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Haro sur Christian Vanneste

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Christian Vanneste.
Christian Vanneste.

Ces temps-ci, les occasions de parler comme un seul homme sont si rares à l’UMP qu’on ne boude pas son plaisir quand se présente une tête sur laquelle l’on peut taper à l’unisson. On y met tout son cœur. On redouble d’effort. Plus rien d’autre n’existe que le bruit sourd des petits poings s’abattant sur un crâne. Ils remontent. Les doigts se frôlent. Les adversaires d’hier, les concurrents de demain, tous communient dans la même érotique de l’unanimité tabassante mais retrouvée.

C’est ce qui s’est passé ce matin au bureau politique du parti présidentiel. L’ambiance était morose et la perspective pourtant imminente de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy ne semblait pas réchauffer les cœurs. C’est alors que le sujet est arrivé sur la table : Christian Vanneste et ses assertions « négationnistes » sur la déportation des homosexuels français. Le député de Tourcoing a déclaré : « Il y a aussi des légendes qui sont répandues. Par exemple, il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être très clair là aussi. Manifestement Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, il y a eu la répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à à peu près 30 000 déportés. Et il n’y en a pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France. »

Progressistes aussi bien que conservateurs, les caciques de l’UMP se rabibochèrent sur une fervente dénonciation de Christian Vanneste. Et chacun envoya sa propre lettre de cachet via Twitter : « Il faut le virer de l’UMP », écrivit Benoist Apparu. « Je condamne fermement les propos de Christian Vanneste. Il ne peut pas porter ni nos couleurs ni nos valeurs », trancha Nadine Morano, la ministre qui tweete plus vite que son ombre. Le député de Nice Eric Ciotti fut vindicatif : « Propos honteux de Vanneste ! J’ai demandé son exclusion de l’UMP en bureau politique », rejoint dans la même condamnation par Thierry Mariani, qui partage pourtant les bancs de la Droite populaire avec Vanneste.

Eric Woerth, Chantal Jouanno, Franck Riester : aucune voix ne manque pour condamner l’infâme Vanneste. Et la porte-parole de François Hollande, Delphine Batho, semble même en retrait par rapport à la droite en jugeant les propos du député de Tourcoing « non seulement homophobes mais aussi négationnistes ». Cerise sur le gâteau : le directeur de campagne de Marine Le Pen, Louis Aliot, dénonce une « vraie bêtise » et se paie le luxe de recommander à Vanneste de « relire ses livres d’histoire ».

Relisons-les. Les homosexuels français ont-ils été déportés pendant la Seconde Guerre mondiale ? L’affirmer, écrit l’historien Pierre Vidal-Naquet, serait « un mensonge ». Les seuls homosexuels à avoir été déportés sont les ressortissants allemands ou réputés tels par les autorités du Reich – c’est le cas des homosexuels alsaciens, province annexée de fait, comme celui des Autrichiens depuis l’Anschluss. Les nazis ne prirent même pas la peine de mettre au point un arsenal juridique spécial : ils déportèrent les homosexuels au nom du paragraphe 175 du Code pénal bismarckien, qui réprimait la bestialité et l’homosexualité dans le même mouvement. Pour plusieurs dizaines de milliers d’entre eux furent réservés les pires sévices, les expérimentations les plus cruelles, et, au final, la mort.

Les présupposés idéologiques sur lesquels se fonde l’homophobie d’Etat du IIIe Reich sont exposés par Goering lui-même en 1935 : « assurer la défense et la protection du sang allemand ». Himmler, pour sa part, parle de « maladie contagieuse » prompte à anéantir « la survie du peuple et de l’Etat allemands ». En définitive, les mêmes arguments sont amplement partagés par Mikhaïl Kalinine, président du Soviet suprême, qui signe en 1934 – trois mois avant le durcissement de l’application du paragraphe 175 par les nazis – un décret condamnant les rapports entre individus de sexe masculin de trois à huit ans de prison. Gorki écrit au même moment : « Dans les pays fascistes, l’homosexualité, qui est la ruine de la jeunesse, fleurit impunément. Un slogan circule en Allemagne : “Eliminez les homosexuels et le fascisme disparaîtra.” »

Il s’agit, bel et bien, pour les nazis, de « purifier la race » en exterminant les homosexuels. Himmler les estime à plus de 2 millions dans le Reich et il n’entend pas renâcler devant l’ampleur de la tâche. Quant aux autres peuples, dont le chef de la SS écrit qu’ils contiennent, comme l’Allemagne, « 7 à 8 % d’homosexuels », ce n’est pas son affaire : ils ne sont pas « aryens » et tout ce qui peut provoquer leur « dégénérescence » est souhaitable.

Aucun déporté français ne l’a été pour des raisons d’homosexualité. Cela ne signifie absolument pas qu’aucun homosexuel français n’ait été déporté. Mais s’il l’a été, c’est parce qu’il était alsacien-lorrain, juif, résistant ou tsigane.

Il apparaît donc que les propos de Christian Vanneste sont, en réalité, tout à fait conformes à la vérité historique. Ils sont même d’une exactitude déconcertante. Même Serge Klarsfeld, qui s’est exprimé en fin de matinée, reconnaît la justesse des assertions du député de Tourcoing. Mais la vérité, est-ce vraiment la question ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’il connaît, Serge Klarsfeld, à la question de la déportation, en comparaison d’historiens de la Seconde Guerre mondiale aussi reconnus que Nadine Morano ou Jean-François Copé ? L’UMP ne va quand même pas prêter l’oreille à ce farfelu de Klarsfeld, dont tout laisse accroire qu’il ne dispose même pas d’un compte Twitter… Vanneste devrait chercher ses soutiens ailleurs !

Et puis, reconnaissons une chose. Monsieur Vanneste aurait pu faire preuve d’un peu plus de délicatesse. Il aurait pu compatir au sort des homosexuels français qui ont souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. Tenez : Jean Cocteau fut tellement résistant qu’il consacra la guerre durant ses efforts à résister à la résistance. Abel Bonnard, ministre de l’Education de Pierre Laval, pâtit beaucoup du surnom de « gestapette » que ses opposants gaullistes (et homophobes) lui collèrent. Marcel Jouhandeau se dépensa également beaucoup pour tenter de faire oublier après 1945 le petit livre qu’il avait publié en 1938 et qui portait le sobre nom de Péril juif. Quant à Robert Brasillach, il fut fusillé, alors que son homosexualité se cantonnait essentiellement à l’admiration de la statuaire d’Arno Breker. Ne parlons même pas de Bernard Faÿ ou de Maurice Bardèche. Non, Christian Vanneste aurait dû montrer un peu plus de compassion et communier avec la doxa qui nous tient lieu de règle : l’homosexualité peut tout excuser.

Saint-Valentin municipale

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Course de la Saint Valentin, parc des Buttes Chaumont. Photo : vincen-t

Nous vivons une époque résolument formidable. Ce qui est vraiment bien, c’est qu’elle s’occupe de nous. Ainsi, notre bureaucratie, qui est beaucoup plus prévenante et ouverte que la bureaucratie soviétique, ne nous laisse pas tomber. Le Service des Panneaux Lumineux de la Direction de l’Information et de la communication de la Ville de Paris a par exemple décidé, certainement mû par la louable envie de dépenser les deniers publics à des fins édifiantes, de ne pas laisser à l’abandon notre vie amoureuse, affective et sexuelle. Depuis peu, on peut donc voir quelque chose de fort intéressant sur les panneaux lumineux de la Ville de Paris, vous savez, ces grands machins qui vous rappellent en jaune sur gris, quand vous prenez le métro le matin, que l’air de Paris est super-pollué, que le Sida existe et qu’il faut absolument visiter la dernière exposition de machin parce que la France c’est l’essepsion cuturelle… Bref, sur ces panneaux qui ont le bon goût d’entretenir en chaque Parisien le citoyen participatif, on peut lire le message suivant :

« Mots doux, déclaration d’amour ou demande en mariage… : vous avez jusqu’au 8 février à minuit pour imaginer (en 160 caractères maximum), un message d’amour à envoyer à votre Valentin(e) ».

Messieurs les Parisiens, sachez-le, ne vous endormez pas sur vos lauriers : les Parisiennes énamourées attendaient impatiemment le jour fatidique. Les pacsés frémissaient eux aussi. Le bien-aimé inscrirait-il mon nom sur ces panneaux ? Aurait-il le courage de soumettre notre amour à la censure éclairée des fonctionnaires ? Jouerait-il à fond le jeu de la transparence ? Serais-je la star d’un jour ? Pourrait-il exprimer ses sentiments en 160 caractères, espaces compris ?

Le citoyen rangé se réjouit. Finies, ces déclarations d’amour sauvages, ces inscriptions indélébiles, ces « Je t’aime, Marie-Rose » dénués d’imagination, le tout dans un coeur maladroitement tracé à la bombe fluo. Finis, ces coeurs tracés voici quinze, vingt ans maintenant, et qui n’en finissent plus de dégouliner, donnant aux jeunes générations une image par trop sale de l’amour. Grâce à nos édiles, tout cela est désormais informatisé, et peut être effacé des villes et des mémoires aussi promptement que possible, ce qui est certainement un grand bien vu la rapidité du turn-over amoureux du Parisien moyen. C’est quand même gênant de passer devant l’expression naïve et touchante de l’amour que votre amant exprimait à son épouse au début de leur mariage. Pensons un peu aux maîtresses, que diable !

Si les propriétaires de murs sont aux anges, les taggers ne sont pas en reste : nos artistes urbains ont enfin pu déverser leur haine de la société sur des murs entiers non défigurés par l’amateurisme naïf et affligeant des disciples de Vénus !
Et puis, nous ne sommes pas embêtés par les fautes de goût : l’administration, dont on connaît l’expertise en matière de beaux-arts, a sélectionné pour nous les plus beaux messages. Mais, comme la mairie de Paris est quand même démocrate, comme elle veut discriminer sans discrimination, l’on peut donc voir tous les messages sur Internet. On s’en frotte les yeux !

Qu’on se le dise, cette Opération Saint-Valentin, c’est vraiment de la conscience citoyenne en marche. En effet, « pour le côté bon plan », nous apprenons que « l’association Sida Info Service, marraine de l’opération Saint-Valentin, a distribué des préservatifs féminins et masculins gratuits les 13 et 14 février sur son stand d’info au Forum des Halles. » C’est vraiment super-top : grâce à l’administration parisienne, les pauvres peuvent copuler gratuitement avec des séropositifs dans les couloirs du métro, tandis que les amoureux scrutent dans le froid de février les panneaux lumineux de la Ville de Paris à la recherche du sens de leur vie, et que les éconduits, seuls devant leur ordinateur, cherchent en vain une raison de ne pas se jeter à la Seine.

Fidèle à sa vocation progressiste, Sida Info Services comble les voeux des plus puritains des disciples d’Origène. Les romaines et païennes lupercales, célébrations orgiaques de la fécondité à faire rougir n’importe quel fier-de-son-cul, sont en passe de devenir la célébration officielle de la Stérilité assistée par l’industrie du plastique et l’administration.

En ces temps de crise, on ne pouvait décidément pas trouver meilleur emploi aux ressources de la bureaucratie parisienne. Merci Delanoë, grâce à toi l’anarchie amoureuse est enfin vaincue !

Dupont-Aignan censuré par l’adjudant-chef Mélenchon

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Venu lundi soir devant l’ambassade de Grèce à Paris pour exprimer sa solidarité avec la population après le vote d’un nouveau plan d’austérité par le Parlement grec, Nicolas Dupont-Aignan a pu tester en direct live l’imperméabilité de Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot au b.a.-ba des pratiques républicaines

En effet les petits camarades du candidat du Front de gauche à l’élection Présidentielle, et ceux de l’ancien porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste ont expulsés manu militari le candidat souverainiste du rassemblement de plusieurs centaines de personnes qui se tenait avenue d’Iéna, au cri, notamment de « A bas les fachos ! ».

Ce n’est donc qu’à bonne distance du rassemblement, sur le trottoir d’en face (l’avenue d’Iéna est très très large), et sous les quolibets des « antifascistes » que NDA a pu dire trois mots aux caméras à savoir que les organisations de gauche « n’ont pas le monopole du soutien au peuple grec », avant d’ajouter, à l’adresse de Mélenchon-le-radical : « Je suis le seul à demander la sortie de l’euro pour la Grèce, qui est le seul moyen de les sortir de la difficulté. »

On pourra certes penser qu’il ne s’agissait là que de débordements, uniquement dus à quelques crétins incontrôlables. Sauf que si c’était le cas, le prolixe Jean-Luc se serait fendu d’un mot d’excuses, ou au moins d’explications sur son blog. On l’attend toujours…


NDA réagit à son agression par dlrtv

Hollande a déjà oublié son discours du Bourget

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Photo : Guillaume Peltier

A la veille de la probable déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, son principal concurrent a réussi à mettre tous les projecteurs de son côté, avec l’aide involontaire du journal britannique The Guardian.
Ses propos rapportés par le quotidien de centre-gauche détonnent déjà de ce côté-ci de la Manche : sous le titre « François Hollande cherche à rassurer le Royaume-Uni et la City de Londres », le favori des sondages fait ni plus ni moins allégeance aux marchés financiers. Le brillant tribun du Bourget qui pérorait sur le thème « Mon ennemi, c’est le monde de la finance » retrouve les bons vieux revirements mitterrandiens, sans prendre la précaution d’attendre son élection pour annoncer la somme de ses reniements. Au Guardian[1. Le choix d’un medium britannique pour une sortie aussi tonitruante pose néanmoins une question de fond : l’équipe de campagne de Hollande croit-elle que le peuple ne lit pas la presse étrangère, même traduite ?], Hollande confesse ne pas avoir d’ambitions sociales démesurées et relègue sa harangue anti-financière au rang de passage obligé pour tous les candidats à la présidentielle française.

D’ailleurs, l’impétrant se défend de tout ancrage à la gauche de la gauche, assumant son image de social-démocrate bon teint, fidèle au discours d’Obama sur Wall Street, dont il dit partager « les conseillers ». Connaissant la proximité du président américain avec des pans entiers de la finance américaine, l’aveu a de quoi rassurer les investisseurs Outre-Manche. Certes, ses propos plus nuancés sur Tony Blair – dont il vante la politique de soutien aux services publics tout en déplorant la croyance dans l’illusion lyrique d’une autorégulation des marchés- lui laissent une certaine marge de manœuvre pour complaire à ses alliés « degauche » (Verts, Front de Gauche…).

Mais l’essentiel de l’article du Guardian, ce que toutes les rédactions reproduisent avec envie et jubilation, ce sont ces quelques phrases à très fort potentiel explosif : « Les années 80 étaient une autre époque, il y avait eu 23 ans de droite au pouvoir, c’était la guerre froide et Mitterrand a nommé des communistes au gouvernement. Aujourd’hui, il n’y a pas de communistes en France… ». Attendez, le meilleur est à venir : « La gauche a été au gouvernement pendant 15 ans durant lesquels nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a pas de grande peur à avoir ».

Dans des conditions de campagne normales, on y verrait de la nitroglycérine pour électorat de gauche déboussolé. Ainsi, l’aile gauche du PS n’a plus que ses yeux pour pleurer, son candidat revenant aux premières amours qu’il n’a au demeurant jamais vraiment quittées : Mitterrand (au pouvoir, pas celui qui fustige l’argent corrupteur avec la verve de Péguy)- Delors-Jospin. Retour aux années 1980, celles de Vive la crise !, du creusement des inégalités sociales par la gauche, du renoncement à son « changer la vie » et de la libéralisation des mouvements de capitaux sur le vieux continent, le tout sur fond d’Acte unique européen adopté en entonnant l’Hymne à la joie. Au passage, on peut saluer la remarquable honnêteté de Hollande qui, contrairement à son rival bougon Mélenchon, ne se paie pas de mots sur les années Mitterrand.

En quelques mots, il dresse un bilan parfaitement exact des deux septennats de Tonton. Qu’il le revendique pour en faire la martingale de sa future victoire, voilà qui semble a priori moins compréhensible, sinon à vouloir empiéter sur les terres centristes pour priver François Bayrou de second tour. Après tout, l’idée n’est pas si farfelue qu’il n’y paraît. Moyennant quelques haussements d’épaule à gauche, de la part de Mélenchon et de la direction du PC, laquelle se targue de « 130 000 adhérents » dont on ne voit plus la couleur depuis vingt ans, le calcul pourrait s’avérer payant. Car Hollande n’a pas de réel adversaire à gauche, du moins personne capable de le dépasser au premier tour, condition sine qua non de l’anticapitalisme incantatoire du Mitterrand de 1981. Il y aurait bien Marine Le Pen, qui, à défaut de séduire les édiles de province, capte l’électorat ouvrier naguère dévolu au PC, mais l’étiage très faible de Sarkozy en fait une menace pour l’UMP, pas pour un Parti Socialiste jamais aussi sûr de lui-même.

Et en cas de second tour Hollande-Sarkozy, si l’on en croit les sondages, le match serait plié. A fortiori si le candidat étiqueté socialiste mise sur l’antisarkozysme triomphant, avec une gaine de sécurité sur son flanc centriste, il n’y a plus guère de suspens à attendre, malgré le boulevard que Hollande ouvre à Sarkozy sur le refrain des élites contre le peuple, déjà brillamment joué par Henri Guaino. Quant aux militants « degauche » sincèrement en quête d’une alternative au réformisme de marché, victoire ou pas, ceux-là en seront pour leurs frais. Depuis 1983, à force de jouer les dindons de la farce, ils savent qu’on gagne avec les mots de Chevènement… avant de gouverner avec Attali. Cette fois-ci, l’hypocrisie n’aura duré qu’un temps. C’est sans doute aussi cela, le président « normal »…

Vade retro Marinas !

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Photo : Claude37

À l’approche de l’élection présidentielle, le message est on ne peut plus explicite : il faut reconquérir l’électorat catholique déçu par le sarkozysme, une tâche notamment confiée à Christine Boutin, ralliée de fraîche date au Président de la République.
Un peu de catholiques, quelques juifs, des Arméniens, et la sauce électorale devrait prendre. Seulement, il est devenu difficile, au sein de la majorité, de trouver la personne idoine, entendez un représentant de la nation qui n’ait pas peur d’affirmer ses valeurs catholiques et qui puisse convaincre les siens des bonnes dispositions de Nicolas Sarkozy à leur égard.
On connaît bien la catholicité de certains, mais elle fut tant de fois mise sous le boisseau qu’il n’en reste en réalité pas grand-chose. François Fillon a cru bon de préciser qu’il n’assistait pas à la messe tous les dimanches, Nadine Morano a rapidement laissé tomber le masque en se battant corps et âme pour le mariage homosexuel et on raconte que Luc Chatel n’ose même plus serrer la main aux curés de peur d’en sembler trop proche. Il en restait bien quelques-uns, de la droite populaire, mais c’eût été assurément caricatural.

