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Sétif, 8 mai 1945 : l’Amérique subversive

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En Algérie, les Américains ont ils vraiment agi contre leur allié français ?


80 ans ont passé, mais l’explosion de violence qui caractérisa les émeutes du 8 mai 1945 à Sétif et dans le Constantinois ne cesse de nourrir la recherche historique quant aux causes qui la produisirent. Les avis divergent entre historiens. Les uns estiment que la famine motiva la révolte, tandis que d’autres, priorisant une approche politique, y voient le début de la guerre d’indépendance, à l’instar de l’historiographie algérienne qui dans sa Charte nationale du 16 janvier 1986 exhausse « ces journées mémorables » de mai comme des marqueurs de la lutte libératrice.

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Une analyse des archives des services d’intelligence américains révèle toutefois la part déterminante qu’ils prirent, depuis l’Opération Torch du 8 novembre 1942, dans l’émergence d’un nationalisme radical au sein de la communauté musulmane d’Algérie. À en juger par les sources qui sous-tendent l’écriture de leurs rapports d’enquête, un processus de manipulation s’engagea. Il est établi qu’il y eut des accointances avec les chefs indépendantistes, qu’on relayait leurs plaintes, donnant ainsi aux colonisés l’impression que l’Amérique les encourageait à défier l’autorité coloniale. Les émeutes n’eurent rien de spontané aux yeux des acteurs nationalistes, de l’entourage du gouverneur général et surtout du contre-espionnage français qui, depuis plusieurs mois, soupçonnait l’ami américain de comploter l’émancipation de la colonie.

« Les Européens d’Algérie sont comme les Blancs sudistes »

Le renseignement américain formait un entrelacs d’officines et de bureaux, aux contours mal définis, qui souvent se jalousaient, mais qui tous s’accordaient dans la critique de la société coloniale algérienne. Le message du président Franklin Roosevelt, diffusé à coup de tracts bilingues lors du débarquement allié, s’enrobait d’un narratif décolonial qui reflétait l’idéologie d’une Amérique vertueuse volant au secours des peuples opprimés.

Les rapports des agences s’inscrivaient dans la même veine. Celui rédigé en août 1944 par le major Rice, chef de la branche nord-africaine du JICANA1, assimilait les Européens d’Algérie aux Blancs sudistes de la guerre de Sécession :

« Les Européens ont exploité dans le passé les Indigènes. Ils sont devenus riches en profitant du travail à bon marché de ces derniers. Ils ont ignoré leurs besoins d’ordre social et leur évolution », expliquait-il d’un ton dogmatique.

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Archie Roosevelt, qui appartenait à la branche de la guerre psychologique2, réagissait de manière romantique, fasciné qu’il était par l’orientalisme. Ce petit-fils du président Théodore avait rencontré en juin 1943 à Alger le docteur Saleh Bendjelloul, un notable réformiste. Peu de jours après, il le revit à Constantine et se fit conduire à Sétif pour faire la connaissance du pharmacien Ferhat Abbas dans sa modeste arrière-boutique où, en présence d’une poignée de partisans, l’on parla du Manifeste algérien que l’intéressé nommait candidement « Ma Charte de l’Atlantique », en référence au texte sur la décolonisation signé en 1941 par Roosevelt et Churchill. Archie eut le coup de foudre. Sa hiérarchie éprouvait de la nausée à l’entendre toujours parler de « ses Arabes » dans ses dépêches. Sous la pression du général de Gaulle, il fut renvoyé en août 1943 à Washington.

Un système d’ingérence généralisée s’était créé, qui finissait par agacer même les tacticiens militaires, peu enclins, tant que l’Axe n’était point défait, à voir des troubles éclater sur leurs bases arrières algériennes. Aussi en décembre 1943, suite à de nouvelles plaintes françaises, le secrétaire d’État Edward Stettinius informa ses consulats nord-africains qu’il ne tolérerait plus aucune intervention dans les affaires intérieures de la France. L’interdiction s’imposait aux diplomates, mais pas aux agences qui gardaient leur liberté de nuisance et qui multipliaient d’ailleurs les contacts avec leurs indicateurs arabes dont elles entretenaient l’amitié avec des cigarettes, de la liqueur, des vêtements…

Les analystes de l’OSS3 à la manœuvre

À l’automne 1944, le départ progressif des troupes alliées vers l’Europe augurait d’une fin prochaine des hostilités, ce qui inquiéta les milieux nationalistes, lesquels s’imaginaient que l’Amérique les abandonnait et qu’elle ne leur servirait plus de bouclier en cas d’action coloniale punitive. Dans un tel contexte, les rumeurs d’insurrection s’intensifièrent. Mais c’est au bureau algérois de l’OSS que s’ébaucha la trame finale. Elle mit en scène un trio d’opérateurs : Stuart Kaiser responsable de la trésorerie, l’ornithologue Rudyard Bolton qui s’intéressait aux ressources minérales des colonies, et l’anthropologue Lloyd Cabot Briggs, en poste depuis octobre 1943 et qui, grâce à un réseau performant d’informateurs, connaissait, disait-il, « au moins dix fois mieux que les autorités françaises le mouvement nationaliste et cela dans des matières qui inévitablement devraient retenir tôt ou tard leur attention ».

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Justement, le 20 mars 1945, Briggs sollicita un renforcement de son rôle d’infiltration, notamment en Kabylie. Le 21 mars, il obtint un avis favorable. De plus, à partir du 1er mai, il pourrait agir officiellement partout au nom du gouvernement américain. La nouvelle fuita assurément. Car dans la soirée du 23 mars, Paul Alduy, directeur du cabinet politique du gouverneur Yves Chataigneau, vint demander des comptes au consul Edward Lawton sur « ces influences étrangères » qui minaient l’ordre colonial. « C’est absurde », répondit Lawton dont le malaise était perceptible. Il mentit délibérément dans son rapport du 24 mars au Département d’État, niant avoir un quelconque contrôle sur Briggs alors qu’en fait il le sollicitait fréquemment pour être informé du problème nationaliste. À la mi-avril, Rice tenta aussi de démythifier Briggs, en accusant le peuple algérien d’être trop naïf et de gober n’importe quoi. Rien n’y fit.

Les émeutes causèrent entre 1200 et 45000 morts selon les sources. En récompense de ses services, Briggs reçut la médaille américaine de la Liberté.

Les Américains en Algérie 1942-1945

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  1. JICANA : Joint Intelligence Collection Agency for North Africa ↩︎
  2. PWB : Psychological Warfare Branch ↩︎
  3. OSS : Office of Strategic Services ↩︎

L’Église catholique prend position sur l’IA

L’Église catholique vient de prendre une position officielle sur l’IA dans un nouveau document daté de janvier 2025 et intitulé Antiqua et nova.


Le document est sous-titré « Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine ». Pas moins de deux « dicastères » (la curie romaine est subdivisée en sections nommées dicastères) ont été mis à contribution pour ce travail : le dicastère pour la doctrine de la foi, et celui pour la culture et l’éducation. Le résultat est un texte très utile à lire, bourré de références bibliques, qui conduit le lecteur, croyant ou non, à réfléchir de manière décisive sur une question d’actualité des plus graves.

Intelligence humaine et IA

L’IA est apparue dans nos vies quotidiennes sans que, pour ainsi dire, nous ayons le choix de l’accepter ou non. On nous avait certes prévenus que son règne ne serait pas sans conséquences. Le document du Vatican revient donc sur deux aspects, l’un anthropologique, l’autre éthique. Il puise ses arguments au cœur de la théologie, mais aussi de la philosophie dont il revendique l’intérêt. Cela lui permet d’opposer intelligence humaine et intelligence artificielle. Le document rappelle dans un premier temps que l’homme a été créé à l’image de Dieu, qu’il est doté d’une raison, et ce, « d’une manière qui élève ». De là découle en sa faveur une possibilité de vérité : « La recherche de la vérité, écrivent les dicastères, atteint sa plus haute expression dans l’ouverture aux réalités qui transcendent le monde physique et créé. »

Les limites de l’IA

Face à cela, qui définit l’être humain dans sa plénitude, nous avons l’IA, dont le document pointe dès lors les « limites », avant d’en proposer néanmoins un usage fait de modération. Première constatation : l’IA « reste fondamentalement confinée dans un cadre logico-mathématique ». Par conséquent, « elle ne peut pas actuellement reproduire le discernement moral et la capacité d’établir d’authentiques relations ». Elle est privée de « réalité », ce point est important. Et donc elle n’a pas d’accès a priori à la « vérité ». Il me semble que les dicastères font mouche lorsqu’ils expliquent, dans le chapitre « L’IA et Dieu », que l’IA a été inventée par l’homme pour en quelque sorte mettre une divinité qu’il a lui-même créée à la place Dieu. Le document parle alors d’« idolâtrie », et fait référence à un célèbre passage du Livre de l’Exode (32, 4), que je voudrais vous citer, car il exprime tout : « Il [Aaron] […] façonna l’or et burina, et en fit un veau d’or de métal fondu. Ils dirent alors : Israël, voici ton Dieu, qui t’a fait monter du pays d’Égypte. »

Une question éthique

Il ne faudrait pas penser néanmoins que les dicastères condamnent sans rémission l’intelligence artificielle. Ils tentent de faire prévaloir un jugement nuancé. L’IA, et c’est une évidence, peut apporter une aide précieuse à l’homme pour résoudre toutes sortes de problèmes et lui simplifier son labeur.

La dernière partie du document s’attache à « identifier les manières dont l’IA peut défendre la dignité humaine et promouvoir le bien commun ». À quelles conditions l’IA serait-elle en mesure de, je cite, « contribuer au développement humain » ? Les dicastères abordent le rôle de l’IA dans les domaines de la Santé, de la vie privée ou encore de la guerre. À chaque fois, c’est pour vérifier si une prise en compte éthique est possible. Le document voit très bien, cependant, que c’est là où le bât blesse, sur ce problème de l’éthique : « Les atrocités commises au cours de l’histoire de l’humanité suffisent à susciter de vives inquiétudes quant aux abus potentiels de l’IA. » Comment ne pas acquiescer à cette conclusion, qui nous éclaire sur la prudence qui devrait être la nôtre ?

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Antiqua et nova nous met en garde contre des dérives plus que probables liées à l’utilisation de l’IA dans la société. L’idée centrale de la note des deux dicastères reste qu’elle n’apportera pas forcément l’aide escomptée, car l’être humain se laisse volontiers dépasser par ce qu’il invente et rechigne à se discipliner. Il n’y a pas que la Bible qui en parle, la littérature également. En lisant ce texte du Vatican, je repensais par exemple au roman de l’écrivain autrichien Gustav Meyrink, Le Golem (1915). L’histoire, inspirée de la tradition juive de la Kabbale, reprend le mythe du Golem (terme hébreu signifiant embryon), cette créature monstrueuse faite d’argile à qui a été insufflée la vie grâce à une formule magique. Dépourvu de conscience morale, le Golem va provoquer autour de lui le chaos. Or, de par ce qu’il est, c’est-à-dire une imitation sommaire et inaboutie de l’être humain, le Golem est comparable schématiquement à l’IA. Belle parabole finalement que ce roman de Meyrink, qui trouve sa source, là encore, dans la Bible, au verset 16 du Psaume 139 : « Je n’étais qu’un embryon [un golem] et tes yeux m’ont vu. » Plus que jamais, il nous faudra prendre garde à n’être pas des apprentis sorciers, si nous voulons conserver un monde habitable.


Dicastère pour la doctrine de la foi, dicastère pour la culture et l’éducation, Antiqua et nova, Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine. Éd. Salvator, 132 pages.

Gustav Meyrink, Le Golem. Traduction de l’allemand (Autriche) de Jean-Pierre Lefebvre. Éd. Flammarion, collection « GF », 2003, 324 pages.

Le Golem

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Causons ! Le podcast de Causeur

Avec Céline Pina, Eliott Mamane et Jeremy Stubbs.


Quel est le bilan de Donald Trump après les cent premiers jours de son deuxième mandat de président des États-Unis? Dans les sondages, sa cote de popularité a baissé considérablement, et la plupart des commentateurs, tant européens qu’américains, jugent ses actions de manière très négative. Pourtant, Trump avait déjà annoncé que sa révolution, qui doit inaugurer un nouvel âge d’or pour l’Amérique, ne serait pas sans douleur.

Là où M. Trump a eu un impact décisif, c’est au Canada où le Parti libéral vient de se faire réélire. Les Libéraux sous Justin Trudeau avaient perdu une grande partie de leur crédibilité auprès de l’électorat canadien, mais les déclarations en provenance de la Maison Blanche, indiquant une volonté de transformer le Canada en un 51e État, ont galvanisé les citoyens canadiens qui ont maintenu à son poste de Premier ministre l’ancien banquier central, Mark Carney, qui avait succédé à Trudeau.

Vélo/auto: Je t’aime. Moi non plus…

En octobre dernier, dans le 8e arrondissement parisien, le cycliste Paul Varry était écrasé en heure de pointe après une altercation avec un SUV. Un rapport visant à réduire les tensions entre les différents usagers de la route vient d’être rendu à Philippe Tabarot. Il comprend 40 recommandations dont 18 qualifiées de « prioritaires ».


