Tout ce que vous direz pourra être tweeté contre vous ! Le Secrétaire national du Parti communiste français a la brigade du second degré à ses trousses après un « dérapage » sexiste contre la cheffe des écolos.
Des militantes communistes dénoncent une blague sexiste de Fabien Roussel. Il y a des sujets avec lesquels on ne rigole pas, notamment la grossesse et, au-delà, les femmes. Plaisanter sur une femme, c’est sexiste – ce qui est encore plus sexiste, en réalité, c’est de considérer les femmes comme de faibles créatures incapables de supporter une blague.
350 élues et militantes du PCF, à qui personne n’a jamais expliqué la différence entre le premier et le second degré, accusent dans une lettre ouverte leur Secrétaire national de décrédibiliser la parole du parti par des propos sexistes relevant de la domination masculine. Le malheureux Roussel a osé plaisanter sur la grossesse de Marine Tondelier: « J’ai fait un don de sperme ». Il aurait blagué sur la Vierge Marie, elles n’auraient pas fait tant de foin. Il a d’ailleurs présenté ses excuses à l’écologiste.
A lire aussi, Ivan Rioufol: L’apathie française, dernier carburant du pouvoir
Sauf qu’un scandale peut en cacher un autre. Dans cette affaire, la dégueulasserie n’est pas la blague mais le fait qu’elle ait été divulguée. Roussel n’a pas plaisanté publiquement mais dans une discussion privée avec le journaliste Patrick Cohen, après une interview. Le soir même, Cohen s’est empressé de moucharder sur France 5, attirant les foudres féministes sur le malheureux Roussel.
On me prie d’admettre que cette blague est de mauvais goût. Mais si l’humour doit satisfaire aux canons du bon goût autant l’interdire. Sur Radio Nova, des gens sont payés tous les jours pour faire des blagues bien plus douteuses – en langue de gauche on dit « transgressif ». Si Guillaume Meurice avait ironisé sur la grossesse de Sarah Knafo, nos dames patronnesses auraient trouvé ça hilarant.
A lire aussi, Didier Desrimais: Nova is the new Inter
Cohen, qui a braillé comme un putois parce qu’on l’avait enregistré dans un café (une méthode parfaitement critiquable) et se croit autorisé à dispenser des leçons de maintien à la France entière, piétine une des plus grandes conquêtes de ce que Benjamin Constant appelle la Liberté des modernes : la « paisible jouissance de l’indépendance privée ». En démocratie, seule la parole publique est règlementée. Hors de ce cadre, vous avez le droit de proférer des horreurs sans qu’elles soient étalées en place publique. Seuls les régimes totalitaires épient et répriment les propos privés. Pascal Praud parlait hier du « petit télégraphiste de la bassesse humaine ». Je dirais pour ma part que c’est la Stasi pour les nuls. On pense à la phrase prophétique de Guy Debord : je ne suis pas un journaliste de gauche, je ne dénonce jamais personne. Alors, si vous croisez Patrick Cohen, faites attention à ce que vous dites.
Cette chronique a été diffusée dans la matinale de Sud Radio
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !




