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En Tunisie, on ne tolère plus la vérité toute nue

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Trois journalistes tunisiens ont été arrêtés hier. Leur forfait ? La publication en couverture de leur quotidien, Attounsia, d’une photo de femme ne portant ni burqa, ni voile, ni rien d’autre, à vrai dire. Après avoir passé la nuit en garde à vue dans les locaux de la brigade des mœurs de Tunis, Habib Guizani, rédacteur en chef, Nassreddine Ben Saïda directeur général ainsi que le journaliste auteur de l’article comparaîtront ce jeudi devant le juge. Selon le code pénal tunisien, les prévenus risquent une peine de 6 mois à 5 ans et d’une amende allant de 200 à 1.200 dinars.

Dans son édition de mercredi, Attounsia avait montré en une le footballeur allemand d’origine tunisienne Sami Khedira, du Real Madrid, (décemment vêtu) au côté de son épouse l’affriolante mannequin et animatrice télé Lena Gercke. Cette photo avait été publiée auparavant en couverture de l’édition allemande du mensuel GQ.

« Je réclame la liberté immédiate des journalistes », a déclaré un responsable du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), avant, hélas, de préciser sa pensée : « Je suis contre la publication de cette photo parce qu’elle est contre les principes de notre métier mais ce n’est pas une raison non plus d’arrêter de cette manière des journalistes. »

Avec des défenseurs comme ça, les amis tunisiens des droits de l’homme – y compris quand il est amateur de petites femmes nues – ont du souci à se faire, mais si ça se trouve, il s’en font déjà…

Le Kosovo, laboratoire des « printemps » arabes ?

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Photo : Joseph A Ferris III

Avril 1999, les bombes de l’OTAN pleuvent sur Belgrade. Après l’échec de la conférence de Rambouillet où, en février, Serbes et Albanais n’ont pu s’entendre sur le sort du Kosovo, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a décidé de faire plier la Serbie manu militari face aux exigences albanaises. Suivront 78 jours de frappe au terme desquels est adoptée la résolution 1244 plaçant le Kosovo sous administration provisoire de l’ONU.

Pour les Albanais musulmans, le Kosovo est l’héritage de l’empire Ottoman qui l’occupa dès le milieu du XVème siècle et l’appendice rattaché à la Grande Albanie en 1941 sous le protectorat italien. Or, pour les Serbes majoritairement orthodoxes, il est le berceau spirituel de la Serbie enlevé à Byzance en 1170 avant que le Traité de Bucarest (1913) consacre son appartenance à la Serbie puis qu’à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le Kosovo n’accède au rang de province autonome serbe au sein de la Yougoslavie. Alors que les années Tito avaient largement bénéficié à l’immigration albanaise au détriment des Serbes, Slobodan Milosevic décide en 1989 de réduire l’autonomie du Kosovo pour permettre à la Serbie de reprendre le contrôle direct de cette province. Cette décision va provoquer de violents affrontements peu avant qu’éclatent les conflits inter-yougoslaves avec la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, décidées à affirmer leur indépendance face au pouvoir central de Belgrade.

Le 15 janvier 1999, quarante-cinq civils Albanais sont retrouvés massacrés dans le village de Racak. La République fédérale de Yougoslavie est immédiatement accusée de ce crime qui devient l’un des prétextes de l’offensive de l’OTAN. Quelques années plus tard, on apprendra que ce massacre était une mise en scène macabrement organisée et qu’il s’agissait en réalité de membres de l’UCK – la guérilla séparatiste albanaise – tués au cours d’un affrontement entre combattants. Plus grave encore, l’Allemagne avait fait état d’un plan de déportation des Albanais (Plan-Fer-à-cheval) prétendument élaboré par la Serbie dont on apprendra en 2001 qu’il s’agissait d’un faux.

Il y a quatre ans jour pour jour, le 17 février 2008, le Kosovo proclamait son indépendance. Depuis, ce nouvel Etat s’illustre par des méthodes mafieuses et l’épuration ethnique des derniers Serbes avec la bénédiction des Américains et de l’Union européenne. Les enclaves serbes subissent régulièrement l’assaut des fondamentalistes albanais et les règlements de compte y sont devenus monnaie courante.

Plus de dix ans après, l’ingérence « humanitaire » de l’OTAN au Kosovo fait figure de précédent à méditer pour mieux comprendre les révoltes que la presse a hâtivement qualifiées de « printemps arabes ». Car partout où les Américains ont voulu intervenir en soutenant l’émergence de nouveaux régimes, l’idéologie islamiste est sortie vainqueur. Sans accréditer la théorie du complot, analysons les résultats de la politique étrangère atlantiste : une Europe ceinturée au sud par des germes de régimes islamistes, au Kosovo, une incursion fondamentaliste dans l’Europe centrale et une pression constante de Washington pour que la Turquie intègre l’Union européenne. Étrange…

Un coup de barre à droite ? Oui, mais quand ?

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Photo : Ammar Abd Rabbo

Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la « battle » sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Cyril Bennasar et Pierre Haski débattent du coup de barre à droite de Nicolas Sarkozy.

Avant la parution du Figaro Magazine, j’avais l’impression d’avoir déjà lu l’entretien qui a marqué l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy puisque, comme souvent, les commentaires ont précédé le texte. Les critiques étaient unanimes. Et depuis samedi, les éditorialistes de gauche, d’une seule voix et en deux mots – ce qui prouve qu’ils sont partageux — analysent tous l’intervention du Président comme un « coup de barre à droite ». Bref, on a rarement assisté à un numéro de Dupont et Dupond aussi réussi. « Droitisation », s’écrient les uns. Je dirais même plus « extrême droitisation », ajoutent les autres. Dans Le Parisien, Nathalie Schuck parle d’un « brutal virage à droite », avant d’évoquer l’ombre de Patrick Buisson : « L’ex-patron de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute et de Valeurs actuelles sera une des têtes pensantes de la campagne. » Dans Libération, on a droit à de très relatives variations sur le même thème : « Le candidat Sarkozy se lance à droite. Clairement à droite, avec des « idées neuves » manifestement inspirées de son conseiller Patrick Buisson, ancien patron de Minute et inventeur du mémorable débat sur « l’identité nationale. » Pour Eva Joly‎, le candidat-Président « braconne sur les terres de la droite extrême ». Pour Philippe Douste-Blazy, il est « aux antipodes des idées humanistes ». Oui, je classe Douste-Blazy à gauche, pas vous ?

Rarement les éléments de langage de la gauche politique et médiatique auront été repris avec autant d’entrain.
Après la « droitisation », la « manœuvre électoraliste ». C’est curieux, mais pour les adversaires du Président, il est indigne de chercher à séduire les électeurs, surtout en période de campagne électorale, et surtout ces électeurs-là : ce qui serait digne, ce serait de montrer aux Français qui s’apprêtent à voter pour Marine Le Pen qu’on les méprise. D’ailleurs, François Hollande et les autres affirmeront certainement haut et fort qu’ils ne veulent pas de leurs voix. Tout ce qui vise à obtenir l’adhésion du peuple est populiste, tout ce qui répond à ses attentes est démagogique. Le référendum est particulièrement suspect puisqu’il fait forcément appel aux bas instincts du peuple qui, on le sait, pense mal et ne vote pas mieux. Il est souverain certes et tous les démocrates proclamés s’en réjouissent mais la démocratie est une chose trop sérieuse pour être confiée à l’électeur. La preuve, il a voté Sarkozy — et quoi qu’en disent les Madame Irma de la politique qui connaissent déjà le résultat, il pourrait même recommencer.
Attiré par cet affolement du braillomètre (instrument qui mesure l’indignation braillée dans les médias), alléché par l’odeur du kärcher et du charter, je me jette sur l’interview.

À propos du référendum sur le chômage — qui a fait cartonner le braillomètre -, je découvre que l’omission a carrément viré au mensonge. À en croire la presse, le Président aurait, d’emblée, sorti de son chapeau cette mesure pour remettre les chômeurs au travail de gré ou de force. À la lecture du texte, on découvre qu’il s’agit d’envoyer les sans-emplois en formation (quelle cruauté) et, par-dessus le marché, que c’est seulement après des négociations entre partenaires sociaux, en cas de blocage et en dernier recours, qu’il est envisagé d’en appeler au peuple. Il fallait bien, pour justifier l’accusation d’électoralisme, broder et faire croire que le Président allait organiser un référendum « pour ou contre les chômeurs ». J’ignore si le référendum est la solution, mais pour les bons commentateurs, il n’est même pas question de se poser la question.
À la réflexion, pourtant, je me demande si je ne préférais pas la version fantasmée par la gauche à la vraie. Autant le dire, j’ai été un peu déçu. Rappel des fondamentaux, le travail, l’autorité, la responsabilité, très bien. « Un virage brutal », sûrement pas et c’est bien dommage. Après une si longue dérive à gauche, (si le coup de barre est de droite, on peut supposer que la dérive est de gauche), après la discrimination positive, les peines de prison non effectuées, l’immigration qui s’accroît ou le mariage gay (que le Président semblait vouloir défendre il y a peu), il fallait bien cela pour retrouver le cap et les Français qui l’ont fait élire en 2007.

Me voilà rassuré, mais pas emballé pour autant. La fréquentation des humanistes autoproclamés de l’UMP qui depuis cinq ans jouent les offusqués et sabotent toute tentative de redressement, n’a pas fait perdre à Sarkozy le bon sens et la raison. Le coup de barre à droite, je l’attends encore. Délestée des boulets centristes et à la manœuvre pour appliquer les promesses de campagne de 2007, la garde rapprochée du Président ferait une formidable machine à gagner pour la France. Un gouvernement déterminé contre vents, marées et Nouvel Obs, à stopper ou au moins à réduire drastiquement l’immigration, boucler les criminels, remettre de l’ordre et du savoir à l’école et pourquoi pas, à imposer du pluralisme dans l’audiovisuel public, avec à la barre un Président courageux et décomplexé, j’en rêve. Un Guaino qui aurait carte blanche pour traiter avec l’Allemagne et remettre l’Europe au service des peuples, un Luca ou un Myard à la Justice pour recadrer un Syndicat de la magistrature dévoyé dans l’exercice d’une justice politisée, un Guéant qui couvrirait sa police dans l’exercice de la violence légitime, c’est tout ce que je veux. Et pour finir, une famille politique dirigée par un chef juste mais sévère, humaniste mais ferme, qui rend hommage aux résistants d’hier quand d’autres vont à Vienne danser avec le diable ou ses ersatz en culotte de peau, qui restaure une laïcité intransigeante et résiste aux exigences communautaires, je ne demande que ça. Tout cela, hélas, je ne l’ai pas lu dans le Fig Mag et je ne le vois pas venir.

Pour effaroucher la gauche, Nicolas Sarkozy a gardé la main. C’est plutôt un bon signe mais cela ne suffira pas. Quand son challenger tente de rassembler en évitant soigneusement les sujets qui divisent, lui ne craint ni les clivages, ni les arbitrages : c’est un atout pour séduire le peuple de droite attaché à l’autorité, à la responsabilité et à la valeur du travail. Mais pour ramener à lui ses électeurs de la dernière fois partis se faire braconner par d’autres, il faudrait que le Président vire à tribord toute. Quoi qu’il fasse, Libé, Les Inrocks ou Marianne l’accuseront de diviser, stigmatiser et discriminer. Si perdre le centre lui permet de rassembler une majorité de Français, la démocratie y gagnera. Mais ça, je vous parie que vous ne l’entendrez ni à Canal + ni sur France Inter.

Hollande et les communistes : erreur de com’ ou volonté d’excommunication ?

