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Robert Ménard: le fou rire et l’effroi

Poursuivi devant les tribunaux pour avoir refusé de marier une Française à un Algérien sous OQTF, Robert Ménard observe que le Droit et le bon sens sont bafoués au nom des droits de l’homme.


Je vais être condamné. Sans l’ombre d’un doute. Malgré le vote du Sénat ce 20 février en faveur de l’interdiction des mariages aux étrangers en situation irrégulière ! Malgré l’immense soutien populaire que je reçois depuis le début de cette affaire. Malgré les prises de position de poids lourds du gouvernement comme Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, ou Gérald Darmanin, le garde des Sceaux. Oui, c’est vrai, par une douce journée de juillet 2023, j’ai refusé de marier une jeune femme française à un étranger sous le coup d’une OQTF. Comme une évidence. Et si c’était à refaire, je le referai.

J’avais une porte de sortie : celle de « plaider coupable » comme on dit dans les séries américaines. Mais j’ai refusé le scénario. Je ne suis pas acteur de série B. Je ne suis coupable de rien. Comment, en tant que maire, pouvais-je marier un étranger en situation irrégulière et, en plus, défavorablement connu des services de police, comme on dit pudiquement dans les médias ?

Le comble dans cette affaire rocambolesque, c’est que la nouvelle loi votée par le Sénat – quarante-huit heures seulement après mon passage devant le procureur – va probablement être retoquée par le Conseil constitutionnel en raison de l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme que la France a ratifiée. Cette même convention que j’ai utilisée toute ma vie pour défendre les journalistes emprisonnés dans le monde… Le Droit transformé en machette à découper le bon sens. Le Droit perverti qui se retourne contre ceux qu’il est censé défendre. Le Droit qui fait qu’expulser un jeune homme installé illégalement chez nous, délinquant violent, devient aussi hasardeux que gagner au loto.

À lire aussi, Dominique Labarrière : Robert Ménard: héros du bon sens

Plus cocasse encore si j’ose dire, le jour où je comparaissais devant la justice, nous apprenions que la Mairie de Béziers était encore une fois condamnée pour sa crèche qui, chaque année, fait trembler d’effroi les groupuscules laïcards et autres associations gauchistes. En dix ans, nos trois Palestiniens, Jésus, Joseph et Marie, ont subi pas moins de 21 procès pour avoir osé s’abriter dans la cour de l’hôtel de ville. On jugera de l’obsession de ces adorateurs de la secte laïque pour une simple étable et quelques dangereux santons.

Il faut le claironner, le bon sens est aux abonnés absents dans notre pays. Il est piétiné chaque jour. Comment, alors que l’écrasante majorité des Français n’en peut plus de l’immigration massive et incontrôlée, peut-on obliger un maire à marier un OQTF et le mettre ainsi quasiment à l’abri de toute expulsion ? Quand le droit nous oblige à escalader le réel par la face nord…

Cette histoire de mariage, c’est Roméo et Juliette réécrit par la Cimade. J’apprends, à l’instant où j’écris ces lignes, que la fameuse Eva tenterait de se marier avec son tendre Mustapha en Algérie. Mais pour cela, à Oran, il faut être… en situation régulière ! Là-bas, on ne finasse pas…

Quand les historiens du futur se pencheront sur notre époque, ils hésiteront sans doute entre le fou rire et l’effroi.

Ces stars de la télé qui bousculent la politique

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Présidentielles : la télécommande remplacera-t-elle définitivement demain les urnes ? Après le succès de Berlusconi en Italie, de Trump aux États-Unis ou de Zelensky en Ukraine, des figures du petit écran sont testées par les instituts de sondage en France. Plutôt à droite.


L’animateur de télévision sera-t-il la bouée qui sauvera la politique de son naufrage ? Un constat, en tout cas, s’impose : la société du spectacle a banalisé ses règles jusqu’au sein du bureau Ovale, à Washington. « Ca va être de la grande télévision ! », a conclu vendredi, en showman qu’il est resté, Donald Trump après son altercation spectaculaire avec Volodymyr Zelensky, lui-même ancien acteur d’une série humoristique qui aura fait son succès en Ukraine. Les deux professionnels de l’audimat ont-ils eu conscience d’alimenter leur confrontation en appliquant les ressorts de la provocation et de l’outrance, afin de prendre l’opinion à témoin ? Ce n’est pas à exclure. On n’imagine pas, en tout cas, Ronald Reagan, pourtant lui-même ancien acteur de cinéma, se prêter en direct à ce genre de déballage de linges sales. En réalité le rejet du monde politique, déconnecté du réel, est devenu tel qu’il ouvre des perspectives à ceux qui, formés aux compétitions d’audiences de l’audiovisuel privé, savent s’adresser aux gens et les fidéliser. Silvio Berlusconi, en Italie, avait ouvert la marche il y a trente ans. Eric Zemmour, créature télévisuelle plus sophistiquée, est aussi de cette école.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro : Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

Dernièrement, un sondage Ifop-Fiducial a introduit Cyril Hanouna parmi les présidentiables, même si son score reste modeste avec 11% de soutiens. L’intéressé ne semble pas écarter l’hypothèse d’une future candidature. L’ex-animateur vedette de C8 vient d’ailleurs de rebondir sur d’autres canaux, après la fermeture de la chaîne au début de ce mois, en entrainant dès lundi soir 1,5 million de téléspectateurs. Philippe de Villiers, porté par ses audiences sur CNews, est réclamé par ses supporteurs pour briguer l’Élysée. Pascal Praud partage aussi cette notoriété. La droite populaire est la plus à l’aise dans cet univers.


Ifop / Twitter

Le dénominateur commun à ces hommes de télévision est leur proximité, souvent intuitive, avec cette partie du peuple qui, trop modeste aux yeux des dirigeants, reste oubliée des professionnels de la politique. L’ascension de ces nouvelles stars est évidemment méprisée des « élites ». Elles se contentent notamment de voir en Trump un clown impulsif et violent. Mais Montesquieu le rappelle : « Pour faire de grandes choses il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes. Il faut être avec eux ». Les alertes sur le risque démagogique et la tyrannie des foules, que de tels personnages pourraient porter, sont certes à entendre. Il est possible que cette politique spectacle ne soit d’ailleurs qu’une intermittence. Cependant ces symptômes sont d’abord la conséquence du dégoût que suscite la politique auprès des sondés. Ces rejets dureront tant que la caste n’aura pas compris l’urgence à partager la vie ordinaire. La théâtralisation, développée par Emmanuel Macron, se contente d’exhiber déguisements, signes et mots creux. Elle laisse voir l’insincérité du chef de l’État. Ce mercredi soir, il se servira lui aussi de la télévision, une nouvelle fois, pour tenter de se placer dans les négociations entre Trump et Poutine sur l’Ukraine. Il agitera encore, sans doute, les peurs sur une menace existentielle portée par la Russie afin de promouvoir l’Europe supranationale que les peuples refusent. Or, il ferait mieux d’écouter, sur ce sujet comme sur d’autres, ce que disent les saltimbanques du petit écran.

Les « grandes universités » et la politique américaine

Les formations académiques des dirigeants américains prouvent qu’on peut sortir de Yale ou Harvard sans jamais y être vraiment entré.


Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs, et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d’argent.
Mathieu 26 :14-15


Ces universités sont-elles un gage d’excellence et de probité? Penchons-nous sur quelques personnalités.

Il y eut le président Richard Nixon, qui reçut son diplôme de droit de l’université Duke en Caroline du Nord. Sa contribution au développement du droit constitutionnel fut historique, mais pas vraiment celle qu’il eût souhaitée. Lui succéda son vice-président Gerald Ford, sorti avec un rang honorable de la faculté de droit de l’université Yale, alors que, selon le truculent président Lyndon Johnson, son faible quotient intellectuel le rendait incapable de coordonner sa mastication du chewing-gum, d’une part, et, d’autre part, ses exhalaisons digestives.

Les choses s’accélèrent avec George « Dubya » Bush, qui obtint son BA en histoire de l’université Yale et son MBA de l’université Harvard. Il va sans dire qu’il fut admis dans ces deux universités en dépit de sa grammaire fort idiosyncratique, sur interventions de papa, grâce aux programmes de discrimination positive (« affirmative action » en v.o.), ou « diversité, équité et inclusion » profitant aux WASPs millionnaires.

[Note technique : cette catégorie de candidats, qui offrent, selon l’euphémisme codé, un « potentiel de développement », « achètent », de manière tacite, leur place en contrepartie de la « promesse », non moins tacite, d’une généreuse contribution à la fondation des anciens de l’institution dans les années à suivre; à son tour, celle-ci « s’engage », toujours de manière tacite, à accorder des facilités d’admission à la progéniture des donateurs, et ainsi de suite.]

Bienvenue à la Trump University

En ce qui concerne la première campagne électorale de Donald Trump en 2017, l’universitaire d’origine canadienne, Francis H. Buckley, eut l’honneur de se joindre à sa garde prétorienne à titre de conseiller. Cet ex-étudiant de la faculté de droit de l’université McGill à Montréal (51e Etat) y revint à titre d’enseignant par la suite, après être passé par Harvard. Cette éminente réincarnation de Socrate y eut pour collègue Hermann Hahlo, un humaniste convaincu que les femmes et les noirs n’étaient pas faits pour le droit. Frank Buckley avait donc tout le bagage intellectuel pour servir un jour le fondateur de la célèbre Trump University. Il fut demandé au grand ponte de quelle manière un milliardaire champion de l’évasion fiscale pouvait prétendre au titre de sauveur de la classe moyenne saignée à blanc :

En 1935… quand Roosevelt a nommé Joseph Kennedy… à la tête de la commission de contrôle des marchés financiers, tout le monde a rappelé qu’il était un corrompu. Le président a répondu qu’il en fallait un pour en attraper un.

Pour assurer la justice fiscale, la solution était simple, mais il fallait un Canadien devenu citoyen américain en 2014… « on Tax Day » (le « jour de l’impôt » en v.f., ça ne s’invente pas…) pour y penser. La boucle était bouclée pour Frank Buckley.

(Signalons au passage un autre lauréat de la faculté de droit de Yale, le gouverneur de Floride Ron DeSantis, lequel assimile audacieusement l’immigration illégale à une forme d’ « invasion » au sens militaire du terme).

Nous en arrivons au vice-président JD Vance (et oui, lui aussi) de Yale, qui vient d’étonner le monde juridique en montant d’un gros cran : les juges n’ont pas le pouvoir de contrôler l’action du pouvoir exécutif! Une thèse constitutionnelle on ne peut plus innovatrice.

A lire aussi, Gerald Olivier: Universités américaines: la fin de la préférence raciale

Et enfin, le bagage universitaire de Donald Trump. Cet homme d’affaires, dont on ne compte plus les faillites (bon-papa, efficace tenancier de maison close, a dû se retourner dans sa tombe), a obtenu son BA en économie politique de la prestigieuse Wharton School de l’université de Pennsylvanie. Manifestement, il semble avoir pris quelques distances des enseignements reçus vu que sa politique économique se heurte aux réticences du Wall Street Journal, par exemple. Milton Friedman le taxerait d’hérésie.

Quelles leçons tirer? Il faut rendre hommage aux talents de bateleurs de ces facultés américaines, sur le plan marketing international; des « country clubs » qui font rêver…

Inoubliable George W. Bush

Selon certaines études, le nombre de gestionnaires titulaires du MBA harvardesque ayant conduit leur entreprise à la faillite est fort impressionnant, et Dubya, fidèle à la tradition, coula toutes les unités commerciales que la famille lui avait confiées.

Son parcours interpelle aussi sur le niveau des cours d’histoire et de culture générale dispensés par la faculté des Arts de Yale. Il déclara un jour en campagne électorale que « Jésus était son philosophe préféré » (sic). Profession de foi fort judicieuse pour séduire l’électorat évangélique redneck, mais révélatrice d’une grave confusion. En France, le prêtre le plus conservateur, le plus traditionaliste et célébrant la messe en latin après son autoflagellation matinale comprend les domaines respectifs de la révélation et des injonctions divines, d’une part, et, d’autre part, de la raison humaine. Cela dit, chacun a le droit le plus absolu de hiérarchiser ses sources d’inspiration, mais il est quand même permis de douter que Dubya se fût livré à d’exhaustives lectures complémentaires de penseurs profanes comme David Hume ou Bertrand Russell. Avoir consacré un été à L’étranger de Camus est louable, mais insuffisant pour comprendre le monde. Il eût dû, au minimum, poursuivre avec La peste, d’une actualité encore plus brûlante, même si, vu le plus grand nombre de pages, deux étés eussent été nécessaires.

De manière plus générale, la récente rencontre du président Macron et de Sa Majesté Orange, pendant laquelle celui-là a remis les pendules de celui-ci à l’heure au sujet de l’aide accordée à l’Ukraine par l’Europe et les États-Unis, a permis aux observateurs de faire la comparaison entre la classe européenne, d’une part, et, d’autre part, la rugueuse rusticité américaine. La prestation du chef de l’État français sur la scène internationale s’inscrit dans la tradition des Valéry Giscard d’Estaing et des François Mitterrand, qui comptaient deux millénaires de civilisation. Les diplômés des grandes écoles françaises n’ont, au final, rien à envier aux plombiers ayant suivi leur surfaite formation technique dans de luxueux campus, dont l’horizon se limite à la grande banlieue de Kansas City. Yale, qui a produit le visqueux « Uncle Tom », Clarence Thomas, juge à la Cour suprême, semble d’ailleurs se distinguer particulièrement.