L’émotion fut très vive et la réprobation unanime lorsque, le 15 octobre 2024, un jeune homme de 27 ans, a été renversé puis écrasé délibérément par un individu – davantage assassin qu’automobiliste d’ailleurs – au volant d’une puissante voiture. Au départ de cette horreur sans nom, une de ces altercations à noms d’oiseaux qui sont apparemment le quotidien des milliers d’embouteillés parisiens aux heures de pointe.

Urgent d’agir

Confrontées à un tel drame, les autorités initièrent un chantier d’étude et de réflexion sur le sujet. Il en est sorti un rapport de cent-vingt deux pages sur « la prévention des violences routières et le partage de la voie publique » qui vient d’être remis au ministre des Transports. Ce document comprend quarante recommandations dont dix-huit présentées comme prioritaires et indispensables : extension de la liste des infractions sanctionnables constatées par vidéo-surveillance, avec recours à l’intelligence artificielle pour des verbalisations « augmentées » (sic), nouveaux barèmes d’amendes, modification des règles de dépassement des cyclistes par les automobilistes, harmonisation visuelle des équipements cyclables des villes, etc. Autre préconisation, changer le nom du Code la route en Code de la voie publique. On voit d’emblée combien une telle mesure est à même de réduire la violence routière et le nombre d’accidents.

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Cela dit, il est important d’agir, nul ne le contestera, car si, à Paris et dans les grandes villes, entre cyclistes et automobilistes, ce n’est pas vraiment la guerre, parfois cela y ressemble assez. D’autant que d’autres véhicules à deux et quatre roues – scooters, trottinettes, bus, camionnettes de livraison… – viennent gaiement pimenter la chose.

Rois de la jungle

En fait, le gros chantier à entreprendre ne devrait-il pas être une totale refonte des mentalités ? Durant des décennies, l’automobiliste, au volant de cet instrument de puissance qu’est son auto, a été le roi, le seul roi, du bitume. Il tenait le haut du pavé. Le cycliste, très longtemps ultra minoritaire pour ne pas dire fort rare, était, lui, juste toléré. On s’accommodait tant bien que mal de sa présence. Et puis est advenue une sorte de révolution. Écologisme aidant, le cycliste non seulement a gagné en nombre mais surtout en légitimité. Il est désormais l’usager sanctifié à la fois par le progressisme vert et l’âge de nos artères. Une révolution, vous-dis-je ! La revanche du mollet sur le cheval vapeur. Une espèce de lutte de classes s’est donc instaurée. La classe deux roues et planète sauve, la classe quatre roues et planète salopée. Le cycliste désormais se veut et se sait le nouveau roi. Il a le sens de l’histoire pour lui, il en est convaincu. De ce fait, il a donc également droit à quelques privilèges. Il est des sens interdits ou des feux rouges avec lesquels il est très officiellement autorisé à prendre des libertés, au nez et à la barbe de son rival en auto. De là à faire de ces exceptions la règle absolue, il n’y a qu’un coup de pédale qu’il se permet allègrement. Rupture flagrante d’égalité, rugit probablement le rival. Le code de la voie publique ne devrait-il pas être le même pour tous, raisonne-t-il, comme cela était depuis des lustres ? Quand des normes et une discipline communes géraient l’espace commun ? Mais il se tait, l’homme derrière son volant. Il se tait car il sent bien que c’est à son tour de n’être plus que toléré dans ce jeu. Ce jeu, le pari probablement perdu pour lui du Paris sans auto.    

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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La spiritualité chrétienne contre la religion «woke» ?

L’augmentation du nombre de nouveaux baptisés, lors des dernières fêtes de Pâques, augure-t-elle de la sortie de la France du catholicisme « zombie » ? Les conservateurs, inquiets par les excès du wokisme ou l’islamisation du pays, veulent y croire. Analyse et perspectives.


Malraux soutenait que « la nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion » (note sur l’islam, 1956). Autrement dit, il n’y a pas de civilisation sans quête spirituelle. La spiritualité chrétienne culmine avec l’architecture gothique, qui de son berceau en île de France, s’est répandue à travers toute l’Europe. L’Occident offre une mosaïque d’abbayes, d’églises et de cathédrales. Les racines chrétiennes de l’Europe ne font aucun doute même si elle refuse aujourd’hui d’en accepter l’augure. Elle succombe aux chimères de la cancel culture et du wokisme. L’Union européenne cherche même à s’inventer un « coran européen » subventionné à hauteur de 10 millions d’euros. Sous les auspices de la démocratie libérale, Francis Fukuyama, prophétisait « la fin de l’histoire » (1992) qu’aurait consacrée la chute du mur de Berlin. Mais, rattrapé par le retour de l’histoire, Samuel Huntington annonce le « choc des civilisations » (1996) dont l’un de ses actes se joue sur la scène européenne.

Les élites complaisantes avec le wokisme

« La religion woke » (Jean-François Braunstein, Grasset, 2022) appauvrit le terrain sur lequel elle prospère. Elle emporte tout dans un maelström d’imposture morale et de « terrorisme intellectuel » (Jean Sévillia, Les Habits neufs du terrorisme intellectuel, Perrin 2025). Elle détourne la recherche scientifique pour l’embrigader dans le militantisme académique, jusqu’à chasser les professeurs de leur amphithéâtre, et empêcher les conférenciers non convertis à y pénétrer (Nathalie Heinich, Ce que le militantisme fait à la recherche, Gallimard, tracts, n°29). L’université de Lyon II fut le théâtre d’une campagne de dénigrement, frappant le géographe Fabrice Balanche, maître de conférences, orchestré par un groupuscule « antiraciste » adepte de la censure et de l’autocensure (voir la tribune collective de 50 universitaires sollicitant la démission de la présidente de l’université en raison de sa « complaisance glaçante », Le Figaro, 18/04/2024). L’université est-elle encore le lieu privilégié de confrontation des idées ou une chambre de polarisation entre le bien et le mal qui investit le camp du premier dans le rôle messianique faisant du second la victime expiatoire de l’idéologie racialiste, antispéciste et néoféministe ? Ce cénacle absurde fomente ce que Philippe de Villiers qualifie de « mémoricide » (Fayard, 2024). La cérémonie d’ouverture des jeux olympiques Paris 2024 mit en seine (sic) cet effacement de la mémoire. Où étaient Lutèce, Saint Denis, et toutes les grandes figures de l’histoire de France ? Une fable woke que la cérémonie de réouverture de Notre-Dame Paris le 7 décembre 2024 permit d’oublier. Les philosophes de la déconstruction (Deleuze, Derrida, Foucault) pratiquaient la politique de la terre brulée, au sacrifice de toutes les institutions et traditions sur l’autel de la liberté individuelle en recyclant au besoin les concepts de la philosophie allemande (Luc Ferry et Alain Renaud, La pensée 68, Folio, 1988). Désormais, le stade du « catholicisme zombie » (Emmanuel Todd), caractérisé par les seuls réflexes culturels, serait même en voie d’extinction. La souveraineté du sujet dégénère en subjectivisme délirant et offre quelques réalités au mythe de l’Homme démiurge apparaissant sous les traits du transhumanisme jusque et y compris dans la réassignation sexuelle. Ce surhomme est un colosse aux pieds d’argile. Il n’a d’autre volonté de puissance, que l’expression de son droit au ressenti opposable, et renonce à projeter la destinée du genre humain sur les générations futures. Le Moi, gouverné par le principe de réalité, s’abandonne au Ça, présidé par le principe du plaisir.  

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Un regain d’intérêt pour le catholicisme dans les jeunes générations

L’affluence des croyants à la messe des Cendres qui inaugure la période de Carême, et la recrudescence des catéchumènes -17000 adultes et adolescents baptisés lors de la veillée pascale -, illustrent un regain d’intérêt pour la spiritualité chrétienne qui traduit une quête de sens face à l’insignifiance du consumérisme effréné autant qu’elle manifeste une réaction à l’islamisme conquérant dont les réseaux fréristes travaillent à rendre la société « charia compatible ». Cette tendance à la redécouverte des racines chrétiennes est à contre-courant du « pays légal » qui impose d’une lecture à géométrie variable des principes de laïcité, de neutralité et de respect des « valeurs de la République ». Elle offre d’un côté une face inclusive, comme en témoignent le jugement rendu par le tribunal administratif de Melun le 6 février qui annule l’OQTF frappant l’influenceur algérien Doualemn, ou celui du tribunal administratif de Lille qui, le 23 avril, annule la décision du préfet du Nord mettant fin à l’association entre l’Etat et le lycée privé confessionnel musulman Averroès. Si l’on voulait plagier la célèbre réplique d’Arletty dans le film Hôtel du nord du Marcel Carné (1938), on ferait dire à Marianne : Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule de [djihadisme] d’atmosphère ? (Gilles Kepel). L’autre face oppose une lecture intransigeante de ces principes, lorsque par exemple le tribunal administratif de Lyon annule le 19 mars la décision du commandant de groupement de gendarmerie de l’Ardèche d’organiser une journée de célébration de la sainte Geneviève en tant qu’elle prévoit la tenue d’un office religieux, tout en admettant que sainte Geneviève est reconnue comme la patronne et la protectrice de la gendarmerie française, symbole traditionnel, associé aux valeurs de courage, d’engagement et de dévouement. De même, le Conseil d’État n’a-t-il pas le 7 avril 2023 enjoint la commune des Sables-d’Olonne de retirer la statue de l’archange Saint Michel érigé en 2018, du domaine public communal, au motif qu’elle appartient à l’iconographie chrétienne et que l’utilisation de la place, en parvis de l’église éponyme, ne permet pas de la qualifier de dépendance de l’édifice du culte ? Mais, l’histoire de France ne s’est-elle pas également appropriée cette figure symbole de l’indépendance et de victoire nationale ? Cette mise en perspective de la jurisprudence donne le sentiment d’un deux poids deux mesures qui trahit « l’âme de la France » car, si les religions sont égales devant la loi, elles ne sont pas devant notre histoire, depuis le baptême de Clovis en 496, dont la France n’osa même pas célébrer le 1500ème anniversaire en 1996 ! Est-elle restée fidèle aux promesses de son baptême ? Il faut aller au Puy-du-Fou (Parcours immersif, Le premier royaume) pour vivre une belle évocation de cet acte fondateur.

La liberté de conscience est évidemment non négociable. Mais, elle n’implique pas de piétiner le récit national, qui comme le disait le Général de Gaulle vient du fond des âges.

Que soit remerciée cette jeunesse qui renoue avec les fondements de notre civilisation.

Elle n’a pas peur ! Elle est porteuse d’une force de vie source d’espérance en l’humanité alors que les écologistes radicaux ne voient en elle qu’une espèce nuisible ! La spiritualité chrétienne n’est pas une aventure vers un nouvel obscurantisme. Pour s’en convaincre, et à l’heure où l’Église catholique se cherche un nouveau chef, il est opportun de parcourir le discours du Pape Benoit XVI au monde de la culture, prononcé le 12 septembre 2008 au Collège des Bernardins à Paris. Il évoquait les origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne. Le souverain pontife rappelait que « Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploitation dans toutes ses dimensions […]. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de chanter avec les mots qu’Il a lui-même donnés, est née la grande musique occidentale […] ». Il ajoutait que « L’écriture a besoin de l’interprétation. […] Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté (2Co 3,17) ». Mais, il prévenait que : « Si, la culture européenne d’aujourd’hui comprenait désormais la liberté comme absence de liens, cela serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et l’arbitraire ». Et, sa conclusion semble être comme un écho à Malraux, précité : « Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable ». Difficile de reconnaître ce Pape derrière le portait réactionnaire, brossé par ses contempteurs « progressistes » zélés.

La religion woke

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Ce que le militantisme fait à la recherche

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Mémoricide

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Et l’impressionnisme fut…

Jusqu’au 31 août 2025, le Musée Marmottan Monet consacre une exposition à Eugène Boudin (1824-1898), le maître entre autres des marines et des plages deauvillaises. Le natif d’Honfleur, initiateur sans le vouloir d’un mouvement pictural dont il n’était pas totalement convaincu est désormais un classique et un éclaireur du ciel


Rien ne lui fut acquis aisément, rien ne fut météoritique dans la carrière d’Eugène Boudin, le patient normand. Il n’était pas de la race des précoces géniaux qui affole la critique officielle si prompte à s’enticher, sur un malentendu, du premier agitateur venu. Il ne fut pas couronné de succès immédiat et accablé de commandes, dès ses débuts. Il dut patienter dans le purgatoire des artistes jusque dans les années 1880 pour savoir si la gloire lui sourirait ou bien si l’oubli revêtirait son œuvre. Ce cheminement ne fut donc pas un long fleuve tranquille et ce n’est finalement que dans les vingt dernières années de sa vie professionnelle qu’il put enfin connaître une forme de quiétude commerciale et une reconnaissance légitime au-delà du Calvados.