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Pour François Hollande, donc, il n’y a plus de communistes en France. J’ai vainement cherché d’où a pu lui venir cette idée étrange. 120 000 militants encartés, un petit millier de communes, 12 députés, un groupe au Sénat, la présidence de deux départements et des sondages qui flirte avec les 10%. Et puis je me suis souvenu que François Hollande avait fait ses premières armes dans l’entourage de Jacques Delors, chrétien de gauche célèbre, dans la grande tradition cédétiste. Et peut-être François Hollande, lors d’un récent voyage dans le Nord de l’Italie est tombé sur cet avis de 1947, toujours visible sur les murs de l’Archevêché de Plaisance, qui lui a rappelé ses anciennes amours de la deuxième gauche toujours alliée, au bout du compte, au goupillon. Entraîné par l’exaltation que lui a fait retrouver un tel texte, il s’est du coup un peu trop lâché dans son intervention du Guardian. Voici le document :

Et sa traduction aimablement fournie par nos services :

Curie de l’évêché de Plaisance
Après le décret du Saint Office
Avis
Est péché grave:
1. S’inscrire au Parti communiste
2. Le favoriser en quelque manière, surtout par le vote
3. Lire la presse communiste
4. Diffuser la presse communiste

Donc, on ne peut plus recevoir l’absolution si l’on ne s’est pas repenti et fermement résolu à ne plus le commettre
Quiconque, inscrit au Parti communiste, en admet la doctrine marxiste, athée et antichrétienne et en fait la propagande est
APOSTAT DE LA FOI ET EXCOMMUNIÉ
et ne peut être absous que par le Saint Siège
Ce qui a été dit du Parti communiste doit s’étendre aux autres Partis qui font cause commune avec lui
Que le Seigneur éclaire et concède aux coupables dans une matière aussi grave, un total changement d’opinion, car c’est le salut même de leur âme qui est en danger?

Plaisance, 15 juillet 1947

Taïwan, les élections contre la démocratie ?

Photo : BryanTsai

Ce vendredi 13 janvier, à la veille d’élections présidentielle et législatives, les dirigeants du Parti démocrate progressiste (PDP) ont bon espoir. Le stade de Banqio, au cœur des immenses banlieues du « Nouveau Taipei » qui votent traditionnellement pour le parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), a fait le plein. 80 000 personnes hurlent leur fierté d’être taïwanais et de vivre en démocratie. Les caciques du parti d’opposition se succèdent sur scène, chacun dans son style − rocailleux et méridional pour l’un, hollywoodien pour l’autre, techno typique des docteurs des universités Ivy League dont regorge l’élite taïwanaise pour un troisième. Le rituel démocratique, en plein monde chinois, bat son plein.

Selon les derniers sondages, publiés dix jours avant les élections, les deux principaux candidats sont au coude-à-coude dans les intentions de vote. Le PDP, qui n’a jamais remporté les législatives, rêve de reconquérir la présidence, quatre ans après une cinglante défaite. Le sortant, Ma Ying-jeou, a signé un accord de libéralisation du commerce avec la Chine qui lui vaut d’être apprécié à Pékin, où on y voit la première étape vers l’unification, autant qu’à Washington, où on se réjouit que la tension s’apaise dans le détroit. Face à lui, Tsai Ying-wen, la présidente du PDP, est au contraire hostile à un rapprochement trop rapide avec la Chine. Elle a fait campagne sur les inégalités croissantes qui fracturent la classe moyenne taïwanaise. Au demeurant, les deux thématiques liées : chaque année, les entreprises taïwanaises investissent en Chine plusieurs milliards de dollars… dont est ainsi privé l’appareil productif local.

À Taïwan, les salaires stagnent, la précarité augmente… et l’immobilier explose, dopé par l’argent des nouveaux riches chinois qui, malgré l’interdiction légale, investissent en masse à Taipei, souvent via Hongkong. On retrouve ici la summa divisio entre gagnants et perdants de la mondialisation, bien connue dans nos contrées : les gagnants du rapprochement avec la Chine sont pour une bonne part les descendants des leaders nationalistes qui se sont installés dans l’île après la victoire communiste de 1949, mais ont conservé sur le Continent des réseaux fort utiles aux affaires ; les autres, qui assistent sans en profiter à l’enrichissement rapide des premiers, sont logiquement les plus attachés à l’identité nationale taïwanaise.[access capability= »lire_inedits »] Les mêmes causes produisant les mêmes effets, tous ceux qui manifestent quelque scepticisme quant aux vertus de la coopération politico-économique avec la Chine sont ringardisés par les milieux d’affaires, lesquels ne sont pas peu fiers de leur contribution à l’édification de l’économie chinoise. Ici comme ailleurs, le snobisme est un puissant affect politique.

Le gouvernement n’hésite pas à jouer de la grosse caisse sur le thème « la Chine ou le chaos », expliquant que Taïwan ne peut lutter seule dans la compétition mondiale et qu’avec la crise qui sévit en Europe, aux États-Unis et au Japon, la seule chance du pays est de s’arrimer fermement à la locomotive chinoise. Comme le souligne Franck Muyard, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC), un train dont la locomotive est bien moins moderne que les wagons relève de l’hérésie économique. Peu importe, pour une partie de la population, l’avenir, c’est l’Eldorado chinois. Il faut dire qu’en plus de faire bon accueil aux investissements, la Chine absorbe 40% des exportations taïwanaises. Ajoutons que plus d’un million de Taïwanais vivent en Chine et que, depuis l’ouverture de l’île au tourisme chinois, en 2008, 3 millions de Chinois ont visité Taïwan.
Tsai, la candidate de l’opposition, ne dispose pratiquement d’aucun soutien dans les milieux d’affaires locaux, ni d’ailleurs à l’étranger, sinon celui que lui apporte discrètement le Japon, qui redoute la vigueur de l’emprise chinoise sur Taïwan. Elle doit donc, pour sa campagne, se contenter des ressources de ses militants. Son rival, en revanche, bénéficie de la force de frappe du KMT, qui a sans doute perdu, ces dernières années, son titre de parti le plus riche au monde au profit de son vieil ennemi, le Parti communiste chinois (PCC). Désormais, les frères ennemis jouent dans le même camp et stigmatisent à l’unisson l’aventurisme politique d’une opposition qui incarne la voie singulière de Taïwan, tracée par les deux prédécesseurs de l’actuel président, Chen Shui-bian, seul chef de l’État issu du PDP, aujourd’hui emprisonné pour des faits de corruption plutôt obscurs, et Lee Teng-hui, le « père de la démocratie taïwanaise ».

À Banqiao, après plusieurs heures de meeting, le vieux Lee monte enfin sur scène. Il a beau avoir 89 ans et souffrir d’un cancer, son discours électrise l’assistance. « Je vous confie le destin de Taïwan », lance-t-il à Tsai Ying-wen en taïwanais, la langue maternelle de la majorité des habitants de l’île, dont l’usage ne cesse de régresser au profit du très officiel mandarin.

Le lendemain, l’euphorie tourne à la gueule de bois. La peur de la Chine et de l’isolement, l’intérêt économique des classes dirigeantes et leur snobisme mondialiste ont permis à Ma d’être confortablement réélu, avec 51,6% des voix contre 45,6% à son adversaire. Et le PDP reste minoritaire au Parlement, où il passe cependant de 32 sièges à 40 sur un total de 113.
La surprise, cependant, vient du parti de Lee, le très indépendantiste Taiwan Solidarity Union (TSU), qui a obtenu 9% des votes aux législatives, beaucoup plus que ce que lui accordaient les sondeurs. Retour du refoulé nationaliste ? De fait, le PDP a mis en sourdine sa traditionnelle « sinophobie » − de nature exclusivement politique, l’immense majorité des Taïwanais étant ethniquement et culturellement chinois. Par les temps qui courent, s’en prendre à la Chine est plutôt mal vu, et même très politiquement incorrect. Au cours d’un meeting du PDP, un vieux militant qui, en réponse à un journaliste, s’était lancé dans une diatribe sur l’arrogance des Chinois a été brutalement interrompu par le service d’ordre.
C’est qu’à Pékin, on s’impatiente. Les dirigeants chinois n’entendent pas en rester des siècles durant au « consensus de 1992 » : ce modèle de casuistique politique affirmait que Taipei et Pékin s’accordaient sur l’existence d’une seule Chine assortie de « plusieurs interprétations »… Il s’agit désormais de passer à l’étape suivante. Aussi les stratèges les plus subtils du KMT proposent-ils de « dépasser la vieille notion européenne de souveraineté, dont les Européens eux-mêmes ne veulent plus ». En clair, il s’agit de ficeler un arrangement politique avec une Chine de plus en plus puissante, avec la neutralité bienveillante des États-Unis. Peu importe que la population taïwanaise soit massivement attachée à l’indépendance de fait de l’île et à la démocratie. Dans les cercles autorisés de Taipei, qui subissent quotidiennement la pression chinoise, on justifie les renoncements à venir à coup de postures postmodernes décrétant que la nation et la démocratie sont des concepts du passé. Le pire, c’est qu’ils ont peut-être raison.

Lee Teng-hui, l’irrédentiste

Démocrate, chrétien, et taïwanais de souche : trois bonnes raisons d’être anticommuniste

Le destin de Lee est indestructiblement lié à celui de l’île dont il défend opiniâtrement la souveraineté. Né à Taïwan pendant la colonisation japonaise, il a étudié à Kyoto puis intégré l’armée impériale japonaise avant de devenir brièvement membre du Parti communiste chinois en 1946, après le départ du Japon de Taïwan. Il aurait pris part aux émeutes du 28 février 1947, durant lesquelles les Taïwanais ont violemment affronté les membres du Kuomintang (KMT), au pouvoir, qu’ils considéraient comme des envahisseurs : la répression fit de 10 000 à 30 000 victimes.
Après des études aux États-Unis, Lee devient un spécialiste reconnu de l’agriculture à Taïwan. Dans les années 1960, il est coopté par le KMT dont il finit par prendre la tête avant de devenir le premier président taïwanais élu au suffrage universel. En 2000, il est exclu du KMT qui a opéré un retournement tactique, misant sur le rapprochement avec l’ennemi communiste pour réussir par la paix ce qu’il a échoué à obtenir par la guerre : l’unification de la Chine. À partir de ce moment-là, il est la figure tutélaire de l’opposition et l’incarnation de l’indépendance taïwanaise.