On imagine mal un futur Trump en formation à Jouy-en-Josas.

Où en est donc l’Amérique aujourd’hui?

À l’époque de la guerre froide, elle vivait dans la hantise des discrètes « taupes » susceptibles d’avoir infiltré les institutions américaines. Vladimir Poutine, lui, a réussi ce coup de maître historique de s’emparer, au grand jour, de la totalité de l’exécutif, comme il ressort de l’embuscade télévisée dans laquelle est tombé le président ukrainien Zelinsky le 28 février 2025 dans le bureau ovale, organisée par le truchement de Donald Trump et de son vice-Rottweiler, qui n’a jamais autant mérité sa qualité autoproclamée de « hillbilly » (« péquenaud » en v.f.). Faire passer l’agressé pour l’agresseur est un procédé orwellien qui a acquis ses lettres de noblesse dans les années 1930.

Camus n’aurait pas aimé les César…

Les César ont fêté leurs 50 ans avec une soirée plutôt sobre, épargnée par les habituels discours militants… enfin, presque.


La cérémonie des César a eu lieu dans la soirée du 28 février et on fêtait son cinquantième anniversaire. Par rapport à beaucoup de ses devancières, elle a été réussie, relativement sobre et, sur le plan idéologique, on n’a eu droit qu’au propos militant d’un syndicaliste avant le spectacle, au déchaînement partisan du réalisateur de l’excellent La Ferme des Bertrand1 et à une allusion légère de Josiane Balasko. On a évidemment connu bien pire. Ce qui s’est déroulé à Paris n’est pas tombé dans le ridicule comme par exemple aux Magritte du cinéma belge à Bruxelles où Charline Vanhoenacker a tenté en vain de faire rire un public avec une diatribe anti-RN ratée.

Artistes et justiciers

Aussi la pensée d’Albert Camus qui m’inspire ce billet – citée par Vincent Duclert dans un article du Monde– se rapporte en général à toutes ces interventions publiques, médiatiques, d’artistes venant déclamer leurs convictions, toujours de gauche, avec une constance qui n’est animée que par la plus ou moins grande violence de leur phrasé. Albert Camus affirmait dans son discours au banquet de son prix Nobel : « Les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et s’ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel ».

A lire aussi, Didier Desrimais: De Jacques Weber à Solann, Oh ! les belles âmes

Le juge est fondamental dans une société pour, grâce au droit, la pacifier, répondre aux attentes citoyennes, trancher les conflits, défendre les victimes et sanctionner les coupables.

Mais on comprend bien la manière dont Camus, en usant de ce terme, cherche à discréditer les faux artistes qui politisent, dévoient leur art, stigmatisent, sont intolérants, se posent en « juges », voire en justiciers et qui, au lieu de dialoguer, d’expliquer et de « comprendre », apposent sur l’infinie diversité de la vie et des idées, la chape de plomb de leur idéologie.

Forcément de gauche…

Parce que, bien sûr, il faut être de gauche qui est précisément la propension à juger, à départager le bon et le mauvais côté et à mettre l’art entre parenthèses puisque ce dernier est complexité, ambiguïté, profondeur, force du langage, respect de l’autre.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Du wokisme comme bien-pensance et déni généralisé: l’affaire Karla Sofía Gascón

Albert Camus, louant les « vrais artistes », ceux qui créent, qui jouent et cherchent avec leur âme singulière à offrir de l’universel, n’aurait pas vu dans les César son rêve de théâtre, son exigence d’humanité et son sens de la fête. Mais il n’aurait pas été homme à juger, pire, à condamner. Grand écrivain, véritable artiste, il se contentait de comprendre. On ne l’oublie pas.

MeTooMuch ?

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  1. Gilles Perret NDLR ↩︎

Kemi Seba, faux prophète du panafricanisme et vrai relai des autocrates

Il se rêve en leader de l’Afrique libre, mais il est surtout le porte-voix des puissances autoritaires. Entre Moscou, Bakou, Téhéran et son projet chimérique de conquête du pouvoir au Bénin, Kémi Séba joue une partition de plus en plus grotesque.


Président du Bénin ? L’absurde mise en scène

La dernière lubie de Kémi Séba aurait pu prêter à sourire si elle ne révélait pas un profond mépris des réalités politiques béninoises. Début janvier 2025, l’activiste franco-béninois a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2026, dans une mise en scène millimétrée, bras levés face à une foule acquise à sa cause, diffusée sur ses réseaux sociaux. « Nous ne laisserons plus notre destin entre les mains des valets de l’Occident », tonnait-il, oubliant au passage qu’il a lui-même, pendant des années, servi de porte-voix aux intérêts russes et azerbaïdjanais en Afrique.

Son problème ? Outre l’absence totale de programme concret – un détail fâcheux lorsqu’on prétend briguer la magistrature suprême – il ne remplit même pas les conditions élémentaires pour se présenter. Au Bénin, les candidats doivent être parrainés par des députés et des maires. Et ces élus ne peuvent parrainer une candidature autre que celui adoubé par leur parti. Or, à ce jour, aucun élu béninois ou parti politique éligible ne semble disposé à lui accorder son soutien. « Il n’a aucune assise locale, aucune vision politique autre que ses diatribes anti-occidentales », résume un analyste politique basé à Cotonou. Sa candidature ressemble plus à une performance médiatique qu’à une ambition présidentielle. Une manière d’alimenter sa posture de martyr en prévision de son inévitable disqualification par les autorités électorales.

Mais cette escroquerie politique cache une réalité bien plus inquiétante. Car derrière son discours enflammé sur la « souveraineté africaine », Seba demeure avant tout un instrument d’influence entre les mains de puissances étrangères.

L’ombre de Moscou et la prédation russe en Afrique

Derrière la façade du panafricanisme radical, c’est bien le Kremlin qui tire les ficelles. En 2023, une enquête de Jeune Afrique, Arte et Die Welt a révélé comment, entre 2018 et 2019, Kemi Seba a été financé par Evgueni Prigojine, le sulfureux patron de Wagner. Son rôle ? Mobiliser les foules africaines contre la présence française en Afrique tout en évitant soigneusement d’évoquer les exactions de la milice russe sur le continent.

Depuis la mort de Prigojine en 2023, Seba a continué à fréquenter les sphères du pouvoir russe. En mars 2024, il était encore invité à Moscou pour intervenir lors d’une conférence sur les « nouvelles alliances stratégiques » entre l’Afrique et la Russie. Là encore, il n’a eu aucun mot pour dénoncer la prédation économique des Russes en Afrique : exploitation minière illégale, accaparement des ressources naturelles en Centrafrique et au Soudan, pillage systématique des richesses africaines sous couvert de contrats militaires.

À lire aussi : Faut-il déchoir Kémi Séba de sa nationalité ou le laisser parler?

Pourtant, les méthodes de Moscou ne sont guère plus reluisantes que celles qu’il dénonce du côté occidental. Wagner et ses héritiers sont aujourd’hui impliqués dans des assassinats ciblés, des massacres de civils et des détournements massifs de fonds issus des ressources minières africaines. Mais Seba n’a pas un mot sur ces pratiques. Comme le souligne un diplomate africain en poste en Europe : « Il est plus préoccupé par le franc CFA que par les diamants du sang que Moscou extrait du continent. »

Bakou, autre financeur de l’ombre

Kemi Seba ne fréquente pas que Moscou, il a aussi trouvé une oreille attentive à Bakou. L’Azerbaïdjan, qui tente depuis plusieurs années de tisser des liens discrets mais solides avec l’Afrique, a fait du militant un relais de son influence sur le continent.

Seba s’est rendu en Azerbaïdjan, où il a rencontré plusieurs représentants du régime d’Ilham Aliyev. Il a participé à une conférence internationale à Bakou le 3 octobre 2024, intitulée « La politique néocoloniale de la France en Afrique », organisée par le Baku Initiative Group. Officiellement, ces échanges portaient sur la nécessité de « renforcer les relations Sud-Sud » et de promouvoir une « coopération mutuelle entre les peuples opprimés ». En réalité, il s’agissait surtout d’une opération de communication pour blanchir l’image de Bakou, régulièrement accusé de réprimer l’opposition et de bafouer les droits humains.

À lire aussi : Indépendantisme martiniquais: l’influence délétère de Kémi Séba

Le régime azerbaïdjanais, en quête d’alliés sur la scène internationale, a compris l’intérêt stratégique d’un porte-voix comme Seba, capable de vendre son discours anti-occidental aux jeunesses africaines. Une stratégie qui s’inscrit dans une vaste campagne de l’Azerbaïdjan sur le continent, où Bakou multiplie les promesses d’investissements et les accords de coopération, notamment dans le secteur énergétique.

Un haut fonctionnaire africain, qui a préféré garder l’anonymat, résume l’ironie de la situation : « Kemi Seba se présente comme un chantre de la souveraineté africaine, mais il sert d’outil de propagande à des régimes autoritaires étrangers. »

Un populisme dangereux

En se positionnant comme l’ennemi juré de l’Occident, Kemi Seba a réussi à fédérer une partie de la jeunesse africaine en quête de nouveaux repères. Mais derrière les discours martiaux, c’est un opportuniste qui navigue d’une influence à une autre, toujours prêt à embrasser les causes qui servent ses intérêts.

Son populisme agressif et son absence totale de projet politique cohérent font de lui un instrument idéal pour les autocraties en quête d’influence en Afrique. Que ce soit à Moscou, à Bakou, Téhéran, Caracas ou ailleurs, il reste un relais médiatique, plus soucieux de son propre pouvoir que de celui des peuples africains.

Si sa candidature présidentielle au Bénin prête à sourire, son influence, elle, ne doit pas être sous-estimée. Car derrière le verbe haut se cache un projet bien plus insidieux : celui de faire de l’Afrique le terrain de jeu des grandes puissances qui ont compris que, sous couvert de souverainisme, Kemi Seba pouvait être un allié de choix.

Après la paix: Défis français

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La fin du franc CFA

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Un chef d’œuvre de Debussy porté par une nouvelle production fabuleuse

La nouvelle production de Pelléas et Mélisande à l’Opéra Bastille, mise en scène par Wajdi Mouawad, propose une relecture visuellement fascinante du chef-d’œuvre de Debussy, portée par la direction musicale raffinée d’Antonello Manacorda…


Blanchâtre, une taie de brouillard rasant se traîne sur le tuf noirâtre, au pied d’une forêt parcourue des bruits de la nature, et que douche trois faisceaux de lumière tombante, humide, tamisée. Apparemment blessé, un sanglier à forme humaine, une flèche fichée dans l’échine, traverse la scène d’un pas lourd.  

Un chef d’œuvre de 1902

Dans le silence bruissant de ce tableau sylvestre s’ouvrent les premières mesures de cette partition sans équivalent dans le répertoire : comme une toile peinte, ou un vieux film un peu rayé, l’écran vidéo plein cadre forme un rideau qui, d’un bout à l’autre de Pelléas et Mélisande, « drame lyrique en cinq actes et douze tableaux », occupe toute la largeur de la scène. Au premier plan, chargés par les trois « pauvres » du livret, ici vêtus de tabliers d’équarisseurs, s’accumuleront au fil du spectacle les trophées du gros gibier.  Sacrifié à la cruauté humaine…

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L’image projetée sera appelée à se métamorphoser, dans un perpétuel fondu enchaîné qui, tour à tour, figure le château du royaume d’Allemonde et ses aires – fontaine, tour, grotte, cascade, eaux dormantes et profondeur de l’onde…  jusqu’à imager la longue chevelure ondoyante de Mélisande… Au deuxième acte, le cheval éviscéré du macabre Golaud s’abîme des ceintres, comme dans un ralenti de cauchemar…  Espaces à plusieurs dimensions, dans lesquels apparaissent, se fondent, s’évanouissent les personnages du chef d’œuvre que Debussy, en 1902, adapta de la pièce symboliste de Maurice Maeterlinck, écrite près de dix ans plus tôt.

© Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

Bob Wilson tenait seul la rampe de Pelleas… à l’Opéra de Paris, à travers une régie reprise pas moins de sept fois depuis 1997, et devenue mythique, à force. Autant dire que cette production inédite était attendue : n’en déplaise à un ou deux critiques ombrageux, la relève est assurée, et haut-la-main ! Car plastiquement, sur ce décor signé Emmanuel Clolus et cette vidéo en continu créée par Stéphanie Jasmin, la mise en scène du Libano- québécois Wajdi Mouawad, également écrivain, s’avère d’une beauté sans mélange. Elle magnifie autant qu’il se pouvait, d’une lecture à la fois sobre et parfaitement limpide, l’univers éthéré, elliptique, suggestif, intemporel de cet opéra au travail duquel le compositeur du Prélude à l’après-midi d’un faune ou du Martyre de saint Sébastien avouait avoir passé douze ans de sa vie. Ne prenons pas le risque de déflorer cet étagement subtil où les arrière-plans énigmatiques propre à l’esthétique symboliste se manifestent comme dans un rêve éveillé : aucune description n’en rendra l’enchantement.  Dans ce dispositif, tout fait sens,  jamais de manière trop explicite ni appuyée.