Le marchand Durand-Ruel veillait alors sur sa destinée et l’État, toujours en retard d’une bataille artistique, lui achetait des tableaux et le primait. Aujourd’hui, son apport à l’Histoire de la peinture semble si évident, son talent s’impose si naturellement qu’on le qualifie même de « père de l’impressionnisme ». Il s’en défendait mollement car il n’adhérait pas totalement à cette tendance du « vite fait ». Bien qu’il travaillât à l’extérieur avec son chevalet, en contact direct et fluctuant avec la lumière, il terminait ses tableaux dans son atelier. Contrairement aux chantres de l’impressionnisme, Boudin en bon artisan indépendant, il fut commis imprimeur puis encadreur à son compte, largement inspiré par le paysagiste Corot, fit la synthèse entre deux élans, la flamboyance du fugitif et le détail du dessin. Comme si deux attractions presque contradictoires cohabitaient dans son art pour aboutir à une harmonie rêveuse et cependant, accrochée à une réalité sociale. C’est le paradoxe de cette peinture qui nous séduit par ses fulgurances graciles et nous saisit tout autant par la profondeur de ses thèmes choisis. L’exposition montre combien le peintre fut attentif à la vie humble des gens, notamment dans sa « période » bretonne, il entra dans leurs modestes foyers paysans et témoigna du labeur des champs. Boudin est connu pour avoir mis le pied à l’étier du jeune Monet, celui-ci rechignait pourtant à le suivre, il appréciait en fait très peu ses réalisations. Caricaturiste surdoué dès l’âge de seize ans, Claude Monet avait tapé dans l’œil de Boudin et naquit entre eux une amitié durable et sincère. Monet dut reconnaître à la fin de sa vie qu’il devait tout à Boudin. Le Musée Marmottan a réuni 80 peintures issues d’une collection privée sur les deux cents que possède un mathématicien, un nommé Yann Guyonvarc’h. L’anecdote colle au tempérament de Boudin et son côté hors des lignes académiques. C’est souvent d’un non-spécialiste que surgit l’intelligence du trait et, en ce cas précis, la préservation du patrimoine. Ce collectionneur autodidacte avec une grande clairvoyance, en peu de temps, a acquis un grand nombre de toiles couvrant toutes les époques, les débuts, les marines, Deauville-Trouville, le Finistère, Bordeaux, Venise, la Belgique et jusqu’au soleil du Midi.  Avec son épouse, ce collectionneur avisé est d’abord tombé sous le charme des paysages normands dans une vente aux enchères puis, au fil du temps, il s’est laissé emporter pour toute la panoplie de Boudin jusqu’au soleil de la Méditerranée. Boudin a toujours rencontré des anges gardiens sur sa route ; avant Guyonvarc’h, ce furent Baudelaire, Courbet ou le pianiste Bériot qui virent en lui, un artiste majeur du XIXème siècle. Si Boudin irrite les ferrailleurs de l’audace stylistique par ses scènes pépères de plages ou s’amusent de son allégeance (peu rémunératrice) à la clientèle du Duc de Morny, ils ont oublié de lever les yeux. Le ciel de Boudin, parsemé de nuages, tantôt fugaces, tantôt tempétueux, dans une palette allant du chagrin à l’aube du monde, est un océan de plénitudes et de doutes délicats. Il y a confusément un appel au large et un ébahissement de la terre ferme. Pour une peinture décrite à tort de bourgeoise et décorative, elle remue les méninges. 

Courez voir dans le XVIème arrondissement, l’aiguille d’Étretat baignant dans une mer bleu-orangée, elle décillera les plus cyniques et désabusés d’entre nous.

2 Rue Louis Boilly, Paris (16e). 14€


Eugène Boudin Étretat, la falaise d’Aval au soleil couchant 1890 Collection Yann Guyonvarc’h
© Studio Christian Baraja SLB

Grand corps malade

Qu’est-ce que la nation française ? Telle est la question complexe à laquelle répond l’historien Éric Anceau dans son nouveau livre. Des origines à nos jours, entre mythes et réalité, il dresse un état des lieux sans concession.


C’est l’histoire d’un « organisme vivant composé lui-même de millions d’atomes de vie ». Cet organisme vivant, c’est la nation française. Avant de s’atteler à une telle tâche, encore faut-il définir ce qu’est une nation, et l’historien Éric Anceau reconnaît d’emblée la difficulté : l’Académie française elle-même en donne trois déclinaisons dans la dernière édition de son Dictionnaire ! Elle peut être « l’ensemble des personnes établies sur un territoire et unies par des caractères ethniques, des traditions linguistiques, religieuses, etc. », mais aussi « l’ensemble des personnes formant la population d’un État déterminé soumise à la même autorité politique souveraine », et encore « l’ensemble des citoyens considéré comme un corps social distinct des individus comme du gouvernement ».

De grandes choses

De plus, Éric Anceau souligne que la nation française est une construction mentale qui relève de la culture politique dont le sens a lui-même évolué au fil du temps. « Au Moyen Âge, le mot « nation » peut désigner encore à la fois un lieu de naissance commun mais aussi un groupe d’individus de même origine ou qui exercent la même fonction, comme des étudiants ou les membres d’une corporation », explique-t-il avant de préciser que « la nation est très précocement une représentation, la forme d’une communauté sociale ou d’un « être-ensemble », pour reprendre la jolie formule de Pierre Nora, même si elle demeure évidemment totalement inaboutie et très ambivalente ».

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La nation s’appuie aussi sur une culture commune qui comprend l’hymne, le drapeau, les accents, le patrimoine, la gastronomie, les paysages, la musique… « Regardez la chanson populaire, nous dit-il, on peut tous se retrouver à la mort d’un grand artiste de variété, il y a une émotion partagée car il rappelle à chacun des souvenirs personnels. La nation se retrouve aussi lors de grands événements sportifs. C’est la preuve que nous avons un commun partagé. » On peut voir là une illustration de la définition donnée par Ernest Renan lors de sa fameuse conférence à la Sorbonne, Qu’est-ce qu’une nation ?, en 1882, quand il affirme que « c’est d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». Mais ça, c’était avant. Le liant qui a fédéré les Français de l’Ancien Régime à la République s’est brisé, « la machine qui intégrait, assimilait, émancipait, fabriquait et unissait des citoyens s’est grippée ». La responsabilité des politiques, tous bords confondus, n’est pas négligeable. Ce sont eux qui, dès les années 1980, ont progressivement remplacé dans leur discours l’« assimilation » par l’« intégration », et certains parlent désormais d’« insertion » voire de « cohabitation », comme l’a préconisée le conseiller d’État Thierry Tuot dans un rapport rendu en 2012 et qui a embarrassé François Hollande lui-même – il s’est empressé de l’oublier dans un tiroir. « L’assimilation est devenue un tabou, insiste Éric Anceau, alors qu’elle figure en toute lettre dans le Code civil. Emmanuel Macron voulait le réviser pour supprimer cette mention, précisément, mais s’est rétracté. On n’est plus là dans le « en même temps » mais dans le « successivement », il réagit en fonction de l’air du temps, du contexte, de ce qui lui sera le plus favorable… Selon moi, un homme politique ne peut varier de discours sur un tel sujet. »  

Menace archipélisation

L’organisme bouge encore mais il est fort malade. S’appuyant sur les travaux de Jérôme Fourquet, notre historien explique que si l’archipélisation est un risque pour toutes les nations, il l’est particulièrement pour la nation française car « nous avons un idéal hérité en grande partie des Lumières et de la Révolution, avec les droits de l’Homme et beaucoup de choses qui sont induites, et bien sûr la laïcité. Or ce qui est en train de se passer dans nos « quartiers » menace gravement notre nation républicaine. »

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Il précise que « la menace qui pèse sur la nation vient à la fois de l’intérieur, de la base, mais vient aussi de l’extérieur : la mondialisation, la déconstruction dans le cadre d’une Europe diluée ». Et il évoque plusieurs enquêtes montrant qu’« une majorité de Français considèrent que la mondialisation est loin d’être systématiquement heureuse, que l’Union européenne n’est pas une France en plus grand, mais une construction radicalement différente, et que le multiculturalisme revient à changer complètement de société ». À cela s’ajoute, en pendant du communautarisme, le fait que « la culture commune et le passé national sont noircis et ne sont plus les sources d’inspiration qu’ils ont pu être auparavant. Les cultures singulières et les mémoires particulières les ont en partie supplantés ». Une nation se doit de faire son examen critique mais ne peut vivre sur le repentir, d’autant que l’imaginaire français, selon l’auteur, ne repose pas seulement sur le passé, il est aussi une projection. « Le récit national est un récit d’avenir. Or la France souffre depuis plusieurs décennies d’un déficit d’hommes et de femmes d’État capables de lui donner un horizon. Il s’agit, là aussi, d’une partie du drame de la nation, mais il n’y a, là non plus, aucune fatalité en la matière. » Éric Anceau refuse de sombrer dans le pessimisme car il continue de croire en la force de la politique. Il est cependant lucide et reconnaît que « la chose n’est pas aisée car notre pays ne possède pas l’habitude du débat citoyen, n’a pas la culture du compromis et ne pratique plus le référendum, ses élites au sens large n’ayant rien fait pour encourager la première, pour montrer l’exemple de la deuxième et pour redonner la parole au peuple par le troisième depuis l’expérience de 2005 ». À ce rythme-là, on se demande ce que l’Académie française pourra mettre dans sa définition de la nation dans son prochain Dictionnaire.

Éric Anceau, Histoire de la nation française. Du mythe des origines à nos jours, Tallandier, 2025.

Joli mois de mai

Même le 1er mai, Elisabeth Lévy travaille. C’est peut-être pour ça que c’est elle notre chef…


Causeur vous propose d’écouter sa chronique radio de ce matin…


C’est le 1er mai, mais plus personne ne parle de revendications sociales. Pourtant, il y aurait de quoi. Pour la seule journée d’hier : 1000 suppressions d’emplois chez ST Microelectronics/ faillite de Jennifer. La consommation régresse, l’investissement stagne, les salaires ne décollent pas.  

Faites une recherche « 1er-mai » sur Internet, vous trouverez trois angles.

  • Avec le beau temps, les professionnels du tourisme sont contents ;
  • Polémique sur les boulangers/fleuristes. Charmes de l’absurdistan français. Pour protéger les salariés des méchants patrons qui les obligeraient à travailler, on pénalise tous ceux qui veulent travailler plus et gagner plus. Et aussi ceux qui veulent apporter un saint-honoré à leur grand-mère. Le gouvernement a feint de vouloir changer la loi (c’était un coup de com). Ne peuvent même pas empêcher les contrôles ;
  • Violences. Depuis dix ans, elles pourrissent non seulement les 1ermai mais toutes les manifs sociales: retraites/loi travail etc. On annonce quelques centaines de blacksblocks. Des insoumis (comme Ritchy Thibault, l’assistant d’Ersilia Soudais) ont appelé à déborder le dispositif. Mais on n’arrive toujours pas à les neutraliser.

Manifs d’antan : plusieurs centaines de milliers de personnes. Aujourd’hui, on est sur le pied de guerre pour seulement 30000 personnes annoncées à Paris et 150000 en France.

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Comment expliquez-vous cette désaffection ?

Les images de violence ne donnent pas envie d’aller manifester en famille. Mais ce n’est pas la raison principale. La gauche et les syndicats ont abandonné le social pour le sociétal, la défense de la Palestine etc.

Mots d’ordre CGT aujourd’hui : Pour la paix, nos retraites et nos salaires.

  • Pour une paix juste et durable, droit des peuples etc.
  • Agir face à l’internationale réactionnaire
  • Augmenter les salaires
  • Abrogation retraite 64 ans

La gauche a abandonné les classes populaires, trop franchouillardes, trop blanches, trop réacs pour la coalition arc-en-ciel, les minorités, les migrants etc. Le mot « production » ne figurait pas dans le programme NUPES. Il y aura peut-être plus d’ouvriers au meeting du RN à Narbonne que dans les cortèges syndicaux.

À part peut-être les fonctionnaires, plus personne ne croit qu’une mobilisation sociale puisse changer quoi que ce soit.

La seule chose que les Français qui n’ont pas foutu le camp attendent de ce 1er-mai, c’est de ne pas avoir des images de villes dévastées demain. Il parait que Dieu est mort. Il faut croire que Marx aussi.  


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Quand le recueillement

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Hier, la demande de minute de silence à l’Assemblée nationale, réclamée par des députés de gauche pour le malheureux Aboubakar Cissé assassiné dans une mosquée, a viré au psychodrame. Dis-moi pour qui tu te tais, et je te dirai qui tu es… La multiplication des polémiques autour des instants de recueillement, et la dénonciation des instrumentalisations politiques – voire des larmes à géométrie variables- , sont les signes inquiétants d’une communauté nationale divisée face à la montée du séparatisme, déplore notre chroniqueuse.


D’abord refusée par la présidente de l’Assemblée nationale, la minute de silence destinée à exprimer l’affliction de la nation après le meurtre d’Aboubakar Cissé dans la mosquée de la Grand-Combe (30) a finalement eu lieu. L’Assemblée nationale avait pourtant essayé de limiter ce type de manifestations du fait de leur multiplication et des controverses qu’elles commencent à susciter. Le but non affiché mais évident était donc d’éviter la récupération politique et son cortège d’hystérisation des situations.

