des réactions. » Ma pomme: « Trouvez-vous un autre mouchard, comme ça vous pourrez dresser la liste des salauds qui n’ont rien dit. » Coupables par omission et par association.

« Tout de même, insiste-t-il, cette présence peut interpeller. » Réponse de votre servante: « Eh bien, faites la liste des non-interpellés. Décidément, nous ne faisons pas le même métier. Sans doute ne fréquentez-vous que des gens parfaitement irréprochables, bravo ! » Il ne doit pas rigoler tous les jours, le confrère.

Pour finir, il brandit un argument qu’il pense indiscutable : « Vous savez je ne suis pas le seul. » Là, je dois l’avouer, j’explose : « C’est ça votre justification ? Que vous faites partie d’une meute ? Que vous êtes moutonnier ? » Venant d’un journaliste officiant dans un quotidien qui se croit subversif mais qui est la pointe avancée du conformisme progressiste, c’est un aveu : « mutin de Panurge », comme disait mon cher Muray, et fier de l’être.

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La conversation se termine plutôt fraîchement – de mon fait. Toutefois, je ne peux m’empêcher de lui adresser le message suivant, en l’invitant à me citer si ça lui chante. « C’est vraiment marrant les gens de gauche maintenant. Ils adorent se joindre à la meute. Si je vous comprends bien, Matzneff devrait passer les dernières années de sa vie enfermé chez lui. Et vous êtes « interpellé » parce que les gens qui étaient présents à cette soirée n’ont pas poussé des hurlements horrifiés, écrit des tribunes et demandé urbi et orbi la mort sociale du pêcheur. Cette peine, aucun tribunal ne l’a prononcée sinon celui de la bienséance que vous incarnez si bien.  Je suis sûre que vous êtes fier d’être du bon côté contre un vieillard isolé et ruiné. Moi j’appelle cela du journalisme de police. » J’ajoute que, chose qu’il semble totalement ignorer, Matzneff a récemment bénéficié d’un non-lieu. Aussi pensait-il naïvement que la chasse aux sorcières allait prendre fin et que Gallimard allait l’accueillir à bras ouverts en lui jurant que tout est pardonné. Mais le tribunal populaire se fiche éperdument des décisions de la Justice.

Gabriel Matzneff n’est pas un saint (contrairement, sans doute, aux journalistes de Libé). Quelles qu’aient été ses erreurs ou fautes, il a suffisamment payé. Abandonné par la plupart de ses amis (qui connaissaient pourtant son goût pour les jeunes filles), renié par son éditeur qui a mis ses livres à l’index, malade et ruiné : il est devenu un paria. Pour les matons qui se croient chargés de veiller à la morale publique, il devrait sans doute s’auto-incarcérer. Ces gens sont les « croquantes et des croquants » de Brassens, tous ces « gens bien intentionnés » qui, avec une bonne conscience inébranlable, chassent en bande. Désolée, mais je vais encore sortir mon Guy Debord : « Je ne suis pas un journaliste de gauche. Je ne dénonce jamais personne. » Et ça, voyez-vous, j’en suis plutôt fière.

La loi SURE rassure!

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Le projet de loi SURE, porté par Gérald Darmanin, permettra d’accélérer le traitement des affaires criminelles en jugeant certaines affaires sans plaidoiries. Le garde des Sceaux ne doit pas se laisser intimider par les avocats vent debout contre sa réforme.


La révolte de beaucoup d’avocats pénalistes contre la loi SURE n’est que la continuation du combat constant qui conduit les barreaux, à l’égard de toutes les lois de nature régalienne – procédures moins bureaucratiques et complexes, efficacité et rapidité de la répression, autorité de l’Etat – à privilégier l’intérêt particulier, corporatiste de leur mission au détriment de l’intérêt général, de la protection de tous les citoyens.

Continuité navrante

Gérald Darmanin, dans l’une de ses répliques à la polémique développée contre la loi SURE et lui-même, a rappelé ce constat de l’hostilité quasi permanente des avocats à l’égard de tout ce qui, gauche (rarement) et droite confondues, favorisait la tranquillité de chacun et la sauvegarde sociale.

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Le navrant est moins cette continuité qui serait le signe, pour beaucoup d’avocats, de leur devoir, aussi hémiplégique qu’il soit, que la déplorable abstention du syndicalisme judiciaire face à ce qui aurait dû le mobiliser au premier chef en soutien du ministre de la Justice. On peut se douter que la personnalité de celui-ci, ses orientations politiques, ses ambitions n’ont pas été pour rien dans cette indifférence coupable fortement teintée d’esprit partisan.

Si l’ironie est permise, cette volonté de défendre à toute force le jury populaire ressemble chez certains à l’envie d’argumenter et de plaider devant des ignorances et crédulités plus que face à des compétences et à des esprits critiques…

Pragmatisme

Cette loi SURE – Sanction Utile Rapide et Effective – est une excellente loi d’urgence et de pragmatisme. Si le garde des Sceaux n’avait pas été saisi par les légitimes alertes de plusieurs procureurs généraux inquiets devant les conséquences dévastatrices, en matière criminelle, des engorgements et des retards, sans doute n’aurait-il pas été si vite dans la voie qu’il a choisie et qui a été validée par le Sénat après que celui-ci a beaucoup concédé aux opposants pour le plaider-coupable criminel ?

Des aménagements et des limites ont été, en effet, apportés à la version initiale du garde des Sceaux. Outre que le plaider-coupable ne pourra concerner qu’un seul auteur, il ne sera pas seulement exclu pour le terrorisme et les crimes contre l’humanité mais aussi pour ceux de viol sur mineur de 15 ans, viol aggravé et traite des êtres humains.

Le plaider-coupable, la liberté et l’intégrité de son processus devront évidemment être légitimés par une cour d’assises. Contrairement à ce qui est prétendu, elle renforce les droits des victimes, d’autant plus que lutter efficacement contre des délais qui parfois atteignaient six à huit ans est la meilleure méthode pour satisfaire en profondeur les attentes de ces dernières. Il serait offensant de douter systématiquement de la sincérité des avocats en contestation mais est-il permis, au regard des expériences judiciaires criminelles, de souligner que les affrontements entre avocats de la défense et avocats des parties civiles sont parfois tellement vigoureux que la cause des secondes paraît être oubliée, voire niée par la première ?

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Il n’est pas neutre non plus de relever que les Français sont dans une très forte majorité (73%) partisans de cette réforme du plaider-coupable criminel.

Au sujet de cette avancée inspirée par un empirisme réparateur – éviter des catastrophes qui meurtriraient le tissu social et beaucoup de destinées singulières -, on ne peut pas négliger qu’elle s’inscrit dans le courant qui avait déjà supprimé la cour d’assises dans sa plénitude pour la diviser en cours criminelles et cours d’assises et que cette distinction déjà capitale (jury populaire supprimé dans les premières) avait été confortée par un avocat (emblématique pour beaucoup de ses confrères et consœurs) devenu ministre de la Justice en contradiction, sur ce point, avec sa position initiale. S’affirmant de gauche mais opportunément et durablement macroniste !

Pour ma part, puisque des avocats m’ont mis en cause, j’admets avoir été toujours un défenseur convaincu du jury populaire en regrettant d’ailleurs sa réduction numérique, mais que les circonstances d’urgence dramatique de ces derniers temps, sur le plan criminel, justifient mon adhésion conjoncturelle à cette loi soutenue par un ministre dont on ne peut pas dire qu’il se contente du verbe. Il ne disserte pas face aux problèmes et aux difficultés : il leur oppose des actes.

La magistrature sortira-t-elle un jour de ce qui la fait baisser dans l’estime publique ? de son manque de fierté pour elle-même et son splendide métier et de son manque de solidarité à l’égard de quelqu’un qui se bat pour elle ?

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Fast-fashion: le grand théâtre du greenwashing textile

On nous avait promis une loi pour encadrer la « fast fashion », mais l’objectif ne sera évidemment pas atteint… À défaut de changer le modèle, on en retouchera l’étiquette.


La France allait s’attaquer à la déferlante textile, freiner cette industrie qui produit censément des montagnes de vêtements jetables plus vite qu’on ne change de saison. Au terme des débats parlementaires, l’ambition a fondu au lavage façon tee-shirt Zara : le texte vise désormais surtout « l’ultra fast fashion ». En clair, les nouveaux barbares – Shein, Temu – sont visés, pendant que les acteurs historiques, ceux qui saturent les centres commerciaux depuis vingt ans, sont priés de continuer à polluer discrètement.

Shein, un bouc émissaire ?

En 2025, une idée s’était imposée sans opposition. Les excès de la filière textile étaient de la responsabilité unique des plateformes numériques de vente. Une idée séduisante et paresseuse qui a circulé partout, reprise dans le débat public comme une évidence, alors même qu’aucune donnée solide ne venait vraiment l’étayer. Le rapport publié par la coalition Stop Fast Fashion remet paradoxalement les choses à leur place : quand on regarde sérieusement les flux de déchets textiles, on constate que la saturation des centres de tri ne peut pas être imputée à un seul acteur.

L’idée qu’il existerait une différence de nature entre la fast fashion et son pendant « ultra » est démentie par la réalité. Comme s’il y avait, d’un côté, un pyromane industriel et, de l’autre, un incendiaire raisonnable. Pourtant, les associations réunies dans la coalition Stop Fast Fashion (Emmaüs France, Les Amis de la Terre France, Zero Waste France) le répètent: le mécanisme est identique. Produire toujours plus, toujours plus vite, toujours moins cher, pour pousser à acheter des vêtements dont la durée de vie se compte parfois en semaines.

Sous cet angle, la distinction entre Zara, Kiabi, Primark ou Mango et Shein relève moins de l’écologie que de la prestidigitation politique. On désigne des coupables exotiques, on ménage les enseignes installées, on sauve les apparences. Le climat appréciera sans doute cette subtilité.