En désespoir de cause, l’UMP a fait le choix du député des Yvelines, Étienne Pinte, ancien maire de Versailles, chargé de draguer un électorat qui attendait beaucoup d’un président pour lequel il avait majoritairement voté et qui s’est retrouvé, à l’instar de tant d’autres, largement déçu. Sans aucun doute jure-t-il désormais qu’on ne l’y prendra plus, souvenir amer de l’introduction de la « théorie du genre » à l’École ou encore des dérogations accordées par la nouvelle loi de bioéthique sur les cellules souches embryonnaires.

Étienne Pinte a pris son rôle très au sérieux et publie ces jours-ci un ouvrage au titre éloquent : Extrême droite, pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire (L’Atelier). Si Paris vaut bien une messe, un maroquin vaut bien un livre – pour lequel le parlementaire s’est adjoint les services du père Jacques Turck. De fait, Pinte a bien besoin d’un supplément d’âme – et de crédibilité –, lui qui est à la défense du catholicisme ce que le Parti socialiste est désormais à la protection des ouvriers ! Il fut en effet de ceux qui votèrent en faveur de la loi Veil en 1975 : quoi qu’on pense de ce texte, un fait d’arme « pas très catholique » pour qui connaît son catéchisme.
Dans un discours prononcé devant le Parti populaire européen le 30 mars 2006, le pape Benoît XVI rappelait trois points non négociables par l’Église : la protection de la vie à toutes ses étapes ; la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage ; la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants. En somme, rien de ce que promeut l’UMP aujourd’hui.

De cela, il n’est pas question dans le livre. En revanche les clichés abondent. L’extrême droite serait incompatible avec la doctrine sociale de l’Église parce qu’elle prônerait l’exclusion de l’étranger, rejetterait la mondialisation et participerait de valeurs implicitement antisémites et explicitement islamophobes. Possible, mais en admettant que ce rappel au règlement dissuade les catholiques tentés par le vote frontiste, il n’est pas certain qu’il les ramène au bercail sarkozyste. Beaucoup pensent en effet que plus personne, ni dans la société, ni dans le monde politique ne défend leurs valeurs – auxquelles il est même suspect de se référer. À chaque fois que le débat public a porté sur des thèmes qui leur importaient, ils se sont sentis abandonnés et plus encore inaudibles. Où était Étienne Pinte dans ces moments là ?

Chrétien, trop chrétien

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« Nous tendons toujours aux choses défendues et convoitons ce qui nous est interdit », écrivait le païen Ovide. Si nous avions médité cette phrase comme il convient, bien des clichés sur le christianisme se seraient dissipés dans l’air. Nous aurions évité de nous livrer à des interprétations salonardes sur la religion préférée du pape, ou de répéter cette idée nietzschéenne – merveilleuse sous la plume de Nietzsche, mais effroyable dans la bouche de ses disciples – suivant laquelle le christianisme aurait porté atteinte au désir. Disons plutôt que Jésus-Christ nous a permis de renouveler notre stock d’interdits. Le christianisme nous a délivrés de cette croix : savoir ce qu’il ne faut pas désirer. Nous avons donc écouté les prêtres, et nous nous sommes mis à convoiter les choses en cachette, conformément à la loi universelle du désir.

On dira qu’une telle civilisation s’est illustrée par une série de méfaits historiques. Il est certain que la religion chrétienne ne nous a pas rendus moins bêtes et moins violents que tous les autres. Sur le plan général, qui est celui de l’amélioration de l’espèce humaine, la chose est sans espoir. Du moins avons-nous développé de mauvais sentiments en nous-mêmes, ce qui nous a permis d’écrire de bons livres.

Aussi est-il désolant d’entendre l’ancien locataire de la place Beauvau évoquer le christianisme en termes de valeurs. Cette bondieuserie me heurte. Elle semble accréditer la thèse que notre civilisation est supérieure en raison desdites valeurs, ce qui prouve que certains chrétiens ne comprennent rien à leur propre religion. C’est évidemment ennuyeux, surtout lorsque l’on prétend prendre sa défense. Le bigot entend éclairer l’avenir à coups de valeurs et de convictions morales. Le vrai chrétien n’a pas cette certitude. Comme Pascal, comme l’immense Kierkegaard, il sait que la certitude est une vaste plaisanterie. Le prêchi-prêcha christianisant de droite paraît conforme à notre civilisation chrétienne, elle n’en est que la face malhonnête et lugubre. La bondieuserie se trompe sur le bon usage des interdits, mais Dieu, qui est un grand pervers doublé d’un grand artiste, reconnaîtra les siens.

Pourquoi je défends Guéant

Photo : Sénat.

Et un de plus ! Les propos de Claude Guéant nous valent un nouveau procès en diabolisation. « Toutes les civilisations ne se valent pas », a donc dit notre affreux devant les étudiants de l’UNI en dénonçant le sinistre relativisme. Et la querelle est partie comme le lait sur le feu d’une manière aussi prévisible que lassante.

Je ne suis pas certain que la gauche gagne à multiplier ces polémiques qui finissent par laisser penser qu’un ordre moral règne et que certaines questions (toutes les civilisations se valent-elles ?), certains mots (identité nationale, immigration…), certains arguments sont totalement proscrits de l’espace public. La délectation avec laquelle toutes les bonnes consciences morales montent à la tribune avec de somptueux effets de manche fait presque peine à voir au regard d’un propos que le péquin moyen – et je m’intègre sans vergogne à la liste – pourrait fort bien interpréter comme : « Je préfère vivre dans un pays des droits de l’homme et de la femme plutôt que dans une dictature théocratique. »
Mais Guéant a eu le malheur d’utiliser le mot « civilisation » ! Grave crime en effet qui suggère l’idée d’un « choc des civilisations », qui rappelle l’idéologie du colonialisme, qui, donc, promeut le néo-colonialisme ![access capability= »lire_inedits »] On a alors assisté, dans la minute, à de savantes analyses montrant que le terme était inadéquat, erroné, injurieux. Et donc que Guéant était à la fois inculte, bête et méchant.

Devant cet assaut d’un moralisme un peu trop suspect de cynisme, je ne peux pas m’empêcher d’avoir envie de prendre la défense du méchant ! Pour dire deux choses.
1) La défense de l’équivalence des civilisations ne m’est pas plus sympathique que l’affirmation de leur hiérarchie. Il faut relire Oswald Spengler (Le Déclin de l’Occident, 1918-1922) qui défendait l’idée que les civilisations étaient des « organismes » obéissant à un rythme biologique identique : naissance, croissance et déclin. Entre elles, nulle comparaison n’est possible, puisqu’elles n’ont aucun rapport. Cette équivalence-là est tout aussi périlleuse que l’idée de supériorité, car elle conçoit chaque civilisation comme une entité fermée sur elle-même. C’est l’origine intellectuelle du différentialisme culturel, où l’on respecte tellement les différences qu’on finit par ne même plus se causer !

2) Ensuite, il faut tout de même admettre une supériorité incontestable de la civilisation occidentale sur les autres – et là, je me lâche ! : elle est la seule à parvenir à aussi bien se détester. C’est par là que l’on peut sortir de la vaine polémique actuelle : la supériorité de l’Occident, ce serait au fond, sinon le relativisme lui-même, du moins cette capacité de se décentrer, de s’autocritiquer, voire de se haïr. Cela commence avec Homère – très oriental au demeurant – qui dresse un portrait peu flatteur des Grecs dont il est censé raconter l’épopée : que valent Achille et Agamemnon, à côté du bon et bel Hector ? Et cela n’a ensuite jamais cessé : critique chrétienne de Rome ; critique humaniste du christianisme ; critique « moderne » des humanités antiques ; critiques ultraconservatrices et hyper-révolutionnaires de la démocratie et des droits de l’homme ; critiques occidentales de l’Occident colonial, etc. : la liste est longue. Et ce parcours est toujours balisé par la haine de soi, le sanglot de l’homme blanc, le débat sur la comparaison des civilisations, voire la culpabilité. Tels sont, pour le meilleur comme pour le pire, les traits caractéristiques de notre univers spirituel. Le meilleur, c’est l’autoréflexion, la distance critique ; le pire, c’est quand la critique n’accepte plus la critique. Et là on y est presque.[/access]

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Fillon n’a pas lâché Guéant, en revanche, il s’est lâché…

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On a beaucoup commenté depuis hier, un petit bout de phrase extraite de l’interview du Monde pour en déduire, le plus souvent, que François Fillon marquait sa différence avec Claude Guéant au sujet de la polémique-que-vous-savez.

Distance, peut-être plutôt riquiqui : en réalité, Fillon s’en tient au minimum syndical. A la question : « Auriez-vous parlé d’inégalité entre les civilisations comme Claude Guéant l’a fait ? » Il répond très softement : « Sans doute pas. Mais on peut prendre les propos de Claude Guéant et en débattre sans jeter des anathèmes. » Pas de quoi fantasmer, donc comme le font Bayrou et beaucoup de mes confrères les prémisses d’une division profonde dans l’actuelle majorité.

