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Un projet d’Alyah

Cette lettre d’Alyah (immigration vers Israël), à la fois lucide et poignante, explore un choix intime de partir vivre en Israël sans illusions ni rejet de la France, dans un monde en guerre.


C’est une lettre d’Alyah qui constitue ma chronique d’aujourd’hui. Elle n’est pas la réaction à des actes ou des paroles antisémites ni le fruit d’un enthousiasme infini, moins encore d’un rejet de la France. Je ne donne pas le nom de son autrice, que certains reconnaitront. J’ai trouvé que dans son refus d’illusions ce texte montre que l’Alyah, quelles que soient les options personnelles, politiques ou religieuses, de celui ou celle qui s’y engage, est avant tout le choix d’un certain dépassement, il s’agit de donner un sens à sa vie, assumer le passé et partager le futur. 

Voici cette lettre :

« Ca y est, nous avons pris une décision importante : cet été, nous partons vivre en Israël !

Cette décision n’est pas anodine et ceux qui me connaissent savent qu’elle était loin d’être évidente. Je ne l’avais jamais sérieusement envisagée jusqu’à ce qu’elle s’impose à moi comme une évidence. 

Je ne sais quoi répondre quand on me félicite ou qu’on m’interroge sur le choix de retirer mes enfants d’un environnement paisible et confortable, pour les amener dans un pays en guerre et en deuil, dont ils ne connaissent ni la langue, ni les codes et que le monde entier honnit et conspue avec une haine souvent viscérale.

Ceux qui ont une lecture de l’identité juive un peu distante ont souvent du mal à en comprendre les nombreux paradoxes: comment peut-on être profondément Juif sans croire en Dieu, profondément sioniste en rejetant la politique du gouvernement; comment peut-on soutenir Tsahal et vouloir la paix, comment peut-on se dire sioniste et pro palestinien? Comment peut-on aimer la France et la quitter ? Comment peut-on craindre pour la survie d’Israël et y plonger ses enfants…???

Dans mon esprit d’ashkénaze pessimiste, si le pire est certain, la seule question qui mérite d’être posée est comment s’y préparer au mieux possible. Longtemps, nous avions envisagé de partir loin des conflits que le monde s’apprête à vivre. Nous avons pensé au Canada, à la Floride ou au Brésil… Mais en vérité notre seul refuge, c’est Israël. Et si ce refuge est lui-même en danger, alors notre place est là-bas, pour apporter notre petite pierre à un pays qui est aussi une idée, et qui aujourd’hui risque d’être détruit de l’intérieur autant que de l’extérieur…

La décision de partir s’était immiscée dans notre esprit après les élections législatives. La France sera écartelée entre une extrême droite et une extrême gauche qui ont beaucoup en commun, à commencer par le fait d’abriter certaines personnes, élus et électeurs, qui haïssent plus ou moins ouvertement les Juifs et Israël. L’histoire nous a appris que quand ça pue la merde c’est qu’elle n’est pas loin et que étrangement les Juifs sont souvent les premiers à se la prendre dans la gueule. Plutôt que de choisir entre la peste et le choléra, il vaut mieux partir. 

A lire aussi, Charles Rojzman: Les Frères musulmans et l’art du mensonge victimaire: l’exemple du Hamas

Et en même temps… je ne veux pas laisser croire que je « quitte » la France ; je suis profondément française dans ma culture et mes valeurs, j’ai une reconnaissance infinie pour l’accueil qu’elle a fait à mes grands-parents, pour l’éducation, la sécurité et les opportunités qu’elle nous a offertes. J’espère ne jamais dénigrer ce pays qui m’a tant donné ! 

Je ne quitte donc pas la France par rejet et je ne rejoins pas non plus Israël par idéal sioniste et espoir d’un avenir meilleur. Si je suis honnête, la raison profonde est peut-être plus simple et égoïste : nous avons besoin d’un nouveau souffle, d’ouvrir un nouveau chapitre et de recommencer à faire des projets, à nous engager, à agir et à donner du sens à ce que nous faisons…

Je ne me fais pas d’illusions sur Israël. La réalité y est dure, les fractures sont profondes, les manières de se sentir Juif et les valeurs qui s’expriment sont souvent éloignées des miennes. Il y a au pouvoir des opportunistes sans scrupules et des racistes fanatiques, les tensions entre religieux et laïques menacent la cohésion du pays et les perspectives de paix et de cohabitation avec les Palestiniens font figure d’un mirage, au mieux naïf, au pire suicidaire.

Et pourtant, malgré cela, nous avons décidé d’y déposer nos bagages, d’y construire notre avenir et celui de nos enfants car malgré ses contradictions, ses douleurs et ses dérives, Israël reste notre seul et unique ancrage. Il y a mille façons d’être Juif, mais Israël est unique. »

Il est difficile de s’installer dans un pays en guerre, plus difficile encore quand ce pays est critiqué de toutes parts… et Israël n’a jamais été aussi critiqué qu’au cours de la semaine où ce texte a été écrit.

On a même vu des citoyens israéliens prestigieux porter des accusations dramatiques. Car je suis abasourdi par ce que viennent de dire certains opposants politiques au gouvernement, et en particulier Yaïr Golan, chef du Meretz. S’il prouve que ce qu’il a dit est vrai et, si ces faits ignobles (s’amuser à tuer des bébés palestiniens) n’ont pas été très lourdement punis, c’est catastrophique pour l’image que nous avons d’Israël. S’il ne le prouve pas, cela détruit l’image très respectable jusque-là du général Golan lui-même, héros du 7-Octobre, qu’elle place au niveau le plus méprisable de la diffamation politique.

Le hasard a voulu que, au cours de la même semaine, nous ayons appris l’ampleur des ambitions des Frères musulmans pour la France. Que ce soit dans le rapport déclassifié issu de l’enquête provenant des services de renseignement et adressée au ministre de l’Intérieur ou, à Fondapol, dans le témoignage du Préfet des Hauts-de-Seine, ancien directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, les conclusions se rejoignent: les objectifs des Frères musulmans en France ne relèvent pas d’un projet séparatiste, mais ils visent à une domination culturelle et à terme politique du pays. Celle-ci, cela va sans dire, serait incompatible avec le maintien de toute présence juive en France… Il suffit de ne pas oublier que les Frères musulmans ont été pendant la guerre de très fidèles alliés des nazis et se rappeler ce que le Hamas, qui est un fleuron frériste, a fait le 7 octobre 2023.

On ne s’empêche plus nulle part !

En plus de la guerre à Gaza, le regain d’antisémitisme dans l’opinion s’explique par une certaine universalisation du laisser-aller, observe notre chroniqueur.


Les conversations dans les familles tournent assez souvent autour de cette interrogation : faut-il tout dire à ses proches ? la vérité est-elle toujours bonne à exprimer ? Je ne suis pas le dernier à répondre par l’affirmative, à condition que la forme soit courtoise et qu’on soit prêt à accepter la pareille.

Ce qui me frappe dans le monde d’aujourd’hui, en France comme dans d’autres pays, c’est la libération absolue de tout ce qui, dans les temps anciens, quand la civilisation imposait encore ses limites, se retenait, n’osait pas se déclarer à ciel ouvert, à transparence intégrale.

Un peu de tenue !

Alain Finkielkraut a raison quand il affirme qu’ « une bonne conscience antisémite s’installe un peu partout dans le monde »1.
Dans ce domaine capital, de la part de certaines personnalités d’extrême gauche – profitant de tragédies internationales qui devraient imposer pourtant l’équité du regard -, la censure intime, la retenue politique, la décence humaniste n’existent plus. On lâche sans scrupule ce que l’éthique ne contient plus…

À lire aussi : La Révolution du bon sens (ou Comment se libérer de 50 ans d’idées fausses)

Il n’est plus un registre qui échappe à cette universalisation du laisser-aller. Des ambitions personnelles aux analyses géopolitiques, des points de vue médiatiques aux saillies sociales, la parole ne se préoccupe plus de sa tenue, les convictions de leur expression décente, les jugements de leur délicatesse diplomatique.

Ce n’est pas seulement lié au caractère d’un Donald Trump impulsif qui, nouvelle évolution, dénonce Poutine comme étant « fou ».

On s’égare

Ce n’est pas seulement la conséquence de conjonctures nationales. Que par exemple le président ne puisse plus se représenter en 2027 et que chacun dans ce cas ose afficher ses désirs suprêmes. La multitude des rivalités, la proclamation sans la moindre gêne qu’on est ou qu’on sera candidat, défiant les tactiques de discrétion habituelles, relèvent de ce climat qui signe une dégradation profonde. Où on ne s’interroge plus sur sa plausibilité mais où on affirme seulement son droit à être. Où les politiques n’ont plus pour exigence de n’être pas comme les citoyens mais au contraire de les représenter dans la pire configuration de ceux-ci.

Les électeurs semblent avoir intégré cette révolution puisqu’ils n’hésitent plus à élire des députés dont l’allure, la moralité et la compétence les auraient exclus quand la République ne s’égarait pas.

Plus besoin d’être exemplaire, on peut cracher sur les journalistes en les insultant, on a le droit de stigmatiser les institutions, un Jean-Luc Mélenchon peut se vanter pour avoir dit que « la police tue » et, après une émission où Manuel Bompard a été invité, ne pas hésiter à traiter ses questionneurs de « voyous ».

Ce qui hier était tu, ou exprimé autrement par souci de la morale et à la fois de la démocratie, non seulement est répudié mais projeté avec arrogance et une incompréhensible fierté dans l’espace public.

À lire aussi : La volupté de la transgression ou la douleur de la sanction?

Un Poutine n’a pas honte de faire preuve de cruauté alors qu’il prétend négocier. Au contraire il en tire gloire.

Il n’est plus un lieu, plus une instance, plus une communauté qui ne soit victime de cette inéluctable décadence. Avec la meilleure intention du monde, le président Macron y met l’esprit quand il souligne que l’Europe serait handicapée par ses règles morales. C’est la réalité qui prend le pas sur ce qui hier la soumettait à l’éthique, à l’urbanité, à la mesure. On ne s’empêche plus nulle part.

MeTooMuch ?

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  1. https://www.lefigaro.fr/vox/societe/alain-finkielkraut-une-bonne-conscience-antisemite-s-installe-un-peu-partout-dans-le-monde-20250524 ↩︎

Le premier qui rira aura une tapette

Des Français en rêvaient, Madame Macron l’aurait fait…


Ils sont en effet nombreux, paraît-il, les Français que démangerait depuis longtemps l’envie de flanquer une calotte, même légère, à leur président, agacés qu’ils sont de lui voir ses airs supérieurs et d’entendre ses tirades à rallonge, ses annonces à tiroirs si peu suivies d’effets. Oui, lassés de ces péroraisons de bon élève si subtilement formaté ENA qui, à le suivre dans cet exercice qu’il affectionne tant, font inévitablement penser au Trissotin des Femmes Savantes de Molière : « On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé. »

Ainsi, images saisies alors que la porte de l’avion s’ouvre sur l’aéroport vietnamien, Madame Macron, se souvenant peut-être de l’autorité qu’elle eut à exercer, elle, le professeur, sur lui, l’élève, y serait allé de cette supposée gifle. Exaspérée, elle aussi? Allez donc savoir? Et pour quelle raison?
Spéculer plus avant sur le sujet reviendrait à violer la sphère de l’intime, ce à quoi nous nous refusons absolument.

Le Palais de l’Élysée, fort embêté et empêtré comme il l’est si souvent, crut avoir trouvé une explication satisfaisante. C’était un coup de l’IA manipulée en la circonstance par les Russes. Ces temps-ci, chez nous, quand ce n’est pas Donald Trump qui est à l’origine de ce qui coince ou déraille, c’est le tsar moscoutaire. Rien de plus commode.

Hélas pour les gens du prince, le pétard a fait long feu et il fallut trouver autre chose. Cette version, trop belle pour être vraie, s’avérait vite intenable.

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Alors, le président en personne est monté au créneau. Il a tenu à lever toute ambiguïté et s’est fait une douce violence, livrant devant une presse haletante la clef du mystère. Baffe ou not baffe ? Telle était donc la question.

Explication : on chahutait. Tant il est vrai qu’on est resté gamin chez les Macron. On chahutait histoire de décompresser. Entendant cela,  on se dit qu’on doit, en effet, vraiment beaucoup s’amuser les soirs d’hiver entre les murs du palais élyséen. Des jeux mignons comme tout, du genre : « le premier qui rira aura une tapette. »

Voilà donc toute l’affaire du geste incongru. On respire. Un petit jeu entre gentils époux. Rien de plus. Et tant pis pour celles et ceux – celles surtout – pour qui souffleter n’est pas jouer…


Dans sa chronique radio, Elisabeth Lévy est également revenue sur le giflegate. « Depuis 24 heures, on commente quelques secondes qui ne veulent rien dire… »

http://www.youtube.com/watch?v=wGE5tcJZdAY

On dit que les images parlent. Seulement elles peuvent dire n’importe quoi. Depuis 24 heures on commente quelques secondes de vidéo dont on ne devrait rien dire parce qu’on ne sait pas ce qu’elles racontent. On voit la main de Brigitte se poser vivement sur le visage d’Emmanuel. Mais comme on n’a pas le son, qu’on ignore ce qui s’est passé avant, et qu’on ne connait pas les habitudes tactiles du couple présidentiel, bien malin qui pourrait dire ce qui se passe. Que le président de la République et son épouse se tapotent, se chahutent, se talochent, se chatouillent, je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir.

Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas qu’on doit se taire. Cette gifle a été le grand sujet du jour, elle a fait les délices des réseaux sociaux. Le président français serait peut-être un homme battu, n’a-t-il pas été un adolescent violenté par sa prof. Un homme marié à une femme de 15 ans son ainée, c’est pas normal chef. Les amours impossibles ne font plus recette. Les braves gens qui n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux s’en donnent à cœur joie.

Comment s’explique cet emballement ? D’abord, par les bourdes des communicants de l’Élysée. Ils commencent par accuser les Russes, sans doute sincèrement. Manque de bol, c’est une agence US. Ensuite, au lieu d’envoyer balader les journalistes, ils donnent une explication ridicule (le chahut) et enfin dénoncent les complotistes, le mot-clef qui embrase les réseaux.

Mais il y a ceux qu’on regarde et ceux qui matent. L’Élysée se défend maladroitement contre cette surveillance, mais le public qui se croit autorisé à l’exercer n’est pas très glorieux. La transparence a bon dos. D’accord, Saint-Simon épiait tous les habitants de la Cour. Oui, mais pas pour faire des tweets. La vie privée est l’une des plus grandes conquêtes de la civilisation libérale. Emmanuel Macron fait ce qu’il veut de son deuxième corps. Cet acharnement révèle aussi la haine insensée qu’il suscite. Incompréhensible, quels que soient ses défauts et échecs.