Minutes de silence : la nouvelle foire d’empoigne de la victimisation

Couverture de l’hebdomadaire satirique Charlie-Hebdo

C’est pour cela qu’il avait été décidé en son temps de ne pas faire de minute de silence pour le meurtre d’Elias, assassiné à 14 ans à coups de machette pour un portable. L’identité des meurtriers faisaient craindre que cela n’alimente le racisme et offre une tribune politique à l’extrême-droite. Sauf qu’il devient de plus en plus compliqué de comprendre pourquoi un hommage est accordé à Philippine et refusé à Elias. Ou pourquoi, sans enquête poussée, le meurtre de la Grand-Combe est désigné comme crime raciste, alors que ce qualificatif a été refusé à celui de Sarah Halimi ? Derrière ces interrogations, la petite musique que l’on entend est celle de la désunion. Les minutes de silence ne sont plus le signe d’une émotion qui rassemble mais d’une quête de pouvoir victimaire.

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Ce qui n’est pas évident à regarder en face est le fait que ces polémiques récurrentes disent l’inverse de ce qu’a affirmé Yaël Braun-Pivet pour justifier son revirement. Elle parle en effet d’un acte qui « a bouleversé le pays ». Or force est de constater que, de plus en plus, les drames ne touchent plus la communauté nationale dans son ensemble mais montrent au contraire ses profondes divisions. Le deuil ne réunit plus. Pire même, il devient clivant et les minutes de silence acceptées ou refusées n’y changent rien. Elles sont plus signifiantes par les polémiques qu’elles déclenchent, que par la solennité et la reconnaissance qu’elles devraient induire. Chaque groupe constitué veut avoir sa victime, veut pouvoir se dire persécuté et la minute de silence devient alors elle-même un instrument de propagande visant à valider l’oppression du groupe auquel appartient la victime. Cela empêche tout recueillement, car le but de ce temps si peu suspendu est moins de se recueillir que de pouvoir dresser un acte d’accusation envers l’État français ou un autre groupe constitué. L’émotion affichée dissimule ainsi de plus en plus mal le calcul cynique.

Une rhétorique communautariste dangereuse

Sur le fond de l’affaire, il y a peu de doute. En se rendant à l’intérieur d’une mosquée pour trouver sa victime, l’assassin a vraisemblablement voulu témoigner de sa haine des musulmans ; que l’enquête s’oriente vers un crime raciste n’est pas étonnant. En revanche, ce qui est choquant est la virulence de la parole du recteur de la grande mosquée ou des leaders de LFI, tant elles installent dans le débat public les thèmes et la rhétorique des Frères musulmans. Ils accèdent enfin à une forme de jouissance : ils ont leur martyr et celui-ci est censé effacer tous les meurtres de masse ou les assassinats ciblés commis au nom de l’islam pour pouvoir enfin mettre en avant les vrais persécutés : l’islam et les musulmans. Le recteur de la grande mosquée, sur la base d’un seul crime – commis semble-t-il par un Français appartenant à la communauté gitane bosniaque qui serait diagnostiqué schizophrène – fait le procès de l’islamophobie d’État, affirmant que les musulmans sont « traités comme des citoyens de seconde zone » et dénonçant « un deux poids deux mesures » dans la manière dont l’État se comporte envers les musulmans. Il dénonce des médias et responsables politiques dont le discours alimenterait un climat de haine anti-musulman.

Le problème, c’est que ce discours souffre de graves lacunes. Il oublie d’une part que des fleuves de sang ont été versés sur notre sol au nom de l’islam, attentats après attentats, assassinats ciblés après assassinats ciblés. Il oublie d’autre part les offensives séparatistes, les attaques et meurtres de professeurs, ou l’imposition dans l’espace publique d’un signe sexiste qui appelle à l’apartheid au nom du genre – le voile. Il oublie l’entrisme islamiste à l’université, à l’école, au travail, dans les institutions. Il oublie la haine décomplexée des juifs qui s’exprime sans entrave chez beaucoup de musulmans et la violence que ceux-ci subissent au nom de la Palestine. Il oublie qu’aujourd’hui, en France, ce sont les islamistes qui donnent le ton et qui sont les plus influents. Il oublie surtout que les chiffres lui donnent tort : la communauté musulmane est celle qui subit le moins d’atteintes à raison de la religion. Voilà pourquoi le discours outrancier des leaders communautaires des derniers jours agace autant, et ne favorise pas le sentiment d’appartenir à une même nation, alors même que l’assassinat de quelqu’un au nom de sa croyance devrait nous rassembler sans arrière-pensées.

« Islamophobie » : le mot qui fâche

Le recensement des actes antireligieux en 2023 montre que si les juifs ne représentent que 0,6% de la population (ils sont la plus petite communauté recensée, on estime les chrétiens à environ 30% de la population et les musulmans autour de 10%), ils subissent pourtant un déchainement de violence démesuré : 1676 des actes antireligieux étaient antisémites. Pour les chrétiens le nombre atteint le millier, mais pour les musulmans il ne dépasse pas 242 actes recensés. Avant le 7-Ooctobre, on recensait sur les années 2020-2022[1], 2600 actes antichrétiens, 1400 actes antisémites et 600 actes antimusulmans. À noter que si on se concentre sur les violences physiques sur cette période 2020-2022, 150 agressions étaient antisémites, 50 antichrétiennes et 25 ont touché des musulmans.

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Alors pourquoi tant de geignements et de mensonges de la part des leaders musulmans ? Parce que le sentiment de persécution est l’outil préféré des Frères musulmans, et qu’ils sont devenus la référence communautaire. Leur but est la conquête et l’islamisation de l’Europe ; pour cela il faut en quelque sorte une armée de réserve, donc empêcher toute intégration et pour cela, quoi de mieux que d’expliquer que les musulmans sont menacés en France, qu’ils ne peuvent trouver leur place dans ce pays car sa civilité est incompatible avec la charia ou qu’ils sont donc mis de côté et en danger ? La réislamisation et la radicalisation s’appuient sur cette idée : conquérir ou perdre son âme. Dernier point : personne, lorsqu’il s’agit d’actes antireligieux, ne parait s’interroger sur le profil des agresseurs. L’omerta sur ce point est réelle. Le terme d’islamophobie apparait donc pour ce qu’il est : un écran de fumée destiné à maintenir la clôture communautaire qui empêche une partie des musulmans de faire société, en leur faisant croire qu’ils se mettent en danger s’ils s’éloignent de leur communauté. L’islam est le point de ralliement de celle-ci ; il faut donc donner des gages séparatistes pour avoir accès à la protection du groupe. Avec le meurtre d’Aboubakar Cissé, le discours très fumeux des leaders communautaires prend quelque consistance, même si le profil du meurtrier n’est pas idéal : trop gitan bosniaque à tendance schizophrène et pas assez mâle blanc suprémaciste.

Cette ambiance délétère fait des minutes de silence qui devraient nous unir symboliquement, des jeux d’influence destructeurs, et les transforment en représentations dénuées d’émotions réelles. Il s’agit, une fois encore, moins d’honorer une victime que de se décerner des brevets de vertu. À ce titre, la tentative de restreindre les minutes de silence à des cas très précis s’impose tant aujourd’hui leur multiplication devient contreproductive.

Silence coupable

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[1] Marc Vanguard sur X

Une France raciste et islamophobe?

Après le meurtre d’Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard, La France Insoumise crie au scandale et rejette la faute sur notre pays. Un pays qu’elle affirme être raciste et islamophobe, dont la police tue grâce à une propagande relayée par Éric Zemmour, CNews, Bruno Retailleau ou le RN. Une analyse froide et lucide dément toutes ces fausses accusations.


Le 25 avril, un jeune Malien Aboubakar a été tué à l’intérieur de la mosquée de la Grand-Combe, dans le Gard. Le surlendemain, le 27, une manifestation contre l’islamophobie a eu lieu place de la République à Paris en présence notamment de Jean-Luc Mélenchon (LFI) et de Marine Tondelier (Les Verts). Mélenchon s’y est fait photographier en pleurs et un assistant parlementaire d’Ersilia Soudais de la France insoumise a clamé en public vouloir créer des brigades d’autodéfense pour les musulmans contre une police et une justice qui ne puniraient pas les meurtres commis contre des musulmans.

La police tuerait des musulmans avec une intention xénophobe ? « L’extrême droite » de M. Zemmour et Mme Le Pen voudrait chasser tous les musulmans de France ? Des musulmans seraient victimes de discriminations en raison de leur religion ou de leur couleur de peau ? On leur refuserait l’accès à une citoyenneté pleine et entière parce qu’ils seraient noirs, arabes ou musulmans ? Ils seraient les boucs émissaires désignés d’une France malade de peur et de haine ?

Les Français ne sont pas racistes

Mais de qui se moquent-ils ? Comme pour le génocide dont la France Insoumise et les islamistes accusent les Israéliens, on a là un beau cas d’inversion accusatoire. La France raciste et islamophobe ? Oui, certes, les Français ont peur des attaques au couteau, du terrorisme, des menaces de mort ou des assassinats de « blasphémateurs ». Mais, raciste ?

En réalité, la France est l’un des pays les moins racistes du monde et certainement bien moins que les pays du Maghreb. Parlez-en aux noirs qui vivent au Maroc, en Algérie, en Tunisie ! Quand ils ne sont pas expulsés manu militari dans le désert sans eau ni nourriture, ils sont harcelés, méprisés, réellement discriminés.

Les Français veulent bien vivre avec des gens qui ont une autre couleur de peau et une autre origine. La France le fait depuis longtemps. Elle assimile. Mais elle ne veut pas qu’on importe des mœurs étrangères à sa civilisation. Elle ne veut pas de racistes, d’antisémites, de sexistes, d’homophobes, de fanatiques de la Sharia, de criminels et d’assassins sans cœur. Elle ne veut pas être méprisée.

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Elle veut être aimée. Ceux qui l’aiment et la respectent, elle leur retourne son amour. Ils le savent bien, ceux qui ont adopté la France sans renier ce qu’ils étaient, ces Français de cœur et de souche, et qui veulent s’enraciner comme d’autres l’ont fait avant eux. Ils sont heureux en France et savent qu’ils peuvent réussir une belle vie, à égalité avec leurs compatriotes, du même milieu social.

Parfois, c’est sûr, il y a des frottements, des méprises, des malentendus, mais il y en a aussi pour d’autres Français « de souche », manants d’un monde qui prétend qu’il n’a plus besoin d’eux : paysans, ouvriers, employés chassés des métropoles et des villes-centres, sans accès véritable aux transports urbains, aux logements et aux emplois de ces métropoles.

Peurs

Un monde s’annonce, et ils le pressentent bien, où ceux qui viennent d’ailleurs, le plus souvent de l’autre côté de la Méditerranée, vont servir d’esclaves pour les nouveaux maîtres ou peu à peu les remplacer, eux, par la force de minorités revanchardes, délinquantes ou conquérantes qui veulent leur part d’un gâteau qui s’amenuise pour les plus défavorisés dans la compétition sociale. Il suffit de
comprendre cela pour saisir sur le vif la peur du grand remplacement. Grand remplacement déjà présent ou prévisible.

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Il ne faut jamais mépriser la peur. Parfois la peur prévient du danger et elle est un signal d’alarme qu’il faut écouter. Et il faut écouter ceux qui ont peur. Ceux- là à qui on vole leur territoire, leur dignité et leur identité. Ces Français de toutes origines qui qui ont le sentiment d’être pillés, volés, agressés quotidiennement. Ces musulmans qui ont peur qu’on les chasse loin de cette France qui est leur nouvelle patrie, parfois depuis plusieurs générations, en les confondant avec les criminels et les fanatiques. Ces juifs qui sont harcelés et acculés à vivre dans l’insécurité. Qu’on ne me dise pas que je suis raciste. Mes amis le savent, tous ceux qui me connaissent, il n’y a pas de racisme en moi. Pas de mépris ou de haine en raison d’une couleur de peau ou d’une origine. Il n’y a qu’une sainte fureur contre les mensonges qui nous sont contés pour faire taire notre envie de vivre libres en compagnie de tous ceux qui veulent cette même liberté. Pour faire taire notre besoin de rester nous-mêmes, de nous retrouver en soignant le mieux possible nos déchirures, nos divisions, notre désespérance, notre léthargie peut-être fatale.

Sétif, 8 mai 1945 : l’Amérique subversive

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Rassemblement pour la reconnaissance des crimes d'État commis le 8 mai 1945 à Sétif, Paris, 8 mai 2015 © SEVGI/SIPA

En Algérie, les Américains ont ils vraiment agi contre leur allié français ?


80 ans ont passé, mais l’explosion de violence qui caractérisa les émeutes du 8 mai 1945 à Sétif et dans le Constantinois ne cesse de nourrir la recherche historique quant aux causes qui la produisirent. Les avis divergent entre historiens. Les uns estiment que la famine motiva la révolte, tandis que d’autres, priorisant une approche politique, y voient le début de la guerre d’indépendance, à l’instar de l’historiographie algérienne qui dans sa Charte nationale du 16 janvier 1986 exhausse « ces journées mémorables » de mai comme des marqueurs de la lutte libératrice.

