Connaissez-vous Yves Wacheux?
On peut être un homme de son temps. On peut être un artiste de son temps. On peut aussi trouver un refuge dans la peinture, comme sur un bateau qui de temps en temps seulement rentre au port. Le peintre et poète, Yves Wacheux, né en 1933, a vu de loin disparaître le monde ancien, au fond du lavabo des salles de bain modernes pour ne pas dire dans la cuvette (celle de Marcel Duchamp, bien sûr). Depuis l’âge de vingt ans, il peint des paysages intemporels, des scènes domestiques et des personnages insouciants comme si les uns et les autres étaient faits de la même matière, véritable et irréelle, une matière étrangère à son temps, à notre temps.
Quelques années de fièvre
Au tournant des années 1980, Yves Wacheux est brièvement rentré au port, il a connu son heure de gloire. Presque une erreur de navigation, un malentendu. Il souligne lui-même qu’il n’a jamais cherché à faire carrière. Il était toléré par ses confrères « parce qu’il ne gênait personne ». Au demeurant, on s’étonnait qu’il vende un peu moins que les autres. Sous-entendu (inconscient) : alors qu’il était le meilleur. Ce phénomène de décalage était à la fois inquiétant et rassurant : tout ce qu’il faut de tension et de mystère pour stimuler un milieu d’artistes. Du reste, on tolérait l’intrus d’autant plus qu’il y avait de la place pour tout le monde : le marché de l’art était en pleine floraison, lancé dans un ambigu pas de deux avec l’essor de la finance pour tous (rappelez-vous les sicav monétaires, le boursicotage populaire).
C’était il y a trente ou quarante ans. En ce qui concerne la peinture, ce n’était pas l’âge d’or comme au XIXe siècle, tout de même, où dans chaque intérieur on accrochait au moins une toile et un certain nombre de peintres ont pu vivre de leur art. On a aujourd’hui du mal à y croire. Quelques années de fièvre.
Un peintre à l’écart
Sans lever les yeux de son ouvrage, sans couper son oeuvre de ses racines profondes, Yves Wacheux bénéficia de l’élan général. Les autres peintres, pour la plupart, vivaient à fond dans le présent et préparaient l’avenir : ils s’accoutumaient à la communication, aux relations publiques, aux DRAC, aux FRAC, au personnage de l’artiste qui parle à tort et travers et qui va bientôt maîtriser les réseaux sociaux, et, en même temps, ils s’enfonçaient dans les poncifs du champs de lavande en Provence, des marines pour bord de mer, des clowns et autres chevaux à la belle crinière dans le vent. Ou alors, carrément, ils se lançaient déjà dans la reconversion en installateurs idéologues. Yves Wacheux, quant à lui, a continué à peindre, à cultiver son style. Son grenier, aujourd’hui, est rempli de centaines de tableaux splendides comme seules peuvent l’être la tête ou le grenier d’un peintre. Il a résisté à toutes ces années, à l’invasion des ronds-points, aux émissions de téléréalité, au déclin du marché de l’art qui à suivi la bulle.
Deux expos pour fêter ses 84 ans
À l’oubli – pas tout à fait, quand même. Il est toujours là. Il fait du cabotage non loin de la côte. Cette année encore, alors qu’il fête ses 84 ans : deux expositions ont eu lieu dans une galerie fidèle de la région parisienne (à Gif-sur-Yvette) et du Havre. Les lieux eux-mêmes évoquent une époque disparue. La petite ville de Gif-sur-Yvette existe-t-elle encore, ou seulement dans les romans de Georges Simenon ?
Le peintre Yves Wacheux est coté. Pour donner une idée, on peut obtenir, à l’heure actuelle, une de ses oeuvres de taille moyenne pour la somme de 3000 €. C’est peu et c’est beaucoup : cela dépend du point de vue. Les gens de goût diront que c’est peu. Et l’avis des autres, finalement, importe peu. Ses clients sont souvent étrangers. Pour la plupart, ce sont des Anglais ou des Américains, héritage de l’époque où il exposait rue de Seine (et où la rue de Seine exposait). En évoquant le quartier de Saint-Germain, les images d’autrefois se bousculent, on repense aux confrères peintres, à quelques maîtres qui ont transmis une idée précieuse, aux vernissages, aux tournées en province (l’une d’elles en Corse, mémorable, tous frais payés !).
Le chaman Sartre n’a rien vu
Yves Wacheux fut sociétaire de la plupart des salons dont le nom même n’évoque plus grand chose de nos jours, mais qui marquaient, naguère, les saisons (salon d’automne, salon d’hiver…). Du reste, tout cela était déjà anachronique. Le mitan du XXe siècle fut pour les peintres, comme pour le reste du monde, un moment de transition phénoménal. Le grand moment de la tromperie. Par paresse, on dit que l’utopie communiste a donné le ton à ces années ; le rêve éveillé du grand chaman, Jean-Paul Sartre, planant sans partage sur les esprits de 1950 à 1980. Mais Sartre et ses sbires n’ont rien vu, rien entendu, rien dit – ni rien fait.
À la manoeuvre : la démocratie chrétienne. En marchant sur le corps du catholicisme à l’ancienne, social ou mystique, c’est elle qui a fait le lit du monde moderne sur les ruines de la guerre. Emmêlée dans le radical-socialisme (son grand ennemi, paraît-il), elle a exacerbé la jalousie des petits-bourgeois, nivelé par le bas et imposé pour horizon unique les bienfaits du monde matériel. Elle a discrédité l’ambition légitime de distinction, voire de contribution au bien commun, en favorisant des domaines exempts de tout effort créatif (consommation, loisirs, sexualité “libérée”, en un mot : l’hédonisme).
C’est l’histoire des trente glorieuses. Dès lors, les artistes en particulier ont dû louvoyer, chercher des excuses et finalement se confier au giron protecteur de l’État. Manière détournée de renforcer l’illusion que la victoire était au socialisme. Ô que non ! Car les pauvres commis de l’État, chargés de la culture, se sont trouvés bien bernés par quelques rusés chevaliers d’industrie, vendeurs ou acheteurs, peu importe, d’art contemporain.
Une joie nostalgique
Tout au long de sa carrière de peintre, Yves Wacheux a continué à enseigner le français dans un collège catholique. Cet autre métier l’a mis à l’abri, dit-il. Sa peinture est joyeuse, d’une joie nostalgique plongeant aux profondeurs de soi-même et aux temps primordiaux, autant elle est intemporelle. Sa tradition picturale s’inscrit à travers une lignée qui remonte, par les écoles de Lyon et Paris, jusqu’aux peintres nabis comme Vuillard et Bonnard et plus loin à Pissaro ou Sisley. Wacheux y ajoute un artiste moins connu, mais intéressant, Pougny, un ancien constructiviste d’origine russe qui s’est converti à la couleur en France.
Sans la peinture (et sans Marèse, muse héroïque et adorable), Yves Wacheux aurait pu être un homme perdu, sans espoir, sans dieu. L’ampleur de sa déception sur l’homme se lit dans ses poèmes. Déception de son époque, sur son époque. Dans un collège catholique de la deuxième moitié du XXe siècle, il était aux premières loges pour observer dans son environnement immédiat les progrès de l’iconoclasme contemporain, la déchristianisation institutionnalisée, le renversement du monde. Ses volumes de poésie sont ceux d’un homme amère et solitaire, dont les espoirs ont été déçus et même trompés. Et sa peinture, au contraire, est celle d’un homme habité, jamais seul, faisant rayonner à travers son oeuvre sa foi et sa confiance.
Les artistes, même quand ils s’efforcent de rester le plus souvent au large, à l’écart, sont quelque peu représentatifs de leur époque. La double nature de l’artiste, Yves Wacheux, peintre et poète, c’est la double nature de l’homme luttant par la grâce de Dieu pour sa survie dans un monde hostile et trompeur. C’est le destin de la génération parvenue à l’âge adulte après la guerre, dans les années cinquante ?
Contre l’angoisse contemporaine, contre l’art officiel, obligatoire, absurde, la peinture fut pour Yves Wacheux une poésie en images, un antidote puissant. Qu’elle le soit aussi pour nous !
« Le grand amour de la pieuvre », biographie romancée du père du « Vampire »
Jean Painlevé (1902-1989) est comme son nom l’indique le fils de Paul, mathématicien, trois fois président du Conseil, grand homme. Pas simple, comme on l’imagine.
Des surréalistes au Vampire
D’abord orienté vers la médecine, Jean ne supporte pas la froideur, la cruauté, avec laquelle le corps animal est exploité au profit du corps humain. Il bifurque vers la zoologie, et c’est le coup de foudre. Premier cinéaste scientifique, il réalise plusieurs dizaines de séquences montrant la faune et la flore marine. Ses premiers exposés devant les membres de l’Académie des Sciences sont plutôt mal reçus. Le cinéma, dans les années 1920, est un divertissement de foire, rien d’autre. Après un passage chez les surréalistes, Jean Painlevé rencontre Jean Vigo, et noue une amitié solide avec le réalisateur de Zéro de conduite. Résistant, à sa façon, c’est son film Le Vampire, mettant en scène une chauve-souris, qui marque les mémoires, et la censure.
Une vie à l’aune du vingtième siècle, tumultueuse et bagarreuse, qui réclamait un biographe à sa mesure. Et pour ne pas tomber dans la platitude d’un exposé de faits, il fallait un écrivain atypique.
Tout commence à Roscoff
Marie Berne, universitaire reconnue, gravite désormais entre les langues orientales, le thé, Londres et Paris. Le grand amour de la pieuvre est son premier roman.
Tout commence à Roscoff, en 1911, lorsque le tout jeune Painlevé, les pieds dans l’eau, découvre une pieuvre. C’est elle, Elle qui raconte. Féminité allégorique, ondoyante, sensuelle, mimant les minauderies et les chevelures des femmes terrestres, la pieuvre, maternelle aussi, autant qu’animale, cruelle, sauvage, narre les errances, la passion, la vie hors de l’aquarium de son grand amour. Lorsque, de son oeil « si humain » elle ne l’aperçoit plus, elle le traque. C’est une pieuvre star de cinéma, diva capricieuse, possessive, déhanchée et nonchalante devant la caméra, tourmentée le reste du temps. Elle veut « en finir avec (son) angoisse légendaire de mollusque affamé. »
On ne sait plus très bien qui domine quoi. La frontière entre l’homme et l’animal, entre la terre ferme et l’aquarium du 38, boulevard des Ternes s’efface. À l’époque, heureusement, le débat ouvert par les « anti-spécistes » est plus surréaliste que ne pouvait l’imaginer André Breton. La passion seule lie deux bêtes curieuses
Le style est à l’avenant
Lorsque les producteurs, nouveaux dieux du cinéma, réclament du son, Jean Painlevé pense aux Jeux d’eau de Ravel.
Il est réticent à apposer sa propre voix sur ces observations d’un autre monde, d’une autre échelle. Le relativisme scientifique le pousse à vouloir imiter, avec la langue, la luette, les dents, les lèvres, le langage flasque de son animal.
Il jette plus tard son dévolu sur l’hippocampe, la pieuvre en est jalouse, il pond ses oeufs lui-même. Il vit avec une femme, la pieuvre la déteste. Il filme une chauve-souris, et c’est la scène de ménage.
Le grand amour de la pieuvre est une biographie infiniment originale. Au-delà du point de vue narratif, trouvaille de talent, le style est à l’avenant, parfois rond comme une bulle, barbotant, gigotant autour de son sujet. Les illustrations de François Ayroles et la maquette travaillée en font un bel objet éditorial.
Les non-spécialistes auront parfois du mal à s’orienter parmi les sous-entendus, les jeux de mots et les ellipses. Reste que Jean Painlevé, ses films, disponibles gratuitement sur le net, et désormais sa biographie, valent un détour attentif.
Marie Berne, Le grand amour de la pieuvre, L’Arbre vengeur, 2017.
Finkielkraut / Fontenay : transcendance sans espérance?
En terrain miné, le duel épistolaire que viennent de publier Elisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut est profond, brillant et souvent émouvant. Mais leur commune impasse sur la transcendance autant religieuse que laïque ne porte guère à l’espérance, donc à l’action.
Au classique dialogue enregistré, Élisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut ont préféré une manière plus calme de débattre : l’échange de lettres où l’argumentation peut se déployer, qui permet donc les nuances nécessaires En terrain miné, quand il faut contrôler son langage.
L’objet de cet échange est Alain Finkielkraut, son œuvre et sa position politico-intellectuelle. Le projet voulait répondre à deux inquiétudes, donc à une double-attente. Celui qui est au centre attendait de son interlocutrice qu’elle présente et représente les critiques dont il est l’objet, d’une manière dédramatisée, rationnelle, en élaguant les malveillances adventices ; mais il espérait aussi, en montrant qu’il peut désarmer les méfiances d’une amie, ébranler, désarmer un peu ses nombreux adversaires, les toucher mieux qu’on ne peut le faire dans le feu des polémiques.
Plus qu’un échange, un duel
De son côté, Élisabeth de Fontenay ne voulait pas être seulement un sparring-partner, la porte-parole d’une accusation dont elle devrait émousser la virulence ; elle avait avec son co-auteur des divergences particulières qu’elle entendait exprimer, dans l’espoir de le « faire bouger ».
C’est un corps à corps intellectuel, un duel à l’épée des arguments entre deux amis qui s’aiment et s’estiment autant qu’ils se tapent sur les nerfs – et vice versa. Pendant une année, Alain Finkielkraut a échangé de longues lettres électroniques avec Élisabeth de Fontenay, l’une de ses plus chères amies dans l’espoir, sinon de vider leurs querelles, de s’appuyer sur elles pour comprendre ce qui se passe. Le résultat redonne toute sa noblesse au beau mot de polémique. Élisabeth de Fontenay, cherchant à comprendre ce qui fonde cette « amitié conflictuelle », évoque une « commune provenance à la fois ashkénaze, française, républicaine, lettrée » et un goût partagé pour le second degré réparateur. Non seulement cette proximité n’interdit pas, mais elle autorise de franches engueulades où la fidélité farouche à la gauche de l’une reproche à l’autre ses positions droitières. Leurs divergences, trempées dans l’amour que l’une a pour Rousseau et la méfiance que l’autre a pour sa descendance, permettent en tout cas d’explorer, peut-être au moment où il s’efface, le grand clivage ordonnateur de la vie intellectuelle et politique française entre la droite et la gauche.
Certains commentateurs, constatant qu’aucun des deux protagonistes n’a cédé de positions dans la discussion, en concluent à l’échec de l’entreprise. Ils ont doublement tort. Tout d’abord, ne pas changer d’avis ne signifie pas qu’on ne bouge pas. Malgré des divergences qui restent irréductibles et dont Paul Thibaud rend compte dans les pages qui suivent, chacun a progressé dans la compréhension des raisons de son partenaire/adversaire. Mais, surtout, que cette engueulade civilisée ait finalement donné naissance à ce beau livre permet de croire encore à l’existence d’un monde commun, en dépit des embûches et coups tordus qui font du débat public un sport de combat. Il faut en conclusion saluer Élisabeth de Fontenay qui avoue avoir longtemps préféré avoir tort avec Sartre que raison avec Albert Camus. L’intensité même de l’échange prouve qu’elle est plus camusienne qu’elle ne le dit et que sa gauche n’est pas la « gauche policière », mais la « gauche libre ». Quant à savoir si celle-ci a un avenir, c’est une autre affaire.
Elisabeth Lévy
Cela commence par un conseil de prudence que délivre Élisabeth de Fontenay : si l’on veut être compris, il faut avoir une stratégie, ne pas se présenter comme celui qui a raison, mais aussi, d’une manière moins « présomptueuse », se mettre à l’abri en récusant les rapprochements compromettants, rompre clairement quand votre pensée recouvre celle de gens mal famés. Un débat s’ensuit sur Renaud Camus, où Alain Finkielkraut ne cède rien : comment pourrait-il dans ce cas pratiquer l’opportunisme, céder à l’intimidation, alors qu’il se donne pour rôle de récuser les jugements tout faits du parti du bien, du progrès et de l’ouverture ? En somme le conseil donné n’a produit qu’une réitération du thème central du finkielkrautisme. Voyant que celui qu’elle accompagne refuse, comme elle dit, de « sacrifier ses querelles », l’interlocutrice de bonne volonté en vient à se demander ce qu’elle fait là : « J’ai l’impression, dit-elle, que tu ne t’adresses pas vraiment à moi, que tu m’anonymises ». Cela la conduira à être plus agressive par la suite.
La gauche veut « abolir le monde »
Après la question de l’autorité morale de la gauche, un second lieu de confrontation apparaît, la question sociale, question de l’égalité, des mœurs, de la diversité dans le peuple. Le souci d’exigence dans la pensée et le langage, le souci de l’identité collective ne font-ils pas oublier à Finkielkraut les marges de la société, les nouveaux venus, les ségrégés, ceux qui sont l’objet d’un mépris parfois millénaire, comme les homosexuels, de même que les « syncrétismes culturels » nouveaux et les formes de famille irrégulières ? À ce propos, sans doute pour inciter Alain Finkielkraut à se découvrir, l’interpellatrice hausse le ton : la Manif pour tous n’est pas seulement l’expression d’une « effarante certitude », elle est décrite comme une « féroce (sic) déambulation familialiste ».
Encore une fois, Alain Finkielkraut ne se laisse pas démonter. Il ne prend pas position sur les diverses questions soulevées, mais il les replace, il les « évoque », au sens juridique du terme, dans son monde à lui, celui qu’il a construit, où apparaît un préalable, celui de la capacité de ceux qui s’emparent de ces questions à y répondre. La gauche se montre culturellement incompétente à répondre aux inquiétudes actuelles parce qu’elle est nantie d’une idéologie qui vise à « abolir le monde », et d’abord le sujet politique national. Qu’attendre d’elle quand la culture à quoi elle s’identifie menace le noyau d’où pourrait jaillir l’énergie nécessaire ? C’est de la gauche que procède l’actuelle crise de volonté, puisqu’elle recommande une « abdication par abnégation », alors que l’historiographie à la Patrick Boucheron met en forme une « volonté de n’avoir jamais existé ». Avant de se préoccuper des problèmes de la société, il faut donc se rendre capable de les affronter en assainissant la culture et l’idéologie, ce qu’Alain Finkielkraut s’attache à faire, dans un style péremptoire qui, sous-entend-il, correspond aux urgences de la situation. Il défend ce choix comme rigoureusement rationnel, jugeant qu’on ne lui oppose que des sentiments associés à un « rester à gauche malgré tout ». Élisabeth de Fontenay répond qu’à se spécialiser ainsi dans ce qu’on estime être préalable, c’est la prise de responsabilité politique qu’on élude, qu’on remet sans cesse. Elle rapporte ce contournement du politique à la manière finkielkrautienne de saisir le monde procédant, soupçonne-t-elle, d’une subjectivité enfermée en elle-même, celle d’un écrivain victime de son propre talent, dont le discours tend à la circularité. Cette saisie en effet « consiste à vérifier une intuition et surtout à transformer des gestes en signifiants qui concentrent la totalité de l’époque et auxquels tu confères le pouvoir d’annoncer le temps qui vient ».
Les partenaires de ce débat ont en commun, sur des modes différents, l’inquiétude d’une déréliction du politique, que l’un voudrait surplomber, alors que l’autre voudrait honorer d’anciennes fidélités
On comprend la déception, honnêtement reconnue, des auteurs constatant à la fin que, même si leurs convictions se recouvrent souvent, ni Alain Finkielkraut n’a réussi à convaincre Élisabeth de Fontenay de la validité de sa manière d’appréhender la postmodernité, ni celle-ci n’a réussi à lui faire quitter la posture de « chroniqueur du désastre ». Les moments de bonheur pour le lecteur qui assiste à cette guerre de positions sont des excursus, en particulier quand les auteurs entrent dans l’autobiographie et parlent, non sans émotion, de leurs origines et de leur attachement à celles-ci, quand ils comparent, sans les opposer, une francisation par héritage, imprégnation initiale et progressive ou par adhésion à un corpus appréhendé globalement.
On aurait tort de considérer ces marges comme le seul apport du texte, même si le bilan de l’échange paraît négatif : critique d’un certain piétinement d’un côté, mais échec de l’autre à fonder une capacité politique qui, tout en acceptant le legs de l’histoire, en retrouverait la fécondité, rendrait capable d’ouvrir à une création historique en évitant l’ubris révolutionnaire. Mais, comme on dit, paraît-il, dans les laboratoires, un résultat négatif n’est pas un résultat nul, c’est l’indication qu’il faut chercher ailleurs. L’ailleurs que suggère le non-aboutissement du débat, c’est le politique, champ que les interlocuteurs ont tendance à contourner parce qu’ils y sont mal à l’aise. Classiquement, on caractérise le politique par le goût de l’avenir. Mais l’avenir a-t-il un goût quand on l’entrevoit comme inéluctable, comme une fatalité menaçante ou même apocalyptique. Où puiser alors l’énergie nécessaire à une vie collective espérante ? Quand paraît épuisé ce qui a tiré l’Europe moderne, la volonté de s’émanciper des formes d’appartenance antérieures traditionnelles ou religieuses, trop affaiblies désormais pour servir de repère, même négatif.
Les partenaires de ce débat ont en commun, sur des modes différents, l’inquiétude d’une déréliction du politique, que l’un voudrait surplomber, alors que l’autre voudrait honorer d’anciennes fidélités. Ils frôlent sans doute une réponse quand le mot « prophétisme » intervient entre eux comme évoquant un style possible de réponse aux désarrois de l’époque, mais ils l’écartent aussitôt : affirmant qu’il n’y a pas de prophétisme sans transcendance et présupposant qu’il n’y a de transcendance que religieuse. Pourtant, on peut avoir de la transcendance une idée laïque : il y a transcendance quand on fait fond pour agir et pour vivre sur une conviction qui reçoit une adhésion actuelle et inconditionnelle. Comme illustration du prophétisme laïque, on peut évoquer un personnage qui fait évidemment consensus dans ce débat : le Charles de Gaulle du 18-Juin. Sans imprécation ni prédication, il a mis en œuvre à ce moment une conviction vitale, positive, son point de transcendance étant la foi dans l’avenir du pays. Enracinée subjectivement, son intervention, sa « lucidité héroïque » (É.d.F.), était en même temps ajustée à la situation, et par conséquent emportait une injonction d’agir ; elle marquait un point de recommencement, comme nous en aurions besoin.
Charles Péguy, qui lui aussi, dans le dialogue, fait consensus (ou presque), indique une autre voie de dépassement de nos perplexités inquiètes : non par l’action, mais par la poésie et la philosophie. Dénonciateur du monde moderne, il le fut évidemment mais, ne se contentant pas d’une dénonciation, il cherchait les voies d’un recommencement en soumettant à la critique ce qu’il voyait refoulé ou recouvert par l’esprit du temps. Si ce monde était devenu imperméable au spirituel, c’était, disait-il, à cause d’une profonde et ancienne « faute de mystique » de l’institution chrétienne, qu’il s’acharnait à identifier. Il voulait non seulement dénoncer, mais renouveler, échappant à la contradiction où paraît pris Alain Finkielkraut, d’être attaché aux origines tout en déplorant ce qui en procède, sans guère analyser les déviations dans le parcours.