Dans ce brouhaha, on a peu commenté l’hommage rendu par le président à Ho Chi Minh, qui a mené la guerre d’indépendance contre la France avant de diriger la dictature communiste. Après tout, on peut respecter ses anciens ennemis. Cette fois, Brigitte, fort élégante, lui tenait le bras.

Lou Reed, Saul Bellow et… Delmore Schwartz

Quoi de commun entre Saul Bellow, Nobel de littérature 1976, et Lou Reed, figure-culte de la scène rock américaine ? Delmore Schwartz (1913-1966). On s’explique.


Salué dès ses débuts par W. H. Auden, T. S. Eliot et Nabokov, Schwartz a servi de modèle au poète Humboldt dont Bellow a décrit les mésaventures drolatiques et terribles dans son roman le plus marquant – Le Don de Humboldt (1975, prix Pulitzer). Bellow avait été l’assistant de Schwartz à l’université de Princeton.

Il fut aussi le dédicataire d’un disque (The Blue Mask, 1981) de Reed – son élève à l’Université de Syracuse, qui écrivait de ce « maître » (sic) qu’il était « le plus grand homme qu’(il ait) jamais rencontré » : « Tu étais un génie. Maudit. »

Quoi d’autre ? Borges le traduit pour la revue argentine Sur ; Philip Roth le lit et l’admire, et Scorsese tentera longtemps, en vain, d’adapter une de ses nouvelles au cinéma.

Né en 1913 à Brooklyn dans la petite bourgeoisie juive d’origine roumaine, Schwartz publie son premier livre à 25 ans : un recueil de nouvelles, In Dreams Begin Responsibilities (Le Monde est un mariage, réédité aujourd’hui sous le titre : Dans les rêves).

C’est un triomphe mais la chute s’ensuit assez vite – à la manière de Scott Fitzgerald et pour des raisons voisines. Schwartz meurt épuisé par l’alcool et les amphétamines dans une chambre d’hôtel (près de Times Square) et la plus grande solitude : « Le monde empoisonné afflue à ma bouche/ Tout comme l’eau dans celle d’un noyé. »

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Jerome Charyn – à propos de Le Monde est un mariage (une des nouvelles qui donnait son titre précédent au recueil) – évoque « une des plus ensorcelantes nouvelles écrites par un Américain, (qui) possède le pouvoir hypnotique d’un poème en prose ». Dès 1960, Alain Bosquet, vigie exemplaire comme toujours, avait lui aussi salué le poète de génie. Et ce fut tout.

Il fallut attendre le début des années 90 pour que Michel Bulteau publie ce même recueil de nouvelles au Rocher et que son traducteur Daniel Bismuth lui consacre un essai biographique (1991) habité et décalé dans la fameuse collection « Les Infréquentables » du même Bulteau – où parut le premier livre de Houellebecq (son essai sur Lovecraft), celui d’Olivier Frébourg sur Nimier, ou de Bulteau himself sur le Baron Corvo, entre autres pépites.

La réédition en poche de ce recueil canonique est une bonne nouvelle. Mention spéciale pour L’enfant est la clef de cette vie, chronique d’une famille juive new-yorkaise de quatre enfants de 1910 à 1945 : soixante pages, UNE merveille. La littérature est une longue patience. On ne vous apprend rien.


Dans les rêves, de Delmore Schwartz. Traduit de l’américain par Daniel Bismuth, préface de Lou Reed, postface de Thierry Clermont, Rivages, 432 pages.

Dans les rêves

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Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil – à propos de 600 écrivains, femmes et hommes, de France et d’ailleurs.

L’inaction du pouvoir est-elle obligatoire?

Dette, Algérie, désindustrialisation, crise identitaire… Macron ne fait plus grand-chose, mais il n’est même pas tellement à blâmer.


Avec ce titre, je ne distingue pas le pouvoir de droite ou de gauche, je mets ensemble François Hollande et Emmanuel Macron, et d’autres avant eux.

J’entends souvent dire sur le plateau de Pascal Praud sur CNews que le pouvoir se contenterait de parler et ne ferait rien. C’est l’impression qu’en effet ressentent beaucoup de citoyens. Ils déplorent que l’action ne suive pas les promesses et que les constats et rapports demeurent lettre morte. Je suis encore plus pessimiste qu’eux. Cela tient à ma certitude que rien n’est dû au hasard et qu’en réalité tout est d’une certaine manière organisé au niveau politique pour ne rien accomplir.

Comme si l’action politique faisait courir trop de risques : il est si facile d’expliquer son absence que la mettre véritablement en oeuvre relèverait d’une forme d’irresponsabilité !

Il y a plusieurs raisons tenant à une psychologie profonde et à une certaine conception de l’art de gouverner qui permettent en effet aux pouvoirs de théoriser leur impuissance en sagesse et de constituer les maîtres de cette inertie, comme Jacques Chirac par exemple, en modèle admiré et indépassable !

Il me semble que l’action elle-même, en ce qu’elle clive, oblige à sacrifier et a d’irréversible, fait peur car elle ne laisse plus place à l’équivoque, au charme du virtuel et à l’espérance d’un possible consensus. Elle choisit dans le réel et s’aliène forcément les adeptes de la part abandonnée.

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À considérer la vie politique nationale, les périodes où une authentique action a été remarquée sont d’ailleurs très rares. Il y a eu 1958, les débuts de la présidence de Giscard, 1981 à 1983 avec François Mitterrand, Nicolas Sarkozy dans les suites immédiates de son élection, Emmanuel Macron dans la première année de son mandat initial.

Outre ces moments qui ont été incontestablement opératoires et transformateurs, on peut relever l’attitude générale à l’égard des ministres très actifs. Par exemple, un Gérald Darmanin qui est un garde des Sceaux pragmatique et volontariste, au lieu d’être loué pour son activité et ses multiples projets, n’est pas loin de voir l’une et les autres être traités de « communication » parce qu’ils sortent de la pratique ministérielle ordinaire.

Il est frappant de constater qu’en amont de l’action, avant de s’y résoudre, notre démocratie offre des opportunités pour en donner l’illusion ou se justifier quand on n’a même pas tenté de l’approcher.

Faire voter une loi est apparemment le moyen le plus noble pour faire semblant. Rien de tel pour redorer le blason d’un pouvoir inerte que de soumettre à l’Assemblée nationale des dispositions qui, validées et inscrites dans le marbre parlementaire, suffiront pour donner le change et constitueront pour les naïfs des preuves d’action. Alors que la loi est devenue trop souvent un substitut à l’action.

Le verbe présidentiel, avec, à intervalles réguliers, des injonctions ou des résolutions vides de sens puisque jamais concrétisées, est pourtant très efficace pour beaucoup qui prennent le mot au pied de la lettre alors qu’il sera destiné à mourir de sa belle mort quand le citoyen l’aura oublié.

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Les colloques, les conférences, les cénacles, les missions, les études, les commissions, les rencontres, les entretiens médiatiques, les débats grands ou petits ne sont qu’autant de simulacres pour échapper à la terrible obligation d’avoir, pour les gouvernants, à modifier le réel quand il est à réformer, à l’améliorer quand sa base est bonne. Tout sert à cela : l’essentiel est d’entourer l’inaction d’une mousse médiatico-politique consistante mais sans le moindre effet sur les choses et les êtres, sur notre société.

Alors que de mauvais esprits pourraient tout simplement énoncer que « quand on veut on peut » et que ce n’est pas une idée médiocre que de songer à consulter le peuple. Viennent au secours de cette impuissance risquant d’être démasquée l’État de droit, les juridictions administratives, les instances européennes, l’opposition constante de pays contre lesquels on n’esquisse rien. L’ensemble de ces données étant superficiellement dénoncé mais en profondeur salué parce que les pouvoirs de droite ou de gauche trouvent là une excuse qui dure pour ne rien faire. Il ne s’agit surtout pas de forcer le destin mais de s’y soumettre, l’esprit et les bras ballants.

L’inaction du pouvoir, en résumé, n’est pas obligatoire mais on fait tout pour la sublimer.

Euthanasie: le pied dans la porte?

Pour ? Contre ? Abstention ? Les députés français seront amenés à se prononcer sur l’euthanasie mardi – un texte dénoncé comme trop permissif.


Je jure par Apollon, médecin, que je ne remettrai pas de poison si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion.

Euthanasie. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ce sujet dans les colonnes de Causeur il y a quatre ans. Je constate, hélas, que mes craintes d’alors étaient justifiées. La République s’apprête à ouvrir la boîte de Pandore, et nous savons déjà qu’il n’en sortira que ruine. Trois remarques.

La première : il est, et il faut le redire, des situations où le « coup de grâce » est une authentique miséricorde, et dans ces cas-là le geste d’un soignant ou d’un proche doit bien évidemment être lui-même regardé avec miséricorde. Il est des situations dans lesquelles nul n’a le droit de juger celui qui fait le choix de mourir, ni celui qui accepte de l’y aider – comme le second d’un samouraï lors du seppuku. Mais c’est une chose de reconnaître que des écarts à la règle sont parfois nécessaires, c’en est une autre de vouloir que ces écarts deviennent la règle.

La deuxième : les garanties promises aujourd’hui ne tiendront pas. Il y aura inévitablement ce que l’on qualifie pour l’instant de « dérives », mais qui n’est que le véritable objectif du texte. L’expérience des pays qui ont déjà légalisé l’euthanasie est sans équivoque, et les promoteurs de l’euthanasie le revendiquent explicitement, comme Jean-Louis Touraine parlant de « pied dans la porte » et annonçant « revenir tous les ans » pour la suite du programme : les mineurs, les malades psychiatriques, les malades d’Alzheimer. À cet égard, l’exemple de l’avortement – auquel l’euthanasie est régulièrement comparée – permet de conclure : la loi Veil était une loi d’humanité, une loi de compassion face au tragique de la condition humaine. Un demi-siècle plus tard, la République a totalement banalisé l’avortement « normal » (le fait même que l’on puisse employer ce mot pour parler d’avortement aurait probablement horrifié Simone Veil), et légalisé l’interruption médicale de grossesse à neuf mois pour « détresse psycho-sociale » (on est loin des cas terribles où il faudrait choisir entre la vie de la mère et celle de l’enfant), alors même que toutes les observations scientifiques démontrent qu’à la fin de la grossesse l’embryon est déjà une personne, et non une chose. L’euthanasie connaîtra une évolution similaire : demain elle sera normale, après-demain elle sera la norme.

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La troisième : la loi débattue à l’Assemblée est inspirée par une vision de l’Homme profondément malsaine. Le « coup de grâce » est, comme l’avortement dans l’esprit de la loi Veil, une lutte titubante sous le poids des limites humaines. Le seppuku est le sacrifice de sa vie pour l’honneur de ce à quoi on appartient et qui est plus grand que soi. Mais Emmanuel Macron, avec d’autres, fait au contraire de l’euthanasie un acte d’arrogance. Evoquant récemment le sujet, il a parlé de « faire de l’Homme la mesure du monde, libre acteur de sa vie de la naissance à la mort. » Voilà un usage bien malhonnête de la citation de Protagoras. Celui-ci enseignait que l’Homme est la mesure de toute chose, au plan épistémologique : nous ne connaissons le réel qu’à travers la perception que nous en avons – ce qui, incidemment, ne veut absolument pas dire que ce réel n’existerait pas en lui-même, indépendamment de nos perceptions. Mais faire de l’Homme la mesure du monde n’a pas du tout le même sens, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un projet et non plus d’un constat. Ce projet est celui du relativisme et de l’hubris, que les Grecs considéraient comme la pire des fautes. Faire de l’Homme la mesure du monde, au lieu d’encourager l’Homme à s’élever à la mesure du monde. Mieux vaut encore le cri de défi de ceux qui veulent se mesurer au monde !

« Libre acteur de sa vie de la naissance à la mort. » À l’heure où l’on soupçonne de « l’emprise » derrière chaque rapport sexuel et une « relation de domination » derrière chaque contrat de travail, nous devrions donc croire que le choix de l’euthanasie, et lui seul, ne sera soumis à aucune pression sociale, familiale, économique. Nous devrions croire que les malades psychiatriques ou atteints d’Alzheimer dont parle Jean-Louis Touraine seraient capables d’un « choix libre et éclairé » ! Nous devrions croire qu’un mineur peut faire le « choix libre et éclairé » de se suicider par euthanasie avant même de pouvoir voter !

En 2021 j’écrivais : « il faut ne rien avoir compris de notre société pour ne pas voir la pression qui serait mise sur certains – trop compliqués ou trop chers à traiter : pensez donc un peu aux autres, vous n’apportez plus rien à la société, votre famille souffre tant de vous voir décliner, on manque de place dans les hôpitaux, vous avez déjà eu une belle vie et avec ce que coûte votre traitement on pourrait nourrir des dizaines d’enfants du tiers-monde, et ainsi de suite. » Que les mutuelles de santé considèrent comme un argument déterminant en faveur du projet de loi les économies qu’il leur permettra n’a rien de rassurant, et s’avère même d’une grande perversité puisque « en même temps » nous distribuons sans compter les visas médicaux, et sommes même priés de financer jusqu’à la nausée les soins de quiconque viole nos frontières.

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Dans un amendement (déjà validé) visant à durcir la répression du délit d’entrave à l’euthanasie, les rédacteurs invoquent « le droit de disposer de son corps (les non-vaccinés que le président avait « très envie d’emmerder » savent le prix que la République accorde à ce droit) dans le cadre de la fin de vie. » Si l’on accepte cet argument, alors empêcher une personne suicidaire de passer à l’acte doit également être sanctionné. Et on notera que l’entrave ne désigne pas seulement une entrave physique (comme d’immobiliser une personne qui voudrait sauter du haut d’un pont ?) mais aussi les « pressions morales ou psychologiques » exercées sur la personne euthanasiée comme sur les « soignants » qui pratiqueront l’euthanasie. Le législateur reconnaît donc soudain que des pressions peuvent interférer…. mais cette prudence ne s’applique que lorsque quelqu’un décide de vivre, pas lorsqu’il décide de mourir, puisqu’il n’y a en revanche pas de délit d’incitation à l’euthanasie !

Non contente de rompre définitivement avec l’éthique d’Hippocrate, la République l’enverrait en prison.

Hubris. Si vous avez déjà lu une tragédie grecque, vous avez déjà comme ça se termine.