Peu de gens savent que Lee s’est converti au christianisme en 1961. En 1994, alors qu’il était président, il n’a pas hésité à se présenter comme un Moïse asiatique guidant son peuple au-delà de la mer Rouge − en l’occurrence le détroit de Taïwan − à l’abri de la tyrannie du pharaon chinois, afin d’y bâtir un nouveau pays. La guerre civile est une guerre des dieux opposant le Léviathan chinois au Dieu libérateur judéo-chrétien. Pékin découvre, en même qu’une bonne partie de l’appareil du KMT, que son vieil ennemi le parti nationaliste, pourtant en voie de devenir un partenaire, est dirigé par un séparatiste qui invoque le Dieu des Occidentaux pour saboter l’unité de la nation. On dit que Jiang Zemin, qui dirigeait alors le PCC, piqua une colère mémorable.[/access]

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Vague d’attentats iraniens

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Photo : AZRainman

Que se passe-t-il dans la tête des Mollahs ? Comment les dirigeants iraniens raisonnent-ils ? Voilà deux questions qui depuis quelques années taraudent l’esprit des chefs d’Etats occidentaux et celui de leurs responsables militaires et diplomatiques. Certaines chancelleries prétendent que les leaders iraniens sont de formidables stratèges, des négociateurs aguerris, ce qui en ferait à la fois des adversaires redoutables et des acteurs conscients de la réalité et des rapports de forces. Pour ceux-là, un Iran doté de l’arme nucléaire ne différerait guère de l’URSS ou de la Chine voire stabiliserait le Moyen-Orient par le jeu de la dissuasion. Leurs détracteurs rétorquent que la bipolarité Iran/Israël deviendrait assez rapidement multipolaire avec, à côté de la bombe chiite, de plus en plus de bombes sunnites. Or, ceux qui veulent empêcher à tout prix un Iran nucléaire craignent surtout qu’à Téhéran, les décisions ne soient pas uniquement motivées par des considérations raisonnables et que les décideurs aient une vision du monde trop différente pour faire émerger un langage stratégique commun. Dit plus brutalement, depuis déjà quelques années, l’Iran donne l’impression d’être une puissance dirigée par des fous de Dieu capables de commettre de monumentales erreurs de jugement et de prendre des risques démesurés. Les événements de ces derniers mois, et notamment la récente série d’attentats contre des représentants diplomatiques israéliens, renforcent malheureusement cette seconde thèse : les responsables iraniens semblent irresponsables…

Cette semaine, dans l’espace de 48 heures, au moins trois opérations ont été menées par les services iraniens : à Tbilissi en Géorgie et à New Delhi en Inde, les voitures de diplomates israéliens ont été attaquées, à Bangkok, le commando qui préparait un attentat contre l’ambassadeur d’Israël en Thaïlande a été cueilli par les autorités locales à la suite d’un « accident du travail » qui a déclenché la charge explosive avant l’heure. A ces trois tentatives toute récentes il faut ajouter deux autres projets similaires en Thaïlande et en Azerbaïdjan, déjoués au dernier moment. Cette vague d’attaques simultanées devait de toute évidence aboutir à l’assassinat d’une poignée de diplomates israéliens.

L’exécution très médiocre de ces attentats et la prise de risque opérationnelle des commanditaires (à Bangkok, les membres du commando possédaient des passeports iraniens et dans les autres cas, les liens avec Téhéran et/ou le Hezbollah étaient évidents) laissent l’observateur perplexe. Mais le plus étonnant, c’est bien la prise de risque stratégique. Que les Iraniens se contrefichent de la réaction de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie et de la Thaïlande, on peut le comprendre. Dans le pur calcul cynique des rapports de force, ces trois pays ne pèsent pas lourd et leur territoire peut donc devenir un « terrain de jeu » pour les dirigeants iraniens. Mais l’Inde est une autre paire de manches. Pilier du « BRIC », puissance militaire et économique non négligeable et surtout important client du pétrole iranien qu’elle paie en or (!) et non en dollars, l’Inde est le dernier pays auquel Téhéran devrait chercher querelle. Et pourtant ! L’attentat maladroit perpétré à New Delhi va certainement indisposer le gouvernement indien à un moment pour le moins délicat pour une République Islamique à cours d’alliés.

Le comportement iranien rappelle une autre affaire, celle du projet d’attentat (avorté) contre l’ambassade d’Arabie Saoudite. Pour mémoire, les autorités américaines avaient accusé en octobre les pasdarans[1. Gardiens de la révolution.], piliers du régime iranien, et leur branche opérationnelle, la force Al-Qods, d’avoir recruté deux Iraniens (dont un naturalisé américain) pour assassiner l’ambassadeur saoudien. L’un d’entre eux était entré en contact avec des narcotrafiquants mexicains qu’il avait embauchés pour exécuter ce crime moyennant 1,5 million de dollars dont 100 000 avaient été déjà versés sur leur compte. Quand l’affaire avait été rendue publique, beaucoup d’observateurs se montraient sceptiques. L’amateurisme du projet était criant, le risque de complications possibles très élevé et surtout les gains en cas de succès difficiles à comprendre. Même si un tueur à gages avait réussi à assassiner l’ambassadeur saoudien à Washington, en quoi cet « exploit » aurait-il fait avancer les intérêts iraniens ?

Si l’Iran avait réussi son coup, cela signifierait-il que la mort d’un ambassadeur israélien ou l’assassinat de quelques Loubavitch valent le coup de déclencher une crise majeure avec l’Inde ? Même en se mettant à la place des dirigeants iraniens, il est difficile de comprendre la logique derrière leur stratégie. S’il s’agit de venger Imad Moughniyeh (l’un des dirigeants du Hezbollah, mort dans l’explosion de sa voiture à Damas en 2008) et les meurtres de plusieurs de ses scientifiques, peut-on croire que la mort d’un conseiller d’ambassade dissuade qui que ce soit d’éliminer le chef militaire de la milice chiite libanaise ou des experts nucléaires iraniens de haut vol ?

Les amateurs de théories du complot peuvent toujours conclure que cette maladresse apparente cache une manœuvre habile de Téhéran. Pour les autres, force est de reconnaître que Téhéran se montre paniqué, malhabile voire affolé, au point de commettre une série d’erreurs très graves et de compromettre sérieusement ses propres intérêts vitaux. Il n’y a donc plus de place au doute : les Iraniens délirent. A l’instar de leur ancien ennemi, Saddam Hussein, qui en 1990 et dans la période 2002-2003, s’était révélé un piètre stratège, les Iraniens réagissent aujourd’hui précipitamment, prenant des risques démesurés pour atteindre des objectifs complètements déments. Dans ces conditions, l’instauration d’un équilibre des forces au Moyen-Orient est tout simplement impossible. Il ne s’agit pas de priver la nation iranienne de quoi que ce soit mais de constater qu’à la lumière de son comportement, l’élite politique et militaire de la République Islamique d’Iran serait tout bonnement incapable de gérer l’arme nucléaire.

Programme de Nicolas Sarkozy : êtes-vous pour ou contre le référendum ?

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A lire l’éclairage constitutionnel de Frédéric Rouvillois, l’on comprend que les projets de référendum de Nicolas Sarkozy resteront des vœux pieux. Mieux, ils ne se justifient que par les cries d’orfraie de la gauche, scandalisée que l’on confie directement au peuple des affaires aussi sérieuses que l’immigration ou la formation des chômeurs.

Rassurez-vous braves gens, comme l’a intelligemment souligné la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann, on sait ce que le président de la République fait des décisions du peuple souverain depuis le fameux traité de Lisbonne, resucée parlementaire du Traité Constitutionnel Européen rejeté par- excusez du peu- plus de 55% du corps électoral, mais néanmoins adopté par le Parlement réuni en Congrès, avec l’approbation d’un certain François Hollande.

De toute façon, vu sa posture inconfortable à deux mois de l’élection, le président sortant a peu de chances de soumettre quoi que ce soit au jugement des Français, sinon la vente de ses mémoires du quinquennat chez XO Editions.

Et dans l’hypothèse improbable d’une réélection, si deux référendums (dont on attend de connaître les questions exactes…de préférence autres que « êtes-vous pour la résorption du chômage et l’intégration réussie des immigrés ? ») finissaient par se tenir en échappant à la censure du Conseil Constitutionnel, si par hasard la majorité des électeurs désavouait la consigne de vote de leur président nouvellement réélu, l’on connaît le fin mot de l’histoire.

Comme toujours, ce sont nos amis poètes de la présipauté de Groland qui vendent la mèche, remontant du même coup le niveau général de la profession :

http://www.youtube.com/watch?v=HvxcKsbWG7w&feature=related

Plutôt finaud, n’est-ce pas ?

Don Juan des urnes

C’était trois jours avant la Saint-Valentin. Dans Le Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy, s’adressant à la France comme un amant infidèle à son amoureuse déçue, lui jurait les yeux dans les yeux qu’il avait changé, qu’il avait compris, que cette fois, on ne l’y reprendrait plus : il lui rendrait la parole si elle acceptait de le reprendre. Cette fois, on allait voir ce qu’on allait voir, les référendums allaient se multiplier, le peuple pourrait enfin s’exprimer sur des sujets qui le concernent directement : l’emploi, la fonction publique, et même l’immigration. L’infidèle d’hier serait désormais un modèle. C’est ce qu’il vient de lui redire à l’oreille, devant Laurence Ferrari, en déclarant sa candidature – assurant que pour son éventuel second quinquennat, il a en tête « une idée centrale » : « Redonner la parole au peuple français par le référendum ».
Mais ce repentir tardif est-il vraiment sincère ? En somme, peut-on croire qu’en cas de réélection, le président donnera effectivement la parole à ce peuple qu’André Tardieu, sous la IIIe République, nommait « le souverain captif », précisément parce qu’il était privé de référendum ? Tout le monde peut changer, même un Don Juan des urnes. Mais on doit tout de même convenir que ni le passé, ni le présent n’augurent, pour l’institution référendaire, d’un avenir radieux en cas de réélection.

Le passé, d’abord, laisse planer quelques doutes sur les promesses du Président. C’est sur ce point, du reste, que Jean-Michel Aphathie, le 15 au matin, s’est amusé à cuisiner Madame le ministre Nadine Morano. Nicolas Sarkozy, accusait le journaliste, n’a organisé aucun référendum en cinq ans : pourquoi en irait-il autrement dans les cinq ans qui viennent ? A quoi Mme le ministre rétorqua du tac au tac – ce qui figurait vraisemblablement sur les petites fiches en bristol apportées pour l’occasion -, que pas du tout, il en avait fait trois. Trois ! Stupeur d’Aphathie, qui se demande s’il n’a pas loupé un épisode. Oui, trois référendums, précise Mme Morano : en Corse, le 6 juillet 2003, à Mayotte, le 29 mars 2009, et puis en Guyane, le 10 janvier 2010. Rires discrets dans la salle : le premier fut organisé par Jacques Chirac ; en outre, deux des trois « référendums » cités ont été des échecs, ce qui, aux yeux de leur initiateur, ne plaide pas vraiment en faveur du mécanisme ; enfin et surtout, il ne s’agissait évidemment pas de référendum. Ni au sens propre, puisqu’un référendum consiste à interroger le peuple dans sa totalité, et non pas les seuls habitants d’une collectivité territoriale, ni au regard du droit, la constitution, qui prévoit ce type de consultation dans ses articles 72-1 alinéa 5 et 72-4 alinéa 2, se gardant bien de les qualifier de référendum.

Jean-Michel Apathie, faisant preuve de sa mansuétude bien connue, renonça à pousser le bouchon plus loin avec Madame le ministre. Il aurait pourtant pu évoquer, parmi les indices négatifs, la grande révision du 23 juillet 2008.
Cette révision, qui modifie en profondeur la constitution de la Ve république, et qui concerne donc très directement le peuple souverain, n’a cependant pas été adoptée par référendum, mais par la voie du congrès : une procédure qui, à l’origine, était réservée exclusivement aux révisions trop mineures pour que l’on dérange le peuple. En outre, cette révision du 23 juillet 2008, voulue et portée à bout de bras par le président, a eu notamment pour objectif de neutraliser le référendum obligatoire de l’article 88-5 issu de la révision du 1er mars 2005, qui obligeait à consulter les Français en cas d’entrée de nouveaux Etats dans l’Union européenne. Désormais, il existe une alternative parlementaire, ce qui fait que, très vraisemblablement, les Français ne seront jamais consultés sur ces questions.