On ne voudrait pas que ce livre courageux soit reçu comme le manifeste du désenchantement, mais comme l’appel à une espérance.
« Faute d’amour »: une surabondance de beauté
J’ai suivi le conseil donné par Alain Finkielkraut dans L’esprit de l’escalier : aller voir le film d’Andreï Zviaguintsev Faute d’amour, et je m’en suis bien trouvé. Très bien trouvé.
Une famille se disloque
Moscou est née et a grandi au milieu des forêts, qui la protégeaient mieux que Kiev des incursions de la cavalerie mongole, puis tatare. D’où l’imbrication de cette triste banlieue de grands immeubles et de la forêt que contemple Aliocha du haut de sa chambre. La plongée est un plan souvent utilisé dans le film, ce qui prend tout son sens quand on comprend comment a disparu ce collégien de douze ans. L’enfant contemple et derrière lui, dans l’appartement, ses parents en instance de divorce se déchirent, des acheteurs éventuels visitent les lieux, discutent du prix avec l’agent immobilier. Bref, une famille se disloque et personne ne se soucie du rejeton.
Coule une rivière glauque
Le film commence par un long travelling dans la forêt enneigée, où coule une rivière glauque. Il se termine de la même façon, dans les mêmes lieux, et la pure essence du cinéma est retrouvée : l’histoire d’Aliocha est introduite puis conclue sans un mot, elle est racontée par la seule beauté envoûtante des images. Aucun personnage n’apparaît dans les deux séquences : il n’appartient qu’aux plus grands cinéastes de construire des plans riches de sens en se passant de présence humaine. Ozu, après une scène dialoguée en intérieur, laisse souvent sa caméra flâner quelques secondes en extérieur, elle filme un lampadaire dans une rue campagnarde, du linge qui claque sur une corde, un train qui passe. Qu’importe les mesquineries humaines ? Le monde est là, il est serein et continue à exister sans les hommes. Le cinéma français actuel, empli de bavardage de gauche, ferait bien de prendre chez Ozu ou Zviaguintsev des leçons de silence.
Où est passé le meilleur de l’humanité?
Aliocha disparaît, ses parents trop occupés à leurs coucheries respectives s’en rendent compte bien tard, la police croit à une fugue, ce qui lui permet de traînasser. Seule une ONG dédiée à la recherche des enfants perdus prend en mains le problème. Ses volontaires fouillent méthodiquement les rues et la forêt, s’arrêtant pour ce qu’ils nomment des séquences d’appel : »Aliocha, Aliocha ! » On pense au cri inquiet de Sido la mère de Colette dans La maison de Claudine : »Les enfants, où sont les enfants ? » Où est passé le meilleur de l’humanité, sa fraîcheur, son avenir, son innocence ?
Un plan superbe en plongée montre deux ou trois de ces volontaires descendant de nuit un escalier à demi extérieur, tantôt ils sont cachés tantôt visibles. Quelles paroles pourraient mieux dire leur courage, leur persévérance presque maniaque ? Le récit est tissé d’images à la beauté stupéfiante, Zviaguintsev ose des plans presque purement atmosphériques, il filme la nuit, le vent, la neige, que zèbrent d’infimes lumières : comment mieux parler de la solitude et du désespoir ? Et ces images font avancer le récit, leur contemplation ne nuit pas à la construction de l’histoire dans la tête du spectateur. Pouchkine a écrit le seul roman en vers des littératures occidentales : Eugène Onéguine. Chaque chant s’admire comme un poème, mais constitue aussi un chapitre d’une étrange histoire d’amour.
Détour par le Donbass
Critique de la société russe actuelle ? Si l’on veut. Le père de l’enfant disparu a pour patron un orthodoxe très croyant qui refuse que ses employés divorcent, et on qualifie cet homme d’intégriste. Si tous les intégrismes religieux se bornaient à prohiber le divorce, la terre serait un jardin de roses et de paix. Quelques séquences laissent entendre et voir des bribes de radio et de télévision, on égratigne Poutine au passage, on montre des scènes de la guerre du Donbass sans prendre parti entre les deux camps. Je me permets de rappeler aux russophobes impénitents que l’Etat russe est né à Kiev, que les tsars de Moscou étaient jusqu’à Ivan le Terrible les descendants des grands-princes de la ville-mère. Une bonne partie des chefs-d’oeuvre de la littérature russe a pour cadre la Crimée, et les histoires des deux pays sont inextricablement mêlées. La reprise de la Crimée par Moscou n’est pas l’Anschluss, plutôt la réparation d’une stupidité administrative de Khrouchtchev.
Critique des sociétés modernes dans les pays développés ? Certainement. Obsession narcissique du smartphone, oubli de l’autre dans sa présence réelle et voisine, culte du corps et pratique d’un érotisme complètement égoïste, ce qui est tout de même un comble : le film pourrait être tourné à Vancouver, Saint-Cloud ou Tokyo.
Une isba crasseuse derrière de hauts murs
Oubli de la tradition et des solidarités familiales : la séquence la plus épouvantable est celle de la visite à la grand-mère, chez qui aurait pu se réfugier l’enfant désespéré. On croit trouver un gentil village russe avec ses barrières en bois, on tombe sur une isba crasseuse barricadée derrière de hauts murs comme une gated community américaine. On croit trouver une babouchka tout miel tout sucre, on découvre une atroce vieillarde qui déverse sur sa fille et sur toute l’humanité des tombereaux d’insanités à côté desquelles les pires passages de Céline ont l’air d’aimable bluettes. Non, le présumé fugueur n’a pas eu l’idée de se faire héberger par cette harpie.
Mais le Mal n’est pas seul au monde, il a en face de lui le Bien. Le chef anonyme de l’ONG qui se consacre à la recherche des enfants disparus est sec, parle peu, ne donne pas du tout dans le pathos d’empathie. Voilà une figure du Bien qui ne doit rien aux clichés, qui n’est pas photographiée portant un sac de riz pour les enfants du Biafra. Il n’a même pas de nom ou de prénom. Le sigle ONG fait penser à ces nobles défenseurs de l’Autre qui se soucient des Lointains mais fort peu des Prochains, à ce philosophe raillé par Rousseau qui se préoccupe des Tartares mais pas de son frère ou de son voisin. Décidément, Zviaguintsev ne tombe dans aucune des banalités contemporaines, tout ce qu’il montre surprend, donne à penser et à s’émouvoir.
Balance ton porc : la chasse aux sorciers doit s’arrêter
S’il fallait ne décerner qu’un seul mérite à la campagne de dénonciation #BalanceTonPorc lancée sur Twitter, ce serait celui de lever le voile sur la violence inouïe d’une certaine police de la pensée féministe en France, pour ceux qui ne l’auraient jusque-là regardée qu’avec des yeux indifférents sinon bienveillants.
Il serait donc admis désormais qu’au seul titre de la peine, de la crainte ou de l’humiliation ressenties nous pourrions nous octroyer le droit de jeter à la vindicte populaire le nom de quelqu’un qui nous aurait causé du tort. Sous le prétexte d’une prétendue insuffisance de l’arsenal juridique (seule une part infime des harcèlements subis serait effectivement déclarée à la justice), la délation pure et simple se retrouve érigée en arme légitime saisie par les minorités opprimées, les femmes en l’espèce, et acquiert soudain ses lettres de noblesse.
Adieu veau, vache, civilisation…
Ce combat mené au nom du progressisme revêt paradoxalement les atours de l’archaïsme le plus profond. Il vient percuter frontalement un édifice judiciaire forgé par près de 3000 ans de civilisation, dont nous sommes les heureux héritiers et dont nous reconnaissons l’éminence dans notre modèle occidental de société. Et il se trouve que, de manière fort justifiée, nous avons élaboré des lois qui définissent précisément ce que sont le harcèlement sexuel d’une part, le viol d’autre part, qui donnent tous deux lieu à la condamnation du coupable. Avec #BalanceTonPorc, c’est comme si nous faisions table rase de notre société civilisée pour renouer avec une époque ancestrale où le droit n’existait pas et où le sacrifice expiatoire offrait l’unique voie pour endiguer la violence, comme l’a expliqué René Girard.
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Non contente d’avoir apporté le droit, notre civilisation a aussi engendré des mœurs et des coutumes qui nous sont propres, au titre desquelles la nature si singulière des relations entre hommes et femmes en Occident figure en bonne place. L’affirmation de la parfaite égalité entre l’homme et la femme par la religion chrétienne dès l’époque romaine, puis la valorisation de la courtoisie érigée en vertu chevaleresque durant le Moyen-Âge, en particulier en France, ont peu à peu lissé les aspérités de la brute nature masculine et tempéré leurs fougueuses ardeurs envers la gent féminine. Cette culture de la galanterie peut même confiner au sublime lorsqu’elle s’exprime dans le langage des arts, et l’on ne peut s’empêcher de songer avec émerveillement à Ronsard et son fameux poème : Mignonne allons voir si la rose. L’instruction de la littérature, combinée à une éducation des garçons dans un profond respect des jeunes filles et des femmes, a permis que la tradition courtoise se perpétue au fil des générations, au bonheur des dames françaises.
La loi du plus connecté
Mais tout vêtu de sa belle parure culturelle, l’homme n’en reste pas moins un homme, et si la forme a évolué, le fond naturel et instinctif est lui resté. Il n’a donc jamais ménagé ses efforts pour parvenir à ses fins séductrices, dût-il pour cela employer le pouvoir, l’argent ou la ruse (étant entendu que l’insulte, la violence et la menace physiques relèvent immédiatement du domaine de la justice). Jouir de sa position de force, abuser de la situation de faiblesse ou de la candeur de quelqu’un sont assurément des comportements moralement blâmables. Mais ils font partie de la nature humaine, et ne sont en outre nullement l’apanage des hommes. Vouloir abolir ce type d’agissements à l’échelle sociétale est non seulement parfaitement illusoire, mais s’apparente à une entreprise totalitaire de moralisation de la société.
La façon dont sont traitées dans les médias sociaux l’affaire Weinstein et ses prolongations témoigne nettement d’un glissement de la sphère du droit – juger ce qui est légal ou illégal en vertu de la loi – vers celle de la morale – juger ce qui est moral ou amoral en vertu du jugement populaire, si tant est que le jugement ici émis soit représentatif du peuple dans sa totalité. Que ce soit dans le domaine privé ou professionnel, signifier de manière ferme et sans complaisance son refus suffit généralement à suspendre les sollicitations masculines importunes, et si ce n’est malheureusement pas le cas, la loi est là pour le pallier. Si désormais la manière dont sont définis légalement les contours du harcèlement sexuel est jugée inappropriée, quels en seront donc les nouveaux tracés ?
Il se dessine clairement un système où tout abus de la confiance ou de la naïveté d’une femme, réelle ou feinte, toute insistance un peu appuyée et persévérante dans le but d’obtenir ses faveurs, pourrait être assimilée à du harcèlement. Dans un tel cadre, l’homme se verrait incomber la charge de la preuve de l’entière honnêteté de son dessein, autrement dit l’existence avérée et préalable d’un sentiment amoureux, condition sine qua non à toute relation physique avalisée par la société. Au motif louable de vouloir endiguer la reproduction de ces situations pénibles auxquelles sont fréquemment confrontées des femmes, on en arrive à une véritable dictature du comportement. Qui veut faire l’ange fait le diable.