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Une analyse des archives des services d’intelligence américains révèle toutefois la part déterminante qu’ils prirent, depuis l’Opération Torch du 8 novembre 1942, dans l’émergence d’un nationalisme radical au sein de la communauté musulmane d’Algérie. À en juger par les sources qui sous-tendent l’écriture de leurs rapports d’enquête, un processus de manipulation s’engagea. Il est établi qu’il y eut des accointances avec les chefs indépendantistes, qu’on relayait leurs plaintes, donnant ainsi aux colonisés l’impression que l’Amérique les encourageait à défier l’autorité coloniale. Les émeutes n’eurent rien de spontané aux yeux des acteurs nationalistes, de l’entourage du gouverneur général et surtout du contre-espionnage français qui, depuis plusieurs mois, soupçonnait l’ami américain de comploter l’émancipation de la colonie.

« Les Européens d’Algérie sont comme les Blancs sudistes »

Le renseignement américain formait un entrelacs d’officines et de bureaux, aux contours mal définis, qui souvent se jalousaient, mais qui tous s’accordaient dans la critique de la société coloniale algérienne. Le message du président Franklin Roosevelt, diffusé à coup de tracts bilingues lors du débarquement allié, s’enrobait d’un narratif décolonial qui reflétait l’idéologie d’une Amérique vertueuse volant au secours des peuples opprimés.

Les rapports des agences s’inscrivaient dans la même veine. Celui rédigé en août 1944 par le major Rice, chef de la branche nord-africaine du JICANA1, assimilait les Européens d’Algérie aux Blancs sudistes de la guerre de Sécession :

« Les Européens ont exploité dans le passé les Indigènes. Ils sont devenus riches en profitant du travail à bon marché de ces derniers. Ils ont ignoré leurs besoins d’ordre social et leur évolution », expliquait-il d’un ton dogmatique.

À lire aussi : Ce que Douglas Murray a vu: vérité d’Israël, aveuglement de l’Occident

Archie Roosevelt, qui appartenait à la branche de la guerre psychologique2, réagissait de manière romantique, fasciné qu’il était par l’orientalisme. Ce petit-fils du président Théodore avait rencontré en juin 1943 à Alger le docteur Saleh Bendjelloul, un notable réformiste. Peu de jours après, il le revit à Constantine et se fit conduire à Sétif pour faire la connaissance du pharmacien Ferhat Abbas dans sa modeste arrière-boutique où, en présence d’une poignée de partisans, l’on parla du Manifeste algérien que l’intéressé nommait candidement « Ma Charte de l’Atlantique », en référence au texte sur la décolonisation signé en 1941 par Roosevelt et Churchill. Archie eut le coup de foudre. Sa hiérarchie éprouvait de la nausée à l’entendre toujours parler de « ses Arabes » dans ses dépêches. Sous la pression du général de Gaulle, il fut renvoyé en août 1943 à Washington.

Un système d’ingérence généralisée s’était créé, qui finissait par agacer même les tacticiens militaires, peu enclins, tant que l’Axe n’était point défait, à voir des troubles éclater sur leurs bases arrières algériennes. Aussi en décembre 1943, suite à de nouvelles plaintes françaises, le secrétaire d’État Edward Stettinius informa ses consulats nord-africains qu’il ne tolérerait plus aucune intervention dans les affaires intérieures de la France. L’interdiction s’imposait aux diplomates, mais pas aux agences qui gardaient leur liberté de nuisance et qui multipliaient d’ailleurs les contacts avec leurs indicateurs arabes dont elles entretenaient l’amitié avec des cigarettes, de la liqueur, des vêtements…

Les analystes de l’OSS3 à la manœuvre

À l’automne 1944, le départ progressif des troupes alliées vers l’Europe augurait d’une fin prochaine des hostilités, ce qui inquiéta les milieux nationalistes, lesquels s’imaginaient que l’Amérique les abandonnait et qu’elle ne leur servirait plus de bouclier en cas d’action coloniale punitive. Dans un tel contexte, les rumeurs d’insurrection s’intensifièrent. Mais c’est au bureau algérois de l’OSS que s’ébaucha la trame finale. Elle mit en scène un trio d’opérateurs : Stuart Kaiser responsable de la trésorerie, l’ornithologue Rudyard Bolton qui s’intéressait aux ressources minérales des colonies, et l’anthropologue Lloyd Cabot Briggs, en poste depuis octobre 1943 et qui, grâce à un réseau performant d’informateurs, connaissait, disait-il, « au moins dix fois mieux que les autorités françaises le mouvement nationaliste et cela dans des matières qui inévitablement devraient retenir tôt ou tard leur attention ».

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Justement, le 20 mars 1945, Briggs sollicita un renforcement de son rôle d’infiltration, notamment en Kabylie. Le 21 mars, il obtint un avis favorable. De plus, à partir du 1er mai, il pourrait agir officiellement partout au nom du gouvernement américain. La nouvelle fuita assurément. Car dans la soirée du 23 mars, Paul Alduy, directeur du cabinet politique du gouverneur Yves Chataigneau, vint demander des comptes au consul Edward Lawton sur « ces influences étrangères » qui minaient l’ordre colonial. « C’est absurde », répondit Lawton dont le malaise était perceptible. Il mentit délibérément dans son rapport du 24 mars au Département d’État, niant avoir un quelconque contrôle sur Briggs alors qu’en fait il le sollicitait fréquemment pour être informé du problème nationaliste. À la mi-avril, Rice tenta aussi de démythifier Briggs, en accusant le peuple algérien d’être trop naïf et de gober n’importe quoi. Rien n’y fit.

Les émeutes causèrent entre 1200 et 45000 morts selon les sources. En récompense de ses services, Briggs reçut la médaille américaine de la Liberté.

Les Américains en Algérie 1942-1945

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  1. JICANA : Joint Intelligence Collection Agency for North Africa ↩︎
  2. PWB : Psychological Warfare Branch ↩︎
  3. OSS : Office of Strategic Services ↩︎

L’Église catholique prend position sur l’IA

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DR.

L’Église catholique vient de prendre une position officielle sur l’IA dans un nouveau document daté de janvier 2025 et intitulé Antiqua et nova.


Le document est sous-titré « Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine ». Pas moins de deux « dicastères » (la curie romaine est subdivisée en sections nommées dicastères) ont été mis à contribution pour ce travail : le dicastère pour la doctrine de la foi, et celui pour la culture et l’éducation. Le résultat est un texte très utile à lire, bourré de références bibliques, qui conduit le lecteur, croyant ou non, à réfléchir de manière décisive sur une question d’actualité des plus graves.

Intelligence humaine et IA

L’IA est apparue dans nos vies quotidiennes sans que, pour ainsi dire, nous ayons le choix de l’accepter ou non. On nous avait certes prévenus que son règne ne serait pas sans conséquences. Le document du Vatican revient donc sur deux aspects, l’un anthropologique, l’autre éthique. Il puise ses arguments au cœur de la théologie, mais aussi de la philosophie dont il revendique l’intérêt. Cela lui permet d’opposer intelligence humaine et intelligence artificielle. Le document rappelle dans un premier temps que l’homme a été créé à l’image de Dieu, qu’il est doté d’une raison, et ce, « d’une manière qui élève ». De là découle en sa faveur une possibilité de vérité : « La recherche de la vérité, écrivent les dicastères, atteint sa plus haute expression dans l’ouverture aux réalités qui transcendent le monde physique et créé. »

Les limites de l’IA

Face à cela, qui définit l’être humain dans sa plénitude, nous avons l’IA, dont le document pointe dès lors les « limites », avant d’en proposer néanmoins un usage fait de modération. Première constatation : l’IA « reste fondamentalement confinée dans un cadre logico-mathématique ». Par conséquent, « elle ne peut pas actuellement reproduire le discernement moral et la capacité d’établir d’authentiques relations ». Elle est privée de « réalité », ce point est important. Et donc elle n’a pas d’accès a priori à la « vérité ». Il me semble que les dicastères font mouche lorsqu’ils expliquent, dans le chapitre « L’IA et Dieu », que l’IA a été inventée par l’homme pour en quelque sorte mettre une divinité qu’il a lui-même créée à la place Dieu. Le document parle alors d’« idolâtrie », et fait référence à un célèbre passage du Livre de l’Exode (32, 4), que je voudrais vous citer, car il exprime tout : « Il [Aaron] […] façonna l’or et burina, et en fit un veau d’or de métal fondu. Ils dirent alors : Israël, voici ton Dieu, qui t’a fait monter du pays d’Égypte. »

Une question éthique

Il ne faudrait pas penser néanmoins que les dicastères condamnent sans rémission l’intelligence artificielle. Ils tentent de faire prévaloir un jugement nuancé. L’IA, et c’est une évidence, peut apporter une aide précieuse à l’homme pour résoudre toutes sortes de problèmes et lui simplifier son labeur.

La dernière partie du document s’attache à « identifier les manières dont l’IA peut défendre la dignité humaine et promouvoir le bien commun ». À quelles conditions l’IA serait-elle en mesure de, je cite, « contribuer au développement humain » ? Les dicastères abordent le rôle de l’IA dans les domaines de la Santé, de la vie privée ou encore de la guerre. À chaque fois, c’est pour vérifier si une prise en compte éthique est possible. Le document voit très bien, cependant, que c’est là où le bât blesse, sur ce problème de l’éthique : « Les atrocités commises au cours de l’histoire de l’humanité suffisent à susciter de vives inquiétudes quant aux abus potentiels de l’IA. » Comment ne pas acquiescer à cette conclusion, qui nous éclaire sur la prudence qui devrait être la nôtre ?

À lire aussi : François face à la complexité du monde

Antiqua et nova nous met en garde contre des dérives plus que probables liées à l’utilisation de l’IA dans la société. L’idée centrale de la note des deux dicastères reste qu’elle n’apportera pas forcément l’aide escomptée, car l’être humain se laisse volontiers dépasser par ce qu’il invente et rechigne à se discipliner. Il n’y a pas que la Bible qui en parle, la littérature également. En lisant ce texte du Vatican, je repensais par exemple au roman de l’écrivain autrichien Gustav Meyrink, Le Golem (1915). L’histoire, inspirée de la tradition juive de la Kabbale, reprend le mythe du Golem (terme hébreu signifiant embryon), cette créature monstrueuse faite d’argile à qui a été insufflée la vie grâce à une formule magique. Dépourvu de conscience morale, le Golem va provoquer autour de lui le chaos. Or, de par ce qu’il est, c’est-à-dire une imitation sommaire et inaboutie de l’être humain, le Golem est comparable schématiquement à l’IA. Belle parabole finalement que ce roman de Meyrink, qui trouve sa source, là encore, dans la Bible, au verset 16 du Psaume 139 : « Je n’étais qu’un embryon [un golem] et tes yeux m’ont vu. » Plus que jamais, il nous faudra prendre garde à n’être pas des apprentis sorciers, si nous voulons conserver un monde habitable.


Dicastère pour la doctrine de la foi, dicastère pour la culture et l’éducation, Antiqua et nova, Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine. Éd. Salvator, 132 pages.

Gustav Meyrink, Le Golem. Traduction de l’allemand (Autriche) de Jean-Pierre Lefebvre. Éd. Flammarion, collection « GF », 2003, 324 pages.

Le Golem

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Causons ! Le podcast de Causeur

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Le président Donald Trump prononce un discours lors d'un événement « Investir en Amérique » à la Maison Blanche, Washington D.C., 30 avril 2025 © Sipa USA/SIPA

Avec Céline Pina, Eliott Mamane et Jeremy Stubbs.


Quel est le bilan de Donald Trump après les cent premiers jours de son deuxième mandat de président des États-Unis? Dans les sondages, sa cote de popularité a baissé considérablement, et la plupart des commentateurs, tant européens qu’américains, jugent ses actions de manière très négative. Pourtant, Trump avait déjà annoncé que sa révolution, qui doit inaugurer un nouvel âge d’or pour l’Amérique, ne serait pas sans douleur.

Là où M. Trump a eu un impact décisif, c’est au Canada où le Parti libéral vient de se faire réélire. Les Libéraux sous Justin Trudeau avaient perdu une grande partie de leur crédibilité auprès de l’électorat canadien, mais les déclarations en provenance de la Maison Blanche, indiquant une volonté de transformer le Canada en un 51e État, ont galvanisé les citoyens canadiens qui ont maintenu à son poste de Premier ministre l’ancien banquier central, Mark Carney, qui avait succédé à Trudeau.

Vélo/auto: Je t’aime. Moi non plus…

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Anne Hidalgo lance la 3ème journée sans voiture à Paris, octobre 2017 © Emma PROSDOCIMI/SIPA

En octobre dernier, dans le 8e arrondissement parisien, le cycliste Paul Varry était écrasé en heure de pointe après une altercation avec un SUV. Un rapport visant à réduire les tensions entre les différents usagers de la route vient d’être rendu à Philippe Tabarot. Il comprend 40 recommandations dont 18 qualifiées de « prioritaires ».