La révision de 2008 prévoit, il est vrai, une innovation apparemment intéressante, un référendum d’initiative populaire inscrit dans le nouvel article 11 alinéa 3. Sauf qu’en réalité, il ne s’agit pas d’un référendum d’initiative populaire, mais d’un référendum d’initiative parlementaire appuyé par un dixième des électeurs inscrits. Une procédure si lourde, si complexe et potentiellement si décevante, qu’elle n’a pratiquement aucune chance d’être jamais organisée. Une procédure pour laquelle fut d’ailleurs prévue, en juillet 2008, l’adoption d’une loi organique qui, bientôt quatre ans plus tard, n’a toujours pas été adoptée – ce qui indique une certaine… nonchalance des pouvoirs publics sur ce point.
À ce propos, M. Apathie aurait pu enfin évoquer la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne en février 2008, lequel reprend l’essentiel ce que les Français avaient refusé par référendum le 29 mai 2005, en disant massivement non au Traité sur la constitution européenne. En l’occurrence, le respect élémentaire du principe démocratique exigeait que l’on consulte à nouveau les Français. Mais la chose était risquée : d’où, le choix de renoncer, une fois de plus, à la glorieuse incertitude du référendum.

En somme, le passé augure mal de l’avenir. D’autant que les promesses elles-mêmes manquent de crédibilité. Ainsi, la presse a-t-elle évoqué la possibilité d’un référendum sur l’immigration : mais celui-ci serait vraisemblablement jugé contraire à la constitution, l’article 11 disposant que le président de la République « peut soumettre au référendum tout projet de loi portant (…) sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent ». En l’espèce, ce n’est pas le cas, ce qui signifie que le Conseil constitutionnel, obligatoirement saisi, invaliderait d’emblée le projet de loi référendaire.
Même chose à propos de la « règle d’or » évoquée par Mme Morano : celle-ci ne pourrait être introduite dans la constitution par voie de référendum que selon la procédure de l’article 89 alinéa 2, qui suppose au préalable un vote conforme des deux chambres. Ce qui signifie que, même en cas de victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, puis de l’UMP aux législatives, la nouvelle majorité de gauche du Sénat empêcherait, en toute hypothèse, l’inscription de la « règle d’or » dans la constitution.

En conclusion, le référendum, « parangon de notre démocratie », paraît plutôt mal barré, comme dit le poète. Voilà pourquoi il ne faut pas toujours croire les messieurs qui vous disent des choses gentilles et vous promettent, les yeux dans les yeux, qu’ils vont changer, et que maintenant, ça ne sera plus comme avant…

La civilisation n’est pas un avantage acquis

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Photo : TheAlieness GiselaGiardino²³

Il y a cinq ans, Sarkozy avait emporté ma voix en prononçant le mot « civilisation ». Entre autres. Les promesses alléchantes de « nettoyage au kärcher » et de « débarrassage de racaille » avaient déjà retenu toute mon attention, mon adhésion, mon affection, mais dans le discours du candidat, c’est la « civilisation » qui avait raflé la mise. Il m’avait semblé alors qu’on élevait un peu le débat, qu’on abordait une question sensible, existentielle et même ─ était-ce déjà un gros mot en 2007 ? ─ identitaire. Il est toujours bon d’entendre un homme politique expliquer comment et combien il compte dégraisser le mammouth, affréter des charters ou tenter de réduire le droit de grève absolu de droit divin, mais il ne s’agit là que de redresser des comptes, d’appliquer la loi ou de corriger des abus. Évidemment, nos dirigeants doivent être comptables, mais pas seulement. Après tout, « Qui sommes-nous ? Où allons-nous et quel est le sens de la France ? », sont des questions qui en valent bien d’autres.

Elles m’ont manqué ces derniers mois. Le débat politique a eu tendance à s’enliser fastidieusement dans l’intendance. La crise, l’euro, l’Europe, la dette, la banque, la note, les taux, les déficits, l’emploi et le pouvoir d’achat… Entre ma télé et ma radio, j’ai fini par en avoir la nausée, la même vague envie de vomir que quand j’entre dans un hypermarché. J’en étais même arrivé à souhaiter que, dans son malheur, en devenant un peu plus pauvre, notre pays reste un phare de notre civilisation mais cesse d’être cet Eldorado de consommation et de droits en tous genres que le monde entier, en traversant les frontières, montre qu’il nous envie. Moins riches, moins envahis ? On peut en rêver. Bref, au moment où le consensus sur la nécessité de réindustrialiser le pays atteignait des sommets dans l’assommant (où donc est passée la société de services ? En tout cas pas dans les excuses de Jacques Attali qui nous l’avait promise), Claude Guéant est venu me sortir de mon ennui, créant un clivage dans le monde politique et un malaise dans la nation en déclarant : « Nous devons protéger notre civilisation » … « Je ne pense pas que toutes les civilisations se valent. »[access capability= »lire_inedits »]

La première affirmation relève de l’évidence : si nous aimons notre patrimoine et notre mode de vie, ou si nous le préférons à ce qui se fait ailleurs, nous devons le conserver. Les Indiens d’Amérique, les Nippons ou encore Winston Churchill se sont battus pour protéger leur civilisation : les uns ont perdu et disparu, d’autres ont vaincu et survécu mais tous étaient déterminés à protéger ce qu’ils aimaient et ce qu’ils étaient, des valeurs et des codes. Instinct de survie, et pour certains bas instincts mais pas seulement, peut-être aussi exigence du cœur et de l’âme de ne pas voir son monde décliner ou régresser.

D’autres civilisations se sont éteintes de leur belle mort, avec les siècles, délaissées par les hommes. Les croyances ont été abandonnées, les pratiques culturelles transformées. En devenant gallo-romains, les Gaulois ont perdu le tribalisme et beaucoup gagné. Les hommes qui ont fait ces choix de civilisation ont commencé à bâtir un monument dont nous héritons, enrichi depuis lors de lois contre l’arbitraire, affiné de laïcité, de liberté, d’humanisme, d’égalité et de protections pour les plus faibles. Ces fiers guerriers moustachus qui nous servent à tous d’ancêtres ont rompu avec leurs traditions, comme nos parents se sont mis à écouter Elvis Presley, parce qu’ils ont préféré ce qui venait d’ailleurs.

Avant de savoir si nous devons protéger notre civilisation, nous devons donc nous demander si nous ne préférons pas ce qui vient d’ailleurs. Je ne vais pas faire un inventaire comparé, bien que j’aime cet exercice au-delà du raisonnable et du cadre légal, mais quand même. Qui, élevé dans la culture française, a envie de cinéma bollywoodien, de transition démocratique africaine ou de sexualité islamique ? Les adeptes du multiculturalisme ? Je n’en suis même pas sûr.

Alors, devons-nous protéger notre civilisation de ces évolutions possibles ? Pour le monde, je ne dis pas, mais en France nous pouvons encore préférer ce que nous jugeons bon pour nous et refuser les pratiques culturelles contraires à l’idée que nous nous faisons d’un monde civilisé. Reste à définir, par le débat, celles qui peuvent être françaises et celles qui ne le peuvent pas. Pour la burqa, le peuple, par la voix de ses représentants, a dit non. Avec la gauche, nous n’aurions eu ni débat ni interdiction, le vivre-ensemble dans la tolérance ne tolère pas la discussion. Pour les partisans du métissage planétaire, il est interdit de préférer, de choisir, il est interdit d’interdire.

C’est en osant comparer la valeur des civilisations que le ministre de l’Intérieur a affolé le braillomètre (compteur Geiger mesurant l’indignation des antiracistes et droits-de-l’hommistes) et provoqué les réactions de la gauche qui y a vu une provocation électoraliste ─ comme c’est original ! Notons que la polémique porte sur des questions de civilisation, donc de culture, ce qui signifie au moins que les grilles de lecture ethno-racialistes n’ont plus cours en France : n’est-ce pas une victoire de la République ?

Quant au fond du propos de Guéant, on peut se demander longtemps qui a la meilleure civilisation sur Terre, mais une telle compétition tiendra sans doute de l’Eurovision. Chacun portera les couleurs de la sienne contre celle des autres et, après tout, il n’y a pas dans l’espace d’autorité pour décréter que la lapidation vaut mieux que la pension alimentaire ou que le libre choix du conjoint est préférable au mariage arrangé.

Cela dit, s’il paraît naturel que chacun préfère la civilisation, j’observe tout de même que beaucoup semblent préférer la mienne. Le sens des migrations est un bon indice du penchant des peuples. Or, si on compte de nombreux Français d’origine africaine, peu de Parisiens, même parmi les auteurs de Terra Nova, sont partis faire souche à Dakar ou Bamako.

À quoi rêvent les hommes et les femmes qui choisissent la France ? La civilisation du « care » chère à la gauche et encore plus aux finances du pays, faite de droits et d’allocations, de logements et de soins, y est sans doute pour quelque chose – et après tout, pour nombre de « Français de souche », l’État-providence est le cœur du modèle français. Espérons que, pour une partie des arrivants, le désir d’être français s’élève au-dessus de ces contingences. Quoi qu’il en soit, c’est à nous d’exiger, en échange de ce mieux que nous offrons, un engagement de devenir des Français de culture et pas seulement de papier. C’est ainsi que nous protégerons notre civilisation et le rêve de tous ceux qui viennent en France pour y trouver les Lumières. Pour ne froisser personne, le multiculturalisme prétend au contraire que tout se vaut et que la France est un hôtel où tout le monde peut prendre une chambre et vivre comme il l’entend.
C’est le contraire d’une exigence, c’est l’abandon de sa civilisation.

Les derniers arrivés feront-ils de bons Français ? Je n’ai pas de réponse à cette question qui pourrait être un enjeu de civilisation, et j’ai bien peur que Messieurs Guéant et Sarkozy n’en aient pas non plus. Dans une France en difficulté avec l’intégration de ses nouveaux Français, ils ont pourtant octroyé 200 000 titres de séjour l’an dernier. Pendant qu’ils parlent de protéger la civilisation, les Chinois travaillent et le tiers-monde afflue. Alors je suis sensible à leurs lettres, mais beaucoup moins à leurs chiffres. Pour ma voix, cette fois-ci, « ça va pas le faire » comme on dit à Sciences Po. Je veux bien qu’on me prenne par les sentiments, mais pas deux fois.[/access]

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Trop de vigilance nuit au vigile

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La guerre sociale est impitoyable et le code du travail semble parfois plus dur à appliquer que le Règlement Général des Armées dont l’article 8 prévoit que le subordonné « ne doit pas exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal ». S’il avait su, l’infortuné Ludovic Bataille, vigile employé par Auvergne sécurité à la surveillance du magasin Tati de Dieppe, aurait sûrement préféré servir la Grande Muette qui semble un peu plus claire que la grande distribution en matière de relations hiérarchiques.

En juin 2011, Ludovic Bataille s’est aperçu que la directrice du magasin dieppois aimait se ravaler la façade gratos en piquant de pleins sacs de produits de beauté et en évitant les portiques de sécurité. Ludovic Bataille signale le fait à la maison mère de Tati qui le félicite dans un premier temps en lui indiquant par ailleurs que les faits sont connus. Le problème, c’est qu’au retour de ses congés d’été, Ludovic Bataille reçoit une lettre de licenciement pour faute grave et apprend par ailleurs que la directrice a déposé plainte pour diffamation. Et Ludovic, depuis, est au chômage. Alors qu’il attend des prud’hommes qu’ils jugent l’affaire, il constate non sans bon sens : « Quel est mon intérêt à inventer une histoire comme ça ? J’ai un travail à 5 minutes de chez moi, c’est parfait. Depuis 3 ans, je m’entends bien avec tout le monde. On me paye pour arrêter des voleurs. La directrice vole, je le signale. Apparemment, il ne faut pas. Nous, on est des tous petits par rapport à ces gens-là. En attendant, je suis sans travail »

En même temps, Ludovic, il est temps que tu apprennes que les chefs ne volent pas. Eventuellement, ils profitent de quelques avantages inhérents à leur fonction. Et puis si tu avais été malin au lieu d’être honnête, tu aurais demandé, toi aussi, ta part de rouge à lèvres.