Cinquante nuances d’hommes et de femmes
Outre un risque de dérive vers une forme moderne d’inquisition, cette chasse aux sorciers met à jour un autre aspect marquant de notre époque, celui du recours systématique à une grille manichéenne dès lors qu’on s’attelle à analyser le monde. La nuance n’est pas convoquée quand il s’agit de traiter de sujets de sexualité : l’homme est par essence coupable, la femme victime. Admettre que la vérité puisse se loger dans une zone grise et floue est sans doute une situation par trop inconfortable pour convenir aux nouvelles amazones, promptes à jeter l’anathème à cette simple évocation. Pourtant, s’il y a bien un domaine où le noir et le blanc se révèlent être une palette largement insuffisante, c’est à n’en pas douter celui des relations entre hommes et femmes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le bestseller d’E. L. James s’intitule Cinquante nuances de gris.
Que les hommes usent souvent de leur position de supériorité auprès des femmes (en termes de hiérarchie, de situation financière, de prestige, d’âge) est un fait incontestable, que cette position de supériorité puisse précisément leur conférer un atout décisif dans le jeu de la séduction en est un autre. Difficile d’affirmer que toute femme y est ou y perdure entièrement indifférente. Et si les hommes exercent une certaine forme de pouvoir sur les femmes, comment à l’inverse ignorer celui immense que ces dernières détiennent sur les hommes ? Ainsi il apparaît que les relations entre les deux sexes s’accommodent fort mal d’une vision bi-chromatique, bien trop simpliste et oublieuse de la complexe réalité.
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C’est l’antiracisme qui alimente le racisme
L’antiracisme a remplacé toutes les grandes causes que portait anciennement la gauche. C’est même un lieu commun que de le rappeler. Son partenaire, le multiculturalisme, s’impose désormais partout, des cafés aux assemblées et parlements en passant par les universités. La passion antiraciste est le nouvel opium des intellectuels, le grand projet grâce auquel on serait censé parvenir à l’établissement d’un monde plus fraternel.
Plus que jamais, il est donc temps d’en faire l’examen critique. D’abord, il faut réaliser que la passion antiraciste carbure au fantasme, dans la mesure où elle prétend combattre un phénomène qui n’existait pratiquement plus dans les pays occidentaux. L’antiracisme militant n’adhère pas à la réalité : bien au contraire, il y projette ses obsessions, il la travestit de manière à la rendre plus excitante pour son propre camp. Le révisionnisme ambiant maquille la société française, il la déguise en prostituée xénophobe pour mieux abattre ce qu’il reste du modèle républicain.
D’une grenouille vous ferez un bœuf
Le racisme réel n’existe (presque) plus dans la rue ? Érigez-le en système, faites croire qu’il est passé dans l’ADN de la société. La discrimination raciale est devenue très marginale ? Érigez-la en système, faites croire qu’elle existe encore, de manière invisible ou dans les prisons. L’esclavage n’existe plus depuis longtemps ? Érigez-le en système, faites croire qu’il est devenu économique, statistique, ou mieux symbolique, qu’il se manifeste par le maintien de la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale. La passion antiraciste est une pornographie sociologique, une révolte de l’imaginaire contre la réalité.
Au Québec, une petite controverse est devenue emblématique de cette fantasmagorie. Récemment, l’une des figures de proue du mouvement antiraciste québécois, Émilie Nicolas, publiait sur sa page Facebook une photo montrant trois commentateurs politiques discuter à la même émission de télévision.
Selon plusieurs, le fait que trois hommes « blancs » puissent participer au même débat prouve, hors de tout doute, que le « racisme systémique » est bien implanté au Québec. Dans cette optique, les chaînes de télévision participeraient à l’exclusion des minorités ethniques en continuant d’embaucher des personnes issues de la majorité « de souche ». Non seulement l’intervention de cette militante traduit une forme évidente de racisme anti-blanc, mais elle montre que le lobby inclusif est prêt à invoquer n’importe quoi pour justifier son existence.
« Fantasmez, fantasmez,… »
De la sortie de son livre Le Choc des civilisations en 1996[tooltips content=’En 1997 en français aux éditions Odile Jacob.’]1[/tooltips] jusqu’à sa mort en 2008, la gauche universitaire n’a cessé d’accuser Samuel P. Huntington de défendre une thèse « raciste » qui remplierait le rôle d’une « prophétie autoréalisatrice ». Pour la bien-pensance académique, la thèse du politologue américain était déjà très dangereuse à l’époque, car on pensait qu’elle pouvait en venir elle-même à favoriser ce grand réveil identitaire. Bref, en parlant d’un choc des civilisations, on l’encouragerait. L’adoption par les États d’un point de vue « conservateur » jetterait forcément de l’huile sur le feu.
L’antiracisme en vient à jouer exactement le même rôle, mais en adoptant évidemment une autre posture. L’idéologie est à la société ce qu’est la publicité au consommateur : un réservoir de l’imagination destiné à imposer ses normes. En racialisant tous les rapports sociaux tout en contribuant, par le fait même, à la tribalisation des sociétés occidentales, ce discours fonctionne exactement comme une prophétie autoréalisatrice. Actuellement, c’est l’antiracisme qui alimente le racisme, puisque ce mouvement encourage la réapparition d’une conscience raciale chez des individus qui n’en avaient plus (ou pas).
« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », disait autrefois le dicton. Aujourd’hui, c’est plutôt « fantasmez, fantasmez, il en adviendra toujours quelque chose ». Le multiculturalisme est un fétichisme racial exprimant le désir d’en finir avec l’Homme blanc.
Politis contre Céline Pina: quand le gauchisme est un sexisme
Politis a trente ans mais n’a vraiment plus toutes ses dents ! Se situant à la gauche de la gauche, il a accompagné et nourri tous les gauchismes successifs. Avec frénésie. Et force vociférations contre les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire.
Le gauchisme étant devenu la maladie sénile du communisme, le journal fondé par Bernard Langlois a également été placé en soins palliatifs. Le prolétariat, possible et souhaité avenir de l’humanité, ayant déserté la scène, Politis s’est rabattu sur « le prolétariat d’origine étrangère » cher à Alain Badiou.
Il est allé sillonner les banlieues islamisées. C’est d’elles et d’elles seules avec leur religion proclamée religion des pauvres que ce journal espère le salut.
« Pina jouit »
Et c’est pourquoi il combat avec le zèle fanatique d’un Torquemada les islamophobes qu’il promet au bûcher. Sa dernière cible : Céline Pina. Cette militante républicaine, droite et courageuse, a pris la tête d’un combat contre la tenue à l’université Lyon-2 d’un colloque prétendument scientifique, consacré à l’islamophobie. Et elle a eu gain de cause en faisant annuler une réunion qui aurait été à sa place dans une mosquée salafiste.
A lire aussi: Le colloque sur « l’islamophobie » de l’université Lyon-2 n’aura pas lieu
Céline Pina s’en est à juste titre félicité. Politis ne pouvait laisser passer une telle offense. Et le journal a publié un article d’une grande violence pour la démolir. Ce qui est somme toute banal. Ce qui l’était moins, c’était le titre « Pina jouit » ! Oui « Pina jouit » !
Un directeur de la rédaction, celui de Politis, a signé ce texte. Un correcteur l’a corrigé. Un maquettiste l’a mis en page. Des journalistes l’ont vu. Et rien.
Soutien @celine_pina par-delà nos désaccords. Les injures graveleuses de @Politis_fr sont inacceptables. https://t.co/rvJET7XOq3
— Gilles CLAVREUL (@GillesClavreul) 13 octobre 2017
Le journal a remarqué que Céline Pina avait relevé la présence d’un fiché S parmi les « intellectuels » conviés au colloque de Lyon-2. Et il s’en gausse en indiquant que les pouvoirs publics fichent n’importe qui et n’importe comment. Avec Politis on a du Sartre, comme le disait Desproges de Minute : les mains sales et la nausée.
Wanted, Marine Le Pen a disparu
Invitée de L’Emission politique, Marine Le Pen n’a pas semblé plus assurée hier soir que lors de son débat raté de la présidentielle
Marine Le Pen était l’invitée de L’Emission politique, hier soir. Elle était attendue puisque c’était sa première grande émission depuis le fameux débat du second tour de l’élection présidentielle. Mais plus encore, la première après le départ de son stratège Florian Philippot. C’est d’abord sur l’euro, point d’achoppement avec ce dernier, qu’elle a été interrogée par François Lenglet. C’est peu dire qu’elle n’a pas été plus convaincante que face à Emmanuel Macron.
L’euro, monnaie gênante et trébuchante
Cette fois, ce n’est pas la distinction entre monnaie unique et monnaie commune, insuffisamment maîtrisée, qui l’a fait trébucher, mais le nouveau calendrier du FN, faisant de la souveraineté monétaire un aboutissement et non plus un préalable, laissant même entendre qu’une sortie de l’euro n’était plus obligatoire si on arrivait à réformer la gestion de la monnaie. Marine Le Pen favorable à la perspective de « l’euro sympa », c’était effectivement nouveau, mais on n’y croyait guère, pas davantage qu’elle-même à ce moment-là, d’ailleurs. Marine Le Pen sait très bien, pour l’avoir dit elle-même pendant deux campagnes présidentielles, que la monnaie est d’abord un outil politique et que sa gestion constitue une arme pour faire plier ceux qui refusent de rentrer dans le rang. Qu’on en parle aux Grecs qui ont été menacés par Mario Draghi de voir leurs banques privées de liquidités au plus fort de la crise de 2015.
À terme, la France doit-elle sortir de l’euro? « Nous allons voir », répond Marine Le Pen. #àpeuprès #Lemissionpolitique
— Alex Sulzer (@Alexsulzer) 19 octobre 2017
La présidente du FN a malgré tout lâché les véritables raisons de sa volte-face : les sondages et le marketing électoral, qu’elle a pourtant fustigés en fin d’émission, comme pour mieux se convaincre qu’elle n’y avait pas cédé elle-même.
Tout est à refaire
C’est ensuite Laurence Parisot qui est venu lui porter la contradiction sur le sujet du féminisme. C’est à ce moment-là que Marine Le Pen a été la plus à l’aise. Divine surprise pour la présidente du FN que cette invitée mystère : une ancienne présidente du Medef. Elle a ainsi pu développer la défense des petits et des sans-grades, au féminin. Un peu d’oxygène dans l’émission avant d’être confrontée à Gérald Darmanin qui lui a donné davantage de fil à retordre sur les questions fiscales.
Marine Le Pen ne semble pas avoir retrouvé la confiance et la sûreté qui étaient sa marque de fabrique il y a encore quelques mois. Le débat face à Emmanuel Macron pèse toujours et elle en est convenue elle-même, hier soir. Sa crédibilité en a souffert, en souffre toujours. Elle en paraît d’autant plus consciente que ce débat a été le point de départ du processus qui l’a amenée à se séparer de celui qui fut son stratège depuis 2009, pour se retrouver aujourd’hui isolée idéologiquement dans le parti qu’elle préside, et qui l’amène à dire et faire le contraire de ce qu’elle disait et faisait jusqu’au 3 mai dernier, sur les questions économiques.
Concurrents, un mot qui commence bien mal
Il ne sera pas facile de remonter la pente dans ces conditions, d’autant que Laurent Wauquiez vient aujourd’hui lui faire de la concurrence sur les questions identitaires, et que Florian Philippot développe sa petite entreprise, qu’on aurait tort de mésestimer. Invité la veille chez Zemmour et Naulleau, il a fait preuve d’une efficacité d’autant plus grande qu’il est, au contraire de son ex-candidate, en total accord avec lui-même. S’il continue d’être considéré comme un bon client dans les médias audiovisuels, son nouveau parti pourrait se développer plus vite qu’on ne l’aurait cru. D’autant plus que la prochaine échéance électorale est européenne… Les divorces sont surprenants. C’est parfois celui dont on croit qu’il va souffrir le plus qui, contre toute attente, se libère, laissant l’autre bien plus malheureux que prévu.