Le Bangladesh n’a pas attendu Internet

Les chiffres, eux, sont d’une franchise brutale. Dans les ressourceries françaises, sur 2,8 tonnes de textiles analysés, 60 % sont déjà irrécupérables car trop usés et mal conçus pour survivre à quelques passages en machine. Et, parmi ces déchets, près de la moitié provient des grandes enseignes historiques de fast fashion. L’ultra fast fashion, pourtant placée au pilori, reste marginale dans ces flux. Mais peu importe. Politiquement, il est toujours plus commode de montrer du doigt la plateforme chinoise que la chaîne européenne installée au coin de la rue.

Rien de neuf, d’ailleurs, sous les néons des boutiques. On feint de découvrir avec Shein les ravages sociaux d’un système qui prospérait bien avant l’algorithme. L’effondrement du Rana Plaza à Bangladesh en 2013, a fait plus de mille morts à une époque où la fast fashion classique régnait sans partage. L’exploitation humaine n’a pas attendu les applications mobiles pour devenir rentable.

Pendant ce temps, les centres de tri débordent. Les volumes collectés ont bondi de 15% entre 2022 et 2024, jusqu’à 19 000 tonnes. À peine un peu plus de la moitié pourra être recyclée. Le reste part vers des filières saturées, l’incinération ou l’enfouissement. Et, là encore, une part substantielle provient de ces marques bien de chez nous que la loi ménage pudiquement.

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Mais le plus commode, dans cette affaire, reste sans doute de caricaturer le consommateur. Dans le récit dominant, l’acheteur de Shein serait un adolescent compulsif, hypnotisé par des promotions permanentes et des paniers virtuels sans fond. Cette image arrange tout le monde car elle permet de moraliser la question sans toucher au réel. Or le réel est beaucoup moins spectaculaire.

Depuis des années, les dépenses contraintes grignotent le budget des ménages. Inflation, loyers, énergie : le reste à vivre diminue. Selon l’Insee, la part du budget consacrée à l’habillement est passée d’environ 9% dans les années 1960 à moins de 4% aujourd’hui. On continue de s’habiller, bien sûr – il le faut – mais sous arbitrage permanent. Le vêtement reste une nécessité, parfois même une exigence sociale, mais il doit désormais se plier à une contrainte première, qui est celle du prix.

Fins de mois serrées

C’est ici que le discours écologique officiel se heurte à une vérité triviale : les consommateurs ne sont pas irrationnels, ils sont rationnés. S’ils se tournent vers des plateformes comme Shein, ce n’est pas nécessairement par goût de la frivolité jetable, mais parce qu’ils cherchent le meilleur compromis entre coût, style et usage. Une étude menée par Shein auprès de plus de 15 000 clients dans 21 pays confirme d’ailleurs ce que chacun pressent: le prix arrive en tête des critères d’achat, devant le style, la taille ou l’adéquation au quotidien. Les préoccupations environnementales existent, mais elles viennent après, non par cynisme, mais parce qu’on ne hiérarchise pas ses achats de la même manière quand les fins de mois sont serrées.

Et, contrairement au cliché d’une frénésie d’achats incontrôlée, les comportements sont souvent plus mesurés qu’on ne le dit. Une majorité des clients interrogés déclarent acheter moins de 30 vêtements par an, et plus de la moitié moins de 20. On est loin de l’orgie textile décrite dans certains rapports militants. Acheter à bas prix ne signifie pas nécessairement acheter sans limite.

Mieux encore: ces vêtements sont portés. Beaucoup. T-shirts, jeans, manteaux, chaussures — entre 36 % et 41% des consommateurs déclarent utiliser certaines pièces plus de cinquante fois. Une proportion importante les porte encore entre trente et cinquante fois. Nous sommes loin de la légende du vêtement porté une fois pour une photo Instagram avant de finir à la poubelle. Dans bien des cas, les consommateurs font ce qu’ils ont toujours fait: ils achètent, portent, gardent, réutilisent.

Producteurs cyniques et consommateurs irresponsables

Cela ne blanchit évidemment pas le modèle industriel. L’offre reste surabondante, le renouvellement artificiellement accéléré, la pression marketing constante. Mais cela rappelle une évidence que le débat public préfère esquiver: le problème ne se réduit pas à une opposition entre producteurs cyniques et consommateurs irresponsables. Il y a, au contraire, chez beaucoup d’acheteurs, une forme de sobriété pragmatique. Les vêtements circulent, changent de main, sont portés jusqu’à usure. Ce qui manque n’est pas toujours la volonté, mais le temps, les moyens, parfois les compétences pour réparer, transformer, recycler davantage. C’est pourquoi le greenwashing législatif est doublement inefficace.

D’abord parce qu’il ne s’attaque pas au cœur du problème : la surproduction organisée. Ensuite, et c’est le point que les beaux esprits oublient commodément, c’est que la fast fashion n’est pas d’abord une question morale, mais une question de pouvoir d’achat. On ne réglera pas la surconsommation low cost en culpabilisant ceux qui n’ont accès qu’au low cost. Tant que le vêtement durable restera un luxe relatif, la demande pour le vêtement bon marché survivra. On peut taxer, interdire et stigmatiser, l’alternative responsable demeure inaccessible à une large partie de la population.

Cette loi anti-fast fashion édulcorée aura donc surtout servi à produire une illusion rassurante: celle d’un volontarisme écologique sans coût politique majeur. On frappe loin, on épargne près, on baptise cela transition. Le textile continuera de s’empiler, les placards de déborder, les décharges de gonfler, mais au moins aurons-nous sauvé les apparences, ce qui est devenu, en matière d’écologie publique, la forme la plus accomplie du recyclage.

Affaire Roussel / Tondelier: un scandale peut en cacher un autre

Tout ce que vous direz pourra être tweeté contre vous ! Le Secrétaire national du Parti communiste français a la brigade du second degré à ses trousses après un « dérapage » sexiste contre la cheffe des écolos.


Des militantes communistes dénoncent une blague sexiste de Fabien Roussel. Il y a des sujets avec lesquels on ne rigole pas, notamment la grossesse et, au-delà, les femmes. Plaisanter sur une femme, c’est sexiste – ce qui est encore plus sexiste, en réalité, c’est de considérer les femmes comme de faibles créatures incapables de supporter une blague.  

350 élues et militantes du PCF, à qui personne n’a jamais expliqué la différence entre le premier et le second degré, accusent dans une lettre ouverte leur Secrétaire national de décrédibiliser la parole du parti par des propos sexistes relevant de la domination masculine. Le malheureux Roussel a osé plaisanter sur la grossesse de Marine Tondelier: « J’ai fait un don de sperme ». Il aurait blagué sur la Vierge Marie, elles n’auraient pas fait tant de foin. Il a d’ailleurs présenté ses excuses à l’écologiste.

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Sauf qu’un scandale peut en cacher un autre. Dans cette affaire, la dégueulasserie n’est pas la blague mais le fait qu’elle ait été divulguée. Roussel n’a pas plaisanté publiquement mais dans une discussion privée avec le journaliste Patrick Cohen, après une interview. Le soir même, Cohen s’est empressé de moucharder sur France 5, attirant les foudres féministes sur le malheureux Roussel.

On me prie d’admettre que cette blague est de mauvais goût. Mais si l’humour doit satisfaire aux canons du bon goût autant l’interdire. Sur Radio Nova, des gens sont payés tous les jours pour faire des blagues bien plus douteuses – en langue de gauche on dit « transgressif ». Si Guillaume Meurice avait ironisé sur la grossesse de Sarah Knafo, nos dames patronnesses auraient trouvé ça hilarant.

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Cohen, qui a braillé comme un putois parce qu’on l’avait enregistré dans un café (une méthode parfaitement critiquable) et se croit autorisé à dispenser des leçons de maintien à la France entière, piétine une des plus grandes conquêtes de ce que Benjamin Constant appelle la Liberté des modernes : la « paisible jouissance de l’indépendance privée ». En démocratie, seule la parole publique est règlementée. Hors de ce cadre, vous avez le droit de proférer des horreurs sans qu’elles soient étalées en place publique. Seuls les régimes totalitaires épient et répriment les propos privés. Pascal Praud parlait hier du « petit télégraphiste de la bassesse humaine ». Je dirais pour ma part que c’est la Stasi pour les nuls. On pense à la phrase prophétique de Guy Debord : je ne suis pas un journaliste de gauche, je ne dénonce jamais personne. Alors, si vous croisez Patrick Cohen, faites attention à ce que vous dites.


Cette chronique a été diffusée dans la matinale de Sud Radio

Bienvenue au Royaume-(dés)Uni

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Vidéo de campagne d'Hannah Spencer, Membre du Parlement écologiste pour Gorton and Denton, du 6 février 2026 sous-titrée en Ourdou / Capture d'écran YouTube

L’Angleterre connaît une véritable crise existentielle qui se manifeste par la disparition du sentiment d’appartenance. Les Britanniques, bien qu’encore citoyens, ne s’estiment plus faire partie d’un corps historique. Les évolutions politiques en faveur des Verts et de Nigel Farage témoignent de ce basculement. Les partis traditionnels ne parviennent plus à unir largement autour de leurs idées. De quoi avertir un lecteur français sur les dangers de la pensée multiculturaliste.


La victoire du Parti Vert lors de l’élection partielle de Gorton and Denton (à l’est de Manchester NDLR) au Royaume-Uni, le 28 février 2026, constitue l’un des bouleversements politiques les plus marquants de l’histoire électorale britannique récente. Cette circonscription, créée en 2024 à la suite d’un redécoupage électoral, regroupe les anciennes circonscriptions de Denton and Reddish, Manchester Withington et Manchester Gorton. Cette dernière est un bastion travailliste historique, ayant élu un député du Parti travailliste à chaque scrutin depuis 1935.

Or, non seulement le résultat a été une victoire spectaculaire pour les Verts, mais aussi pour le parti populiste Reform UK — en tête dans les sondages nationaux — qui arrive en deuxième position. C’est seulement la deuxième fois depuis 1945 qu’aucun des deux grands partis, travailliste et conservateur, ne figure parmi les deux premières places.

