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Apologie du terrorisme: pourquoi l’affaire Poussier n’est pas un acte isolé


L’arrestation pour apologie du terrorisme de l’ex-candidat de la France insoumise, Stéphane Poussier, n’est pas qu’un « dérapage ». Pour l’historien, Philippe Fabry, cette convergence entre une certaine gauche et l’islamisme marque une tendance de fond qui pourrait faire de « l’islamo-gauchisme » le communisme du XXI° siècle.


Les actes terroristes qui ont ensanglanté l’Aude ces derniers jours ont montré, dans toute sa crudité, l’ignominie de la convergence entre l’extrême gauche et l’islamisme, lorsque Stéphane Poussier, ancien candidat de la France insoumise, s’est félicité de la mort du lieutenant-colonel Beltrame, par haine gauchiste du flic. Cette apologie d’un acte de terrorisme islamiste par un représentant du vieux gauchisme ne saurait être réduite à un comportement isolé, un dérapage individuel. Il s’agit au contraire de la manifestation d’une évolution profonde du paysage politique français, qui voit peu à peu se structurer une idéologie à la vigueur dangereuse, un parti de la haine de la civilisation occidentale.

Le récent effondrement des partis politiques traditionnels en France a pratiquement effacé le clivage gauche-droite au profit d’une hégémonie du progressisme modéré et pragmatique de La République En Marche (LREM). On peut être un peu décontenancé face à ce nouvel état de fait et s’interroger sur l’évolution d’une démocratie non clivée.

Par expérience historique, une démocratie dans laquelle le clivage s’est estompé jusqu’à donner le spectacle d’une sorte d’unanimisme dans la modération ne constitue qu’un équilibre précaire, précédant une percée idéologique à gauche et l’apparition de nouvelles lignes de fractures.

Le consensus avant la tempête

La référence se trouve dans le tournant politique du début du XXe siècle. La période 1893-1902 est en France celle du consensualisme républicain : la crise boulangiste passée, la République est acceptée et consolidée. En 1893, les Républicains modérés obtiennent 279 sièges à la Chambre, et en 1898 en tiennent encore 254. Cette dernière chambre va porter la belle loi de 1901 sur la liberté d’association.

Les débats nationaux perdent en enjeu : la période est marquée par l’affaire Dreyfus qui, pour avoir fait beaucoup de bruit et laissé une trace durable dans la culture politique française, demeure un fait divers monté en épingle : rien de comparable avec les querelles des années 1870 sur la nature-même du régime.

Le premier quart du XXe siècle est marqué par un double mouvement remettant en cause cet unanimisme fondamental : la percée du socialisme et l’apparition du communisme marxiste-léniniste.

Le socialisme prend son essor en 1905, avec le regroupement des socialistes français au sein de la SFIO, un an avant que la CGT n’adopte la Charte d’Amiens, marquant la victoire du syndicalisme révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier français – le syndicalisme recueille ainsi de nombreux militants déçus par le positionnement modéré de la SFIO des années Jaurès.

Cela change avec l’entrée en scène fracassante du communisme, à la suite de la révolution de 1917, dont le « succès » redonne une crédibilité à l’action révolutionnaire, crédibilité perdue dans notre pays depuis l’écrasement de la Commune de Paris : de nombreux militants révolutionnaires rejoignent la Section française de l’Internationale communiste (SFIC) lors de la scission de la SFIO au Congrès de Tours en 1920. Le Parti communiste (PC) prend son indépendance et bouscule les socialistes – qui forment l’extrême-gauche de la IIIe République durant ses premières décennies – vers la droite, et du même coup les Républicains « radicaux » au centre, où ils sont toujours. Durant 70 ans, le Parti communiste sera l’aiguillon de la gauche française, représentant à son apogée un électeur français sur cinq.

La structuration de « l’islamo-gauchisme »

L’actuelle hégémonie de LREM correspond vraisemblablement à ce moment d’unanimisme pragmatique, et précède la percée à gauche – car c’est toujours de là que vient la radicalité nouvelle en matière idéologique – d’une nouvelle doctrine qui donnera le ton du débat pour les décennies futures, comme le fit le républicanisme durant le XIXe siècle et le socialo-communisme durant le XXe.

