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Les trumpistes tricolores: trouble allégeance…

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.


Ils voudraient que je ne voie pas certaines choses, et que je n’en parle pas. De quoi est-il question ? D’une incroyable pensée hémiplégique qui s’est peu à peu répandue depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Il faut ici prendre date car nous n’en sommes qu’au début. Ça va enfler, gonfler jusqu’à devenir un très beau et très gros éléphant dans la pièce.

Quand il m’est arrivé d’en faire l’observation, lors de débats sur les écrans ou sur les ondes, ils ont esquivé. Les plus malicieux ont fait semblant de ne pas comprendre, les autres de ne pas entendre. Si cela continue, si nous n’arrivons pas dans les prochaines semaines à en débattre comme on le fait sur d’autres sujets, cela sera pour moi comme un aveu : il faudra en conclure que, pour ces nouveaux libertariens, il y a des sujets interdits et d’autres qui ne souffrent pas la contradiction. Paille et poutre ?

Ils sont les nouveaux trumpistes tricolores. Comme leur nouvelle idole, ils n’étaient pas prêts lors du premier mandat. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ils assument crânement et même avec une forme de jubilation le changement d’époque. Ils rêvent d’un alignement des planètes pour 2027 au plus tard. Alors, ils font au plus vite quelques embardées, sans voir qu’ils trahissent leurs propres trajectoires idéologiques.

Ils aiment les frontières, mais ils applaudiront une rencontre Trump-Poutine en Arabie saoudite. Il y a trois ans, la Russie a envahi l’Ukraine. L’intégrité territoriale d’un État souverain a alors été piétinée. Or, il se dit que la Russie va obtenir un accord de « paix » lui permettant de maintenir sa présence sur 20 % du territoire ukrainien et de se préparer militairement à d’autres offensives, comme le laissent penser ses programmes d’armement avec 10 % de son PIB désormais consacré à cet objectif. Et pas un mot sur les propos détestables de Trump sur le président Zelensky.

Ils aiment la souveraineté et détestent les influences étrangères. Tout occupés à traduire le MAGA dans la langue de Molière, à chercher dans leur playlist un YMCA tricolore, ils n’ont rien trouvé à redire sur l’ingérence américaine vis-à-vis de l’élection législative en Allemagne. Accepterions-nous une telle situation pour notre propre pays ? Que l’homme le plus riche du monde ne se contente plus d’agir sur la manière dont nous communiquons sur son réseau X, mais nous dise aussi pour qui nous devons voter ?

Les trumpistes tricolores semblent quand même avoir quelques frilosités avec la manière dont Steve Bannon, après Musk, a salué son public lors de la Conservative Political Action Conference. Jordan Bardella est parti. Sarah Knafo est restée. L’un et l’autre devront assumer politiquement les conséquences de la prochaine guerre commerciale. Ça va secouer.

Mais il y a d’autres sujets. Les influenceurs algériens, la protection de nos agriculteurs, la défense de nos filières industrielles, le contrôle de nos frontières, la liberté d’expression, l’indépendance…

La victoire du trumpisme traduit des réalités sociales, culturelles et électorales qui ne sont pas sans faire écho à des réalités hexagonales. Aucun parti politique ne devrait s’exonérer de cette réflexion. Quant aux trumpistes tricolores les plus ardents d’aujourd’hui, ils devraient déjà songer à ce qu’ils diront du Trump de demain. Ils ne pourront pas ignorer longtemps sa personnalité imprévisible et sa politique dont on connaît le seul et unique objectif : servir son pays, son oligarchie et son business.

Afrique du Sud: le meurtrier de l’ «imam gay» court toujours…

C’était le premier imam gay d’Afrique du Sud. Son mystérieux assassinat a révélé une face cachée de la nation « arc-en-ciel »


Le 1er mars 2025, la ville du Cap s’est parée de ses plus belles couleurs arc-en-ciel lors d’une marche des Fiertés improvisée. Habituellement festive, l’ambiance était particulièrement lourde de tristesse et de colère. La communauté homosexuelle a rendu hommage à Muhsin Hendricks, premier imam au monde à avoir revendiqué publiquement son homosexualité, assassiné de manière brutale. Un crime qui soulève de nombreuses interrogations et ravive les tensions autour de la place des minorités sexuelles au sein des religions dans cette partie de l’Afrique australe.

Un pays pionnier, mais encore marqué par l’homophobie

L’Afrique du Sud est souvent citée comme un modèle en matière de droits « LGBTQI+ » sur le continent africain. Dès la fin de l’Apartheid (1994), elle a été l’un des premiers pays à dépénaliser l’homosexualité et à inscrire la protection contre les discriminations dans sa Constitution. Pourtant, cette avancée législative cache une réalité plus sombre : les crimes homophobes restent fréquents et la société demeure profondément divisée sur ces questions, notamment au sein des ethnies africaines (selon un sondage de 2017, 24 % des Sud-Africains estiment que les personnes qui entretiennent des relations homosexuelles devraient être poursuivies comme des criminels).

Sous le régime de ségrégation raciale, l’homosexualité était déjà perçue comme une menace à l’ordre moral. Le gouvernement de l’Apartheid menait même des campagnes de persécution contre les homosexuels, notamment dans l’armée, où des soldats identifiés comme gays étaient « traités médicalement », soumis à des tortures ou castrés chimiquement. Un chapitre traumatisant de l’histoire raciale de l’Afrique du Sud qui a été mis en lumière avec le film  » Moffie » (tapette en Afrikaans) , sorti sur les écrans en 2019.

La fin de cette homophobie d’État a permis à certains, comme Muhsin Hendricks, d’affirmer leur identité au grand jour. Mais au sein des communautés religieuses conservatrices, l’acceptation a été loin d’être acquise.

L’itinéraire d’un homme en rupture avec la tradition

Né au sein d’une une famille musulmane pratiquante, Muhsin Hendricks se destinait à une vie conforme aux traditions. Parti étudié l’islam dans l’une des plus prestigieuses universités de Karachi, au Pakistan, il est revenu imam. Il s’est rapidement marié et a eu des enfants. Mais cette existence bâtie sur des conventions n’a pu masquer sa véritable identité très longtemps. « Au cours de la première année de mon mariage, j’ai réalisé que j’avais commis l’une des plus grosses erreurs de ma vie. C’était très éprouvant pour moi. J’ai fini par être déprimé », a-t-il déclaré dans un témoignage poignant.

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Son coming-out, en 1996, à l’âge de 29 ans, a provoqué un séisme. Tandis que son grand-père le condamnait en affirmant que cette révélation le mènerait « vers l’enfer », son père a pris sa défense, malgré les invectives de sa mère à son encontre. Rejeté par une partie de sa communauté, il a été démis des fonctions qu’il exerçait dans sa mosquée et licencié de la madrassa où il enseignait. Confronté à l’isolement, il s’est exilé dans une grange, en quête de réponses spirituelles. « Je me suis mis à jeûner jusqu’à ce que Dieu me donne une réponse sur ce que je dois faire de ma vie, sur le but de ma vie et sur ce qu’Il a prévu pour moi », expliquait Muhsin Hendricks de son vivant.

Une lutte pour la réconciliation entre foi et homosexualité

Plutôt que de se résigner, Muhsin Hendricks a finalement fait de son combat un engagement. En 2004, il fonde la Mosquée du Peuple du Cap, un espace inclusif destiné aux musulmans LGBT en quête de spiritualité. Mais, son initiative déclenche très vite une vague de critiques, mais aussi un immense espoir pour ceux qui cachaient leur orientation dans la communauté musulmane. Parallèlement, il crée « The Inner Circle » (TIC), une association visant à accompagner ces croyants un peu particuliers dans leur réconciliation entre foi et orientation sexuelle.

« TIC a commencé dans mon garage, après mon coming-out. Nous étions six à huit musulmans homosexuels qui nous réunissions chaque jeudi soir. Nous parlions de nos histoires très douloureuses, de l’islam et de notre identité sexuelle. Nous nous soutenions car il y avait beaucoup de larmes. Quelques années plus tard, TIC est devenue une organisation internationale, car il s’est révélé que cet espace était nécessaire à tous », expliquait-il encore il y a peu. Mais en brisant un tabou majeur, Muhsin Hendricks s’est attiré aussi de puissants ennemis. Pour certains religieux conservateurs, il n’était qu’un hérétique dont les enseignements remettaient en cause les fondements de l’islam. Si les menaces à son encontre étaient connues, son assassinat a cependant pris tout le monde de court.

Un crime non élucidé, des soupçons qui pèsent

Le 15 février 2025, Muhsin Hendricks a été froidement abattu dans sa voiture, en pleine rue. Les images de vidéosurveillance montrent une silhouette encapuchonnée sortir d’une camionnette, bloquer son véhicule, sortir une arme et tirer à plusieurs reprises à travers la vitre de sa voiture. Une exécution en règle.

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L’enquête piétine toujours depuis cette date et, à ce jour, aucun suspect n’a été arrêté. Face aux accusations implicites pesant sur certains groupes religieux, le Conseil judiciaire musulman d’Afrique du Sud (MJC) et le Conseil des oulémas unis d’Afrique du Sud ont rapidement condamné le meurtre, déclarant défendre « la coexistence pacifique et le respect mutuel, même en cas d’opinions divergentes ».

Parallèlement, la communauté musulmane sud-africaine s’est retrouvée sous les projecteurs dans un contexte politique tendu par la guerre entre le Hamas et Israël, la découverte de camps d’entrainement djihadiste sur son sol et un gangstérisme communautariste qui a fait des ravages. Bien qu’elle ne représente que 2% de la population, elle a gagné en visibilité avec le parti islamiste Al Jama-ah qui affirme représenter les intérêts des musulmans sud-africains. Ce mouvement, qui a brièvement occupé la mairie de Johannesburg entre janvier 2023 et août 2024, a fait partiellement introduire la charia dans la législation. Cependant, son influence demeure encore limitée à l’échelle nationale. En Afrique du Sud, où la violence à l’encontre des personnes homosexuelles reste un sujet tabou, son assassinat rappelle brutalement que les avancées légales ne suffisent pas à protéger ceux qui défient l’ordre établi. Pour ses proches et ses partisans, une seule certitude demeure : Muhsin Hendricks restera à jamais une figure emblématique de la lutte pour l’égalité et la justice.

L’Arcom, « autorité indépendante », mais de qui ?

L’instance censée « garantir une information pluraliste et indépendante » qui a décidé la fin de C8 (confirmée par le Conseil d’État) constitue un petit monde endogamique nourri de mantras progressistes. Ses salariés et dirigeants viennent du Conseil d’État, des médias publics et privés, des cabinets ministériels de gauche ou encore du CNC, bénéficiaire des amendes infligées aux chaînes. Enquête sur le gendarme de la liberté d’expression.


En dépit d’un impact médiatique important, la nouvelle de l’éviction de la chaîne C8 du paysage de la TNT n’a bizarrement pas fait l’objet d’un examen assez poussé pour approfondir la thèse – pourtant avancée par nombre de commentateurs – d’une partialité de l’Arcom, toujours présentée comme une « autorité publique indépendante ». Or, à lui seul, l’examen de son équipe dirigeante révèle déjà des éléments bien plus nombreux que ceux qu’on connaît, amenant à douter sérieusement de l’indépendance de cette autorité.

Des instances dirigeantes impartiales ?

La presse a déjà évoqué le cas du directeur général de l’Arcom, Alban de Nervaux, nommé en juillet 2024 par le président Macron, qui est par ailleurs époux de Laurence de Nervaux, directrice exécutif du « think tank » Destin commun, financé notamment par l’Open Society Foundations du financier George Soros et lié au groupe activiste écologiste Greenpeace. On connaît aussi le pedigree de Laurence Pécaut-Rivolier, nommée au collège de l’Arcom en 2021, qui fut naguère candidate PS-EELV aux élections municipales à Gentilly.

Mais il y en a bien d’autres ! Ainsi, Sara Cheyrouze, directrice adjointe de la communication de l’Arcom, responsable du pôle relations médias et influence, n’est autre que l’ancienne attachée de presse du Parti socialiste (de mai 2012 à janvier 2015), devenue par la suite conseillère presse au cabinet du Premier ministre (de décembre 2016 à mai 2017).

De même, Clara-Lou Lagarde, cheffe du département supervision et coordination nationale de la direction des plateformes en ligne de l’Arcom, se trouve être par le plus grand des hasards l’ex-collaboratrice parlementaire d’Angèle Préville, sénatrice socialiste du Lot de 2017 à 2023, mais aussi d’Alain Richard, ancien sénateur socialiste du Val-d’Oise.

On peut également citer Pascal Gueugue, de l’Arcom Caen, lié à travers la Fédération des musiques métalliques au député insoumis (et du Parti ouvrier indépendant !) Jérôme Legavre1

Membre de l’Observatoire de la haine en ligne et du groupe d’expert sur la désinformation de l’Arcom, Iris Boyer est quant à elle l’ancienne assistante parlementaire du socialiste Vincent Peillon et par ailleurs responsable de l’observatoire du Forum sur l’information et la démocratie2, lié à Reporters sans frontières… Précisément l’organisation dont la plainte a conduit à l’éviction de C8 de la TNT !

C’est bien simple : si l’on fait le bilan des 18 principaux responsables de l’Arcom (l’équipe de direction, le collège décisionnaire et son secrétariat), on constate que la moitié d’entre eux sont clairement marqués à gauche, que deux sont macronistes, et qu’une seule est peut-être encore de droite.

Outre qu’il est en soi problématique de trouver des individus politiquement marqués dans une instance supposée neutre politiquement, puisqu’elle doit « garantir une information honnête, pluraliste et indépendante » (aux termes de la loi Léotard du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication), l’écrasante domination de la gauche rend parfaitement illusoire cet exercice.

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Mais ce n’est pas tout ! Si l’on poursuit l’exercice consistant à analyser la neutralité de l’ensemble des équipes de l’Arcom (370 personnes) qui instruisent les dossiers, on tombe sur des anomalies très parlantes.

Un biais idéologique structurel ?

D’abord, si une partie des personnels vient du monde de l’audiovisuel (ce qui, après tout, peut sembler un gage de professionnalisme), on y retrouve les mêmes biais idéologiques : une très forte surreprésentation des personnels issus de l’audiovisuel public (fortement marqué à gauche, faut-il le rappeler ?) qui n’est pas sans poser question également en matière de libre concurrence, quelques autres venant de TF1, M6, BFMTV… En revanche, pas l’ombre d’un salarié venu de la galaxie Bolloré !

Si on pousse la curiosité jusqu’à regarder dans quelles directions et départements se trouvent employés ces anciens concurrents et adversaires du groupe Bolloré, on a une autre surprise. Là encore – et bien sûr par le plus grand des hasards, n’en doutons pas ! –, ils se trouvent concentrés dans les directions qui ont joué un rôle stratégique dans l’instruction des dossiers contre le groupe Bolloré : la direction des publics, du pluralisme et de la cohésion sociale (36 % des personnels, contre 8 à 15 % dans d’autres directions moins sensibles), mais aussi la direction des plateformes en ligne (28 %)… Et bien sûr la direction de la communication, dont l’intégralité de l’équipe dirigeante et la moitié du personnel viennent de concurrents du groupe Bolloré.

Encore faut-il souligner qu’à ce stade, et à de rares exceptions près, les recherches n’ont porté que sur les anciennes fonctions occupées par ces personnes. Des recherches plus complètes sur des employés de l’Arcom n’étant pas passés par des concurrents du groupe Bolloré révèlent une large proportion des affiliations et sympathies politiques marquées à gauche3.

Quand l’Arcom recycle des anciens du Conseil d’État

Plus haute juridiction administrative du pays, le Conseil d’État joue le rôle de juridiction d’appel de l’Arcom et confirme ou non les sanctions qu’elle inflige. Se pourrait-il qu’il soit à la fois juge et partie ? Nombre des cadres de l’Arcom en sont issus, comme Alban de Nervaux (son directeur général), Denis Rapone (membre de son collège), Céline Paulmier (ex-assistante de justice au Conseil d’État), Samuel Galodé (chargé de communication web au Conseil d’État), Célia Deck-Catalan Cabildo (ex-assistante de justice de la cour administrative d’appel de Paris), Alexandre Médard (ex-assistant de justice du tribunal administratif de Versailles).

La commision de la culture du Sénat auditionne Martin Adjari, candidat proposé par l’Élysée pour la présidence de l’Arcom, 17 décembre 2024. Sa nomination est validée par les parlementaires, et il prend officiellement ses fonctions le 2 février 2025 © Public Sénat (capture d’écran)

De plus, le Conseil d’État interprète de façon très extensive les missions de contrôle de l’Arcom de « la diversité des courants de pensée et d’opinions représentés par l’ensemble des participants aux programmes diffusés, y compris les chroniqueurs, animateurs et invités »… Une exigence pour le moins problématique, pour les raisons déjà évoquées de partialité de l’Arcom.

La deuxième carrière des personnels du CNC au sein de l’Arcom

D’un conflit d’intérêts l’autre ? Une deuxième relation quelque peu incestueuse unit l’Arcom au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), bénéficiaire des amendes que distribue l’Arcom, mais également très présent au sein de cette dernière à travers de nombreux profils d’anciens personnels du CNC tels Yves Damé, Fabien Mignet, Aurélie Cardin, Danielle Sartori, Mélanie Bidet-Emeriau, Ambre Argiolas, Margot Kessler, Guillaume Blanchot ou Linda A. Les deux organismes entretiennent d’étroites coopérations sur de nombreux sujets, allant de la lutte contre le piratage à des études (sur le tissu industriel de la production audiovisuelle, les services de médias audiovisuels à la demande, les enjeux environnementaux de l’écoproduction…).

Cette forte proximité qui ne peut que jeter le doute sur la légitimité d’amendes qui finissent par ressembler à un financement forcé d’une instance par ailleurs connue pour ses fortes sympathies à gauche : en douze ans, jusqu’à novembre 2024, l’Arcom a pris 52 sanctions contre les seules chaînes C8 et CNews, dont 16 pendant la seule année 2024. Pour un montant de 8,17 millions d’euros depuis 2017. Et ce, alors que la Cour des comptes a épinglé en septembre 2023 le CNC, appelant à « une réforme approfondie des aides » au cinéma, qu’elle estime trop nombreuses, et réclamant aussi « un minimum de contrôle politique » de la part des ministères de la Culture et des Finances.

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Enfin, et pour ne pas se méprendre sur les conclusions à tirer de cet inventaire des manquements aux règles les plus élémentaires de la neutralité, du pluralisme, de la libre concurrence et même de la simple loyauté, il faut être conscient que le problème n’est pas conjoncturel, mais systémique (pour reprendre un terme à la mode chez les policiers de la pensée). Les tares de l’Arcom étaient déjà celles de ses prédécesseurs, depuis la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) créée par Mitterrand, remplacée en 1986 par la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL), puis en 1988 par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Dans un splendide jeu de trompe-l’œil, ces instances n’ont jamais été « indépendantes », sinon des procédures démocratiques de contrôle des administrations prévues par nos institutions. En revanche, jamais du pouvoir.

Dans cette logique, la fréquence perdue par C8 a été attribuée à Denis Olivennes, qui dirige CMI France, groupe de médias appartenant au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Un homme que Le Monde a surnommé naguère le « fils chéri de la gauche bobo », ce qui ne change rien à ses qualités personnelles. Passé par la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), devenu énarque en 1988, grand ami de Laurent Fabius, Olivennes a dirigé Canal+ au début des années 2000 (à l’époque où la chaîne, que Bolloré n’a reprise qu’en 2015, était encore dirigée par Pierre Lescure, dans l’esprit de son fondateur André Rousselet, le très proche ami de François Mitterrand). En 2008, il était nommé directeur général délégué du Nouvel Observateur, avant de rejoindre le groupe Lagardère, où il était notamment chargé du JDD et d’Europe 1 (tous deux rachetés plus tard également par Vincent Bolloré). C’est déjà Olivennes qui, en 2023, après la reprise avec Kretinsky du groupe Editis (deuxième plus grand éditeur français derrière Hachette, avec 55 maisons d’édition, dont Robert Laffont, Bordas, Nathan, Perrin, Plon, Pocket, Belfond, Julliard et La Découverte), s’était empressé d’y faire le ménage pour en écarter les proches de Bolloré4. Cette fois-ci, l’Arcom a fait le travail pour lui.

Note méthodologique

Cette enquête repose exclusivement sur des données publiques, et pour l’essentiel sur celles publiées sur le site de l’Arcom, ainsi que les fiches LinkedIn des 298 personnels de l’Arcom identifiés (soit 80 % des 370 employés que déclare l’Arcom). Ces fiches LinkedIn ont été exploitées pour en tirer des informations sur les fonctions passées de ces personnels (en particulier chez des concurrents publics et privés du groupe Bolloré, mais aussi dans des institutions publiques), leurs autres affiliations simultanées… En revanche, si quelques recherches ont également été effectuées ponctuellement sur Facebook pour identifier et préciser des affiliations, elles ont porté sur moins d’une vingtaine de personnes.

Contactée, l’Arcom a annoncé des réponses qui ne sont jamais arrivées.


  1. Voir les posts LinkedIn de Pascal Gueugue et Matthew Marion sur la question écrite soumise au ministère de la Culture à
    l’Assemblée nationale le 23 avril 2024 sur la place de la musique métal dans les musiques actuelles. ↩︎
  2. Voir la page LinkedIn dudit Forum. ↩︎
  3. On peut citer les exemple de Raphaël Bengio, Agnès Baraton, Rachida Hamchaoui, Axel Devaux, Colum Hamon. ↩︎
  4. « Editis : Kretinsky et Olivennes écartent les proches de Bolloré », 28 novembre 2023, linforme.com. ↩︎

Patrimoine littéraire: à vos tire lire pour «Tétras Lire» !

Tétras Lire fête son 100ème numéro ! C’est l’occasion de découvrir cette revue pour les enfants de 8 à 12 ans et plus éventuellement, car il y a des parents ou des grands-parents qui découvrent à cette occasion des textes qu’ils n’avaient jamais lus… Parce que Tétras Lire mise sur de grands auteurs français et étrangers, et sans édulcorant s’il vous plaît !


A une époque où l’on réécrit des textes pour les expurger des propos « nauséabonds » ou encore, pour les mettre à la portée des caniches et ainsi ravager le texte originel au motif que les enfants n’auraient pas le vocabulaire requis, la revue Tétras Lire fait le pari des textes sans adaptation et sans réécriture.

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Par ailleurs, loin des textes moralisateurs qui vous font la leçon à partir du mouton noir exclu du troupeau par les moutons blancs, et que c’est pas bien d’exclure, surtout s’il est noir, surtout s’il est tout seul, et tu seras gentil avec tes camarades, hein ?!, loin donc de toute cette moraline qui n’a jamais moralisé personne (ah, s’il suffisait de dire « il faut » pour que cela se fasse, il y a belle lurette que l’humanité serait douce comme un agneau!), loin c’est peu dire de tout cet affadissement et cette tromperie, la revue en question propose chaque mois un auteur : Jules Verne, Hérodote, Ovide, Pouchkine par exemple, l’introduit avec un dossier biographique, continue avec un texte de l’auteur accompagné d’une très belle iconographie ; texte où les mots difficiles sont en gras avec un lexique dans la marge pour expliquer ce qu’ils signifient, le poursuit avec un questionnaire concernant le récit, mais aussi des jeux, des recettes de cuisine en rapport avec l’histoire, une compilation sur le thème de celle-ci, bref, un ensemble aussi sérieux que distrayant.

Style littéraire enchanteur

J’ai lu celui consacré à Pierre Loti. Ce sont des extraits du « roman d’un enfant », intitulés Les cousins du Midi, et magnifiquement illustrés par Laurence Bost. Le mouvement des bambins courant autour d’une table ou sur un chemin de Provence est rendu de manière admirable. C’est joyeux, ensoleillé, recueilli aussi. Et la langue n’ignore ni le passé simple ni le lexique merveilleusement dépaysant : « Vers le milieu du jour, pendant une halte pour faire reposer nos chevaux aux creux d’une vallée d’ombre, dans un village perdu appelé Veyrac, nous nous assîmes au pied d’un châtaignier, – et là, nous fûmes attaqués par les canards de l’endroit, les plus mal élevés du monde, s’attroupant autour de nous avec des cris de la plus haute inconvenance. Au départ donc, quand nous fûmes remontés dans notre voiture, ces bêtes s’acharnant toujours à nous poursuivre, ma sœur se retourna vers eux et, avec la dignité du voyageur antique outragé par une population inhospitalière, s’écria : « Canards de Veyrac, soyez maudits ». Et à ceux qui ont peur d’une langue qu’ils ne maîtriseraient pas, je dirai qu’il ne s’agit pas toujours de maîtriser quoi que ce soit, mais de se laisser porter par un style qui enchante.

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Catherine Santeff retombe en enfance

Et si les canards ne vous ont pas suffi, voici le narrateur qui, pour se distraire un matin pluvieux, décide de faire fondre une assiette d’étain et de la jeter ensuite dans un seau d’eau ; geste qui lui donnera une idée… « Le lendemain donc, à mi-montagne, comme nous arrivions dans un chemin, délicieusement choisi du reste, solitaire, mystérieux, dominé par des bois et très encaissé entre de hautes parois moussues, j’arrêtai ma bande, avec un flair de chef Peau-Rouge : ça devait être là ; j’avais reconnu la présence des gisements précieux, – et, en effet, en fouillant à la place indiquée, nous trouvâmes les premières pépites (l’assiette fondue que, la veille, j’étais venu enfouir). Ces mines nous occupèrent sans trêve pendant toute la fin de saison. Eux, absolument convaincus, émerveillés, et moi, qui pourtant fondais tous les matins des couverts et des assiettes de cuisine pour alimenter nos filons d’argent, moi-même arrivant presque à m’illusionner aussi. »

C’est bien simple, en ces temps d’Histoire lourde comme le couvercle de Baudelaire, et pour fêter l’arrivée du printemps et qui sait, le retour de l’Eden, je m’abonne tout de suite !

Découvrez les anciens numéros de cette belle revue basée à Lyon ici.

Gaza: une tribune indigeste

Le quotidien Libération semblait se réjouir mercredi que les deux millions de Palestiniens de Gaza soient une « arête impossible à avaler dans la gorge d’Israël ». Selon le journal de gauche, le projet de Trump de déplacer cette population n’est qu’une « saillie délirante », et la société israélienne dans son ensemble serait dénuée d’empathie pour ses voisins à la suite des attaques terroristes du 7-Octobre. Un mépris évident pour la souffrance des Israéliens. Analyse.


La proposition de l’administration Trump de déplacer temporairement les habitants de Gaza a suscité le séisme médiatique que l’on sait. Parmi cette avalanche de réponses, certaines brillent par leur manque d’objectivité, d’autres par leur caractère outrancier ou les affirmations erronées qu’elles contiennent… Plus rares sont celles qui réussissent l’exploit de réunir tous ces travers à la fois ! C’est le cas de la tribune de Monsieur Sélim Nassib, écrivain et ancien journaliste pour Libération, publiée justement par le quotidien ce mercredi[1]. Si le sort des habitants de Gaza est effroyable et touche tout un chacun, une sortie telle que celle-ci ne permet en rien de faire un pas vers une solution pacifique.

Un texte pour rien

Comment ne pas être frappé, tout d’abord, par le choix des mots ? Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, est ainsi soupçonné d’utiliser ce projet de déplacement pour raccrocher les « wagons » avec l’extrême droite. S’il s’agit bien d’un projet de déplacement temporaire, l’article n’hésite pourtant pas à parler de « déportation », et ce à plusieurs reprises. On a évidemment connu choix de vocabulaire moins tendancieux…

La plume est en revanche moins lourde lorsqu’il s’agit de qualifier les barbaries du 7-Octobre 2023 commises par les terroristes du Hamas. On nous parle ici d’une simple « tragédie » qui, bien qu’elle fasse un écho plus que douloureux aux atrocités de la Shoah, aurait dû être oubliée « à court terme » par les proches des victimes. Leur faut-il aussi tirer un trait sur les otages restants aux mains du Hamas ? Ce qui n’empêche pas l’auteur de vilipender les Israéliens, dans leur « écrasante majorité », pour leur manque d’empathie supposée à l’endroit de la population civile de Gaza.