L’émotion fut très vive et la réprobation unanime lorsque, le 15 octobre 2024, un jeune homme de 27 ans, a été renversé puis écrasé délibérément par un individu – davantage assassin qu’automobiliste d’ailleurs – au volant d’une puissante voiture. Au départ de cette horreur sans nom, une de ces altercations à noms d’oiseaux qui sont apparemment le quotidien des milliers d’embouteillés parisiens aux heures de pointe.

Urgent d’agir

Confrontées à un tel drame, les autorités initièrent un chantier d’étude et de réflexion sur le sujet. Il en est sorti un rapport de cent-vingt deux pages sur « la prévention des violences routières et le partage de la voie publique » qui vient d’être remis au ministre des Transports. Ce document comprend quarante recommandations dont dix-huit présentées comme prioritaires et indispensables : extension de la liste des infractions sanctionnables constatées par vidéo-surveillance, avec recours à l’intelligence artificielle pour des verbalisations « augmentées » (sic), nouveaux barèmes d’amendes, modification des règles de dépassement des cyclistes par les automobilistes, harmonisation visuelle des équipements cyclables des villes, etc. Autre préconisation, changer le nom du Code la route en Code de la voie publique. On voit d’emblée combien une telle mesure est à même de réduire la violence routière et le nombre d’accidents.

A lire aussi: #Je Suis Paul: Anne Hidalgo à la récupération?

Cela dit, il est important d’agir, nul ne le contestera, car si, à Paris et dans les grandes villes, entre cyclistes et automobilistes, ce n’est pas vraiment la guerre, parfois cela y ressemble assez. D’autant que d’autres véhicules à deux et quatre roues – scooters, trottinettes, bus, camionnettes de livraison… – viennent gaiement pimenter la chose.

Rois de la jungle

En fait, le gros chantier à entreprendre ne devrait-il pas être une totale refonte des mentalités ? Durant des décennies, l’automobiliste, au volant de cet instrument de puissance qu’est son auto, a été le roi, le seul roi, du bitume. Il tenait le haut du pavé. Le cycliste, très longtemps ultra minoritaire pour ne pas dire fort rare, était, lui, juste toléré. On s’accommodait tant bien que mal de sa présence. Et puis est advenue une sorte de révolution. Écologisme aidant, le cycliste non seulement a gagné en nombre mais surtout en légitimité. Il est désormais l’usager sanctifié à la fois par le progressisme vert et l’âge de nos artères. Une révolution, vous-dis-je ! La revanche du mollet sur le cheval vapeur. Une espèce de lutte de classes s’est donc instaurée. La classe deux roues et planète sauve, la classe quatre roues et planète salopée. Le cycliste désormais se veut et se sait le nouveau roi. Il a le sens de l’histoire pour lui, il en est convaincu. De ce fait, il a donc également droit à quelques privilèges. Il est des sens interdits ou des feux rouges avec lesquels il est très officiellement autorisé à prendre des libertés, au nez et à la barbe de son rival en auto. De là à faire de ces exceptions la règle absolue, il n’y a qu’un coup de pédale qu’il se permet allègrement. Rupture flagrante d’égalité, rugit probablement le rival. Le code de la voie publique ne devrait-il pas être le même pour tous, raisonne-t-il, comme cela était depuis des lustres ? Quand des normes et une discipline communes géraient l’espace commun ? Mais il se tait, l’homme derrière son volant. Il se tait car il sent bien que c’est à son tour de n’être plus que toléré dans ce jeu. Ce jeu, le pari probablement perdu pour lui du Paris sans auto.    

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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La spiritualité chrétienne contre la religion «woke» ?

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Des croyants s'agenouillent pour prier lors d'une méditation du Vendredi saint, devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 18 mai 2025 © SOPA Images/SIPA

L’augmentation du nombre de nouveaux baptisés, lors des dernières fêtes de Pâques, augure-t-elle de la sortie de la France du catholicisme « zombie » ? Les conservateurs, inquiets par les excès du wokisme ou l’islamisation du pays, veulent y croire. Analyse et perspectives.


Malraux soutenait que « la nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion » (note sur l’islam, 1956). Autrement dit, il n’y a pas de civilisation sans quête spirituelle. La spiritualité chrétienne culmine avec l’architecture gothique, qui de son berceau en île de France, s’est répandue à travers toute l’Europe. L’Occident offre une mosaïque d’abbayes, d’églises et de cathédrales. Les racines chrétiennes de l’Europe ne font aucun doute même si elle refuse aujourd’hui d’en accepter l’augure. Elle succombe aux chimères de la cancel culture et du wokisme. L’Union européenne cherche même à s’inventer un « coran européen » subventionné à hauteur de 10 millions d’euros. Sous les auspices de la démocratie libérale, Francis Fukuyama, prophétisait « la fin de l’histoire » (1992) qu’aurait consacrée la chute du mur de Berlin. Mais, rattrapé par le retour de l’histoire, Samuel Huntington annonce le « choc des civilisations » (1996) dont l’un de ses actes se joue sur la scène européenne.

Les élites complaisantes avec le wokisme

« La religion woke » (Jean-François Braunstein, Grasset, 2022) appauvrit le terrain sur lequel elle prospère. Elle emporte tout dans un maelström d’imposture morale et de « terrorisme intellectuel » (Jean Sévillia, Les Habits neufs du terrorisme intellectuel, Perrin 2025). Elle détourne la recherche scientifique pour l’embrigader dans le militantisme académique, jusqu’à chasser les professeurs de leur amphithéâtre, et empêcher les conférenciers non convertis à y pénétrer (Nathalie Heinich, Ce que le militantisme fait à la recherche, Gallimard, tracts, n°29). L’université de Lyon II fut le théâtre d’une campagne de dénigrement, frappant le géographe Fabrice Balanche, maître de conférences, orchestré par un groupuscule « antiraciste » adepte de la censure et de l’autocensure (voir la tribune collective de 50 universitaires sollicitant la démission de la présidente de l’université en raison de sa « complaisance glaçante », Le Figaro, 18/04/2024). L’université est-elle encore le lieu privilégié de confrontation des idées ou une chambre de polarisation entre le bien et le mal qui investit le camp du premier dans le rôle messianique faisant du second la victime expiatoire de l’idéologie racialiste, antispéciste et néoféministe ? Ce cénacle absurde fomente ce que Philippe de Villiers qualifie de « mémoricide » (Fayard, 2024). La cérémonie d’ouverture des jeux olympiques Paris 2024 mit en seine (sic) cet effacement de la mémoire. Où étaient Lutèce, Saint Denis, et toutes les grandes figures de l’histoire de France ? Une fable woke que la cérémonie de réouverture de Notre-Dame Paris le 7 décembre 2024 permit d’oublier. Les philosophes de la déconstruction (Deleuze, Derrida, Foucault) pratiquaient la politique de la terre brulée, au sacrifice de toutes les institutions et traditions sur l’autel de la liberté individuelle en recyclant au besoin les concepts de la philosophie allemande (Luc Ferry et Alain Renaud, La pensée 68, Folio, 1988). Désormais, le stade du « catholicisme zombie » (Emmanuel Todd), caractérisé par les seuls réflexes culturels, serait même en voie d’extinction. La souveraineté du sujet dégénère en subjectivisme délirant et offre quelques réalités au mythe de l’Homme démiurge apparaissant sous les traits du transhumanisme jusque et y compris dans la réassignation sexuelle. Ce surhomme est un colosse aux pieds d’argile. Il n’a d’autre volonté de puissance, que l’expression de son droit au ressenti opposable, et renonce à projeter la destinée du genre humain sur les générations futures. Le Moi, gouverné par le principe de réalité, s’abandonne au Ça, présidé par le principe du plaisir.  

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Trump élu? Non, les démo-woko bobos battus

Un regain d’intérêt pour le catholicisme dans les jeunes générations

L’affluence des croyants à la messe des Cendres qui inaugure la période de Carême, et la recrudescence des catéchumènes -17000 adultes et adolescents baptisés lors de la veillée pascale -, illustrent un regain d’intérêt pour la spiritualité chrétienne qui traduit une quête de sens face à l’insignifiance du consumérisme effréné autant qu’elle manifeste une réaction à l’islamisme conquérant dont les réseaux fréristes travaillent à rendre la société « charia compatible ». Cette tendance à la redécouverte des racines chrétiennes est à contre-courant du « pays légal » qui impose d’une lecture à géométrie variable des principes de laïcité, de neutralité et de respect des « valeurs de la République ». Elle offre d’un côté une face inclusive, comme en témoignent le jugement rendu par le tribunal administratif de Melun le 6 février qui annule l’OQTF frappant l’influenceur algérien Doualemn, ou celui du tribunal administratif de Lille qui, le 23 avril, annule la décision du préfet du Nord mettant fin à l’association entre l’Etat et le lycée privé confessionnel musulman Averroès. Si l’on voulait plagier la célèbre réplique d’Arletty dans le film Hôtel du nord du Marcel Carné (1938), on ferait dire à Marianne : Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule de [djihadisme] d’atmosphère ? (Gilles Kepel). L’autre face oppose une lecture intransigeante de ces principes, lorsque par exemple le tribunal administratif de Lyon annule le 19 mars la décision du commandant de groupement de gendarmerie de l’Ardèche d’organiser une journée de célébration de la sainte Geneviève en tant qu’elle prévoit la tenue d’un office religieux, tout en admettant que sainte Geneviève est reconnue comme la patronne et la protectrice de la gendarmerie française, symbole traditionnel, associé aux valeurs de courage, d’engagement et de dévouement. De même, le Conseil d’État n’a-t-il pas le 7 avril 2023 enjoint la commune des Sables-d’Olonne de retirer la statue de l’archange Saint Michel érigé en 2018, du domaine public communal, au motif qu’elle appartient à l’iconographie chrétienne et que l’utilisation de la place, en parvis de l’église éponyme, ne permet pas de la qualifier de dépendance de l’édifice du culte ? Mais, l’histoire de France ne s’est-elle pas également appropriée cette figure symbole de l’indépendance et de victoire nationale ? Cette mise en perspective de la jurisprudence donne le sentiment d’un deux poids deux mesures qui trahit « l’âme de la France » car, si les religions sont égales devant la loi, elles ne sont pas devant notre histoire, depuis le baptême de Clovis en 496, dont la France n’osa même pas célébrer le 1500ème anniversaire en 1996 ! Est-elle restée fidèle aux promesses de son baptême ? Il faut aller au Puy-du-Fou (Parcours immersif, Le premier royaume) pour vivre une belle évocation de cet acte fondateur.

La liberté de conscience est évidemment non négociable. Mais, elle n’implique pas de piétiner le récit national, qui comme le disait le Général de Gaulle vient du fond des âges.

Que soit remerciée cette jeunesse qui renoue avec les fondements de notre civilisation.

Elle n’a pas peur ! Elle est porteuse d’une force de vie source d’espérance en l’humanité alors que les écologistes radicaux ne voient en elle qu’une espèce nuisible ! La spiritualité chrétienne n’est pas une aventure vers un nouvel obscurantisme. Pour s’en convaincre, et à l’heure où l’Église catholique se cherche un nouveau chef, il est opportun de parcourir le discours du Pape Benoit XVI au monde de la culture, prononcé le 12 septembre 2008 au Collège des Bernardins à Paris. Il évoquait les origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne. Le souverain pontife rappelait que « Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploitation dans toutes ses dimensions […]. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de chanter avec les mots qu’Il a lui-même donnés, est née la grande musique occidentale […] ». Il ajoutait que « L’écriture a besoin de l’interprétation. […] Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté (2Co 3,17) ». Mais, il prévenait que : « Si, la culture européenne d’aujourd’hui comprenait désormais la liberté comme absence de liens, cela serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et l’arbitraire ». Et, sa conclusion semble être comme un écho à Malraux, précité : « Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable ». Difficile de reconnaître ce Pape derrière le portait réactionnaire, brossé par ses contempteurs « progressistes » zélés.

La religion woke

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Ce que le militantisme fait à la recherche

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La pensée 68

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Mémoricide

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Et l’impressionnisme fut…

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Eugène Boudin, La rade de Brest (détail), 1870 Collection Yann Guyonvarc’h © Studio Christian Baraja SLB

Jusqu’au 31 août 2025, le Musée Marmottan Monet consacre une exposition à Eugène Boudin (1824-1898), le maître entre autres des marines et des plages deauvillaises. Le natif d’Honfleur, initiateur sans le vouloir d’un mouvement pictural dont il n’était pas totalement convaincu est désormais un classique et un éclaireur du ciel


Rien ne lui fut acquis aisément, rien ne fut météoritique dans la carrière d’Eugène Boudin, le patient normand. Il n’était pas de la race des précoces géniaux qui affole la critique officielle si prompte à s’enticher, sur un malentendu, du premier agitateur venu. Il ne fut pas couronné de succès immédiat et accablé de commandes, dès ses débuts. Il dut patienter dans le purgatoire des artistes jusque dans les années 1880 pour savoir si la gloire lui sourirait ou bien si l’oubli revêtirait son œuvre. Ce cheminement ne fut donc pas un long fleuve tranquille et ce n’est finalement que dans les vingt dernières années de sa vie professionnelle qu’il put enfin connaître une forme de quiétude commerciale et une reconnaissance légitime au-delà du Calvados.

