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Renaud Camus: “En France, il y avait un peuple, maintenant il y en a deux”

Renaud Camus: “En France, il y avait un peuple, maintenant il y en a deux”
Renaud Camus. Photo: BALTEL/SIPA
Renaud Camus. Photo: BALTEL/SIPA

Ces deux-là n’étaient pas partis pour se connaître et encore moins pour se parler. Comment le juif séfarade, devenu activiste pour faire éclater la vérité surl’affaire Al Doura, aujourd’hui élu à Neuilly, et l’écrivain aristocratique retiré dans son château du Gers auraient-ils pu se rencontrer? Le hasard a pris les traits de Daniel Pipes. Ce conservateur américain qui organisait, avec l’aide de Karsenty, un voyage d’études en Europe, avait demandé à rencontrer Camus. « Je ne le connaissais pas, j’ai été ébloui par sa pensée qui ne ressemble à aucune autre », raconte Karsenty. Les réticences de son entourage l’ont convaincu qu’il fallait faire connaître l’oeuvre de Camus à des gens qui, souvent, n’avaient entendu parler de lui qu’à travers les polémiques qu’il suscite. Dans ce livre, où il a choisi de s’effacer pour laisser toute la place ou presque à son interlocuteur, Camus revient sur quelques-unes de ses idées-forces, comme le Grand Remplacement, et livre de nombreuses analyses sur l’actualité. Une excellente occasion de découvrir ou redécouvrir un écrivain majeur, sans se soucier des trépignements de ceux qui préfèrent interdire que réfléchir. EL

Le Grand Remplacement

Le Grand Remplacement est un nom pour un phénomène historique, sans doute le plus important et le plus dramatique qui soit survenu à notre pays et à notre peuple au cours de leur histoire commune, c’est-à-dire le long d’une quinzaine de siècles au moins : le changement de peuple, justement, avec le changement de civilisation qu’il implique nécessairement. C’est la réalisation dans les faits de ce qui, chez Bertolt Brecht, était une boutade : si le gouvernement n’est pas content du peuple, il n’a qu’à en élire un autre.

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Qu’est-ce que le Grand Remplacement ? Eh bien le simple fait que sur un territoire donné il y avait un peuple, un simple peuple, bien malaxé par les siècles, bien uni par son sentiment d’appartenance, sa culture, son art de vivre et sa longue histoire partagée ; et qu’en une génération à peine sur le même territoire il y a deux peuples, si ce n’est d’avantage, qui se le partagent plus ou moins harmonieusement — plutôt moins que plus.

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On peut dire ainsi que dans la situation politique ou plutôt historique française contemporaine, et sans doute européenne, il y a quatre sortes de protagonistes :

– les remplacés récalcitrants, c’est-à-dire les indigènes qui, comme moi, ne tiennent pas du tout à faire l’objet d’une colonisation,

– les remplacés consentants, qui ne voient pas où est le problème, au propre et au figuré,

– les remplacistes, qui organisent ou qui laissent faire le changement de peuple, et qui sont encore le pouvoir, peu ou prou,

– et enfin les remplaçants, les nouveaux ou futurs maîtres, autrement appelés selon les sous-périodes chances pour la France ou sensibles (parce qu’ils habitent et animent les « quartiers sensibles »).

Il est à noter que beaucoup de remplaçants, surtout parmi les plus jeunes, assument tout à fait cette qualité et relèvent même avec orgueil, pour la confirmer fièrement, l’expression de Grand Remplacement. Oui, disent-ils, c’est bien ce qui se passe, et tant mieux. Mais autant ils s’affichent volontiers remplaçants, autant ils ne sont pas du tout remplacistes. Au contraire, ce sont de farouches identitaires: ils sont fiers de leur héritage ethnique et culturel, de leurs traditions, de leur religion, de leur vision du monde. Nos identitaires et eux s’affrontent, mais au moins ils se comprennent parfaitement. Ils se font de l’appartenance la même idée — qui d’ailleurs fut longtemps la seule à avoir cours, pour tout le monde.