Pelléas juvénile

La baguette ductile, enveloppante, au chromatisme raffiné, du chef natif de Turin (mais Français d’adoption) Antonello Manacorda (également violoniste et fondateur du Mahler Chamber Orchestra), fait sonner l’orchestre de l’Opéra de Paris  (a fortiori dans cette salle de la Bastille, surdimensionnée pour ce répertoire) avec une intensité de tous les instants, – et pas seulement dans les rares bouffées lyriques de la partition. Se pourrait-il que Manacorda succède à Alexander Neef comme directeur musical de la maison comme le bruit en court parfois ? Elle n’y perdra rien, à coup sûr.  

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Pour s’en tenir à Pelléas, dans cette œuvre à la prosodie délicate et si particulière, exigeant des chanteurs un phrasé de haute précision et une parfaite maîtrise de la langue, le vibrato serré, l’articulation du baryton britannique Huw Montague Rendall, à la physionomie adolescente, rendent un Pelléas candide, juvénile, proprement inoubliable. À ses côtés, sous les traits de Sabine Devieilhe, Mélisande dispense une pureté vocale à la ligne impeccablement soutenue, tandis que le baryton-basse canadien Gordon Bintner offre un timbre de métal glacé qui sied bien à l’emploi du mari jaloux, fruste et univoque qu’est Golaud. Quant à notre émérite compatriote Jean Teitgen, il campe de sa puissante voix de basse un roi Arkel souverain, d’ailleurs moins âgé, au physique, que la vieillesse prêtée par convention au grand-père de Golaud et de son demi-frère Pelléas.  

Une production d’anthologie pour servir ce monument unique de l’art lyrique français ? Cela se pourrait bien.         


Pelléas et Mélisande. Opéra de Claude Debussy. Avec Huw Montague Rendall, Sabine Devieilh, Gordon Bintner, Sophie Koch, Jean Tietgen… Direction : Antonello Manacorda. Mise en scène : Wajdi Mouawad. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris.

Durée : 3h05
Opéra-Bastille, les 12, 15, 18, 20, 25, 27 mars à 19h30. Le 9 mars à 14h30

Farishta Jami, une terroriste offusquée


Après sa condamnation pour terrorisme, la police britannique a accepté de remplacer la photo d’identité judiciaire initiale de Farishta Jami par une image où elle porte le niqab…


Jusqu’où les autorités publiques doivent-elles aller afin de respecter les sensibilités culturelles et religieuses des citoyens ? Outre-Manche, le cas de Farishta Jami pose la question sur le mode absurde. Cette mère de 36 ans habite la ville de Stratford-upon-Avon, la ville natale du grand dramaturge anglais, site du prestigieux Royal Shakespeare Theatre.

Née en Afghanistan, Jami est venue s’établir en Angleterre avec son mari en 2008. Or, le 13 février, un tribunal l’a reconnue coupable de deux chefs d’accusation selon la loi contre le terrorisme. En 2022, elle avait commencé les préparatifs d’un voyage vers son pays natal afin de rejoindre la branche afghane de l’État islamique, Daech-Khorassan.

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Son objectif ? Devenir martyre. Elle avait économisé de quoi payer un aller simple pour elle et ses enfants. Elle avait partagé en ligne des contenus ultra-violents et participé à des forums islamistes. Elle s’était renseignée sur l’obtention et le maniement des armes, notamment le montage et le démontage d’une AK-47.

Parmi les 7 000 vidéos stockées sur son ordinateur, certaines mettaient en scène des enfants auteurs d’attentats-suicides, préfigurant peut-être le sort qu’elle réservait à sa propre progéniture. Suivant la procédure routinière, la police a publié d’elle une photographie d’identité judiciaire. Cette pratique est bien sûr courante, car elle permet à d’autres services de police et à d’autres victimes éventuelles de reconnaître un suspect.

Or, l’avocat de Jami a fait savoir aux autorités que cette publication avait plongé sa cliente dans un état de « détresse considérable ». Pour cette musulmane pieuse, rendre son visage visible en public était offensant. Le lendemain, la police de la région a publié une nouvelle photo qui la montre en niqab. Ou plutôt qui ne la montre pas du tout, elle. Pudeur religieuse ou ruse de terroriste ? Comme le dit Hamlet : « Dieu vous a donné un visage, et vous vous en faites un autre ».

Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

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Qu’est-ce qui permet de fermer une chaîne de télé populaire ou d’interdire l’expulsion de terroristes étrangers ? L’État de droit ! En présentant le sujet de notre une, Élisabeth Lévy s’alarme du fait qu’une poignée de hauts magistrats biberonnés au progressisme puisse avoir prééminence sur les pouvoirs exécutif et législatif issus des urnes. L’État de droit a été conçu pour dissuader les gouvernants d’abuser de leur pouvoir mais désormais il interdit à ces derniers de l’exercer. Robert Ménard est poursuivi devant les tribunaux pour avoir refusé de marier une Française à un Algérien sous OQTF : le maire de Béziers observe que le Droit et le bon sens sont bafoués au nom des Droits de l’homme. Dans une enquête sur l’Arcom, le gendarme de la liberté d’expression, Causeur se demande de qui cette « autorité indépendante » est vraiment « indépendante ». L’instance censée « garantir une information pluraliste et indépendante » qui a décidé la fin de C8 (confirmée par le Conseil d’État) constitue un petit monde endogamique où les mantras progressistes font office de vérité. Ses salariés et dirigeants viennent du Conseil d’État, des médias publics et privés, des cabinets ministériels de gauche ou encore du CNC, bénéficiaire des amendes infligées aux chaînes… Quant aux sans-papiers et délinquants étrangers, cinq hautes juridictions françaises et européennes garantissent une batterie de droits qui insultent le bon sens. Seule la voie référendaire pourrait inverser la vapeur. Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, passe en revue ces aberrations légales. Joseph Macé-Scaron nous dresse le portrait de Richard Ferrand qui a été élu à la présidence du Conseil constitutionnel à une voix près. Ce vieux briscard du PS sans expérience juridique n’a jamais été un brillant tacticien, pas plus qu’un illustre ministre ou président de l’Assemblée nationale, et il traîne derrière lui de sérieuses casseroles. Mais il est le protégé du chef de l’État.

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Merci patrons ! D’habitude, les chefs d’entreprise encaissent les coups en silence, acceptant de se faire déplumer par le gouvernement et insulter par des élus, syndicalistes et journalistes qui les décrivent comme des profiteurs-affameurs du peuple. Pourtant, comme l’affirment Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques dans leur introduction à notre dossier du mois, il faudrait remercier ceux des patrons qui, en dépit des taxes et normes imposées par l’État et malgré les tentations de la délocalisation, continuent à produire en France – et à croire à la France. Dans un entretien avec Jean-Baptiste Roques, le milliardaire Pierre-Edouard Stérin reste convaincu que l’État serait mieux géré si le gouvernement était composé de chefs d’entreprise. Désormais le cofondateur de Smartbox promeut ses idées conservatrices libérales à travers l’ambitieuse plateforme « Périclès ». Un projet évidemment caricaturé par les médias de gauche.

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Comme le suggère l’analyse de Stéphane Germain, il doit être difficile de garder le moral quand on est patron en France, car ce pays a sûrement l’économie la plus soviétique du monde libre. Le témoignage d’un « entrepreneur en colère » dépeint un pays qui ressemble beaucoup plus à un enfer collectiviste qu’à un paradis néo-libéral. La raison en est que la classe politique ne comprend rien à l’économie et se repose sur un secteur privé exsangue pour entretenir un État qui ne regarde pas à la dépense. Pour Sophie de Menthon, qui se confie à Jean-Baptiste Roques, l’actuel Premier ministre est un exemple parfait de cette ignorance. Elle va jusqu’à affirmer que « François Bayrou n’a pas conscience du mal qu’il fait à l’économie ». Selon la présidente du mouvement ETHIC (Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance), l’incapacité de l’État à se réformer et les gages continus donnés à la gauche sont un obstacle au développement des affaires. Mais l’historien Pierre Vermeren nuance ce portait élogieux de l’entrepreneur : si la hausse de la fiscalité au détriment d’économies budgétaires accélère les délocalisations et l’endettement public, la crise française est néanmoins « une coproduction de la classe politique et du patronat ».

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente le dernier coup médiatique d’Élise Lucet qui, se pointant à l’Assemblée nationale, a sommé les élus qu’elle a croisés de se soumettre à un test de dépistage de stupéfiants. Certains ont protesté, mais d’autres ont joué le jeu, « trop heureux de cette occasion facile d’exhiber leur vertu ». Cette volonté de mettre à l’épreuve la moralité des autres, ainsi que celle de faire étalage de ses propres mérites, constituent une attaque contre la vie privée, cette dernière étant « une des plus grandes conquêtes de l’humanité ».

Michaël Prazan vient de publier (aux éditions de l’Observatoire) La Vérité sur le Hamas et ses idiots utiles où il retrace l’histoire de la confrérie islamiste à vocation terroriste et pointe la naïveté des Occidentaux qui l’a laissé propager son idéologie mortifère et antisémite au nom de la « résistance » palestinienne. Se confiant à notre directrice de la rédaction, il affirme que l’islamisme prospère partout où l’éducation régresse. Côté international, Gil Mihaely a interrogé Pierre Lellouche. L’ancien ministre de François Fillon, excellent connaisseur des questions stratégiques, ne s’attendait pas à la brutalité de Donald Trump à l’égard de Kiev ni à ce qu’il refonde la puissance américaine sur le modèle de la Chine ou de la Russie. Il appelle les Européens, jusqu’ici grands cocus de cette affaire, au réarmement. Pierre-Jean Doriel, le Directeur général de l’Institut des Français de l’étranger, raconte comment les Australiens sont arrivés à réguler l’immigration dans leur pays. Marie Lang explique pourquoi tant de Vietnamiens choisissent le chemin de l’immigration clandestine. A la différence d’autres, le Vietnamien reste un migrant discret, travailleur et d’intégration facile.

Emmanuelle Ménard raconte sa vie après l’Assemblée. Olivier Dartigolles alerte aux dangers de l’enthousiasme pro-trumpiste de ce côté de l’Atlantique, tandis qu’Ivan Rioufol se désole du mépris affiché par les élites à l’égard de la France périphérique. Gilles-William Goldnadel revient sur les derniers actes barbares commis au nom de l’islamisme. Et Jean-Jacques Netter, le vice-président de l’Institut des Libertés, entame une nouvelle chronique sur l’actualité économique.

Nos pages culture s’ouvrent sur un hommage à Georges Liébert, décédé le 24 janvier. Elisabeth Lévy se souvient de cette grande figure de l’édition française qui était également un musicologue respecté et un collectionneur averti. Cet anar de droite érudit a arpenté l’existence avec ironie et fantaisie.

Yannis Ezziadi s’entretient avec Angelo Debarre, l’un des plus grands guitaristes manouches de notre époque. Selon lui, lorsqu’on est né dans la communauté des gens du voyage, la musique est une chose qui va de soi, c’est un miracle quasi divin, et Django Reinhardt, inventeur du « swing manouche », demeure une figure solaire. Georgia Ray a visité deux expositions parisiennes qui réécrivent l’histoire de l’art. Nos musées n’en finissent pas de mettre à l’honneur des femmes artistes victimes de l’odieux patriarcat. Pourtant, il n’est pas question de valoriser leur talent mais d’offrir une revanche à ces « invisibilisées ».

Philippe Lacoche s’est plongé avec enthousiasme dans les deux nouveaux livres de Patrick Besson ; Vincent Roy a lu un brillant essai de Philippe Raynaud sur Victor Hugo ; et Jacques Aboucaya a relu un titre classique d’Alphonse Boudard. Alexandra Lemasson nous entraîne dans le monde poétique et inquiétant du romancier japonais, Haruki Murakami. Julien San Frax, lui, nous entraîne dans une véritable Odyssée vers la ville cubaine de Trinidad, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Côté cinéma, Jean Chauvet évoque les pépites affichées par les écrans de mars. Et enfin, Emmanuel Tresmontant pose une question fondamentale : le bordeaux est-il réac ? Car depuis une vingtaine d’années, les vins de Bordeaux traversent une crise profonde. Boudé par les consommateurs branchés, ce vignoble serait passéiste et démodé, en un mot de droite ! Mais les vignerons girondins, qui en ont vu d’autres, savent se réinventer. Tout bien considéré, Causeur ressemble à un très bon bordeaux…

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La vérité sur le Hamas et ses « idiots utiles »

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Réarmement: se reposer ou être libres…

Les députés ont débattu hier de l’Ukraine à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre François Bayrou a affirmé que l’invasion de l’Ukraine par les Russes en 2022 avait marqué un « basculement entre deux mondes ». Avant cette date, il existait dans l’ordre mondial « des garde-fous qu’on pouvait évoquer, des traités qu’on pouvait brandir, des résolutions qu’on pouvait invoquer, des engagements qu’on pouvait rappeler », regrette-t-il. « Est-ce qu’il faut continuer de mettre plus d’argent pour se réarmer ? La réponse est oui, et donc il faudra forcément faire des choix politiques en la matière » a déclaré de son côté le ministre des Armées M. Sébastien Lecornu. Si la France a « bien sûr eu raison de soutenir l’Ukraine », Marine Le Pen déclare qu’il ne sera jamais question pour son mouvement de « soutenir une chimérique défense européenne ». Les Français sont-ils prêts à travailler plus, collectivement, pour fournir l’effort de défense ? Le commentaire d’Elisabeth Lévy


Il est beaucoup question de réarmement. Les Européens se réveillent d’un long sommeil. Pas sous le fougueux baiser d’un prince charmant. François Bayrou a résumé hier à l’Assemblée nationale l’illusion post-nationale et post-historique des élites dirigeantes. «Depuis 1945, l’Europe, l’Occident, la communauté des nations, vivait avec l’idée qu’une loi internationale régissait des relations internationales.» Cette illusion est encore plus prégnante depuis la fin de la guerre froide. L’avènement d’un monde pacifié par le droit et le commerce nous était promis par Francis Fukuyama (la fin de l’histoire). Main dans la main, capitalisme et démocratie devaient régner sur le monde. À l’époque, il y avait un dicton dans la communauté stratégique qui disait que les États-Unis sont le maître idéal, parce qu’ils sont riches et ils sont loin. Dans leur grande salle de gym (Peter Sloterdijk), les Européens et notamment les Français pouvaient s’adonner à la consommation financée par l’État-providence (c’est ce qu’on a appelé les dividendes de la paix). Mais ils n’ont pas voulu entendre les prédécesseurs de Donald Trump qui tous déjà exigeaient un partage du fardeau.