Retrouvez David Desgouilles sur son blog, Antidote
Connaissez-vous Yves Wacheux?
On peut être un homme de son temps. On peut être un artiste de son temps. On peut aussi trouver un refuge dans la peinture, comme sur un bateau qui de temps en temps seulement rentre au port. Le peintre et poète, Yves Wacheux, né en 1933, a vu de loin disparaître le monde ancien, au fond du lavabo des salles de bain modernes pour ne pas dire dans la cuvette (celle de Marcel Duchamp, bien sûr). Depuis l’âge de vingt ans, il peint des paysages intemporels, des scènes domestiques et des personnages insouciants comme si les uns et les autres étaient faits de la même matière, véritable et irréelle, une matière étrangère à son temps, à notre temps.
Quelques années de fièvre
Au tournant des années 1980, Yves Wacheux est brièvement rentré au port, il a connu son heure de gloire. Presque une erreur de navigation, un malentendu. Il souligne lui-même qu’il n’a jamais cherché à faire carrière. Il était toléré par ses confrères « parce qu’il ne gênait personne ». Au demeurant, on s’étonnait qu’il vende un peu moins que les autres. Sous-entendu (inconscient) : alors qu’il était le meilleur. Ce phénomène de décalage était à la fois inquiétant et rassurant : tout ce qu’il faut de tension et de mystère pour stimuler un milieu d’artistes. Du reste, on tolérait l’intrus d’autant plus qu’il y avait de la place pour tout le monde : le marché de l’art était en pleine floraison, lancé dans un ambigu pas de deux avec l’essor de la finance pour tous (rappelez-vous les sicav monétaires, le boursicotage populaire).
C’était il y a trente ou quarante ans. En ce qui concerne la peinture, ce n’était pas l’âge d’or comme au XIXe siècle, tout de même, où dans chaque intérieur on accrochait au moins une toile et un certain nombre de peintres ont pu vivre de leur art. On a aujourd’hui du mal à y croire. Quelques années de fièvre.
Un peintre à l’écart
Sans lever les yeux de son ouvrage, sans couper son oeuvre de ses racines profondes, Yves Wacheux bénéficia de l’élan général. Les autres peintres, pour la plupart, vivaient à fond dans le présent et préparaient l’avenir : ils s’accoutumaient à la communication, aux relations publiques, aux DRAC, aux FRAC, au personnage de l’artiste qui parle à tort et travers et qui va bientôt maîtriser les réseaux sociaux, et, en même temps, ils s’enfonçaient dans les poncifs du champs de lavande en Provence, des marines pour bord de mer, des clowns et autres chevaux à la belle crinière dans le vent. Ou alors, carrément, ils se lançaient déjà dans la reconversion en installateurs idéologues. Yves Wacheux, quant à lui, a continué à peindre, à cultiver son style. Son grenier, aujourd’hui, est rempli de centaines de tableaux splendides comme seules peuvent l’être la tête ou le grenier d’un peintre. Il a résisté à toutes ces années, à l’invasion des ronds-points, aux émissions de téléréalité, au déclin du marché de l’art qui à suivi la bulle.
Deux expos pour fêter ses 84 ans
À l’oubli – pas tout à fait, quand même. Il est toujours là. Il fait du cabotage non loin de la côte. Cette année encore, alors qu’il fête ses 84 ans : deux expositions ont eu lieu dans une galerie fidèle de la région parisienne (à Gif-sur-Yvette) et du Havre. Les lieux eux-mêmes évoquent une époque disparue. La petite ville de Gif-sur-Yvette existe-t-elle encore, ou seulement dans les romans de Georges Simenon ?
Le peintre Yves Wacheux est coté. Pour donner une idée, on peut obtenir, à l’heure actuelle, une de ses oeuvres de taille moyenne pour la somme de 3000 €. C’est peu et c’est beaucoup : cela dépend du point de vue. Les gens de goût diront que c’est peu. Et l’avis des autres, finalement, importe peu. Ses clients sont souvent étrangers. Pour la plupart, ce sont des Anglais ou des Américains, héritage de l’époque où il exposait rue de Seine (et où la rue de Seine exposait). En évoquant le quartier de Saint-Germain, les images d’autrefois se bousculent, on repense aux confrères peintres, à quelques maîtres qui ont transmis une idée précieuse, aux vernissages, aux tournées en province (l’une d’elles en Corse, mémorable, tous frais payés !).
Le chaman Sartre n’a rien vu
Yves Wacheux fut sociétaire de la plupart des salons dont le nom même n’évoque plus grand chose de nos jours, mais qui marquaient, naguère, les saisons (salon d’automne, salon d’hiver…). Du reste, tout cela était déjà anachronique. Le mitan du XXe siècle fut pour les peintres, comme pour le reste du monde, un moment de transition phénoménal. Le grand moment de la tromperie. Par paresse, on dit que l’utopie communiste a donné le ton à ces années ; le rêve éveillé du grand chaman, Jean-Paul Sartre, planant sans partage sur les esprits de 1950 à 1980. Mais Sartre et ses sbires n’ont rien vu, rien entendu, rien dit – ni rien fait.
À la manoeuvre : la démocratie chrétienne. En marchant sur le corps du catholicisme à l’ancienne, social ou mystique, c’est elle qui a fait le lit du monde moderne sur les ruines de la guerre. Emmêlée dans le radical-socialisme (son grand ennemi, paraît-il), elle a exacerbé la jalousie des petits-bourgeois, nivelé par le bas et imposé pour horizon unique les bienfaits du monde matériel. Elle a discrédité l’ambition légitime de distinction, voire de contribution au bien commun, en favorisant des domaines exempts de tout effort créatif (consommation, loisirs, sexualité “libérée”, en un mot : l’hédonisme).
C’est l’histoire des trente glorieuses. Dès lors, les artistes en particulier ont dû louvoyer, chercher des excuses et finalement se confier au giron protecteur de l’État. Manière détournée de renforcer l’illusion que la victoire était au socialisme. Ô que non ! Car les pauvres commis de l’État, chargés de la culture, se sont trouvés bien bernés par quelques rusés chevaliers d’industrie, vendeurs ou acheteurs, peu importe, d’art contemporain.
Une joie nostalgique
Tout au long de sa carrière de peintre, Yves Wacheux a continué à enseigner le français dans un collège catholique. Cet autre métier l’a mis à l’abri, dit-il. Sa peinture est joyeuse, d’une joie nostalgique plongeant aux profondeurs de soi-même et aux temps primordiaux, autant elle est intemporelle. Sa tradition picturale s’inscrit à travers une lignée qui remonte, par les écoles de Lyon et Paris, jusqu’aux peintres nabis comme Vuillard et Bonnard et plus loin à Pissaro ou Sisley. Wacheux y ajoute un artiste moins connu, mais intéressant, Pougny, un ancien constructiviste d’origine russe qui s’est converti à la couleur en France.
Sans la peinture (et sans Marèse, muse héroïque et adorable), Yves Wacheux aurait pu être un homme perdu, sans espoir, sans dieu. L’ampleur de sa déception sur l’homme se lit dans ses poèmes. Déception de son époque, sur son époque. Dans un collège catholique de la deuxième moitié du XXe siècle, il était aux premières loges pour observer dans son environnement immédiat les progrès de l’iconoclasme contemporain, la déchristianisation institutionnalisée, le renversement du monde. Ses volumes de poésie sont ceux d’un homme amère et solitaire, dont les espoirs ont été déçus et même trompés. Et sa peinture, au contraire, est celle d’un homme habité, jamais seul, faisant rayonner à travers son oeuvre sa foi et sa confiance.
Les artistes, même quand ils s’efforcent de rester le plus souvent au large, à l’écart, sont quelque peu représentatifs de leur époque. La double nature de l’artiste, Yves Wacheux, peintre et poète, c’est la double nature de l’homme luttant par la grâce de Dieu pour sa survie dans un monde hostile et trompeur. C’est le destin de la génération parvenue à l’âge adulte après la guerre, dans les années cinquante ?
Contre l’angoisse contemporaine, contre l’art officiel, obligatoire, absurde, la peinture fut pour Yves Wacheux une poésie en images, un antidote puissant. Qu’elle le soit aussi pour nous !
« Le grand amour de la pieuvre », biographie romancée du père du « Vampire »
Jean Painlevé (1902-1989) est comme son nom l’indique le fils de Paul, mathématicien, trois fois président du Conseil, grand homme. Pas simple, comme on l’imagine.
Des surréalistes au Vampire
D’abord orienté vers la médecine, Jean ne supporte pas la froideur, la cruauté, avec laquelle le corps animal est exploité au profit du corps humain. Il bifurque vers la zoologie, et c’est le coup de foudre. Premier cinéaste scientifique, il réalise plusieurs dizaines de séquences montrant la faune et la flore marine. Ses premiers exposés devant les membres de l’Académie des Sciences sont plutôt mal reçus. Le cinéma, dans les années 1920, est un divertissement de foire, rien d’autre. Après un passage chez les surréalistes, Jean Painlevé rencontre Jean Vigo, et noue une amitié solide avec le réalisateur de Zéro de conduite. Résistant, à sa façon, c’est son film Le Vampire, mettant en scène une chauve-souris, qui marque les mémoires, et la censure.
Une vie à l’aune du vingtième siècle, tumultueuse et bagarreuse, qui réclamait un biographe à sa mesure. Et pour ne pas tomber dans la platitude d’un exposé de faits, il fallait un écrivain atypique.
Tout commence à Roscoff
Marie Berne, universitaire reconnue, gravite désormais entre les langues orientales, le thé, Londres et Paris. Le grand amour de la pieuvre est son premier roman.
Tout commence à Roscoff, en 1911, lorsque le tout jeune Painlevé, les pieds dans l’eau, découvre une pieuvre. C’est elle, Elle qui raconte. Féminité allégorique, ondoyante, sensuelle, mimant les minauderies et les chevelures des femmes terrestres, la pieuvre, maternelle aussi, autant qu’animale, cruelle, sauvage, narre les errances, la passion, la vie hors de l’aquarium de son grand amour. Lorsque, de son oeil « si humain » elle ne l’aperçoit plus, elle le traque. C’est une pieuvre star de cinéma, diva capricieuse, possessive, déhanchée et nonchalante devant la caméra, tourmentée le reste du temps. Elle veut « en finir avec (son) angoisse légendaire de mollusque affamé. »
On ne sait plus très bien qui domine quoi. La frontière entre l’homme et l’animal, entre la terre ferme et l’aquarium du 38, boulevard des Ternes s’efface. À l’époque, heureusement, le débat ouvert par les « anti-spécistes » est plus surréaliste que ne pouvait l’imaginer André Breton. La passion seule lie deux bêtes curieuses
Le style est à l’avenant
Lorsque les producteurs, nouveaux dieux du cinéma, réclament du son, Jean Painlevé pense aux Jeux d’eau de Ravel.
Il est réticent à apposer sa propre voix sur ces observations d’un autre monde, d’une autre échelle. Le relativisme scientifique le pousse à vouloir imiter, avec la langue, la luette, les dents, les lèvres, le langage flasque de son animal.
Il jette plus tard son dévolu sur l’hippocampe, la pieuvre en est jalouse, il pond ses oeufs lui-même. Il vit avec une femme, la pieuvre la déteste. Il filme une chauve-souris, et c’est la scène de ménage.
Le grand amour de la pieuvre est une biographie infiniment originale. Au-delà du point de vue narratif, trouvaille de talent, le style est à l’avenant, parfois rond comme une bulle, barbotant, gigotant autour de son sujet. Les illustrations de François Ayroles et la maquette travaillée en font un bel objet éditorial.
Les non-spécialistes auront parfois du mal à s’orienter parmi les sous-entendus, les jeux de mots et les ellipses. Reste que Jean Painlevé, ses films, disponibles gratuitement sur le net, et désormais sa biographie, valent un détour attentif.