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Ces univers construits sur le mensonge sont incroyablement fragiles, en effet. Ils peuvent s’effondrer en quelques mois, quelques semaines, parfois quelques jours. Un simple éclair de vérité sous leurs voûtes peut les faire s’abattre comme château de cartes. Il suffit que quelqu’un parle, et surtout soit entendu.

Les sociologues

Je les appelais aussi les niveau-montistes : à propos de l’École, ils avançaient par exemple, formule que plus personne n’oserait reprendre aujourd’hui tant elle ferait rire (à travers les larmes), que le niveau montait — moyennant quoi, à force de niveaux qui montent, nous nous retrouvons avec un système scolaire complètement effondré, qui n’enseigne plus que[access capability=”lire_inedits”] l’oubli (et l’inexistence des races) (et bientôt des sexes).

Les sociologues prouvaient tous les ans par a plus b que la délinquance n’avait rien à voir avec l’immigration, ce qui explique sans doute que nos prisons sont pleines d’immigrés ou d’enfants d’immigrés, qu’ils engorgent les tribunaux et qu’ils occupent la plus grande part du temps de la police. Qu’est-ce qu’un sociologue aujourd’hui, en caricaturant à peine ? Quelqu’un qui est persuadé que la surreprésentation immigrée dans les prisons est la preuve absolue du racisme des juges.

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Vous demandiez si j’avais des chiffres. Non, non, non et non, je n’ai pas de chiffres ; et si j’en avais je ne les donnerais pas : je crois d’ailleurs qu’il y en a, et de très pertinents, mais ils ne sont pas mon domaine. On ne prend pas assez garde à ce mot de chiffre, qui signifie à la fois le nombre et le mensonge, la dissimulation. Le bureau du chiffre, c’est celui qui produit des messages incompréhensibles, chargés de dissimuler la vérité. Une lettre chiffrée, c’est une lettre qui ne dit pas ce qu’elle veut dire, qui dissimule sa signification véritable.

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Le Grand Remplacement crève les yeux, et le cœur. Mais la sociologie et les statistiques — c’est l’essentiel de ce que je leur reproche …— ont volé aux Français leur regard, leur expérience, et même leur chagrin. Éberlués de chiffres et d’interdits, nos malheureux concitoyens n’osent plus voir ce qu’ils voient, n’osent plus penser ce qu’ils pensent, n’osent même plus souffrir ce qu’ils souffrent.

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Cela dit, je ne doute pas un instant qu’il existe des preuves du Grand Remplacement, autres que les photographies de classe et les rubriques des naissances et décès des journaux.

La colonisation

Je sais que ce terme choque, colonisation, pour parler de ce qui nous arrive. Je m’y obstine cependant parce que l’Europe est bien plus colonisée par l’Afrique, selon moi, et bien plus profondément, plus gravement, qu’elle ne l’a jamais colonisée elle-même. La colonisation européenne de l’Afrique était militaire, politique, administrative, économique, culturelle. La colonisation africaine de l’Europe est démographique, ce qui est autrement plus grave et risque de se révéler irréversible.

L’immigration

Les partisans de l’immigration sont comme des gens qui auraient acheté un petit lézard d’agrément et se retrouveraient avec un colossal crocodile, pas particulièrement facile à vivre, et qui s’étalerait à travers les portes sur plusieurs pièces de l’appartement, où il dévasterait tout. Le phénomène est trop extraordinaire pour ces bobos casaniers, il dépasse trop leur cadre de perception et leurs cloisons. Affolés de ce qui leur arrive, ils font comme si ça n’arrivait pas. Et ils vont et viennent dans l’appartement comme si le crocodile n’était pas là, bien qu’il leur faille plus d’une fois, pour gagner le réfrigérateur ou leur lit, l’enjamber ou monter sur lui, malgré le danger. Et ceux qui leur parlent de leur crocodile les rendent fous furieux. Ils les haïssent, ils les maudissent, ils les menacent de tous les maux. Ça ne rend pas le dialogue aisé, d’autant que le crocodile lui-même, de plus en plus, veut y participer aussi, et ne fait rien pour l’apaiser.