La possibilité de Dieu

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Le mensonge de Gaza

Guerre à Gaza. Comme la presse n’a pas accès au territoire palestinien, et que seuls les récits terrifiants concernant la situation des civils ou la progression de la famine dans l’enclave nous parviennent, un discours manichéen s’impose peu à peu dans les esprits. Dans Le Figaro, le philosophe Alain Finkielkraut redoute qu’une « bonne conscience antisémite s’installe un peu partout dans le monde ». Analyse.


Gaza. Gaza affamée, Gaza martyr, Gaza sacrifiée : voilà le film qu’on nous projette, encore et encore, sur tous les écrans. Gaza enfermée, Gaza privée d’eau, Gaza au bord de l’extinction — par Israël, toujours par Israël. C’est le scénario unique, la bande-son inlassable. Et pour l’alourdir, pour l’amplifier, on pioche dans l’histoire : on parle de génocide, on parle de déportations, on parle de ghetto, d’épuration ethnique. On convoque, sans même sourciller, les mots de la mémoire juive pour les retourner contre Israël. On superpose les images: les enfants de Gaza deviennent les fantômes d’Auschwitz, les ruines de Gaza deviennent les ruelles de Varsovie, les barrages de Gaza deviennent les barbelés des camps.

L’heure du doute

Mais derrière ce montage, que cache-t-on ? On cache l’islamisme au pouvoir. On cache les réseaux souterrains, les arsenaux dissimulés, les tunnels creusés sous les maisons. On cache les financements étrangers, les stratégies guerrières, l’embrigadement des enfants. On cache aussi que la « famine » de Gaza, si elle reste une menace, n’a rien de comparable aux famines du Yémen, du Soudan en ce moment même. On cache, surtout, que ce n’est pas une simple opération punitive ni une démonstration de force gratuite: c’est une guerre existentielle pour Israël. Une guerre contre une force islamiste qui veut explicitement sa destruction. On cache ce qu’on voit, ce qu’on sait. 

On oublie commodément que les destructions à Gaza sont du même ordre que celles jugées nécessaires à Mossoul, à Raqqa, pour éradiquer l’État islamique. On oublie qu’alors, des villes entières ont été rasées, des civils piégés et tués comme à Gaza, des quartiers anéantis, au nom d’une lutte vitale contre une menace idéologique radicale. Mais à Gaza, ce parallèle est soigneusement évité. À Gaza, on exige qu’Israël mène une guerre propre, qu’il accepte les coups sans riposter, qu’il se laisse enfermer dans la posture du bourreau.

A relire, du même auteur: Les Frères musulmans et l’art du mensonge victimaire: l’exemple du Hamas

Et pourtant, il faut le dire aussi: on peut comprendre le doute. On peut comprendre l’hésitation face à la détresse réelle d’une population ballottée, trahie, baladée par l’histoire, prise au piège de ses propres dirigeants. Ce doute existe, il traverse les opinions publiques, il traverse même la démocratie israélienne elle-même, parfois de façon radicale. Israël n’est pas un bloc monolithique: c’est une société qui débat, qui s’interroge, qui doute, qui se divise, y compris sur ses propres moyens, ses propres méthodes, ses propres blessures.

Un scénario parfait

Mais tout le monde sait. Les chancelleries, les ONG, les journalistes, les diplomates : ils savent. Mais ils font semblant. Ils reprennent les images, ils reprennent les mots, ils reprennent le scénario, parce que ce scénario est trop parfait pour être lâché. Il simplifie. Il moralise. Il désigne un coupable unique. Il fait pleurer, il indigne, il remplit les plateaux télé, il sert d’arme diplomatique.

Le mensonge sur Gaza n’est pas un accident. C’est une machine de guerre des islamistes, de leurs alliés révolutionnaires de circonstance, de leurs idiots utiles. Une machine habile, huilée, où l’on transforme une situation tragique et complexe en conte moral simplifié. Où l’on gomme les islamistes, les armes, les manipulations sur les chiffres de victimes civiles, pour ne garder qu’un face-à-face : Israël-bourreau, Gaza-victime. Où l’on recycle la mémoire du peuple juif pour l’inverser, pour en faire une accusation contre Israël. Où l’on vous habitue à répéter, à avaler, à propager, sans même vous en rendre compte, ce qui a été construit pour vous.

Ce mensonge prospère non parce que les faits manquent, mais parce qu’il trouve trop de relais, trop d’alliés, trop d’intérêts. Il prospère parce qu’il vous parle à l’émotion, pas à la raison. Parce qu’il veut vous arracher à la pensée. Parce que c’est ainsi que le mensonge gagne : quand il vous fait répéter, quand il vous fait plier, quand il vous fait consentir.

Et c’est là que surgit la question essentielle : que prépare ce mensonge pour demain ? Quelle trace laisse-t-il dans nos sociétés, dans nos décisions, dans notre rapport au monde ? Car ce n’est pas simplement Israël qui est visé: c’est la capacité même de l’Occident à discerner, à résister, à défendre ce qui le fonde. Un monde qui abdique cette capacité s’expose à bien plus qu’un revers moral : il ouvre une faille où, à terme, toute légitimité s’effondre. Et quand la légitimité s’effondre, ce ne sont pas seulement des récits qui tombent — ce sont des civilisations.

Santé de Joe Biden: qui savait?

Les révélations du livre Original Sin (Le Péché originel), signé par Jake Tapper et Alex Thompson et tout juste paru aux États-Unis, font grand bruit. En Amérique, ceux-là mêmes qui niaient hier tout signe de déclin cognitif chez Joe Biden publient aujourd’hui des livres dans lesquels ils racontent tout — ce que ne manquent pas de relever, moqueurs, les late shows. Quant à ceux qui, hier encore, osaient évoquer la santé vacillante de l’ancien président, et se faisaient traiter de « complotistes » ou d’être des « menaces pour la démocratie », ils jubilent. Et pensent que le cancer de Biden est révélé au public pour changer de sujet, pour attirer la sympathie et pour contrer les attaques dont l’entourage de l’ancien président fait l’objet.


Joe Biden n’est plus président depuis près de cinq mois. Il n’a plus aucun avenir politique. Mais l’ancien président est revenu à la une de l’actualité ces derniers jours après une cascade de révélations inquiétantes concernant sa personne et surtout sa présidence.

Il y a d’abord eu la diffusion d’un enregistrement audio détaillant l’étendue de son déclin cognitif. Il y a ensuite eu un livre racontant par le détail la campagne de dissimulation –  « cover up » en anglais – mise en place par son entourage pour cacher ce déclin aux Américains. Il y a enfin eu l’annonce qu’il souffre d’un cancer de la prostate à un stade « avancé ».

A la vérité seule cette troisième information est une révélation. Le déclin cognitif de Joe Biden était déjà connu. Parce que visible et documenté dans des dizaines de vidéos et interviews dès 2019, date de son entrée dans la campagne présidentielle de 2020. Mais il était nié par ses proches, et par ses alliés politiques. L’omerta était de rigueur et, à gauche, tout le monde la respectait. Ce n’est plus le cas. Ceux-là mêmes qui niaient tout déclin cognitif hier, publient aujourd’hui des livres, où ils racontent tout…

On peut s’interroger sur la vacuité morale que dénote une telle attitude mais ce n’est pas le sujet. Le vrai sujet c’est que la présidence de Joe Biden a été marquée par le mensonge, la dissimulation et les manipulations. La Maison Blanche, les démocrates et les médias ont sciemment propagé de la désinformation pour cacher l’état de santé du président et détourner la démocratie américaine.

Tous ceux qui ont dénoncé ces abus en temps réel ont dit la vérité, mais se sont vus accusés de complotisme et d’être une menace contre la démocratie, alors qu’en vérité ils étaient les seuls à tenter de la défendre.

Le vrai sujet, c’est aussi que si Biden était affaibli au point où tout le monde le reconnaît aujourd’hui, il était incapable d’assumer ses fonctions de président des Etats-Unis.  Dès lors, qui les assumait à sa place ? A l’aune des révélations récentes, il y a lieu de s’interroger sur qui a véritablement dirigé l’Amérique pendant les quatre années du mandat de Joe Biden.

Retour sur cette cascade de révélations et de « cover-ups »

Tout commence le 16 mai avec la publication par le site d’information Axios d’extraits audio de l’entretien d’octobre 2023 entre le président Biden et le procureur Robert Hur qui enquêtait sur la détention illicite par Joe Biden de documents classifiés. Le contenu de cet entretien était déjà connu. Il avait été détaillé dans un rapport, rendu public en février 2024, où le procureur Hur estimait Biden coupable d’avoir détourné et détenu chez lui des documents d’Etat mais ne l’avait pas inculpé parce que tout jury verrait en lui un « vieillard bienveillant à la mémoire défaillante » et refuserait de le condamner.

La phrase, plus assassine, que toute condamnation en justice, avait fait scandale. Hur avait été attaqué violemment par la Maison Blanche, le clan Biden, et les médias. Son intégrité avait été mise en doute. Pourtant la retranscription de l’entretien démontrait la véracité de son diagnostic. On pouvait y constater les hésitations du président, ses trous de mémoire, ses pertes de repères dans le temps, ses difficulté à finir une phrase, à avoir une pensée cohérente et suivie, ses innombrables digressions voire divagations sans rapport avec les questions qui lui étaient posées. Tout cela avait été retranscrit. C’était être en flagrant déni de réalité que d’oser le nier.

C’est pourtant ce que l’administration Biden avait fait alors. Elle avait été suivie par toute la gauche et les médias dominants. Aujourd’hui, la diffusion de l’enregistrement, avec ses innombrables silences, qui durent bien plus longtemps que trois petits points sur une feuille de papier, est venue comme une gifle magistrale à quiconque a prétendu alors que le président ne souffrait d’aucun déclin cognitif. C’est un document implacable. Presque pénible à écouter quand on sait qu’il s’agit  du président des Etats-Unis…

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Cette révélation n’a pas accablé Biden, son état était déjà connu. Elle a accablé son entourage,  en particulier sa famille, son épouse Jill et sa sœur Valérie, qui ont toujours été ses plus proches conseillères. Elles auraient dû intervenir. Lui dire de se retirer. Elles ne l’ont pas fait. Au contraire, elles ont nié les faits et ont muselé toutes les voix dissidentes pour cacher la réalité aux Américains.

C’est cette vaste campagne de dissimulation, ce second cover-up, qui est raconté dans le livre Original Sin (Le péché originel), signé de Jake Tapper et Alex Thompson, qui vient de paraître aux Etats-Unis. Ce « péché originel », selon les auteurs, c’est le silence observé et imposé par les dirigeants démocrates et l’administration Biden au sujet de la baisse des capacités intellectuelles du président. L’ironie est que les deux auteurs ont eux-mêmes participé à cette omerta et qu’ils ont eux-mêmes fait taire les voix dissidentes. Alex Thompson est un journaliste du site Axios (tendance social-démocrate), qui a remporté le prix d’excellence des correspondants de la Maison Blanche en 2024, sans avoir rien dit du déclin cognitif du président jusqu’au fameux débat de juin 2024 où  la condition réelle du président Biden explosa en direct au visage de toute l’Amérique… Jake Tapper est un journaliste chevronné de la chaîne CNN, qui déteste viscéralement Donald Trump et qui comme beaucoup de ses confrères était prêt à tout pour l’empêcher de revenir à la Maison Blanche, y compris mentir à ses téléspectateurs.

Dès octobre 2020, à la veille de l’élection présidentielle, lors d’un entretien en direct avec Laura Trump, belle fille de Donald Trump, celle-ci avait dénoncé le déclin cognitif de Joe. Elle avait évoqué ses propos de plus en plus inconsistants, ses difficultés de plus en plus fréquentes à finir ses phrases, sa tendance à perdre le fil de sa pensée. Jake Tapper lui avait coupé la parole. « Vous vous moquez de son bégaiement… A quel titre pouvez-vous prononcer un diagnostic médical ? … Si c’est tout ce que vous avez à dire cette conversation s’arrête ici. »

Aujourd’hui, dans les multiples interviews qu’il donne pour promouvoir son livre, Tapper fait un mea culpa sur cet entretien. Il admet que « Laura Trump avait remarqué quelque chose que je n’avais pas discerné ». Etrange de la part d’un journaliste expérimenté ayant un accès privilégié au président. Comment avait-il pu ne pas remarquer ce que tout le monde voyait clairement… ?

Et comment, aujourd’hui, ose-t-il capitaliser sur cet échec ? M. Tapper a échoué à sa mission première, qui est de correctement informer le public. Mais loin de faire amende honorable il tente de capitaliser sur cet échec en racontant dans un livre ce qu’il n’avait pas vu mais que toute l’Amérique avait remarqué ? Comme a ironisé l’humoriste John Stewart, il vous vend en retard une information qu’il aurait dû vous donner gratuitement des années plutôt…

Une thérapie de groupe avant les midterms

En fait Original Sin n’a pas tant pour objectif de révéler la faiblesse intellectuelle du président Biden, que de décrire le mécanisme de dissimulation et de mettre des noms sur ceux qui l’ont orchestré. Le livre est en règlement de compte entre démocrates. Une étape dans leur tentative de solder leur défaite électorale de novembre 2024 et de se redresser avant les élections intermédiaires de novembre 2026.

Original Sin met en cause Jill Biden d’abord. Elle est intervenue continuellement pour nier l’état de santé de son mari et décourager quiconque d’en parler, à la fois les élus et les médias. Le livre pointe également du doigt le « cabinet Biden », Ron Klein son chief of staff, Mike Donilon, son directeur de campagne, Steve Ricchetti, son conseiller personnel, ainsi que les personnes qui géraient le bureau ovale. C’est tout un premier cercle de conseillers, en contact quotidien avec le président qui sont intervenus pour le protéger, en limitant ses activités officielles, en le gardant loin des journalistes, en interdisant les questions impromptues, et en indiquant la ligne à suivre aux médias les plus complaisants.

C’est ainsi que Joe Scarborough, hôte de l’émission d’information matinale sur MSNBC pouvait affirmer sans broncher au printemps 2024,  alors que les signes du déclin cognitif de Joe Biden étaient indéniables, « le président Biden n’a jamais été aussi affuté… C’est la vérité et allez-vous faire f… si vous n’êtes pas capable d’accepter la vérité. »

Et il y avait toujours la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre (KJP), lesbienne d’origine haïtienne, pour nier sans vergogne la réalité. Après le catastrophique déplacement du président Biden pour les célébrations du D. Day en Normandie en juin 2024 (Biden avait tourné le dos aux photographes et à ses pairs pour errer seul, comme s’il était perdu) « KJP » avait dénoncé des vidéos truquées qualifiées de « cheap-fakes ». La presse bien-pensante, du New York Times à MSNBC en passant par CNN, avait tout avalé et s’était empressée de s’en prendre au camp Trump accusé de propager de la désinformation, pour manipuler les élections, ce qui constituait une menace contre la démocratie.