Marie Berne, Le grand amour de la pieuvre, L’Arbre vengeur, 2017.
Finkielkraut / Fontenay : transcendance sans espérance?
En terrain miné, le duel épistolaire que viennent de publier Elisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut est profond, brillant et souvent émouvant. Mais leur commune impasse sur la transcendance autant religieuse que laïque ne porte guère à l’espérance, donc à l’action.
Au classique dialogue enregistré, Élisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut ont préféré une manière plus calme de débattre : l’échange de lettres où l’argumentation peut se déployer, qui permet donc les nuances nécessaires En terrain miné, quand il faut contrôler son langage.
L’objet de cet échange est Alain Finkielkraut, son œuvre et sa position politico-intellectuelle. Le projet voulait répondre à deux inquiétudes, donc à une double-attente. Celui qui est au centre attendait de son interlocutrice qu’elle présente et représente les critiques dont il est l’objet, d’une manière dédramatisée, rationnelle, en élaguant les malveillances adventices ; mais il espérait aussi, en montrant qu’il peut désarmer les méfiances d’une amie, ébranler, désarmer un peu ses nombreux adversaires, les toucher mieux qu’on ne peut le faire dans le feu des polémiques.
Plus qu’un échange, un duel
De son côté, Élisabeth de Fontenay ne voulait pas être seulement un sparring-partner, la porte-parole d’une accusation dont elle devrait émousser la virulence ; elle avait avec son co-auteur des divergences particulières qu’elle entendait exprimer, dans l’espoir de le « faire bouger ».
C’est un corps à corps intellectuel, un duel à l’épée des arguments entre deux amis qui s’aiment et s’estiment autant qu’ils se tapent sur les nerfs – et vice versa. Pendant une année, Alain Finkielkraut a échangé de longues lettres électroniques avec Élisabeth de Fontenay, l’une de ses plus chères amies dans l’espoir, sinon de vider leurs querelles, de s’appuyer sur elles pour comprendre ce qui se passe. Le résultat redonne toute sa noblesse au beau mot de polémique. Élisabeth de Fontenay, cherchant à comprendre ce qui fonde cette « amitié conflictuelle », évoque une « commune provenance à la fois ashkénaze, française, républicaine, lettrée » et un goût partagé pour le second degré réparateur. Non seulement cette proximité n’interdit pas, mais elle autorise de franches engueulades où la fidélité farouche à la gauche de l’une reproche à l’autre ses positions droitières. Leurs divergences, trempées dans l’amour que l’une a pour Rousseau et la méfiance que l’autre a pour sa descendance, permettent en tout cas d’explorer, peut-être au moment où il s’efface, le grand clivage ordonnateur de la vie intellectuelle et politique française entre la droite et la gauche.
Certains commentateurs, constatant qu’aucun des deux protagonistes n’a cédé de positions dans la discussion, en concluent à l’échec de l’entreprise. Ils ont doublement tort. Tout d’abord, ne pas changer d’avis ne signifie pas qu’on ne bouge pas. Malgré des divergences qui restent irréductibles et dont Paul Thibaud rend compte dans les pages qui suivent, chacun a progressé dans la compréhension des raisons de son partenaire/adversaire. Mais, surtout, que cette engueulade civilisée ait finalement donné naissance à ce beau livre permet de croire encore à l’existence d’un monde commun, en dépit des embûches et coups tordus qui font du débat public un sport de combat. Il faut en conclusion saluer Élisabeth de Fontenay qui avoue avoir longtemps préféré avoir tort avec Sartre que raison avec Albert Camus. L’intensité même de l’échange prouve qu’elle est plus camusienne qu’elle ne le dit et que sa gauche n’est pas la « gauche policière », mais la « gauche libre ». Quant à savoir si celle-ci a un avenir, c’est une autre affaire.
Elisabeth Lévy
Cela commence par un conseil de prudence que délivre Élisabeth de Fontenay : si l’on veut être compris, il faut avoir une stratégie, ne pas se présenter comme celui qui a raison, mais aussi, d’une manière moins « présomptueuse », se mettre à l’abri en récusant les rapprochements compromettants, rompre clairement quand votre pensée recouvre celle de gens mal famés. Un débat s’ensuit sur Renaud Camus, où Alain Finkielkraut ne cède rien : comment pourrait-il dans ce cas pratiquer l’opportunisme, céder à l’intimidation, alors qu’il se donne pour rôle de récuser les jugements tout faits du parti du bien, du progrès et de l’ouverture ? En somme le conseil donné n’a produit qu’une réitération du thème central du finkielkrautisme. Voyant que celui qu’elle accompagne refuse, comme elle dit, de « sacrifier ses querelles », l’interlocutrice de bonne volonté en vient à se demander ce qu’elle fait là : « J’ai l’impression, dit-elle, que tu ne t’adresses pas vraiment à moi, que tu m’anonymises ». Cela la conduira à être plus agressive par la suite.
La gauche veut « abolir le monde »
Après la question de l’autorité morale de la gauche, un second lieu de confrontation apparaît, la question sociale, question de l’égalité, des mœurs, de la diversité dans le peuple. Le souci d’exigence dans la pensée et le langage, le souci de l’identité collective ne font-ils pas oublier à Finkielkraut les marges de la société, les nouveaux venus, les ségrégés, ceux qui sont l’objet d’un mépris parfois millénaire, comme les homosexuels, de même que les « syncrétismes culturels » nouveaux et les formes de famille irrégulières ? À ce propos, sans doute pour inciter Alain Finkielkraut à se découvrir, l’interpellatrice hausse le ton : la Manif pour tous n’est pas seulement l’expression d’une « effarante certitude », elle est décrite comme une « féroce (sic) déambulation familialiste ».
Encore une fois, Alain Finkielkraut ne se laisse pas démonter. Il ne prend pas position sur les diverses questions soulevées, mais il les replace, il les « évoque », au sens juridique du terme, dans son monde à lui, celui qu’il a construit, où apparaît un préalable, celui de la capacité de ceux qui s’emparent de ces questions à y répondre. La gauche se montre culturellement incompétente à répondre aux inquiétudes actuelles parce qu’elle est nantie d’une idéologie qui vise à « abolir le monde », et d’abord le sujet politique national. Qu’attendre d’elle quand la culture à quoi elle s’identifie menace le noyau d’où pourrait jaillir l’énergie nécessaire ? C’est de la gauche que procède l’actuelle crise de volonté, puisqu’elle recommande une « abdication par abnégation », alors que l’historiographie à la Patrick Boucheron met en forme une « volonté de n’avoir jamais existé ». Avant de se préoccuper des problèmes de la société, il faut donc se rendre capable de les affronter en assainissant la culture et l’idéologie, ce qu’Alain Finkielkraut s’attache à faire, dans un style péremptoire qui, sous-entend-il, correspond aux urgences de la situation. Il défend ce choix comme rigoureusement rationnel, jugeant qu’on ne lui oppose que des sentiments associés à un « rester à gauche malgré tout ». Élisabeth de Fontenay répond qu’à se spécialiser ainsi dans ce qu’on estime être préalable, c’est la prise de responsabilité politique qu’on élude, qu’on remet sans cesse. Elle rapporte ce contournement du politique à la manière finkielkrautienne de saisir le monde procédant, soupçonne-t-elle, d’une subjectivité enfermée en elle-même, celle d’un écrivain victime de son propre talent, dont le discours tend à la circularité. Cette saisie en effet « consiste à vérifier une intuition et surtout à transformer des gestes en signifiants qui concentrent la totalité de l’époque et auxquels tu confères le pouvoir d’annoncer le temps qui vient ».
Les partenaires de ce débat ont en commun, sur des modes différents, l’inquiétude d’une déréliction du politique, que l’un voudrait surplomber, alors que l’autre voudrait honorer d’anciennes fidélités
On comprend la déception, honnêtement reconnue, des auteurs constatant à la fin que, même si leurs convictions se recouvrent souvent, ni Alain Finkielkraut n’a réussi à convaincre Élisabeth de Fontenay de la validité de sa manière d’appréhender la postmodernité, ni celle-ci n’a réussi à lui faire quitter la posture de « chroniqueur du désastre ». Les moments de bonheur pour le lecteur qui assiste à cette guerre de positions sont des excursus, en particulier quand les auteurs entrent dans l’autobiographie et parlent, non sans émotion, de leurs origines et de leur attachement à celles-ci, quand ils comparent, sans les opposer, une francisation par héritage, imprégnation initiale et progressive ou par adhésion à un corpus appréhendé globalement.
On aurait tort de considérer ces marges comme le seul apport du texte, même si le bilan de l’échange paraît négatif : critique d’un certain piétinement d’un côté, mais échec de l’autre à fonder une capacité politique qui, tout en acceptant le legs de l’histoire, en retrouverait la fécondité, rendrait capable d’ouvrir à une création historique en évitant l’ubris révolutionnaire. Mais, comme on dit, paraît-il, dans les laboratoires, un résultat négatif n’est pas un résultat nul, c’est l’indication qu’il faut chercher ailleurs. L’ailleurs que suggère le non-aboutissement du débat, c’est le politique, champ que les interlocuteurs ont tendance à contourner parce qu’ils y sont mal à l’aise. Classiquement, on caractérise le politique par le goût de l’avenir. Mais l’avenir a-t-il un goût quand on l’entrevoit comme inéluctable, comme une fatalité menaçante ou même apocalyptique. Où puiser alors l’énergie nécessaire à une vie collective espérante ? Quand paraît épuisé ce qui a tiré l’Europe moderne, la volonté de s’émanciper des formes d’appartenance antérieures traditionnelles ou religieuses, trop affaiblies désormais pour servir de repère, même négatif.
Les partenaires de ce débat ont en commun, sur des modes différents, l’inquiétude d’une déréliction du politique, que l’un voudrait surplomber, alors que l’autre voudrait honorer d’anciennes fidélités. Ils frôlent sans doute une réponse quand le mot « prophétisme » intervient entre eux comme évoquant un style possible de réponse aux désarrois de l’époque, mais ils l’écartent aussitôt : affirmant qu’il n’y a pas de prophétisme sans transcendance et présupposant qu’il n’y a de transcendance que religieuse. Pourtant, on peut avoir de la transcendance une idée laïque : il y a transcendance quand on fait fond pour agir et pour vivre sur une conviction qui reçoit une adhésion actuelle et inconditionnelle. Comme illustration du prophétisme laïque, on peut évoquer un personnage qui fait évidemment consensus dans ce débat : le Charles de Gaulle du 18-Juin. Sans imprécation ni prédication, il a mis en œuvre à ce moment une conviction vitale, positive, son point de transcendance étant la foi dans l’avenir du pays. Enracinée subjectivement, son intervention, sa « lucidité héroïque » (É.d.F.), était en même temps ajustée à la situation, et par conséquent emportait une injonction d’agir ; elle marquait un point de recommencement, comme nous en aurions besoin.
Charles Péguy, qui lui aussi, dans le dialogue, fait consensus (ou presque), indique une autre voie de dépassement de nos perplexités inquiètes : non par l’action, mais par la poésie et la philosophie. Dénonciateur du monde moderne, il le fut évidemment mais, ne se contentant pas d’une dénonciation, il cherchait les voies d’un recommencement en soumettant à la critique ce qu’il voyait refoulé ou recouvert par l’esprit du temps. Si ce monde était devenu imperméable au spirituel, c’était, disait-il, à cause d’une profonde et ancienne « faute de mystique » de l’institution chrétienne, qu’il s’acharnait à identifier. Il voulait non seulement dénoncer, mais renouveler, échappant à la contradiction où paraît pris Alain Finkielkraut, d’être attaché aux origines tout en déplorant ce qui en procède, sans guère analyser les déviations dans le parcours.