L’Union européenne

L’Union européenne est la forme étatique que s’est donnée l’Europe devant la face du monde. Pas de malentendu, n’est-ce pas : personne n’est plus convaincu que moi du caractère exécrable des politiques menées à Bruxelles. Les dirigeants européens sont à mes yeux des traîtres qui livrent la patrie commune à l’invasion, et vont jusqu’à appeler celle-ci, à la provoquer, l’organiser. Entendons-nous bien, donc : je n’ai aucune espèce de sympathie ou de respect pour eux. Un Jean-Claude Juncker, qui est allé jusqu’à confier à l’un des plus dangereux envahisseurs, la Turquie, le soin de juguler l’invasion, est à mes yeux le Grand Remplaciste. Il faudra bien sûr se débarrasser de toute cette clique remplaciste, les champions et promoteurs du Grand Remplacement et du remplacisme global. Il est plus que probable qu’il faudra aussi procéder à une large refonte des institutions européennes, et les faire évoluer vers une Europe confédérale, une Europe des nations, avec un président et des attributions clairement réparties, entre les États et la confédération. Mais il ne faut pas détruire ce qui a été fait depuis soixante ans, et qui a le mérite d’exister. Je me méfie grandement de l’éternelle pulsion de tabula rasa, au sein des droites françaises. Au fond je suis beaucoup plus ambitieux et peut-être casse-cou, soit, que les souverainistes. L’Europe, selon moi, il ne faut pas la quitter, il faut s’en emparer, en s’appuyant sur les États du pacte de Visegrad.

Donald Trump

Donald Trump est un briseur de codes. Il a eu le grand mérite de fendre, de rompre, peut-être de briser, la chape de propos convenus qui auraient entouré et même constitué l’élection américaine si Hillary Clinton avait eu en face d’elle un opposant de la même espèce qu’elle, nourri dans le sérail et comme elle vieux routier de la politique. Sur l’immigration, sur l’islam, qui sont de très loin à mes yeux les questions principales, vous le savez, Trump a eu le courage, ou le talent, ou l’intelligence stratégique, de mettre en pièces plusieurs tabous qui, même s’ils sont moins pesants aux États-Unis qu’en France, sont une chape formidable entre le monde réel, celui de l’expérience quotidienne des gens, et la parole politique admise. De cela, bien sûr, je lui sais gré.

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Trump a fait mentir les sondages, les analystes, les prétendus experts ; il les a même ridiculisés, il a fait paraître au grand jour la niaise absurdité de leur morgue et leur suffisance : bravo.

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Les États-Unis, jusqu’à Obama, c’était tout de même encore un peu l’Europe. C’était la civilisation occidentale. Mais pour Obama, il l’a montré en maintes occasions, l’Europe n’était rien du tout ; et il semble bien que pour Trump elle ne soit guère davantage : en cela les deux hommes ne sont pas si différents qu’on pourrait croire. Le continent nord-américain a pris le large, il vogue vers l’Asie, il vogue même vers un univers virtuel indépendant des cartes, ces vieilles choses si belles. Obama a été le premier président vraiment mondialiste, c’est-à-dire indéterminé.

Poutine

Poutine a eu des mots très justes, il y a déjà bien longtemps, sur la colonisation de l’Europe par ses anciens colonisés. À ce propos, je rejoins mot pour mot ses analyses : il a décrit à l’avance, et avec tout le mépris qui convenait, ce qui est en train de se produire. Mais je ne le vois pas comme un ami : plutôt comme un joueur très doué qui sert à merveille ses propres intérêts et, dans une certaine mesure, ceux de son pays (plus que de son peuple). On peut s’inspirer de sa détermination, de son talent diplomatique, de son patriotisme. On peut même les admirer, et les envier pour nos propres nations. Mais on ne saurait oublier qu’il ne s’agit nullement d’un ami, et que ses intérêts ne sont pas les nôtres.