Un an après,  il n’y a plus de doutes sur qui mentait et sur qui disait vrai, Encore une fois la vérité était du côté de Donald Trump et le mensonge du côté de ses détracteurs. Ceux qui l’accusaient de menacer la démocratie étaient ceux qui l’avait déjà détournée et confisquée à leur profit.

Il demeure que le mensonge monumental orchestré par l’administration Biden sur la santé du président américain n’aurait jamais pu tenir comme il a tenu sans la complicité des médias. Or loin de se sentir coupables ou responsables, ils essayent au contraire aujourd’hui, à l’image de Jake Tapper, de retourner la situation et de se déculpabiliser…

C’est d’autant plus condamnable  que ces mêmes médias sont passés à côté d’une autre information majeure concernant Joe Biden. A savoir qu’il souffre d’un cancer ! Depuis des années ! Cette révélation, et elle en est vraiment une, est inquiétante. Elle interpelle quant à l’avenir de l’ancien président en ce monde. Elle alerte quant à la fiabilité des soins dont un président américain bénéficie. Ce cancer aurait dû être identifié depuis longtemps. 

La nouvelle est tombée le dimanche 19 mai. Beaucoup ont vu dans ce timing une tentative de  « contrefeu », un moyen de changer le sujet et d’attirer la sympathie sur Biden pour contrer les attaques dont lui et son entourage faisaient l’objet.

Selon le communiqué officiel, Biden souffre donc d’un cancer « agressif » de la prostate avec des « métastases avancées » et en « stade 9 ». Le cancer serait présent jusque dans les os… Ce diagnostic alarmant signifie que ce cancer n’est pas apparu ces dernières semaines.  Il se développe depuis de longues années. Une décennie sans doute, vu l’avancement du mal. Les médecins soulignent combien les cancers de la prostate sont lents à progresser.

A lire ensuite, Jeremy Stubbs: Donald Trump : brise-tout inculte ou stratège hétérodoxe ?

Comment se fait-il qu’il n’ait pas été diagnostiqué plus tôt ? Le président des Etats-Unis n’est-il pas le personnage le plus suivi et le mieux soigné de la planète ? Apparemment pas ! Joe Biden n’avait fait aucun test de dépistage depuis 2014 et aucun ne lui avait été imposé. Le CDC, « Center for disease contrôle », agence fédérale pour le contrôle des maladies, recommande de ne pas tester les hommes après 70 ans pour le cancer de la prostate à cause de trop nombreux cas de « faux positifs ». Les médecins attendent donc d’observer des symptômes visibles pour intervenir.

Le président des Etats-Unis doit nécessairement subir au moins un examen de santé par an. Le dernier examen de Joe Biden en tant que président remonte à février 2024. A l’aube de la campagne présidentielle. Aucun cancer n’est évoqué dans ce bulletin de santé. Donc les questions que chacun se pose aux Etats-Unis sont : le cancer était-il vraiment absent, alors ? Ou bien, était-il présent, mais les médecins ne l’ont pas vu ? Ou encore, était-il présent et a-t-il été identifié sans que l’information ne soit communiquée aux Américains ?… Compte tenu de la propension de l’administration Biden aux dissimulations, nombre d’Américains penchent pour cette troisième option. Ainsi après le « Cover Up », sur la prétendue corruption du clan Biden (Hunter le fils, James le frère, et Joe le « grand patron »),  après le Cover Up sur le déclin cognitif de Joe Biden, il y aurait un troisième Cover Up sur le cancer du président. Car la révélation d’un cancer à l’aube de la campagne présidentielle aurait annihilé les chances de Joe Biden de se présenter à un second mandat et il était donc impératif de garder l’information secrète…

Les interrogations ne s’arrêtent pas là. Car si Joe Biden était effectivement aussi affaibli que les récits et révélations récentes le détaillent, il n’était à l’évidence pas en mesure de gouverner et quelqu’un d’autre le faisait à sa place. Qui ? La réponse est vraisemblablement ses conseillers et tous les bureaucrates non élus au sein des diverses administrations. Voici quelques semaines la presse américaine a révélé qu’au bas de nombreux documents officiels, ce n’est pas la signature personnelle de Joe Biden que l’on trouve mais une signature automatique reproduite électroniquement, un « autopen » en anglais. Cet artifice n’est pas nouveau et parfaitement légal. Un « autopen » a été utilisé pour la première fois à la Maison Blanche en 2011 pour obtenir la signature du président Obama sur un texte de loi alors que le président était en déplacement en Europe. Le besoin urgent de faire signer le texte de loi avait justifié ce recours. Barack Obama était toutefois en ligne par téléphone au moment de la signature authentifiant l’acte. Car il est interdit et inconstitutionnel d’utiliser la signature automatique du président hors de sa présence. Cela invalide l’acte signé. Le président Donald Trump, qui signe personnellement tous ses actes et décrets à la main et devant la presse, s’est saisi de ce point de détail pour s’interroger sur la validité de multiples décrets portant la signature de Joe Biden… M. Trump est même allé jusqu’ à affirmer que la politique migratoire de l’administration Biden avait été menée à son insu, tant elle différait de ce que M. Biden avait défendu pendant toute sa vie et tant il paraissait en ignorer les détails. En clair, Trump accuse les employés de la Maison Blanche et de l’administration Biden d’avoir abusé de leur fonction pour gouverner à la place du président… Un acte qu’il a qualifié de « trahison ». Et il a demandé au Congrès d’enquêter dans le cadre de sa mission de vérification et de contrôle de l’exécutif. Le scandale du déclin cognitif de Joe Biden est peut-être loin d’avoir livré toutes ses révélations…

Cover Up : Le clan Biden, l'Amérique et l'Etat profond

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Tremblez, Frères musulmans! La République sort la grosse Bertha


L’effrayant rapport parlementaire sur l’entrisme islamique dans la société française, catalogue assez indigeste de quelque soixante-quinze pages répertoriant les beaux résultats de la cécité et de l’impéritie des pouvoirs qui se sont succédé à la tête de l’État ces dernières décennies, se clôt par la préconisation de quelques mesures présentées comme étant de nature à endiguer le mouvement. Des mesures d’une extrême rigueur et dont on peut penser que leur énoncé seul aura suffi à semer la terreur dans les rangs des Frères musulmans, de leurs affidés et de leurs compagnons de route de chez nous, encartés de préférence à l’extrême gauche (mais pas seulement…)

Fermeté exemplaire, donc. Qu’on en juge !

Afin de lutter pour de bon contre la menace grandissante que constitue cet entrisme forcené, il conviendrait – notamment – d’agrandir les carrés musulmans de nos cimetières, d’enseigner la langue arabe dans nos écoles dès le primaire, et, cela va de soi, s’empresser de reconnaître un État palestinien dont, notons-le, les limites territoriales ne sont en rien évoquées dans ledit rapport.

Pour ma part, et sans doute ne suis-je pas le seul, je trouve qu’on la joue vraiment petit bras, comme on dit quand on veut faire branché et que revient la belle saison de Roland Garros.

Quel manque d’allant, en effet ! Quelle absence de vision et d’ambition !

S’en tenir à ces quelques mesurettes, mais de qui se moque-t-on ?

A lire aussi, Ivan Rioufol: Islamisme: les reculades françaises

Alors qu’il aurait été de simple bon sens, si l’on entendait vraiment faire montre d’une réelle volonté politique, d’exiger l’instauration d’une journée européenne du halal (à Bruxelles, la Commission n’attend que cela depuis des lustres ! Enchantée, elle dégagerait immédiatement trois ou quatre milliards d’euros pour financer la filière, ou plus exactement les filières, celle de la bidoche bien sûr, mais aussi celle du couteau à usage multiple qui va avec). Organiser de surcroît des animations culturelles dédiées, bien en phase avec l’intention, telles qu’une édition annuelle du concours The Voice spécial Muezzin, sur TF1, présentée par l’illustre Mélenchon en personne, et sur les chaînes du service public le concours du plus beau minaret de France, animé cette fois par dame Rima Hassan, lauréate indétrônable de cet autre concours, remarquable entre tous, celui de Miss Keffieh de la décennie. Sans oublier bien entendu un super téléthon au profit exclusif de la Cimade, de Utopia 56, de Kabubu et de quelques autres ONG d’identique générosité cosmopolite autant que sélective. La date retenue pour cette manifestation merveilleusement solidaire pourrait correspondre avec la proclamation du palmarès du Festival de Cannes où, autre conscience inamovible de la chose, Juliette Binoche remettrait en suprême trophée le Migrant d’Or avec palmes au réalisateur LGBT+ du film woke le plus pur jus de la saison.

Bref, on aurait pu faire beaucoup plus et beaucoup mieux que promouvoir une extension de terre musulmane dans nos cimetières de France ainsi que l’apprentissage de l’arabe à des mômes en jachère quant à la maîtrise de la langue française. Cela dit, il est clair que du côté des Frères musulmans, on doit très certainement considérer qu’on l’a échappé belle…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Nadal : partir un jour

Hier, Rafael Nadal nous a montré, une fois de plus, sa bonne éducation, avant de tirer sa révérence sur le Central dans ce tournoi de Roland-Garros tant de fois gagné qui lui colle à la peau. Désormais, le court portera à jamais son empreinte et son palmarès s’apprendra dans les livres d’Histoire…


Quand un étranger déclare sa flamme à la France, à son peuple et aux Parisiens, on se dit que tout n’est pas foutu et que nos compatriotes seraient bien inspirés de l’imiter parfois. Que notre vieille carcasse hexagonale brille encore dans les yeux d’un Majorquin couvert de victoires ; il avait jadis les cheveux longs et les biceps saillants, aujourd’hui, il porte le costume noir et la mèche éparse, son fils dans les tribunes avait enfilé une marinière bretonne pour l’occasion, ses parents, son oncle, sa sœur, les cousins, l’« abuela » et Xisca, l’épouse brune au regard tendre, toute la famille des Baléares était hier dans les tribunes du Chatrier pour saluer l’enfant prodige ; le public était aux anges.

Sacré caractère

Hier, on a pris une leçon d’éducation à l’espagnole. Une claque dans un pays où l’autoflagellation est discipline olympique. Ou d’éphémères ministres voulurent le salir. Quel autre sportif de son pedigree, celui d’une légende, est capable de remercier simplement, sincèrement, aussi naïvement. Lui, on le croit. Hier, ses mots ont touché. Rafa est une star, il connaît parfaitement les ressorts de son sport-business, la communication, les sponsors, les contrats, les institutions fédérales et la gestion d’un sport exercé à son plus haut niveau pendant toutes ces années, devant les caméras du monde entier et les réseaux, ce barnum n’a pas entamé sa gentillesse qui n’est pas ici faiblesse, sa politesse qui n’est pas une manœuvre. La vérité de cet Homme est transparente. Oui, Rafa est un garçon poli qui a la larme facile, il n’a pas perdu son âme dans de fausses confidences comme tant de vedettes, alors que les sollicitations, les pièges, la douleur physique et les attentes ont pavé sa carrière. Ce ne fut pas un long fleuve tranquille malgré l’énormité des trophées accumulés. Pour ceux qui estiment qu’il en a fait trop hier, qu’ils regardent attentivement les premières images de son apparition Porte d’Auteuil, il était exactement le même. Timide et conquérant. Réservé et sensible. Déterminé, il l’était plus que quiconque et on savait cependant qu’il ne marcherait pas sur ses adversaires par des méthodes déloyales. Avant chaque quinzaine des Internationaux de France, on savait que Rafa ne se ferait pas remarquer par des agressions verbales ou de l’antijeu. Chacun son style. Chacun son caractère. D’aucuns trouveront que cette image de bon fils manque de sel, de panache et de souffre. Comme Julio Iglesias, Rafa n’a pas changé. Il exprimait sa hargne, son corps en a fait si souvent l’amère expérience, il l’a usé jusqu’à la corde, sur le court. Nulle part ailleurs. Ni en polémiques, ni en sautes d’humeur.

À relire : La tactique pour battre Nadal à Roland Garros

Une machine

Rafa n’est pas un « bad boy » du circuit, c’est un gentleman. Sur son île, le tennis professionnel demeure un jeu. Hier, cet hommage national, dans son arène, sans fioritures, en présence de l’élite de son métier, Roger, Novak, Andy et les « petites mains » de Roland, était comme une réunion de famille. Rafa n’a pas craché sur la couronne, ni sur notre République qui l’a vu naître sportivement, c’était à la bascule millénaire, du côté de Tarbes, au tournoi des Petits As, avec son camarade, Richard Gasquet, le prince de Béziers.

Depuis, il a beaucoup gagné sur terre battue, son prénom raccourci est devenu un diminutif, son rituel avant de servir, longtemps moqué, est enseigné dans les écoles, son engagement à frapper toutes les balles est un modèle de volonté. Ce sacerdoce n’était pas feint. Quand il rentrait sur le court, le public avait l’intime conviction que ce joueur-là ne s’économiserait pas. Dès l’échauffement, la puissance et la vitesse, la précision et la vista se mettaient en mouvement. La machine était lancée. L’aura d’une star se mesure à la fébrilité des spectateurs. Nous avions le trac. Une onde étrange parcourait cette cuvette désormais étanche, nous étions émus de le voir jouer. Hier donc, tout était « tradi », le cadre immuable de cet Ouest parisien qui se réveille à la fin du mois de mai avec ses belles allées, ses hôtesses accortes, ses admirables ramasseurs ; le parfum des examens dans l’air, une romance en cinq sets, il ne manquait plus que Chaban-Delmas se promenant dans le village et on se serait cru au siècle dernier. Hier, un Espagnol, un hidalgo de haute lignée, fit allégeance à notre pays. À notre tour de lui dire merci.

Un projet d’Alyah

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Des Israéliens accueillent et célèbrent l’arrivée de Juifs immigrés de France à l’aéroport Ben Gourion, à Lod, près de Tel Aviv, en Israël, le 20 juillet 2016 © Heidi Levine/SIPA

Cette lettre d’Alyah (immigration vers Israël), à la fois lucide et poignante, explore un choix intime de partir vivre en Israël sans illusions ni rejet de la France, dans un monde en guerre.


C’est une lettre d’Alyah qui constitue ma chronique d’aujourd’hui. Elle n’est pas la réaction à des actes ou des paroles antisémites ni le fruit d’un enthousiasme infini, moins encore d’un rejet de la France. Je ne donne pas le nom de son autrice, que certains reconnaitront. J’ai trouvé que dans son refus d’illusions ce texte montre que l’Alyah, quelles que soient les options personnelles, politiques ou religieuses, de celui ou celle qui s’y engage, est avant tout le choix d’un certain dépassement, il s’agit de donner un sens à sa vie, assumer le passé et partager le futur. 