En Tunisie, on ne tolère plus la vérité toute nue

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Trois journalistes tunisiens ont été arrêtés hier. Leur forfait ? La publication en couverture de leur quotidien, Attounsia, d’une photo de femme ne portant ni burqa, ni voile, ni rien d’autre, à vrai dire. Après avoir passé la nuit en garde à vue dans les locaux de la brigade des mœurs de Tunis, Habib Guizani, rédacteur en chef, Nassreddine Ben Saïda directeur général ainsi que le journaliste auteur de l’article comparaîtront ce jeudi devant le juge. Selon le code pénal tunisien, les prévenus risquent une peine de 6 mois à 5 ans et d’une amende allant de 200 à 1.200 dinars.

Dans son édition de mercredi, Attounsia avait montré en une le footballeur allemand d’origine tunisienne Sami Khedira, du Real Madrid, (décemment vêtu) au côté de son épouse l’affriolante mannequin et animatrice télé Lena Gercke. Cette photo avait été publiée auparavant en couverture de l’édition allemande du mensuel GQ.

« Je réclame la liberté immédiate des journalistes », a déclaré un responsable du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), avant, hélas, de préciser sa pensée : « Je suis contre la publication de cette photo parce qu’elle est contre les principes de notre métier mais ce n’est pas une raison non plus d’arrêter de cette manière des journalistes. »

Avec des défenseurs comme ça, les amis tunisiens des droits de l’homme – y compris quand il est amateur de petites femmes nues – ont du souci à se faire, mais si ça se trouve, il s’en font déjà…

Le Kosovo, laboratoire des « printemps » arabes ?

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Photo : Joseph A Ferris III

Avril 1999, les bombes de l’OTAN pleuvent sur Belgrade. Après l’échec de la conférence de Rambouillet où, en février, Serbes et Albanais n’ont pu s’entendre sur le sort du Kosovo, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a décidé de faire plier la Serbie manu militari face aux exigences albanaises. Suivront 78 jours de frappe au terme desquels est adoptée la résolution 1244 plaçant le Kosovo sous administration provisoire de l’ONU.

Pour les Albanais musulmans, le Kosovo est l’héritage de l’empire Ottoman qui l’occupa dès le milieu du XVème siècle et l’appendice rattaché à la Grande Albanie en 1941 sous le protectorat italien. Or, pour les Serbes majoritairement orthodoxes, il est le berceau spirituel de la Serbie enlevé à Byzance en 1170 avant que le Traité de Bucarest (1913) consacre son appartenance à la Serbie puis qu’à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le Kosovo n’accède au rang de province autonome serbe au sein de la Yougoslavie. Alors que les années Tito avaient largement bénéficié à l’immigration albanaise au détriment des Serbes, Slobodan Milosevic décide en 1989 de réduire l’autonomie du Kosovo pour permettre à la Serbie de reprendre le contrôle direct de cette province. Cette décision va provoquer de violents affrontements peu avant qu’éclatent les conflits inter-yougoslaves avec la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, décidées à affirmer leur indépendance face au pouvoir central de Belgrade.

Le 15 janvier 1999, quarante-cinq civils Albanais sont retrouvés massacrés dans le village de Racak. La République fédérale de Yougoslavie est immédiatement accusée de ce crime qui devient l’un des prétextes de l’offensive de l’OTAN. Quelques années plus tard, on apprendra que ce massacre était une mise en scène macabrement organisée et qu’il s’agissait en réalité de membres de l’UCK – la guérilla séparatiste albanaise – tués au cours d’un affrontement entre combattants. Plus grave encore, l’Allemagne avait fait état d’un plan de déportation des Albanais (Plan-Fer-à-cheval) prétendument élaboré par la Serbie dont on apprendra en 2001 qu’il s’agissait d’un faux.

Il y a quatre ans jour pour jour, le 17 février 2008, le Kosovo proclamait son indépendance. Depuis, ce nouvel Etat s’illustre par des méthodes mafieuses et l’épuration ethnique des derniers Serbes avec la bénédiction des Américains et de l’Union européenne. Les enclaves serbes subissent régulièrement l’assaut des fondamentalistes albanais et les règlements de compte y sont devenus monnaie courante.

Plus de dix ans après, l’ingérence « humanitaire » de l’OTAN au Kosovo fait figure de précédent à méditer pour mieux comprendre les révoltes que la presse a hâtivement qualifiées de « printemps arabes ». Car partout où les Américains ont voulu intervenir en soutenant l’émergence de nouveaux régimes, l’idéologie islamiste est sortie vainqueur. Sans accréditer la théorie du complot, analysons les résultats de la politique étrangère atlantiste : une Europe ceinturée au sud par des germes de régimes islamistes, au Kosovo, une incursion fondamentaliste dans l’Europe centrale et une pression constante de Washington pour que la Turquie intègre l’Union européenne. Étrange…

Un coup de barre à droite ? Oui, mais quand ?

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Photo : Ammar Abd Rabbo

Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la « battle » sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Cyril Bennasar et Pierre Haski débattent du coup de barre à droite de Nicolas Sarkozy.

Avant la parution du Figaro Magazine, j’avais l’impression d’avoir déjà lu l’entretien qui a marqué l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy puisque, comme souvent, les commentaires ont précédé le texte. Les critiques étaient unanimes. Et depuis samedi, les éditorialistes de gauche, d’une seule voix et en deux mots – ce qui prouve qu’ils sont partageux — analysent tous l’intervention du Président comme un « coup de barre à droite ». Bref, on a rarement assisté à un numéro de Dupont et Dupond aussi réussi. « Droitisation », s’écrient les uns. Je dirais même plus « extrême droitisation », ajoutent les autres. Dans Le Parisien, Nathalie Schuck parle d’un « brutal virage à droite », avant d’évoquer l’ombre de Patrick Buisson : « L’ex-patron de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute et de Valeurs actuelles sera une des têtes pensantes de la campagne. » Dans Libération, on a droit à de très relatives variations sur le même thème : « Le candidat Sarkozy se lance à droite. Clairement à droite, avec des « idées neuves » manifestement inspirées de son conseiller Patrick Buisson, ancien patron de Minute et inventeur du mémorable débat sur « l’identité nationale. » Pour Eva Joly‎, le candidat-Président « braconne sur les terres de la droite extrême ». Pour Philippe Douste-Blazy, il est « aux antipodes des idées humanistes ». Oui, je classe Douste-Blazy à gauche, pas vous ?

Rarement les éléments de langage de la gauche politique et médiatique auront été repris avec autant d’entrain.
Après la « droitisation », la « manœuvre électoraliste ». C’est curieux, mais pour les adversaires du Président, il est indigne de chercher à séduire les électeurs, surtout en période de campagne électorale, et surtout ces électeurs-là : ce qui serait digne, ce serait de montrer aux Français qui s’apprêtent à voter pour Marine Le Pen qu’on les méprise. D’ailleurs, François Hollande et les autres affirmeront certainement haut et fort qu’ils ne veulent pas de leurs voix. Tout ce qui vise à obtenir l’adhésion du peuple est populiste, tout ce qui répond à ses attentes est démagogique. Le référendum est particulièrement suspect puisqu’il fait forcément appel aux bas instincts du peuple qui, on le sait, pense mal et ne vote pas mieux. Il est souverain certes et tous les démocrates proclamés s’en réjouissent mais la démocratie est une chose trop sérieuse pour être confiée à l’électeur. La preuve, il a voté Sarkozy — et quoi qu’en disent les Madame Irma de la politique qui connaissent déjà le résultat, il pourrait même recommencer.
Attiré par cet affolement du braillomètre (instrument qui mesure l’indignation braillée dans les médias), alléché par l’odeur du kärcher et du charter, je me jette sur l’interview.

À propos du référendum sur le chômage — qui a fait cartonner le braillomètre -, je découvre que l’omission a carrément viré au mensonge. À en croire la presse, le Président aurait, d’emblée, sorti de son chapeau cette mesure pour remettre les chômeurs au travail de gré ou de force. À la lecture du texte, on découvre qu’il s’agit d’envoyer les sans-emplois en formation (quelle cruauté) et, par-dessus le marché, que c’est seulement après des négociations entre partenaires sociaux, en cas de blocage et en dernier recours, qu’il est envisagé d’en appeler au peuple. Il fallait bien, pour justifier l’accusation d’électoralisme, broder et faire croire que le Président allait organiser un référendum « pour ou contre les chômeurs ». J’ignore si le référendum est la solution, mais pour les bons commentateurs, il n’est même pas question de se poser la question.
À la réflexion, pourtant, je me demande si je ne préférais pas la version fantasmée par la gauche à la vraie. Autant le dire, j’ai été un peu déçu. Rappel des fondamentaux, le travail, l’autorité, la responsabilité, très bien. « Un virage brutal », sûrement pas et c’est bien dommage. Après une si longue dérive à gauche, (si le coup de barre est de droite, on peut supposer que la dérive est de gauche), après la discrimination positive, les peines de prison non effectuées, l’immigration qui s’accroît ou le mariage gay (que le Président semblait vouloir défendre il y a peu), il fallait bien cela pour retrouver le cap et les Français qui l’ont fait élire en 2007.

Me voilà rassuré, mais pas emballé pour autant. La fréquentation des humanistes autoproclamés de l’UMP qui depuis cinq ans jouent les offusqués et sabotent toute tentative de redressement, n’a pas fait perdre à Sarkozy le bon sens et la raison. Le coup de barre à droite, je l’attends encore. Délestée des boulets centristes et à la manœuvre pour appliquer les promesses de campagne de 2007, la garde rapprochée du Président ferait une formidable machine à gagner pour la France. Un gouvernement déterminé contre vents, marées et Nouvel Obs, à stopper ou au moins à réduire drastiquement l’immigration, boucler les criminels, remettre de l’ordre et du savoir à l’école et pourquoi pas, à imposer du pluralisme dans l’audiovisuel public, avec à la barre un Président courageux et décomplexé, j’en rêve. Un Guaino qui aurait carte blanche pour traiter avec l’Allemagne et remettre l’Europe au service des peuples, un Luca ou un Myard à la Justice pour recadrer un Syndicat de la magistrature dévoyé dans l’exercice d’une justice politisée, un Guéant qui couvrirait sa police dans l’exercice de la violence légitime, c’est tout ce que je veux. Et pour finir, une famille politique dirigée par un chef juste mais sévère, humaniste mais ferme, qui rend hommage aux résistants d’hier quand d’autres vont à Vienne danser avec le diable ou ses ersatz en culotte de peau, qui restaure une laïcité intransigeante et résiste aux exigences communautaires, je ne demande que ça. Tout cela, hélas, je ne l’ai pas lu dans le Fig Mag et je ne le vois pas venir.

Pour effaroucher la gauche, Nicolas Sarkozy a gardé la main. C’est plutôt un bon signe mais cela ne suffira pas. Quand son challenger tente de rassembler en évitant soigneusement les sujets qui divisent, lui ne craint ni les clivages, ni les arbitrages : c’est un atout pour séduire le peuple de droite attaché à l’autorité, à la responsabilité et à la valeur du travail. Mais pour ramener à lui ses électeurs de la dernière fois partis se faire braconner par d’autres, il faudrait que le Président vire à tribord toute. Quoi qu’il fasse, Libé, Les Inrocks ou Marianne l’accuseront de diviser, stigmatiser et discriminer. Si perdre le centre lui permet de rassembler une majorité de Français, la démocratie y gagnera. Mais ça, je vous parie que vous ne l’entendrez ni à Canal + ni sur France Inter.

Hollande et les communistes : erreur de com’ ou volonté d’excommunication ?