Si une seule élection partielle, avec une participation de seulement 48 %, ne suffit pas à démontrer un basculement électoral national loin des deux grands partis, les sondages d’opinion pointent néanmoins une fragmentation des coalitions électorales, tant à gauche qu’à droite. Des données issues de l’institut Electoral Calculus indiquent que si le transfert de voix du Parti travailliste vers les Verts observé lors de cette élection se reproduit à l’échelle nationale, cela pourrait empêcher une réélection de l’actuel Premier ministre Keir Starmer.

Vers une dissociation sociale

L’intégration des données démographiques dans les analyses électorales, et leur corrélation avec les intentions de vote et les résultats, permettent de mettre en évidence certains comportements qui soulèvent une question plus profonde sur la citoyenneté et la cohésion sociale. La citoyenneté demeure un statut juridique, mais elle s’accompagne traditionnellement d’un sentiment d’histoire commune, de références culturelles partagées et de respect des normes sociales qui structurent la société. Or, on observe de plus en plus un glissement vers une dissociation de ces éléments, au profit d’un concept que l’on pourrait qualifier de « citoyenneté de complaisance », dans lequel l’appartenance à la nation est envisagée uniquement sous l’angle juridique, sans véritable intégration sociale.

Depuis la fin des années 1990, les gouvernements ont fortement mis l’accent sur la tolérance et les causes liées aux minorités, avec l’idée que « la diversité est une force ». Le problème est qu’un accent trop fort a été mis sur la diversité, et non sur ce qui unit, ce qui a conduit le pays à se sentir plus fragmenté. Par ailleurs, le Royaume-Uni a connu depuis les années 1990 un niveau d’immigration plus élevé qu’à toute autre période de son histoire, malgré le référendum sur le Brexit et les promesses politiques ultérieures de la réduire. Depuis au moins 2010, une partie de l’électorat a le sentiment qu’il existe un problème de cohésion sociale, mais les gouvernements n’y ont jusqu’à présent pas apporté de réponse. 

Mouvement « Raise the colours », Londres, 8 septembre 2025 © Marcin Nowak/LNP/Shutterstock/SIPA

En outre, l’unité civique a été affaiblie dans le système éducatif, où l’enseignement de l’histoire met désormais davantage l’accent sur les « fautes » passées du pays. Cela mène à une diminution du sentiment de fierté nationale, ce qui explique en partie pourquoi, dans une enquête Ipsos menée en 2025, 48 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles ne combattraient pour leur pays « en aucune circonstance ». L’ensemble de ces éléments, conjugué à l’essor d’Internet, qui a permis à la population d’être plus connectée que jamais à des influences culturelles extérieures au Royaume-Uni, a contribué à affaiblir le sentiment partagé de cohésion culturelle et civique.

L’exemple de Gorton et Denton

Dans ce contexte, le résultat de Gorton and Denton ne doit pas seulement être considéré comme un bouleversement politique majeur, mais plutôt comme le signe d’une société qui peine à rester cohésive.

Les données du recensement de 2021 de Gorton et Denton indiquent que la circonscription compte une population majoritairement blanche à 57 %, avec des appartenances religieuses réparties entre chrétiens (41 %), musulmans (29 %) et personnes sans religion (28 %), et que 59 % de la population appartient aux catégories socio-professionnelles C2DE (classes populaires et inactifs économiquement).

Par ailleurs, le professeur Rob Ford, Senior Fellow au think-tank UK in a Changing Europe et professeur de science politique à l’université de Manchester, souligne : « Bien que les deux parties de la circonscription aient longtemps voté travailliste, elles sont démographiquement très différentes. Les quatre quartiers de Manchester comptent en moyenne près de 60 % de population non blanche et 40 % de musulmans, et 42 % des habitants sont étudiants ou diplômés. » Une partie de la victoire des Verts peut être attribuée à leur capacité à exploiter à leur avantage cette configuration démographique.

Leur programme propose notamment : la suppression des frais de scolarité universitaires et le rétablissement des bourses, l’annulation de la dette étudiante, l’alignement du salaire minimum pour tous les âges, le passage à une semaine de travail de quatre jours, l’arrêt de toute nouvelle extraction d’énergies fossiles et l’annulation des licences récemment délivrées, la légalisation de l’ensemble des drogues (y compris l’héroïne et le crack), la promotion des valeurs progressistes et des droits LGBTIQA+, la qualification des actions d’Israël à Gaza de génocide, la demande d’inscription de l’armée israélienne sur la liste des organisations terroristes, ainsi que la fin de l’utilisation des bases britanniques, notamment à Chypre et à Diego Garcia, pour soutenir les objectifs « expansionnistes » des États-Unis et d’Israël.

A lire du même auteur: Le Brexit n’a pas permis aux Britanniques de reprendre le contrôle sur l’immigration

Cet ensemble de propositions a permis au Parti Vert de constituer une coalition électorale profondément hétérogène. D’un côté, le parti a attiré le soutien des étudiants et des diplômés grâce à ses politiques économiques et sociétales ; de l’autre, il a séduit des minorités ethniques et religieuses par ses positions en matière de politique internationale. Afin de toucher ce second groupe, le Parti vert a été vivement critiqué pour avoir diffusé des documents de campagne en ourdou (notre photo). Le problème réside dans le caractère très ciblé — voire communautaire — de cette stratégie électorale, qui apparaît peu inclusive. 

Lorsque les messages politiques ne sont pas diffusés dans une langue commune, chaque groupe peut soupçonner l’autre de recevoir un discours différent, ce qui empêche l’émergence d’une orientation politique partagée. En outre, cette approche risque de renforcer des problèmes déjà existants de cohésion sociale, en soulevant des interrogations sur la manière dont les différentes composantes de l’électorat s’inscrivent dans la société et partagent — ou non — une vision des priorités nationales.

Si les partis politiques se sentent contraints de communiquer avec l’électorat dans plusieurs langues, cela peut indiquer l’existence d’une population fragmentée, vivant selon des systèmes de valeurs et des pratiques parallèles, et ne participant au débat public que par des canaux culturels et linguistiques distincts. Cette stratégie peut également accentuer les difficultés de cohésion sociale au Royaume-Uni et poser un problème démocratique fondamental : comment construire une nation cohérente autour d’un socle commun de culture, de pratiques et d’identité ?

Cette absence de normes partagées s’est également manifestée, selon certaines allégations, le jour même du scrutin. Avant 2023, le fait de voter en silence, dans l’intimité de l’isoloir, relevait d’une norme culturelle implicite ne nécessitant pas d’encadrement légal. Désormais, la pratique du « vote familial » — consistant à influencer des membres de sa famille au bureau de vote — est explicitement interdite au Royaume-Uni. Cette évolution traduit un changement dans la perception des comportements jugés appropriés lors d’une élection.

Le communautarisme par le vote familial

Ces développements témoignent à nouveau d’un processus de dissociation entre citoyenneté et cohésion sociale, et d’une dérive vers une situation où la citoyenneté est perçue uniquement comme un instrument.

Dans le cadre de cette élection partielle, l’organisation Democracy Volunteers, composée d’observateurs électoraux bénévoles appliquant des standards internationaux d’observation (principe des « quatre yeux »), affirme avoir constaté des cas de vote familial (le vote en famille et sous l’influence familiale) dans 15 des 22 bureaux de vote observés, soit 32 cas au total, dont neuf dans un seul bureau. Sur un échantillon de 545 votants observés, 12 % auraient ainsi été impliqués ou affectés par cette pratique.

Compte tenu de la gravité de ces allégations, la police du Grand Manchester a interrogé les volontaires et déclaré : « Nous avons demandé à Democracy Volunteers des descriptions des personnes impliquées ainsi que les horaires des faits allégués. Ces informations n’ont pas été consignées par les observateurs ou le plaignant, et aucune identité ni description ne nous a été fournie permettant de poursuivre l’enquête. » En l’absence de preuves, la police a conclu qu’aucune piste raisonnable ne pouvait être exploitée et qu’« aucun élément ne permettait de démontrer une intention d’influencer ou d’empêcher une personne de voter, au sens de la loi sur le secret du vote de 2023 ».

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Même si les preuves font défaut pour établir l’existence de vote familial, le nombre d’observations signalées pourrait néanmoins révéler une évolution préoccupante des comportements civiques, dans laquelle les électeurs ne se sentent plus tenus de respecter des normes sociales autrefois largement admises, ni certaines règles démocratiques plus récentes.

Il est essentiel que ces tendances ne se poursuivent pas, afin d’éviter que le pays ne glisse vers une société profondément fragmentée et désunie. Les responsables politiques britanniques doivent s’attacher à comprendre en profondeur les causes de ces divergences culturelles et y apporter des réponses adaptées, afin d’éviter une fragmentation accrue. Une nation doit reposer sur un socle civique commun. Les décideurs pourraient commencer par se poser des questions fondamentales : « Ces différences sont-elles motivées par des facteurs religieux ? » ou « Dans quelle mesure les conditions économiques ont-elles entravé l’intégration de certaines catégories sociales ? » 

Ce n’est qu’en apportant des réponses solides à ces interrogations qu’il sera possible de concevoir et de mettre en œuvre des politiques renforçant la cohésion sociale, et d’éviter que le pays ne devienne un espace où l’appartenance relève d’une logique purement transactionnelle — une citoyenneté de complaisance.

Chauffage: scoop, il fait plus froid en hiver

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L’Anses est une pépinière de nobélisables !