Voici cette lettre :

« Ca y est, nous avons pris une décision importante : cet été, nous partons vivre en Israël !

Cette décision n’est pas anodine et ceux qui me connaissent savent qu’elle était loin d’être évidente. Je ne l’avais jamais sérieusement envisagée jusqu’à ce qu’elle s’impose à moi comme une évidence. 

Je ne sais quoi répondre quand on me félicite ou qu’on m’interroge sur le choix de retirer mes enfants d’un environnement paisible et confortable, pour les amener dans un pays en guerre et en deuil, dont ils ne connaissent ni la langue, ni les codes et que le monde entier honnit et conspue avec une haine souvent viscérale.

Ceux qui ont une lecture de l’identité juive un peu distante ont souvent du mal à en comprendre les nombreux paradoxes: comment peut-on être profondément Juif sans croire en Dieu, profondément sioniste en rejetant la politique du gouvernement; comment peut-on soutenir Tsahal et vouloir la paix, comment peut-on se dire sioniste et pro palestinien? Comment peut-on aimer la France et la quitter ? Comment peut-on craindre pour la survie d’Israël et y plonger ses enfants…???

Dans mon esprit d’ashkénaze pessimiste, si le pire est certain, la seule question qui mérite d’être posée est comment s’y préparer au mieux possible. Longtemps, nous avions envisagé de partir loin des conflits que le monde s’apprête à vivre. Nous avons pensé au Canada, à la Floride ou au Brésil… Mais en vérité notre seul refuge, c’est Israël. Et si ce refuge est lui-même en danger, alors notre place est là-bas, pour apporter notre petite pierre à un pays qui est aussi une idée, et qui aujourd’hui risque d’être détruit de l’intérieur autant que de l’extérieur…

La décision de partir s’était immiscée dans notre esprit après les élections législatives. La France sera écartelée entre une extrême droite et une extrême gauche qui ont beaucoup en commun, à commencer par le fait d’abriter certaines personnes, élus et électeurs, qui haïssent plus ou moins ouvertement les Juifs et Israël. L’histoire nous a appris que quand ça pue la merde c’est qu’elle n’est pas loin et que étrangement les Juifs sont souvent les premiers à se la prendre dans la gueule. Plutôt que de choisir entre la peste et le choléra, il vaut mieux partir. 

A lire aussi, Charles Rojzman: Les Frères musulmans et l’art du mensonge victimaire: l’exemple du Hamas

Et en même temps… je ne veux pas laisser croire que je « quitte » la France ; je suis profondément française dans ma culture et mes valeurs, j’ai une reconnaissance infinie pour l’accueil qu’elle a fait à mes grands-parents, pour l’éducation, la sécurité et les opportunités qu’elle nous a offertes. J’espère ne jamais dénigrer ce pays qui m’a tant donné ! 

Je ne quitte donc pas la France par rejet et je ne rejoins pas non plus Israël par idéal sioniste et espoir d’un avenir meilleur. Si je suis honnête, la raison profonde est peut-être plus simple et égoïste : nous avons besoin d’un nouveau souffle, d’ouvrir un nouveau chapitre et de recommencer à faire des projets, à nous engager, à agir et à donner du sens à ce que nous faisons…

Je ne me fais pas d’illusions sur Israël. La réalité y est dure, les fractures sont profondes, les manières de se sentir Juif et les valeurs qui s’expriment sont souvent éloignées des miennes. Il y a au pouvoir des opportunistes sans scrupules et des racistes fanatiques, les tensions entre religieux et laïques menacent la cohésion du pays et les perspectives de paix et de cohabitation avec les Palestiniens font figure d’un mirage, au mieux naïf, au pire suicidaire.

Et pourtant, malgré cela, nous avons décidé d’y déposer nos bagages, d’y construire notre avenir et celui de nos enfants car malgré ses contradictions, ses douleurs et ses dérives, Israël reste notre seul et unique ancrage. Il y a mille façons d’être Juif, mais Israël est unique. »

Il est difficile de s’installer dans un pays en guerre, plus difficile encore quand ce pays est critiqué de toutes parts… et Israël n’a jamais été aussi critiqué qu’au cours de la semaine où ce texte a été écrit.

On a même vu des citoyens israéliens prestigieux porter des accusations dramatiques. Car je suis abasourdi par ce que viennent de dire certains opposants politiques au gouvernement, et en particulier Yaïr Golan, chef du Meretz. S’il prouve que ce qu’il a dit est vrai et, si ces faits ignobles (s’amuser à tuer des bébés palestiniens) n’ont pas été très lourdement punis, c’est catastrophique pour l’image que nous avons d’Israël. S’il ne le prouve pas, cela détruit l’image très respectable jusque-là du général Golan lui-même, héros du 7-Octobre, qu’elle place au niveau le plus méprisable de la diffamation politique.

Le hasard a voulu que, au cours de la même semaine, nous ayons appris l’ampleur des ambitions des Frères musulmans pour la France. Que ce soit dans le rapport déclassifié issu de l’enquête provenant des services de renseignement et adressée au ministre de l’Intérieur ou, à Fondapol, dans le témoignage du Préfet des Hauts-de-Seine, ancien directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, les conclusions se rejoignent: les objectifs des Frères musulmans en France ne relèvent pas d’un projet séparatiste, mais ils visent à une domination culturelle et à terme politique du pays. Celle-ci, cela va sans dire, serait incompatible avec le maintien de toute présence juive en France… Il suffit de ne pas oublier que les Frères musulmans ont été pendant la guerre de très fidèles alliés des nazis et se rappeler ce que le Hamas, qui est un fleuron frériste, a fait le 7 octobre 2023.

On ne s’empêche plus nulle part !

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"Les gens ne respectent plus rien, mon brave Monsieur" © Unsplash

En plus de la guerre à Gaza, le regain d’antisémitisme dans l’opinion s’explique par une certaine universalisation du laisser-aller, observe notre chroniqueur.


Les conversations dans les familles tournent assez souvent autour de cette interrogation : faut-il tout dire à ses proches ? la vérité est-elle toujours bonne à exprimer ? Je ne suis pas le dernier à répondre par l’affirmative, à condition que la forme soit courtoise et qu’on soit prêt à accepter la pareille.

Ce qui me frappe dans le monde d’aujourd’hui, en France comme dans d’autres pays, c’est la libération absolue de tout ce qui, dans les temps anciens, quand la civilisation imposait encore ses limites, se retenait, n’osait pas se déclarer à ciel ouvert, à transparence intégrale.

Un peu de tenue !

Alain Finkielkraut a raison quand il affirme qu’ « une bonne conscience antisémite s’installe un peu partout dans le monde »1.
Dans ce domaine capital, de la part de certaines personnalités d’extrême gauche – profitant de tragédies internationales qui devraient imposer pourtant l’équité du regard -, la censure intime, la retenue politique, la décence humaniste n’existent plus. On lâche sans scrupule ce que l’éthique ne contient plus…

À lire aussi : La Révolution du bon sens (ou Comment se libérer de 50 ans d’idées fausses)

Il n’est plus un registre qui échappe à cette universalisation du laisser-aller. Des ambitions personnelles aux analyses géopolitiques, des points de vue médiatiques aux saillies sociales, la parole ne se préoccupe plus de sa tenue, les convictions de leur expression décente, les jugements de leur délicatesse diplomatique.

Ce n’est pas seulement lié au caractère d’un Donald Trump impulsif qui, nouvelle évolution, dénonce Poutine comme étant « fou ».

On s’égare

Ce n’est pas seulement la conséquence de conjonctures nationales. Que par exemple le président ne puisse plus se représenter en 2027 et que chacun dans ce cas ose afficher ses désirs suprêmes. La multitude des rivalités, la proclamation sans la moindre gêne qu’on est ou qu’on sera candidat, défiant les tactiques de discrétion habituelles, relèvent de ce climat qui signe une dégradation profonde. Où on ne s’interroge plus sur sa plausibilité mais où on affirme seulement son droit à être. Où les politiques n’ont plus pour exigence de n’être pas comme les citoyens mais au contraire de les représenter dans la pire configuration de ceux-ci.

Les électeurs semblent avoir intégré cette révolution puisqu’ils n’hésitent plus à élire des députés dont l’allure, la moralité et la compétence les auraient exclus quand la République ne s’égarait pas.

Plus besoin d’être exemplaire, on peut cracher sur les journalistes en les insultant, on a le droit de stigmatiser les institutions, un Jean-Luc Mélenchon peut se vanter pour avoir dit que « la police tue » et, après une émission où Manuel Bompard a été invité, ne pas hésiter à traiter ses questionneurs de « voyous ».

Ce qui hier était tu, ou exprimé autrement par souci de la morale et à la fois de la démocratie, non seulement est répudié mais projeté avec arrogance et une incompréhensible fierté dans l’espace public.

À lire aussi : La volupté de la transgression ou la douleur de la sanction?

Un Poutine n’a pas honte de faire preuve de cruauté alors qu’il prétend négocier. Au contraire il en tire gloire.

Il n’est plus un lieu, plus une instance, plus une communauté qui ne soit victime de cette inéluctable décadence. Avec la meilleure intention du monde, le président Macron y met l’esprit quand il souligne que l’Europe serait handicapée par ses règles morales. C’est la réalité qui prend le pas sur ce qui hier la soumettait à l’éthique, à l’urbanité, à la mesure. On ne s’empêche plus nulle part.

MeTooMuch ?

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  1. https://www.lefigaro.fr/vox/societe/alain-finkielkraut-une-bonne-conscience-antisemite-s-installe-un-peu-partout-dans-le-monde-20250524 ↩︎

Le premier qui rira aura une tapette

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Emmanuel Macron arrive à Hanoi au Vietnam, 25 mai 2025 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Des Français en rêvaient, Madame Macron l’aurait fait…


Ils sont en effet nombreux, paraît-il, les Français que démangerait depuis longtemps l’envie de flanquer une calotte, même légère, à leur président, agacés qu’ils sont de lui voir ses airs supérieurs et d’entendre ses tirades à rallonge, ses annonces à tiroirs si peu suivies d’effets. Oui, lassés de ces péroraisons de bon élève si subtilement formaté ENA qui, à le suivre dans cet exercice qu’il affectionne tant, font inévitablement penser au Trissotin des Femmes Savantes de Molière : « On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé. »

Ainsi, images saisies alors que la porte de l’avion s’ouvre sur l’aéroport vietnamien, Madame Macron, se souvenant peut-être de l’autorité qu’elle eut à exercer, elle, le professeur, sur lui, l’élève, y serait allé de cette supposée gifle. Exaspérée, elle aussi? Allez donc savoir? Et pour quelle raison?
Spéculer plus avant sur le sujet reviendrait à violer la sphère de l’intime, ce à quoi nous nous refusons absolument.

Le Palais de l’Élysée, fort embêté et empêtré comme il l’est si souvent, crut avoir trouvé une explication satisfaisante. C’était un coup de l’IA manipulée en la circonstance par les Russes. Ces temps-ci, chez nous, quand ce n’est pas Donald Trump qui est à l’origine de ce qui coince ou déraille, c’est le tsar moscoutaire. Rien de plus commode.

Hélas pour les gens du prince, le pétard a fait long feu et il fallut trouver autre chose. Cette version, trop belle pour être vraie, s’avérait vite intenable.

A lire aussi, Gerald Olivier: Santé de Joe Biden: qui savait?

Alors, le président en personne est monté au créneau. Il a tenu à lever toute ambiguïté et s’est fait une douce violence, livrant devant une presse haletante la clef du mystère. Baffe ou not baffe ? Telle était donc la question.

Explication : on chahutait. Tant il est vrai qu’on est resté gamin chez les Macron. On chahutait histoire de décompresser. Entendant cela,  on se dit qu’on doit, en effet, vraiment beaucoup s’amuser les soirs d’hiver entre les murs du palais élyséen. Des jeux mignons comme tout, du genre : « le premier qui rira aura une tapette. »

Voilà donc toute l’affaire du geste incongru. On respire. Un petit jeu entre gentils époux. Rien de plus. Et tant pis pour celles et ceux – celles surtout – pour qui souffleter n’est pas jouer…


Dans sa chronique radio, Elisabeth Lévy est également revenue sur le giflegate. « Depuis 24 heures, on commente quelques secondes qui ne veulent rien dire… »

http://www.youtube.com/watch?v=wGE5tcJZdAY

On dit que les images parlent. Seulement elles peuvent dire n’importe quoi. Depuis 24 heures on commente quelques secondes de vidéo dont on ne devrait rien dire parce qu’on ne sait pas ce qu’elles racontent. On voit la main de Brigitte se poser vivement sur le visage d’Emmanuel. Mais comme on n’a pas le son, qu’on ignore ce qui s’est passé avant, et qu’on ne connait pas les habitudes tactiles du couple présidentiel, bien malin qui pourrait dire ce qui se passe. Que le président de la République et son épouse se tapotent, se chahutent, se talochent, se chatouillent, je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir.

Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas qu’on doit se taire. Cette gifle a été le grand sujet du jour, elle a fait les délices des réseaux sociaux. Le président français serait peut-être un homme battu, n’a-t-il pas été un adolescent violenté par sa prof. Un homme marié à une femme de 15 ans son ainée, c’est pas normal chef. Les amours impossibles ne font plus recette. Les braves gens qui n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux s’en donnent à cœur joie.

Comment s’explique cet emballement ? D’abord, par les bourdes des communicants de l’Élysée. Ils commencent par accuser les Russes, sans doute sincèrement. Manque de bol, c’est une agence US. Ensuite, au lieu d’envoyer balader les journalistes, ils donnent une explication ridicule (le chahut) et enfin dénoncent les complotistes, le mot-clef qui embrase les réseaux.

Mais il y a ceux qu’on regarde et ceux qui matent. L’Élysée se défend maladroitement contre cette surveillance, mais le public qui se croit autorisé à l’exercer n’est pas très glorieux. La transparence a bon dos. D’accord, Saint-Simon épiait tous les habitants de la Cour. Oui, mais pas pour faire des tweets. La vie privée est l’une des plus grandes conquêtes de la civilisation libérale. Emmanuel Macron fait ce qu’il veut de son deuxième corps. Cet acharnement révèle aussi la haine insensée qu’il suscite. Incompréhensible, quels que soient ses défauts et échecs.

Dans ce brouhaha, on a peu commenté l’hommage rendu par le président à Ho Chi Minh, qui a mené la guerre d’indépendance contre la France avant de diriger la dictature communiste. Après tout, on peut respecter ses anciens ennemis. Cette fois, Brigitte, fort élégante, lui tenait le bras.