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Pour François Hollande, donc, il n’y a plus de communistes en France. J’ai vainement cherché d’où a pu lui venir cette idée étrange. 120 000 militants encartés, un petit millier de communes, 12 députés, un groupe au Sénat, la présidence de deux départements et des sondages qui flirte avec les 10%. Et puis je me suis souvenu que François Hollande avait fait ses premières armes dans l’entourage de Jacques Delors, chrétien de gauche célèbre, dans la grande tradition cédétiste. Et peut-être François Hollande, lors d’un récent voyage dans le Nord de l’Italie est tombé sur cet avis de 1947, toujours visible sur les murs de l’Archevêché de Plaisance, qui lui a rappelé ses anciennes amours de la deuxième gauche toujours alliée, au bout du compte, au goupillon. Entraîné par l’exaltation que lui a fait retrouver un tel texte, il s’est du coup un peu trop lâché dans son intervention du Guardian. Voici le document :

Et sa traduction aimablement fournie par nos services :

Curie de l’évêché de Plaisance
Après le décret du Saint Office
Avis
Est péché grave:
1. S’inscrire au Parti communiste
2. Le favoriser en quelque manière, surtout par le vote
3. Lire la presse communiste
4. Diffuser la presse communiste

Donc, on ne peut plus recevoir l’absolution si l’on ne s’est pas repenti et fermement résolu à ne plus le commettre
Quiconque, inscrit au Parti communiste, en admet la doctrine marxiste, athée et antichrétienne et en fait la propagande est
APOSTAT DE LA FOI ET EXCOMMUNIÉ
et ne peut être absous que par le Saint Siège
Ce qui a été dit du Parti communiste doit s’étendre aux autres Partis qui font cause commune avec lui
Que le Seigneur éclaire et concède aux coupables dans une matière aussi grave, un total changement d’opinion, car c’est le salut même de leur âme qui est en danger?

Plaisance, 15 juillet 1947

Taïwan, les élections contre la démocratie ?

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Photo : BryanTsai

Ce vendredi 13 janvier, à la veille d’élections présidentielle et législatives, les dirigeants du Parti démocrate progressiste (PDP) ont bon espoir. Le stade de Banqio, au cœur des immenses banlieues du « Nouveau Taipei » qui votent traditionnellement pour le parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), a fait le plein. 80 000 personnes hurlent leur fierté d’être taïwanais et de vivre en démocratie. Les caciques du parti d’opposition se succèdent sur scène, chacun dans son style − rocailleux et méridional pour l’un, hollywoodien pour l’autre, techno typique des docteurs des universités Ivy League dont regorge l’élite taïwanaise pour un troisième. Le rituel démocratique, en plein monde chinois, bat son plein.

Selon les derniers sondages, publiés dix jours avant les élections, les deux principaux candidats sont au coude-à-coude dans les intentions de vote. Le PDP, qui n’a jamais remporté les législatives, rêve de reconquérir la présidence, quatre ans après une cinglante défaite. Le sortant, Ma Ying-jeou, a signé un accord de libéralisation du commerce avec la Chine qui lui vaut d’être apprécié à Pékin, où on y voit la première étape vers l’unification, autant qu’à Washington, où on se réjouit que la tension s’apaise dans le détroit. Face à lui, Tsai Ying-wen, la présidente du PDP, est au contraire hostile à un rapprochement trop rapide avec la Chine. Elle a fait campagne sur les inégalités croissantes qui fracturent la classe moyenne taïwanaise. Au demeurant, les deux thématiques liées : chaque année, les entreprises taïwanaises investissent en Chine plusieurs milliards de dollars… dont est ainsi privé l’appareil productif local.

À Taïwan, les salaires stagnent, la précarité augmente… et l’immobilier explose, dopé par l’argent des nouveaux riches chinois qui, malgré l’interdiction légale, investissent en masse à Taipei, souvent via Hongkong. On retrouve ici la summa divisio entre gagnants et perdants de la mondialisation, bien connue dans nos contrées : les gagnants du rapprochement avec la Chine sont pour une bonne part les descendants des leaders nationalistes qui se sont installés dans l’île après la victoire communiste de 1949, mais ont conservé sur le Continent des réseaux fort utiles aux affaires ; les autres, qui assistent sans en profiter à l’enrichissement rapide des premiers, sont logiquement les plus attachés à l’identité nationale taïwanaise.[access capability= »lire_inedits »] Les mêmes causes produisant les mêmes effets, tous ceux qui manifestent quelque scepticisme quant aux vertus de la coopération politico-économique avec la Chine sont ringardisés par les milieux d’affaires, lesquels ne sont pas peu fiers de leur contribution à l’édification de l’économie chinoise. Ici comme ailleurs, le snobisme est un puissant affect politique.

Le gouvernement n’hésite pas à jouer de la grosse caisse sur le thème « la Chine ou le chaos », expliquant que Taïwan ne peut lutter seule dans la compétition mondiale et qu’avec la crise qui sévit en Europe, aux États-Unis et au Japon, la seule chance du pays est de s’arrimer fermement à la locomotive chinoise. Comme le souligne Franck Muyard, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC), un train dont la locomotive est bien moins moderne que les wagons relève de l’hérésie économique. Peu importe, pour une partie de la population, l’avenir, c’est l’Eldorado chinois. Il faut dire qu’en plus de faire bon accueil aux investissements, la Chine absorbe 40% des exportations taïwanaises. Ajoutons que plus d’un million de Taïwanais vivent en Chine et que, depuis l’ouverture de l’île au tourisme chinois, en 2008, 3 millions de Chinois ont visité Taïwan.
Tsai, la candidate de l’opposition, ne dispose pratiquement d’aucun soutien dans les milieux d’affaires locaux, ni d’ailleurs à l’étranger, sinon celui que lui apporte discrètement le Japon, qui redoute la vigueur de l’emprise chinoise sur Taïwan. Elle doit donc, pour sa campagne, se contenter des ressources de ses militants. Son rival, en revanche, bénéficie de la force de frappe du KMT, qui a sans doute perdu, ces dernières années, son titre de parti le plus riche au monde au profit de son vieil ennemi, le Parti communiste chinois (PCC). Désormais, les frères ennemis jouent dans le même camp et stigmatisent à l’unisson l’aventurisme politique d’une opposition qui incarne la voie singulière de Taïwan, tracée par les deux prédécesseurs de l’actuel président, Chen Shui-bian, seul chef de l’État issu du PDP, aujourd’hui emprisonné pour des faits de corruption plutôt obscurs, et Lee Teng-hui, le « père de la démocratie taïwanaise ».

À Banqiao, après plusieurs heures de meeting, le vieux Lee monte enfin sur scène. Il a beau avoir 89 ans et souffrir d’un cancer, son discours électrise l’assistance. « Je vous confie le destin de Taïwan », lance-t-il à Tsai Ying-wen en taïwanais, la langue maternelle de la majorité des habitants de l’île, dont l’usage ne cesse de régresser au profit du très officiel mandarin.

Le lendemain, l’euphorie tourne à la gueule de bois. La peur de la Chine et de l’isolement, l’intérêt économique des classes dirigeantes et leur snobisme mondialiste ont permis à Ma d’être confortablement réélu, avec 51,6% des voix contre 45,6% à son adversaire. Et le PDP reste minoritaire au Parlement, où il passe cependant de 32 sièges à 40 sur un total de 113.
La surprise, cependant, vient du parti de Lee, le très indépendantiste Taiwan Solidarity Union (TSU), qui a obtenu 9% des votes aux législatives, beaucoup plus que ce que lui accordaient les sondeurs. Retour du refoulé nationaliste ? De fait, le PDP a mis en sourdine sa traditionnelle « sinophobie » − de nature exclusivement politique, l’immense majorité des Taïwanais étant ethniquement et culturellement chinois. Par les temps qui courent, s’en prendre à la Chine est plutôt mal vu, et même très politiquement incorrect. Au cours d’un meeting du PDP, un vieux militant qui, en réponse à un journaliste, s’était lancé dans une diatribe sur l’arrogance des Chinois a été brutalement interrompu par le service d’ordre.
C’est qu’à Pékin, on s’impatiente. Les dirigeants chinois n’entendent pas en rester des siècles durant au « consensus de 1992 » : ce modèle de casuistique politique affirmait que Taipei et Pékin s’accordaient sur l’existence d’une seule Chine assortie de « plusieurs interprétations »… Il s’agit désormais de passer à l’étape suivante. Aussi les stratèges les plus subtils du KMT proposent-ils de « dépasser la vieille notion européenne de souveraineté, dont les Européens eux-mêmes ne veulent plus ». En clair, il s’agit de ficeler un arrangement politique avec une Chine de plus en plus puissante, avec la neutralité bienveillante des États-Unis. Peu importe que la population taïwanaise soit massivement attachée à l’indépendance de fait de l’île et à la démocratie. Dans les cercles autorisés de Taipei, qui subissent quotidiennement la pression chinoise, on justifie les renoncements à venir à coup de postures postmodernes décrétant que la nation et la démocratie sont des concepts du passé. Le pire, c’est qu’ils ont peut-être raison.

Lee Teng-hui, l’irrédentiste

Démocrate, chrétien, et taïwanais de souche : trois bonnes raisons d’être anticommuniste

Le destin de Lee est indestructiblement lié à celui de l’île dont il défend opiniâtrement la souveraineté. Né à Taïwan pendant la colonisation japonaise, il a étudié à Kyoto puis intégré l’armée impériale japonaise avant de devenir brièvement membre du Parti communiste chinois en 1946, après le départ du Japon de Taïwan. Il aurait pris part aux émeutes du 28 février 1947, durant lesquelles les Taïwanais ont violemment affronté les membres du Kuomintang (KMT), au pouvoir, qu’ils considéraient comme des envahisseurs : la répression fit de 10 000 à 30 000 victimes.
Après des études aux États-Unis, Lee devient un spécialiste reconnu de l’agriculture à Taïwan. Dans les années 1960, il est coopté par le KMT dont il finit par prendre la tête avant de devenir le premier président taïwanais élu au suffrage universel. En 2000, il est exclu du KMT qui a opéré un retournement tactique, misant sur le rapprochement avec l’ennemi communiste pour réussir par la paix ce qu’il a échoué à obtenir par la guerre : l’unification de la Chine. À partir de ce moment-là, il est la figure tutélaire de l’opposition et l’incarnation de l’indépendance taïwanaise.