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Ce prétendu manque d’empathie est imputé à un simple sondage. En revanche, selon l’auteur de la tribune, il serait injuste de déduire que les Gazaouis soutiennent le Hamas sous prétexte que le groupe terroriste a été élu en 2006 par… la population de Gaza ! Allez comprendre… On ne vote pourtant pas pour le Hamas comme on vote pour un parti modéré. Comment ignorer que la destruction d’Israël et celle des juifs font figures de leitmotivs pour ce parti ? Une doctrine que le Hamas se plaît à enseigner à la jeunesse palestinienne, ne lui laissant d’autre choix que celui de la haine de son voisin.

Des confusions coupables

Toutes les guerres occasionnent la mort de civils innocents. Celle des civils palestiniens est une horreur et personne ne saurait s’en réjouir. Mais le choix des concepts ne peut être fait à la légère. La tribune accuse Israël de se livrer à une réponse militaire « hors de proportion » visant à préparer un « nettoyage ethnique ». Cette notion n’est pas officiellement définie mais pourrait sous-entendre une politique visant à faire disparaitre une population par la force ou la violence. Si l’intervention militaire de Tsahal à Gaza fait évidemment des victimes collatérales parmi la population civile, cela ne constitue pas pour autant un nettoyage ethnique ou encore un génocide. Pour rappel, lors de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements alliés ont causé de nombreuses pertes civiles, notamment 350 000 Allemands. Pour autant, il n’a jamais été question de génocide car le nombre ne suffit pas ; il faut également démontrer l’intention de s’en prendre directement à la population civile. Or, si cela était clair lors des attaques terroristes du 7-Octobre perpétrées par le Hamas, s’agissant de l’action de Tsahal cela n’est pas le cas. Par ailleurs, de très nombreuses pertes civiles auraient aussi pu être évitées si le Hamas n’utilisait pas son propre peuple comme bouclier humain ou encore les écoles et hôpitaux comme cachettes. Il faut le rappeler, ce que ne fait pas M. Nassib dans son analyse.

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Pour parler de réponse militaire « hors de proportion », encore faudrait-il disposer d’une bonne connaissance des données. Les chiffres étant fournis par… le Hamas, nous sommes en droit de douter de leur fiabilité. Sans parler du fait que ces chiffres ne précisent jamais quelle est la part de militants dans les victimes mentionnées. Et même si l’on part du principe que ces chiffres sont fiables, ils ne démontrent pas une proportion de victimes civiles supérieure à d’autres conflits. Selon les Nations Unies, le taux de victimes civiles est en général de 90% dans une guerre. Et la plupart des conflits ne se déroulent pas dans un environnement urbain comme cela est le cas à Gaza. Ce genre d’affirmation peut donner l’impression que ce qui est véritablement remis en question est le droit d’Israël à se défendre et donc, par extension, son droit à la survie. Par ailleurs, il n’est évidemment à aucun moment précisé dans les colonnes de Libération que le Hamas est le seul et unique responsable de cette guerre et qu’il lui suffirait de libérer les otages pour y mettre fin à tout moment.

Des affirmations incomplètes et une omission de taille

Pour finir, l’auteur de la tribune énonce que l’Égypte et la Jordanie « refusent absolument de recevoir » la population palestinienne. Le silence est en revanche de mise lorsqu’il s’agit d’en expliquer les raisons. Peut-être cela est-il avant tout dû à des préoccupations sécuritaires ? Comment ignorer, par exemple, les liens entre le Hamas et les Frères Musulmans, organisation que le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi s’échine à maîtriser ?

Enfin, Donald Trump, à l’initiative de cette proposition de déplacement temporaire et non de déportation, est présenté comme « un homme ignorant échafaudant dans sa petite tête un projet impossible à réaliser ». Rappelons pour mémoire que les accords d’Abraham prévoyant la normalisation des relations entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont été signés à l’initiative de l’administration Trump en septembre 2020. Une bien plus grande contribution pour la paix que cette tribune qui revêt des airs de mauvais procès fait à Israël ne le sera jamais…

Le génie de Beyrouth - Tome 1 - Rue de la fortune de Dieu

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[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/gaza-larete-impossible-a-avaler-dans-la-gorge-disrael-par-selim-nassib-20250304_EVVOLLP6KRDZFDCCTSBGFAJBQU/

Spécialités très locales

Si vous aimez les spécialités culinaires très lointaines, vous trouverez votre bonheur du côté de Vitry-sur-Seine. Entre viande de pangolin ou d’antilope, la nourriture made in Africa arrive en France avec son lot de maladies…


Vitry-sur-Seine nous a estomaqués avec les images de son marché exotique où la viande se débite sur le pavé et la volaille se saigne sur le trottoir. Depuis des années, le maire PCF de Vitry essaie de le démanteler, parce que ce marché sauvage contrevient à toutes les règles économiques et sanitaires. Ce n’est pas une exception. À Paris, le marché interlope de Château-Rouge reste une référence. Marseille, Lyon, Toulouse ou Montpellier sont confrontés au même problème…

Sur ces marchés noirs, la communauté africaine peut dénicher des spécialités qui lui rappellent le pays : pangolin, singe, antilope, agouti, serpent… C’est ce qu’on appelle la viande de brousse. Les douanes font la chasse aux trafiquants, qui profitent des liaisons aériennes entre l’Afrique et Paris pour importer cette viande d’appellation incontrôlée dans leurs bagages. En 2023, 24 tonnes ont été saisies… C’est maigre, car il est impossible de contrôler tous les passagers.

L’an dernier, une mission interministérielle sur la lutte contre l’importation illégale de « produits carnés » a estimé que 273 tonnes de viande d’espèces sauvages seraient illégalement importées chaque année depuis l’Afrique via l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Et souligné le risque sanitaire. Ces sales bêtes, même mortes, véhiculent des maladies qui – comme l’Ebola ou le sida – franchissent allégrement la barrière des espèces pour contaminer l’homme. La mission a également dénoncé la complicité des compagnies assurant le trafic aérien avec l’Afrique, qui pour le prix d’un seul billet, offrent aux passagers la possibilité d’embarquer deux bagages de 23 kg, le second servant souvent de garde-manger. La solution serait de limiter les bagages. Air France a immédiatement fait savoir qu’elle s’opposait à une telle mesure, « nuisible à sa compétitivité ». En tolérant la valise « alimentaire », la compagnie assure ainsi l’immunité à une chair pourtant pas toujours très fraîche…

Vladimir Poutine n’est pas Hitler, ni Volodymyr Zelensky Churchill…

Récits mensongers qui s’affrontent, stratèges de salon prêts à sacrifier des vies sur l’autel de leurs illusions: en Europe, les nations ne savent plus contre qui se battre, observe notre chroniqueur. La France, singulièrement, ne sait plus quels ennemis elle affronte: les islamistes, le « grand remplacement », Poutine, les influenceurs algériens, le Sud global?


Ils se proclament « résistants ». Dans leur panoplie de va-t-en-guerre, ils disent de Vladimir Poutine qu’il est le nouvel Adolf Hitler, et de Volodymyr Zelensky qu’il incarne Winston Churchill. Leur univers est celui des faussaires.

Guerre des… récits

Pour eux, ceux qui dénoncent cette guerre inutile entre l’Ukraine et la Russie sont des « munichois », des « collabos », des « vichystes », des « capitulards ». Derrière un courage déclamé, les bellicistes encouragent de loin ceux qui montent au front, pour s’y faire tuer par dizaines de milliers. Les identifications avec des acteurs de la Seconde Guerre mondiale sortent d’un récit fabriqué. Depuis trois ans, la propagande européiste accumule les désinformations, dans le but d’imposer une Europe supranationale aux peuples qui n’en veulent pas. Souvenez-vous : Poutine rongé par des cancers mortels, remplacé par des sosies dans ses sorties publiques, ne contrôlant plus l’appareil d’Etat. Quant à la Russie, elle allait économiquement s’effondrer, était isolée et perdrait forcément la guerre. Or il est tout aussi faux de soutenir désormais que l’autocrate, qui n’a pu entrer dans Kiev, serait pour l’Europe une « menace existentielle » comme le soutient Emmanuel Macron, tout à son obsession de se construire un destin postnational. La perspective de chars russes à Paris relève de la fiction. Quant à Zelensky, il a certes fait preuve d’un valeureux patriotisme. Cependant il s’est laissé dicter sa stratégie par son tuteur américain, jusqu’à ce que Donald Trump le laisse tomber. La pénible humiliation publique du président ukrainien, infligée vendredi à Washington par le président et le vice-président américains, a laissé voir néanmoins la maladresse d’un dirigeant refusant l’opportunité de mettre fin à une vaine boucherie humaine.

A lire aussi, Eliott Mamane : Trump vs Zelensky: un coup prémédité ou un simple coup… de gueule?

Pilotage automatique

Faire revivre les fantômes du IIIe Reich, au point de voir des saluts nazis au moindre bras levé, est un procédé puéril. Ces chimères permettent aux « progressistes » de maintenir artificiellement leur monde trépassé. Ceux qui récitent : « Retour aux années trente ! » ou « envolée de l’extrême droite ! » sont en pilotage automatique. Les faits les contredisent. Le ministre des Affaires étrangères israélien, Giedon Sa’ar, veut normaliser les relations avec le RN. En Allemagne, Alice Weidel (AfD), présentée par la gauche comme l’héritière du nazisme, est un soutien d’Israël et des États-Unis. Elle est passée par la banque Goldman Sachs et est mariée à une femme sri-lankaise, avec deux enfants. Dans Le Monde de ce week-end, un collectif s’affichant « juifs de gauche » dénonce le silence de la « gauche extrême » face à « l’explosion antisémite » depuis le 7-Octobre. Mais ces protestataires, qui déplorent en fait l’irruption d’un islam judéophobe porté par une immigration de masse qu’ils défendent, s’obligent à dénoncer « le triomphe mortifère des extrêmes », sans admettre que l’opposition à l’islamisme et au wokisme se construit à droite…

A lire aussi, du même auteur: Ces stars de la télé qui bousculent la politique

La « révolution du bon sens », lancée par Trump contre les idéologies déphasées, accélère les renversements d’alliances et le réveil des nations. Les résistants en pantoufles laissent l’islam colonisateur en paix tandis qu’ils prônent une « économie de guerre » (Eric Lombard, ministre de l’Économie) pour bâtir une Europe sans les peuples. Les nations doivent certes se réarmer, pour pallier la fin probable de l’Otan. Mais elles ne doivent pas se tromper de combat, en poursuivant une guerre perdue contre la Russie. La défaite de l’Ukraine est celle des européistes.

Trump et le nouveau monde

Le président Trump nous rejoue ‘The Apprentice’ en virant Zelensky, pense amadouer Poutine avec un deal douteux, et laisse l’Europe en panique. Il a prononcé mardi un discours d’une heure et quarante minutes devant le Congrès américain, et a notamment annoncé avoir reçu une lettre du président ukrainien indiquant qu’il était finalement prêt à se présenter à la table des négociations. Analyse.


C’était il y a longtemps, presque une semaine: un clash en direct à la Maison Blanche, que le président américain a décrit comme un grand moment de télévision. Comme il y a vingt ans, lorsque dans son émission de télé-réalité, il annonçait avec délectation au candidat éliminé «you are fired», Trump venait de congédier un président ukrainien qu’il qualifiait d’ingrat d’autant qu’il n’avait pas accepté ses propositions de paix sous prétexte qu’elles n’offraient pas de garantie de sécurité à son pays. Auparavant, il avait traité Zelensky de dictateur sous prétexte qu’il n’avait pas organisé d’élections présidentielles, alors que la constitution ukrainienne l’interdit explicitement  en période de loi martiale et que la loi martiale a été imposée à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Enfin il avait prétendu que la cote de popularité de Zelensky était de 4% alors qu’un sondage lui attribuait 57%. 

Mauvais épisode

Le spectacle à la Maison Blanche m’a donné la nausée et j’ai pensé à un épisode où l’exécution n’avait pas été que verbale. C’était en Corée du Nord. Kim Jong Un avait obligé son oncle à une humiliante autocritique télévisée avant de le faire exécuter. Il se trouve que Trump, qui avait bénéficié des confidences du dictateur coréen, connaissait cette histoire. Zelensky est tombé dans un piège, mais il a évité le pire…

Trump fonctionne dans un système mental où c’est lui qui définit la vérité. Quelques jours plus tard, dans son discours au Congrès, il se félicite que l’inflation soit en voie d’être jugulée, alors qu’elle flambe, annonce que les Etats-Unis sont désormais admirés car ils sont «great again», que les enfants atteints de cancer vont enfin recevoir des traitements alors que des programmes de recherche médicale ferment faute de subsides, que la liberté va enfin fleurir et que la corruption de l’administration Biden va disparaitre alors que lorsqu’un sénateur de Californie s’était interrogé sur le rôle de Musk dans la purge administrative et les réorientations de subventions, il a été qualifié impunément de criminel par ce dernier.

A lire aussi, Eliott Mamane: Trump vs Zelensky: un coup prémédité ou un simple coup… de gueule?