Il n’est pas sûr que les Américains quittent l’OTAN (et notamment l’article 5 du Traité de l’Alliance atlantique), mais le départ des soldats américains basés en Europe est probable. 80 000 hommes vont plier bagage. Les Européens vont devoir payer pour leur sécurité.

Mais nous ne sommes pas en guerre avec la Russie. Il ne s’agit pas de faire la guerre, ni de brailler que Poutine c’est Hitler, mais de pouvoir se défendre. Si tu veux la paix, prépare la guerre.

Nouveau, Causeur #132 : Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

Au-delà de Trump, Poutine, Zelenski et de l’Ukraine, dans un monde de carnivores, les herbivores seront vassalisés. Pour que la France redevienne une puissance d’équilibre comme le souhaite Marine Le Pen, elle doit être respectée, donc faire peur. Il devrait en conséquence y avoir union sacrée pour augmenter notre puissance militaire. Or, les communistes retrouvent leur pacifisme bêlant (le sympathique Fabien Roussel nous explique qu’il faut construire des écoles plutôt que des usines d’armement…). Jean-Luc Mélenchon fustige l’impérialisme américain (plus problématique selon lui que le russe ou le chinois apparemment !). La droite est divisée, le Rassemblement national aussi. Les macronistes en profitent pour ressortir la défense européenne des tiroirs, ce qui revient à sortir d’une illusion pour plonger dans une autre. Pourquoi ? La défense, c’est la souveraineté. Et la souveraineté, ce sont les nations. Il peut bien sûr exister des coopérations, des alliances, des engagements communs, peut-être même une garantie nucléaire pour certains de nos alliés – si la France décide seule. Mais nous n’allons pas décider de notre politique étrangère et nos alliances à 26. Le bouleversement diplomatique actuel devrait même être l’occasion pour nous de reprendre le leadership en Europe.

Seulement, pour passer de 2 à 3,5% du PIB en dépenses militaires, il nous faut trouver 40 milliards. Les Russes sont eux à 8%. Je ne suis pas du tout sûre que les Français soient prêts à faire l’effort nécessaire, alors que se profile un énième psychodrame sur les retraites. Ces citoyens qui passent leur temps à militer pour leur retraite, l’Etat social ou leurs avantages devraient méditer cette formule de Thucydide (citée par l’économiste Olivier Babeau[1]): « Citoyens, il faut choisir, se reposer ou être libres… »


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio


[1] https://www.europe1.fr/emissions/L-edito-eco2/une-union-sacree-pour-financer-notre-rearmement-666299

Christofle, une brillante histoire

La maison Christofle dévoile ses plus belles ménagères au musée des Arts décoratifs de Paris. Un ruissellement d’or et d’argent pour célébrer près de deux cents ans d’orfèvrerie grandiose et délicate.


L’exposition s’ouvre sur un fantôme. Un revenant du Second Empire réchappé de l’incendie criminel qui ravagea le palais des Tuileries en 1871 : le monumental surtout de table commandé par la cour impériale pour les grands dîners de cents couverts réunissant autour de l’empereur et de l’impératrice les princes et les élites de l’Europe.

Les fastes de la cour impériale

C’est un ensemble aux dimensions du régime impérial. Et à l’image des défauts de son temps : pompeux, grandiloquent, académique et sans grâce, tout comme le seront les monuments dont le Second Empire, puis la Troisième République allaient parsemer la France. Conçu par trois sculpteurs célèbres en leur temps, Georges Diebolt (auteur du Zouave du pont de l’Alma), François Gilbert (représenté par d’innombrables ouvrages à Marseille comme à Paris) et Pierre-Louis Rouillard (Le Cheval à la Herse sur le parvis du musée d’Orsay), le surtout des Tuileries a été produit par la maison Christofle au tout début du règne. Constitué de métal argenté et non d’argent massif comme c’était la règle jusque-là, il traduit l’intérêt, sinon la passion que Napoléon III portait aux découvertes de son temps. C’est en effet grâce au procédé inventé par Henri de Ruolz et par d’autres, et dont les brevets avaient été rachetés par Charles Christofle, que l’on put réaliser de telles pièces d’apparat sans que l’on dût y consacrer des quintaux de métal précieux comme cela avait été le cas avec le mobilier d’argent massif qui ornait les Grands appartements à Versailles au temps de Louis XIV. Un procédé « incarnant la modernité qu’introduisit Christofle sur la table des princes » et qui est à l’image de ce règne impérial durant lequel la France entra dans le monde moderne.

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Que ce surtout de table hors norme ait survécu au désastre de la Commune est un vrai miracle. Toutefois, durant l’incendie du palais, tout l’argent dont il était recouvert a fondu. Il n’en reste donc aujourd’hui, parfaitement conservé et sans doute savamment restauré, qu’un vestige désenchanté de la splendeur d’antan.

Une révolution

Avec cette exposition Christofle au Musée des Arts décoratifs, ce sont des procédés révolutionnaires pour l’époque qui expliquent la renommée de ce bijoutier devenu l’orfèvre de la société d’alors. Des procédés qui ont pour nom l’électrolyse et la galvanoplastie.

En 1842, sous Louis-Philippe, qui était quelque peu avare et qui commandera tout un ensemble de couverts simplement argentés pour son château d’Eu, Charles Christofle a donc racheté à Henri, comte de Ruolz-Montchal, chimiste aussi bien que compositeur d’opéras, sa technique de dorure et d’argenture par électrolyse permettant de recouvrir d’or ou d’argent des objets d’un métal plus vil. C’est une révolution qui va marquer le XIXe siècle et dont les effets perdurent aujourd’hui. C’est le luxe qui passe des cours princières à la bourgeoisie, laquelle est devenue la principale détentrice du pouvoir à la suite de l’aristocratie. C’est l’avènement du ruolz qui n’était au fond que l’apparence de l’or et de l’argent et que l’on considérait avec un dédain appuyé au sein des antiques familles blasonnées.

Des merveilles de savoir-faire

Les manufactures Christofle qui se succèdent, de Paris tout d’abord à Yainville (Normandie) aujourd’hui, en passant par Saint-Denis au nord de la capitale, emploieront jusqu’à 1600 personnes dans les époques fastes, alors que Christofle rafle les médailles d’or lors des Expositions universelles et que l’Europe se précipite sur ses productions. Le meilleur de ces réalisations, renouvelées, réinventées jusqu’à nos jours s’exhibe de salle en salle, dans cette aile du Louvre édifiée du temps de Napoléon III.

On y voit des merveilles de savoir-faire, des réalisations aux techniques éblouissantes. Et puis des chefs-d’œuvre de ce mauvais goût tapageur qui régna aussi lors du Second Empire et, pire encore, sous la Troisième République, en contradiction absolue avec les plus nobles réalisations du XVIIIe siècle dont on se voulait pourtant les héritiers. 

Arts de la table

À l’enrichissement du pays sous Napoléon III, à l’apparition d’un nouvel urbanisme, à l’aisance de l’aristocratie et de la bourgeoisie répond la sacralisation des arts de la table et une folle prolifération des couverts et accessoires qui ornent la mise en scène des repas. En argent massif, certes, ou en vermeil pour les plus somptueux, mais surtout en métal argenté ou doré, ceux-ci répondent à des usages infinis.

Alors qu’aujourd’hui on en vient même à ignorer les cuillères à dessert et que chez le commun des mortels le métal inoxydable détrône l’argenterie, dès la seconde moitié du XIXe siècle, de celle réservée au potage à celle destinée au moka, Christofle propose vingt-et-un modèles de cuillères de toutes tailles. S’y ajoutent les cuillères à glace et tous ces accessoires que sont les cuillères à fraises, à œufs, à ragoût, à sauce, à moutarde, à olives, à compote, à sucre brésilienne, à sucre repercée… Mais aussi les fourchettes à huîtres, à escargot, à sardines, à saucisson, à cornichons, à viande froide, à fruits, à gâteau dont les effectifs pléthoriques renforcent celles qui encadrent les assiettes. On n’oublie pas la louche à lait, la louche à potage, le couteau ou la pelle à beurre, la pelle à œufs sur le plat ou à macaronis, la pelle à pâté, la pelle à sel, courte ou longue, la pelle à thon, la pelle à tarte, la pince à asperges ou la pince à sucre… et bien évidemment le service à hors-d’œuvre comprenant six pièces à lui seul… Tous ces objets aux destinations infinies que renferment les écrins familiaux et dont on a aujourd’hui bien souvent oublié l’usage.

La galvanoplastie

L’aigle de Suger, abbé de Saint Denis, datant de la première moitié du XIIe siècle ; la grande patère dite de Minerve appartenant au fabuleux trésor de Hildesheim, cet ensemble éblouissant de soixante-dix pièces d’argent massif datant du premier siècle après J.C. et qui venaient d’être découvertes en 1868… ces merveilles de l’Antiquité ou du Moyen Âge, on  allait désormais pouvoir en acquérir des copies reproduites à la perfection par la maison Christofle grâce au procédé de la galvanoplastie perfectionné dès 1852 par l’ingénieur Henri Bouilhet, un neveu du fondateur. Mais on excellait aussi à en créer de nouvelles, à l’image de cette magnifique jatte en porcelaine bleu de Sèvres montée sur cuivre doré et autour de laquelle serpente la plus délicate guirlande de feuilles d’or. Les œuvres produites par les plus grands artistes ou artisans du moment sont dès lors innombrables.

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Elles répertorient tous les styles, tous les courants artistiques qui ont eu cours au fil des siècles : de l’Empire romain au temps de Louis XV ou de Louis XVI, de l’art médiéval à l’Art nouveau et à l’Art déco, du Japon au Proche-Orient. Même si, parfois, des chefs-d’œuvre de savoir-faire (torchère de Reiber d’un baroque échevelé ou table de boudoir néo-Louis XVI (Reiber, Carrier-Belleuse, Chéret), surchargés de dorures, de cariatides, d’amours ailés, de feuillages, de roses, de frises ou de volutes, apparaissent à nos yeux comme des prodiges d’un mauvais goût ostentatoire.

Dans l’Orient Express, sur le Normandie ou le Concorde

On se divertit bien davantage en découvrant une table du restaurant de l’Orient Express, dressée dans une period room délicieusement évocatrice des voyages de jadis. Ou face à un ensemble de la plus grande élégance conçu pour les repas pris sur le paquebot Normandie, à destination duquel on fabriqua 45 000 pièces dont on reverra plus tard le modèle sur le France. Ou devant les couverts utilisés sur le Concorde du temps où il volait encore. Car, que l’on voyageât par train, par avion, par bateau, on retrouvait partout des productions de Christofle, vaisselle et couverts de métal argenté représentant le bon goût français.

S’il est évoqué ailleurs les tables d’apparat de ministères à la tête desquels de simples bourgeois parvenus au pouvoir se targuent de jouer aux grands seigneurs aux dépends du budget de la République, on s’extasie davantage devant les services à thé de tous styles qui sont des sommes de raffinement… même si le contact avec le métal est si funeste pour le thé ; devant les services de table complets de Louis-Philippe (en métal argenté) ou de Napoléon III (en argent massif ou en vermeil) ; ou face à une table à thé Art Déco tout de marbre et d’argent.

Dans un tout autre registre, un remarquable collier en argent de 2005 nommé Palmaceae (Michele Oka Doner) souligne que la Maison Christofle n’oublie pas que son fondateur fut tout d’abord un bijoutier.


Exposition Christofle, une brillante histoire.
Jusqu’au 20 avril 2025. Musée des Arts décoratifs, Paris.

Robert Ménard: le fou rire et l’effroi

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Robert Ménard au tribunal judiciaire de Montpellier, 18 février 2025 © Alain Robert/SIPA

Poursuivi devant les tribunaux pour avoir refusé de marier une Française à un Algérien sous OQTF, Robert Ménard observe que le Droit et le bon sens sont bafoués au nom des droits de l’homme.