On n’a beaucoup moins commenté, et c’est bien dommage, la fin de la réponse du premier ministre à cette même question. Et pourtant François Fillon s’y révélait beaucoup plus explicite que ne l’avait été Guéant : « Le sujet c’est la défense d’un certain nombre de valeurs conquises par nos parents et grands-parents et qui sont menacées de deux façons. D’abord par l’encouragement au communautarisme. Ensuite par le relativisme, qui conduit à considérer qu’on doit accepter des comportements contraires à des valeurs qui sont les nôtres. Nous n’acceptons pas la ségrégation entre hommes et femmes. Nous n’acceptons pas que la religion vienne primer sur les droits des personnes, les règles de fonctionnement de l’Etat. C’est un combat qui a été mené autrefois contre les excès temporels de l’Eglise catholique. »

Je sais bien que François Fillon se contrefiche – à raison – de ce que je pense, mais à mon avis , cette clarification lui vaut déjà un bon point, et un même un autre derechef pour avoir répondu sans tortiller à la question suivante, qui était logique, mais brutale. A mes confrères du Monde qui le relançaient en lui faisant remarquer: « Vous n’avez toujours pas prononcé le mot islam… » Fillon a répondu : « Aujourd’hui, c’est plutôt avec l’islam que la question se pose, mais c’est conjoncturel. Elle s’est posée avec toutes les religions dans le passé. »

Si ça continue comme ça, la campagne ne sera peut-être pas si ennuyeuse que ça…

Grèce : à quoi joue Merkel ?

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La chancelière et le Premier ministre grec. Photo : European Council

Le traitement infligé à la Grèce par l’Union européenne – totalement sous la coupe allemande dans ce dossier – est sans précédent dans l’Europe de l’’après-guerre. Les ultimatums s’ajoutent aux diktats, on n’épargne aucune humiliation publique aux dirigeants d’Athènes. A Bruxelles et à Berlin, on ne semble pas se soucier outre mesure de la possible, voire probable déstabilisation politique d’un pays situé dans une zone géographique sensible.

Pourquoi tant de haine ? L’argument type « chat échaudé craint l’eau froide » expliquant que l’Europe ne veut pas se laisser encore un fois rouler dans la farine par ces Hellènes dont il « faut se méfier, même lorsqu’ils apportent des présents » (Virgile) est un peu courte. Il n’est pas besoin d’être prix Nobel d’économie pour comprendre que l’étranglement de la Grèce par une cure d’austérité impitoyable, sans qu’elle soit assortie d’un programme d’aide à la relance économique du pays, va à l’encontre du but affiché. La récession provoquée va rendre Athènes encore moins capable d’assainir ses comptes et de rembourser ses dettes car les rentrées fiscales attendues ne seront pas au rendez-vous. Même le plus borné des Allemands est capable de comprendre cela.

Alors, à quoi jouent Angela Merkel et son redoutable ministre des finances Wolfgang Schäuble ? Un rapide coup d’œil dans la presse d’outre-Rhin et notamment dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), le journal qui reflète la pensée des milieux d’affaires allemands, donne la clé de l’énigme. Pour les éditorialistes de la FAZ, la cause grecque est entendue : ce pays est inamendable. La gabegie, le clientélisme, la corruption sont inscrits dans ses gènes, et il est inutile de s’éreinter comme Sisyphe (un autre Grec) pour lui faire retrouver le sentier escarpé de la vertu. Or, on sait d’expérience que la pensée-FAZ n’est jamais très éloignée de celle des cercles gouvernementaux lorsque la droite est au pouvoir. La preuve en est administrée par la position contraire adoptée par l’hebdomadaire de centre-gauche Der Spiegel qui tire à boulets rouges sur le Spardiktat (le diktat de l’austérité) imposée par Berlin aux héritiers de Platon et Démosthène.

Pour comprendre le jeu allemand, il suffit de se reporter aux statistiques du commerce extérieur de notre grand voisin. 55% des exportations de la RFA sont effectuées vers les pays de la zone euro, et 80% en direction des pays de l’UE. L’Allemagne a donc un intérêt majeur à la préservation de la stabilité monétaire de cette zone de chalandise pour ses produits, car la clientèle des pays émergents, même si elle est prometteuse, serait loin de compenser les pertes provoquées par un désordre économique et monétaire sur l’ensemble du continent. C’est en constatant que le risque de faillite de la Grèce, dont le PIB ne représente que 3% de celui de l’eurozone, était de nature à déstabiliser l’ensemble de l’édifice que Berlin a décidé de contraindre Athènes à sortir de la monnaie unique. On peut lire, toujours dans la FAZ, que les principaux acteurs de l’économie allemande ont fait marcher leur calculette : provisionner les pertes consécutives à un défaut grec est, au bout du compte, moins coûteux que de remplir le tonneau des Danaïdes. Comme il est politiquement impossible d’obtenir de l’UE une décision d’expulsion de la Grèce de la zone euro, il faut donc procéder autrement.

Il faut amener les Grecs à décider eux-mêmes d’abandonner la monnaie unique en leur serrant tellement la vis qu’ils craquent comme une vieille planche malmenée par un bricoleur amateur. C’est pourquoi les images des manifestations violentes d’Athènes, ou la perspective d’une victoire électorale des anti-européens lors des élection anticipées d’avril n’ont rien d’effrayant pour la chancelière et ses amis, bien au contraire. Les seuls exportateurs allemands qui risquent de perdre des plumes dans l’affaire sont les marchands d’armes, fournisseurs principaux d’une armée surdimensionnée en raison de l’interminable conflit avec la Turquie sur la question chypriote. Mais les marchés pour ce genre de produits, les machines à tuer haut de gamme, sont loin d’être saturés. Pour le reste, le dommage causé par une Grèce ramenée à son destin balkanique à la balance commerciale allemande est négligeable. Le Portugal est aussi dans la ligne de mire des snipers germaniques : il ne pèse pas beaucoup plus lourd que la Grèce dans l’économie européenne, et il est également menacé par la spirale mortelle austérité-déflation-défaut de paiement.

En revanche, la France, l’Italie et même l’Espagne n’ont dans l’avenir proche, aucun souci à se faire. Les exportateurs allemands n’ont aucun intérêt à voir ces marchés perdre en solvabilité, car c’est vers eux, plus le Royaume-Uni et les Etats-Unis qu’ils écoulent la plus grande partie de leurs produits. L’Allemagne est donc en train de remodeler l’Europe continentale à sa convenance, comme une zone de libre-échange où elle fait la loi sans obligation de solidarité avec ses maillons les plus faibles. Vae victis !

Mallaury n’avait pas de culotte…

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image : photo d'écran, La Parisienne

Mallaury Nataf, les plus anciens d’entre nous s’en souviennent. Ceux qui étaient en classe de troisième dans les années 90 et leurs jeunes professeurs d’alors. Les uns et les autres quittaient prestement leurs établissements après la dernière heure de cours pour la retrouver sur les écrans, charmante comme une fleur sauvage dans la France des années Balladur qui commençait à parler de récession avec insistance.
Dans ces années-là, le choix était simple en matière d’icône féminine. Soit on était fan de Florence Rey et de son épopée nihiliste, soit on adulait Mallaury et les séismes hormonaux qu’elle provoquait dans les collèges. Mallaury Nataf jouait dans une série qui était délicieusement rohmerienne dès qu’on décidait de la regarder au deuxième degré, Le Miel et les abeilles. Un jour, Mallaury Nataf chanta sans culotte sous sa jupette virevoltante dans une émission destinée à un très jeune public. Il fallut la vigilance de quelques censeurs obsédés pour s’apercevoir de la délicieuse transgression qui ne dura que quelques secondes. Le syndrome Sharon Stone dans Basic Instinct, sans doute. Même couleur fugitive de sous-bois en automne… Les obsédés du ralenti sur magnétoscope passèrent pour de vertueux citoyens en prouvant le délit d’exhibition alors qu’en toute logique, c’est eux qui auraient dû passer pour de dangereux obsédés puisqu’ils employaient leur temps à mater des émissions enfantines où chantaient des filles aux jupes très courtes, aux cuisses fuselées et aux physiques de Lolitas en talons compensés.

La toison rouquine de Mallaury, pourtant entrevue de manière subliminale, fit donc un scandale qui brisa la carrière de la jeune fille, malgré une tentative de come-back dans Sous le soleil, qui s’apparente à L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais par la logique aléatoire de son scénario[1. Signé Robbe-Grillet] et ses répliques au ton franchement décalé.
Pour Mallaury, ce fut ensuite the same old story, celle des starlettes passées de mode : la tranquille descente aux enfers de l’anonymat et la chute vertigineuse de l’ascenseur social dans les cages de la précarité.

Maintenant, il est temps de prévenir tous les SDF de France. Primo, qui retire sa culotte à vingt ans n’aura plus de toit à quarante. Secundo, vous pouvez toujours taper le 115, cela ne fait même pas mal à ce numéro d’urgence qui n’a d’urgence que le nom. Mallaury Nataf, qui s’est vue retirer ses mômes, a surtout expliqué la journée type de qui demande ce fameux numéro pour dormir au chaud : vous appelez le matin, on vous balade toute la journée et l’on vous dit le soir qu’il n’y a pas de place. Quand les nuits à moins 10 se succèdent et que l’on va ramasser les premiers cadavres, cela devient franchement angoissant.

Mallaury a dû se souvenir du Miel et des abeilles, surtout des abeilles, lorsqu’elle a épinglé Delanoë pour l’accueil des SDF parisiens et imputé à Sarkozy « la réduction de 65% du budget accordé au 115 » pendant le quinquennat qui s’achève ces jours-ci, par grand froid, par très grand froid…

Haro sur Christian Vanneste

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Christian Vanneste.
Christian Vanneste.