Le caractère inattendu, voire saugrenu de certaines de ses propositions conduit parfois à remettre en cause des idées et des comportements répétés qui se sont révélés naïfs dans le passé et risquent de l’être dans le futur. Ce changement de perspective s’appelle pour les uns « lucidité » et pour les autres « trahison des valeurs ». En ce qui concerne l’Ukraine, l’abandon d’un pays victime d’une agression et d’une guerre menée avec une violence inouïe soulève le cœur. Il faudra pourtant constater que les sanctions contre la Russie ont échoué, que Poutine n’a pas été déstabilisé, que sa puissance de feu se renforce, qu’il possède des armes nucléaires dont il n’a pas exclu l’usage et que les contours d’un arrêt des combats sont géographiquement perceptibles. Au fond, l’image que se fait Trump de la paix est probablement proche de celle que s’en font les Européens, et Zelensky, au lendemain de la suspension de l’aide militaire américaine a été obligé d’écrire qu’il se félicite de travailler sous la direction de Trump à l’obtention d’une paix durable en Ukraine. Theodore Roosevelt, le père de l’interventionnisme américain, disait qu’il faut parler doucement, mais avec un gros bâton. Nul ne dira de Trump qu’il parle doucement, mais contre Zelensky il a utilisé son gros bâton. Avec un certain succès… La question est: serait-il capable de le faire contre Poutine?

L’Occident déboussolé

J’élude ici le problème, évidemment  très grave, de sa collusion possible avec les services de contre-espionnage  (ex-KGB, dont Poutine est l’archétype) – qui dirigent actuellement en réalité la Russie, poursuivent des objectifs à long terme et utilisent tous les moyens possibles pour déstabiliser l’Occident.

Poutine a déclaré que le démantèlement de l’URSS avait été un des pires crimes du XXe siècle, et toute sa politique  consiste à réparer ce crime, à récupérer et si possible étendre l’espace soviétique, successeur de Pierre le Grand. L’Ukraine aujourd’hui, la Moldavie demain, ainsi que les pays baltes (lesquels se demandent ce que valent pour Trump les assurances de l’article 5 de la Charte de l’OTAN) sont aux premières loges. Mais la Pologne aussi, qui se réarme effectivement et qui comptait tant sur le protecteur américain. Et également la Roumanie, qui vient d’échapper à un résultat électoral présidentiel confectionné par les services russes. Et tous les anciens pays du pacte de Varsovie, et tous les autres pays européens aussi comme la France elle-même, chassée par les Russes de ses points d’appui africains et en passe de voir s’installer une flotte russe dans les ports obligeamment mis à disposition par nos ex-amis algériens.

Le discours solennel du président Macron prend en compte le fait que la Russie est aujourd’hui un pays ennemi et que les États-Unis ne sont peut-être plus un pays allié. 

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Reste pour l’Europe à rattraper à marche forcée son comportement de cigale. Le moins qu’on puisse dire est que, à tous égards, ce n’est pas gagné. 

Trump a une sorte de fascination pour les hommes forts, car lui-même, contrairement à l’image qu’il essaye de véhiculer, n’en est pas un. Ses relations avec l’armée sont notoirement médiocres, il a osé qualifier de losers des soldats américains tombés dans la guerre de 14-18 et chacun sait qu’il s’est fait exempter de la guerre du Vietnam pour un motif grotesque. Sa volonté affichée de ne pas envoyer des soldats américains sur un théâtre d’opération extérieur en fait quelqu’un de prévisible et donc manipulable. Il pense probablement qu’en abandonnant à Poutine le contrôle de l’Ukraine, celui-ci sera rassasié et rejoindra le camp américain dans la lutte contre la Chine. Les Européens pensent strictement le contraire.

Liens indissolubles

Il existe cependant encore entre l’Europe et les États-Unis des liens indissolubles dont on peut espérer qu’ils vont résister aux foucades politiciennes. Mais il faut reconnaître que, outre le fait que l’Europe s’est confortablement endormie sous le parapluie protecteur américain, Américains et Européens ont eu des insouciances comparables.

En face il y a une Chine où des cohortes d’ingénieurs qualifiés travaillant  60 heures par semaine pour des salaires deux ou trois fois moins élevés qu’en Europe sous les instructions d’hommes politiques épargnés du souci court-termiste d’une élection démocratique, ont permis depuis trente ans une main mise sur des industries cruciales dans l’avenir. 

Trump a ainsi réveillé à juste titre le sujet des terres rares en revendiquant avec une brutalité de mafieux le Groenland et les supposées ressources ukrainiennes. C’est qu’il s’agit-là de ressources qui peuvent structurer l’avenir technologique.

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S’il y a un pays où Donald Trump est plus populaire qu’aux États-Unis, c’est Israël. Il a en effet manifesté un soutien sans réserve aux actions israéliennes et a fait de la lutte contre l’islamisme qui fleurit dans les universités américaines un thème important de sa présidence. Reste l’Iran où certains redoutent sa propension à faire des deals et à tomber ainsi dans les filets des habiles négociateurs iraniens… Il y a indiscutablement parmi les soutiens américains de Trump de véritables antisémites, mais Israël est un pays qui lutte pour son existence et doit donc définir ses priorités. Churchill et Roosevelt se sont alliés à Staline pendant la guerre car avant tout il fallait vaincre Hitler. Malgré tous ses évidents défauts, Trump n’est pas Hitler…

Et il ne faut pas l’oublier : son élection est aussi un symptôme, celui d’une Amérique déboussolée par les absurdités du wokisme, et qui fait en boomerang la part belle aux absurdités libertariennes, lesquelles véhiculant sous couvert de liberté la même intolérance à l’égard de leurs adversaires…

Le sport, terrain de jeu de l’islamisme

Voile dans le sport : Marianne doit muscler son jeu. Les islamistes sont en train de remporter la partie, s’inquiète une mission flash parlementaire


Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, annonçait la couleur : « Le sport est un moyen pour nous ». Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il aura été entendu. Sophie Germain, Directrice générale de la ligue Paris Île-de-France de football, en fait le constat : « Les clubs deviennent des lieux de conquête », déclare-t-elle. Et d’ajouter cette mise en garde : « Des tentatives de pénétration des instances dirigeantes sont à craindre ». À ce propos, sur la stratégie d’entrisme des Frères musulmans et de leurs affidés dans les différentes strates de notre société, on lira avec fruit le remarquable ouvrage de Florence Bergeaud-Blackler, anhtropologue, chercheuse au CNRS, Le Frérisme et ses réseaux.

Sape du pacte républicain

« Plus de cinq-cents clubs sont confrontés à des comportements communautaristes, relèvent les députés Caroline Yadan (Ensemble pour la République), et Julien Odoul (RN) dans le rapport de la « mission flash » qu’ils ont conduite, rapport remis ce mercredi à l’Assemblée. Ils dénombrent également entre vingt-cinq et cent trente associations à visée séparatiste, dirigées par des individus organisant, à l’initiative notamment des Frères musulmans, un projet de rupture avec la République. 

https://twitter.com/CarolineYADAN/status/1897281168455639043

À lire aussi : La laïcité résistera-t-elle aux nouveaux assauts du wokisme?

« Dans ces structures, le sport est carrément un outil de diffusion de pratiques islamistes », souligne Caroline Yadan. Pratiques qui s’inscrivent donc clairement dans une stratégie de sape du pacte républicain. Le port du hidjab sur les terrains et en salle, du burkini qini dans les piscines en est la manifestation la plus visible, mais à ces provocations viennent s’ajouter nombre de comportements, d’usages, de rites totalement en opposition avec nos mœurs, nos principes, nos règles communes et qui représentent donc effectivement autant d’agressions contre notre civilisation. Refus de serrer la main, de croiser l’autre sexe, refus de s’incliner devant un adversaire ou, au judo, devant le portrait du fondateur Jigoro Kano, sous prétexte qu’on « ne se prosterne que devant Allah ». Exigence de vestiaires spécifiques pour les musulmans, d’un calendrier de compétitions et d’entraînements alignés sur le calendrier religieux, flouter sur les photos la partie du corps entre le genou et le nombril réputée impure, d’où le port de collants jusqu’au plus chaud de l’été. Instauration de sessions de prières et prosélytisme dans l’enceinte même du sport, revendication du port de signes emblématiques sur le maillot des joueurs. On a vu au basket des petites filles de onze ou douze ans obligées de porter le hidjab pour jouer. On a vu aussi, et c’est au moins aussi inquiétant, dans certaines disciplines, des arbitres, voire des membres des équipes de France, pratiquer en arborant fièrement le hijab.

Raz-de-marée et usine à gaz

Comment cela est-il possible ? Comment ne parvient-on pas à combattre ces dérives qui, en réalité, ne font que s’étendre et prospérer. Les députés Yadan et Odoul soulignent « le manque de vigilance de certaines fédérations » mais aussi « le militantisme de certaines collectivités territoriales. »

Il faut dire que, sur ces questions, pourtant essentielles puisque, redisons-le, elles concernent le pacte républicain, on a – lâchement – laissé lesdites fédérations se faire leur propre religion. Cela sur la base d’une assise juridique des plus floues. Il en résulte une usine à gaz dans laquelle chacun se perd aisément. Par exemple, ce qui est interdit – le port du voile, par exemple – dans certaines disciplines devient autorisé dès qu’il s’agit de sport universitaire. Ce n’est ici qu’un exemple tiré de l’imbroglio réglementaire dans lequel les dirigeants de clubs se trouvent empêtrés. On comprend leur découragement. On comprend aussi qu’ils se sentent parfois bien seuls et bien désarmés. Ainsi à la fédération de Taekwondo où le port du hidjab est pourtant officiellement prohibé mais où on constate qu’environ 20% des pratiquantes persistent à le porter. Sans pour autant être sanctionnées.

À lire aussi, Florence Bergeaud-Blackler : «Si l’Université devient un espace ouvert aux vents des idéologies, plus aucune recherche, plus aucun enseignement n’est possible»

Face à une telle situation, qui, redisons-le, ne fait que s’aggraver saison après saison, « Marianne doit muscler son jeu », concluent les parlementaires de la mission flash. C’est l’évidence même.

En fait, il semble qu’il soit bien tard. Le phénomène a pris une telle ampleur qu’il sera désormais très difficile de l’endiguer. Le Sénat, mi-février, a émis une proposition de loi « visant à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport ». L’intention est louable, mais n’est-ce pas jouer petit bras ? On serait en droit de préférer un projet de loi visant carrément à « interdire, poursuivre et sanctionner dans le sport tout signe et toute pratique de rupture avec le pacte républicain. » Le projet sénatorial va venir prochainement à l’Assemblée nationale. Aux députés, donc, de « muscler le jeu ». Par la suite, il reviendra à la puissance d’État de déployer le courage politique de faire vraiment appliquer les règles. Sans trembler. Et là, le match n’est pas gagné d’avance…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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À la lumière des nuits blanches

BHL est insomniaque et Nuit blanche est la somme de ses méditations nocturnes. Refusant de fermer les yeux pour dormir, il déambule à travers son monde et ses souvenirs. 


Bernard-Henri Lévy commence d’écrire ses mémoires. Son dernier livre ouvre une brèche, c’est indéniable. Un premier opus ? Oui. L’œuvre prend un tournant, c’est incontestable. Le philosophe est insomniaque depuis l’enfance, c’est son prétexte. Ne parvenant pas à trouver le sommeil – plutôt, il s’y refuse aujourd’hui, presque philosophiquement –, il compte ses vrais amis comme d’autres les moutons. Ceux qu’il a perdus, ceux qu’il a admirés, ceux qu’il a aimés : il les ressuscite. Il rend la parole à son père qui s’adresse à lui. Nuit blanche est un autoportrait baconien : l’image est brouillée, bouleversée, BHL en rit, s’en moque et s’en échappe. Nuit blanche semble être écrit d’une traite. Les souvenirs cascadent, ils tombent d’autant plus vite que leur auteur, lui, ne cède pas à la nuit ; ils surgissent sans chronologie, le passé n’est pas perdu, il est là, à pic ! Vite, l’aube va l’effacer. Il y a urgence. Nuit blanche est un livre urgent : « Il n’y a pas de vie qui vaille sans la volonté de vouloir plus que la vie. » Autant profiter d’une conscience qui ne s’éteint pas. Refus de la débrancher face au bruit du monde et ses terreurs ? Sans doute. Le corps de BHL, d’une certaine façon, est exorbitant : c’est celui d’un écrivain. Il ne rêve pas, ne se couche pas, il médite. D’où l’on apprend que refuser de fermer les yeux est une métaphysique. Ah, la nature fondamentale de la réalité ! L’idéalisme est une petite mort. La nuit est une page blanche qu’il s’agit de noircir par le flux de conscience : « Je suis ivre de me sentir vivant et éveillé. » Tout y passe : les combats, les doutes, les livres, le Livre, les amours, le vert paradis de l’enfance, les tragédies, les comédies. La bibliothèque donne le cap, c’est la boussole, elle indique le point magnétique où tout se noue : Ronsard (qui est mort d’insomnie, les yeux ouverts), Ducasse, Debord, Barthes, Joyce, Lévinas, Althusser, Nietzsche… À propos, Zarathoustra pense que le sommeil vole « des pensées aux pieds légers ». Bref, rester vigilant, c’est le but, être une vigie pour soi-même : viser, aparté, le sentiment du temps et « atteindre, par la langue et la pensée, à un état second de l’humain ». Et puis, à quoi bon dormir puisque l’inconscient « ne se tait jamais » : « L’inconscient, c’est l’hypothèse qu’on rêve aussi éveillé. Car quelle différence, alors, entre veille et réveil ? Et pourquoi s’embêter à dormir si c’est le même inconscient qui, dans les deux cas, parle, se dérobe, se cogne au réel et vous trahit ? » Quelque chose s’est « grippé » dans l’inconscient de BHL qu’il définit (alors même qu’il n’y « croyait pas », jadis), comme « une région de son existence ». Parce qu’il en a pris conscience (c’est le cas de le dire !), il a changé de style : il s’est inventé une autre liberté. Elle est à l’œuvre dans Nuit blanche. Lisible, évidente. Une liberté à cœur ouvert. Tambour battant. L’écrivain se rassemble. Le corps vient à l’âme. Ces deux-là se parlent maintenant. En plein jour, sur la page. Ils se regardent en face. Et somnambulisent.

Bernard-Henri Lévy, Nuit blanche, Grasset, 2025. 192 pages.

Nuit blanche

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Les trumpistes tricolores: trouble allégeance…

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De jeunes partisans regardent Donald Trump lors d'un rassemblement de campagne au Lee's Family Forum, le jeudi 31 octobre 2024, à Henderson, Nevada © Julia Demaree Nikhinson/AP/SIPA

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.


