Ah ! Comme j’aimerais être imprévisible et célébrer, contre toute attente, l’attribution du prix Nobel de littérature à Bob Dylan. Mais rien à faire : scrongneugneu je suis, scrongneugneu je demeure. Pour moi, ce choix est un indice annonciateur de la fin : la fin des temps modernes européens. En 1983, Milan Kundera écrivait : « Au Moyen Âge, l’unité de l’Europe reposait sur la religion commune. Dans les Temps modernes, quand le Dieu médiéval se transforma en « deus absconditus », la religion céda la place à la culture qui devint la réalisation des valeurs suprêmes, par lesquelles l’humanité européenne se comprenait, se définissait et s’identifiait. »

La même année, Mario Vargas Llosa assistait à une conférence du grand anthropologue Edmund Leach. La scène se passait à Cambridge et le titre de la conférence était : « Literacy is doomed : la culture livresque va périr. » Ce qui se faisait et s’obtenait par la lecture allait désormais s’obtenir au moyen de projecteurs, de haut-parleurs et de cassettes, affirmait Leach. Nous entrions dans le monde de l’audiovisuel. Et cela n’attristait pas Leach, cela lui faisait plaisir.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Partager
Alain Finkielkraut
philosophe et écrivain.Dernier livre paru : La seule exactitude. (Editions Stock).