1 400 agents, dont des centaines d’ingénieurs (Ponts, Eaux et Forêts, Agriculture et Environnement, docteurs en Environnement, biologistes), 170 millions d’euros de budget financé par cinq ministères (Agriculture, Écologie, Santé, Travail, Consommation). En fouillant bien, on doit sûrement y trouver même quelques énarques. Bigre! On y a mis les moyens. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire — l’Anses, pour les initiés – constitue un des fleurons de notre République. Soyons-en fiers. Pour une fois, il serait inconvenant de se livrer à notre sport national : le dénigrement. Un tel aréopage impressionne. Eux-mêmes le disent, sans fausse modestie:  « Plusieurs centaines de scientifiques d’horizons divers et reconnus dans leurs disciplines respectives interviennent chaque année au sein de collectifs d’experts indépendants. Coordonnés par l’Anses, les travaux des collectifs répondent à un cadre structuré et des principes déontologiques exigeants. » Et le résultat est là : on ne peut qu’être confondus par la puissance de leurs travaux, l’acuité de leurs analyses et leur vision stratégique des sujets les plus complexes, des notions les plus absconses. En effet, le résultat est réellement à la hauteur des ambitions. Prenons pour illustrer cette analyse le dernier rapport de 654 pages remis par l’Anses le 9 avril dernier : Pollution par le chauffage au bois. On y découvre des pépites. On y apprend notamment que « La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique est plus importante en hiver et dans les zones densément peuplées. » Combien de réunions de travail a-t-il fallu à ces grosses têtes pour mettre en lumière ces vérités que personne ne pouvait évidemment soupçonner ? Mieux, le rapport est encore plus précis: « Elle est plus importante dans les régions du Sud et de l’Est et, plus généralement, dans les zones les plus froides de l’Hexagone. »

Puissantes analyses

Tahiti n’est cependant pas mentionné. Sans nul doute cette regrettable erreur, discriminante pour nos compatriotes ultramarins sera très probablement corrigée: n’oublions pas les quantités impressionnantes de Cocos nucifera (le cocotier) nécessaires à chauffer à blanc les pierres de laves nécessaires au lovo, la cuisson à l’étouffée mélanésienne traditionnelle. Soyons indulgents pour cet oubli : même les plus brillants peuvent commettre de menues erreurs et une mission complémentaire peut être envoyée d’urgence pour corriger cette regrettable lacune.

Pour suivons : « [La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique] est aussi plus importante dans les agglomérations avec une forte densité de population, comme en Île-de-France ». Tautologie des plus remarquables, puisque l’étymologie de « foyer » n’est autre que « focus » en latin, qui signifie très exactement le feu. Affirmer que les foyers polluent par la combustion du bois relève donc d’un vrai tour de force, vous en conviendrez. C’est donc à peine croyable : plus il fait froid, plus on chauffe, et plus il y a de foyers, plus il y a de cheminées !

Au vu de la puissance de ces analyses, tout porte à croire que les préconisations seront à la hauteur de celle-ci. N’autoriser le chauffage au bois qu’en été, par exemple? Ou bien exclure les zones peuplées pour ne l’autoriser qu’aux Iles Kerguelen? Là, les particules fines se disperseront librement dans les vents subantarctiques, loin de tout être vivant à l’exception de quelques 150 000 manchots royaux, surnommés « Alfred » par les hivernants de la base. Il faudra cependant diligenter préalablement une étude d’impact sur les effets épidémiologiques des PM2,5[1] sur les voies respiratoires des sphéniscidés.

Alors qu’en conclure ?

Évidemment, on peut en rire. Avouons que les occasions sont rares et que, tout compte fait, 170 millions d’euros, ce n’est pas cher payé pour une bonne tranche de rigolade. Une usine à gaz comme l’Anses ne représente après tout qu’une infime partie de la gabegie des différentes agences, Hauts-Comités, Hautes Autorités, bref des comités Théodule qui permettent de mettre les copains au chaud au frais des contribuables. Cependant, en rire serait une grave erreur car les inepties apparentes de l’Anses cachent une volonté réelle de tuer le chauffage au bois. Notre Premier ministre a récemment expliqué que l’avenir était au tout électrique.

Il ne fait que suivre en cela les recommandations de la Stratégie Nationale Bas Carbone (Décret du 21 avril 2020) dont personne n’a jamais vraiment entendu parler. Cette feuille de route de l’État n’a jamais fait l’objet d’une consultation des élus ni d’aucune instance démocratique. C’est pourtant la feuille de route de nos gouvernants pour nous diriger tout droit vers « l’enfer vert ». Les Gaulois réfractaires qui se chauffent encore au bois, comme leurs illustres ancêtres, posent en effet un sérieux problème : ils jouissent d’une fâcheuse autonomie… Problème que le tout-électrique résoudra fort opportunément. Le seul bon vouloir de l’État lui permet en effet de rationner à distance la consommation des ménages via les compteurs Linky — dont Enedis a lui-même reconnu qu’il pouvait réduire la puissance de chaque foyer sans préavis ni déplacement de technicien, pour peu que le réseau soit en tension. La possibilité existe. L’usage viendra inéluctablement. Pire, les attardés utilisant une cheminée NE SONT PAS FISCALISÉS! Aucun moyen de racketter Maurice qui va couper chaque année ses vingt stères de bois dans l’affouage communal. Pas davantage que Mātahiti qui chauffe sa pirogue aux coques de cocotier aux Marquises. Véritable abomination pour nos gouvernants : une énergie non taxable!

Vous comprenez désormais mieux à quel jeu joue l’Anses. Peu importe que le bois soit une énergie renouvelable. Peu importe qu’il soit produit et consommé localement. Peu importe même que les nouvelles générations de chaudière à bois produisent moins de particules fines que les chaudières à gaz. Tout ça n’est que secondaire. L’important est de « tuer » le seul moyen de chauffage économique pour les foyers les plus modestes. On compensera en leur allouant un « chèque énergie », ce qui renforcera encore le rôle de l’État-providence et alourdira un peu plus la mécanique redistributive de notre pays. Décidément, celui-ci prend définitivement le chemin d’un communisme intégral cachant bien son nom et que Tocqueville, avec deux siècles d’avance, avait baptisé « despotisme doux ». Mais rassurons-nous: tout cela été réalisé « dans un cadre déontologique exigeant »…

LA DICTATURE DU CARBONE

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[1] Les PM2,5 (Particulate Matter 2,5) sont des particules fines en suspension dans l’air dont le diamètre aérodynamique est inférieur ou égal à 2,5 microns. Non retenues par les muqueuses nasales, elles sont reconnues comme à l’origine de nombreuses pathologies.

Le RPR, une mythologie française

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Un livre passionnant revient sur l’histoire du parti chiraquien, riche de victoires, de fractures internes et de magouilles en tous genres…


Qui mieux que Pierre Manenti, normalien, agrégé, biographe de Charles Pasqua et historien des barons du gaullisme, pour nous plonger dans la marre aux alligators que fut le RPR ? Dans son nouveau livre, Le RPR. Une certaine idée de la droite (Passés composés), l’historien raconte cette aventure politique si loin de nous et en même temps si proche, qui a commencé en 1976 avec le divorce entre un Premier ministre nommé Jacques Chirac et son président Valéry Giscard d’Estaing, et qui s’est achevée 25 ans plus tard lorsque ces deux-là se sont réconciliés en créant ensemble un nouveau parti, l’UMP, taillée sur mesure pour la campagne de réélection de Chirac à l’Elysée.

50000 personnes à Versailles

Retour en 1976. Le 5 décembre, porte de Versailles, cinquante mille personnes sont rassemblées à l’occasion de la fondation du RPR. Le gaullisme avait regardé jusque-là avec mépris le fonctionnement des partis. L’homme du 18-juin n’avait-il pas rechigné à fonder le sien au lendemain de la guerre ? Face à Jacques Foccart, il s’était même un jour emporté : « Vous m’emmerdez avec votre RPF… » Mais en 1976, les émules du général savent bien qu’ils doivent s’adapter aux méthodes modernes d’exercice du pouvoir. Plus personne ne peut se dispenser de faire du marketing politique. L’un des cadres du parti, Charles Pasqua, ancien numéro deux de chez Ricard, importe ainsi du privé les premiers gadgets, porte-clés et autres t-shirts floqués d’une croix de Lorraine et d’un bonnet phrygien. On chante beaucoup aussi à cette époque au RPR : « Pour que la Seine ne charrie plus/ De poissons morts/ Qu’on s’y promène/ Et puisse y rêver encore » est l’une des ritournelles, déjà kitsch, qui fait la joie des militants.

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Le Chirac des années 70 fait l’effet d’un jeune loup prêt à mordre dans tous les jarrets. Un jour, il se réclame du travaillisme (qui, pourtant, est à la veille de se faire balayer par la vague Thatcher en Grande-Bretagne). Le lendemain, il se rapproche de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist. Le surlendemain, il tend la main aux communistes et envisage de former avec les socialistes une majorité alternative. Après les législatives de 1978, il se retrouve à la tête de la principale force de la majorité à l’Assemblée, ce qui perturbe considérablement la fin du giscardisme présidentiel.

En 1978, 86 % des cadres du RPR considèrent l’UDF comme un parti plus à droite que le RPR. Dix ans après, quand Jacques Chirac se présente aux présidentielles une seconde fois, on ne peut plus en dire autant. Car entre-temps, vers 1983-1984, sous l’influence d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé, le mouvement a entamé sa mue néo-libérale. Le refus « de voir la France devenir la Québec de l’Europe » (Michel Debré en 1976)et la dénonciation du « parti de l’étranger » (Jacques Chirac en 1978) ont cédé la place au « oui » à Maastricht en 1992. Au grand désarroi de bon nombre de militants.

Querelles de lignes

Au même moment, un autre clivage se fait jour dans le parti : faut-il tendre la main à Jean-Marie Le Pen ? Le refus affiché par les huiles du parti est souvent grandiloquent. Souvenons-nous de Michel Noir et d’Alain Carignon préférant « perdre une élection plutôt que perdre leur âme » peu avant d’être rattrapés par les affaires. A côté de ces protestations de vertu, Manenti dresse l’inventaire des alliances locales de circonstance qui ont été passées ici et là entre RPR et FN, à Dreux, en PACA et ailleurs, et dont le nombre n’est pas si négligeable. Sans oublier les appels francs et directs à une alliance émanent de caciques comme Claude Labbé, président du groupe à l’Assemblée. Après avoir hésité, Chirac a, nul ne l’ignore, opté pour l’intransigeance, y perdant sans doute une part de sa substance idéologique et de son efficacité électorale, sauf bien sûr en 2002 quand il s’est retrouvé au second tour face à Jean-Marie Le Pen et qu’il a remporté le duel avec 82% des voix.