Ces temps-ci, les occasions de parler comme un seul homme sont si rares à l’UMP qu’on ne boude pas son plaisir quand se présente une tête sur laquelle l’on peut taper à l’unisson. On y met tout son cœur. On redouble d’effort. Plus rien d’autre n’existe que le bruit sourd des petits poings s’abattant sur un crâne. Ils remontent. Les doigts se frôlent. Les adversaires d’hier, les concurrents de demain, tous communient dans la même érotique de l’unanimité tabassante mais retrouvée.

C’est ce qui s’est passé ce matin au bureau politique du parti présidentiel. L’ambiance était morose et la perspective pourtant imminente de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy ne semblait pas réchauffer les cœurs. C’est alors que le sujet est arrivé sur la table : Christian Vanneste et ses assertions « négationnistes » sur la déportation des homosexuels français. Le député de Tourcoing a déclaré : « Il y a aussi des légendes qui sont répandues. Par exemple, il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être très clair là aussi. Manifestement Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, il y a eu la répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à à peu près 30 000 déportés. Et il n’y en a pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France. »

Progressistes aussi bien que conservateurs, les caciques de l’UMP se rabibochèrent sur une fervente dénonciation de Christian Vanneste. Et chacun envoya sa propre lettre de cachet via Twitter : « Il faut le virer de l’UMP », écrivit Benoist Apparu. « Je condamne fermement les propos de Christian Vanneste. Il ne peut pas porter ni nos couleurs ni nos valeurs », trancha Nadine Morano, la ministre qui tweete plus vite que son ombre. Le député de Nice Eric Ciotti fut vindicatif : « Propos honteux de Vanneste ! J’ai demandé son exclusion de l’UMP en bureau politique », rejoint dans la même condamnation par Thierry Mariani, qui partage pourtant les bancs de la Droite populaire avec Vanneste.

Eric Woerth, Chantal Jouanno, Franck Riester : aucune voix ne manque pour condamner l’infâme Vanneste. Et la porte-parole de François Hollande, Delphine Batho, semble même en retrait par rapport à la droite en jugeant les propos du député de Tourcoing « non seulement homophobes mais aussi négationnistes ». Cerise sur le gâteau : le directeur de campagne de Marine Le Pen, Louis Aliot, dénonce une « vraie bêtise » et se paie le luxe de recommander à Vanneste de « relire ses livres d’histoire ».

Relisons-les. Les homosexuels français ont-ils été déportés pendant la Seconde Guerre mondiale ? L’affirmer, écrit l’historien Pierre Vidal-Naquet, serait « un mensonge ». Les seuls homosexuels à avoir été déportés sont les ressortissants allemands ou réputés tels par les autorités du Reich – c’est le cas des homosexuels alsaciens, province annexée de fait, comme celui des Autrichiens depuis l’Anschluss. Les nazis ne prirent même pas la peine de mettre au point un arsenal juridique spécial : ils déportèrent les homosexuels au nom du paragraphe 175 du Code pénal bismarckien, qui réprimait la bestialité et l’homosexualité dans le même mouvement. Pour plusieurs dizaines de milliers d’entre eux furent réservés les pires sévices, les expérimentations les plus cruelles, et, au final, la mort.

Les présupposés idéologiques sur lesquels se fonde l’homophobie d’Etat du IIIe Reich sont exposés par Goering lui-même en 1935 : « assurer la défense et la protection du sang allemand ». Himmler, pour sa part, parle de « maladie contagieuse » prompte à anéantir « la survie du peuple et de l’Etat allemands ». En définitive, les mêmes arguments sont amplement partagés par Mikhaïl Kalinine, président du Soviet suprême, qui signe en 1934 – trois mois avant le durcissement de l’application du paragraphe 175 par les nazis – un décret condamnant les rapports entre individus de sexe masculin de trois à huit ans de prison. Gorki écrit au même moment : « Dans les pays fascistes, l’homosexualité, qui est la ruine de la jeunesse, fleurit impunément. Un slogan circule en Allemagne : “Eliminez les homosexuels et le fascisme disparaîtra.” »

Il s’agit, bel et bien, pour les nazis, de « purifier la race » en exterminant les homosexuels. Himmler les estime à plus de 2 millions dans le Reich et il n’entend pas renâcler devant l’ampleur de la tâche. Quant aux autres peuples, dont le chef de la SS écrit qu’ils contiennent, comme l’Allemagne, « 7 à 8 % d’homosexuels », ce n’est pas son affaire : ils ne sont pas « aryens » et tout ce qui peut provoquer leur « dégénérescence » est souhaitable.

Aucun déporté français ne l’a été pour des raisons d’homosexualité. Cela ne signifie absolument pas qu’aucun homosexuel français n’ait été déporté. Mais s’il l’a été, c’est parce qu’il était alsacien-lorrain, juif, résistant ou tsigane.

Il apparaît donc que les propos de Christian Vanneste sont, en réalité, tout à fait conformes à la vérité historique. Ils sont même d’une exactitude déconcertante. Même Serge Klarsfeld, qui s’est exprimé en fin de matinée, reconnaît la justesse des assertions du député de Tourcoing. Mais la vérité, est-ce vraiment la question ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’il connaît, Serge Klarsfeld, à la question de la déportation, en comparaison d’historiens de la Seconde Guerre mondiale aussi reconnus que Nadine Morano ou Jean-François Copé ? L’UMP ne va quand même pas prêter l’oreille à ce farfelu de Klarsfeld, dont tout laisse accroire qu’il ne dispose même pas d’un compte Twitter… Vanneste devrait chercher ses soutiens ailleurs !

Et puis, reconnaissons une chose. Monsieur Vanneste aurait pu faire preuve d’un peu plus de délicatesse. Il aurait pu compatir au sort des homosexuels français qui ont souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. Tenez : Jean Cocteau fut tellement résistant qu’il consacra la guerre durant ses efforts à résister à la résistance. Abel Bonnard, ministre de l’Education de Pierre Laval, pâtit beaucoup du surnom de « gestapette » que ses opposants gaullistes (et homophobes) lui collèrent. Marcel Jouhandeau se dépensa également beaucoup pour tenter de faire oublier après 1945 le petit livre qu’il avait publié en 1938 et qui portait le sobre nom de Péril juif. Quant à Robert Brasillach, il fut fusillé, alors que son homosexualité se cantonnait essentiellement à l’admiration de la statuaire d’Arno Breker. Ne parlons même pas de Bernard Faÿ ou de Maurice Bardèche. Non, Christian Vanneste aurait dû montrer un peu plus de compassion et communier avec la doxa qui nous tient lieu de règle : l’homosexualité peut tout excuser.

Saint-Valentin municipale

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Course de la Saint Valentin, parc des Buttes Chaumont. Photo : vincen-t

Nous vivons une époque résolument formidable. Ce qui est vraiment bien, c’est qu’elle s’occupe de nous. Ainsi, notre bureaucratie, qui est beaucoup plus prévenante et ouverte que la bureaucratie soviétique, ne nous laisse pas tomber. Le Service des Panneaux Lumineux de la Direction de l’Information et de la communication de la Ville de Paris a par exemple décidé, certainement mû par la louable envie de dépenser les deniers publics à des fins édifiantes, de ne pas laisser à l’abandon notre vie amoureuse, affective et sexuelle. Depuis peu, on peut donc voir quelque chose de fort intéressant sur les panneaux lumineux de la Ville de Paris, vous savez, ces grands machins qui vous rappellent en jaune sur gris, quand vous prenez le métro le matin, que l’air de Paris est super-pollué, que le Sida existe et qu’il faut absolument visiter la dernière exposition de machin parce que la France c’est l’essepsion cuturelle… Bref, sur ces panneaux qui ont le bon goût d’entretenir en chaque Parisien le citoyen participatif, on peut lire le message suivant :

« Mots doux, déclaration d’amour ou demande en mariage… : vous avez jusqu’au 8 février à minuit pour imaginer (en 160 caractères maximum), un message d’amour à envoyer à votre Valentin(e) ».

Messieurs les Parisiens, sachez-le, ne vous endormez pas sur vos lauriers : les Parisiennes énamourées attendaient impatiemment le jour fatidique. Les pacsés frémissaient eux aussi. Le bien-aimé inscrirait-il mon nom sur ces panneaux ? Aurait-il le courage de soumettre notre amour à la censure éclairée des fonctionnaires ? Jouerait-il à fond le jeu de la transparence ? Serais-je la star d’un jour ? Pourrait-il exprimer ses sentiments en 160 caractères, espaces compris ?

Le citoyen rangé se réjouit. Finies, ces déclarations d’amour sauvages, ces inscriptions indélébiles, ces « Je t’aime, Marie-Rose » dénués d’imagination, le tout dans un coeur maladroitement tracé à la bombe fluo. Finis, ces coeurs tracés voici quinze, vingt ans maintenant, et qui n’en finissent plus de dégouliner, donnant aux jeunes générations une image par trop sale de l’amour. Grâce à nos édiles, tout cela est désormais informatisé, et peut être effacé des villes et des mémoires aussi promptement que possible, ce qui est certainement un grand bien vu la rapidité du turn-over amoureux du Parisien moyen. C’est quand même gênant de passer devant l’expression naïve et touchante de l’amour que votre amant exprimait à son épouse au début de leur mariage. Pensons un peu aux maîtresses, que diable !