Le marchand Durand-Ruel veillait alors sur sa destinée et l’État, toujours en retard d’une bataille artistique, lui achetait des tableaux et le primait. Aujourd’hui, son apport à l’Histoire de la peinture semble si évident, son talent s’impose si naturellement qu’on le qualifie même de « père de l’impressionnisme ». Il s’en défendait mollement car il n’adhérait pas totalement à cette tendance du « vite fait ». Bien qu’il travaillât à l’extérieur avec son chevalet, en contact direct et fluctuant avec la lumière, il terminait ses tableaux dans son atelier. Contrairement aux chantres de l’impressionnisme, Boudin en bon artisan indépendant, il fut commis imprimeur puis encadreur à son compte, largement inspiré par le paysagiste Corot, fit la synthèse entre deux élans, la flamboyance du fugitif et le détail du dessin. Comme si deux attractions presque contradictoires cohabitaient dans son art pour aboutir à une harmonie rêveuse et cependant, accrochée à une réalité sociale. C’est le paradoxe de cette peinture qui nous séduit par ses fulgurances graciles et nous saisit tout autant par la profondeur de ses thèmes choisis. L’exposition montre combien le peintre fut attentif à la vie humble des gens, notamment dans sa « période » bretonne, il entra dans leurs modestes foyers paysans et témoigna du labeur des champs. Boudin est connu pour avoir mis le pied à l’étier du jeune Monet, celui-ci rechignait pourtant à le suivre, il appréciait en fait très peu ses réalisations. Caricaturiste surdoué dès l’âge de seize ans, Claude Monet avait tapé dans l’œil de Boudin et naquit entre eux une amitié durable et sincère. Monet dut reconnaître à la fin de sa vie qu’il devait tout à Boudin. Le Musée Marmottan a réuni 80 peintures issues d’une collection privée sur les deux cents que possède un mathématicien, un nommé Yann Guyonvarc’h. L’anecdote colle au tempérament de Boudin et son côté hors des lignes académiques. C’est souvent d’un non-spécialiste que surgit l’intelligence du trait et, en ce cas précis, la préservation du patrimoine. Ce collectionneur autodidacte avec une grande clairvoyance, en peu de temps, a acquis un grand nombre de toiles couvrant toutes les époques, les débuts, les marines, Deauville-Trouville, le Finistère, Bordeaux, Venise, la Belgique et jusqu’au soleil du Midi.  Avec son épouse, ce collectionneur avisé est d’abord tombé sous le charme des paysages normands dans une vente aux enchères puis, au fil du temps, il s’est laissé emporter pour toute la panoplie de Boudin jusqu’au soleil de la Méditerranée. Boudin a toujours rencontré des anges gardiens sur sa route ; avant Guyonvarc’h, ce furent Baudelaire, Courbet ou le pianiste Bériot qui virent en lui, un artiste majeur du XIXème siècle. Si Boudin irrite les ferrailleurs de l’audace stylistique par ses scènes pépères de plages ou s’amusent de son allégeance (peu rémunératrice) à la clientèle du Duc de Morny, ils ont oublié de lever les yeux. Le ciel de Boudin, parsemé de nuages, tantôt fugaces, tantôt tempétueux, dans une palette allant du chagrin à l’aube du monde, est un océan de plénitudes et de doutes délicats. Il y a confusément un appel au large et un ébahissement de la terre ferme. Pour une peinture décrite à tort de bourgeoise et décorative, elle remue les méninges. 

Courez voir dans le XVIème arrondissement, l’aiguille d’Étretat baignant dans une mer bleu-orangée, elle décillera les plus cyniques et désabusés d’entre nous.

2 Rue Louis Boilly, Paris (16e). 14€


Eugène Boudin Étretat, la falaise d’Aval au soleil couchant 1890 Collection Yann Guyonvarc’h
© Studio Christian Baraja SLB

Grand corps malade

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L'historien français Éric Anceau © Hannah Assouline

Qu’est-ce que la nation française ? Telle est la question complexe à laquelle répond l’historien Éric Anceau dans son nouveau livre. Des origines à nos jours, entre mythes et réalité, il dresse un état des lieux sans concession.


C’est l’histoire d’un « organisme vivant composé lui-même de millions d’atomes de vie ». Cet organisme vivant, c’est la nation française. Avant de s’atteler à une telle tâche, encore faut-il définir ce qu’est une nation, et l’historien Éric Anceau reconnaît d’emblée la difficulté : l’Académie française elle-même en donne trois déclinaisons dans la dernière édition de son Dictionnaire ! Elle peut être « l’ensemble des personnes établies sur un territoire et unies par des caractères ethniques, des traditions linguistiques, religieuses, etc. », mais aussi « l’ensemble des personnes formant la population d’un État déterminé soumise à la même autorité politique souveraine », et encore « l’ensemble des citoyens considéré comme un corps social distinct des individus comme du gouvernement ».

De grandes choses

De plus, Éric Anceau souligne que la nation française est une construction mentale qui relève de la culture politique dont le sens a lui-même évolué au fil du temps. « Au Moyen Âge, le mot « nation » peut désigner encore à la fois un lieu de naissance commun mais aussi un groupe d’individus de même origine ou qui exercent la même fonction, comme des étudiants ou les membres d’une corporation », explique-t-il avant de préciser que « la nation est très précocement une représentation, la forme d’une communauté sociale ou d’un « être-ensemble », pour reprendre la jolie formule de Pierre Nora, même si elle demeure évidemment totalement inaboutie et très ambivalente ».

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La nation s’appuie aussi sur une culture commune qui comprend l’hymne, le drapeau, les accents, le patrimoine, la gastronomie, les paysages, la musique… « Regardez la chanson populaire, nous dit-il, on peut tous se retrouver à la mort d’un grand artiste de variété, il y a une émotion partagée car il rappelle à chacun des souvenirs personnels. La nation se retrouve aussi lors de grands événements sportifs. C’est la preuve que nous avons un commun partagé. » On peut voir là une illustration de la définition donnée par Ernest Renan lors de sa fameuse conférence à la Sorbonne, Qu’est-ce qu’une nation ?, en 1882, quand il affirme que « c’est d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». Mais ça, c’était avant. Le liant qui a fédéré les Français de l’Ancien Régime à la République s’est brisé, « la machine qui intégrait, assimilait, émancipait, fabriquait et unissait des citoyens s’est grippée ». La responsabilité des politiques, tous bords confondus, n’est pas négligeable. Ce sont eux qui, dès les années 1980, ont progressivement remplacé dans leur discours l’« assimilation » par l’« intégration », et certains parlent désormais d’« insertion » voire de « cohabitation », comme l’a préconisée le conseiller d’État Thierry Tuot dans un rapport rendu en 2012 et qui a embarrassé François Hollande lui-même – il s’est empressé de l’oublier dans un tiroir. « L’assimilation est devenue un tabou, insiste Éric Anceau, alors qu’elle figure en toute lettre dans le Code civil. Emmanuel Macron voulait le réviser pour supprimer cette mention, précisément, mais s’est rétracté. On n’est plus là dans le « en même temps » mais dans le « successivement », il réagit en fonction de l’air du temps, du contexte, de ce qui lui sera le plus favorable… Selon moi, un homme politique ne peut varier de discours sur un tel sujet. »  

Menace archipélisation

L’organisme bouge encore mais il est fort malade. S’appuyant sur les travaux de Jérôme Fourquet, notre historien explique que si l’archipélisation est un risque pour toutes les nations, il l’est particulièrement pour la nation française car « nous avons un idéal hérité en grande partie des Lumières et de la Révolution, avec les droits de l’Homme et beaucoup de choses qui sont induites, et bien sûr la laïcité. Or ce qui est en train de se passer dans nos « quartiers » menace gravement notre nation républicaine. »

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Il précise que « la menace qui pèse sur la nation vient à la fois de l’intérieur, de la base, mais vient aussi de l’extérieur : la mondialisation, la déconstruction dans le cadre d’une Europe diluée ». Et il évoque plusieurs enquêtes montrant qu’« une majorité de Français considèrent que la mondialisation est loin d’être systématiquement heureuse, que l’Union européenne n’est pas une France en plus grand, mais une construction radicalement différente, et que le multiculturalisme revient à changer complètement de société ». À cela s’ajoute, en pendant du communautarisme, le fait que « la culture commune et le passé national sont noircis et ne sont plus les sources d’inspiration qu’ils ont pu être auparavant. Les cultures singulières et les mémoires particulières les ont en partie supplantés ». Une nation se doit de faire son examen critique mais ne peut vivre sur le repentir, d’autant que l’imaginaire français, selon l’auteur, ne repose pas seulement sur le passé, il est aussi une projection. « Le récit national est un récit d’avenir. Or la France souffre depuis plusieurs décennies d’un déficit d’hommes et de femmes d’État capables de lui donner un horizon. Il s’agit, là aussi, d’une partie du drame de la nation, mais il n’y a, là non plus, aucune fatalité en la matière. » Éric Anceau refuse de sombrer dans le pessimisme car il continue de croire en la force de la politique. Il est cependant lucide et reconnaît que « la chose n’est pas aisée car notre pays ne possède pas l’habitude du débat citoyen, n’a pas la culture du compromis et ne pratique plus le référendum, ses élites au sens large n’ayant rien fait pour encourager la première, pour montrer l’exemple de la deuxième et pour redonner la parole au peuple par le troisième depuis l’expérience de 2005 ». À ce rythme-là, on se demande ce que l’Académie française pourra mettre dans sa définition de la nation dans son prochain Dictionnaire.

Éric Anceau, Histoire de la nation française. Du mythe des origines à nos jours, Tallandier, 2025.

Joli mois de mai

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DR.

Même le 1er mai, Elisabeth Lévy travaille. C’est peut-être pour ça que c’est elle notre chef…


Causeur vous propose d’écouter sa chronique radio de ce matin…


C’est le 1er mai, mais plus personne ne parle de revendications sociales. Pourtant, il y aurait de quoi. Pour la seule journée d’hier : 1000 suppressions d’emplois chez ST Microelectronics/ faillite de Jennifer. La consommation régresse, l’investissement stagne, les salaires ne décollent pas.  

Faites une recherche « 1er-mai » sur Internet, vous trouverez trois angles.

  • Avec le beau temps, les professionnels du tourisme sont contents ;
  • Polémique sur les boulangers/fleuristes. Charmes de l’absurdistan français. Pour protéger les salariés des méchants patrons qui les obligeraient à travailler, on pénalise tous ceux qui veulent travailler plus et gagner plus. Et aussi ceux qui veulent apporter un saint-honoré à leur grand-mère. Le gouvernement a feint de vouloir changer la loi (c’était un coup de com). Ne peuvent même pas empêcher les contrôles ;
  • Violences. Depuis dix ans, elles pourrissent non seulement les 1ermai mais toutes les manifs sociales: retraites/loi travail etc. On annonce quelques centaines de blacksblocks. Des insoumis (comme Ritchy Thibault, l’assistant d’Ersilia Soudais) ont appelé à déborder le dispositif. Mais on n’arrive toujours pas à les neutraliser.

Manifs d’antan : plusieurs centaines de milliers de personnes. Aujourd’hui, on est sur le pied de guerre pour seulement 30000 personnes annoncées à Paris et 150000 en France.

A lire aussi, Stéphane Germain: La guerre sans effort de guerre ?

Comment expliquez-vous cette désaffection ?

Les images de violence ne donnent pas envie d’aller manifester en famille. Mais ce n’est pas la raison principale. La gauche et les syndicats ont abandonné le social pour le sociétal, la défense de la Palestine etc.

Mots d’ordre CGT aujourd’hui : Pour la paix, nos retraites et nos salaires.

  • Pour une paix juste et durable, droit des peuples etc.
  • Agir face à l’internationale réactionnaire
  • Augmenter les salaires
  • Abrogation retraite 64 ans

La gauche a abandonné les classes populaires, trop franchouillardes, trop blanches, trop réacs pour la coalition arc-en-ciel, les minorités, les migrants etc. Le mot « production » ne figurait pas dans le programme NUPES. Il y aura peut-être plus d’ouvriers au meeting du RN à Narbonne que dans les cortèges syndicaux.

À part peut-être les fonctionnaires, plus personne ne croit qu’une mobilisation sociale puisse changer quoi que ce soit.

La seule chose que les Français qui n’ont pas foutu le camp attendent de ce 1er-mai, c’est de ne pas avoir des images de villes dévastées demain. Il parait que Dieu est mort. Il faut croire que Marx aussi.  


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Quand le recueillement

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La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet sur son siège, image d'archive, Paris © SLEMOUTON/SIPA

Hier, la demande de minute de silence à l’Assemblée nationale, réclamée par des députés de gauche pour le malheureux Aboubakar Cissé assassiné dans une mosquée, a viré au psychodrame. Dis-moi pour qui tu te tais, et je te dirai qui tu es… La multiplication des polémiques autour des instants de recueillement, et la dénonciation des instrumentalisations politiques – voire des larmes à géométrie variables- , sont les signes inquiétants d’une communauté nationale divisée face à la montée du séparatisme, déplore notre chroniqueuse.