Lou Reed, Saul Bellow et… Delmore Schwartz

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L'écrivain américain Delmore Schwartz (1913-1966). DR.

Quoi de commun entre Saul Bellow, Nobel de littérature 1976, et Lou Reed, figure-culte de la scène rock américaine ? Delmore Schwartz (1913-1966). On s’explique.


Salué dès ses débuts par W. H. Auden, T. S. Eliot et Nabokov, Schwartz a servi de modèle au poète Humboldt dont Bellow a décrit les mésaventures drolatiques et terribles dans son roman le plus marquant – Le Don de Humboldt (1975, prix Pulitzer). Bellow avait été l’assistant de Schwartz à l’université de Princeton.

Il fut aussi le dédicataire d’un disque (The Blue Mask, 1981) de Reed – son élève à l’Université de Syracuse, qui écrivait de ce « maître » (sic) qu’il était « le plus grand homme qu’(il ait) jamais rencontré » : « Tu étais un génie. Maudit. »

Quoi d’autre ? Borges le traduit pour la revue argentine Sur ; Philip Roth le lit et l’admire, et Scorsese tentera longtemps, en vain, d’adapter une de ses nouvelles au cinéma.

Né en 1913 à Brooklyn dans la petite bourgeoisie juive d’origine roumaine, Schwartz publie son premier livre à 25 ans : un recueil de nouvelles, In Dreams Begin Responsibilities (Le Monde est un mariage, réédité aujourd’hui sous le titre : Dans les rêves).

C’est un triomphe mais la chute s’ensuit assez vite – à la manière de Scott Fitzgerald et pour des raisons voisines. Schwartz meurt épuisé par l’alcool et les amphétamines dans une chambre d’hôtel (près de Times Square) et la plus grande solitude : « Le monde empoisonné afflue à ma bouche/ Tout comme l’eau dans celle d’un noyé. »

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Jerome Charyn – à propos de Le Monde est un mariage (une des nouvelles qui donnait son titre précédent au recueil) – évoque « une des plus ensorcelantes nouvelles écrites par un Américain, (qui) possède le pouvoir hypnotique d’un poème en prose ». Dès 1960, Alain Bosquet, vigie exemplaire comme toujours, avait lui aussi salué le poète de génie. Et ce fut tout.

Il fallut attendre le début des années 90 pour que Michel Bulteau publie ce même recueil de nouvelles au Rocher et que son traducteur Daniel Bismuth lui consacre un essai biographique (1991) habité et décalé dans la fameuse collection « Les Infréquentables » du même Bulteau – où parut le premier livre de Houellebecq (son essai sur Lovecraft), celui d’Olivier Frébourg sur Nimier, ou de Bulteau himself sur le Baron Corvo, entre autres pépites.

La réédition en poche de ce recueil canonique est une bonne nouvelle. Mention spéciale pour L’enfant est la clef de cette vie, chronique d’une famille juive new-yorkaise de quatre enfants de 1910 à 1945 : soixante pages, UNE merveille. La littérature est une longue patience. On ne vous apprend rien.


Dans les rêves, de Delmore Schwartz. Traduit de l’américain par Daniel Bismuth, préface de Lou Reed, postface de Thierry Clermont, Rivages, 432 pages.

Dans les rêves

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Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil – à propos de 600 écrivains, femmes et hommes, de France et d’ailleurs.

L’inaction du pouvoir est-elle obligatoire?

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Le président français Jacques Chirac (1932-2019). DR.

Dette, Algérie, désindustrialisation, crise identitaire… Macron ne fait plus grand-chose, mais il n’est même pas tellement à blâmer.


Avec ce titre, je ne distingue pas le pouvoir de droite ou de gauche, je mets ensemble François Hollande et Emmanuel Macron, et d’autres avant eux.

J’entends souvent dire sur le plateau de Pascal Praud sur CNews que le pouvoir se contenterait de parler et ne ferait rien. C’est l’impression qu’en effet ressentent beaucoup de citoyens. Ils déplorent que l’action ne suive pas les promesses et que les constats et rapports demeurent lettre morte. Je suis encore plus pessimiste qu’eux. Cela tient à ma certitude que rien n’est dû au hasard et qu’en réalité tout est d’une certaine manière organisé au niveau politique pour ne rien accomplir.

Comme si l’action politique faisait courir trop de risques : il est si facile d’expliquer son absence que la mettre véritablement en oeuvre relèverait d’une forme d’irresponsabilité !

Il y a plusieurs raisons tenant à une psychologie profonde et à une certaine conception de l’art de gouverner qui permettent en effet aux pouvoirs de théoriser leur impuissance en sagesse et de constituer les maîtres de cette inertie, comme Jacques Chirac par exemple, en modèle admiré et indépassable !

Il me semble que l’action elle-même, en ce qu’elle clive, oblige à sacrifier et a d’irréversible, fait peur car elle ne laisse plus place à l’équivoque, au charme du virtuel et à l’espérance d’un possible consensus. Elle choisit dans le réel et s’aliène forcément les adeptes de la part abandonnée.

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À considérer la vie politique nationale, les périodes où une authentique action a été remarquée sont d’ailleurs très rares. Il y a eu 1958, les débuts de la présidence de Giscard, 1981 à 1983 avec François Mitterrand, Nicolas Sarkozy dans les suites immédiates de son élection, Emmanuel Macron dans la première année de son mandat initial.

Outre ces moments qui ont été incontestablement opératoires et transformateurs, on peut relever l’attitude générale à l’égard des ministres très actifs. Par exemple, un Gérald Darmanin qui est un garde des Sceaux pragmatique et volontariste, au lieu d’être loué pour son activité et ses multiples projets, n’est pas loin de voir l’une et les autres être traités de « communication » parce qu’ils sortent de la pratique ministérielle ordinaire.

Il est frappant de constater qu’en amont de l’action, avant de s’y résoudre, notre démocratie offre des opportunités pour en donner l’illusion ou se justifier quand on n’a même pas tenté de l’approcher.

Faire voter une loi est apparemment le moyen le plus noble pour faire semblant. Rien de tel pour redorer le blason d’un pouvoir inerte que de soumettre à l’Assemblée nationale des dispositions qui, validées et inscrites dans le marbre parlementaire, suffiront pour donner le change et constitueront pour les naïfs des preuves d’action. Alors que la loi est devenue trop souvent un substitut à l’action.

Le verbe présidentiel, avec, à intervalles réguliers, des injonctions ou des résolutions vides de sens puisque jamais concrétisées, est pourtant très efficace pour beaucoup qui prennent le mot au pied de la lettre alors qu’il sera destiné à mourir de sa belle mort quand le citoyen l’aura oublié.

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Les colloques, les conférences, les cénacles, les missions, les études, les commissions, les rencontres, les entretiens médiatiques, les débats grands ou petits ne sont qu’autant de simulacres pour échapper à la terrible obligation d’avoir, pour les gouvernants, à modifier le réel quand il est à réformer, à l’améliorer quand sa base est bonne. Tout sert à cela : l’essentiel est d’entourer l’inaction d’une mousse médiatico-politique consistante mais sans le moindre effet sur les choses et les êtres, sur notre société.

Alors que de mauvais esprits pourraient tout simplement énoncer que « quand on veut on peut » et que ce n’est pas une idée médiocre que de songer à consulter le peuple. Viennent au secours de cette impuissance risquant d’être démasquée l’État de droit, les juridictions administratives, les instances européennes, l’opposition constante de pays contre lesquels on n’esquisse rien. L’ensemble de ces données étant superficiellement dénoncé mais en profondeur salué parce que les pouvoirs de droite ou de gauche trouvent là une excuse qui dure pour ne rien faire. Il ne s’agit surtout pas de forcer le destin mais de s’y soumettre, l’esprit et les bras ballants.

L’inaction du pouvoir, en résumé, n’est pas obligatoire mais on fait tout pour la sublimer.

Euthanasie: le pied dans la porte?

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Samedi 24 mai 2025, des personnes "éligibles à l'aide à mourir", opposées à l'euthanasie, se sont réunies place des Invalides à Paris pour protester contre la loi qui sera votée à l'Assemblée nationale. Image : RS.

Pour ? Contre ? Abstention ? Les députés français seront amenés à se prononcer sur l’euthanasie mardi – un texte dénoncé comme trop permissif.


Je jure par Apollon, médecin, que je ne remettrai pas de poison si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion.

Euthanasie. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ce sujet dans les colonnes de Causeur il y a quatre ans. Je constate, hélas, que mes craintes d’alors étaient justifiées. La République s’apprête à ouvrir la boîte de Pandore, et nous savons déjà qu’il n’en sortira que ruine. Trois remarques.

La première : il est, et il faut le redire, des situations où le « coup de grâce » est une authentique miséricorde, et dans ces cas-là le geste d’un soignant ou d’un proche doit bien évidemment être lui-même regardé avec miséricorde. Il est des situations dans lesquelles nul n’a le droit de juger celui qui fait le choix de mourir, ni celui qui accepte de l’y aider – comme le second d’un samouraï lors du seppuku. Mais c’est une chose de reconnaître que des écarts à la règle sont parfois nécessaires, c’en est une autre de vouloir que ces écarts deviennent la règle.

La deuxième : les garanties promises aujourd’hui ne tiendront pas. Il y aura inévitablement ce que l’on qualifie pour l’instant de « dérives », mais qui n’est que le véritable objectif du texte. L’expérience des pays qui ont déjà légalisé l’euthanasie est sans équivoque, et les promoteurs de l’euthanasie le revendiquent explicitement, comme Jean-Louis Touraine parlant de « pied dans la porte » et annonçant « revenir tous les ans » pour la suite du programme : les mineurs, les malades psychiatriques, les malades d’Alzheimer. À cet égard, l’exemple de l’avortement – auquel l’euthanasie est régulièrement comparée – permet de conclure : la loi Veil était une loi d’humanité, une loi de compassion face au tragique de la condition humaine. Un demi-siècle plus tard, la République a totalement banalisé l’avortement « normal » (le fait même que l’on puisse employer ce mot pour parler d’avortement aurait probablement horrifié Simone Veil), et légalisé l’interruption médicale de grossesse à neuf mois pour « détresse psycho-sociale » (on est loin des cas terribles où il faudrait choisir entre la vie de la mère et celle de l’enfant), alors même que toutes les observations scientifiques démontrent qu’à la fin de la grossesse l’embryon est déjà une personne, et non une chose. L’euthanasie connaîtra une évolution similaire : demain elle sera normale, après-demain elle sera la norme.

À lire aussi : Euthanasie: même un libéral ne pourrait voter la loi Falorni

La troisième : la loi débattue à l’Assemblée est inspirée par une vision de l’Homme profondément malsaine. Le « coup de grâce » est, comme l’avortement dans l’esprit de la loi Veil, une lutte titubante sous le poids des limites humaines. Le seppuku est le sacrifice de sa vie pour l’honneur de ce à quoi on appartient et qui est plus grand que soi. Mais Emmanuel Macron, avec d’autres, fait au contraire de l’euthanasie un acte d’arrogance. Evoquant récemment le sujet, il a parlé de « faire de l’Homme la mesure du monde, libre acteur de sa vie de la naissance à la mort. » Voilà un usage bien malhonnête de la citation de Protagoras. Celui-ci enseignait que l’Homme est la mesure de toute chose, au plan épistémologique : nous ne connaissons le réel qu’à travers la perception que nous en avons – ce qui, incidemment, ne veut absolument pas dire que ce réel n’existerait pas en lui-même, indépendamment de nos perceptions. Mais faire de l’Homme la mesure du monde n’a pas du tout le même sens, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un projet et non plus d’un constat. Ce projet est celui du relativisme et de l’hubris, que les Grecs considéraient comme la pire des fautes. Faire de l’Homme la mesure du monde, au lieu d’encourager l’Homme à s’élever à la mesure du monde. Mieux vaut encore le cri de défi de ceux qui veulent se mesurer au monde !

« Libre acteur de sa vie de la naissance à la mort. » À l’heure où l’on soupçonne de « l’emprise » derrière chaque rapport sexuel et une « relation de domination » derrière chaque contrat de travail, nous devrions donc croire que le choix de l’euthanasie, et lui seul, ne sera soumis à aucune pression sociale, familiale, économique. Nous devrions croire que les malades psychiatriques ou atteints d’Alzheimer dont parle Jean-Louis Touraine seraient capables d’un « choix libre et éclairé » ! Nous devrions croire qu’un mineur peut faire le « choix libre et éclairé » de se suicider par euthanasie avant même de pouvoir voter !

En 2021 j’écrivais : « il faut ne rien avoir compris de notre société pour ne pas voir la pression qui serait mise sur certains – trop compliqués ou trop chers à traiter : pensez donc un peu aux autres, vous n’apportez plus rien à la société, votre famille souffre tant de vous voir décliner, on manque de place dans les hôpitaux, vous avez déjà eu une belle vie et avec ce que coûte votre traitement on pourrait nourrir des dizaines d’enfants du tiers-monde, et ainsi de suite. » Que les mutuelles de santé considèrent comme un argument déterminant en faveur du projet de loi les économies qu’il leur permettra n’a rien de rassurant, et s’avère même d’une grande perversité puisque « en même temps » nous distribuons sans compter les visas médicaux, et sommes même priés de financer jusqu’à la nausée les soins de quiconque viole nos frontières.

À lire aussi : Mort sur ordonnance

Dans un amendement (déjà validé) visant à durcir la répression du délit d’entrave à l’euthanasie, les rédacteurs invoquent « le droit de disposer de son corps (les non-vaccinés que le président avait « très envie d’emmerder » savent le prix que la République accorde à ce droit) dans le cadre de la fin de vie. » Si l’on accepte cet argument, alors empêcher une personne suicidaire de passer à l’acte doit également être sanctionné. Et on notera que l’entrave ne désigne pas seulement une entrave physique (comme d’immobiliser une personne qui voudrait sauter du haut d’un pont ?) mais aussi les « pressions morales ou psychologiques » exercées sur la personne euthanasiée comme sur les « soignants » qui pratiqueront l’euthanasie. Le législateur reconnaît donc soudain que des pressions peuvent interférer…. mais cette prudence ne s’applique que lorsque quelqu’un décide de vivre, pas lorsqu’il décide de mourir, puisqu’il n’y a en revanche pas de délit d’incitation à l’euthanasie !

Non contente de rompre définitivement avec l’éthique d’Hippocrate, la République l’enverrait en prison.

Hubris. Si vous avez déjà lu une tragédie grecque, vous avez déjà comme ça se termine.