A ces querelles de lignes s’ajoutent des divergences de cultures politiques. Deux aspirations contradictoires se dessinent dans le parti gaulliste : d’un côté, la passion pour le chef, l’envie de cheffer ou d’être cheffé ; et de l’autre, la tentation de la sédition, la révolte des barons et des barbons contre les jeunes loups et les jeunes lions. En 1981, Chirac ne s’évite pas la candidature rebelle de Michel Debré ni de Marie-France Garaud. Imagine-t-on Brzezinski candidat contre Jimmy Carter, Kissinger contre Nixon ?

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On peut dire que tout ce que Chirac a construit durant sa première partie de carrière (RPR, mairie de Paris) aura participé à pourrir la deuxième : les affaires remontées à la surface durant les années à l’Élysée. C’est ainsi que le parti a dû changer de nom, en profitant pour engloutir, en 2002, une bonne partie de l’UDF. Fusion étrange entre bonapartisme et orléanisme qui embrouille les esprits : dans les premières années de l’UMP, les anciens militants de base RPR, mélangés aux cadres et notables UDF cul-pincés s’étonnent de la disparition des barbecues rituels.

Grandes messes militantes, « 800 000 adhérents » au comptage corse de Charles Pasqua que reprend complaisamment l’auteur, culture de kermesse et chaleur populaire : le RPR fut peut-être le dernier parti de masse à droite capable d’offrir un peu de lien social à un électorat qu’on caricature souvent en individualistes farouches.  Alors il existe une nostalgie RPR comme il existe une nostalgie Chirac dont on imprime la grimace sur des t-shirts, cigarette aux lèvres et sourire goguenard.

Récemment, Franck Allisio, candidat RN malheureux à Marseille, a ressuscité la marque RPR. Cocasse, quand on se souvient de la haine que vouait Jean-Marie Le Pen à Jacques Chirac (« Chirac, c’est Jospin en pire », expliquait le leader du FN en 1995). Imagine-t-on des gens de gauche enthousiasmés par la refondation d’une nouvelle SFIO ou d’un nouveau PSU ? Au-delà d’un simple parti ou d’une « certaine idée », le RPR fut une mythologie. Il transforma – sinon transfigura – le militant de base en fidèle, le meeting en messe, le chef en totem, les produits dérivés en reliques gaulliennes à l’instar du bifteck-frites ou de la DS étudiés par Roland Barthes. D’une chronique de carrières sur fond d’affaires et d’errances idéologiques, il fit un récit national ; de la prose des jours chiraquienne une poétique gaulliste.

416 pages

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Pourquoi je vote LFI

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Sophia Chikirou, députée LFI et candidate aux municipales, dans un bureau de vote du 20e arrondissement de Paris, 15 mars 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

Dans une lettre aux lecteurs de Causeur, une électrice parisienne, prof d’histoire-géo dans un lycée en zone prioritaire, explique pourquoi elle a voté Chikirou aux municipales et continue de soutenir Jean-Luc Mélenchon malgré ses outrances et saillies antisémites.


Chers lecteurs de Causeur,

Vous ne me connaissez pas. Ou à peine. Je fais partie des 64 464 électeurs et électrices parisiens qui ont voté pour Sophia Chikirou au second tour des dernières élections municipales.

Je ne vous fais pas cet aveu pour vous que vous enragiez. Ni pour me donner le frisson de crâner devant vous, qui devez au mieux me trouver folle, au pire me haïr. Vous remarquerez d’ailleurs que je signe cette lettre ouverte sous alias. Pas très courageux, me direz-vous.

Si je tiens à rester anonyme, c’est à cause du métier que j’exerce. Professeure d’histoire-géographie dans un lycée public de la capitale, je pense que ma relation avec mes élèves serait altérée s’ils devaient connaître précisément mes opinions politiques – même s’ils doivent avoir quelque idée sur le sujet et d’ailleurs me trouver idéologiquement plutôt sympathique puisque j’enseigne en zone prioritaire, parmi une population qui a globalement mes valeurs.

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Je crois du reste que le règlement l’Éducation nationale m’interdit de faire publiquement état de mes convictions personnelles, qu’elles soient religieuses ou partisanes. Je ne voudrais pas me mettre en faute.

Mais alors, pourquoi ai-je choisi de vous parler de mon engagement insoumis ? Pour une raison simple. Je voudrais vous sortir une idée de la tête. Vous dire que, malgré ce que la plupart des médias prétendent, voter LFI ne signifie pas être antisémite.

Je comprendrais que vous ayez du mal à me croire. Récemment, Jean-Luc Mélenchon a plaisanté sur la prononciation du patronyme de Raphaël Glucksmann lors d’un discours à Perpignan. Je ne vais pas finasser : même s’il s’en est excusé, ces propos étaient indignes. Quand j’ai vu les vidéos, j’ai été outrée. Surtout par les rires dans la salle. Et pourtant, je n’ai pas renoncé à voter LFI.

Vous me trouvez inconséquente ? Stupide ? Ignoble ? Excusez-moi, mais cela ne marche pas sur moi. Par pitié, gardez vos leçons ! Quand Médiapart a révélé que Quentin Deranque était néonazi, avez-vous vu les médias de droite, qui avaient béatifié le jeune homme quelques jours auparavant, changer d’avis sur lui ? Non, ils ont préféré taire l’information. Regarder ailleurs. Eh bien moi, c’est pareil. Je regarde ailleurs lorsque quelqu’un de mon camp fait une connerie. Sauf que, contrairement à certains, j’ai l’honnêteté de le reconnaître.

Quand Jean-Marie Le Pen est mort, j’ai entendu les journalistes des médias Bolloré revenir sur ses calembours antisémites et ses propos négationnistes, pour évidemment les fustiger. Cela ne les a pas empêché de saluer le «lanceur d’alerte », qui, selon eux, avait vu avant tout le monde le danger migratoire.

Figurez-vous que je pense la même chose de Jean-Luc Mélenchon : malgré ses provocations, je suis persuadée que l’on dira plus tard que c’était un visionnaire, qu’il a courageusement lutté contre la trumpisation du monde, la vassalisation par l’argent et par les guerres hors-la-loi.

Le Sud global ne nous déteste pas sans raison. Si nous, Occidentaux, étions moins égoïstes, moins armés, plus accueillants, plus disposés à reconnaître notre racisme, alors le monde serait moins à feu et à sang, et les conditions davantage réunies pour qu’un maximum de personnes sur cette terre ait accès du progrès social. Je le crois profondément. C’est ainsi.

Je suis davantage effrayée par Donald Trump, qui excuse les meurtres de sa police ICE, et par Benjamin Netanyahou, qui tue des innocents à Gaza, que par les outrances simplement verbales de Jean-Luc Mélenchon. Cela ne veut pas dire que tous les Américains et tous les Israéliens sont à mes yeux des salauds. Ni que je prenne Mélenchon pour un ange. Seulement, il faut bien choisir le moindre mal.

Vous trouvez peut-être que je parle trop d’Israël ? Que tant de considération pour un si petit État est suspect ? Croyez-moi pourtant : ce pays ne m’obsède pas. Ce sont les États-Unis qui me posent problème. Leurs bases militaires partout sur la planète. Leur droit extraterritorial. Leur niveau record de pollution. Leur sous-culture abêtissante qu’ils exportent partout.

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Cela dit, je vous mentirais en vous disant que je regarde les morts causées par le régime iranien ou par l’armée russe avec la même indignation que les bombardements de Tsahal. Quand Israël bombarde des civils, des dizaines de milliers de civils, cela me révolte davantage. Car il s’agit d’une démocratie. Il est assez logique d’attendre de la part de démocrates qu’ils soient de meilleures personnes, vous ne pensez pas ?

Bref c’est justement parce que je suis l’exact inverse d’une antisémite que Benyamin Netanyahou, qui est en train de détruire la réputation de son peuple, me dégoûte.

Mais revenons à la France. Je vais aggraver mon cas en vous en précisant que je n’ai pas toujours été Insoumise. Je suis une récente convertie. Quadragénaire, j’ai vécu assez longtemps pour avoir voté Lionel Jospin, François Hollande, et même écolo. On ne m’y reprendra plus. Trop de cadeaux au patronat. Un paternalisme faussement généreux envers les minorités. À se demander parfois s’il n’y a pas davantage de racisme sur France Inter (qui, contrairement à ce que vous croyez, est un bastion de centre gauche, et pas Insoumis) que sur CNews. Je ne supporte plus ces arrière-pensées bourgeoises cachées derrière leurs protestations de vertu. Je sais de quoi je parle. J’ai grandi dans les beaux quartiers. Mes parents avaient de l’argent.

Mélenchon, lui, ne joue pas aux « belles personnes », comme il dit. Il a un langage de vérité, quitte à parfois avoir des paroles qui dépassent les bornes. Causeur n’arrête pas de taxer cette liberté de ton de calcul cynique, de clientélisme à l’endroit de l’électorat de banlieue. Désolée, mais moi je ressens strictement l’inverse. Il me semble clair que Mélenchon aime les gens dont il recherche le suffrage, et qu’il a tissé avec eux un rapport de confiance unique en son genre… et qui vous agace prodigieusement !

Une dernière chose. J’ai commencé en vous parlant des dernières élections municipales. Je n’ai pas voté utile à Paris. À quoi bon ? Je ne vois pas tellement la différence entre Rachida Dati et Emmanuel Grégoire. Anne Hidalgo a pris quelques bonnes mesures, notamment contre la voiture, je n’en disconviens pas. Seulement, si c’est pour aider Bernard Arnault et François Pinault à transformer Paris en supermarché du luxe à ciel ouvert, je ne vois pas l’intérêt.

J’ai honte de voir cette ville, si merveilleuse, si importante dans l’histoire des droits de l’Homme et des avant-gardes anticoloniales, devenir une destination pour les riches de la planète. Et je ne veux pas en être tenue responsable. J’ai donc voté Chikirou. Au premier comme au second tour. Pardon si cela vous choque, mais je ne le regrette pas un instant.