Ils voudraient que je ne voie pas certaines choses, et que je n’en parle pas. De quoi est-il question ? D’une incroyable pensée hémiplégique qui s’est peu à peu répandue depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Il faut ici prendre date car nous n’en sommes qu’au début. Ça va enfler, gonfler jusqu’à devenir un très beau et très gros éléphant dans la pièce.

Quand il m’est arrivé d’en faire l’observation, lors de débats sur les écrans ou sur les ondes, ils ont esquivé. Les plus malicieux ont fait semblant de ne pas comprendre, les autres de ne pas entendre. Si cela continue, si nous n’arrivons pas dans les prochaines semaines à en débattre comme on le fait sur d’autres sujets, cela sera pour moi comme un aveu : il faudra en conclure que, pour ces nouveaux libertariens, il y a des sujets interdits et d’autres qui ne souffrent pas la contradiction. Paille et poutre ?

Ils sont les nouveaux trumpistes tricolores. Comme leur nouvelle idole, ils n’étaient pas prêts lors du premier mandat. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ils assument crânement et même avec une forme de jubilation le changement d’époque. Ils rêvent d’un alignement des planètes pour 2027 au plus tard. Alors, ils font au plus vite quelques embardées, sans voir qu’ils trahissent leurs propres trajectoires idéologiques.

Ils aiment les frontières, mais ils applaudiront une rencontre Trump-Poutine en Arabie saoudite. Il y a trois ans, la Russie a envahi l’Ukraine. L’intégrité territoriale d’un État souverain a alors été piétinée. Or, il se dit que la Russie va obtenir un accord de « paix » lui permettant de maintenir sa présence sur 20 % du territoire ukrainien et de se préparer militairement à d’autres offensives, comme le laissent penser ses programmes d’armement avec 10 % de son PIB désormais consacré à cet objectif. Et pas un mot sur les propos détestables de Trump sur le président Zelensky.

Ils aiment la souveraineté et détestent les influences étrangères. Tout occupés à traduire le MAGA dans la langue de Molière, à chercher dans leur playlist un YMCA tricolore, ils n’ont rien trouvé à redire sur l’ingérence américaine vis-à-vis de l’élection législative en Allemagne. Accepterions-nous une telle situation pour notre propre pays ? Que l’homme le plus riche du monde ne se contente plus d’agir sur la manière dont nous communiquons sur son réseau X, mais nous dise aussi pour qui nous devons voter ?

Les trumpistes tricolores semblent quand même avoir quelques frilosités avec la manière dont Steve Bannon, après Musk, a salué son public lors de la Conservative Political Action Conference. Jordan Bardella est parti. Sarah Knafo est restée. L’un et l’autre devront assumer politiquement les conséquences de la prochaine guerre commerciale. Ça va secouer.

Mais il y a d’autres sujets. Les influenceurs algériens, la protection de nos agriculteurs, la défense de nos filières industrielles, le contrôle de nos frontières, la liberté d’expression, l’indépendance…

La victoire du trumpisme traduit des réalités sociales, culturelles et électorales qui ne sont pas sans faire écho à des réalités hexagonales. Aucun parti politique ne devrait s’exonérer de cette réflexion. Quant aux trumpistes tricolores les plus ardents d’aujourd’hui, ils devraient déjà songer à ce qu’ils diront du Trump de demain. Ils ne pourront pas ignorer longtemps sa personnalité imprévisible et sa politique dont on connaît le seul et unique objectif : servir son pays, son oligarchie et son business.

Afrique du Sud: le meurtrier de l’ «imam gay» court toujours…

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C’était le premier imam gay d’Afrique du Sud. Son mystérieux assassinat a révélé une face cachée de la nation « arc-en-ciel »


Le 1er mars 2025, la ville du Cap s’est parée de ses plus belles couleurs arc-en-ciel lors d’une marche des Fiertés improvisée. Habituellement festive, l’ambiance était particulièrement lourde de tristesse et de colère. La communauté homosexuelle a rendu hommage à Muhsin Hendricks, premier imam au monde à avoir revendiqué publiquement son homosexualité, assassiné de manière brutale. Un crime qui soulève de nombreuses interrogations et ravive les tensions autour de la place des minorités sexuelles au sein des religions dans cette partie de l’Afrique australe.

Un pays pionnier, mais encore marqué par l’homophobie

L’Afrique du Sud est souvent citée comme un modèle en matière de droits « LGBTQI+ » sur le continent africain. Dès la fin de l’Apartheid (1994), elle a été l’un des premiers pays à dépénaliser l’homosexualité et à inscrire la protection contre les discriminations dans sa Constitution. Pourtant, cette avancée législative cache une réalité plus sombre : les crimes homophobes restent fréquents et la société demeure profondément divisée sur ces questions, notamment au sein des ethnies africaines (selon un sondage de 2017, 24 % des Sud-Africains estiment que les personnes qui entretiennent des relations homosexuelles devraient être poursuivies comme des criminels).

Sous le régime de ségrégation raciale, l’homosexualité était déjà perçue comme une menace à l’ordre moral. Le gouvernement de l’Apartheid menait même des campagnes de persécution contre les homosexuels, notamment dans l’armée, où des soldats identifiés comme gays étaient « traités médicalement », soumis à des tortures ou castrés chimiquement. Un chapitre traumatisant de l’histoire raciale de l’Afrique du Sud qui a été mis en lumière avec le film  » Moffie » (tapette en Afrikaans) , sorti sur les écrans en 2019.

La fin de cette homophobie d’État a permis à certains, comme Muhsin Hendricks, d’affirmer leur identité au grand jour. Mais au sein des communautés religieuses conservatrices, l’acceptation a été loin d’être acquise.

L’itinéraire d’un homme en rupture avec la tradition

Né au sein d’une une famille musulmane pratiquante, Muhsin Hendricks se destinait à une vie conforme aux traditions. Parti étudié l’islam dans l’une des plus prestigieuses universités de Karachi, au Pakistan, il est revenu imam. Il s’est rapidement marié et a eu des enfants. Mais cette existence bâtie sur des conventions n’a pu masquer sa véritable identité très longtemps. « Au cours de la première année de mon mariage, j’ai réalisé que j’avais commis l’une des plus grosses erreurs de ma vie. C’était très éprouvant pour moi. J’ai fini par être déprimé », a-t-il déclaré dans un témoignage poignant.

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Son coming-out, en 1996, à l’âge de 29 ans, a provoqué un séisme. Tandis que son grand-père le condamnait en affirmant que cette révélation le mènerait « vers l’enfer », son père a pris sa défense, malgré les invectives de sa mère à son encontre. Rejeté par une partie de sa communauté, il a été démis des fonctions qu’il exerçait dans sa mosquée et licencié de la madrassa où il enseignait. Confronté à l’isolement, il s’est exilé dans une grange, en quête de réponses spirituelles. « Je me suis mis à jeûner jusqu’à ce que Dieu me donne une réponse sur ce que je dois faire de ma vie, sur le but de ma vie et sur ce qu’Il a prévu pour moi », expliquait Muhsin Hendricks de son vivant.

Une lutte pour la réconciliation entre foi et homosexualité

Plutôt que de se résigner, Muhsin Hendricks a finalement fait de son combat un engagement. En 2004, il fonde la Mosquée du Peuple du Cap, un espace inclusif destiné aux musulmans LGBT en quête de spiritualité. Mais, son initiative déclenche très vite une vague de critiques, mais aussi un immense espoir pour ceux qui cachaient leur orientation dans la communauté musulmane. Parallèlement, il crée « The Inner Circle » (TIC), une association visant à accompagner ces croyants un peu particuliers dans leur réconciliation entre foi et orientation sexuelle.

« TIC a commencé dans mon garage, après mon coming-out. Nous étions six à huit musulmans homosexuels qui nous réunissions chaque jeudi soir. Nous parlions de nos histoires très douloureuses, de l’islam et de notre identité sexuelle. Nous nous soutenions car il y avait beaucoup de larmes. Quelques années plus tard, TIC est devenue une organisation internationale, car il s’est révélé que cet espace était nécessaire à tous », expliquait-il encore il y a peu. Mais en brisant un tabou majeur, Muhsin Hendricks s’est attiré aussi de puissants ennemis. Pour certains religieux conservateurs, il n’était qu’un hérétique dont les enseignements remettaient en cause les fondements de l’islam. Si les menaces à son encontre étaient connues, son assassinat a cependant pris tout le monde de court.

Un crime non élucidé, des soupçons qui pèsent

Le 15 février 2025, Muhsin Hendricks a été froidement abattu dans sa voiture, en pleine rue. Les images de vidéosurveillance montrent une silhouette encapuchonnée sortir d’une camionnette, bloquer son véhicule, sortir une arme et tirer à plusieurs reprises à travers la vitre de sa voiture. Une exécution en règle.

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L’enquête piétine toujours depuis cette date et, à ce jour, aucun suspect n’a été arrêté. Face aux accusations implicites pesant sur certains groupes religieux, le Conseil judiciaire musulman d’Afrique du Sud (MJC) et le Conseil des oulémas unis d’Afrique du Sud ont rapidement condamné le meurtre, déclarant défendre « la coexistence pacifique et le respect mutuel, même en cas d’opinions divergentes ».

Parallèlement, la communauté musulmane sud-africaine s’est retrouvée sous les projecteurs dans un contexte politique tendu par la guerre entre le Hamas et Israël, la découverte de camps d’entrainement djihadiste sur son sol et un gangstérisme communautariste qui a fait des ravages. Bien qu’elle ne représente que 2% de la population, elle a gagné en visibilité avec le parti islamiste Al Jama-ah qui affirme représenter les intérêts des musulmans sud-africains. Ce mouvement, qui a brièvement occupé la mairie de Johannesburg entre janvier 2023 et août 2024, a fait partiellement introduire la charia dans la législation. Cependant, son influence demeure encore limitée à l’échelle nationale. En Afrique du Sud, où la violence à l’encontre des personnes homosexuelles reste un sujet tabou, son assassinat rappelle brutalement que les avancées légales ne suffisent pas à protéger ceux qui défient l’ordre établi. Pour ses proches et ses partisans, une seule certitude demeure : Muhsin Hendricks restera à jamais une figure emblématique de la lutte pour l’égalité et la justice.

L’Arcom, « autorité indépendante », mais de qui ?

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Image d'illustration. La chaîne C8 a cessé d'émettre le vendredi 28 février, suite à la décision de l'Arcom © ROMAIN DOUCELIN/SIPA

L’instance censée « garantir une information pluraliste et indépendante » qui a décidé la fin de C8 (confirmée par le Conseil d’État) constitue un petit monde endogamique nourri de mantras progressistes. Ses salariés et dirigeants viennent du Conseil d’État, des médias publics et privés, des cabinets ministériels de gauche ou encore du CNC, bénéficiaire des amendes infligées aux chaînes. Enquête sur le gendarme de la liberté d’expression.


En dépit d’un impact médiatique important, la nouvelle de l’éviction de la chaîne C8 du paysage de la TNT n’a bizarrement pas fait l’objet d’un examen assez poussé pour approfondir la thèse – pourtant avancée par nombre de commentateurs – d’une partialité de l’Arcom, toujours présentée comme une « autorité publique indépendante ». Or, à lui seul, l’examen de son équipe dirigeante révèle déjà des éléments bien plus nombreux que ceux qu’on connaît, amenant à douter sérieusement de l’indépendance de cette autorité.

Des instances dirigeantes impartiales ?

La presse a déjà évoqué le cas du directeur général de l’Arcom, Alban de Nervaux, nommé en juillet 2024 par le président Macron, qui est par ailleurs époux de Laurence de Nervaux, directrice exécutif du « think tank » Destin commun, financé notamment par l’Open Society Foundations du financier George Soros et lié au groupe activiste écologiste Greenpeace. On connaît aussi le pedigree de Laurence Pécaut-Rivolier, nommée au collège de l’Arcom en 2021, qui fut naguère candidate PS-EELV aux élections municipales à Gentilly.

Mais il y en a bien d’autres ! Ainsi, Sara Cheyrouze, directrice adjointe de la communication de l’Arcom, responsable du pôle relations médias et influence, n’est autre que l’ancienne attachée de presse du Parti socialiste (de mai 2012 à janvier 2015), devenue par la suite conseillère presse au cabinet du Premier ministre (de décembre 2016 à mai 2017).

De même, Clara-Lou Lagarde, cheffe du département supervision et coordination nationale de la direction des plateformes en ligne de l’Arcom, se trouve être par le plus grand des hasards l’ex-collaboratrice parlementaire d’Angèle Préville, sénatrice socialiste du Lot de 2017 à 2023, mais aussi d’Alain Richard, ancien sénateur socialiste du Val-d’Oise.

On peut également citer Pascal Gueugue, de l’Arcom Caen, lié à travers la Fédération des musiques métalliques au député insoumis (et du Parti ouvrier indépendant !) Jérôme Legavre1

Membre de l’Observatoire de la haine en ligne et du groupe d’expert sur la désinformation de l’Arcom, Iris Boyer est quant à elle l’ancienne assistante parlementaire du socialiste Vincent Peillon et par ailleurs responsable de l’observatoire du Forum sur l’information et la démocratie2, lié à Reporters sans frontières… Précisément l’organisation dont la plainte a conduit à l’éviction de C8 de la TNT !

C’est bien simple : si l’on fait le bilan des 18 principaux responsables de l’Arcom (l’équipe de direction, le collège décisionnaire et son secrétariat), on constate que la moitié d’entre eux sont clairement marqués à gauche, que deux sont macronistes, et qu’une seule est peut-être encore de droite.

Outre qu’il est en soi problématique de trouver des individus politiquement marqués dans une instance supposée neutre politiquement, puisqu’elle doit « garantir une information honnête, pluraliste et indépendante » (aux termes de la loi Léotard du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication), l’écrasante domination de la gauche rend parfaitement illusoire cet exercice.

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Mais ce n’est pas tout ! Si l’on poursuit l’exercice consistant à analyser la neutralité de l’ensemble des équipes de l’Arcom (370 personnes) qui instruisent les dossiers, on tombe sur des anomalies très parlantes.