Peu de gens savent que Lee s’est converti au christianisme en 1961. En 1994, alors qu’il était président, il n’a pas hésité à se présenter comme un Moïse asiatique guidant son peuple au-delà de la mer Rouge − en l’occurrence le détroit de Taïwan − à l’abri de la tyrannie du pharaon chinois, afin d’y bâtir un nouveau pays. La guerre civile est une guerre des dieux opposant le Léviathan chinois au Dieu libérateur judéo-chrétien. Pékin découvre, en même qu’une bonne partie de l’appareil du KMT, que son vieil ennemi le parti nationaliste, pourtant en voie de devenir un partenaire, est dirigé par un séparatiste qui invoque le Dieu des Occidentaux pour saboter l’unité de la nation. On dit que Jiang Zemin, qui dirigeait alors le PCC, piqua une colère mémorable.[/access]

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Vague d’attentats iraniens

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Photo : AZRainman

Que se passe-t-il dans la tête des Mollahs ? Comment les dirigeants iraniens raisonnent-ils ? Voilà deux questions qui depuis quelques années taraudent l’esprit des chefs d’Etats occidentaux et celui de leurs responsables militaires et diplomatiques. Certaines chancelleries prétendent que les leaders iraniens sont de formidables stratèges, des négociateurs aguerris, ce qui en ferait à la fois des adversaires redoutables et des acteurs conscients de la réalité et des rapports de forces. Pour ceux-là, un Iran doté de l’arme nucléaire ne différerait guère de l’URSS ou de la Chine voire stabiliserait le Moyen-Orient par le jeu de la dissuasion. Leurs détracteurs rétorquent que la bipolarité Iran/Israël deviendrait assez rapidement multipolaire avec, à côté de la bombe chiite, de plus en plus de bombes sunnites. Or, ceux qui veulent empêcher à tout prix un Iran nucléaire craignent surtout qu’à Téhéran, les décisions ne soient pas uniquement motivées par des considérations raisonnables et que les décideurs aient une vision du monde trop différente pour faire émerger un langage stratégique commun. Dit plus brutalement, depuis déjà quelques années, l’Iran donne l’impression d’être une puissance dirigée par des fous de Dieu capables de commettre de monumentales erreurs de jugement et de prendre des risques démesurés. Les événements de ces derniers mois, et notamment la récente série d’attentats contre des représentants diplomatiques israéliens, renforcent malheureusement cette seconde thèse : les responsables iraniens semblent irresponsables…

Cette semaine, dans l’espace de 48 heures, au moins trois opérations ont été menées par les services iraniens : à Tbilissi en Géorgie et à New Delhi en Inde, les voitures de diplomates israéliens ont été attaquées, à Bangkok, le commando qui préparait un attentat contre l’ambassadeur d’Israël en Thaïlande a été cueilli par les autorités locales à la suite d’un « accident du travail » qui a déclenché la charge explosive avant l’heure. A ces trois tentatives toute récentes il faut ajouter deux autres projets similaires en Thaïlande et en Azerbaïdjan, déjoués au dernier moment. Cette vague d’attaques simultanées devait de toute évidence aboutir à l’assassinat d’une poignée de diplomates israéliens.

L’exécution très médiocre de ces attentats et la prise de risque opérationnelle des commanditaires (à Bangkok, les membres du commando possédaient des passeports iraniens et dans les autres cas, les liens avec Téhéran et/ou le Hezbollah étaient évidents) laissent l’observateur perplexe. Mais le plus étonnant, c’est bien la prise de risque stratégique. Que les Iraniens se contrefichent de la réaction de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie et de la Thaïlande, on peut le comprendre. Dans le pur calcul cynique des rapports de force, ces trois pays ne pèsent pas lourd et leur territoire peut donc devenir un « terrain de jeu » pour les dirigeants iraniens. Mais l’Inde est une autre paire de manches. Pilier du « BRIC », puissance militaire et économique non négligeable et surtout important client du pétrole iranien qu’elle paie en or (!) et non en dollars, l’Inde est le dernier pays auquel Téhéran devrait chercher querelle. Et pourtant ! L’attentat maladroit perpétré à New Delhi va certainement indisposer le gouvernement indien à un moment pour le moins délicat pour une République Islamique à cours d’alliés.

Le comportement iranien rappelle une autre affaire, celle du projet d’attentat (avorté) contre l’ambassade d’Arabie Saoudite. Pour mémoire, les autorités américaines avaient accusé en octobre les pasdarans[1. Gardiens de la révolution.], piliers du régime iranien, et leur branche opérationnelle, la force Al-Qods, d’avoir recruté deux Iraniens (dont un naturalisé américain) pour assassiner l’ambassadeur saoudien. L’un d’entre eux était entré en contact avec des narcotrafiquants mexicains qu’il avait embauchés pour exécuter ce crime moyennant 1,5 million de dollars dont 100 000 avaient été déjà versés sur leur compte. Quand l’affaire avait été rendue publique, beaucoup d’observateurs se montraient sceptiques. L’amateurisme du projet était criant, le risque de complications possibles très élevé et surtout les gains en cas de succès difficiles à comprendre. Même si un tueur à gages avait réussi à assassiner l’ambassadeur saoudien à Washington, en quoi cet « exploit » aurait-il fait avancer les intérêts iraniens ?

Si l’Iran avait réussi son coup, cela signifierait-il que la mort d’un ambassadeur israélien ou l’assassinat de quelques Loubavitch valent le coup de déclencher une crise majeure avec l’Inde ? Même en se mettant à la place des dirigeants iraniens, il est difficile de comprendre la logique derrière leur stratégie. S’il s’agit de venger Imad Moughniyeh (l’un des dirigeants du Hezbollah, mort dans l’explosion de sa voiture à Damas en 2008) et les meurtres de plusieurs de ses scientifiques, peut-on croire que la mort d’un conseiller d’ambassade dissuade qui que ce soit d’éliminer le chef militaire de la milice chiite libanaise ou des experts nucléaires iraniens de haut vol ?

Les amateurs de théories du complot peuvent toujours conclure que cette maladresse apparente cache une manœuvre habile de Téhéran. Pour les autres, force est de reconnaître que Téhéran se montre paniqué, malhabile voire affolé, au point de commettre une série d’erreurs très graves et de compromettre sérieusement ses propres intérêts vitaux. Il n’y a donc plus de place au doute : les Iraniens délirent. A l’instar de leur ancien ennemi, Saddam Hussein, qui en 1990 et dans la période 2002-2003, s’était révélé un piètre stratège, les Iraniens réagissent aujourd’hui précipitamment, prenant des risques démesurés pour atteindre des objectifs complètements déments. Dans ces conditions, l’instauration d’un équilibre des forces au Moyen-Orient est tout simplement impossible. Il ne s’agit pas de priver la nation iranienne de quoi que ce soit mais de constater qu’à la lumière de son comportement, l’élite politique et militaire de la République Islamique d’Iran serait tout bonnement incapable de gérer l’arme nucléaire.

Programme de Nicolas Sarkozy : êtes-vous pour ou contre le référendum ?

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A lire l’éclairage constitutionnel de Frédéric Rouvillois, l’on comprend que les projets de référendum de Nicolas Sarkozy resteront des vœux pieux. Mieux, ils ne se justifient que par les cries d’orfraie de la gauche, scandalisée que l’on confie directement au peuple des affaires aussi sérieuses que l’immigration ou la formation des chômeurs.

Rassurez-vous braves gens, comme l’a intelligemment souligné la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann, on sait ce que le président de la République fait des décisions du peuple souverain depuis le fameux traité de Lisbonne, resucée parlementaire du Traité Constitutionnel Européen rejeté par- excusez du peu- plus de 55% du corps électoral, mais néanmoins adopté par le Parlement réuni en Congrès, avec l’approbation d’un certain François Hollande.

De toute façon, vu sa posture inconfortable à deux mois de l’élection, le président sortant a peu de chances de soumettre quoi que ce soit au jugement des Français, sinon la vente de ses mémoires du quinquennat chez XO Editions.

Et dans l’hypothèse improbable d’une réélection, si deux référendums (dont on attend de connaître les questions exactes…de préférence autres que « êtes-vous pour la résorption du chômage et l’intégration réussie des immigrés ? ») finissaient par se tenir en échappant à la censure du Conseil Constitutionnel, si par hasard la majorité des électeurs désavouait la consigne de vote de leur président nouvellement réélu, l’on connaît le fin mot de l’histoire.

Comme toujours, ce sont nos amis poètes de la présipauté de Groland qui vendent la mèche, remontant du même coup le niveau général de la profession :

http://www.youtube.com/watch?v=HvxcKsbWG7w&feature=related

Plutôt finaud, n’est-ce pas ?

Don Juan des urnes

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C’était trois jours avant la Saint-Valentin. Dans Le Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy, s’adressant à la France comme un amant infidèle à son amoureuse déçue, lui jurait les yeux dans les yeux qu’il avait changé, qu’il avait compris, que cette fois, on ne l’y reprendrait plus : il lui rendrait la parole si elle acceptait de le reprendre. Cette fois, on allait voir ce qu’on allait voir, les référendums allaient se multiplier, le peuple pourrait enfin s’exprimer sur des sujets qui le concernent directement : l’emploi, la fonction publique, et même l’immigration. L’infidèle d’hier serait désormais un modèle. C’est ce qu’il vient de lui redire à l’oreille, devant Laurence Ferrari, en déclarant sa candidature – assurant que pour son éventuel second quinquennat, il a en tête « une idée centrale » : « Redonner la parole au peuple français par le référendum ».
Mais ce repentir tardif est-il vraiment sincère ? En somme, peut-on croire qu’en cas de réélection, le président donnera effectivement la parole à ce peuple qu’André Tardieu, sous la IIIe République, nommait « le souverain captif », précisément parce qu’il était privé de référendum ? Tout le monde peut changer, même un Don Juan des urnes. Mais on doit tout de même convenir que ni le passé, ni le présent n’augurent, pour l’institution référendaire, d’un avenir radieux en cas de réélection.

Le passé, d’abord, laisse planer quelques doutes sur les promesses du Président. C’est sur ce point, du reste, que Jean-Michel Aphathie, le 15 au matin, s’est amusé à cuisiner Madame le ministre Nadine Morano. Nicolas Sarkozy, accusait le journaliste, n’a organisé aucun référendum en cinq ans : pourquoi en irait-il autrement dans les cinq ans qui viennent ? A quoi Mme le ministre rétorqua du tac au tac – ce qui figurait vraisemblablement sur les petites fiches en bristol apportées pour l’occasion -, que pas du tout, il en avait fait trois. Trois ! Stupeur d’Aphathie, qui se demande s’il n’a pas loupé un épisode. Oui, trois référendums, précise Mme Morano : en Corse, le 6 juillet 2003, à Mayotte, le 29 mars 2009, et puis en Guyane, le 10 janvier 2010. Rires discrets dans la salle : le premier fut organisé par Jacques Chirac ; en outre, deux des trois « référendums » cités ont été des échecs, ce qui, aux yeux de leur initiateur, ne plaide pas vraiment en faveur du mécanisme ; enfin et surtout, il ne s’agissait évidemment pas de référendum. Ni au sens propre, puisqu’un référendum consiste à interroger le peuple dans sa totalité, et non pas les seuls habitants d’une collectivité territoriale, ni au regard du droit, la constitution, qui prévoit ce type de consultation dans ses articles 72-1 alinéa 5 et 72-4 alinéa 2, se gardant bien de les qualifier de référendum.

Jean-Michel Apathie, faisant preuve de sa mansuétude bien connue, renonça à pousser le bouchon plus loin avec Madame le ministre. Il aurait pourtant pu évoquer, parmi les indices négatifs, la grande révision du 23 juillet 2008.
Cette révision, qui modifie en profondeur la constitution de la Ve république, et qui concerne donc très directement le peuple souverain, n’a cependant pas été adoptée par référendum, mais par la voie du congrès : une procédure qui, à l’origine, était réservée exclusivement aux révisions trop mineures pour que l’on dérange le peuple. En outre, cette révision du 23 juillet 2008, voulue et portée à bout de bras par le président, a eu notamment pour objectif de neutraliser le référendum obligatoire de l’article 88-5 issu de la révision du 1er mars 2005, qui obligeait à consulter les Français en cas d’entrée de nouveaux Etats dans l’Union européenne. Désormais, il existe une alternative parlementaire, ce qui fait que, très vraisemblablement, les Français ne seront jamais consultés sur ces questions.