Gus Van Sant: l’Amérique sera toujours l’Amérique

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© Stefania Rosini / ARP

Après sept ans d’absence, le cinéaste Gus Van Sant revient au grand écran, avec un captivant thriller sociétal. Malgré l’excellence de son casting, notre critique regrette que le film ne bénéficie pas de plus de copies en France.


Etonnant tout de même que le dernier Gus Van Sant passe dans si peu de salles à Paris, la première semaine de son exploitation. Autant dire qu’en province, La Corde au cou – c’est le titre- n’a probablement pas une très longue chance de survie en salles… Dommage.

Al Pacino séquestré par un triste clown

Il est vrai que, requis par la fabrication de séries télé (Boss, When we Rise, Feud…), le génial cinéaste du road movie Drugstore Cowboy (1989) comme du mythique, sublime et sulfureux My own private Idaho (1991) s’était fait, depuis sept ans, oublier du grand écran. Toujours est-il que, à bonne distance d’Elephant (2003), de Last Days (2005) ou de Paranoid Park (2008) tout autant que de l’agaçant biopic à succès  Harvey Milk (2009) puis du sentimental Restless (2011), La Corde au cou  – titre original : Dead Man’s Wire – a la verdeur, l’énergie débridée d’un film de jeune homme. A 73 ans, Gus Van Sant, transfuge d’Hollywood, insatiable expérimentateur de son outil de travail, exhume un fait divers réel de 1977 pour nous peindre, avec une vivacité extraordinairement efficace et dans un tempo saccadé, l’Amérique telle qu’en elle-même de toute éternité : cynique, superficielle, cupide, retorse, sans scrupule. Le western continue.

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Ruiné par un crédit hypothécaire contracté en vue de construire un centre commercial à Indianapolis, capitale de l’Indiana, Tony Kiritsis (Bill Skarsgard), la trentaine nerveuse et agitée, a décidé de se venger : un jour frisquet de février, il a rendez-vous au siège de la Meridian Mortage Company, dont Mr. Hall (Al Pacino) est le grand patron. De longue date, Tony méditait le projet d’arracher au courtier, qu’il suppose l’avoir grugé, non seulement des excuses, mais aussi le remboursement de sa dette, une rançon en cash, et… l’immunité judiciaire ! Par quel moyen ? Tout simplement, en le séquestrant, armé d’un fusil relié à un lacet passé autour du cou de sa victime. Mais le boss n’est pas au bureau, il est parti en Floride pour le week-end. Dépité, furibond, le ravisseur devra se contenter du fils, Richard Hall (Dacre Montgomery). Lequel, frigorifié, en chemise, tremblant de peur, est donc emporté jusque chez lui (dans une voiture de police « empruntée » sous la menace d’un révolver), puis menotté dans son propre appartement, le canon pointé sur lui, à bout portant. La prise d’otage fait vite la une du JT et de toutes les radios. Une journaliste ambitieuse y trouve une opportunité de carrière. Un DJ radiophonique à la voix caressante, Fred Temple (Colman Domingo) est utilisé par Tony comme relais médiatique… Tony devient le héros (controversé) de l’heure.  Impuissante, la police tente de négocier, et si possible d’éviter le carnage. Matt Dillon campe le shérif, dépassé par la situation. Suspense…

Une certaine virtuosité formelle

Inénarrable, Al Pacino dans le rôle de l’intraitable homme d’affaire, bagué, adipeux, boudiné, trivial, refusant au bout du fil de transiger, quitte à sacrifier si besoin son rejeton à ses intérêts  – dans le rôle du fils navrant, huileux de panique et de sueur, contraint de dormir et de déféquer dans la baignoire, le comédien australien Dacre Montgomery excelle. Touchant, savoureux, épidermique, ce pauvre Tony Kiritsis, gars du peuple enfermé dans la pure folie de son acte, sous les traits du très bon acteur Bill Skargard (cf. sa performance dans Nosferatu, de Robert Eggers)… Aux stars fétiches et vieux fidèles du cinéaste – Pacino, Dillon… –  , le casting s’adjoint, non seulement quelques jeunes figures au podium du box-office, mais aussi toute une flopée de comparses qui contribuent à densifier l’intrigue et à l’inscrire dans son environnement sociétal. D’autant que le matériau visuel s’incorpore, non sans une certaine virtuosité formelle, images pixélisées de la télévision, séquences d’interviews filmées, etc., restituant ainsi leur caractère vintage et ranimant de façon sensible cet air du temps propre aux seventies, grevé de morceaux de soul.

D’une parfaite maîtrise, ces combinaisons donnent à La Corde au cou un allant, une alacrité, une rythmique qui, de bout en bout, tiennent le spectateur en haleine.            


1h44

Antoine Léaument, révolutionnaire au cœur tendre…

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Le député lfiste de Sainte-Geneviève-des-Bois (91) est revenu enchanté d’un concert de Theodora, artiste primée et multidiffusée sur France inter, emblématique de cette « Nouvelle France » que Jean-Luc Mélenchon appelle régulièrement de ses vœux – mais malheureusement encore victime de mysoginoir.


Le député LFI Antoine Léaument est allé récemment à un concert et a tenu à partager son émotion sur les réseaux, émotion si grande qu’il en baragouine: « C’était bien Theodora, c’était incroyable… Je suis un petit cœur tendre. Quand il y a trop d’émotion, je pleure, c’est direct. Dès qu’il y a des moments… genre y’a un moment donné, elle était sur une lune et tout, putain, j’étais trop ému. Mélodrama, c’est une chanson, à chaque fois ça me fait pleurer. »

Des formes et des rondeurs, ça sert à réchauffer le cœur

Je déconseille aux âmes sensibles en général et aux amateurs de musique en particulier d’écouter Mélodrama, une bouillie musicale industrielle comme on en produit à la chaîne ces dernières années, un gargouillis incompréhensible nappé grossièrement de sons et de rythmes mécaniques et préfabriqués.

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Je leur déconseille également de regarder ne serait-ce qu’une partie de la vidéo du concert qui a tant ému Antoine Léaument. La dénommée Theodora s’y trémousse, corsetée dans des costumes retenant à grand-peine certaines parties de son anatomie – sur le site du média « féministe et inclusif » Terrafemina[1], dans un article consacré à cette soi-disant « chanteuse iconique », on appelle ça « assumer ses formes » – et simule à de nombreuses reprises l’acte copulatoire sous toutes ses formes – sur le même site, on appelle ça « l’attitude sexy d’une femme sûre de sa sensualité ». Terrafemina affirme que cette « impératrice du style et de la musique » est victime de « misogynoir, cette violence intersectionnelle qui conjugue racisme et sexisme » : ceux qui n’apprécient pas ses performances artistiques seraient des « gros racistes » et des « réacs ». En avant, donc, pour une chronique bien réac… 

Chouchou de France inter

Theodora fait un peu penser à Aya Nakamura. En plus vulgaire. Aux dernières Victoires de la Musique, elle a obtenu quatre trophées dont celui de la « révélation scène ». France Inter, jamais en retard quand il s’agit de promouvoir de la daube en tube, lui a consacré trois émissions en un mois. Télérama, le catalogue des crucheries contemporaines, n’a pas manqué d’encenser « l’artiste qui s’affranchit de toutes les barrières » – on reconnaît la production culturelle industrielle à la publicité qui lui est faite et qui s’adosse à une langue elle aussi reproductible et mécanique. Une once de morale politique à deux balles tout aussi fabriquée et automatique agrémente généralement ce genre de publicité. Ainsi, Constance Vilanova nous apprend sur France Info que « Théodora est explicitement engagée politiquement. Dans une interview, elle déclare : “Je suis très contente qu’il n’y ait pas de fachos dans mes concerts”. Et ça, ça ne plaît pas à l’extrême droite, souvent la première à critiquer les artistes racisés ». On comprend mieux l’engouement d’Antoine Léaument.

Drague communautariste ?

Pour complaire à un électorat qu’il connaît bien et qu’il drague depuis des années, le député de l’Essonne s’est mis à sa hauteur, en feignant d’abord d’apprécier les mêmes bouses musicales que lui, en se vantant ensuite, dans la même vidéo, d’avoir « fait entrer les mots “moulaga” et “cheh” à l’Assemblée nationale ». « Moulaga » désigne l’argent ou le cannabis ; « Cheh » est une interjection arabe utilisée pour se réjouir du malheur de quelqu’un ou se moquer de lui, qu’on peut traduire par « bien fait pour toi ! ». Les deux expressions, issues du vocabulaire utilisé principalement par la racaille des cités, prospèrent sur les réseaux sociaux que le député se targue de savoir manipuler. Antoine Léaument ne se contente pas de se plier aux goûts musicaux de ses électeurs les plus jeunes, il parle leur langue, un dialecte mêlant des lambeaux de sa langue natale et des expressions arabes ou africaines – une sorte d’espéranto de la « nouvelle France » qu’il appelle de ses vœux.

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Monsieur Léaument malmène l’art musical, l’histoire et la langue de son pays. Il croit ainsi pouvoir gagner l’estime d’une frange de la population issue de l’immigration qui, espère-t-il, contribuera à la conservation de son siège. Cela durera ce que cela durera – mais sans doute pas aussi longtemps que l’escompte le député. Après avoir accusé la France de tous les maux, déclamé son amour pour l’Autre, l’immigré extra-européen ayant sa préférence, et s’être soumis à ses coutumes voire à sa religion, aboyé son dégoût de l’Histoire de France hors la Terreur révolutionnaire, s’être farci tous les concerts de Theodora, d’Yseult, de Médine ou d’Aya Nakamura, s’être affiché avec Assa Traoré, Rima Hassan et Danièle Obono, s’être plié à tous les abaissements d’un dhimmi en herbe, le « tout moche, tout blanc » Léaument ne sera-t-il pas bientôt considéré comme un idiot inutile, un porte-parole usagé, un allié négligeable, une relique politique par ceux-là mêmes qu’il aura aidés à transformer la société française de fond en comble et qui n’hésiteront pas, le moment voulu, à le remercier sans ménagement et à prendre sa place ? Rima Hassan a prévenu : « Cette époque du porte-parolat est révolue. Nous la voulons derrière nous. » À bon entendeur, salut !