Un biais idéologique structurel ?

D’abord, si une partie des personnels vient du monde de l’audiovisuel (ce qui, après tout, peut sembler un gage de professionnalisme), on y retrouve les mêmes biais idéologiques : une très forte surreprésentation des personnels issus de l’audiovisuel public (fortement marqué à gauche, faut-il le rappeler ?) qui n’est pas sans poser question également en matière de libre concurrence, quelques autres venant de TF1, M6, BFMTV… En revanche, pas l’ombre d’un salarié venu de la galaxie Bolloré !

Si on pousse la curiosité jusqu’à regarder dans quelles directions et départements se trouvent employés ces anciens concurrents et adversaires du groupe Bolloré, on a une autre surprise. Là encore – et bien sûr par le plus grand des hasards, n’en doutons pas ! –, ils se trouvent concentrés dans les directions qui ont joué un rôle stratégique dans l’instruction des dossiers contre le groupe Bolloré : la direction des publics, du pluralisme et de la cohésion sociale (36 % des personnels, contre 8 à 15 % dans d’autres directions moins sensibles), mais aussi la direction des plateformes en ligne (28 %)… Et bien sûr la direction de la communication, dont l’intégralité de l’équipe dirigeante et la moitié du personnel viennent de concurrents du groupe Bolloré.

Encore faut-il souligner qu’à ce stade, et à de rares exceptions près, les recherches n’ont porté que sur les anciennes fonctions occupées par ces personnes. Des recherches plus complètes sur des employés de l’Arcom n’étant pas passés par des concurrents du groupe Bolloré révèlent une large proportion des affiliations et sympathies politiques marquées à gauche3.

Quand l’Arcom recycle des anciens du Conseil d’État

Plus haute juridiction administrative du pays, le Conseil d’État joue le rôle de juridiction d’appel de l’Arcom et confirme ou non les sanctions qu’elle inflige. Se pourrait-il qu’il soit à la fois juge et partie ? Nombre des cadres de l’Arcom en sont issus, comme Alban de Nervaux (son directeur général), Denis Rapone (membre de son collège), Céline Paulmier (ex-assistante de justice au Conseil d’État), Samuel Galodé (chargé de communication web au Conseil d’État), Célia Deck-Catalan Cabildo (ex-assistante de justice de la cour administrative d’appel de Paris), Alexandre Médard (ex-assistant de justice du tribunal administratif de Versailles).

La commision de la culture du Sénat auditionne Martin Adjari, candidat proposé par l’Élysée pour la présidence de l’Arcom, 17 décembre 2024. Sa nomination est validée par les parlementaires, et il prend officiellement ses fonctions le 2 février 2025 © Public Sénat (capture d’écran)

De plus, le Conseil d’État interprète de façon très extensive les missions de contrôle de l’Arcom de « la diversité des courants de pensée et d’opinions représentés par l’ensemble des participants aux programmes diffusés, y compris les chroniqueurs, animateurs et invités »… Une exigence pour le moins problématique, pour les raisons déjà évoquées de partialité de l’Arcom.

La deuxième carrière des personnels du CNC au sein de l’Arcom

D’un conflit d’intérêts l’autre ? Une deuxième relation quelque peu incestueuse unit l’Arcom au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), bénéficiaire des amendes que distribue l’Arcom, mais également très présent au sein de cette dernière à travers de nombreux profils d’anciens personnels du CNC tels Yves Damé, Fabien Mignet, Aurélie Cardin, Danielle Sartori, Mélanie Bidet-Emeriau, Ambre Argiolas, Margot Kessler, Guillaume Blanchot ou Linda A. Les deux organismes entretiennent d’étroites coopérations sur de nombreux sujets, allant de la lutte contre le piratage à des études (sur le tissu industriel de la production audiovisuelle, les services de médias audiovisuels à la demande, les enjeux environnementaux de l’écoproduction…).

Cette forte proximité qui ne peut que jeter le doute sur la légitimité d’amendes qui finissent par ressembler à un financement forcé d’une instance par ailleurs connue pour ses fortes sympathies à gauche : en douze ans, jusqu’à novembre 2024, l’Arcom a pris 52 sanctions contre les seules chaînes C8 et CNews, dont 16 pendant la seule année 2024. Pour un montant de 8,17 millions d’euros depuis 2017. Et ce, alors que la Cour des comptes a épinglé en septembre 2023 le CNC, appelant à « une réforme approfondie des aides » au cinéma, qu’elle estime trop nombreuses, et réclamant aussi « un minimum de contrôle politique » de la part des ministères de la Culture et des Finances.

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Enfin, et pour ne pas se méprendre sur les conclusions à tirer de cet inventaire des manquements aux règles les plus élémentaires de la neutralité, du pluralisme, de la libre concurrence et même de la simple loyauté, il faut être conscient que le problème n’est pas conjoncturel, mais systémique (pour reprendre un terme à la mode chez les policiers de la pensée). Les tares de l’Arcom étaient déjà celles de ses prédécesseurs, depuis la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) créée par Mitterrand, remplacée en 1986 par la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL), puis en 1988 par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Dans un splendide jeu de trompe-l’œil, ces instances n’ont jamais été « indépendantes », sinon des procédures démocratiques de contrôle des administrations prévues par nos institutions. En revanche, jamais du pouvoir.

Dans cette logique, la fréquence perdue par C8 a été attribuée à Denis Olivennes, qui dirige CMI France, groupe de médias appartenant au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Un homme que Le Monde a surnommé naguère le « fils chéri de la gauche bobo », ce qui ne change rien à ses qualités personnelles. Passé par la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), devenu énarque en 1988, grand ami de Laurent Fabius, Olivennes a dirigé Canal+ au début des années 2000 (à l’époque où la chaîne, que Bolloré n’a reprise qu’en 2015, était encore dirigée par Pierre Lescure, dans l’esprit de son fondateur André Rousselet, le très proche ami de François Mitterrand). En 2008, il était nommé directeur général délégué du Nouvel Observateur, avant de rejoindre le groupe Lagardère, où il était notamment chargé du JDD et d’Europe 1 (tous deux rachetés plus tard également par Vincent Bolloré). C’est déjà Olivennes qui, en 2023, après la reprise avec Kretinsky du groupe Editis (deuxième plus grand éditeur français derrière Hachette, avec 55 maisons d’édition, dont Robert Laffont, Bordas, Nathan, Perrin, Plon, Pocket, Belfond, Julliard et La Découverte), s’était empressé d’y faire le ménage pour en écarter les proches de Bolloré4. Cette fois-ci, l’Arcom a fait le travail pour lui.

Note méthodologique

Cette enquête repose exclusivement sur des données publiques, et pour l’essentiel sur celles publiées sur le site de l’Arcom, ainsi que les fiches LinkedIn des 298 personnels de l’Arcom identifiés (soit 80 % des 370 employés que déclare l’Arcom). Ces fiches LinkedIn ont été exploitées pour en tirer des informations sur les fonctions passées de ces personnels (en particulier chez des concurrents publics et privés du groupe Bolloré, mais aussi dans des institutions publiques), leurs autres affiliations simultanées… En revanche, si quelques recherches ont également été effectuées ponctuellement sur Facebook pour identifier et préciser des affiliations, elles ont porté sur moins d’une vingtaine de personnes.

Contactée, l’Arcom a annoncé des réponses qui ne sont jamais arrivées.


  1. Voir les posts LinkedIn de Pascal Gueugue et Matthew Marion sur la question écrite soumise au ministère de la Culture à
    l’Assemblée nationale le 23 avril 2024 sur la place de la musique métal dans les musiques actuelles. ↩︎
  2. Voir la page LinkedIn dudit Forum. ↩︎
  3. On peut citer les exemple de Raphaël Bengio, Agnès Baraton, Rachida Hamchaoui, Axel Devaux, Colum Hamon. ↩︎
  4. « Editis : Kretinsky et Olivennes écartent les proches de Bolloré », 28 novembre 2023, linforme.com. ↩︎

Patrimoine littéraire: à vos tire lire pour «Tétras Lire» !

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© Éditions Alba Verba

Tétras Lire fête son 100ème numéro ! C’est l’occasion de découvrir cette revue pour les enfants de 8 à 12 ans et plus éventuellement, car il y a des parents ou des grands-parents qui découvrent à cette occasion des textes qu’ils n’avaient jamais lus… Parce que Tétras Lire mise sur de grands auteurs français et étrangers, et sans édulcorant s’il vous plaît !


A une époque où l’on réécrit des textes pour les expurger des propos « nauséabonds » ou encore, pour les mettre à la portée des caniches et ainsi ravager le texte originel au motif que les enfants n’auraient pas le vocabulaire requis, la revue Tétras Lire fait le pari des textes sans adaptation et sans réécriture.

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Par ailleurs, loin des textes moralisateurs qui vous font la leçon à partir du mouton noir exclu du troupeau par les moutons blancs, et que c’est pas bien d’exclure, surtout s’il est noir, surtout s’il est tout seul, et tu seras gentil avec tes camarades, hein ?!, loin donc de toute cette moraline qui n’a jamais moralisé personne (ah, s’il suffisait de dire « il faut » pour que cela se fasse, il y a belle lurette que l’humanité serait douce comme un agneau!), loin c’est peu dire de tout cet affadissement et cette tromperie, la revue en question propose chaque mois un auteur : Jules Verne, Hérodote, Ovide, Pouchkine par exemple, l’introduit avec un dossier biographique, continue avec un texte de l’auteur accompagné d’une très belle iconographie ; texte où les mots difficiles sont en gras avec un lexique dans la marge pour expliquer ce qu’ils signifient, le poursuit avec un questionnaire concernant le récit, mais aussi des jeux, des recettes de cuisine en rapport avec l’histoire, une compilation sur le thème de celle-ci, bref, un ensemble aussi sérieux que distrayant.

Style littéraire enchanteur

J’ai lu celui consacré à Pierre Loti. Ce sont des extraits du « roman d’un enfant », intitulés Les cousins du Midi, et magnifiquement illustrés par Laurence Bost. Le mouvement des bambins courant autour d’une table ou sur un chemin de Provence est rendu de manière admirable. C’est joyeux, ensoleillé, recueilli aussi. Et la langue n’ignore ni le passé simple ni le lexique merveilleusement dépaysant : « Vers le milieu du jour, pendant une halte pour faire reposer nos chevaux aux creux d’une vallée d’ombre, dans un village perdu appelé Veyrac, nous nous assîmes au pied d’un châtaignier, – et là, nous fûmes attaqués par les canards de l’endroit, les plus mal élevés du monde, s’attroupant autour de nous avec des cris de la plus haute inconvenance. Au départ donc, quand nous fûmes remontés dans notre voiture, ces bêtes s’acharnant toujours à nous poursuivre, ma sœur se retourna vers eux et, avec la dignité du voyageur antique outragé par une population inhospitalière, s’écria : « Canards de Veyrac, soyez maudits ». Et à ceux qui ont peur d’une langue qu’ils ne maîtriseraient pas, je dirai qu’il ne s’agit pas toujours de maîtriser quoi que ce soit, mais de se laisser porter par un style qui enchante.

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Catherine Santeff retombe en enfance

Et si les canards ne vous ont pas suffi, voici le narrateur qui, pour se distraire un matin pluvieux, décide de faire fondre une assiette d’étain et de la jeter ensuite dans un seau d’eau ; geste qui lui donnera une idée… « Le lendemain donc, à mi-montagne, comme nous arrivions dans un chemin, délicieusement choisi du reste, solitaire, mystérieux, dominé par des bois et très encaissé entre de hautes parois moussues, j’arrêtai ma bande, avec un flair de chef Peau-Rouge : ça devait être là ; j’avais reconnu la présence des gisements précieux, – et, en effet, en fouillant à la place indiquée, nous trouvâmes les premières pépites (l’assiette fondue que, la veille, j’étais venu enfouir). Ces mines nous occupèrent sans trêve pendant toute la fin de saison. Eux, absolument convaincus, émerveillés, et moi, qui pourtant fondais tous les matins des couverts et des assiettes de cuisine pour alimenter nos filons d’argent, moi-même arrivant presque à m’illusionner aussi. »

C’est bien simple, en ces temps d’Histoire lourde comme le couvercle de Baudelaire, et pour fêter l’arrivée du printemps et qui sait, le retour de l’Eden, je m’abonne tout de suite !

Découvrez les anciens numéros de cette belle revue basée à Lyon ici.

Gaza: une tribune indigeste

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Ramadan, Rafah, 2025 ©Doaa el-Baz\ apaimages/SIPA

Le quotidien Libération semblait se réjouir mercredi que les deux millions de Palestiniens de Gaza soient une « arête impossible à avaler dans la gorge d’Israël ». Selon le journal de gauche, le projet de Trump de déplacer cette population n’est qu’une « saillie délirante », et la société israélienne dans son ensemble serait dénuée d’empathie pour ses voisins à la suite des attaques terroristes du 7-Octobre. Un mépris évident pour la souffrance des Israéliens. Analyse.


La proposition de l’administration Trump de déplacer temporairement les habitants de Gaza a suscité le séisme médiatique que l’on sait. Parmi cette avalanche de réponses, certaines brillent par leur manque d’objectivité, d’autres par leur caractère outrancier ou les affirmations erronées qu’elles contiennent… Plus rares sont celles qui réussissent l’exploit de réunir tous ces travers à la fois ! C’est le cas de la tribune de Monsieur Sélim Nassib, écrivain et ancien journaliste pour Libération, publiée justement par le quotidien ce mercredi[1]. Si le sort des habitants de Gaza est effroyable et touche tout un chacun, une sortie telle que celle-ci ne permet en rien de faire un pas vers une solution pacifique.