Si les propriétaires de murs sont aux anges, les taggers ne sont pas en reste : nos artistes urbains ont enfin pu déverser leur haine de la société sur des murs entiers non défigurés par l’amateurisme naïf et affligeant des disciples de Vénus !
Et puis, nous ne sommes pas embêtés par les fautes de goût : l’administration, dont on connaît l’expertise en matière de beaux-arts, a sélectionné pour nous les plus beaux messages. Mais, comme la mairie de Paris est quand même démocrate, comme elle veut discriminer sans discrimination, l’on peut donc voir tous les messages sur Internet. On s’en frotte les yeux !

Qu’on se le dise, cette Opération Saint-Valentin, c’est vraiment de la conscience citoyenne en marche. En effet, « pour le côté bon plan », nous apprenons que « l’association Sida Info Service, marraine de l’opération Saint-Valentin, a distribué des préservatifs féminins et masculins gratuits les 13 et 14 février sur son stand d’info au Forum des Halles. » C’est vraiment super-top : grâce à l’administration parisienne, les pauvres peuvent copuler gratuitement avec des séropositifs dans les couloirs du métro, tandis que les amoureux scrutent dans le froid de février les panneaux lumineux de la Ville de Paris à la recherche du sens de leur vie, et que les éconduits, seuls devant leur ordinateur, cherchent en vain une raison de ne pas se jeter à la Seine.

Fidèle à sa vocation progressiste, Sida Info Services comble les voeux des plus puritains des disciples d’Origène. Les romaines et païennes lupercales, célébrations orgiaques de la fécondité à faire rougir n’importe quel fier-de-son-cul, sont en passe de devenir la célébration officielle de la Stérilité assistée par l’industrie du plastique et l’administration.

En ces temps de crise, on ne pouvait décidément pas trouver meilleur emploi aux ressources de la bureaucratie parisienne. Merci Delanoë, grâce à toi l’anarchie amoureuse est enfin vaincue !

Dupont-Aignan censuré par l’adjudant-chef Mélenchon

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Venu lundi soir devant l’ambassade de Grèce à Paris pour exprimer sa solidarité avec la population après le vote d’un nouveau plan d’austérité par le Parlement grec, Nicolas Dupont-Aignan a pu tester en direct live l’imperméabilité de Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot au b.a.-ba des pratiques républicaines

En effet les petits camarades du candidat du Front de gauche à l’élection Présidentielle, et ceux de l’ancien porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste ont expulsés manu militari le candidat souverainiste du rassemblement de plusieurs centaines de personnes qui se tenait avenue d’Iéna, au cri, notamment de « A bas les fachos ! ».

Ce n’est donc qu’à bonne distance du rassemblement, sur le trottoir d’en face (l’avenue d’Iéna est très très large), et sous les quolibets des « antifascistes » que NDA a pu dire trois mots aux caméras à savoir que les organisations de gauche « n’ont pas le monopole du soutien au peuple grec », avant d’ajouter, à l’adresse de Mélenchon-le-radical : « Je suis le seul à demander la sortie de l’euro pour la Grèce, qui est le seul moyen de les sortir de la difficulté. »

On pourra certes penser qu’il ne s’agissait là que de débordements, uniquement dus à quelques crétins incontrôlables. Sauf que si c’était le cas, le prolixe Jean-Luc se serait fendu d’un mot d’excuses, ou au moins d’explications sur son blog. On l’attend toujours…


NDA réagit à son agression par dlrtv

Hollande a déjà oublié son discours du Bourget

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Photo : Guillaume Peltier

A la veille de la probable déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, son principal concurrent a réussi à mettre tous les projecteurs de son côté, avec l’aide involontaire du journal britannique The Guardian.
Ses propos rapportés par le quotidien de centre-gauche détonnent déjà de ce côté-ci de la Manche : sous le titre « François Hollande cherche à rassurer le Royaume-Uni et la City de Londres », le favori des sondages fait ni plus ni moins allégeance aux marchés financiers. Le brillant tribun du Bourget qui pérorait sur le thème « Mon ennemi, c’est le monde de la finance » retrouve les bons vieux revirements mitterrandiens, sans prendre la précaution d’attendre son élection pour annoncer la somme de ses reniements. Au Guardian[1. Le choix d’un medium britannique pour une sortie aussi tonitruante pose néanmoins une question de fond : l’équipe de campagne de Hollande croit-elle que le peuple ne lit pas la presse étrangère, même traduite ?], Hollande confesse ne pas avoir d’ambitions sociales démesurées et relègue sa harangue anti-financière au rang de passage obligé pour tous les candidats à la présidentielle française.

D’ailleurs, l’impétrant se défend de tout ancrage à la gauche de la gauche, assumant son image de social-démocrate bon teint, fidèle au discours d’Obama sur Wall Street, dont il dit partager « les conseillers ». Connaissant la proximité du président américain avec des pans entiers de la finance américaine, l’aveu a de quoi rassurer les investisseurs Outre-Manche. Certes, ses propos plus nuancés sur Tony Blair – dont il vante la politique de soutien aux services publics tout en déplorant la croyance dans l’illusion lyrique d’une autorégulation des marchés- lui laissent une certaine marge de manœuvre pour complaire à ses alliés « degauche » (Verts, Front de Gauche…).

Mais l’essentiel de l’article du Guardian, ce que toutes les rédactions reproduisent avec envie et jubilation, ce sont ces quelques phrases à très fort potentiel explosif : « Les années 80 étaient une autre époque, il y avait eu 23 ans de droite au pouvoir, c’était la guerre froide et Mitterrand a nommé des communistes au gouvernement. Aujourd’hui, il n’y a pas de communistes en France… ». Attendez, le meilleur est à venir : « La gauche a été au gouvernement pendant 15 ans durant lesquels nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a pas de grande peur à avoir ».

Dans des conditions de campagne normales, on y verrait de la nitroglycérine pour électorat de gauche déboussolé. Ainsi, l’aile gauche du PS n’a plus que ses yeux pour pleurer, son candidat revenant aux premières amours qu’il n’a au demeurant jamais vraiment quittées : Mitterrand (au pouvoir, pas celui qui fustige l’argent corrupteur avec la verve de Péguy)- Delors-Jospin. Retour aux années 1980, celles de Vive la crise !, du creusement des inégalités sociales par la gauche, du renoncement à son « changer la vie » et de la libéralisation des mouvements de capitaux sur le vieux continent, le tout sur fond d’Acte unique européen adopté en entonnant l’Hymne à la joie. Au passage, on peut saluer la remarquable honnêteté de Hollande qui, contrairement à son rival bougon Mélenchon, ne se paie pas de mots sur les années Mitterrand.

En quelques mots, il dresse un bilan parfaitement exact des deux septennats de Tonton. Qu’il le revendique pour en faire la martingale de sa future victoire, voilà qui semble a priori moins compréhensible, sinon à vouloir empiéter sur les terres centristes pour priver François Bayrou de second tour. Après tout, l’idée n’est pas si farfelue qu’il n’y paraît. Moyennant quelques haussements d’épaule à gauche, de la part de Mélenchon et de la direction du PC, laquelle se targue de « 130 000 adhérents » dont on ne voit plus la couleur depuis vingt ans, le calcul pourrait s’avérer payant. Car Hollande n’a pas de réel adversaire à gauche, du moins personne capable de le dépasser au premier tour, condition sine qua non de l’anticapitalisme incantatoire du Mitterrand de 1981. Il y aurait bien Marine Le Pen, qui, à défaut de séduire les édiles de province, capte l’électorat ouvrier naguère dévolu au PC, mais l’étiage très faible de Sarkozy en fait une menace pour l’UMP, pas pour un Parti Socialiste jamais aussi sûr de lui-même.

Et en cas de second tour Hollande-Sarkozy, si l’on en croit les sondages, le match serait plié. A fortiori si le candidat étiqueté socialiste mise sur l’antisarkozysme triomphant, avec une gaine de sécurité sur son flanc centriste, il n’y a plus guère de suspens à attendre, malgré le boulevard que Hollande ouvre à Sarkozy sur le refrain des élites contre le peuple, déjà brillamment joué par Henri Guaino. Quant aux militants « degauche » sincèrement en quête d’une alternative au réformisme de marché, victoire ou pas, ceux-là en seront pour leurs frais. Depuis 1983, à force de jouer les dindons de la farce, ils savent qu’on gagne avec les mots de Chevènement… avant de gouverner avec Attali. Cette fois-ci, l’hypocrisie n’aura duré qu’un temps. C’est sans doute aussi cela, le président « normal »…

Vade retro Marinas !

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Photo : Claude37

À l’approche de l’élection présidentielle, le message est on ne peut plus explicite : il faut reconquérir l’électorat catholique déçu par le sarkozysme, une tâche notamment confiée à Christine Boutin, ralliée de fraîche date au Président de la République.
Un peu de catholiques, quelques juifs, des Arméniens, et la sauce électorale devrait prendre. Seulement, il est devenu difficile, au sein de la majorité, de trouver la personne idoine, entendez un représentant de la nation qui n’ait pas peur d’affirmer ses valeurs catholiques et qui puisse convaincre les siens des bonnes dispositions de Nicolas Sarkozy à leur égard.
On connaît bien la catholicité de certains, mais elle fut tant de fois mise sous le boisseau qu’il n’en reste en réalité pas grand-chose. François Fillon a cru bon de préciser qu’il n’assistait pas à la messe tous les dimanches, Nadine Morano a rapidement laissé tomber le masque en se battant corps et âme pour le mariage homosexuel et on raconte que Luc Chatel n’ose même plus serrer la main aux curés de peur d’en sembler trop proche. Il en restait bien quelques-uns, de la droite populaire, mais c’eût été assurément caricatural.

