L’antiracisme a remplacé toutes les grandes causes que portait anciennement la gauche. C’est même un lieu commun que de le rappeler. Son partenaire, le multiculturalisme, s’impose désormais partout, des cafés aux assemblées et parlements en passant par les universités. La passion antiraciste est le nouvel opium des intellectuels, le grand projet grâce auquel on serait censé parvenir à l’établissement d’un monde plus fraternel.

Plus que jamais, il est donc temps d’en faire l’examen critique. D’abord, il faut réaliser que la passion antiraciste carbure au fantasme, dans la mesure où elle prétend combattre un phénomène qui n’existait pratiquement plus dans les pays occidentaux. L’antiracisme militant n’adhère pas à la réalité : bien au contraire, il y projette ses obsessions, il la travestit de manière à la rendre plus excitante pour son propre camp. Le révisionnisme ambiant maquille la société française, il la déguise en prostituée xénophobe pour mieux abattre ce qu’il reste du modèle républicain.

D’une grenouille vous ferez un bœuf

Le racisme réel n’existe (presque) plus dans la rue ? Érigez-le en système, faites croire qu’il est passé dans l’ADN de la société. La discrimination raciale est devenue très marginale ? Érigez-la en système, faites croire qu’elle existe encore, de manière invisible ou dans les prisons. L’esclavage n’existe plus depuis longtemps ? Érigez-le en système, faites croire qu’il est devenu économique, statistique, ou mieux symbolique, qu’il se manifeste par le maintien de la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale. La passion antiraciste est une pornographie sociologique, une révolte de l’imaginaire contre la réalité.

Au Québec, une petite controverse est devenue emblématique de cette fantasmagorie. Récemment, l’une des figures de proue du mouvement antiraciste québécois, Émilie Nicolas, publiait sur sa page Facebook une photo montrant trois commentateurs politiques discuter à la même émission de télévision.

Selon plusieurs, le fait que trois hommes « blancs » puissent participer au même débat prouve, hors de tout doute, que le « racisme systémique » est bien implanté au Québec. Dans cette optique, les chaînes de télévision participeraient à l’exclusion des minorités ethniques en continuant d’embaucher des personnes issues de la majorité « de souche ». Non seulement l’intervention de cette militante traduit une forme évidente de racisme anti-blanc, mais elle montre que le lobby inclusif est prêt à invoquer n’importe quoi pour justifier son existence.

« Fantasmez, fantasmez,… »

De la sortie de son livre Le Choc des civilisations en 19961 jusqu’à sa mort en 2008, la gauche universitaire n’a cessé d’accuser Samuel P. Huntington de défendre une thèse « raciste » qui remplierait le rôle d’une « prophétie autoréalisatrice ». Pour la bien-pensance académique, la thèse du politologue américain était déjà très dangereuse à l’époque, car on pensait qu’elle pouvait en venir elle-même à favoriser ce grand réveil identitaire. Bref, en parlant d’un choc des civilisations, on l’encouragerait. L’adoption par les États d’un point de vue « conservateur » jetterait forcément de l’huile sur le feu.

L’antiracisme en vient à jouer exactement le même rôle, mais en adoptant évidemment une autre posture. L’idéologie est à la société ce qu’est la publicité au consommateur : un réservoir de l’imagination destiné à imposer ses normes. En racialisant tous les rapports sociaux tout en contribuant, par le fait même, à la tribalisation des sociétés occidentales, ce discours fonctionne exactement comme une prophétie autoréalisatrice. Actuellement, c’est l’antiracisme qui alimente le racisme, puisque ce mouvement encourage la réapparition d’une conscience raciale chez des individus qui n’en avaient plus (ou pas).

« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », disait autrefois le dicton. Aujourd’hui, c’est plutôt « fantasmez, fantasmez, il en adviendra toujours quelque chose ». Le multiculturalisme est un fétichisme racial exprimant le désir d’en finir avec l’Homme blanc.

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