Un texte pour rien

Comment ne pas être frappé, tout d’abord, par le choix des mots ? Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, est ainsi soupçonné d’utiliser ce projet de déplacement pour raccrocher les « wagons » avec l’extrême droite. S’il s’agit bien d’un projet de déplacement temporaire, l’article n’hésite pourtant pas à parler de « déportation », et ce à plusieurs reprises. On a évidemment connu choix de vocabulaire moins tendancieux…

La plume est en revanche moins lourde lorsqu’il s’agit de qualifier les barbaries du 7-Octobre 2023 commises par les terroristes du Hamas. On nous parle ici d’une simple « tragédie » qui, bien qu’elle fasse un écho plus que douloureux aux atrocités de la Shoah, aurait dû être oubliée « à court terme » par les proches des victimes. Leur faut-il aussi tirer un trait sur les otages restants aux mains du Hamas ? Ce qui n’empêche pas l’auteur de vilipender les Israéliens, dans leur « écrasante majorité », pour leur manque d’empathie supposée à l’endroit de la population civile de Gaza.

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Ce prétendu manque d’empathie est imputé à un simple sondage. En revanche, selon l’auteur de la tribune, il serait injuste de déduire que les Gazaouis soutiennent le Hamas sous prétexte que le groupe terroriste a été élu en 2006 par… la population de Gaza ! Allez comprendre… On ne vote pourtant pas pour le Hamas comme on vote pour un parti modéré. Comment ignorer que la destruction d’Israël et celle des juifs font figures de leitmotivs pour ce parti ? Une doctrine que le Hamas se plaît à enseigner à la jeunesse palestinienne, ne lui laissant d’autre choix que celui de la haine de son voisin.

Des confusions coupables

Toutes les guerres occasionnent la mort de civils innocents. Celle des civils palestiniens est une horreur et personne ne saurait s’en réjouir. Mais le choix des concepts ne peut être fait à la légère. La tribune accuse Israël de se livrer à une réponse militaire « hors de proportion » visant à préparer un « nettoyage ethnique ». Cette notion n’est pas officiellement définie mais pourrait sous-entendre une politique visant à faire disparaitre une population par la force ou la violence. Si l’intervention militaire de Tsahal à Gaza fait évidemment des victimes collatérales parmi la population civile, cela ne constitue pas pour autant un nettoyage ethnique ou encore un génocide. Pour rappel, lors de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements alliés ont causé de nombreuses pertes civiles, notamment 350 000 Allemands. Pour autant, il n’a jamais été question de génocide car le nombre ne suffit pas ; il faut également démontrer l’intention de s’en prendre directement à la population civile. Or, si cela était clair lors des attaques terroristes du 7-Octobre perpétrées par le Hamas, s’agissant de l’action de Tsahal cela n’est pas le cas. Par ailleurs, de très nombreuses pertes civiles auraient aussi pu être évitées si le Hamas n’utilisait pas son propre peuple comme bouclier humain ou encore les écoles et hôpitaux comme cachettes. Il faut le rappeler, ce que ne fait pas M. Nassib dans son analyse.

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Pour parler de réponse militaire « hors de proportion », encore faudrait-il disposer d’une bonne connaissance des données. Les chiffres étant fournis par… le Hamas, nous sommes en droit de douter de leur fiabilité. Sans parler du fait que ces chiffres ne précisent jamais quelle est la part de militants dans les victimes mentionnées. Et même si l’on part du principe que ces chiffres sont fiables, ils ne démontrent pas une proportion de victimes civiles supérieure à d’autres conflits. Selon les Nations Unies, le taux de victimes civiles est en général de 90% dans une guerre. Et la plupart des conflits ne se déroulent pas dans un environnement urbain comme cela est le cas à Gaza. Ce genre d’affirmation peut donner l’impression que ce qui est véritablement remis en question est le droit d’Israël à se défendre et donc, par extension, son droit à la survie. Par ailleurs, il n’est évidemment à aucun moment précisé dans les colonnes de Libération que le Hamas est le seul et unique responsable de cette guerre et qu’il lui suffirait de libérer les otages pour y mettre fin à tout moment.

Des affirmations incomplètes et une omission de taille

Pour finir, l’auteur de la tribune énonce que l’Égypte et la Jordanie « refusent absolument de recevoir » la population palestinienne. Le silence est en revanche de mise lorsqu’il s’agit d’en expliquer les raisons. Peut-être cela est-il avant tout dû à des préoccupations sécuritaires ? Comment ignorer, par exemple, les liens entre le Hamas et les Frères Musulmans, organisation que le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi s’échine à maîtriser ?

Enfin, Donald Trump, à l’initiative de cette proposition de déplacement temporaire et non de déportation, est présenté comme « un homme ignorant échafaudant dans sa petite tête un projet impossible à réaliser ». Rappelons pour mémoire que les accords d’Abraham prévoyant la normalisation des relations entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont été signés à l’initiative de l’administration Trump en septembre 2020. Une bien plus grande contribution pour la paix que cette tribune qui revêt des airs de mauvais procès fait à Israël ne le sera jamais…

Le génie de Beyrouth - Tome 1 - Rue de la fortune de Dieu

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[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/gaza-larete-impossible-a-avaler-dans-la-gorge-disrael-par-selim-nassib-20250304_EVVOLLP6KRDZFDCCTSBGFAJBQU/

Spécialités très locales

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© Comité français de l'UICN

Si vous aimez les spécialités culinaires très lointaines, vous trouverez votre bonheur du côté de Vitry-sur-Seine. Entre viande de pangolin ou d’antilope, la nourriture made in Africa arrive en France avec son lot de maladies…


Vitry-sur-Seine nous a estomaqués avec les images de son marché exotique où la viande se débite sur le pavé et la volaille se saigne sur le trottoir. Depuis des années, le maire PCF de Vitry essaie de le démanteler, parce que ce marché sauvage contrevient à toutes les règles économiques et sanitaires. Ce n’est pas une exception. À Paris, le marché interlope de Château-Rouge reste une référence. Marseille, Lyon, Toulouse ou Montpellier sont confrontés au même problème…

Sur ces marchés noirs, la communauté africaine peut dénicher des spécialités qui lui rappellent le pays : pangolin, singe, antilope, agouti, serpent… C’est ce qu’on appelle la viande de brousse. Les douanes font la chasse aux trafiquants, qui profitent des liaisons aériennes entre l’Afrique et Paris pour importer cette viande d’appellation incontrôlée dans leurs bagages. En 2023, 24 tonnes ont été saisies… C’est maigre, car il est impossible de contrôler tous les passagers.

L’an dernier, une mission interministérielle sur la lutte contre l’importation illégale de « produits carnés » a estimé que 273 tonnes de viande d’espèces sauvages seraient illégalement importées chaque année depuis l’Afrique via l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Et souligné le risque sanitaire. Ces sales bêtes, même mortes, véhiculent des maladies qui – comme l’Ebola ou le sida – franchissent allégrement la barrière des espèces pour contaminer l’homme. La mission a également dénoncé la complicité des compagnies assurant le trafic aérien avec l’Afrique, qui pour le prix d’un seul billet, offrent aux passagers la possibilité d’embarquer deux bagages de 23 kg, le second servant souvent de garde-manger. La solution serait de limiter les bagages. Air France a immédiatement fait savoir qu’elle s’opposait à une telle mesure, « nuisible à sa compétitivité ». En tolérant la valise « alimentaire », la compagnie assure ainsi l’immunité à une chair pourtant pas toujours très fraîche…

Vladimir Poutine n’est pas Hitler, ni Volodymyr Zelensky Churchill…

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Des militaires ukrainiens tirent avec un obusier M777 en direction des positions russes sur la ligne de front près de Donetsk © Roman Chop/AP/SIPA

Récits mensongers qui s’affrontent, stratèges de salon prêts à sacrifier des vies sur l’autel de leurs illusions: en Europe, les nations ne savent plus contre qui se battre, observe notre chroniqueur. La France, singulièrement, ne sait plus quels ennemis elle affronte: les islamistes, le « grand remplacement », Poutine, les influenceurs algériens, le Sud global?


Ils se proclament « résistants ». Dans leur panoplie de va-t-en-guerre, ils disent de Vladimir Poutine qu’il est le nouvel Adolf Hitler, et de Volodymyr Zelensky qu’il incarne Winston Churchill. Leur univers est celui des faussaires.

Guerre des… récits

Pour eux, ceux qui dénoncent cette guerre inutile entre l’Ukraine et la Russie sont des « munichois », des « collabos », des « vichystes », des « capitulards ». Derrière un courage déclamé, les bellicistes encouragent de loin ceux qui montent au front, pour s’y faire tuer par dizaines de milliers. Les identifications avec des acteurs de la Seconde Guerre mondiale sortent d’un récit fabriqué. Depuis trois ans, la propagande européiste accumule les désinformations, dans le but d’imposer une Europe supranationale aux peuples qui n’en veulent pas. Souvenez-vous : Poutine rongé par des cancers mortels, remplacé par des sosies dans ses sorties publiques, ne contrôlant plus l’appareil d’Etat. Quant à la Russie, elle allait économiquement s’effondrer, était isolée et perdrait forcément la guerre. Or il est tout aussi faux de soutenir désormais que l’autocrate, qui n’a pu entrer dans Kiev, serait pour l’Europe une « menace existentielle » comme le soutient Emmanuel Macron, tout à son obsession de se construire un destin postnational. La perspective de chars russes à Paris relève de la fiction. Quant à Zelensky, il a certes fait preuve d’un valeureux patriotisme. Cependant il s’est laissé dicter sa stratégie par son tuteur américain, jusqu’à ce que Donald Trump le laisse tomber. La pénible humiliation publique du président ukrainien, infligée vendredi à Washington par le président et le vice-président américains, a laissé voir néanmoins la maladresse d’un dirigeant refusant l’opportunité de mettre fin à une vaine boucherie humaine.

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Pilotage automatique

Faire revivre les fantômes du IIIe Reich, au point de voir des saluts nazis au moindre bras levé, est un procédé puéril. Ces chimères permettent aux « progressistes » de maintenir artificiellement leur monde trépassé. Ceux qui récitent : « Retour aux années trente ! » ou « envolée de l’extrême droite ! » sont en pilotage automatique. Les faits les contredisent. Le ministre des Affaires étrangères israélien, Giedon Sa’ar, veut normaliser les relations avec le RN. En Allemagne, Alice Weidel (AfD), présentée par la gauche comme l’héritière du nazisme, est un soutien d’Israël et des États-Unis. Elle est passée par la banque Goldman Sachs et est mariée à une femme sri-lankaise, avec deux enfants. Dans Le Monde de ce week-end, un collectif s’affichant « juifs de gauche » dénonce le silence de la « gauche extrême » face à « l’explosion antisémite » depuis le 7-Octobre. Mais ces protestataires, qui déplorent en fait l’irruption d’un islam judéophobe porté par une immigration de masse qu’ils défendent, s’obligent à dénoncer « le triomphe mortifère des extrêmes », sans admettre que l’opposition à l’islamisme et au wokisme se construit à droite…

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La « révolution du bon sens », lancée par Trump contre les idéologies déphasées, accélère les renversements d’alliances et le réveil des nations. Les résistants en pantoufles laissent l’islam colonisateur en paix tandis qu’ils prônent une « économie de guerre » (Eric Lombard, ministre de l’Économie) pour bâtir une Europe sans les peuples. Les nations doivent certes se réarmer, pour pallier la fin probable de l’Otan. Mais elles ne doivent pas se tromper de combat, en poursuivant une guerre perdue contre la Russie. La défaite de l’Ukraine est celle des européistes.

Trump et le nouveau monde

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Le président Donald Trump s'adresse à une session conjointe du Congrès au Capitole à Washington, le mardi 4 mars 2025 © Win McNamee/AP/SIPA

Le président Trump nous rejoue ‘The Apprentice’ en virant Zelensky, pense amadouer Poutine avec un deal douteux, et laisse l’Europe en panique. Il a prononcé mardi un discours d’une heure et quarante minutes devant le Congrès américain, et a notamment annoncé avoir reçu une lettre du président ukrainien indiquant qu’il était finalement prêt à se présenter à la table des négociations. Analyse.


C’était il y a longtemps, presque une semaine: un clash en direct à la Maison Blanche, que le président américain a décrit comme un grand moment de télévision. Comme il y a vingt ans, lorsque dans son émission de télé-réalité, il annonçait avec délectation au candidat éliminé «you are fired», Trump venait de congédier un président ukrainien qu’il qualifiait d’ingrat d’autant qu’il n’avait pas accepté ses propositions de paix sous prétexte qu’elles n’offraient pas de garantie de sécurité à son pays. Auparavant, il avait traité Zelensky de dictateur sous prétexte qu’il n’avait pas organisé d’élections présidentielles, alors que la constitution ukrainienne l’interdit explicitement  en période de loi martiale et que la loi martiale a été imposée à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Enfin il avait prétendu que la cote de popularité de Zelensky était de 4% alors qu’un sondage lui attribuait 57%. 

Mauvais épisode

Le spectacle à la Maison Blanche m’a donné la nausée et j’ai pensé à un épisode où l’exécution n’avait pas été que verbale. C’était en Corée du Nord. Kim Jong Un avait obligé son oncle à une humiliante autocritique télévisée avant de le faire exécuter. Il se trouve que Trump, qui avait bénéficié des confidences du dictateur coréen, connaissait cette histoire. Zelensky est tombé dans un piège, mais il a évité le pire…

Trump fonctionne dans un système mental où c’est lui qui définit la vérité. Quelques jours plus tard, dans son discours au Congrès, il se félicite que l’inflation soit en voie d’être jugulée, alors qu’elle flambe, annonce que les Etats-Unis sont désormais admirés car ils sont «great again», que les enfants atteints de cancer vont enfin recevoir des traitements alors que des programmes de recherche médicale ferment faute de subsides, que la liberté va enfin fleurir et que la corruption de l’administration Biden va disparaitre alors que lorsqu’un sénateur de Californie s’était interrogé sur le rôle de Musk dans la purge administrative et les réorientations de subventions, il a été qualifié impunément de criminel par ce dernier.