Je vais être condamné. Sans l’ombre d’un doute. Malgré le vote du Sénat ce 20 février en faveur de l’interdiction des mariages aux étrangers en situation irrégulière ! Malgré l’immense soutien populaire que je reçois depuis le début de cette affaire. Malgré les prises de position de poids lourds du gouvernement comme Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, ou Gérald Darmanin, le garde des Sceaux. Oui, c’est vrai, par une douce journée de juillet 2023, j’ai refusé de marier une jeune femme française à un étranger sous le coup d’une OQTF. Comme une évidence. Et si c’était à refaire, je le referai.

J’avais une porte de sortie : celle de « plaider coupable » comme on dit dans les séries américaines. Mais j’ai refusé le scénario. Je ne suis pas acteur de série B. Je ne suis coupable de rien. Comment, en tant que maire, pouvais-je marier un étranger en situation irrégulière et, en plus, défavorablement connu des services de police, comme on dit pudiquement dans les médias ?

Le comble dans cette affaire rocambolesque, c’est que la nouvelle loi votée par le Sénat – quarante-huit heures seulement après mon passage devant le procureur – va probablement être retoquée par le Conseil constitutionnel en raison de l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme que la France a ratifiée. Cette même convention que j’ai utilisée toute ma vie pour défendre les journalistes emprisonnés dans le monde… Le Droit transformé en machette à découper le bon sens. Le Droit perverti qui se retourne contre ceux qu’il est censé défendre. Le Droit qui fait qu’expulser un jeune homme installé illégalement chez nous, délinquant violent, devient aussi hasardeux que gagner au loto.

À lire aussi, Dominique Labarrière : Robert Ménard: héros du bon sens

Plus cocasse encore si j’ose dire, le jour où je comparaissais devant la justice, nous apprenions que la Mairie de Béziers était encore une fois condamnée pour sa crèche qui, chaque année, fait trembler d’effroi les groupuscules laïcards et autres associations gauchistes. En dix ans, nos trois Palestiniens, Jésus, Joseph et Marie, ont subi pas moins de 21 procès pour avoir osé s’abriter dans la cour de l’hôtel de ville. On jugera de l’obsession de ces adorateurs de la secte laïque pour une simple étable et quelques dangereux santons.

Il faut le claironner, le bon sens est aux abonnés absents dans notre pays. Il est piétiné chaque jour. Comment, alors que l’écrasante majorité des Français n’en peut plus de l’immigration massive et incontrôlée, peut-on obliger un maire à marier un OQTF et le mettre ainsi quasiment à l’abri de toute expulsion ? Quand le droit nous oblige à escalader le réel par la face nord…

Cette histoire de mariage, c’est Roméo et Juliette réécrit par la Cimade. J’apprends, à l’instant où j’écris ces lignes, que la fameuse Eva tenterait de se marier avec son tendre Mustapha en Algérie. Mais pour cela, à Oran, il faut être… en situation régulière ! Là-bas, on ne finasse pas…

Quand les historiens du futur se pencheront sur notre époque, ils hésiteront sans doute entre le fou rire et l’effroi.

Ces stars de la télé qui bousculent la politique

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De gauche à droite : Donald Trump, Volodymyr Zelensky et Cyril Hanouna © Sipa

Présidentielles : la télécommande remplacera-t-elle définitivement demain les urnes ? Après le succès de Berlusconi en Italie, de Trump aux États-Unis ou de Zelensky en Ukraine, des figures du petit écran sont testées par les instituts de sondage en France. Plutôt à droite.


L’animateur de télévision sera-t-il la bouée qui sauvera la politique de son naufrage ? Un constat, en tout cas, s’impose : la société du spectacle a banalisé ses règles jusqu’au sein du bureau Ovale, à Washington. « Ca va être de la grande télévision ! », a conclu vendredi, en showman qu’il est resté, Donald Trump après son altercation spectaculaire avec Volodymyr Zelensky, lui-même ancien acteur d’une série humoristique qui aura fait son succès en Ukraine. Les deux professionnels de l’audimat ont-ils eu conscience d’alimenter leur confrontation en appliquant les ressorts de la provocation et de l’outrance, afin de prendre l’opinion à témoin ? Ce n’est pas à exclure. On n’imagine pas, en tout cas, Ronald Reagan, pourtant lui-même ancien acteur de cinéma, se prêter en direct à ce genre de déballage de linges sales. En réalité le rejet du monde politique, déconnecté du réel, est devenu tel qu’il ouvre des perspectives à ceux qui, formés aux compétitions d’audiences de l’audiovisuel privé, savent s’adresser aux gens et les fidéliser. Silvio Berlusconi, en Italie, avait ouvert la marche il y a trente ans. Eric Zemmour, créature télévisuelle plus sophistiquée, est aussi de cette école.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro : Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

Dernièrement, un sondage Ifop-Fiducial a introduit Cyril Hanouna parmi les présidentiables, même si son score reste modeste avec 11% de soutiens. L’intéressé ne semble pas écarter l’hypothèse d’une future candidature. L’ex-animateur vedette de C8 vient d’ailleurs de rebondir sur d’autres canaux, après la fermeture de la chaîne au début de ce mois, en entrainant dès lundi soir 1,5 million de téléspectateurs. Philippe de Villiers, porté par ses audiences sur CNews, est réclamé par ses supporteurs pour briguer l’Élysée. Pascal Praud partage aussi cette notoriété. La droite populaire est la plus à l’aise dans cet univers.


Ifop / Twitter

Le dénominateur commun à ces hommes de télévision est leur proximité, souvent intuitive, avec cette partie du peuple qui, trop modeste aux yeux des dirigeants, reste oubliée des professionnels de la politique. L’ascension de ces nouvelles stars est évidemment méprisée des « élites ». Elles se contentent notamment de voir en Trump un clown impulsif et violent. Mais Montesquieu le rappelle : « Pour faire de grandes choses il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes. Il faut être avec eux ». Les alertes sur le risque démagogique et la tyrannie des foules, que de tels personnages pourraient porter, sont certes à entendre. Il est possible que cette politique spectacle ne soit d’ailleurs qu’une intermittence. Cependant ces symptômes sont d’abord la conséquence du dégoût que suscite la politique auprès des sondés. Ces rejets dureront tant que la caste n’aura pas compris l’urgence à partager la vie ordinaire. La théâtralisation, développée par Emmanuel Macron, se contente d’exhiber déguisements, signes et mots creux. Elle laisse voir l’insincérité du chef de l’État. Ce mercredi soir, il se servira lui aussi de la télévision, une nouvelle fois, pour tenter de se placer dans les négociations entre Trump et Poutine sur l’Ukraine. Il agitera encore, sans doute, les peurs sur une menace existentielle portée par la Russie afin de promouvoir l’Europe supranationale que les peuples refusent. Or, il ferait mieux d’écouter, sur ce sujet comme sur d’autres, ce que disent les saltimbanques du petit écran.

Les « grandes universités » et la politique américaine

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Sur cette photo d’archives du 23 mai 2005, Donald Trump, à gauche, écoute tandis que Michael Sexton l’introduit lors d’une conférence de presse à New York, où il annonce la création de la Trump University © Bebeto Matthews/AP/SIPA

Les formations académiques des dirigeants américains prouvent qu’on peut sortir de Yale ou Harvard sans jamais y être vraiment entré.


Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs, et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d’argent.
Mathieu 26 :14-15


Ces universités sont-elles un gage d’excellence et de probité? Penchons-nous sur quelques personnalités.

Il y eut le président Richard Nixon, qui reçut son diplôme de droit de l’université Duke en Caroline du Nord. Sa contribution au développement du droit constitutionnel fut historique, mais pas vraiment celle qu’il eût souhaitée. Lui succéda son vice-président Gerald Ford, sorti avec un rang honorable de la faculté de droit de l’université Yale, alors que, selon le truculent président Lyndon Johnson, son faible quotient intellectuel le rendait incapable de coordonner sa mastication du chewing-gum, d’une part, et, d’autre part, ses exhalaisons digestives.

Les choses s’accélèrent avec George « Dubya » Bush, qui obtint son BA en histoire de l’université Yale et son MBA de l’université Harvard. Il va sans dire qu’il fut admis dans ces deux universités en dépit de sa grammaire fort idiosyncratique, sur interventions de papa, grâce aux programmes de discrimination positive (« affirmative action » en v.o.), ou « diversité, équité et inclusion » profitant aux WASPs millionnaires.

[Note technique : cette catégorie de candidats, qui offrent, selon l’euphémisme codé, un « potentiel de développement », « achètent », de manière tacite, leur place en contrepartie de la « promesse », non moins tacite, d’une généreuse contribution à la fondation des anciens de l’institution dans les années à suivre; à son tour, celle-ci « s’engage », toujours de manière tacite, à accorder des facilités d’admission à la progéniture des donateurs, et ainsi de suite.]

Bienvenue à la Trump University

En ce qui concerne la première campagne électorale de Donald Trump en 2017, l’universitaire d’origine canadienne, Francis H. Buckley, eut l’honneur de se joindre à sa garde prétorienne à titre de conseiller. Cet ex-étudiant de la faculté de droit de l’université McGill à Montréal (51e Etat) y revint à titre d’enseignant par la suite, après être passé par Harvard. Cette éminente réincarnation de Socrate y eut pour collègue Hermann Hahlo, un humaniste convaincu que les femmes et les noirs n’étaient pas faits pour le droit. Frank Buckley avait donc tout le bagage intellectuel pour servir un jour le fondateur de la célèbre Trump University. Il fut demandé au grand ponte de quelle manière un milliardaire champion de l’évasion fiscale pouvait prétendre au titre de sauveur de la classe moyenne saignée à blanc :

En 1935… quand Roosevelt a nommé Joseph Kennedy… à la tête de la commission de contrôle des marchés financiers, tout le monde a rappelé qu’il était un corrompu. Le président a répondu qu’il en fallait un pour en attraper un.

Pour assurer la justice fiscale, la solution était simple, mais il fallait un Canadien devenu citoyen américain en 2014… « on Tax Day » (le « jour de l’impôt » en v.f., ça ne s’invente pas…) pour y penser. La boucle était bouclée pour Frank Buckley.

(Signalons au passage un autre lauréat de la faculté de droit de Yale, le gouverneur de Floride Ron DeSantis, lequel assimile audacieusement l’immigration illégale à une forme d’ « invasion » au sens militaire du terme).

Nous en arrivons au vice-président JD Vance (et oui, lui aussi) de Yale, qui vient d’étonner le monde juridique en montant d’un gros cran : les juges n’ont pas le pouvoir de contrôler l’action du pouvoir exécutif! Une thèse constitutionnelle on ne peut plus innovatrice.

A lire aussi, Gerald Olivier: Universités américaines: la fin de la préférence raciale

Et enfin, le bagage universitaire de Donald Trump. Cet homme d’affaires, dont on ne compte plus les faillites (bon-papa, efficace tenancier de maison close, a dû se retourner dans sa tombe), a obtenu son BA en économie politique de la prestigieuse Wharton School de l’université de Pennsylvanie. Manifestement, il semble avoir pris quelques distances des enseignements reçus vu que sa politique économique se heurte aux réticences du Wall Street Journal, par exemple. Milton Friedman le taxerait d’hérésie.

Quelles leçons tirer? Il faut rendre hommage aux talents de bateleurs de ces facultés américaines, sur le plan marketing international; des « country clubs » qui font rêver…

Inoubliable George W. Bush

Selon certaines études, le nombre de gestionnaires titulaires du MBA harvardesque ayant conduit leur entreprise à la faillite est fort impressionnant, et Dubya, fidèle à la tradition, coula toutes les unités commerciales que la famille lui avait confiées.

Son parcours interpelle aussi sur le niveau des cours d’histoire et de culture générale dispensés par la faculté des Arts de Yale. Il déclara un jour en campagne électorale que « Jésus était son philosophe préféré » (sic). Profession de foi fort judicieuse pour séduire l’électorat évangélique redneck, mais révélatrice d’une grave confusion. En France, le prêtre le plus conservateur, le plus traditionaliste et célébrant la messe en latin après son autoflagellation matinale comprend les domaines respectifs de la révélation et des injonctions divines, d’une part, et, d’autre part, de la raison humaine. Cela dit, chacun a le droit le plus absolu de hiérarchiser ses sources d’inspiration, mais il est quand même permis de douter que Dubya se fût livré à d’exhaustives lectures complémentaires de penseurs profanes comme David Hume ou Bertrand Russell. Avoir consacré un été à L’étranger de Camus est louable, mais insuffisant pour comprendre le monde. Il eût dû, au minimum, poursuivre avec La peste, d’une actualité encore plus brûlante, même si, vu le plus grand nombre de pages, deux étés eussent été nécessaires.

De manière plus générale, la récente rencontre du président Macron et de Sa Majesté Orange, pendant laquelle celui-là a remis les pendules de celui-ci à l’heure au sujet de l’aide accordée à l’Ukraine par l’Europe et les États-Unis, a permis aux observateurs de faire la comparaison entre la classe européenne, d’une part, et, d’autre part, la rugueuse rusticité américaine. La prestation du chef de l’État français sur la scène internationale s’inscrit dans la tradition des Valéry Giscard d’Estaing et des François Mitterrand, qui comptaient deux millénaires de civilisation. Les diplômés des grandes écoles françaises n’ont, au final, rien à envier aux plombiers ayant suivi leur surfaite formation technique dans de luxueux campus, dont l’horizon se limite à la grande banlieue de Kansas City. Yale, qui a produit le visqueux « Uncle Tom », Clarence Thomas, juge à la Cour suprême, semble d’ailleurs se distinguer particulièrement.