La possibilité de Dieu

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Le mensonge de Gaza

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Des habitants observent les secouristes qui retirent les corps des décombres, à la suite d’une frappe israélienne qui a touché la maison d’une famille palestinienne à Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 23 mai 2025. L’agence de défense civile de Gaza a indiqué que les frappes israéliennes ont tué 16 personnes ce jour-là à travers le territoire, où Israël a intensifié son offensive militaire ces derniers jours © Omar Ashtawy \ apaimages/SIPA

Guerre à Gaza. Comme la presse n’a pas accès au territoire palestinien, et que seuls les récits terrifiants concernant la situation des civils ou la progression de la famine dans l’enclave nous parviennent, un discours manichéen s’impose peu à peu dans les esprits. Dans Le Figaro, le philosophe Alain Finkielkraut redoute qu’une « bonne conscience antisémite s’installe un peu partout dans le monde ». Analyse.


Gaza. Gaza affamée, Gaza martyr, Gaza sacrifiée : voilà le film qu’on nous projette, encore et encore, sur tous les écrans. Gaza enfermée, Gaza privée d’eau, Gaza au bord de l’extinction — par Israël, toujours par Israël. C’est le scénario unique, la bande-son inlassable. Et pour l’alourdir, pour l’amplifier, on pioche dans l’histoire : on parle de génocide, on parle de déportations, on parle de ghetto, d’épuration ethnique. On convoque, sans même sourciller, les mots de la mémoire juive pour les retourner contre Israël. On superpose les images: les enfants de Gaza deviennent les fantômes d’Auschwitz, les ruines de Gaza deviennent les ruelles de Varsovie, les barrages de Gaza deviennent les barbelés des camps.

L’heure du doute

Mais derrière ce montage, que cache-t-on ? On cache l’islamisme au pouvoir. On cache les réseaux souterrains, les arsenaux dissimulés, les tunnels creusés sous les maisons. On cache les financements étrangers, les stratégies guerrières, l’embrigadement des enfants. On cache aussi que la « famine » de Gaza, si elle reste une menace, n’a rien de comparable aux famines du Yémen, du Soudan en ce moment même. On cache, surtout, que ce n’est pas une simple opération punitive ni une démonstration de force gratuite: c’est une guerre existentielle pour Israël. Une guerre contre une force islamiste qui veut explicitement sa destruction. On cache ce qu’on voit, ce qu’on sait. 

On oublie commodément que les destructions à Gaza sont du même ordre que celles jugées nécessaires à Mossoul, à Raqqa, pour éradiquer l’État islamique. On oublie qu’alors, des villes entières ont été rasées, des civils piégés et tués comme à Gaza, des quartiers anéantis, au nom d’une lutte vitale contre une menace idéologique radicale. Mais à Gaza, ce parallèle est soigneusement évité. À Gaza, on exige qu’Israël mène une guerre propre, qu’il accepte les coups sans riposter, qu’il se laisse enfermer dans la posture du bourreau.

A relire, du même auteur: Les Frères musulmans et l’art du mensonge victimaire: l’exemple du Hamas

Et pourtant, il faut le dire aussi: on peut comprendre le doute. On peut comprendre l’hésitation face à la détresse réelle d’une population ballottée, trahie, baladée par l’histoire, prise au piège de ses propres dirigeants. Ce doute existe, il traverse les opinions publiques, il traverse même la démocratie israélienne elle-même, parfois de façon radicale. Israël n’est pas un bloc monolithique: c’est une société qui débat, qui s’interroge, qui doute, qui se divise, y compris sur ses propres moyens, ses propres méthodes, ses propres blessures.

Un scénario parfait

Mais tout le monde sait. Les chancelleries, les ONG, les journalistes, les diplomates : ils savent. Mais ils font semblant. Ils reprennent les images, ils reprennent les mots, ils reprennent le scénario, parce que ce scénario est trop parfait pour être lâché. Il simplifie. Il moralise. Il désigne un coupable unique. Il fait pleurer, il indigne, il remplit les plateaux télé, il sert d’arme diplomatique.

Le mensonge sur Gaza n’est pas un accident. C’est une machine de guerre des islamistes, de leurs alliés révolutionnaires de circonstance, de leurs idiots utiles. Une machine habile, huilée, où l’on transforme une situation tragique et complexe en conte moral simplifié. Où l’on gomme les islamistes, les armes, les manipulations sur les chiffres de victimes civiles, pour ne garder qu’un face-à-face : Israël-bourreau, Gaza-victime. Où l’on recycle la mémoire du peuple juif pour l’inverser, pour en faire une accusation contre Israël. Où l’on vous habitue à répéter, à avaler, à propager, sans même vous en rendre compte, ce qui a été construit pour vous.

Ce mensonge prospère non parce que les faits manquent, mais parce qu’il trouve trop de relais, trop d’alliés, trop d’intérêts. Il prospère parce qu’il vous parle à l’émotion, pas à la raison. Parce qu’il veut vous arracher à la pensée. Parce que c’est ainsi que le mensonge gagne : quand il vous fait répéter, quand il vous fait plier, quand il vous fait consentir.

Et c’est là que surgit la question essentielle : que prépare ce mensonge pour demain ? Quelle trace laisse-t-il dans nos sociétés, dans nos décisions, dans notre rapport au monde ? Car ce n’est pas simplement Israël qui est visé: c’est la capacité même de l’Occident à discerner, à résister, à défendre ce qui le fonde. Un monde qui abdique cette capacité s’expose à bien plus qu’un revers moral : il ouvre une faille où, à terme, toute légitimité s’effondre. Et quand la légitimité s’effondre, ce ne sont pas seulement des récits qui tombent — ce sont des civilisations.

Santé de Joe Biden: qui savait?

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De gauche à droite, sur le plateau TV de CNN, le journaliste Jake Tapper, le président Joe Biden et son épouse Jill, Atlanta, 28 juin 2024 © Gerald Herbert/AP/SIPA

Les révélations du livre Original Sin (Le Péché originel), signé par Jake Tapper et Alex Thompson et tout juste paru aux États-Unis, font grand bruit. En Amérique, ceux-là mêmes qui niaient hier tout signe de déclin cognitif chez Joe Biden publient aujourd’hui des livres dans lesquels ils racontent tout — ce que ne manquent pas de relever, moqueurs, les late shows. Quant à ceux qui, hier encore, osaient évoquer la santé vacillante de l’ancien président, et se faisaient traiter de « complotistes » ou d’être des « menaces pour la démocratie », ils jubilent. Et pensent que le cancer de Biden est révélé au public pour changer de sujet, pour attirer la sympathie et pour contrer les attaques dont l’entourage de l’ancien président fait l’objet.


Joe Biden n’est plus président depuis près de cinq mois. Il n’a plus aucun avenir politique. Mais l’ancien président est revenu à la une de l’actualité ces derniers jours après une cascade de révélations inquiétantes concernant sa personne et surtout sa présidence.

Il y a d’abord eu la diffusion d’un enregistrement audio détaillant l’étendue de son déclin cognitif. Il y a ensuite eu un livre racontant par le détail la campagne de dissimulation –  « cover up » en anglais – mise en place par son entourage pour cacher ce déclin aux Américains. Il y a enfin eu l’annonce qu’il souffre d’un cancer de la prostate à un stade « avancé ».

A la vérité seule cette troisième information est une révélation. Le déclin cognitif de Joe Biden était déjà connu. Parce que visible et documenté dans des dizaines de vidéos et interviews dès 2019, date de son entrée dans la campagne présidentielle de 2020. Mais il était nié par ses proches, et par ses alliés politiques. L’omerta était de rigueur et, à gauche, tout le monde la respectait. Ce n’est plus le cas. Ceux-là mêmes qui niaient tout déclin cognitif hier, publient aujourd’hui des livres, où ils racontent tout…

On peut s’interroger sur la vacuité morale que dénote une telle attitude mais ce n’est pas le sujet. Le vrai sujet c’est que la présidence de Joe Biden a été marquée par le mensonge, la dissimulation et les manipulations. La Maison Blanche, les démocrates et les médias ont sciemment propagé de la désinformation pour cacher l’état de santé du président et détourner la démocratie américaine.

Tous ceux qui ont dénoncé ces abus en temps réel ont dit la vérité, mais se sont vus accusés de complotisme et d’être une menace contre la démocratie, alors qu’en vérité ils étaient les seuls à tenter de la défendre.

Le vrai sujet, c’est aussi que si Biden était affaibli au point où tout le monde le reconnaît aujourd’hui, il était incapable d’assumer ses fonctions de président des Etats-Unis.  Dès lors, qui les assumait à sa place ? A l’aune des révélations récentes, il y a lieu de s’interroger sur qui a véritablement dirigé l’Amérique pendant les quatre années du mandat de Joe Biden.

Retour sur cette cascade de révélations et de « cover-ups »

Tout commence le 16 mai avec la publication par le site d’information Axios d’extraits audio de l’entretien d’octobre 2023 entre le président Biden et le procureur Robert Hur qui enquêtait sur la détention illicite par Joe Biden de documents classifiés. Le contenu de cet entretien était déjà connu. Il avait été détaillé dans un rapport, rendu public en février 2024, où le procureur Hur estimait Biden coupable d’avoir détourné et détenu chez lui des documents d’Etat mais ne l’avait pas inculpé parce que tout jury verrait en lui un « vieillard bienveillant à la mémoire défaillante » et refuserait de le condamner.

La phrase, plus assassine, que toute condamnation en justice, avait fait scandale. Hur avait été attaqué violemment par la Maison Blanche, le clan Biden, et les médias. Son intégrité avait été mise en doute. Pourtant la retranscription de l’entretien démontrait la véracité de son diagnostic. On pouvait y constater les hésitations du président, ses trous de mémoire, ses pertes de repères dans le temps, ses difficulté à finir une phrase, à avoir une pensée cohérente et suivie, ses innombrables digressions voire divagations sans rapport avec les questions qui lui étaient posées. Tout cela avait été retranscrit. C’était être en flagrant déni de réalité que d’oser le nier.

C’est pourtant ce que l’administration Biden avait fait alors. Elle avait été suivie par toute la gauche et les médias dominants. Aujourd’hui, la diffusion de l’enregistrement, avec ses innombrables silences, qui durent bien plus longtemps que trois petits points sur une feuille de papier, est venue comme une gifle magistrale à quiconque a prétendu alors que le président ne souffrait d’aucun déclin cognitif. C’est un document implacable. Presque pénible à écouter quand on sait qu’il s’agit  du président des Etats-Unis…

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Cette révélation n’a pas accablé Biden, son état était déjà connu. Elle a accablé son entourage,  en particulier sa famille, son épouse Jill et sa sœur Valérie, qui ont toujours été ses plus proches conseillères. Elles auraient dû intervenir. Lui dire de se retirer. Elles ne l’ont pas fait. Au contraire, elles ont nié les faits et ont muselé toutes les voix dissidentes pour cacher la réalité aux Américains.

C’est cette vaste campagne de dissimulation, ce second cover-up, qui est raconté dans le livre Original Sin (Le péché originel), signé de Jake Tapper et Alex Thompson, qui vient de paraître aux Etats-Unis. Ce « péché originel », selon les auteurs, c’est le silence observé et imposé par les dirigeants démocrates et l’administration Biden au sujet de la baisse des capacités intellectuelles du président. L’ironie est que les deux auteurs ont eux-mêmes participé à cette omerta et qu’ils ont eux-mêmes fait taire les voix dissidentes. Alex Thompson est un journaliste du site Axios (tendance social-démocrate), qui a remporté le prix d’excellence des correspondants de la Maison Blanche en 2024, sans avoir rien dit du déclin cognitif du président jusqu’au fameux débat de juin 2024 où  la condition réelle du président Biden explosa en direct au visage de toute l’Amérique… Jake Tapper est un journaliste chevronné de la chaîne CNN, qui déteste viscéralement Donald Trump et qui comme beaucoup de ses confrères était prêt à tout pour l’empêcher de revenir à la Maison Blanche, y compris mentir à ses téléspectateurs.

Dès octobre 2020, à la veille de l’élection présidentielle, lors d’un entretien en direct avec Laura Trump, belle fille de Donald Trump, celle-ci avait dénoncé le déclin cognitif de Joe. Elle avait évoqué ses propos de plus en plus inconsistants, ses difficultés de plus en plus fréquentes à finir ses phrases, sa tendance à perdre le fil de sa pensée. Jake Tapper lui avait coupé la parole. « Vous vous moquez de son bégaiement… A quel titre pouvez-vous prononcer un diagnostic médical ? … Si c’est tout ce que vous avez à dire cette conversation s’arrête ici. »

Aujourd’hui, dans les multiples interviews qu’il donne pour promouvoir son livre, Tapper fait un mea culpa sur cet entretien. Il admet que « Laura Trump avait remarqué quelque chose que je n’avais pas discerné ». Etrange de la part d’un journaliste expérimenté ayant un accès privilégié au président. Comment avait-il pu ne pas remarquer ce que tout le monde voyait clairement… ?

Et comment, aujourd’hui, ose-t-il capitaliser sur cet échec ? M. Tapper a échoué à sa mission première, qui est de correctement informer le public. Mais loin de faire amende honorable il tente de capitaliser sur cet échec en racontant dans un livre ce qu’il n’avait pas vu mais que toute l’Amérique avait remarqué ? Comme a ironisé l’humoriste John Stewart, il vous vend en retard une information qu’il aurait dû vous donner gratuitement des années plutôt…

Une thérapie de groupe avant les midterms

En fait Original Sin n’a pas tant pour objectif de révéler la faiblesse intellectuelle du président Biden, que de décrire le mécanisme de dissimulation et de mettre des noms sur ceux qui l’ont orchestré. Le livre est en règlement de compte entre démocrates. Une étape dans leur tentative de solder leur défaite électorale de novembre 2024 et de se redresser avant les élections intermédiaires de novembre 2026.

Original Sin met en cause Jill Biden d’abord. Elle est intervenue continuellement pour nier l’état de santé de son mari et décourager quiconque d’en parler, à la fois les élus et les médias. Le livre pointe également du doigt le « cabinet Biden », Ron Klein son chief of staff, Mike Donilon, son directeur de campagne, Steve Ricchetti, son conseiller personnel, ainsi que les personnes qui géraient le bureau ovale. C’est tout un premier cercle de conseillers, en contact quotidien avec le président qui sont intervenus pour le protéger, en limitant ses activités officielles, en le gardant loin des journalistes, en interdisant les questions impromptues, et en indiquant la ligne à suivre aux médias les plus complaisants.