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Le caractère inattendu, voire saugrenu de certaines de ses propositions conduit parfois à remettre en cause des idées et des comportements répétés qui se sont révélés naïfs dans le passé et risquent de l’être dans le futur. Ce changement de perspective s’appelle pour les uns « lucidité » et pour les autres « trahison des valeurs ». En ce qui concerne l’Ukraine, l’abandon d’un pays victime d’une agression et d’une guerre menée avec une violence inouïe soulève le cœur. Il faudra pourtant constater que les sanctions contre la Russie ont échoué, que Poutine n’a pas été déstabilisé, que sa puissance de feu se renforce, qu’il possède des armes nucléaires dont il n’a pas exclu l’usage et que les contours d’un arrêt des combats sont géographiquement perceptibles. Au fond, l’image que se fait Trump de la paix est probablement proche de celle que s’en font les Européens, et Zelensky, au lendemain de la suspension de l’aide militaire américaine a été obligé d’écrire qu’il se félicite de travailler sous la direction de Trump à l’obtention d’une paix durable en Ukraine. Theodore Roosevelt, le père de l’interventionnisme américain, disait qu’il faut parler doucement, mais avec un gros bâton. Nul ne dira de Trump qu’il parle doucement, mais contre Zelensky il a utilisé son gros bâton. Avec un certain succès… La question est: serait-il capable de le faire contre Poutine?

L’Occident déboussolé

J’élude ici le problème, évidemment  très grave, de sa collusion possible avec les services de contre-espionnage  (ex-KGB, dont Poutine est l’archétype) – qui dirigent actuellement en réalité la Russie, poursuivent des objectifs à long terme et utilisent tous les moyens possibles pour déstabiliser l’Occident.

Poutine a déclaré que le démantèlement de l’URSS avait été un des pires crimes du XXe siècle, et toute sa politique  consiste à réparer ce crime, à récupérer et si possible étendre l’espace soviétique, successeur de Pierre le Grand. L’Ukraine aujourd’hui, la Moldavie demain, ainsi que les pays baltes (lesquels se demandent ce que valent pour Trump les assurances de l’article 5 de la Charte de l’OTAN) sont aux premières loges. Mais la Pologne aussi, qui se réarme effectivement et qui comptait tant sur le protecteur américain. Et également la Roumanie, qui vient d’échapper à un résultat électoral présidentiel confectionné par les services russes. Et tous les anciens pays du pacte de Varsovie, et tous les autres pays européens aussi comme la France elle-même, chassée par les Russes de ses points d’appui africains et en passe de voir s’installer une flotte russe dans les ports obligeamment mis à disposition par nos ex-amis algériens.

Le discours solennel du président Macron prend en compte le fait que la Russie est aujourd’hui un pays ennemi et que les États-Unis ne sont peut-être plus un pays allié. 

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Reste pour l’Europe à rattraper à marche forcée son comportement de cigale. Le moins qu’on puisse dire est que, à tous égards, ce n’est pas gagné. 

Trump a une sorte de fascination pour les hommes forts, car lui-même, contrairement à l’image qu’il essaye de véhiculer, n’en est pas un. Ses relations avec l’armée sont notoirement médiocres, il a osé qualifier de losers des soldats américains tombés dans la guerre de 14-18 et chacun sait qu’il s’est fait exempter de la guerre du Vietnam pour un motif grotesque. Sa volonté affichée de ne pas envoyer des soldats américains sur un théâtre d’opération extérieur en fait quelqu’un de prévisible et donc manipulable. Il pense probablement qu’en abandonnant à Poutine le contrôle de l’Ukraine, celui-ci sera rassasié et rejoindra le camp américain dans la lutte contre la Chine. Les Européens pensent strictement le contraire.

Liens indissolubles

Il existe cependant encore entre l’Europe et les États-Unis des liens indissolubles dont on peut espérer qu’ils vont résister aux foucades politiciennes. Mais il faut reconnaître que, outre le fait que l’Europe s’est confortablement endormie sous le parapluie protecteur américain, Américains et Européens ont eu des insouciances comparables.

En face il y a une Chine où des cohortes d’ingénieurs qualifiés travaillant  60 heures par semaine pour des salaires deux ou trois fois moins élevés qu’en Europe sous les instructions d’hommes politiques épargnés du souci court-termiste d’une élection démocratique, ont permis depuis trente ans une main mise sur des industries cruciales dans l’avenir. 

Trump a ainsi réveillé à juste titre le sujet des terres rares en revendiquant avec une brutalité de mafieux le Groenland et les supposées ressources ukrainiennes. C’est qu’il s’agit-là de ressources qui peuvent structurer l’avenir technologique.

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S’il y a un pays où Donald Trump est plus populaire qu’aux États-Unis, c’est Israël. Il a en effet manifesté un soutien sans réserve aux actions israéliennes et a fait de la lutte contre l’islamisme qui fleurit dans les universités américaines un thème important de sa présidence. Reste l’Iran où certains redoutent sa propension à faire des deals et à tomber ainsi dans les filets des habiles négociateurs iraniens… Il y a indiscutablement parmi les soutiens américains de Trump de véritables antisémites, mais Israël est un pays qui lutte pour son existence et doit donc définir ses priorités. Churchill et Roosevelt se sont alliés à Staline pendant la guerre car avant tout il fallait vaincre Hitler. Malgré tous ses évidents défauts, Trump n’est pas Hitler…

Et il ne faut pas l’oublier : son élection est aussi un symptôme, celui d’une Amérique déboussolée par les absurdités du wokisme, et qui fait en boomerang la part belle aux absurdités libertariennes, lesquelles véhiculant sous couvert de liberté la même intolérance à l’égard de leurs adversaires…

Le sport, terrain de jeu de l’islamisme

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Le collectif communautariste "Les Hijabeuses" se dresse contre la Fédération française de football, et demande à jouer avec un voile islamique, Paris, 24 février 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Voile dans le sport : Marianne doit muscler son jeu. Les islamistes sont en train de remporter la partie, s’inquiète une mission flash parlementaire


Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, annonçait la couleur : « Le sport est un moyen pour nous ». Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il aura été entendu. Sophie Germain, Directrice générale de la ligue Paris Île-de-France de football, en fait le constat : « Les clubs deviennent des lieux de conquête », déclare-t-elle. Et d’ajouter cette mise en garde : « Des tentatives de pénétration des instances dirigeantes sont à craindre ». À ce propos, sur la stratégie d’entrisme des Frères musulmans et de leurs affidés dans les différentes strates de notre société, on lira avec fruit le remarquable ouvrage de Florence Bergeaud-Blackler, anhtropologue, chercheuse au CNRS, Le Frérisme et ses réseaux.

Sape du pacte républicain

« Plus de cinq-cents clubs sont confrontés à des comportements communautaristes, relèvent les députés Caroline Yadan (Ensemble pour la République), et Julien Odoul (RN) dans le rapport de la « mission flash » qu’ils ont conduite, rapport remis ce mercredi à l’Assemblée. Ils dénombrent également entre vingt-cinq et cent trente associations à visée séparatiste, dirigées par des individus organisant, à l’initiative notamment des Frères musulmans, un projet de rupture avec la République. 

https://twitter.com/CarolineYADAN/status/1897281168455639043

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« Dans ces structures, le sport est carrément un outil de diffusion de pratiques islamistes », souligne Caroline Yadan. Pratiques qui s’inscrivent donc clairement dans une stratégie de sape du pacte républicain. Le port du hidjab sur les terrains et en salle, du burkini qini dans les piscines en est la manifestation la plus visible, mais à ces provocations viennent s’ajouter nombre de comportements, d’usages, de rites totalement en opposition avec nos mœurs, nos principes, nos règles communes et qui représentent donc effectivement autant d’agressions contre notre civilisation. Refus de serrer la main, de croiser l’autre sexe, refus de s’incliner devant un adversaire ou, au judo, devant le portrait du fondateur Jigoro Kano, sous prétexte qu’on « ne se prosterne que devant Allah ». Exigence de vestiaires spécifiques pour les musulmans, d’un calendrier de compétitions et d’entraînements alignés sur le calendrier religieux, flouter sur les photos la partie du corps entre le genou et le nombril réputée impure, d’où le port de collants jusqu’au plus chaud de l’été. Instauration de sessions de prières et prosélytisme dans l’enceinte même du sport, revendication du port de signes emblématiques sur le maillot des joueurs. On a vu au basket des petites filles de onze ou douze ans obligées de porter le hidjab pour jouer. On a vu aussi, et c’est au moins aussi inquiétant, dans certaines disciplines, des arbitres, voire des membres des équipes de France, pratiquer en arborant fièrement le hijab.

Raz-de-marée et usine à gaz

Comment cela est-il possible ? Comment ne parvient-on pas à combattre ces dérives qui, en réalité, ne font que s’étendre et prospérer. Les députés Yadan et Odoul soulignent « le manque de vigilance de certaines fédérations » mais aussi « le militantisme de certaines collectivités territoriales. »

Il faut dire que, sur ces questions, pourtant essentielles puisque, redisons-le, elles concernent le pacte républicain, on a – lâchement – laissé lesdites fédérations se faire leur propre religion. Cela sur la base d’une assise juridique des plus floues. Il en résulte une usine à gaz dans laquelle chacun se perd aisément. Par exemple, ce qui est interdit – le port du voile, par exemple – dans certaines disciplines devient autorisé dès qu’il s’agit de sport universitaire. Ce n’est ici qu’un exemple tiré de l’imbroglio réglementaire dans lequel les dirigeants de clubs se trouvent empêtrés. On comprend leur découragement. On comprend aussi qu’ils se sentent parfois bien seuls et bien désarmés. Ainsi à la fédération de Taekwondo où le port du hidjab est pourtant officiellement prohibé mais où on constate qu’environ 20% des pratiquantes persistent à le porter. Sans pour autant être sanctionnées.

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Face à une telle situation, qui, redisons-le, ne fait que s’aggraver saison après saison, « Marianne doit muscler son jeu », concluent les parlementaires de la mission flash. C’est l’évidence même.

En fait, il semble qu’il soit bien tard. Le phénomène a pris une telle ampleur qu’il sera désormais très difficile de l’endiguer. Le Sénat, mi-février, a émis une proposition de loi « visant à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport ». L’intention est louable, mais n’est-ce pas jouer petit bras ? On serait en droit de préférer un projet de loi visant carrément à « interdire, poursuivre et sanctionner dans le sport tout signe et toute pratique de rupture avec le pacte républicain. » Le projet sénatorial va venir prochainement à l’Assemblée nationale. Aux députés, donc, de « muscler le jeu ». Par la suite, il reviendra à la puissance d’État de déployer le courage politique de faire vraiment appliquer les règles. Sans trembler. Et là, le match n’est pas gagné d’avance…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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À la lumière des nuits blanches

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Bernard Henri-Lévy © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00927658_000012

BHL est insomniaque et Nuit blanche est la somme de ses méditations nocturnes. Refusant de fermer les yeux pour dormir, il déambule à travers son monde et ses souvenirs. 


Bernard-Henri Lévy commence d’écrire ses mémoires. Son dernier livre ouvre une brèche, c’est indéniable. Un premier opus ? Oui. L’œuvre prend un tournant, c’est incontestable. Le philosophe est insomniaque depuis l’enfance, c’est son prétexte. Ne parvenant pas à trouver le sommeil – plutôt, il s’y refuse aujourd’hui, presque philosophiquement –, il compte ses vrais amis comme d’autres les moutons. Ceux qu’il a perdus, ceux qu’il a admirés, ceux qu’il a aimés : il les ressuscite. Il rend la parole à son père qui s’adresse à lui. Nuit blanche est un autoportrait baconien : l’image est brouillée, bouleversée, BHL en rit, s’en moque et s’en échappe. Nuit blanche semble être écrit d’une traite. Les souvenirs cascadent, ils tombent d’autant plus vite que leur auteur, lui, ne cède pas à la nuit ; ils surgissent sans chronologie, le passé n’est pas perdu, il est là, à pic ! Vite, l’aube va l’effacer. Il y a urgence. Nuit blanche est un livre urgent : « Il n’y a pas de vie qui vaille sans la volonté de vouloir plus que la vie. » Autant profiter d’une conscience qui ne s’éteint pas. Refus de la débrancher face au bruit du monde et ses terreurs ? Sans doute. Le corps de BHL, d’une certaine façon, est exorbitant : c’est celui d’un écrivain. Il ne rêve pas, ne se couche pas, il médite. D’où l’on apprend que refuser de fermer les yeux est une métaphysique. Ah, la nature fondamentale de la réalité ! L’idéalisme est une petite mort. La nuit est une page blanche qu’il s’agit de noircir par le flux de conscience : « Je suis ivre de me sentir vivant et éveillé. » Tout y passe : les combats, les doutes, les livres, le Livre, les amours, le vert paradis de l’enfance, les tragédies, les comédies. La bibliothèque donne le cap, c’est la boussole, elle indique le point magnétique où tout se noue : Ronsard (qui est mort d’insomnie, les yeux ouverts), Ducasse, Debord, Barthes, Joyce, Lévinas, Althusser, Nietzsche… À propos, Zarathoustra pense que le sommeil vole « des pensées aux pieds légers ». Bref, rester vigilant, c’est le but, être une vigie pour soi-même : viser, aparté, le sentiment du temps et « atteindre, par la langue et la pensée, à un état second de l’humain ». Et puis, à quoi bon dormir puisque l’inconscient « ne se tait jamais » : « L’inconscient, c’est l’hypothèse qu’on rêve aussi éveillé. Car quelle différence, alors, entre veille et réveil ? Et pourquoi s’embêter à dormir si c’est le même inconscient qui, dans les deux cas, parle, se dérobe, se cogne au réel et vous trahit ? » Quelque chose s’est « grippé » dans l’inconscient de BHL qu’il définit (alors même qu’il n’y « croyait pas », jadis), comme « une région de son existence ». Parce qu’il en a pris conscience (c’est le cas de le dire !), il a changé de style : il s’est inventé une autre liberté. Elle est à l’œuvre dans Nuit blanche. Lisible, évidente. Une liberté à cœur ouvert. Tambour battant. L’écrivain se rassemble. Le corps vient à l’âme. Ces deux-là se parlent maintenant. En plein jour, sur la page. Ils se regardent en face. Et somnambulisent.

Bernard-Henri Lévy, Nuit blanche, Grasset, 2025. 192 pages.

Nuit blanche

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