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Gus Van Sant: l’Amérique sera toujours l’Amérique

"La Corde au cou" de Gus Van Sant, cette semaine dans les salles


Gus Van Sant: l’Amérique sera toujours l’Amérique
© Stefania Rosini / ARP

Après sept ans d’absence, le cinéaste Gus Van Sant revient au grand écran, avec un captivant thriller sociétal. Malgré l’excellence de son casting, notre critique regrette que le film ne bénéficie pas de plus de copies en France.


Etonnant tout de même que le dernier Gus Van Sant passe dans si peu de salles à Paris, la première semaine de son exploitation. Autant dire qu’en province, La Corde au cou – c’est le titre- n’a probablement pas une très longue chance de survie en salles… Dommage.

Al Pacino séquestré par un triste clown

Il est vrai que, requis par la fabrication de séries télé (Boss, When we Rise, Feud…), le génial cinéaste du road movie Drugstore Cowboy (1989) comme du mythique, sublime et sulfureux My own private Idaho (1991) s’était fait, depuis sept ans, oublier du grand écran. Toujours est-il que, à bonne distance d’Elephant (2003), de Last Days (2005) ou de Paranoid Park (2008) tout autant que de l’agaçant biopic à succès  Harvey Milk (2009) puis du sentimental Restless (2011), La Corde au cou  – titre original : Dead Man’s Wire – a la verdeur, l’énergie débridée d’un film de jeune homme. A 73 ans, Gus Van Sant, transfuge d’Hollywood, insatiable expérimentateur de son outil de travail, exhume un fait divers réel de 1977 pour nous peindre, avec une vivacité extraordinairement efficace et dans un tempo saccadé, l’Amérique telle qu’en elle-même de toute éternité : cynique, superficielle, cupide, retorse, sans scrupule. Le western continue.

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Ruiné par un crédit hypothécaire contracté en vue de construire un centre commercial à Indianapolis, capitale de l’Indiana, Tony Kiritsis (Bill Skarsgard), la trentaine nerveuse et agitée, a décidé de se venger : un jour frisquet de février, il a rendez-vous au siège de la Meridian Mortage Company, dont Mr. Hall (Al Pacino) est le grand patron. De longue date, Tony méditait le projet d’arracher au courtier, qu’il suppose l’avoir grugé, non seulement des excuses, mais aussi le remboursement de sa dette, une rançon en cash, et… l’immunité judiciaire ! Par quel moyen ? Tout simplement, en le séquestrant, armé d’un fusil relié à un lacet passé autour du cou de sa victime. Mais le boss n’est pas au bureau, il est parti en Floride pour le week-end. Dépité, furibond, le ravisseur devra se contenter du fils, Richard Hall (Dacre Montgomery). Lequel, frigorifié, en chemise, tremblant de peur, est donc emporté jusque chez lui (dans une voiture de police « empruntée » sous la menace d’un révolver), puis menotté dans son propre appartement, le canon pointé sur lui, à bout portant. La prise d’otage fait vite la une du JT et de toutes les radios. Une journaliste ambitieuse y trouve une opportunité de carrière. Un DJ radiophonique à la voix caressante, Fred Temple (Colman Domingo) est utilisé par Tony comme relais médiatique… Tony devient le héros (controversé) de l’heure.  Impuissante, la police tente de négocier, et si possible d’éviter le carnage. Matt Dillon campe le shérif, dépassé par la situation. Suspense…

Une certaine virtuosité formelle

Inénarrable, Al Pacino dans le rôle de l’intraitable homme d’affaire, bagué, adipeux, boudiné, trivial, refusant au bout du fil de transiger, quitte à sacrifier si besoin son rejeton à ses intérêts  – dans le rôle du fils navrant, huileux de panique et de sueur, contraint de dormir et de déféquer dans la baignoire, le comédien australien Dacre Montgomery excelle. Touchant, savoureux, épidermique, ce pauvre Tony Kiritsis, gars du peuple enfermé dans la pure folie de son acte, sous les traits du très bon acteur Bill Skargard (cf. sa performance dans Nosferatu, de Robert Eggers)… Aux stars fétiches et vieux fidèles du cinéaste – Pacino, Dillon… –  , le casting s’adjoint, non seulement quelques jeunes figures au podium du box-office, mais aussi toute une flopée de comparses qui contribuent à densifier l’intrigue et à l’inscrire dans son environnement sociétal. D’autant que le matériau visuel s’incorpore, non sans une certaine virtuosité formelle, images pixélisées de la télévision, séquences d’interviews filmées, etc., restituant ainsi leur caractère vintage et ranimant de façon sensible cet air du temps propre aux seventies, grevé de morceaux de soul.

D’une parfaite maîtrise, ces combinaisons donnent à La Corde au cou un allant, une alacrité, une rythmique qui, de bout en bout, tiennent le spectateur en haleine.            


1h44




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