C’est ainsi que Joe Scarborough, hôte de l’émission d’information matinale sur MSNBC pouvait affirmer sans broncher au printemps 2024,  alors que les signes du déclin cognitif de Joe Biden étaient indéniables, « le président Biden n’a jamais été aussi affuté… C’est la vérité et allez-vous faire f… si vous n’êtes pas capable d’accepter la vérité. »

Et il y avait toujours la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre (KJP), lesbienne d’origine haïtienne, pour nier sans vergogne la réalité. Après le catastrophique déplacement du président Biden pour les célébrations du D. Day en Normandie en juin 2024 (Biden avait tourné le dos aux photographes et à ses pairs pour errer seul, comme s’il était perdu) « KJP » avait dénoncé des vidéos truquées qualifiées de « cheap-fakes ». La presse bien-pensante, du New York Times à MSNBC en passant par CNN, avait tout avalé et s’était empressée de s’en prendre au camp Trump accusé de propager de la désinformation, pour manipuler les élections, ce qui constituait une menace contre la démocratie.

Un an après,  il n’y a plus de doutes sur qui mentait et sur qui disait vrai, Encore une fois la vérité était du côté de Donald Trump et le mensonge du côté de ses détracteurs. Ceux qui l’accusaient de menacer la démocratie étaient ceux qui l’avait déjà détournée et confisquée à leur profit.

Il demeure que le mensonge monumental orchestré par l’administration Biden sur la santé du président américain n’aurait jamais pu tenir comme il a tenu sans la complicité des médias. Or loin de se sentir coupables ou responsables, ils essayent au contraire aujourd’hui, à l’image de Jake Tapper, de retourner la situation et de se déculpabiliser…

C’est d’autant plus condamnable  que ces mêmes médias sont passés à côté d’une autre information majeure concernant Joe Biden. A savoir qu’il souffre d’un cancer ! Depuis des années ! Cette révélation, et elle en est vraiment une, est inquiétante. Elle interpelle quant à l’avenir de l’ancien président en ce monde. Elle alerte quant à la fiabilité des soins dont un président américain bénéficie. Ce cancer aurait dû être identifié depuis longtemps. 

La nouvelle est tombée le dimanche 19 mai. Beaucoup ont vu dans ce timing une tentative de  « contrefeu », un moyen de changer le sujet et d’attirer la sympathie sur Biden pour contrer les attaques dont lui et son entourage faisaient l’objet.

Selon le communiqué officiel, Biden souffre donc d’un cancer « agressif » de la prostate avec des « métastases avancées » et en « stade 9 ». Le cancer serait présent jusque dans les os… Ce diagnostic alarmant signifie que ce cancer n’est pas apparu ces dernières semaines.  Il se développe depuis de longues années. Une décennie sans doute, vu l’avancement du mal. Les médecins soulignent combien les cancers de la prostate sont lents à progresser.

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Comment se fait-il qu’il n’ait pas été diagnostiqué plus tôt ? Le président des Etats-Unis n’est-il pas le personnage le plus suivi et le mieux soigné de la planète ? Apparemment pas ! Joe Biden n’avait fait aucun test de dépistage depuis 2014 et aucun ne lui avait été imposé. Le CDC, « Center for disease contrôle », agence fédérale pour le contrôle des maladies, recommande de ne pas tester les hommes après 70 ans pour le cancer de la prostate à cause de trop nombreux cas de « faux positifs ». Les médecins attendent donc d’observer des symptômes visibles pour intervenir.

Le président des Etats-Unis doit nécessairement subir au moins un examen de santé par an. Le dernier examen de Joe Biden en tant que président remonte à février 2024. A l’aube de la campagne présidentielle. Aucun cancer n’est évoqué dans ce bulletin de santé. Donc les questions que chacun se pose aux Etats-Unis sont : le cancer était-il vraiment absent, alors ? Ou bien, était-il présent, mais les médecins ne l’ont pas vu ? Ou encore, était-il présent et a-t-il été identifié sans que l’information ne soit communiquée aux Américains ?… Compte tenu de la propension de l’administration Biden aux dissimulations, nombre d’Américains penchent pour cette troisième option. Ainsi après le « Cover Up », sur la prétendue corruption du clan Biden (Hunter le fils, James le frère, et Joe le « grand patron »),  après le Cover Up sur le déclin cognitif de Joe Biden, il y aurait un troisième Cover Up sur le cancer du président. Car la révélation d’un cancer à l’aube de la campagne présidentielle aurait annihilé les chances de Joe Biden de se présenter à un second mandat et il était donc impératif de garder l’information secrète…

Les interrogations ne s’arrêtent pas là. Car si Joe Biden était effectivement aussi affaibli que les récits et révélations récentes le détaillent, il n’était à l’évidence pas en mesure de gouverner et quelqu’un d’autre le faisait à sa place. Qui ? La réponse est vraisemblablement ses conseillers et tous les bureaucrates non élus au sein des diverses administrations. Voici quelques semaines la presse américaine a révélé qu’au bas de nombreux documents officiels, ce n’est pas la signature personnelle de Joe Biden que l’on trouve mais une signature automatique reproduite électroniquement, un « autopen » en anglais. Cet artifice n’est pas nouveau et parfaitement légal. Un « autopen » a été utilisé pour la première fois à la Maison Blanche en 2011 pour obtenir la signature du président Obama sur un texte de loi alors que le président était en déplacement en Europe. Le besoin urgent de faire signer le texte de loi avait justifié ce recours. Barack Obama était toutefois en ligne par téléphone au moment de la signature authentifiant l’acte. Car il est interdit et inconstitutionnel d’utiliser la signature automatique du président hors de sa présence. Cela invalide l’acte signé. Le président Donald Trump, qui signe personnellement tous ses actes et décrets à la main et devant la presse, s’est saisi de ce point de détail pour s’interroger sur la validité de multiples décrets portant la signature de Joe Biden… M. Trump est même allé jusqu’ à affirmer que la politique migratoire de l’administration Biden avait été menée à son insu, tant elle différait de ce que M. Biden avait défendu pendant toute sa vie et tant il paraissait en ignorer les détails. En clair, Trump accuse les employés de la Maison Blanche et de l’administration Biden d’avoir abusé de leur fonction pour gouverner à la place du président… Un acte qu’il a qualifié de « trahison ». Et il a demandé au Congrès d’enquêter dans le cadre de sa mission de vérification et de contrôle de l’exécutif. Le scandale du déclin cognitif de Joe Biden est peut-être loin d’avoir livré toutes ses révélations…

Cover Up : Le clan Biden, l'Amérique et l'Etat profond

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Original Sin: The must-read Sunday Times bestseller

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Tremblez, Frères musulmans! La République sort la grosse Bertha

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Image d'illustration. DR.

L’effrayant rapport parlementaire sur l’entrisme islamique dans la société française, catalogue assez indigeste de quelque soixante-quinze pages répertoriant les beaux résultats de la cécité et de l’impéritie des pouvoirs qui se sont succédé à la tête de l’État ces dernières décennies, se clôt par la préconisation de quelques mesures présentées comme étant de nature à endiguer le mouvement. Des mesures d’une extrême rigueur et dont on peut penser que leur énoncé seul aura suffi à semer la terreur dans les rangs des Frères musulmans, de leurs affidés et de leurs compagnons de route de chez nous, encartés de préférence à l’extrême gauche (mais pas seulement…)

Fermeté exemplaire, donc. Qu’on en juge !

Afin de lutter pour de bon contre la menace grandissante que constitue cet entrisme forcené, il conviendrait – notamment – d’agrandir les carrés musulmans de nos cimetières, d’enseigner la langue arabe dans nos écoles dès le primaire, et, cela va de soi, s’empresser de reconnaître un État palestinien dont, notons-le, les limites territoriales ne sont en rien évoquées dans ledit rapport.

Pour ma part, et sans doute ne suis-je pas le seul, je trouve qu’on la joue vraiment petit bras, comme on dit quand on veut faire branché et que revient la belle saison de Roland Garros.

Quel manque d’allant, en effet ! Quelle absence de vision et d’ambition !

S’en tenir à ces quelques mesurettes, mais de qui se moque-t-on ?

A lire aussi, Ivan Rioufol: Islamisme: les reculades françaises

Alors qu’il aurait été de simple bon sens, si l’on entendait vraiment faire montre d’une réelle volonté politique, d’exiger l’instauration d’une journée européenne du halal (à Bruxelles, la Commission n’attend que cela depuis des lustres ! Enchantée, elle dégagerait immédiatement trois ou quatre milliards d’euros pour financer la filière, ou plus exactement les filières, celle de la bidoche bien sûr, mais aussi celle du couteau à usage multiple qui va avec). Organiser de surcroît des animations culturelles dédiées, bien en phase avec l’intention, telles qu’une édition annuelle du concours The Voice spécial Muezzin, sur TF1, présentée par l’illustre Mélenchon en personne, et sur les chaînes du service public le concours du plus beau minaret de France, animé cette fois par dame Rima Hassan, lauréate indétrônable de cet autre concours, remarquable entre tous, celui de Miss Keffieh de la décennie. Sans oublier bien entendu un super téléthon au profit exclusif de la Cimade, de Utopia 56, de Kabubu et de quelques autres ONG d’identique générosité cosmopolite autant que sélective. La date retenue pour cette manifestation merveilleusement solidaire pourrait correspondre avec la proclamation du palmarès du Festival de Cannes où, autre conscience inamovible de la chose, Juliette Binoche remettrait en suprême trophée le Migrant d’Or avec palmes au réalisateur LGBT+ du film woke le plus pur jus de la saison.

Bref, on aurait pu faire beaucoup plus et beaucoup mieux que promouvoir une extension de terre musulmane dans nos cimetières de France ainsi que l’apprentissage de l’arabe à des mômes en jachère quant à la maîtrise de la langue française. Cela dit, il est clair que du côté des Frères musulmans, on doit très certainement considérer qu’on l’a échappé belle…

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Nadal : partir un jour

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Hommage à Rafael Nadal au tournoi de Roland Garros, Paris, 25 mai 2025 © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Hier, Rafael Nadal nous a montré, une fois de plus, sa bonne éducation, avant de tirer sa révérence sur le Central dans ce tournoi de Roland-Garros tant de fois gagné qui lui colle à la peau. Désormais, le court portera à jamais son empreinte et son palmarès s’apprendra dans les livres d’Histoire…


Quand un étranger déclare sa flamme à la France, à son peuple et aux Parisiens, on se dit que tout n’est pas foutu et que nos compatriotes seraient bien inspirés de l’imiter parfois. Que notre vieille carcasse hexagonale brille encore dans les yeux d’un Majorquin couvert de victoires ; il avait jadis les cheveux longs et les biceps saillants, aujourd’hui, il porte le costume noir et la mèche éparse, son fils dans les tribunes avait enfilé une marinière bretonne pour l’occasion, ses parents, son oncle, sa sœur, les cousins, l’« abuela » et Xisca, l’épouse brune au regard tendre, toute la famille des Baléares était hier dans les tribunes du Chatrier pour saluer l’enfant prodige ; le public était aux anges.

Sacré caractère

Hier, on a pris une leçon d’éducation à l’espagnole. Une claque dans un pays où l’autoflagellation est discipline olympique. Ou d’éphémères ministres voulurent le salir. Quel autre sportif de son pedigree, celui d’une légende, est capable de remercier simplement, sincèrement, aussi naïvement. Lui, on le croit. Hier, ses mots ont touché. Rafa est une star, il connaît parfaitement les ressorts de son sport-business, la communication, les sponsors, les contrats, les institutions fédérales et la gestion d’un sport exercé à son plus haut niveau pendant toutes ces années, devant les caméras du monde entier et les réseaux, ce barnum n’a pas entamé sa gentillesse qui n’est pas ici faiblesse, sa politesse qui n’est pas une manœuvre. La vérité de cet Homme est transparente. Oui, Rafa est un garçon poli qui a la larme facile, il n’a pas perdu son âme dans de fausses confidences comme tant de vedettes, alors que les sollicitations, les pièges, la douleur physique et les attentes ont pavé sa carrière. Ce ne fut pas un long fleuve tranquille malgré l’énormité des trophées accumulés. Pour ceux qui estiment qu’il en a fait trop hier, qu’ils regardent attentivement les premières images de son apparition Porte d’Auteuil, il était exactement le même. Timide et conquérant. Réservé et sensible. Déterminé, il l’était plus que quiconque et on savait cependant qu’il ne marcherait pas sur ses adversaires par des méthodes déloyales. Avant chaque quinzaine des Internationaux de France, on savait que Rafa ne se ferait pas remarquer par des agressions verbales ou de l’antijeu. Chacun son style. Chacun son caractère. D’aucuns trouveront que cette image de bon fils manque de sel, de panache et de souffre. Comme Julio Iglesias, Rafa n’a pas changé. Il exprimait sa hargne, son corps en a fait si souvent l’amère expérience, il l’a usé jusqu’à la corde, sur le court. Nulle part ailleurs. Ni en polémiques, ni en sautes d’humeur.

À relire : La tactique pour battre Nadal à Roland Garros

Une machine

Rafa n’est pas un « bad boy » du circuit, c’est un gentleman. Sur son île, le tennis professionnel demeure un jeu. Hier, cet hommage national, dans son arène, sans fioritures, en présence de l’élite de son métier, Roger, Novak, Andy et les « petites mains » de Roland, était comme une réunion de famille. Rafa n’a pas craché sur la couronne, ni sur notre République qui l’a vu naître sportivement, c’était à la bascule millénaire, du côté de Tarbes, au tournoi des Petits As, avec son camarade, Richard Gasquet, le prince de Béziers.

Depuis, il a beaucoup gagné sur terre battue, son prénom raccourci est devenu un diminutif, son rituel avant de servir, longtemps moqué, est enseigné dans les écoles, son engagement à frapper toutes les balles est un modèle de volonté. Ce sacerdoce n’était pas feint. Quand il rentrait sur le court, le public avait l’intime conviction que ce joueur-là ne s’économiserait pas. Dès l’échauffement, la puissance et la vitesse, la précision et la vista se mettaient en mouvement. La machine était lancée. L’aura d’une star se mesure à la fébrilité des spectateurs. Nous avions le trac. Une onde étrange parcourait cette cuvette désormais étanche, nous étions émus de le voir jouer. Hier donc, tout était « tradi », le cadre immuable de cet Ouest parisien qui se réveille à la fin du mois de mai avec ses belles allées, ses hôtesses accortes, ses admirables ramasseurs ; le parfum des examens dans l’air, une romance en cinq sets, il ne manquait plus que Chaban-Delmas se promenant dans le village et on se serait cru au siècle dernier. Hier, un Espagnol, un hidalgo de haute lignée, fit allégeance à notre pays. À notre tour de lui dire merci.