La révision de 2008 prévoit, il est vrai, une innovation apparemment intéressante, un référendum d’initiative populaire inscrit dans le nouvel article 11 alinéa 3. Sauf qu’en réalité, il ne s’agit pas d’un référendum d’initiative populaire, mais d’un référendum d’initiative parlementaire appuyé par un dixième des électeurs inscrits. Une procédure si lourde, si complexe et potentiellement si décevante, qu’elle n’a pratiquement aucune chance d’être jamais organisée. Une procédure pour laquelle fut d’ailleurs prévue, en juillet 2008, l’adoption d’une loi organique qui, bientôt quatre ans plus tard, n’a toujours pas été adoptée – ce qui indique une certaine… nonchalance des pouvoirs publics sur ce point.
À ce propos, M. Apathie aurait pu enfin évoquer la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne en février 2008, lequel reprend l’essentiel ce que les Français avaient refusé par référendum le 29 mai 2005, en disant massivement non au Traité sur la constitution européenne. En l’occurrence, le respect élémentaire du principe démocratique exigeait que l’on consulte à nouveau les Français. Mais la chose était risquée : d’où, le choix de renoncer, une fois de plus, à la glorieuse incertitude du référendum.

En somme, le passé augure mal de l’avenir. D’autant que les promesses elles-mêmes manquent de crédibilité. Ainsi, la presse a-t-elle évoqué la possibilité d’un référendum sur l’immigration : mais celui-ci serait vraisemblablement jugé contraire à la constitution, l’article 11 disposant que le président de la République « peut soumettre au référendum tout projet de loi portant (…) sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent ». En l’espèce, ce n’est pas le cas, ce qui signifie que le Conseil constitutionnel, obligatoirement saisi, invaliderait d’emblée le projet de loi référendaire.
Même chose à propos de la « règle d’or » évoquée par Mme Morano : celle-ci ne pourrait être introduite dans la constitution par voie de référendum que selon la procédure de l’article 89 alinéa 2, qui suppose au préalable un vote conforme des deux chambres. Ce qui signifie que, même en cas de victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, puis de l’UMP aux législatives, la nouvelle majorité de gauche du Sénat empêcherait, en toute hypothèse, l’inscription de la « règle d’or » dans la constitution.

En conclusion, le référendum, « parangon de notre démocratie », paraît plutôt mal barré, comme dit le poète. Voilà pourquoi il ne faut pas toujours croire les messieurs qui vous disent des choses gentilles et vous promettent, les yeux dans les yeux, qu’ils vont changer, et que maintenant, ça ne sera plus comme avant…

La civilisation n’est pas un avantage acquis

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Photo : TheAlieness GiselaGiardino²³

Il y a cinq ans, Sarkozy avait emporté ma voix en prononçant le mot « civilisation ». Entre autres. Les promesses alléchantes de « nettoyage au kärcher » et de « débarrassage de racaille » avaient déjà retenu toute mon attention, mon adhésion, mon affection, mais dans le discours du candidat, c’est la « civilisation » qui avait raflé la mise. Il m’avait semblé alors qu’on élevait un peu le débat, qu’on abordait une question sensible, existentielle et même ─ était-ce déjà un gros mot en 2007 ? ─ identitaire. Il est toujours bon d’entendre un homme politique expliquer comment et combien il compte dégraisser le mammouth, affréter des charters ou tenter de réduire le droit de grève absolu de droit divin, mais il ne s’agit là que de redresser des comptes, d’appliquer la loi ou de corriger des abus. Évidemment, nos dirigeants doivent être comptables, mais pas seulement. Après tout, « Qui sommes-nous ? Où allons-nous et quel est le sens de la France ? », sont des questions qui en valent bien d’autres.

Elles m’ont manqué ces derniers mois. Le débat politique a eu tendance à s’enliser fastidieusement dans l’intendance. La crise, l’euro, l’Europe, la dette, la banque, la note, les taux, les déficits, l’emploi et le pouvoir d’achat… Entre ma télé et ma radio, j’ai fini par en avoir la nausée, la même vague envie de vomir que quand j’entre dans un hypermarché. J’en étais même arrivé à souhaiter que, dans son malheur, en devenant un peu plus pauvre, notre pays reste un phare de notre civilisation mais cesse d’être cet Eldorado de consommation et de droits en tous genres que le monde entier, en traversant les frontières, montre qu’il nous envie. Moins riches, moins envahis ? On peut en rêver. Bref, au moment où le consensus sur la nécessité de réindustrialiser le pays atteignait des sommets dans l’assommant (où donc est passée la société de services ? En tout cas pas dans les excuses de Jacques Attali qui nous l’avait promise), Claude Guéant est venu me sortir de mon ennui, créant un clivage dans le monde politique et un malaise dans la nation en déclarant : « Nous devons protéger notre civilisation » … « Je ne pense pas que toutes les civilisations se valent. »[access capability= »lire_inedits »]

La première affirmation relève de l’évidence : si nous aimons notre patrimoine et notre mode de vie, ou si nous le préférons à ce qui se fait ailleurs, nous devons le conserver. Les Indiens d’Amérique, les Nippons ou encore Winston Churchill se sont battus pour protéger leur civilisation : les uns ont perdu et disparu, d’autres ont vaincu et survécu mais tous étaient déterminés à protéger ce qu’ils aimaient et ce qu’ils étaient, des valeurs et des codes. Instinct de survie, et pour certains bas instincts mais pas seulement, peut-être aussi exigence du cœur et de l’âme de ne pas voir son monde décliner ou régresser.

D’autres civilisations se sont éteintes de leur belle mort, avec les siècles, délaissées par les hommes. Les croyances ont été abandonnées, les pratiques culturelles transformées. En devenant gallo-romains, les Gaulois ont perdu le tribalisme et beaucoup gagné. Les hommes qui ont fait ces choix de civilisation ont commencé à bâtir un monument dont nous héritons, enrichi depuis lors de lois contre l’arbitraire, affiné de laïcité, de liberté, d’humanisme, d’égalité et de protections pour les plus faibles. Ces fiers guerriers moustachus qui nous servent à tous d’ancêtres ont rompu avec leurs traditions, comme nos parents se sont mis à écouter Elvis Presley, parce qu’ils ont préféré ce qui venait d’ailleurs.

Avant de savoir si nous devons protéger notre civilisation, nous devons donc nous demander si nous ne préférons pas ce qui vient d’ailleurs. Je ne vais pas faire un inventaire comparé, bien que j’aime cet exercice au-delà du raisonnable et du cadre légal, mais quand même. Qui, élevé dans la culture française, a envie de cinéma bollywoodien, de transition démocratique africaine ou de sexualité islamique ? Les adeptes du multiculturalisme ? Je n’en suis même pas sûr.

Alors, devons-nous protéger notre civilisation de ces évolutions possibles ? Pour le monde, je ne dis pas, mais en France nous pouvons encore préférer ce que nous jugeons bon pour nous et refuser les pratiques culturelles contraires à l’idée que nous nous faisons d’un monde civilisé. Reste à définir, par le débat, celles qui peuvent être françaises et celles qui ne le peuvent pas. Pour la burqa, le peuple, par la voix de ses représentants, a dit non. Avec la gauche, nous n’aurions eu ni débat ni interdiction, le vivre-ensemble dans la tolérance ne tolère pas la discussion. Pour les partisans du métissage planétaire, il est interdit de préférer, de choisir, il est interdit d’interdire.

C’est en osant comparer la valeur des civilisations que le ministre de l’Intérieur a affolé le braillomètre (compteur Geiger mesurant l’indignation des antiracistes et droits-de-l’hommistes) et provoqué les réactions de la gauche qui y a vu une provocation électoraliste ─ comme c’est original ! Notons que la polémique porte sur des questions de civilisation, donc de culture, ce qui signifie au moins que les grilles de lecture ethno-racialistes n’ont plus cours en France : n’est-ce pas une victoire de la République ?

Quant au fond du propos de Guéant, on peut se demander longtemps qui a la meilleure civilisation sur Terre, mais une telle compétition tiendra sans doute de l’Eurovision. Chacun portera les couleurs de la sienne contre celle des autres et, après tout, il n’y a pas dans l’espace d’autorité pour décréter que la lapidation vaut mieux que la pension alimentaire ou que le libre choix du conjoint est préférable au mariage arrangé.

Cela dit, s’il paraît naturel que chacun préfère la civilisation, j’observe tout de même que beaucoup semblent préférer la mienne. Le sens des migrations est un bon indice du penchant des peuples. Or, si on compte de nombreux Français d’origine africaine, peu de Parisiens, même parmi les auteurs de Terra Nova, sont partis faire souche à Dakar ou Bamako.

À quoi rêvent les hommes et les femmes qui choisissent la France ? La civilisation du « care » chère à la gauche et encore plus aux finances du pays, faite de droits et d’allocations, de logements et de soins, y est sans doute pour quelque chose – et après tout, pour nombre de « Français de souche », l’État-providence est le cœur du modèle français. Espérons que, pour une partie des arrivants, le désir d’être français s’élève au-dessus de ces contingences. Quoi qu’il en soit, c’est à nous d’exiger, en échange de ce mieux que nous offrons, un engagement de devenir des Français de culture et pas seulement de papier. C’est ainsi que nous protégerons notre civilisation et le rêve de tous ceux qui viennent en France pour y trouver les Lumières. Pour ne froisser personne, le multiculturalisme prétend au contraire que tout se vaut et que la France est un hôtel où tout le monde peut prendre une chambre et vivre comme il l’entend.
C’est le contraire d’une exigence, c’est l’abandon de sa civilisation.

Les derniers arrivés feront-ils de bons Français ? Je n’ai pas de réponse à cette question qui pourrait être un enjeu de civilisation, et j’ai bien peur que Messieurs Guéant et Sarkozy n’en aient pas non plus. Dans une France en difficulté avec l’intégration de ses nouveaux Français, ils ont pourtant octroyé 200 000 titres de séjour l’an dernier. Pendant qu’ils parlent de protéger la civilisation, les Chinois travaillent et le tiers-monde afflue. Alors je suis sensible à leurs lettres, mais beaucoup moins à leurs chiffres. Pour ma voix, cette fois-ci, « ça va pas le faire » comme on dit à Sciences Po. Je veux bien qu’on me prenne par les sentiments, mais pas deux fois.[/access]

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Trop de vigilance nuit au vigile

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La guerre sociale est impitoyable et le code du travail semble parfois plus dur à appliquer que le Règlement Général des Armées dont l’article 8 prévoit que le subordonné « ne doit pas exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal ». S’il avait su, l’infortuné Ludovic Bataille, vigile employé par Auvergne sécurité à la surveillance du magasin Tati de Dieppe, aurait sûrement préféré servir la Grande Muette qui semble un peu plus claire que la grande distribution en matière de relations hiérarchiques.

En juin 2011, Ludovic Bataille s’est aperçu que la directrice du magasin dieppois aimait se ravaler la façade gratos en piquant de pleins sacs de produits de beauté et en évitant les portiques de sécurité. Ludovic Bataille signale le fait à la maison mère de Tati qui le félicite dans un premier temps en lui indiquant par ailleurs que les faits sont connus. Le problème, c’est qu’au retour de ses congés d’été, Ludovic Bataille reçoit une lettre de licenciement pour faute grave et apprend par ailleurs que la directrice a déposé plainte pour diffamation. Et Ludovic, depuis, est au chômage. Alors qu’il attend des prud’hommes qu’ils jugent l’affaire, il constate non sans bon sens : « Quel est mon intérêt à inventer une histoire comme ça ? J’ai un travail à 5 minutes de chez moi, c’est parfait. Depuis 3 ans, je m’entends bien avec tout le monde. On me paye pour arrêter des voleurs. La directrice vole, je le signale. Apparemment, il ne faut pas. Nous, on est des tous petits par rapport à ces gens-là. En attendant, je suis sans travail »

En même temps, Ludovic, il est temps que tu apprennes que les chefs ne volent pas. Eventuellement, ils profitent de quelques avantages inhérents à leur fonction. Et puis si tu avais été malin au lieu d’être honnête, tu aurais demandé, toi aussi, ta part de rouge à lèvres.