On ne voudrait pas que ce livre courageux soit reçu comme le manifeste du désenchantement, mais comme l’appel à une espérance.
« Faute d’amour »: une surabondance de beauté
J’ai suivi le conseil donné par Alain Finkielkraut dans L’esprit de l’escalier : aller voir le film d’Andreï Zviaguintsev Faute d’amour, et je m’en suis bien trouvé. Très bien trouvé.
Une famille se disloque
Moscou est née et a grandi au milieu des forêts, qui la protégeaient mieux que Kiev des incursions de la cavalerie mongole, puis tatare. D’où l’imbrication de cette triste banlieue de grands immeubles et de la forêt que contemple Aliocha du haut de sa chambre. La plongée est un plan souvent utilisé dans le film, ce qui prend tout son sens quand on comprend comment a disparu ce collégien de douze ans. L’enfant contemple et derrière lui, dans l’appartement, ses parents en instance de divorce se déchirent, des acheteurs éventuels visitent les lieux, discutent du prix avec l’agent immobilier. Bref, une famille se disloque et personne ne se soucie du rejeton.
Coule une rivière glauque
Le film commence par un long travelling dans la forêt enneigée, où coule une rivière glauque. Il se termine de la même façon, dans les mêmes lieux, et la pure essence du cinéma est retrouvée : l’histoire d’Aliocha est introduite puis conclue sans un mot, elle est racontée par la seule beauté envoûtante des images. Aucun personnage n’apparaît dans les deux séquences : il n’appartient qu’aux plus grands cinéastes de construire des plans riches de sens en se passant de présence humaine. Ozu, après une scène dialoguée en intérieur, laisse souvent sa caméra flâner quelques secondes en extérieur, elle filme un lampadaire dans une rue campagnarde, du linge qui claque sur une corde, un train qui passe. Qu’importe les mesquineries humaines ? Le monde est là, il est serein et continue à exister sans les hommes. Le cinéma français actuel, empli de bavardage de gauche, ferait bien de prendre chez Ozu ou Zviaguintsev des leçons de silence.
Où est passé le meilleur de l’humanité?
Aliocha disparaît, ses parents trop occupés à leurs coucheries respectives s’en rendent compte bien tard, la police croit à une fugue, ce qui lui permet de traînasser. Seule une ONG dédiée à la recherche des enfants perdus prend en mains le problème. Ses volontaires fouillent méthodiquement les rues et la forêt, s’arrêtant pour ce qu’ils nomment des séquences d’appel : »Aliocha, Aliocha ! » On pense au cri inquiet de Sido la mère de Colette dans La maison de Claudine : »Les enfants, où sont les enfants ? » Où est passé le meilleur de l’humanité, sa fraîcheur, son avenir, son innocence ?
Un plan superbe en plongée montre deux ou trois de ces volontaires descendant de nuit un escalier à demi extérieur, tantôt ils sont cachés tantôt visibles. Quelles paroles pourraient mieux dire leur courage, leur persévérance presque maniaque ? Le récit est tissé d’images à la beauté stupéfiante, Zviaguintsev ose des plans presque purement atmosphériques, il filme la nuit, le vent, la neige, que zèbrent d’infimes lumières : comment mieux parler de la solitude et du désespoir ? Et ces images font avancer le récit, leur contemplation ne nuit pas à la construction de l’histoire dans la tête du spectateur. Pouchkine a écrit le seul roman en vers des littératures occidentales : Eugène Onéguine. Chaque chant s’admire comme un poème, mais constitue aussi un chapitre d’une étrange histoire d’amour.
Détour par le Donbass
Critique de la société russe actuelle ? Si l’on veut. Le père de l’enfant disparu a pour patron un orthodoxe très croyant qui refuse que ses employés divorcent, et on qualifie cet homme d’intégriste. Si tous les intégrismes religieux se bornaient à prohiber le divorce, la terre serait un jardin de roses et de paix. Quelques séquences laissent entendre et voir des bribes de radio et de télévision, on égratigne Poutine au passage, on montre des scènes de la guerre du Donbass sans prendre parti entre les deux camps. Je me permets de rappeler aux russophobes impénitents que l’Etat russe est né à Kiev, que les tsars de Moscou étaient jusqu’à Ivan le Terrible les descendants des grands-princes de la ville-mère. Une bonne partie des chefs-d’oeuvre de la littérature russe a pour cadre la Crimée, et les histoires des deux pays sont inextricablement mêlées. La reprise de la Crimée par Moscou n’est pas l’Anschluss, plutôt la réparation d’une stupidité administrative de Khrouchtchev.
Critique des sociétés modernes dans les pays développés ? Certainement. Obsession narcissique du smartphone, oubli de l’autre dans sa présence réelle et voisine, culte du corps et pratique d’un érotisme complètement égoïste, ce qui est tout de même un comble : le film pourrait être tourné à Vancouver, Saint-Cloud ou Tokyo.
Une isba crasseuse derrière de hauts murs
Oubli de la tradition et des solidarités familiales : la séquence la plus épouvantable est celle de la visite à la grand-mère, chez qui aurait pu se réfugier l’enfant désespéré. On croit trouver un gentil village russe avec ses barrières en bois, on tombe sur une isba crasseuse barricadée derrière de hauts murs comme une gated community américaine. On croit trouver une babouchka tout miel tout sucre, on découvre une atroce vieillarde qui déverse sur sa fille et sur toute l’humanité des tombereaux d’insanités à côté desquelles les pires passages de Céline ont l’air d’aimable bluettes. Non, le présumé fugueur n’a pas eu l’idée de se faire héberger par cette harpie.
Mais le Mal n’est pas seul au monde, il a en face de lui le Bien. Le chef anonyme de l’ONG qui se consacre à la recherche des enfants disparus est sec, parle peu, ne donne pas du tout dans le pathos d’empathie. Voilà une figure du Bien qui ne doit rien aux clichés, qui n’est pas photographiée portant un sac de riz pour les enfants du Biafra. Il n’a même pas de nom ou de prénom. Le sigle ONG fait penser à ces nobles défenseurs de l’Autre qui se soucient des Lointains mais fort peu des Prochains, à ce philosophe raillé par Rousseau qui se préoccupe des Tartares mais pas de son frère ou de son voisin. Décidément, Zviaguintsev ne tombe dans aucune des banalités contemporaines, tout ce qu’il montre surprend, donne à penser et à s’émouvoir.
Balance ton porc : la chasse aux sorciers doit s’arrêter
S’il fallait ne décerner qu’un seul mérite à la campagne de dénonciation #BalanceTonPorc lancée sur Twitter, ce serait celui de lever le voile sur la violence inouïe d’une certaine police de la pensée féministe en France, pour ceux qui ne l’auraient jusque-là regardée qu’avec des yeux indifférents sinon bienveillants.
Il serait donc admis désormais qu’au seul titre de la peine, de la crainte ou de l’humiliation ressenties nous pourrions nous octroyer le droit de jeter à la vindicte populaire le nom de quelqu’un qui nous aurait causé du tort. Sous le prétexte d’une prétendue insuffisance de l’arsenal juridique (seule une part infime des harcèlements subis serait effectivement déclarée à la justice), la délation pure et simple se retrouve érigée en arme légitime saisie par les minorités opprimées, les femmes en l’espèce, et acquiert soudain ses lettres de noblesse.
Adieu veau, vache, civilisation…
Ce combat mené au nom du progressisme revêt paradoxalement les atours de l’archaïsme le plus profond. Il vient percuter frontalement un édifice judiciaire forgé par près de 3000 ans de civilisation, dont nous sommes les heureux héritiers et dont nous reconnaissons l’éminence dans notre modèle occidental de société. Et il se trouve que, de manière fort justifiée, nous avons élaboré des lois qui définissent précisément ce que sont le harcèlement sexuel d’une part, le viol d’autre part, qui donnent tous deux lieu à la condamnation du coupable. Avec #BalanceTonPorc, c’est comme si nous faisions table rase de notre société civilisée pour renouer avec une époque ancestrale où le droit n’existait pas et où le sacrifice expiatoire offrait l’unique voie pour endiguer la violence, comme l’a expliqué René Girard.
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Non contente d’avoir apporté le droit, notre civilisation a aussi engendré des mœurs et des coutumes qui nous sont propres, au titre desquelles la nature si singulière des relations entre hommes et femmes en Occident figure en bonne place. L’affirmation de la parfaite égalité entre l’homme et la femme par la religion chrétienne dès l’époque romaine, puis la valorisation de la courtoisie érigée en vertu chevaleresque durant le Moyen-Âge, en particulier en France, ont peu à peu lissé les aspérités de la brute nature masculine et tempéré leurs fougueuses ardeurs envers la gent féminine. Cette culture de la galanterie peut même confiner au sublime lorsqu’elle s’exprime dans le langage des arts, et l’on ne peut s’empêcher de songer avec émerveillement à Ronsard et son fameux poème : Mignonne allons voir si la rose. L’instruction de la littérature, combinée à une éducation des garçons dans un profond respect des jeunes filles et des femmes, a permis que la tradition courtoise se perpétue au fil des générations, au bonheur des dames françaises.
La loi du plus connecté
Mais tout vêtu de sa belle parure culturelle, l’homme n’en reste pas moins un homme, et si la forme a évolué, le fond naturel et instinctif est lui resté. Il n’a donc jamais ménagé ses efforts pour parvenir à ses fins séductrices, dût-il pour cela employer le pouvoir, l’argent ou la ruse (étant entendu que l’insulte, la violence et la menace physiques relèvent immédiatement du domaine de la justice). Jouir de sa position de force, abuser de la situation de faiblesse ou de la candeur de quelqu’un sont assurément des comportements moralement blâmables. Mais ils font partie de la nature humaine, et ne sont en outre nullement l’apanage des hommes. Vouloir abolir ce type d’agissements à l’échelle sociétale est non seulement parfaitement illusoire, mais s’apparente à une entreprise totalitaire de moralisation de la société.
La façon dont sont traitées dans les médias sociaux l’affaire Weinstein et ses prolongations témoigne nettement d’un glissement de la sphère du droit – juger ce qui est légal ou illégal en vertu de la loi – vers celle de la morale – juger ce qui est moral ou amoral en vertu du jugement populaire, si tant est que le jugement ici émis soit représentatif du peuple dans sa totalité. Que ce soit dans le domaine privé ou professionnel, signifier de manière ferme et sans complaisance son refus suffit généralement à suspendre les sollicitations masculines importunes, et si ce n’est malheureusement pas le cas, la loi est là pour le pallier. Si désormais la manière dont sont définis légalement les contours du harcèlement sexuel est jugée inappropriée, quels en seront donc les nouveaux tracés ?
Il se dessine clairement un système où tout abus de la confiance ou de la naïveté d’une femme, réelle ou feinte, toute insistance un peu appuyée et persévérante dans le but d’obtenir ses faveurs, pourrait être assimilée à du harcèlement. Dans un tel cadre, l’homme se verrait incomber la charge de la preuve de l’entière honnêteté de son dessein, autrement dit l’existence avérée et préalable d’un sentiment amoureux, condition sine qua non à toute relation physique avalisée par la société. Au motif louable de vouloir endiguer la reproduction de ces situations pénibles auxquelles sont fréquemment confrontées des femmes, on en arrive à une véritable dictature du comportement. Qui veut faire l’ange fait le diable.