D’abord refusée par la présidente de l’Assemblée nationale, la minute de silence destinée à exprimer l’affliction de la nation après le meurtre d’Aboubakar Cissé dans la mosquée de la Grand-Combe (30) a finalement eu lieu. L’Assemblée nationale avait pourtant essayé de limiter ce type de manifestations du fait de leur multiplication et des controverses qu’elles commencent à susciter. Le but non affiché mais évident était donc d’éviter la récupération politique et son cortège d’hystérisation des situations.

Minutes de silence : la nouvelle foire d’empoigne de la victimisation

Couverture de l’hebdomadaire satirique Charlie-Hebdo

C’est pour cela qu’il avait été décidé en son temps de ne pas faire de minute de silence pour le meurtre d’Elias, assassiné à 14 ans à coups de machette pour un portable. L’identité des meurtriers faisaient craindre que cela n’alimente le racisme et offre une tribune politique à l’extrême-droite. Sauf qu’il devient de plus en plus compliqué de comprendre pourquoi un hommage est accordé à Philippine et refusé à Elias. Ou pourquoi, sans enquête poussée, le meurtre de la Grand-Combe est désigné comme crime raciste, alors que ce qualificatif a été refusé à celui de Sarah Halimi ? Derrière ces interrogations, la petite musique que l’on entend est celle de la désunion. Les minutes de silence ne sont plus le signe d’une émotion qui rassemble mais d’une quête de pouvoir victimaire.

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Ce qui n’est pas évident à regarder en face est le fait que ces polémiques récurrentes disent l’inverse de ce qu’a affirmé Yaël Braun-Pivet pour justifier son revirement. Elle parle en effet d’un acte qui « a bouleversé le pays ». Or force est de constater que, de plus en plus, les drames ne touchent plus la communauté nationale dans son ensemble mais montrent au contraire ses profondes divisions. Le deuil ne réunit plus. Pire même, il devient clivant et les minutes de silence acceptées ou refusées n’y changent rien. Elles sont plus signifiantes par les polémiques qu’elles déclenchent, que par la solennité et la reconnaissance qu’elles devraient induire. Chaque groupe constitué veut avoir sa victime, veut pouvoir se dire persécuté et la minute de silence devient alors elle-même un instrument de propagande visant à valider l’oppression du groupe auquel appartient la victime. Cela empêche tout recueillement, car le but de ce temps si peu suspendu est moins de se recueillir que de pouvoir dresser un acte d’accusation envers l’État français ou un autre groupe constitué. L’émotion affichée dissimule ainsi de plus en plus mal le calcul cynique.

Une rhétorique communautariste dangereuse

Sur le fond de l’affaire, il y a peu de doute. En se rendant à l’intérieur d’une mosquée pour trouver sa victime, l’assassin a vraisemblablement voulu témoigner de sa haine des musulmans ; que l’enquête s’oriente vers un crime raciste n’est pas étonnant. En revanche, ce qui est choquant est la virulence de la parole du recteur de la grande mosquée ou des leaders de LFI, tant elles installent dans le débat public les thèmes et la rhétorique des Frères musulmans. Ils accèdent enfin à une forme de jouissance : ils ont leur martyr et celui-ci est censé effacer tous les meurtres de masse ou les assassinats ciblés commis au nom de l’islam pour pouvoir enfin mettre en avant les vrais persécutés : l’islam et les musulmans. Le recteur de la grande mosquée, sur la base d’un seul crime – commis semble-t-il par un Français appartenant à la communauté gitane bosniaque qui serait diagnostiqué schizophrène – fait le procès de l’islamophobie d’État, affirmant que les musulmans sont « traités comme des citoyens de seconde zone » et dénonçant « un deux poids deux mesures » dans la manière dont l’État se comporte envers les musulmans. Il dénonce des médias et responsables politiques dont le discours alimenterait un climat de haine anti-musulman.

Le problème, c’est que ce discours souffre de graves lacunes. Il oublie d’une part que des fleuves de sang ont été versés sur notre sol au nom de l’islam, attentats après attentats, assassinats ciblés après assassinats ciblés. Il oublie d’autre part les offensives séparatistes, les attaques et meurtres de professeurs, ou l’imposition dans l’espace publique d’un signe sexiste qui appelle à l’apartheid au nom du genre – le voile. Il oublie l’entrisme islamiste à l’université, à l’école, au travail, dans les institutions. Il oublie la haine décomplexée des juifs qui s’exprime sans entrave chez beaucoup de musulmans et la violence que ceux-ci subissent au nom de la Palestine. Il oublie qu’aujourd’hui, en France, ce sont les islamistes qui donnent le ton et qui sont les plus influents. Il oublie surtout que les chiffres lui donnent tort : la communauté musulmane est celle qui subit le moins d’atteintes à raison de la religion. Voilà pourquoi le discours outrancier des leaders communautaires des derniers jours agace autant, et ne favorise pas le sentiment d’appartenir à une même nation, alors même que l’assassinat de quelqu’un au nom de sa croyance devrait nous rassembler sans arrière-pensées.

« Islamophobie » : le mot qui fâche

Le recensement des actes antireligieux en 2023 montre que si les juifs ne représentent que 0,6% de la population (ils sont la plus petite communauté recensée, on estime les chrétiens à environ 30% de la population et les musulmans autour de 10%), ils subissent pourtant un déchainement de violence démesuré : 1676 des actes antireligieux étaient antisémites. Pour les chrétiens le nombre atteint le millier, mais pour les musulmans il ne dépasse pas 242 actes recensés. Avant le 7-Ooctobre, on recensait sur les années 2020-2022[1], 2600 actes antichrétiens, 1400 actes antisémites et 600 actes antimusulmans. À noter que si on se concentre sur les violences physiques sur cette période 2020-2022, 150 agressions étaient antisémites, 50 antichrétiennes et 25 ont touché des musulmans.

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Alors pourquoi tant de geignements et de mensonges de la part des leaders musulmans ? Parce que le sentiment de persécution est l’outil préféré des Frères musulmans, et qu’ils sont devenus la référence communautaire. Leur but est la conquête et l’islamisation de l’Europe ; pour cela il faut en quelque sorte une armée de réserve, donc empêcher toute intégration et pour cela, quoi de mieux que d’expliquer que les musulmans sont menacés en France, qu’ils ne peuvent trouver leur place dans ce pays car sa civilité est incompatible avec la charia ou qu’ils sont donc mis de côté et en danger ? La réislamisation et la radicalisation s’appuient sur cette idée : conquérir ou perdre son âme. Dernier point : personne, lorsqu’il s’agit d’actes antireligieux, ne parait s’interroger sur le profil des agresseurs. L’omerta sur ce point est réelle. Le terme d’islamophobie apparait donc pour ce qu’il est : un écran de fumée destiné à maintenir la clôture communautaire qui empêche une partie des musulmans de faire société, en leur faisant croire qu’ils se mettent en danger s’ils s’éloignent de leur communauté. L’islam est le point de ralliement de celle-ci ; il faut donc donner des gages séparatistes pour avoir accès à la protection du groupe. Avec le meurtre d’Aboubakar Cissé, le discours très fumeux des leaders communautaires prend quelque consistance, même si le profil du meurtrier n’est pas idéal : trop gitan bosniaque à tendance schizophrène et pas assez mâle blanc suprémaciste.

Cette ambiance délétère fait des minutes de silence qui devraient nous unir symboliquement, des jeux d’influence destructeurs, et les transforment en représentations dénuées d’émotions réelles. Il s’agit, une fois encore, moins d’honorer une victime que de se décerner des brevets de vertu. À ce titre, la tentative de restreindre les minutes de silence à des cas très précis s’impose tant aujourd’hui leur multiplication devient contreproductive.

Silence coupable

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[1] Marc Vanguard sur X

Une France raciste et islamophobe?

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Jean-Luc Mélenchon, très ému après le témoignage d'une musulmane lors de la marche contre l'islamophobie, Paris, 27 avril 2025 © SEVGI/SIPA

Après le meurtre d’Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard, La France Insoumise crie au scandale et rejette la faute sur notre pays. Un pays qu’elle affirme être raciste et islamophobe, dont la police tue grâce à une propagande relayée par Éric Zemmour, CNews, Bruno Retailleau ou le RN. Une analyse froide et lucide dément toutes ces fausses accusations.


Le 25 avril, un jeune Malien Aboubakar a été tué à l’intérieur de la mosquée de la Grand-Combe, dans le Gard. Le surlendemain, le 27, une manifestation contre l’islamophobie a eu lieu place de la République à Paris en présence notamment de Jean-Luc Mélenchon (LFI) et de Marine Tondelier (Les Verts). Mélenchon s’y est fait photographier en pleurs et un assistant parlementaire d’Ersilia Soudais de la France insoumise a clamé en public vouloir créer des brigades d’autodéfense pour les musulmans contre une police et une justice qui ne puniraient pas les meurtres commis contre des musulmans.

La police tuerait des musulmans avec une intention xénophobe ? « L’extrême droite » de M. Zemmour et Mme Le Pen voudrait chasser tous les musulmans de France ? Des musulmans seraient victimes de discriminations en raison de leur religion ou de leur couleur de peau ? On leur refuserait l’accès à une citoyenneté pleine et entière parce qu’ils seraient noirs, arabes ou musulmans ? Ils seraient les boucs émissaires désignés d’une France malade de peur et de haine ?

Les Français ne sont pas racistes

Mais de qui se moquent-ils ? Comme pour le génocide dont la France Insoumise et les islamistes accusent les Israéliens, on a là un beau cas d’inversion accusatoire. La France raciste et islamophobe ? Oui, certes, les Français ont peur des attaques au couteau, du terrorisme, des menaces de mort ou des assassinats de « blasphémateurs ». Mais, raciste ?

En réalité, la France est l’un des pays les moins racistes du monde et certainement bien moins que les pays du Maghreb. Parlez-en aux noirs qui vivent au Maroc, en Algérie, en Tunisie ! Quand ils ne sont pas expulsés manu militari dans le désert sans eau ni nourriture, ils sont harcelés, méprisés, réellement discriminés.

Les Français veulent bien vivre avec des gens qui ont une autre couleur de peau et une autre origine. La France le fait depuis longtemps. Elle assimile. Mais elle ne veut pas qu’on importe des mœurs étrangères à sa civilisation. Elle ne veut pas de racistes, d’antisémites, de sexistes, d’homophobes, de fanatiques de la Sharia, de criminels et d’assassins sans cœur. Elle ne veut pas être méprisée.

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Elle veut être aimée. Ceux qui l’aiment et la respectent, elle leur retourne son amour. Ils le savent bien, ceux qui ont adopté la France sans renier ce qu’ils étaient, ces Français de cœur et de souche, et qui veulent s’enraciner comme d’autres l’ont fait avant eux. Ils sont heureux en France et savent qu’ils peuvent réussir une belle vie, à égalité avec leurs compatriotes, du même milieu social.

Parfois, c’est sûr, il y a des frottements, des méprises, des malentendus, mais il y en a aussi pour d’autres Français « de souche », manants d’un monde qui prétend qu’il n’a plus besoin d’eux : paysans, ouvriers, employés chassés des métropoles et des villes-centres, sans accès véritable aux transports urbains, aux logements et aux emplois de ces métropoles.

Peurs

Un monde s’annonce, et ils le pressentent bien, où ceux qui viennent d’ailleurs, le plus souvent de l’autre côté de la Méditerranée, vont servir d’esclaves pour les nouveaux maîtres ou peu à peu les remplacer, eux, par la force de minorités revanchardes, délinquantes ou conquérantes qui veulent leur part d’un gâteau qui s’amenuise pour les plus défavorisés dans la compétition sociale. Il suffit de
comprendre cela pour saisir sur le vif la peur du grand remplacement. Grand remplacement déjà présent ou prévisible.

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Il ne faut jamais mépriser la peur. Parfois la peur prévient du danger et elle est un signal d’alarme qu’il faut écouter. Et il faut écouter ceux qui ont peur. Ceux- là à qui on vole leur territoire, leur dignité et leur identité. Ces Français de toutes origines qui qui ont le sentiment d’être pillés, volés, agressés quotidiennement. Ces musulmans qui ont peur qu’on les chasse loin de cette France qui est leur nouvelle patrie, parfois depuis plusieurs générations, en les confondant avec les criminels et les fanatiques. Ces juifs qui sont harcelés et acculés à vivre dans l’insécurité. Qu’on ne me dise pas que je suis raciste. Mes amis le savent, tous ceux qui me connaissent, il n’y a pas de racisme en moi. Pas de mépris ou de haine en raison d’une couleur de peau ou d’une origine. Il n’y a qu’une sainte fureur contre les mensonges qui nous sont contés pour faire taire notre envie de vivre libres en compagnie de tous ceux qui veulent cette même liberté. Pour faire taire notre besoin de rester nous-mêmes, de nous retrouver en soignant le mieux possible nos déchirures, nos divisions, notre désespérance, notre léthargie peut-être fatale.