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.terrafemina.com/article/un-gigot-bien-ficele-vulgaire-cette-chanteuse-glam-et-iconique-ose-un-look-sexy-et-est-victime-de-misogynoir-les-reacs-sacharnent_a376779/1

«Libération», tribunal des bonnes mœurs

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Gabriel Matzneff a osé sortir de chez lui, rapporte le quotidien de gauche.


Décidément, le journalisme de police ne se repose jamais. À peine terminé le délicieux épisode du grand PatCo balançant à l’antenne une blagounette à deux balles, faite par Fabien Roussel en privé qui vaut au communiste d’être traîné devant le tribunal des militantes-et-élues, je reçois l’appel d’un journaliste de Libération. Il veut m’interroger sur une soirée qui s’est déroulée chez Lipp le 14 avril pour la remise du prix Cazes. Je le vois venir à des kilomètres. La seule chose qui l’intéresse, c’est la présence de Gabriel Matzneff, déjà signalée par quelques tweets indignés, photos à l’appui. Le gars veut savoir si, au moins, quelqu’un dans l’assemblée s’est offusqué de cette infâmie, si quelques bons esprits ont bruyamment quitté la salle en proclamant qu’ils ne sauraient se trouver dans la même pièce qu’un tel monstre. Je lui coupe la parole sans amabilité excessive: « Vos questions de flic, vous pouvez vous les garder. »  À l’évidence, il ne comprend pas la raison de mon énervement: « Je veux juste savoir s’il y a eu des réactions. » Ma pomme: « Trouvez-vous un autre mouchard, comme ça vous pourrez dresser la liste des salauds qui n’ont rien dit. » Coupables par omission et par association.

« Tout de même, insiste-t-il, cette présence peut interpeller. » Réponse de votre servante: « Eh bien, faites la liste des non-interpellés. Décidément, nous ne faisons pas le même métier. Sans doute ne fréquentez-vous que des gens parfaitement irréprochables, bravo ! » Il ne doit pas rigoler tous les jours, le confrère.

Pour finir, il brandit un argument qu’il pense indiscutable : « Vous savez je ne suis pas le seul. » Là, je dois l’avouer, j’explose : « C’est ça votre justification ? Que vous faites partie d’une meute ? Que vous êtes moutonnier ? » Venant d’un journaliste officiant dans un quotidien qui se croit subversif mais qui est la pointe avancée du conformisme progressiste, c’est un aveu : « mutin de Panurge », comme disait mon cher Muray, et fier de l’être.

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La conversation se termine plutôt fraîchement – de mon fait. Toutefois, je ne peux m’empêcher de lui adresser le message suivant, en l’invitant à me citer si ça lui chante. « C’est vraiment marrant les gens de gauche maintenant. Ils adorent se joindre à la meute. Si je vous comprends bien, Matzneff devrait passer les dernières années de sa vie enfermé chez lui. Et vous êtes « interpellé » parce que les gens qui étaient présents à cette soirée n’ont pas poussé des hurlements horrifiés, écrit des tribunes et demandé urbi et orbi la mort sociale du pêcheur. Cette peine, aucun tribunal ne l’a prononcée sinon celui de la bienséance que vous incarnez si bien.  Je suis sûre que vous êtes fier d’être du bon côté contre un vieillard isolé et ruiné. Moi j’appelle cela du journalisme de police. » J’ajoute que, chose qu’il semble totalement ignorer, Matzneff a récemment bénéficié d’un non-lieu. Aussi pensait-il naïvement que la chasse aux sorcières allait prendre fin et que Gallimard allait l’accueillir à bras ouverts en lui jurant que tout est pardonné. Mais le tribunal populaire se fiche éperdument des décisions de la Justice.

Gabriel Matzneff n’est pas un saint (contrairement, sans doute, aux journalistes de Libé). Quelles qu’aient été ses erreurs ou fautes, il a suffisamment payé. Abandonné par la plupart de ses amis (qui connaissaient pourtant son goût pour les jeunes filles), renié par son éditeur qui a mis ses livres à l’index, malade et ruiné : il est devenu un paria. Pour les matons qui se croient chargés de veiller à la morale publique, il devrait sans doute s’auto-incarcérer. Ces gens sont les « croquantes et des croquants » de Brassens, tous ces « gens bien intentionnés » qui, avec une bonne conscience inébranlable, chassent en bande. Désolée, mais je vais encore sortir mon Guy Debord : « Je ne suis pas un journaliste de gauche. Je ne dénonce jamais personne. » Et ça, voyez-vous, j’en suis plutôt fière.

La loi SURE rassure!

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Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez et le ministre de la Justice Gérald Darmanin à l’Assemblée nationale, à Paris, le 8 avril 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

Le projet de loi SURE, porté par Gérald Darmanin, permettra d’accélérer le traitement des affaires criminelles en jugeant certaines affaires sans plaidoiries. Le garde des Sceaux ne doit pas se laisser intimider par les avocats vent debout contre sa réforme.


La révolte de beaucoup d’avocats pénalistes contre la loi SURE n’est que la continuation du combat constant qui conduit les barreaux, à l’égard de toutes les lois de nature régalienne – procédures moins bureaucratiques et complexes, efficacité et rapidité de la répression, autorité de l’Etat – à privilégier l’intérêt particulier, corporatiste de leur mission au détriment de l’intérêt général, de la protection de tous les citoyens.

Continuité navrante

Gérald Darmanin, dans l’une de ses répliques à la polémique développée contre la loi SURE et lui-même, a rappelé ce constat de l’hostilité quasi permanente des avocats à l’égard de tout ce qui, gauche (rarement) et droite confondues, favorisait la tranquillité de chacun et la sauvegarde sociale.

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Le navrant est moins cette continuité qui serait le signe, pour beaucoup d’avocats, de leur devoir, aussi hémiplégique qu’il soit, que la déplorable abstention du syndicalisme judiciaire face à ce qui aurait dû le mobiliser au premier chef en soutien du ministre de la Justice. On peut se douter que la personnalité de celui-ci, ses orientations politiques, ses ambitions n’ont pas été pour rien dans cette indifférence coupable fortement teintée d’esprit partisan.

Si l’ironie est permise, cette volonté de défendre à toute force le jury populaire ressemble chez certains à l’envie d’argumenter et de plaider devant des ignorances et crédulités plus que face à des compétences et à des esprits critiques…

Pragmatisme

Cette loi SURE – Sanction Utile Rapide et Effective – est une excellente loi d’urgence et de pragmatisme. Si le garde des Sceaux n’avait pas été saisi par les légitimes alertes de plusieurs procureurs généraux inquiets devant les conséquences dévastatrices, en matière criminelle, des engorgements et des retards, sans doute n’aurait-il pas été si vite dans la voie qu’il a choisie et qui a été validée par le Sénat après que celui-ci a beaucoup concédé aux opposants pour le plaider-coupable criminel ?

Des aménagements et des limites ont été, en effet, apportés à la version initiale du garde des Sceaux. Outre que le plaider-coupable ne pourra concerner qu’un seul auteur, il ne sera pas seulement exclu pour le terrorisme et les crimes contre l’humanité mais aussi pour ceux de viol sur mineur de 15 ans, viol aggravé et traite des êtres humains.

Le plaider-coupable, la liberté et l’intégrité de son processus devront évidemment être légitimés par une cour d’assises. Contrairement à ce qui est prétendu, elle renforce les droits des victimes, d’autant plus que lutter efficacement contre des délais qui parfois atteignaient six à huit ans est la meilleure méthode pour satisfaire en profondeur les attentes de ces dernières. Il serait offensant de douter systématiquement de la sincérité des avocats en contestation mais est-il permis, au regard des expériences judiciaires criminelles, de souligner que les affrontements entre avocats de la défense et avocats des parties civiles sont parfois tellement vigoureux que la cause des secondes paraît être oubliée, voire niée par la première ?

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Il n’est pas neutre non plus de relever que les Français sont dans une très forte majorité (73%) partisans de cette réforme du plaider-coupable criminel.

Au sujet de cette avancée inspirée par un empirisme réparateur – éviter des catastrophes qui meurtriraient le tissu social et beaucoup de destinées singulières -, on ne peut pas négliger qu’elle s’inscrit dans le courant qui avait déjà supprimé la cour d’assises dans sa plénitude pour la diviser en cours criminelles et cours d’assises et que cette distinction déjà capitale (jury populaire supprimé dans les premières) avait été confortée par un avocat (emblématique pour beaucoup de ses confrères et consœurs) devenu ministre de la Justice en contradiction, sur ce point, avec sa position initiale. S’affirmant de gauche mais opportunément et durablement macroniste !

Pour ma part, puisque des avocats m’ont mis en cause, j’admets avoir été toujours un défenseur convaincu du jury populaire en regrettant d’ailleurs sa réduction numérique, mais que les circonstances d’urgence dramatique de ces derniers temps, sur le plan criminel, justifient mon adhésion conjoncturelle à cette loi soutenue par un ministre dont on ne peut pas dire qu’il se contente du verbe. Il ne disserte pas face aux problèmes et aux difficultés : il leur oppose des actes.

La magistrature sortira-t-elle un jour de ce qui la fait baisser dans l’estime publique ? de son manque de fierté pour elle-même et son splendide métier et de son manque de solidarité à l’égard de quelqu’un qui se bat pour elle ?

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Fast-fashion: le grand théâtre du greenwashing textile

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© Thibault Camus/AP/SIPA

On nous avait promis une loi pour encadrer la « fast fashion », mais l’objectif ne sera évidemment pas atteint… À défaut de changer le modèle, on en retouchera l’étiquette.


La France allait s’attaquer à la déferlante textile, freiner cette industrie qui produit censément des montagnes de vêtements jetables plus vite qu’on ne change de saison. Au terme des débats parlementaires, l’ambition a fondu au lavage façon tee-shirt Zara : le texte vise désormais surtout « l’ultra fast fashion ». En clair, les nouveaux barbares – Shein, Temu – sont visés, pendant que les acteurs historiques, ceux qui saturent les centres commerciaux depuis vingt ans, sont priés de continuer à polluer discrètement.