On imagine mal un futur Trump en formation à Jouy-en-Josas.

Où en est donc l’Amérique aujourd’hui?

À l’époque de la guerre froide, elle vivait dans la hantise des discrètes « taupes » susceptibles d’avoir infiltré les institutions américaines. Vladimir Poutine, lui, a réussi ce coup de maître historique de s’emparer, au grand jour, de la totalité de l’exécutif, comme il ressort de l’embuscade télévisée dans laquelle est tombé le président ukrainien Zelinsky le 28 février 2025 dans le bureau ovale, organisée par le truchement de Donald Trump et de son vice-Rottweiler, qui n’a jamais autant mérité sa qualité autoproclamée de « hillbilly » (« péquenaud » en v.f.). Faire passer l’agressé pour l’agresseur est un procédé orwellien qui a acquis ses lettres de noblesse dans les années 1930.

Camus n’aurait pas aimé les César…

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Discours de Josiane Balasko à la 50ᵉ cérémonie des César, où elle interpelle Rachida Dati sur une Europe de la culture, Paris, 28 février 2025 © Jean-Phlippe Pariente/SIPA

Les César ont fêté leurs 50 ans avec une soirée plutôt sobre, épargnée par les habituels discours militants… enfin, presque.


La cérémonie des César a eu lieu dans la soirée du 28 février et on fêtait son cinquantième anniversaire. Par rapport à beaucoup de ses devancières, elle a été réussie, relativement sobre et, sur le plan idéologique, on n’a eu droit qu’au propos militant d’un syndicaliste avant le spectacle, au déchaînement partisan du réalisateur de l’excellent La Ferme des Bertrand1 et à une allusion légère de Josiane Balasko. On a évidemment connu bien pire. Ce qui s’est déroulé à Paris n’est pas tombé dans le ridicule comme par exemple aux Magritte du cinéma belge à Bruxelles où Charline Vanhoenacker a tenté en vain de faire rire un public avec une diatribe anti-RN ratée.

Artistes et justiciers

Aussi la pensée d’Albert Camus qui m’inspire ce billet – citée par Vincent Duclert dans un article du Monde– se rapporte en général à toutes ces interventions publiques, médiatiques, d’artistes venant déclamer leurs convictions, toujours de gauche, avec une constance qui n’est animée que par la plus ou moins grande violence de leur phrasé. Albert Camus affirmait dans son discours au banquet de son prix Nobel : « Les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et s’ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel ».

A lire aussi, Didier Desrimais: De Jacques Weber à Solann, Oh ! les belles âmes

Le juge est fondamental dans une société pour, grâce au droit, la pacifier, répondre aux attentes citoyennes, trancher les conflits, défendre les victimes et sanctionner les coupables.

Mais on comprend bien la manière dont Camus, en usant de ce terme, cherche à discréditer les faux artistes qui politisent, dévoient leur art, stigmatisent, sont intolérants, se posent en « juges », voire en justiciers et qui, au lieu de dialoguer, d’expliquer et de « comprendre », apposent sur l’infinie diversité de la vie et des idées, la chape de plomb de leur idéologie.

Forcément de gauche…

Parce que, bien sûr, il faut être de gauche qui est précisément la propension à juger, à départager le bon et le mauvais côté et à mettre l’art entre parenthèses puisque ce dernier est complexité, ambiguïté, profondeur, force du langage, respect de l’autre.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Du wokisme comme bien-pensance et déni généralisé: l’affaire Karla Sofía Gascón

Albert Camus, louant les « vrais artistes », ceux qui créent, qui jouent et cherchent avec leur âme singulière à offrir de l’universel, n’aurait pas vu dans les César son rêve de théâtre, son exigence d’humanité et son sens de la fête. Mais il n’aurait pas été homme à juger, pire, à condamner. Grand écrivain, véritable artiste, il se contentait de comprendre. On ne l’oublie pas.

MeTooMuch ?

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  1. Gilles Perret NDLR ↩︎

Kemi Seba, faux prophète du panafricanisme et vrai relai des autocrates

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Kemi Seba participe à une session sur la construction d'un avenir commun : opportunités éducatives et scientifiques de la Russie pour l'Afrique dans le cadre du deuxième sommet économique et humanitaire Russie-Afrique 2023, Saint-Pétersbourg, 28 juillet 2023 © SOPA Images/SIPA

Il se rêve en leader de l’Afrique libre, mais il est surtout le porte-voix des puissances autoritaires. Entre Moscou, Bakou, Téhéran et son projet chimérique de conquête du pouvoir au Bénin, Kémi Séba joue une partition de plus en plus grotesque.


Président du Bénin ? L’absurde mise en scène

La dernière lubie de Kémi Séba aurait pu prêter à sourire si elle ne révélait pas un profond mépris des réalités politiques béninoises. Début janvier 2025, l’activiste franco-béninois a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2026, dans une mise en scène millimétrée, bras levés face à une foule acquise à sa cause, diffusée sur ses réseaux sociaux. « Nous ne laisserons plus notre destin entre les mains des valets de l’Occident », tonnait-il, oubliant au passage qu’il a lui-même, pendant des années, servi de porte-voix aux intérêts russes et azerbaïdjanais en Afrique.

Son problème ? Outre l’absence totale de programme concret – un détail fâcheux lorsqu’on prétend briguer la magistrature suprême – il ne remplit même pas les conditions élémentaires pour se présenter. Au Bénin, les candidats doivent être parrainés par des députés et des maires. Et ces élus ne peuvent parrainer une candidature autre que celui adoubé par leur parti. Or, à ce jour, aucun élu béninois ou parti politique éligible ne semble disposé à lui accorder son soutien. « Il n’a aucune assise locale, aucune vision politique autre que ses diatribes anti-occidentales », résume un analyste politique basé à Cotonou. Sa candidature ressemble plus à une performance médiatique qu’à une ambition présidentielle. Une manière d’alimenter sa posture de martyr en prévision de son inévitable disqualification par les autorités électorales.

Mais cette escroquerie politique cache une réalité bien plus inquiétante. Car derrière son discours enflammé sur la « souveraineté africaine », Seba demeure avant tout un instrument d’influence entre les mains de puissances étrangères.

L’ombre de Moscou et la prédation russe en Afrique

Derrière la façade du panafricanisme radical, c’est bien le Kremlin qui tire les ficelles. En 2023, une enquête de Jeune Afrique, Arte et Die Welt a révélé comment, entre 2018 et 2019, Kemi Seba a été financé par Evgueni Prigojine, le sulfureux patron de Wagner. Son rôle ? Mobiliser les foules africaines contre la présence française en Afrique tout en évitant soigneusement d’évoquer les exactions de la milice russe sur le continent.

Depuis la mort de Prigojine en 2023, Seba a continué à fréquenter les sphères du pouvoir russe. En mars 2024, il était encore invité à Moscou pour intervenir lors d’une conférence sur les « nouvelles alliances stratégiques » entre l’Afrique et la Russie. Là encore, il n’a eu aucun mot pour dénoncer la prédation économique des Russes en Afrique : exploitation minière illégale, accaparement des ressources naturelles en Centrafrique et au Soudan, pillage systématique des richesses africaines sous couvert de contrats militaires.

À lire aussi : Faut-il déchoir Kémi Séba de sa nationalité ou le laisser parler?

Pourtant, les méthodes de Moscou ne sont guère plus reluisantes que celles qu’il dénonce du côté occidental. Wagner et ses héritiers sont aujourd’hui impliqués dans des assassinats ciblés, des massacres de civils et des détournements massifs de fonds issus des ressources minières africaines. Mais Seba n’a pas un mot sur ces pratiques. Comme le souligne un diplomate africain en poste en Europe : « Il est plus préoccupé par le franc CFA que par les diamants du sang que Moscou extrait du continent. »

Bakou, autre financeur de l’ombre

Kemi Seba ne fréquente pas que Moscou, il a aussi trouvé une oreille attentive à Bakou. L’Azerbaïdjan, qui tente depuis plusieurs années de tisser des liens discrets mais solides avec l’Afrique, a fait du militant un relais de son influence sur le continent.

Seba s’est rendu en Azerbaïdjan, où il a rencontré plusieurs représentants du régime d’Ilham Aliyev. Il a participé à une conférence internationale à Bakou le 3 octobre 2024, intitulée « La politique néocoloniale de la France en Afrique », organisée par le Baku Initiative Group. Officiellement, ces échanges portaient sur la nécessité de « renforcer les relations Sud-Sud » et de promouvoir une « coopération mutuelle entre les peuples opprimés ». En réalité, il s’agissait surtout d’une opération de communication pour blanchir l’image de Bakou, régulièrement accusé de réprimer l’opposition et de bafouer les droits humains.

À lire aussi : Indépendantisme martiniquais: l’influence délétère de Kémi Séba

Le régime azerbaïdjanais, en quête d’alliés sur la scène internationale, a compris l’intérêt stratégique d’un porte-voix comme Seba, capable de vendre son discours anti-occidental aux jeunesses africaines. Une stratégie qui s’inscrit dans une vaste campagne de l’Azerbaïdjan sur le continent, où Bakou multiplie les promesses d’investissements et les accords de coopération, notamment dans le secteur énergétique.

Un haut fonctionnaire africain, qui a préféré garder l’anonymat, résume l’ironie de la situation : « Kemi Seba se présente comme un chantre de la souveraineté africaine, mais il sert d’outil de propagande à des régimes autoritaires étrangers. »

Un populisme dangereux

En se positionnant comme l’ennemi juré de l’Occident, Kemi Seba a réussi à fédérer une partie de la jeunesse africaine en quête de nouveaux repères. Mais derrière les discours martiaux, c’est un opportuniste qui navigue d’une influence à une autre, toujours prêt à embrasser les causes qui servent ses intérêts.

Son populisme agressif et son absence totale de projet politique cohérent font de lui un instrument idéal pour les autocraties en quête d’influence en Afrique. Que ce soit à Moscou, à Bakou, Téhéran, Caracas ou ailleurs, il reste un relais médiatique, plus soucieux de son propre pouvoir que de celui des peuples africains.

Si sa candidature présidentielle au Bénin prête à sourire, son influence, elle, ne doit pas être sous-estimée. Car derrière le verbe haut se cache un projet bien plus insidieux : celui de faire de l’Afrique le terrain de jeu des grandes puissances qui ont compris que, sous couvert de souverainisme, Kemi Seba pouvait être un allié de choix.

Après la paix: Défis français

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La fin du franc CFA

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Un chef d’œuvre de Debussy porté par une nouvelle production fabuleuse

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Pelléas et Mélisande 24-25 © Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

La nouvelle production de Pelléas et Mélisande à l’Opéra Bastille, mise en scène par Wajdi Mouawad, propose une relecture visuellement fascinante du chef-d’œuvre de Debussy, portée par la direction musicale raffinée d’Antonello Manacorda…


Blanchâtre, une taie de brouillard rasant se traîne sur le tuf noirâtre, au pied d’une forêt parcourue des bruits de la nature, et que douche trois faisceaux de lumière tombante, humide, tamisée. Apparemment blessé, un sanglier à forme humaine, une flèche fichée dans l’échine, traverse la scène d’un pas lourd.  

Un chef d’œuvre de 1902

Dans le silence bruissant de ce tableau sylvestre s’ouvrent les premières mesures de cette partition sans équivalent dans le répertoire : comme une toile peinte, ou un vieux film un peu rayé, l’écran vidéo plein cadre forme un rideau qui, d’un bout à l’autre de Pelléas et Mélisande, « drame lyrique en cinq actes et douze tableaux », occupe toute la largeur de la scène. Au premier plan, chargés par les trois « pauvres » du livret, ici vêtus de tabliers d’équarisseurs, s’accumuleront au fil du spectacle les trophées du gros gibier.  Sacrifié à la cruauté humaine…

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L’image projetée sera appelée à se métamorphoser, dans un perpétuel fondu enchaîné qui, tour à tour, figure le château du royaume d’Allemonde et ses aires – fontaine, tour, grotte, cascade, eaux dormantes et profondeur de l’onde…  jusqu’à imager la longue chevelure ondoyante de Mélisande… Au deuxième acte, le cheval éviscéré du macabre Golaud s’abîme des ceintres, comme dans un ralenti de cauchemar…  Espaces à plusieurs dimensions, dans lesquels apparaissent, se fondent, s’évanouissent les personnages du chef d’œuvre que Debussy, en 1902, adapta de la pièce symboliste de Maurice Maeterlinck, écrite près de dix ans plus tôt.

© Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

Bob Wilson tenait seul la rampe de Pelleas… à l’Opéra de Paris, à travers une régie reprise pas moins de sept fois depuis 1997, et devenue mythique, à force. Autant dire que cette production inédite était attendue : n’en déplaise à un ou deux critiques ombrageux, la relève est assurée, et haut-la-main ! Car plastiquement, sur ce décor signé Emmanuel Clolus et cette vidéo en continu créée par Stéphanie Jasmin, la mise en scène du Libano- québécois Wajdi Mouawad, également écrivain, s’avère d’une beauté sans mélange. Elle magnifie autant qu’il se pouvait, d’une lecture à la fois sobre et parfaitement limpide, l’univers éthéré, elliptique, suggestif, intemporel de cet opéra au travail duquel le compositeur du Prélude à l’après-midi d’un faune ou du Martyre de saint Sébastien avouait avoir passé douze ans de sa vie. Ne prenons pas le risque de déflorer cet étagement subtil où les arrière-plans énigmatiques propre à l’esthétique symboliste se manifestent comme dans un rêve éveillé : aucune description n’en rendra l’enchantement.  Dans ce dispositif, tout fait sens,  jamais de manière trop explicite ni appuyée.