En désespoir de cause, l’UMP a fait le choix du député des Yvelines, Étienne Pinte, ancien maire de Versailles, chargé de draguer un électorat qui attendait beaucoup d’un président pour lequel il avait majoritairement voté et qui s’est retrouvé, à l’instar de tant d’autres, largement déçu. Sans aucun doute jure-t-il désormais qu’on ne l’y prendra plus, souvenir amer de l’introduction de la « théorie du genre » à l’École ou encore des dérogations accordées par la nouvelle loi de bioéthique sur les cellules souches embryonnaires.

Étienne Pinte a pris son rôle très au sérieux et publie ces jours-ci un ouvrage au titre éloquent : Extrême droite, pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire (L’Atelier). Si Paris vaut bien une messe, un maroquin vaut bien un livre – pour lequel le parlementaire s’est adjoint les services du père Jacques Turck. De fait, Pinte a bien besoin d’un supplément d’âme – et de crédibilité –, lui qui est à la défense du catholicisme ce que le Parti socialiste est désormais à la protection des ouvriers ! Il fut en effet de ceux qui votèrent en faveur de la loi Veil en 1975 : quoi qu’on pense de ce texte, un fait d’arme « pas très catholique » pour qui connaît son catéchisme.
Dans un discours prononcé devant le Parti populaire européen le 30 mars 2006, le pape Benoît XVI rappelait trois points non négociables par l’Église : la protection de la vie à toutes ses étapes ; la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage ; la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants. En somme, rien de ce que promeut l’UMP aujourd’hui.

De cela, il n’est pas question dans le livre. En revanche les clichés abondent. L’extrême droite serait incompatible avec la doctrine sociale de l’Église parce qu’elle prônerait l’exclusion de l’étranger, rejetterait la mondialisation et participerait de valeurs implicitement antisémites et explicitement islamophobes. Possible, mais en admettant que ce rappel au règlement dissuade les catholiques tentés par le vote frontiste, il n’est pas certain qu’il les ramène au bercail sarkozyste. Beaucoup pensent en effet que plus personne, ni dans la société, ni dans le monde politique ne défend leurs valeurs – auxquelles il est même suspect de se référer. À chaque fois que le débat public a porté sur des thèmes qui leur importaient, ils se sont sentis abandonnés et plus encore inaudibles. Où était Étienne Pinte dans ces moments là ?

Chrétien, trop chrétien

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« Nous tendons toujours aux choses défendues et convoitons ce qui nous est interdit », écrivait le païen Ovide. Si nous avions médité cette phrase comme il convient, bien des clichés sur le christianisme se seraient dissipés dans l’air. Nous aurions évité de nous livrer à des interprétations salonardes sur la religion préférée du pape, ou de répéter cette idée nietzschéenne – merveilleuse sous la plume de Nietzsche, mais effroyable dans la bouche de ses disciples – suivant laquelle le christianisme aurait porté atteinte au désir. Disons plutôt que Jésus-Christ nous a permis de renouveler notre stock d’interdits. Le christianisme nous a délivrés de cette croix : savoir ce qu’il ne faut pas désirer. Nous avons donc écouté les prêtres, et nous nous sommes mis à convoiter les choses en cachette, conformément à la loi universelle du désir.

On dira qu’une telle civilisation s’est illustrée par une série de méfaits historiques. Il est certain que la religion chrétienne ne nous a pas rendus moins bêtes et moins violents que tous les autres. Sur le plan général, qui est celui de l’amélioration de l’espèce humaine, la chose est sans espoir. Du moins avons-nous développé de mauvais sentiments en nous-mêmes, ce qui nous a permis d’écrire de bons livres.

Aussi est-il désolant d’entendre l’ancien locataire de la place Beauvau évoquer le christianisme en termes de valeurs. Cette bondieuserie me heurte. Elle semble accréditer la thèse que notre civilisation est supérieure en raison desdites valeurs, ce qui prouve que certains chrétiens ne comprennent rien à leur propre religion. C’est évidemment ennuyeux, surtout lorsque l’on prétend prendre sa défense. Le bigot entend éclairer l’avenir à coups de valeurs et de convictions morales. Le vrai chrétien n’a pas cette certitude. Comme Pascal, comme l’immense Kierkegaard, il sait que la certitude est une vaste plaisanterie. Le prêchi-prêcha christianisant de droite paraît conforme à notre civilisation chrétienne, elle n’en est que la face malhonnête et lugubre. La bondieuserie se trompe sur le bon usage des interdits, mais Dieu, qui est un grand pervers doublé d’un grand artiste, reconnaîtra les siens.

Pourquoi je défends Guéant

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Photo : Sénat.

Et un de plus ! Les propos de Claude Guéant nous valent un nouveau procès en diabolisation. « Toutes les civilisations ne se valent pas », a donc dit notre affreux devant les étudiants de l’UNI en dénonçant le sinistre relativisme. Et la querelle est partie comme le lait sur le feu d’une manière aussi prévisible que lassante.

Je ne suis pas certain que la gauche gagne à multiplier ces polémiques qui finissent par laisser penser qu’un ordre moral règne et que certaines questions (toutes les civilisations se valent-elles ?), certains mots (identité nationale, immigration…), certains arguments sont totalement proscrits de l’espace public. La délectation avec laquelle toutes les bonnes consciences morales montent à la tribune avec de somptueux effets de manche fait presque peine à voir au regard d’un propos que le péquin moyen – et je m’intègre sans vergogne à la liste – pourrait fort bien interpréter comme : « Je préfère vivre dans un pays des droits de l’homme et de la femme plutôt que dans une dictature théocratique. »
Mais Guéant a eu le malheur d’utiliser le mot « civilisation » ! Grave crime en effet qui suggère l’idée d’un « choc des civilisations », qui rappelle l’idéologie du colonialisme, qui, donc, promeut le néo-colonialisme ![access capability= »lire_inedits »] On a alors assisté, dans la minute, à de savantes analyses montrant que le terme était inadéquat, erroné, injurieux. Et donc que Guéant était à la fois inculte, bête et méchant.

Devant cet assaut d’un moralisme un peu trop suspect de cynisme, je ne peux pas m’empêcher d’avoir envie de prendre la défense du méchant ! Pour dire deux choses.
1) La défense de l’équivalence des civilisations ne m’est pas plus sympathique que l’affirmation de leur hiérarchie. Il faut relire Oswald Spengler (Le Déclin de l’Occident, 1918-1922) qui défendait l’idée que les civilisations étaient des « organismes » obéissant à un rythme biologique identique : naissance, croissance et déclin. Entre elles, nulle comparaison n’est possible, puisqu’elles n’ont aucun rapport. Cette équivalence-là est tout aussi périlleuse que l’idée de supériorité, car elle conçoit chaque civilisation comme une entité fermée sur elle-même. C’est l’origine intellectuelle du différentialisme culturel, où l’on respecte tellement les différences qu’on finit par ne même plus se causer !

2) Ensuite, il faut tout de même admettre une supériorité incontestable de la civilisation occidentale sur les autres – et là, je me lâche ! : elle est la seule à parvenir à aussi bien se détester. C’est par là que l’on peut sortir de la vaine polémique actuelle : la supériorité de l’Occident, ce serait au fond, sinon le relativisme lui-même, du moins cette capacité de se décentrer, de s’autocritiquer, voire de se haïr. Cela commence avec Homère – très oriental au demeurant – qui dresse un portrait peu flatteur des Grecs dont il est censé raconter l’épopée : que valent Achille et Agamemnon, à côté du bon et bel Hector ? Et cela n’a ensuite jamais cessé : critique chrétienne de Rome ; critique humaniste du christianisme ; critique « moderne » des humanités antiques ; critiques ultraconservatrices et hyper-révolutionnaires de la démocratie et des droits de l’homme ; critiques occidentales de l’Occident colonial, etc. : la liste est longue. Et ce parcours est toujours balisé par la haine de soi, le sanglot de l’homme blanc, le débat sur la comparaison des civilisations, voire la culpabilité. Tels sont, pour le meilleur comme pour le pire, les traits caractéristiques de notre univers spirituel. Le meilleur, c’est l’autoréflexion, la distance critique ; le pire, c’est quand la critique n’accepte plus la critique. Et là on y est presque.[/access]

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Fillon n’a pas lâché Guéant, en revanche, il s’est lâché…

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On a beaucoup commenté depuis hier, un petit bout de phrase extraite de l’interview du Monde pour en déduire, le plus souvent, que François Fillon marquait sa différence avec Claude Guéant au sujet de la polémique-que-vous-savez.

Distance, peut-être plutôt riquiqui : en réalité, Fillon s’en tient au minimum syndical. A la question : « Auriez-vous parlé d’inégalité entre les civilisations comme Claude Guéant l’a fait ? » Il répond très softement : « Sans doute pas. Mais on peut prendre les propos de Claude Guéant et en débattre sans jeter des anathèmes. » Pas de quoi fantasmer, donc comme le font Bayrou et beaucoup de mes confrères les prémisses d’une division profonde dans l’actuelle majorité.