Shein, un bouc émissaire ?

En 2025, une idée s’était imposée sans opposition. Les excès de la filière textile étaient de la responsabilité unique des plateformes numériques de vente. Une idée séduisante et paresseuse qui a circulé partout, reprise dans le débat public comme une évidence, alors même qu’aucune donnée solide ne venait vraiment l’étayer. Le rapport publié par la coalition Stop Fast Fashion remet paradoxalement les choses à leur place : quand on regarde sérieusement les flux de déchets textiles, on constate que la saturation des centres de tri ne peut pas être imputée à un seul acteur.

L’idée qu’il existerait une différence de nature entre la fast fashion et son pendant « ultra » est démentie par la réalité. Comme s’il y avait, d’un côté, un pyromane industriel et, de l’autre, un incendiaire raisonnable. Pourtant, les associations réunies dans la coalition Stop Fast Fashion (Emmaüs France, Les Amis de la Terre France, Zero Waste France) le répètent: le mécanisme est identique. Produire toujours plus, toujours plus vite, toujours moins cher, pour pousser à acheter des vêtements dont la durée de vie se compte parfois en semaines.

Sous cet angle, la distinction entre Zara, Kiabi, Primark ou Mango et Shein relève moins de l’écologie que de la prestidigitation politique. On désigne des coupables exotiques, on ménage les enseignes installées, on sauve les apparences. Le climat appréciera sans doute cette subtilité.

Le Bangladesh n’a pas attendu Internet

Les chiffres, eux, sont d’une franchise brutale. Dans les ressourceries françaises, sur 2,8 tonnes de textiles analysés, 60 % sont déjà irrécupérables car trop usés et mal conçus pour survivre à quelques passages en machine. Et, parmi ces déchets, près de la moitié provient des grandes enseignes historiques de fast fashion. L’ultra fast fashion, pourtant placée au pilori, reste marginale dans ces flux. Mais peu importe. Politiquement, il est toujours plus commode de montrer du doigt la plateforme chinoise que la chaîne européenne installée au coin de la rue.

Rien de neuf, d’ailleurs, sous les néons des boutiques. On feint de découvrir avec Shein les ravages sociaux d’un système qui prospérait bien avant l’algorithme. L’effondrement du Rana Plaza à Bangladesh en 2013, a fait plus de mille morts à une époque où la fast fashion classique régnait sans partage. L’exploitation humaine n’a pas attendu les applications mobiles pour devenir rentable.

Pendant ce temps, les centres de tri débordent. Les volumes collectés ont bondi de 15% entre 2022 et 2024, jusqu’à 19 000 tonnes. À peine un peu plus de la moitié pourra être recyclée. Le reste part vers des filières saturées, l’incinération ou l’enfouissement. Et, là encore, une part substantielle provient de ces marques bien de chez nous que la loi ménage pudiquement.

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Mais le plus commode, dans cette affaire, reste sans doute de caricaturer le consommateur. Dans le récit dominant, l’acheteur de Shein serait un adolescent compulsif, hypnotisé par des promotions permanentes et des paniers virtuels sans fond. Cette image arrange tout le monde car elle permet de moraliser la question sans toucher au réel. Or le réel est beaucoup moins spectaculaire.

Depuis des années, les dépenses contraintes grignotent le budget des ménages. Inflation, loyers, énergie : le reste à vivre diminue. Selon l’Insee, la part du budget consacrée à l’habillement est passée d’environ 9% dans les années 1960 à moins de 4% aujourd’hui. On continue de s’habiller, bien sûr – il le faut – mais sous arbitrage permanent. Le vêtement reste une nécessité, parfois même une exigence sociale, mais il doit désormais se plier à une contrainte première, qui est celle du prix.

Fins de mois serrées

C’est ici que le discours écologique officiel se heurte à une vérité triviale : les consommateurs ne sont pas irrationnels, ils sont rationnés. S’ils se tournent vers des plateformes comme Shein, ce n’est pas nécessairement par goût de la frivolité jetable, mais parce qu’ils cherchent le meilleur compromis entre coût, style et usage. Une étude menée par Shein auprès de plus de 15 000 clients dans 21 pays confirme d’ailleurs ce que chacun pressent: le prix arrive en tête des critères d’achat, devant le style, la taille ou l’adéquation au quotidien. Les préoccupations environnementales existent, mais elles viennent après, non par cynisme, mais parce qu’on ne hiérarchise pas ses achats de la même manière quand les fins de mois sont serrées.

Et, contrairement au cliché d’une frénésie d’achats incontrôlée, les comportements sont souvent plus mesurés qu’on ne le dit. Une majorité des clients interrogés déclarent acheter moins de 30 vêtements par an, et plus de la moitié moins de 20. On est loin de l’orgie textile décrite dans certains rapports militants. Acheter à bas prix ne signifie pas nécessairement acheter sans limite.

Mieux encore: ces vêtements sont portés. Beaucoup. T-shirts, jeans, manteaux, chaussures — entre 36 % et 41% des consommateurs déclarent utiliser certaines pièces plus de cinquante fois. Une proportion importante les porte encore entre trente et cinquante fois. Nous sommes loin de la légende du vêtement porté une fois pour une photo Instagram avant de finir à la poubelle. Dans bien des cas, les consommateurs font ce qu’ils ont toujours fait: ils achètent, portent, gardent, réutilisent.

Producteurs cyniques et consommateurs irresponsables

Cela ne blanchit évidemment pas le modèle industriel. L’offre reste surabondante, le renouvellement artificiellement accéléré, la pression marketing constante. Mais cela rappelle une évidence que le débat public préfère esquiver: le problème ne se réduit pas à une opposition entre producteurs cyniques et consommateurs irresponsables. Il y a, au contraire, chez beaucoup d’acheteurs, une forme de sobriété pragmatique. Les vêtements circulent, changent de main, sont portés jusqu’à usure. Ce qui manque n’est pas toujours la volonté, mais le temps, les moyens, parfois les compétences pour réparer, transformer, recycler davantage. C’est pourquoi le greenwashing législatif est doublement inefficace.

D’abord parce qu’il ne s’attaque pas au cœur du problème : la surproduction organisée. Ensuite, et c’est le point que les beaux esprits oublient commodément, c’est que la fast fashion n’est pas d’abord une question morale, mais une question de pouvoir d’achat. On ne réglera pas la surconsommation low cost en culpabilisant ceux qui n’ont accès qu’au low cost. Tant que le vêtement durable restera un luxe relatif, la demande pour le vêtement bon marché survivra. On peut taxer, interdire et stigmatiser, l’alternative responsable demeure inaccessible à une large partie de la population.

Cette loi anti-fast fashion édulcorée aura donc surtout servi à produire une illusion rassurante: celle d’un volontarisme écologique sans coût politique majeur. On frappe loin, on épargne près, on baptise cela transition. Le textile continuera de s’empiler, les placards de déborder, les décharges de gonfler, mais au moins aurons-nous sauvé les apparences, ce qui est devenu, en matière d’écologie publique, la forme la plus accomplie du recyclage.

Affaire Roussel / Tondelier: un scandale peut en cacher un autre

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© J.E.E/SIPA

Tout ce que vous direz pourra être tweeté contre vous ! Le Secrétaire national du Parti communiste français a la brigade du second degré à ses trousses après un « dérapage » sexiste contre la cheffe des écolos.


Des militantes communistes dénoncent une blague sexiste de Fabien Roussel. Il y a des sujets avec lesquels on ne rigole pas, notamment la grossesse et, au-delà, les femmes. Plaisanter sur une femme, c’est sexiste – ce qui est encore plus sexiste, en réalité, c’est de considérer les femmes comme de faibles créatures incapables de supporter une blague.  

350 élues et militantes du PCF, à qui personne n’a jamais expliqué la différence entre le premier et le second degré, accusent dans une lettre ouverte leur Secrétaire national de décrédibiliser la parole du parti par des propos sexistes relevant de la domination masculine. Le malheureux Roussel a osé plaisanter sur la grossesse de Marine Tondelier: « J’ai fait un don de sperme ». Il aurait blagué sur la Vierge Marie, elles n’auraient pas fait tant de foin. Il a d’ailleurs présenté ses excuses à l’écologiste.

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Sauf qu’un scandale peut en cacher un autre. Dans cette affaire, la dégueulasserie n’est pas la blague mais le fait qu’elle ait été divulguée. Roussel n’a pas plaisanté publiquement mais dans une discussion privée avec le journaliste Patrick Cohen, après une interview. Le soir même, Cohen s’est empressé de moucharder sur France 5, attirant les foudres féministes sur le malheureux Roussel.

On me prie d’admettre que cette blague est de mauvais goût. Mais si l’humour doit satisfaire aux canons du bon goût autant l’interdire. Sur Radio Nova, des gens sont payés tous les jours pour faire des blagues bien plus douteuses – en langue de gauche on dit « transgressif ». Si Guillaume Meurice avait ironisé sur la grossesse de Sarah Knafo, nos dames patronnesses auraient trouvé ça hilarant.

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Cohen, qui a braillé comme un putois parce qu’on l’avait enregistré dans un café (une méthode parfaitement critiquable) et se croit autorisé à dispenser des leçons de maintien à la France entière, piétine une des plus grandes conquêtes de ce que Benjamin Constant appelle la Liberté des modernes : la « paisible jouissance de l’indépendance privée ». En démocratie, seule la parole publique est règlementée. Hors de ce cadre, vous avez le droit de proférer des horreurs sans qu’elles soient étalées en place publique. Seuls les régimes totalitaires épient et répriment les propos privés. Pascal Praud parlait hier du « petit télégraphiste de la bassesse humaine ». Je dirais pour ma part que c’est la Stasi pour les nuls. On pense à la phrase prophétique de Guy Debord : je ne suis pas un journaliste de gauche, je ne dénonce jamais personne. Alors, si vous croisez Patrick Cohen, faites attention à ce que vous dites.


Cette chronique a été diffusée dans la matinale de Sud Radio