Pelléas juvénile

La baguette ductile, enveloppante, au chromatisme raffiné, du chef natif de Turin (mais Français d’adoption) Antonello Manacorda (également violoniste et fondateur du Mahler Chamber Orchestra), fait sonner l’orchestre de l’Opéra de Paris  (a fortiori dans cette salle de la Bastille, surdimensionnée pour ce répertoire) avec une intensité de tous les instants, – et pas seulement dans les rares bouffées lyriques de la partition. Se pourrait-il que Manacorda succède à Alexander Neef comme directeur musical de la maison comme le bruit en court parfois ? Elle n’y perdra rien, à coup sûr.  

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Pour s’en tenir à Pelléas, dans cette œuvre à la prosodie délicate et si particulière, exigeant des chanteurs un phrasé de haute précision et une parfaite maîtrise de la langue, le vibrato serré, l’articulation du baryton britannique Huw Montague Rendall, à la physionomie adolescente, rendent un Pelléas candide, juvénile, proprement inoubliable. À ses côtés, sous les traits de Sabine Devieilhe, Mélisande dispense une pureté vocale à la ligne impeccablement soutenue, tandis que le baryton-basse canadien Gordon Bintner offre un timbre de métal glacé qui sied bien à l’emploi du mari jaloux, fruste et univoque qu’est Golaud. Quant à notre émérite compatriote Jean Teitgen, il campe de sa puissante voix de basse un roi Arkel souverain, d’ailleurs moins âgé, au physique, que la vieillesse prêtée par convention au grand-père de Golaud et de son demi-frère Pelléas.  

Une production d’anthologie pour servir ce monument unique de l’art lyrique français ? Cela se pourrait bien.         


Pelléas et Mélisande. Opéra de Claude Debussy. Avec Huw Montague Rendall, Sabine Devieilh, Gordon Bintner, Sophie Koch, Jean Tietgen… Direction : Antonello Manacorda. Mise en scène : Wajdi Mouawad. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris.

Durée : 3h05
Opéra-Bastille, les 12, 15, 18, 20, 25, 27 mars à 19h30. Le 9 mars à 14h30

Farishta Jami, une terroriste offusquée

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Farishta Jami © D.R.


Après sa condamnation pour terrorisme, la police britannique a accepté de remplacer la photo d’identité judiciaire initiale de Farishta Jami par une image où elle porte le niqab…


Jusqu’où les autorités publiques doivent-elles aller afin de respecter les sensibilités culturelles et religieuses des citoyens ? Outre-Manche, le cas de Farishta Jami pose la question sur le mode absurde. Cette mère de 36 ans habite la ville de Stratford-upon-Avon, la ville natale du grand dramaturge anglais, site du prestigieux Royal Shakespeare Theatre.

Née en Afghanistan, Jami est venue s’établir en Angleterre avec son mari en 2008. Or, le 13 février, un tribunal l’a reconnue coupable de deux chefs d’accusation selon la loi contre le terrorisme. En 2022, elle avait commencé les préparatifs d’un voyage vers son pays natal afin de rejoindre la branche afghane de l’État islamique, Daech-Khorassan.

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Son objectif ? Devenir martyre. Elle avait économisé de quoi payer un aller simple pour elle et ses enfants. Elle avait partagé en ligne des contenus ultra-violents et participé à des forums islamistes. Elle s’était renseignée sur l’obtention et le maniement des armes, notamment le montage et le démontage d’une AK-47.

Parmi les 7 000 vidéos stockées sur son ordinateur, certaines mettaient en scène des enfants auteurs d’attentats-suicides, préfigurant peut-être le sort qu’elle réservait à sa propre progéniture. Suivant la procédure routinière, la police a publié d’elle une photographie d’identité judiciaire. Cette pratique est bien sûr courante, car elle permet à d’autres services de police et à d’autres victimes éventuelles de reconnaître un suspect.

Or, l’avocat de Jami a fait savoir aux autorités que cette publication avait plongé sa cliente dans un état de « détresse considérable ». Pour cette musulmane pieuse, rendre son visage visible en public était offensant. Le lendemain, la police de la région a publié une nouvelle photo qui la montre en niqab. Ou plutôt qui ne la montre pas du tout, elle. Pudeur religieuse ou ruse de terroriste ? Comme le dit Hamlet : « Dieu vous a donné un visage, et vous vous en faites un autre ».

Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

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© Causeur

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Qu’est-ce qui permet de fermer une chaîne de télé populaire ou d’interdire l’expulsion de terroristes étrangers ? L’État de droit ! En présentant le sujet de notre une, Élisabeth Lévy s’alarme du fait qu’une poignée de hauts magistrats biberonnés au progressisme puisse avoir prééminence sur les pouvoirs exécutif et législatif issus des urnes. L’État de droit a été conçu pour dissuader les gouvernants d’abuser de leur pouvoir mais désormais il interdit à ces derniers de l’exercer. Robert Ménard est poursuivi devant les tribunaux pour avoir refusé de marier une Française à un Algérien sous OQTF : le maire de Béziers observe que le Droit et le bon sens sont bafoués au nom des Droits de l’homme. Dans une enquête sur l’Arcom, le gendarme de la liberté d’expression, Causeur se demande de qui cette « autorité indépendante » est vraiment « indépendante ». L’instance censée « garantir une information pluraliste et indépendante » qui a décidé la fin de C8 (confirmée par le Conseil d’État) constitue un petit monde endogamique où les mantras progressistes font office de vérité. Ses salariés et dirigeants viennent du Conseil d’État, des médias publics et privés, des cabinets ministériels de gauche ou encore du CNC, bénéficiaire des amendes infligées aux chaînes… Quant aux sans-papiers et délinquants étrangers, cinq hautes juridictions françaises et européennes garantissent une batterie de droits qui insultent le bon sens. Seule la voie référendaire pourrait inverser la vapeur. Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, passe en revue ces aberrations légales. Joseph Macé-Scaron nous dresse le portrait de Richard Ferrand qui a été élu à la présidence du Conseil constitutionnel à une voix près. Ce vieux briscard du PS sans expérience juridique n’a jamais été un brillant tacticien, pas plus qu’un illustre ministre ou président de l’Assemblée nationale, et il traîne derrière lui de sérieuses casseroles. Mais il est le protégé du chef de l’État.

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Merci patrons ! D’habitude, les chefs d’entreprise encaissent les coups en silence, acceptant de se faire déplumer par le gouvernement et insulter par des élus, syndicalistes et journalistes qui les décrivent comme des profiteurs-affameurs du peuple. Pourtant, comme l’affirment Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques dans leur introduction à notre dossier du mois, il faudrait remercier ceux des patrons qui, en dépit des taxes et normes imposées par l’État et malgré les tentations de la délocalisation, continuent à produire en France – et à croire à la France. Dans un entretien avec Jean-Baptiste Roques, le milliardaire Pierre-Edouard Stérin reste convaincu que l’État serait mieux géré si le gouvernement était composé de chefs d’entreprise. Désormais le cofondateur de Smartbox promeut ses idées conservatrices libérales à travers l’ambitieuse plateforme « Périclès ». Un projet évidemment caricaturé par les médias de gauche.

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Comme le suggère l’analyse de Stéphane Germain, il doit être difficile de garder le moral quand on est patron en France, car ce pays a sûrement l’économie la plus soviétique du monde libre. Le témoignage d’un « entrepreneur en colère » dépeint un pays qui ressemble beaucoup plus à un enfer collectiviste qu’à un paradis néo-libéral. La raison en est que la classe politique ne comprend rien à l’économie et se repose sur un secteur privé exsangue pour entretenir un État qui ne regarde pas à la dépense. Pour Sophie de Menthon, qui se confie à Jean-Baptiste Roques, l’actuel Premier ministre est un exemple parfait de cette ignorance. Elle va jusqu’à affirmer que « François Bayrou n’a pas conscience du mal qu’il fait à l’économie ». Selon la présidente du mouvement ETHIC (Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance), l’incapacité de l’État à se réformer et les gages continus donnés à la gauche sont un obstacle au développement des affaires. Mais l’historien Pierre Vermeren nuance ce portait élogieux de l’entrepreneur : si la hausse de la fiscalité au détriment d’économies budgétaires accélère les délocalisations et l’endettement public, la crise française est néanmoins « une coproduction de la classe politique et du patronat ».

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente le dernier coup médiatique d’Élise Lucet qui, se pointant à l’Assemblée nationale, a sommé les élus qu’elle a croisés de se soumettre à un test de dépistage de stupéfiants. Certains ont protesté, mais d’autres ont joué le jeu, « trop heureux de cette occasion facile d’exhiber leur vertu ». Cette volonté de mettre à l’épreuve la moralité des autres, ainsi que celle de faire étalage de ses propres mérites, constituent une attaque contre la vie privée, cette dernière étant « une des plus grandes conquêtes de l’humanité ».

Michaël Prazan vient de publier (aux éditions de l’Observatoire) La Vérité sur le Hamas et ses idiots utiles où il retrace l’histoire de la confrérie islamiste à vocation terroriste et pointe la naïveté des Occidentaux qui l’a laissé propager son idéologie mortifère et antisémite au nom de la « résistance » palestinienne. Se confiant à notre directrice de la rédaction, il affirme que l’islamisme prospère partout où l’éducation régresse. Côté international, Gil Mihaely a interrogé Pierre Lellouche. L’ancien ministre de François Fillon, excellent connaisseur des questions stratégiques, ne s’attendait pas à la brutalité de Donald Trump à l’égard de Kiev ni à ce qu’il refonde la puissance américaine sur le modèle de la Chine ou de la Russie. Il appelle les Européens, jusqu’ici grands cocus de cette affaire, au réarmement. Pierre-Jean Doriel, le Directeur général de l’Institut des Français de l’étranger, raconte comment les Australiens sont arrivés à réguler l’immigration dans leur pays. Marie Lang explique pourquoi tant de Vietnamiens choisissent le chemin de l’immigration clandestine. A la différence d’autres, le Vietnamien reste un migrant discret, travailleur et d’intégration facile.

Emmanuelle Ménard raconte sa vie après l’Assemblée. Olivier Dartigolles alerte aux dangers de l’enthousiasme pro-trumpiste de ce côté de l’Atlantique, tandis qu’Ivan Rioufol se désole du mépris affiché par les élites à l’égard de la France périphérique. Gilles-William Goldnadel revient sur les derniers actes barbares commis au nom de l’islamisme. Et Jean-Jacques Netter, le vice-président de l’Institut des Libertés, entame une nouvelle chronique sur l’actualité économique.

Nos pages culture s’ouvrent sur un hommage à Georges Liébert, décédé le 24 janvier. Elisabeth Lévy se souvient de cette grande figure de l’édition française qui était également un musicologue respecté et un collectionneur averti. Cet anar de droite érudit a arpenté l’existence avec ironie et fantaisie.

Yannis Ezziadi s’entretient avec Angelo Debarre, l’un des plus grands guitaristes manouches de notre époque. Selon lui, lorsqu’on est né dans la communauté des gens du voyage, la musique est une chose qui va de soi, c’est un miracle quasi divin, et Django Reinhardt, inventeur du « swing manouche », demeure une figure solaire. Georgia Ray a visité deux expositions parisiennes qui réécrivent l’histoire de l’art. Nos musées n’en finissent pas de mettre à l’honneur des femmes artistes victimes de l’odieux patriarcat. Pourtant, il n’est pas question de valoriser leur talent mais d’offrir une revanche à ces « invisibilisées ».