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La Russie est justement la preuve, comme d’ailleurs le Japon, qu’il n’y a pas de changement de peuple, même en cas de décroissance démographique et de vieillissement de la population, si les pouvoirs en place ne le souhaitent pas ; en d’autres termes, si le remplacisme global ne dispose pas (encore ?), dans le pays concerné, du contrôle de la situation. Ce n’est pas la décroissance démographique qui entraîne le changement de peuple, c’est l’idéologie remplaciste, celle pour qui l’homme est par définition remplaçable, une cuillerée étalable à merci de Matière Humaine Indifférenciée (MHI).

La décroissance démographique n’est pas un déclin, ni une faute, ni une erreur d’appréciation. Étant donné l’état de la planète, elle est au contraire la sagesse même. Les peuples les plus avancés le perçoivent parfaitement au tréfonds d’eux-mêmes.

Toutes les politiques écologiques sont parfaitement vaines, représentent des milliards jetés par les fenêtres et des efforts surhumains gâchés pour rien, tant que la croissance démographique planétaire n’est pas enrayée et renversée, et qu’elle annihile systématiquement leurs efforts et leurs effets. Neuf sur dix des maux dont souffre la Terre ont une source unique : la surpopulation.

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L’attitude démographique des peuples développés comme l’Allemagne, l’Italie ou la Russie, qui tendent vers une légère décroissance, est à mon avis, je le répète, la sagesse même et devrait être encouragée, ou en tout cas pas combattue. C’est le comportement démographique de l’Afrique qui est délirant, une pure folie.

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La force est de moins en moins liée au nombre, à la quantité. Elle va à l’intelligence, à la prévoyance, à la subtilité stratégique, à la recherche : pas à la quantité des peuples ou des armées. Voyez le minuscule Israël tenir tête à soi-seul grâce il est vrai à ses alliances et à sa diaspora, mais surtout à une vigilance de tous les instants, et à la force de sa volonté, à l’océan de haine qui l’entoure de toute part.

Israël et Jérusalem

L’arrogance islamique n’est jamais plus évidente qu’en les moments où elle appuie les droits prétendus des musulmans au site de la mosquée Al-Aqsa sur le fait qu’il s’agirait du « troisième lieu saint de l’islam ». Admettons que ce le soit, et c’est déjà beaucoup demander, car, jusqu’en 1967, on n’avait guère entendu parler de Jérusalem comme lieu saint de l’islam, et les dirigeants et chefs d’État arabes et musulmans ne s’y pressaient guère pour y faire leurs dévotions, alors que la ville était sous contrôle jordanien et qu’ils eussent eu tout loisir de le faire. C’est la reprise de leur capitale éternelle par les juifs qui tout à coup a fait de Jérusalem une ville sainte de l’islam, par on ne sait quel miracle rétrospectif. Mais passons, passons, admettons : troisième lieu saint de l’islam, bon, il y a quelques textes à l’appui. En quoi cela devrait-il donner aux musulmans le moindre droit, dans la mesure où le mont du Temple est de toute évidence le premier lieu saint d’Israël, et Jérusalem en général, le site de la passion du Christ, le premier lieu saint du christianisme ? En quoi un troisième lieu saint, nouvellement créé, d’une religion tard venue devrait-il étayer ses prétentions au détriment de deux autres religions plus anciennes, dont le même lieu est le premier lieu saint ? Est-ce qu’une religion jouit d’une préséance sur deux autres qui la valent bien, au seul motif qu’elle fait plus peur et que ses fidèles sont plus agressifs ?

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C’est une des raisons qui me font dire qu’Israël est le modèle des sociétés occidentales, l’exemple de ce qu’elles devraient être : pays resurgi de la mort et de l’holocauste, remonté du tombeau, comme Lazare, ressuscité, comme l’hébreu effacé et re-né. D’autre part, île minuscule isolée parmi un océan innombrable d’ennemis, il prouve que la force, aujourd’hui, n’est plus une affaire de quantité mais, plus que jamais, d’intelligence, d’attention de tous les instants et de volonté.

2017, dernière chance avant le Grand Remplacement. Changer de peuple ou changer de politique ?, Renaud Camus, entretiens avec Philippe Karsenty, La Maison d’Édition, 2017.

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