Cinquante nuances d’hommes et de femmes
Outre un risque de dérive vers une forme moderne d’inquisition, cette chasse aux sorciers met à jour un autre aspect marquant de notre époque, celui du recours systématique à une grille manichéenne dès lors qu’on s’attelle à analyser le monde. La nuance n’est pas convoquée quand il s’agit de traiter de sujets de sexualité : l’homme est par essence coupable, la femme victime. Admettre que la vérité puisse se loger dans une zone grise et floue est sans doute une situation par trop inconfortable pour convenir aux nouvelles amazones, promptes à jeter l’anathème à cette simple évocation. Pourtant, s’il y a bien un domaine où le noir et le blanc se révèlent être une palette largement insuffisante, c’est à n’en pas douter celui des relations entre hommes et femmes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le bestseller d’E. L. James s’intitule Cinquante nuances de gris.
Que les hommes usent souvent de leur position de supériorité auprès des femmes (en termes de hiérarchie, de situation financière, de prestige, d’âge) est un fait incontestable, que cette position de supériorité puisse précisément leur conférer un atout décisif dans le jeu de la séduction en est un autre. Difficile d’affirmer que toute femme y est ou y perdure entièrement indifférente. Et si les hommes exercent une certaine forme de pouvoir sur les femmes, comment à l’inverse ignorer celui immense que ces dernières détiennent sur les hommes ? Ainsi il apparaît que les relations entre les deux sexes s’accommodent fort mal d’une vision bi-chromatique, bien trop simpliste et oublieuse de la complexe réalité.
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C’est l’antiracisme qui alimente le racisme
L’antiracisme a remplacé toutes les grandes causes que portait anciennement la gauche. C’est même un lieu commun que de le rappeler. Son partenaire, le multiculturalisme, s’impose désormais partout, des cafés aux assemblées et parlements en passant par les universités. La passion antiraciste est le nouvel opium des intellectuels, le grand projet grâce auquel on serait censé parvenir à l’établissement d’un monde plus fraternel.
Plus que jamais, il est donc temps d’en faire l’examen critique. D’abord, il faut réaliser que la passion antiraciste carbure au fantasme, dans la mesure où elle prétend combattre un phénomène qui n’existait pratiquement plus dans les pays occidentaux. L’antiracisme militant n’adhère pas à la réalité : bien au contraire, il y projette ses obsessions, il la travestit de manière à la rendre plus excitante pour son propre camp. Le révisionnisme ambiant maquille la société française, il la déguise en prostituée xénophobe pour mieux abattre ce qu’il reste du modèle républicain.
D’une grenouille vous ferez un bœuf
Le racisme réel n’existe (presque) plus dans la rue ? Érigez-le en système, faites croire qu’il est passé dans l’ADN de la société. La discrimination raciale est devenue très marginale ? Érigez-la en système, faites croire qu’elle existe encore, de manière invisible ou dans les prisons. L’esclavage n’existe plus depuis longtemps ? Érigez-le en système, faites croire qu’il est devenu économique, statistique, ou mieux symbolique, qu’il se manifeste par le maintien de la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale. La passion antiraciste est une pornographie sociologique, une révolte de l’imaginaire contre la réalité.
Au Québec, une petite controverse est devenue emblématique de cette fantasmagorie. Récemment, l’une des figures de proue du mouvement antiraciste québécois, Émilie Nicolas, publiait sur sa page Facebook une photo montrant trois commentateurs politiques discuter à la même émission de télévision.
Selon plusieurs, le fait que trois hommes « blancs » puissent participer au même débat prouve, hors de tout doute, que le « racisme systémique » est bien implanté au Québec. Dans cette optique, les chaînes de télévision participeraient à l’exclusion des minorités ethniques en continuant d’embaucher des personnes issues de la majorité « de souche ». Non seulement l’intervention de cette militante traduit une forme évidente de racisme anti-blanc, mais elle montre que le lobby inclusif est prêt à invoquer n’importe quoi pour justifier son existence.
« Fantasmez, fantasmez,… »
De la sortie de son livre Le Choc des civilisations en 1996[tooltips content=’En 1997 en français aux éditions Odile Jacob.’]1[/tooltips] jusqu’à sa mort en 2008, la gauche universitaire n’a cessé d’accuser Samuel P. Huntington de défendre une thèse « raciste » qui remplierait le rôle d’une « prophétie autoréalisatrice ». Pour la bien-pensance académique, la thèse du politologue américain était déjà très dangereuse à l’époque, car on pensait qu’elle pouvait en venir elle-même à favoriser ce grand réveil identitaire. Bref, en parlant d’un choc des civilisations, on l’encouragerait. L’adoption par les États d’un point de vue « conservateur » jetterait forcément de l’huile sur le feu.
L’antiracisme en vient à jouer exactement le même rôle, mais en adoptant évidemment une autre posture. L’idéologie est à la société ce qu’est la publicité au consommateur : un réservoir de l’imagination destiné à imposer ses normes. En racialisant tous les rapports sociaux tout en contribuant, par le fait même, à la tribalisation des sociétés occidentales, ce discours fonctionne exactement comme une prophétie autoréalisatrice. Actuellement, c’est l’antiracisme qui alimente le racisme, puisque ce mouvement encourage la réapparition d’une conscience raciale chez des individus qui n’en avaient plus (ou pas).
« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », disait autrefois le dicton. Aujourd’hui, c’est plutôt « fantasmez, fantasmez, il en adviendra toujours quelque chose ». Le multiculturalisme est un fétichisme racial exprimant le désir d’en finir avec l’Homme blanc.
Politis contre Céline Pina: quand le gauchisme est un sexisme
Politis a trente ans mais n’a vraiment plus toutes ses dents ! Se situant à la gauche de la gauche, il a accompagné et nourri tous les gauchismes successifs. Avec frénésie. Et force vociférations contre les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire.
Le gauchisme étant devenu la maladie sénile du communisme, le journal fondé par Bernard Langlois a également été placé en soins palliatifs. Le prolétariat, possible et souhaité avenir de l’humanité, ayant déserté la scène, Politis s’est rabattu sur « le prolétariat d’origine étrangère » cher à Alain Badiou.
Il est allé sillonner les banlieues islamisées. C’est d’elles et d’elles seules avec leur religion proclamée religion des pauvres que ce journal espère le salut.
« Pina jouit »
Et c’est pourquoi il combat avec le zèle fanatique d’un Torquemada les islamophobes qu’il promet au bûcher. Sa dernière cible : Céline Pina. Cette militante républicaine, droite et courageuse, a pris la tête d’un combat contre la tenue à l’université Lyon-2 d’un colloque prétendument scientifique, consacré à l’islamophobie. Et elle a eu gain de cause en faisant annuler une réunion qui aurait été à sa place dans une mosquée salafiste.
A lire aussi: Le colloque sur « l’islamophobie » de l’université Lyon-2 n’aura pas lieu
Céline Pina s’en est à juste titre félicité. Politis ne pouvait laisser passer une telle offense. Et le journal a publié un article d’une grande violence pour la démolir. Ce qui est somme toute banal. Ce qui l’était moins, c’était le titre « Pina jouit » ! Oui « Pina jouit » !
Un directeur de la rédaction, celui de Politis, a signé ce texte. Un correcteur l’a corrigé. Un maquettiste l’a mis en page. Des journalistes l’ont vu. Et rien.
Soutien @celine_pina par-delà nos désaccords. Les injures graveleuses de @Politis_fr sont inacceptables. https://t.co/rvJET7XOq3
— Gilles CLAVREUL (@GillesClavreul) 13 octobre 2017
Le journal a remarqué que Céline Pina avait relevé la présence d’un fiché S parmi les « intellectuels » conviés au colloque de Lyon-2. Et il s’en gausse en indiquant que les pouvoirs publics fichent n’importe qui et n’importe comment. Avec Politis on a du Sartre, comme le disait Desproges de Minute : les mains sales et la nausée.
Wanted, Marine Le Pen a disparu
Invitée de L’Emission politique, Marine Le Pen n’a pas semblé plus assurée hier soir que lors de son débat raté de la présidentielle
Marine Le Pen était l’invitée de L’Emission politique, hier soir. Elle était attendue puisque c’était sa première grande émission depuis le fameux débat du second tour de l’élection présidentielle. Mais plus encore, la première après le départ de son stratège Florian Philippot. C’est d’abord sur l’euro, point d’achoppement avec ce dernier, qu’elle a été interrogée par François Lenglet. C’est peu dire qu’elle n’a pas été plus convaincante que face à Emmanuel Macron.
L’euro, monnaie gênante et trébuchante
Cette fois, ce n’est pas la distinction entre monnaie unique et monnaie commune, insuffisamment maîtrisée, qui l’a fait trébucher, mais le nouveau calendrier du FN, faisant de la souveraineté monétaire un aboutissement et non plus un préalable, laissant même entendre qu’une sortie de l’euro n’était plus obligatoire si on arrivait à réformer la gestion de la monnaie. Marine Le Pen favorable à la perspective de « l’euro sympa », c’était effectivement nouveau, mais on n’y croyait guère, pas davantage qu’elle-même à ce moment-là, d’ailleurs. Marine Le Pen sait très bien, pour l’avoir dit elle-même pendant deux campagnes présidentielles, que la monnaie est d’abord un outil politique et que sa gestion constitue une arme pour faire plier ceux qui refusent de rentrer dans le rang. Qu’on en parle aux Grecs qui ont été menacés par Mario Draghi de voir leurs banques privées de liquidités au plus fort de la crise de 2015.
À terme, la France doit-elle sortir de l’euro? « Nous allons voir », répond Marine Le Pen. #àpeuprès #Lemissionpolitique
— Alex Sulzer (@Alexsulzer) 19 octobre 2017
La présidente du FN a malgré tout lâché les véritables raisons de sa volte-face : les sondages et le marketing électoral, qu’elle a pourtant fustigés en fin d’émission, comme pour mieux se convaincre qu’elle n’y avait pas cédé elle-même.
Tout est à refaire
C’est ensuite Laurence Parisot qui est venu lui porter la contradiction sur le sujet du féminisme. C’est à ce moment-là que Marine Le Pen a été la plus à l’aise. Divine surprise pour la présidente du FN que cette invitée mystère : une ancienne présidente du Medef. Elle a ainsi pu développer la défense des petits et des sans-grades, au féminin. Un peu d’oxygène dans l’émission avant d’être confrontée à Gérald Darmanin qui lui a donné davantage de fil à retordre sur les questions fiscales.
Marine Le Pen ne semble pas avoir retrouvé la confiance et la sûreté qui étaient sa marque de fabrique il y a encore quelques mois. Le débat face à Emmanuel Macron pèse toujours et elle en est convenue elle-même, hier soir. Sa crédibilité en a souffert, en souffre toujours. Elle en paraît d’autant plus consciente que ce débat a été le point de départ du processus qui l’a amenée à se séparer de celui qui fut son stratège depuis 2009, pour se retrouver aujourd’hui isolée idéologiquement dans le parti qu’elle préside, et qui l’amène à dire et faire le contraire de ce qu’elle disait et faisait jusqu’au 3 mai dernier, sur les questions économiques.
Concurrents, un mot qui commence bien mal
Il ne sera pas facile de remonter la pente dans ces conditions, d’autant que Laurent Wauquiez vient aujourd’hui lui faire de la concurrence sur les questions identitaires, et que Florian Philippot développe sa petite entreprise, qu’on aurait tort de mésestimer. Invité la veille chez Zemmour et Naulleau, il a fait preuve d’une efficacité d’autant plus grande qu’il est, au contraire de son ex-candidate, en total accord avec lui-même. S’il continue d’être considéré comme un bon client dans les médias audiovisuels, son nouveau parti pourrait se développer plus vite qu’on ne l’aurait cru. D’autant plus que la prochaine échéance électorale est européenne… Les divorces sont surprenants. C’est parfois celui dont on croit qu’il va souffrir le plus qui, contre toute attente, se libère, laissant l’autre bien plus malheureux que prévu.
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