Philippe Lacoche s’est plongé avec enthousiasme dans les deux nouveaux livres de Patrick Besson ; Vincent Roy a lu un brillant essai de Philippe Raynaud sur Victor Hugo ; et Jacques Aboucaya a relu un titre classique d’Alphonse Boudard. Alexandra Lemasson nous entraîne dans le monde poétique et inquiétant du romancier japonais, Haruki Murakami. Julien San Frax, lui, nous entraîne dans une véritable Odyssée vers la ville cubaine de Trinidad, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Côté cinéma, Jean Chauvet évoque les pépites affichées par les écrans de mars. Et enfin, Emmanuel Tresmontant pose une question fondamentale : le bordeaux est-il réac ? Car depuis une vingtaine d’années, les vins de Bordeaux traversent une crise profonde. Boudé par les consommateurs branchés, ce vignoble serait passéiste et démodé, en un mot de droite ! Mais les vignerons girondins, qui en ont vu d’autres, savent se réinventer. Tout bien considéré, Causeur ressemble à un très bon bordeaux…

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La vérité sur le Hamas et ses « idiots utiles »

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Réarmement: se reposer ou être libres…

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De gauche à droite, Volodymyr Zelenskyy, Keir Starmer et Emmanuel Macron © Justin Tallis/AP/SIPA

Les députés ont débattu hier de l’Ukraine à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre François Bayrou a affirmé que l’invasion de l’Ukraine par les Russes en 2022 avait marqué un « basculement entre deux mondes ». Avant cette date, il existait dans l’ordre mondial « des garde-fous qu’on pouvait évoquer, des traités qu’on pouvait brandir, des résolutions qu’on pouvait invoquer, des engagements qu’on pouvait rappeler », regrette-t-il. « Est-ce qu’il faut continuer de mettre plus d’argent pour se réarmer ? La réponse est oui, et donc il faudra forcément faire des choix politiques en la matière » a déclaré de son côté le ministre des Armées M. Sébastien Lecornu. Si la France a « bien sûr eu raison de soutenir l’Ukraine », Marine Le Pen déclare qu’il ne sera jamais question pour son mouvement de « soutenir une chimérique défense européenne ». Les Français sont-ils prêts à travailler plus, collectivement, pour fournir l’effort de défense ? Le commentaire d’Elisabeth Lévy


Il est beaucoup question de réarmement. Les Européens se réveillent d’un long sommeil. Pas sous le fougueux baiser d’un prince charmant. François Bayrou a résumé hier à l’Assemblée nationale l’illusion post-nationale et post-historique des élites dirigeantes. «Depuis 1945, l’Europe, l’Occident, la communauté des nations, vivait avec l’idée qu’une loi internationale régissait des relations internationales.» Cette illusion est encore plus prégnante depuis la fin de la guerre froide. L’avènement d’un monde pacifié par le droit et le commerce nous était promis par Francis Fukuyama (la fin de l’histoire). Main dans la main, capitalisme et démocratie devaient régner sur le monde. À l’époque, il y avait un dicton dans la communauté stratégique qui disait que les États-Unis sont le maître idéal, parce qu’ils sont riches et ils sont loin. Dans leur grande salle de gym (Peter Sloterdijk), les Européens et notamment les Français pouvaient s’adonner à la consommation financée par l’État-providence (c’est ce qu’on a appelé les dividendes de la paix). Mais ils n’ont pas voulu entendre les prédécesseurs de Donald Trump qui tous déjà exigeaient un partage du fardeau.

Il n’est pas sûr que les Américains quittent l’OTAN (et notamment l’article 5 du Traité de l’Alliance atlantique), mais le départ des soldats américains basés en Europe est probable. 80 000 hommes vont plier bagage. Les Européens vont devoir payer pour leur sécurité.

Mais nous ne sommes pas en guerre avec la Russie. Il ne s’agit pas de faire la guerre, ni de brailler que Poutine c’est Hitler, mais de pouvoir se défendre. Si tu veux la paix, prépare la guerre.

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Au-delà de Trump, Poutine, Zelenski et de l’Ukraine, dans un monde de carnivores, les herbivores seront vassalisés. Pour que la France redevienne une puissance d’équilibre comme le souhaite Marine Le Pen, elle doit être respectée, donc faire peur. Il devrait en conséquence y avoir union sacrée pour augmenter notre puissance militaire. Or, les communistes retrouvent leur pacifisme bêlant (le sympathique Fabien Roussel nous explique qu’il faut construire des écoles plutôt que des usines d’armement…). Jean-Luc Mélenchon fustige l’impérialisme américain (plus problématique selon lui que le russe ou le chinois apparemment !). La droite est divisée, le Rassemblement national aussi. Les macronistes en profitent pour ressortir la défense européenne des tiroirs, ce qui revient à sortir d’une illusion pour plonger dans une autre. Pourquoi ? La défense, c’est la souveraineté. Et la souveraineté, ce sont les nations. Il peut bien sûr exister des coopérations, des alliances, des engagements communs, peut-être même une garantie nucléaire pour certains de nos alliés – si la France décide seule. Mais nous n’allons pas décider de notre politique étrangère et nos alliances à 26. Le bouleversement diplomatique actuel devrait même être l’occasion pour nous de reprendre le leadership en Europe.

Seulement, pour passer de 2 à 3,5% du PIB en dépenses militaires, il nous faut trouver 40 milliards. Les Russes sont eux à 8%. Je ne suis pas du tout sûre que les Français soient prêts à faire l’effort nécessaire, alors que se profile un énième psychodrame sur les retraites. Ces citoyens qui passent leur temps à militer pour leur retraite, l’Etat social ou leurs avantages devraient méditer cette formule de Thucydide (citée par l’économiste Olivier Babeau[1]): « Citoyens, il faut choisir, se reposer ou être libres… »


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio


[1] https://www.europe1.fr/emissions/L-edito-eco2/une-union-sacree-pour-financer-notre-rearmement-666299

Christofle, une brillante histoire

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© Les Arts Décoratifs / Luc Boegly

La maison Christofle dévoile ses plus belles ménagères au musée des Arts décoratifs de Paris. Un ruissellement d’or et d’argent pour célébrer près de deux cents ans d’orfèvrerie grandiose et délicate.


L’exposition s’ouvre sur un fantôme. Un revenant du Second Empire réchappé de l’incendie criminel qui ravagea le palais des Tuileries en 1871 : le monumental surtout de table commandé par la cour impériale pour les grands dîners de cents couverts réunissant autour de l’empereur et de l’impératrice les princes et les élites de l’Europe.

Les fastes de la cour impériale

C’est un ensemble aux dimensions du régime impérial. Et à l’image des défauts de son temps : pompeux, grandiloquent, académique et sans grâce, tout comme le seront les monuments dont le Second Empire, puis la Troisième République allaient parsemer la France. Conçu par trois sculpteurs célèbres en leur temps, Georges Diebolt (auteur du Zouave du pont de l’Alma), François Gilbert (représenté par d’innombrables ouvrages à Marseille comme à Paris) et Pierre-Louis Rouillard (Le Cheval à la Herse sur le parvis du musée d’Orsay), le surtout des Tuileries a été produit par la maison Christofle au tout début du règne. Constitué de métal argenté et non d’argent massif comme c’était la règle jusque-là, il traduit l’intérêt, sinon la passion que Napoléon III portait aux découvertes de son temps. C’est en effet grâce au procédé inventé par Henri de Ruolz et par d’autres, et dont les brevets avaient été rachetés par Charles Christofle, que l’on put réaliser de telles pièces d’apparat sans que l’on dût y consacrer des quintaux de métal précieux comme cela avait été le cas avec le mobilier d’argent massif qui ornait les Grands appartements à Versailles au temps de Louis XIV. Un procédé « incarnant la modernité qu’introduisit Christofle sur la table des princes » et qui est à l’image de ce règne impérial durant lequel la France entra dans le monde moderne.

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Que ce surtout de table hors norme ait survécu au désastre de la Commune est un vrai miracle. Toutefois, durant l’incendie du palais, tout l’argent dont il était recouvert a fondu. Il n’en reste donc aujourd’hui, parfaitement conservé et sans doute savamment restauré, qu’un vestige désenchanté de la splendeur d’antan.

Une révolution

Avec cette exposition Christofle au Musée des Arts décoratifs, ce sont des procédés révolutionnaires pour l’époque qui expliquent la renommée de ce bijoutier devenu l’orfèvre de la société d’alors. Des procédés qui ont pour nom l’électrolyse et la galvanoplastie.

En 1842, sous Louis-Philippe, qui était quelque peu avare et qui commandera tout un ensemble de couverts simplement argentés pour son château d’Eu, Charles Christofle a donc racheté à Henri, comte de Ruolz-Montchal, chimiste aussi bien que compositeur d’opéras, sa technique de dorure et d’argenture par électrolyse permettant de recouvrir d’or ou d’argent des objets d’un métal plus vil. C’est une révolution qui va marquer le XIXe siècle et dont les effets perdurent aujourd’hui. C’est le luxe qui passe des cours princières à la bourgeoisie, laquelle est devenue la principale détentrice du pouvoir à la suite de l’aristocratie. C’est l’avènement du ruolz qui n’était au fond que l’apparence de l’or et de l’argent et que l’on considérait avec un dédain appuyé au sein des antiques familles blasonnées.

Des merveilles de savoir-faire

Les manufactures Christofle qui se succèdent, de Paris tout d’abord à Yainville (Normandie) aujourd’hui, en passant par Saint-Denis au nord de la capitale, emploieront jusqu’à 1600 personnes dans les époques fastes, alors que Christofle rafle les médailles d’or lors des Expositions universelles et que l’Europe se précipite sur ses productions. Le meilleur de ces réalisations, renouvelées, réinventées jusqu’à nos jours s’exhibe de salle en salle, dans cette aile du Louvre édifiée du temps de Napoléon III.

On y voit des merveilles de savoir-faire, des réalisations aux techniques éblouissantes. Et puis des chefs-d’œuvre de ce mauvais goût tapageur qui régna aussi lors du Second Empire et, pire encore, sous la Troisième République, en contradiction absolue avec les plus nobles réalisations du XVIIIe siècle dont on se voulait pourtant les héritiers. 

Arts de la table

À l’enrichissement du pays sous Napoléon III, à l’apparition d’un nouvel urbanisme, à l’aisance de l’aristocratie et de la bourgeoisie répond la sacralisation des arts de la table et une folle prolifération des couverts et accessoires qui ornent la mise en scène des repas. En argent massif, certes, ou en vermeil pour les plus somptueux, mais surtout en métal argenté ou doré, ceux-ci répondent à des usages infinis.

Alors qu’aujourd’hui on en vient même à ignorer les cuillères à dessert et que chez le commun des mortels le métal inoxydable détrône l’argenterie, dès la seconde moitié du XIXe siècle, de celle réservée au potage à celle destinée au moka, Christofle propose vingt-et-un modèles de cuillères de toutes tailles. S’y ajoutent les cuillères à glace et tous ces accessoires que sont les cuillères à fraises, à œufs, à ragoût, à sauce, à moutarde, à olives, à compote, à sucre brésilienne, à sucre repercée… Mais aussi les fourchettes à huîtres, à escargot, à sardines, à saucisson, à cornichons, à viande froide, à fruits, à gâteau dont les effectifs pléthoriques renforcent celles qui encadrent les assiettes. On n’oublie pas la louche à lait, la louche à potage, le couteau ou la pelle à beurre, la pelle à œufs sur le plat ou à macaronis, la pelle à pâté, la pelle à sel, courte ou longue, la pelle à thon, la pelle à tarte, la pince à asperges ou la pince à sucre… et bien évidemment le service à hors-d’œuvre comprenant six pièces à lui seul… Tous ces objets aux destinations infinies que renferment les écrins familiaux et dont on a aujourd’hui bien souvent oublié l’usage.

La galvanoplastie

L’aigle de Suger, abbé de Saint Denis, datant de la première moitié du XIIe siècle ; la grande patère dite de Minerve appartenant au fabuleux trésor de Hildesheim, cet ensemble éblouissant de soixante-dix pièces d’argent massif datant du premier siècle après J.C. et qui venaient d’être découvertes en 1868… ces merveilles de l’Antiquité ou du Moyen Âge, on  allait désormais pouvoir en acquérir des copies reproduites à la perfection par la maison Christofle grâce au procédé de la galvanoplastie perfectionné dès 1852 par l’ingénieur Henri Bouilhet, un neveu du fondateur. Mais on excellait aussi à en créer de nouvelles, à l’image de cette magnifique jatte en porcelaine bleu de Sèvres montée sur cuivre doré et autour de laquelle serpente la plus délicate guirlande de feuilles d’or. Les œuvres produites par les plus grands artistes ou artisans du moment sont dès lors innombrables.

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Elles répertorient tous les styles, tous les courants artistiques qui ont eu cours au fil des siècles : de l’Empire romain au temps de Louis XV ou de Louis XVI, de l’art médiéval à l’Art nouveau et à l’Art déco, du Japon au Proche-Orient. Même si, parfois, des chefs-d’œuvre de savoir-faire (torchère de Reiber d’un baroque échevelé ou table de boudoir néo-Louis XVI (Reiber, Carrier-Belleuse, Chéret), surchargés de dorures, de cariatides, d’amours ailés, de feuillages, de roses, de frises ou de volutes, apparaissent à nos yeux comme des prodiges d’un mauvais goût ostentatoire.

Dans l’Orient Express, sur le Normandie ou le Concorde

On se divertit bien davantage en découvrant une table du restaurant de l’Orient Express, dressée dans une period room délicieusement évocatrice des voyages de jadis. Ou face à un ensemble de la plus grande élégance conçu pour les repas pris sur le paquebot Normandie, à destination duquel on fabriqua 45 000 pièces dont on reverra plus tard le modèle sur le France. Ou devant les couverts utilisés sur le Concorde du temps où il volait encore. Car, que l’on voyageât par train, par avion, par bateau, on retrouvait partout des productions de Christofle, vaisselle et couverts de métal argenté représentant le bon goût français.

S’il est évoqué ailleurs les tables d’apparat de ministères à la tête desquels de simples bourgeois parvenus au pouvoir se targuent de jouer aux grands seigneurs aux dépends du budget de la République, on s’extasie davantage devant les services à thé de tous styles qui sont des sommes de raffinement… même si le contact avec le métal est si funeste pour le thé ; devant les services de table complets de Louis-Philippe (en métal argenté) ou de Napoléon III (en argent massif ou en vermeil) ; ou face à une table à thé Art Déco tout de marbre et d’argent.

Dans un tout autre registre, un remarquable collier en argent de 2005 nommé Palmaceae (Michele Oka Doner) souligne que la Maison Christofle n’oublie pas que son fondateur fut tout d’abord un bijoutier.


Exposition Christofle, une brillante histoire.
Jusqu’au 20 avril 2025. Musée des Arts décoratifs, Paris.