On n’a beaucoup moins commenté, et c’est bien dommage, la fin de la réponse du premier ministre à cette même question. Et pourtant François Fillon s’y révélait beaucoup plus explicite que ne l’avait été Guéant : « Le sujet c’est la défense d’un certain nombre de valeurs conquises par nos parents et grands-parents et qui sont menacées de deux façons. D’abord par l’encouragement au communautarisme. Ensuite par le relativisme, qui conduit à considérer qu’on doit accepter des comportements contraires à des valeurs qui sont les nôtres. Nous n’acceptons pas la ségrégation entre hommes et femmes. Nous n’acceptons pas que la religion vienne primer sur les droits des personnes, les règles de fonctionnement de l’Etat. C’est un combat qui a été mené autrefois contre les excès temporels de l’Eglise catholique. »

Je sais bien que François Fillon se contrefiche – à raison – de ce que je pense, mais à mon avis , cette clarification lui vaut déjà un bon point, et un même un autre derechef pour avoir répondu sans tortiller à la question suivante, qui était logique, mais brutale. A mes confrères du Monde qui le relançaient en lui faisant remarquer: « Vous n’avez toujours pas prononcé le mot islam… » Fillon a répondu : « Aujourd’hui, c’est plutôt avec l’islam que la question se pose, mais c’est conjoncturel. Elle s’est posée avec toutes les religions dans le passé. »

Si ça continue comme ça, la campagne ne sera peut-être pas si ennuyeuse que ça…

Grèce : à quoi joue Merkel ?

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La chancelière et le Premier ministre grec. Photo : European Council

Le traitement infligé à la Grèce par l’Union européenne – totalement sous la coupe allemande dans ce dossier – est sans précédent dans l’Europe de l’’après-guerre. Les ultimatums s’ajoutent aux diktats, on n’épargne aucune humiliation publique aux dirigeants d’Athènes. A Bruxelles et à Berlin, on ne semble pas se soucier outre mesure de la possible, voire probable déstabilisation politique d’un pays situé dans une zone géographique sensible.

Pourquoi tant de haine ? L’argument type « chat échaudé craint l’eau froide » expliquant que l’Europe ne veut pas se laisser encore un fois rouler dans la farine par ces Hellènes dont il « faut se méfier, même lorsqu’ils apportent des présents » (Virgile) est un peu courte. Il n’est pas besoin d’être prix Nobel d’économie pour comprendre que l’étranglement de la Grèce par une cure d’austérité impitoyable, sans qu’elle soit assortie d’un programme d’aide à la relance économique du pays, va à l’encontre du but affiché. La récession provoquée va rendre Athènes encore moins capable d’assainir ses comptes et de rembourser ses dettes car les rentrées fiscales attendues ne seront pas au rendez-vous. Même le plus borné des Allemands est capable de comprendre cela.

Alors, à quoi jouent Angela Merkel et son redoutable ministre des finances Wolfgang Schäuble ? Un rapide coup d’œil dans la presse d’outre-Rhin et notamment dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), le journal qui reflète la pensée des milieux d’affaires allemands, donne la clé de l’énigme. Pour les éditorialistes de la FAZ, la cause grecque est entendue : ce pays est inamendable. La gabegie, le clientélisme, la corruption sont inscrits dans ses gènes, et il est inutile de s’éreinter comme Sisyphe (un autre Grec) pour lui faire retrouver le sentier escarpé de la vertu. Or, on sait d’expérience que la pensée-FAZ n’est jamais très éloignée de celle des cercles gouvernementaux lorsque la droite est au pouvoir. La preuve en est administrée par la position contraire adoptée par l’hebdomadaire de centre-gauche Der Spiegel qui tire à boulets rouges sur le Spardiktat (le diktat de l’austérité) imposée par Berlin aux héritiers de Platon et Démosthène.

Pour comprendre le jeu allemand, il suffit de se reporter aux statistiques du commerce extérieur de notre grand voisin. 55% des exportations de la RFA sont effectuées vers les pays de la zone euro, et 80% en direction des pays de l’UE. L’Allemagne a donc un intérêt majeur à la préservation de la stabilité monétaire de cette zone de chalandise pour ses produits, car la clientèle des pays émergents, même si elle est prometteuse, serait loin de compenser les pertes provoquées par un désordre économique et monétaire sur l’ensemble du continent. C’est en constatant que le risque de faillite de la Grèce, dont le PIB ne représente que 3% de celui de l’eurozone, était de nature à déstabiliser l’ensemble de l’édifice que Berlin a décidé de contraindre Athènes à sortir de la monnaie unique. On peut lire, toujours dans la FAZ, que les principaux acteurs de l’économie allemande ont fait marcher leur calculette : provisionner les pertes consécutives à un défaut grec est, au bout du compte, moins coûteux que de remplir le tonneau des Danaïdes. Comme il est politiquement impossible d’obtenir de l’UE une décision d’expulsion de la Grèce de la zone euro, il faut donc procéder autrement.

Il faut amener les Grecs à décider eux-mêmes d’abandonner la monnaie unique en leur serrant tellement la vis qu’ils craquent comme une vieille planche malmenée par un bricoleur amateur. C’est pourquoi les images des manifestations violentes d’Athènes, ou la perspective d’une victoire électorale des anti-européens lors des élection anticipées d’avril n’ont rien d’effrayant pour la chancelière et ses amis, bien au contraire. Les seuls exportateurs allemands qui risquent de perdre des plumes dans l’affaire sont les marchands d’armes, fournisseurs principaux d’une armée surdimensionnée en raison de l’interminable conflit avec la Turquie sur la question chypriote. Mais les marchés pour ce genre de produits, les machines à tuer haut de gamme, sont loin d’être saturés. Pour le reste, le dommage causé par une Grèce ramenée à son destin balkanique à la balance commerciale allemande est négligeable. Le Portugal est aussi dans la ligne de mire des snipers germaniques : il ne pèse pas beaucoup plus lourd que la Grèce dans l’économie européenne, et il est également menacé par la spirale mortelle austérité-déflation-défaut de paiement.

En revanche, la France, l’Italie et même l’Espagne n’ont dans l’avenir proche, aucun souci à se faire. Les exportateurs allemands n’ont aucun intérêt à voir ces marchés perdre en solvabilité, car c’est vers eux, plus le Royaume-Uni et les Etats-Unis qu’ils écoulent la plus grande partie de leurs produits. L’Allemagne est donc en train de remodeler l’Europe continentale à sa convenance, comme une zone de libre-échange où elle fait la loi sans obligation de solidarité avec ses maillons les plus faibles. Vae victis !

Mallaury n’avait pas de culotte…

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image : photo d'écran, La Parisienne

Mallaury Nataf, les plus anciens d’entre nous s’en souviennent. Ceux qui étaient en classe de troisième dans les années 90 et leurs jeunes professeurs d’alors. Les uns et les autres quittaient prestement leurs établissements après la dernière heure de cours pour la retrouver sur les écrans, charmante comme une fleur sauvage dans la France des années Balladur qui commençait à parler de récession avec insistance.
Dans ces années-là, le choix était simple en matière d’icône féminine. Soit on était fan de Florence Rey et de son épopée nihiliste, soit on adulait Mallaury et les séismes hormonaux qu’elle provoquait dans les collèges. Mallaury Nataf jouait dans une série qui était délicieusement rohmerienne dès qu’on décidait de la regarder au deuxième degré, Le Miel et les abeilles. Un jour, Mallaury Nataf chanta sans culotte sous sa jupette virevoltante dans une émission destinée à un très jeune public. Il fallut la vigilance de quelques censeurs obsédés pour s’apercevoir de la délicieuse transgression qui ne dura que quelques secondes. Le syndrome Sharon Stone dans Basic Instinct, sans doute. Même couleur fugitive de sous-bois en automne… Les obsédés du ralenti sur magnétoscope passèrent pour de vertueux citoyens en prouvant le délit d’exhibition alors qu’en toute logique, c’est eux qui auraient dû passer pour de dangereux obsédés puisqu’ils employaient leur temps à mater des émissions enfantines où chantaient des filles aux jupes très courtes, aux cuisses fuselées et aux physiques de Lolitas en talons compensés.

La toison rouquine de Mallaury, pourtant entrevue de manière subliminale, fit donc un scandale qui brisa la carrière de la jeune fille, malgré une tentative de come-back dans Sous le soleil, qui s’apparente à L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais par la logique aléatoire de son scénario[1. Signé Robbe-Grillet] et ses répliques au ton franchement décalé.
Pour Mallaury, ce fut ensuite the same old story, celle des starlettes passées de mode : la tranquille descente aux enfers de l’anonymat et la chute vertigineuse de l’ascenseur social dans les cages de la précarité.

Maintenant, il est temps de prévenir tous les SDF de France. Primo, qui retire sa culotte à vingt ans n’aura plus de toit à quarante. Secundo, vous pouvez toujours taper le 115, cela ne fait même pas mal à ce numéro d’urgence qui n’a d’urgence que le nom. Mallaury Nataf, qui s’est vue retirer ses mômes, a surtout expliqué la journée type de qui demande ce fameux numéro pour dormir au chaud : vous appelez le matin, on vous balade toute la journée et l’on vous dit le soir qu’il n’y a pas de place. Quand les nuits à moins 10 se succèdent et que l’on va ramasser les premiers cadavres, cela devient franchement angoissant.

Mallaury a dû se souvenir du Miel et des abeilles, surtout des abeilles, lorsqu’elle a épinglé Delanoë pour l’accueil des SDF parisiens et imputé à Sarkozy « la réduction de 65% du budget accordé au 115 » pendant le quinquennat qui s’achève ces jours-ci, par grand froid, par très grand froid…