Il apparaît de plus en plus clairement que cette percée viendra du mouvement, encore confus mais qui se structure de jour en jour, qui est à juste titre appelé « islamo-gauchisme ». Il est une convergence de l’islamisme, spécifiquement de la doctrine des Frères musulmans, et du gauchisme occidental, rassemblant ce que l’on trouve de plus radical en matière de « féminisme » et « d’antiracisme ». Guillemets mérités, car ces nouvelles expressions de préoccupations politiques anciennes sont le produit d’une totale inversion de valeurs, où l’on défend le port du voile comme une liberté de la femme et la ségrégation raciale comme un droit des personnes « racisées », c’est-à-dire non blanches.

Ces positions radicales trouvent un écho dans les revendications de certains membres des populations musulmanes en Occident. L’on constate, sur les réseaux sociaux, la multiplication des vidéos d’AJ+, une chaîne du groupe qatari Al Jazeera, consacrées aux mouvances LGBT et à l’antiracisme, et dont le propos est toujours in fine de défendre le droit au port du voile et d’accuser les Occidentaux de racisme et d’islamophobie. Le Qatar est un sponsor notoire des Frères musulmans, et Al Jazeera leur est toujours favorable.

La convergence est donc de plus en plus totale entre les « social justice warriors », les guerriers de la justice sociale féministes et antiracistes, et les Frères musulmans dont la doctrine est contenue dans le livre de Sayyid Qutb, La justice sociale en islam. La synthèse est vraisemblablement assez puissamment révolutionnaire pour devenir une véritable tendance politique radicale dans les prochaines décennies, s’appuyant doublement sur l’intellectualisme de gauche et une clientèle électorale : hier les ouvriers, demain les musulmans.

Bien sûr, il s’agit là d’un phénomène global et non limité à la France, comme c’était le cas pour le communisme, et il faut se poser la question du centre de ce nouveau Komintern. Si le Qatar joue évidemment un grand rôle par ses médias, parions que l’URSS de l’islamogauchisme sera la Turquie d’Erdogan : ce dernier est précisément arrivé au pouvoir en opposant la « liberté démocratique » de porter le voile et de prôner l’islam politique contre l’ordre laïque kémaliste. Aujourd’hui, ce Staline islamiste ordonne à la diaspora turque, et à travers elle à tous les musulmans d’Occident, de refuser l’assimilation au nom des mêmes principes. Et l’on voit, sur le plan intérieur, où mène son idéologie.

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Pas d’amalgame: l’islam au pays des merveilles

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De près ou de loin, l’islam n’a « rien à voir » avec l’islamisme. Pourquoi ne pas le croire ? La plupart des médias  l’affirment.


Cet article ayant été écrit avant l’attentat de Trèbes, j’ai une pensée émue pour Arnaud Beltrame et ses proches. Un authentique héros, à l’heure où ce mot est si souvent galvaudé. « L’homme est capable du meilleur comme du pire, mais plus souvent hélas du pire que du meilleur », écrit André Comte-Sponville. Vendredi dernier, on a eu les deux…

Je ne sais pas si ça vous fait le même effet. Mais moi, lorsque j’entends sur Arte, France Inter, France Culture, France Info, France 2, France 3, France 5, France 24 ou France 778 (au point où l’on en est) que « l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam » ou que « l’immense majorité des musulmans n’ont rien à voir avec l’islamisme »… je tique un chouïa. Ceci dit, quel que soit le sujet, dès que quiconque entame une phrase par « l’immense majorité des » ou souligne que « ça n’a rien à voir », un léger rictus apparaît sur ma pomme, presque malgré moi. C’est quasi pavlovien. Je pressens aussitôt qu’il va s’ensuivre une version idéalisée de la réalité, un plongeon tête la première dans les méandres du politiquement correct : négation du réel au nom d’un idéal, confusion entre le vrai et le bien, basculement du monde réel vers le monde idéal… Bref, le grand plouf.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est Charlie

C’est vrai quoi. Dans un monde idéal, l’immense majorité des automobilistes et a fortiori des motards respectent scrupuleusement le code de la route. Et l’ont toujours respecté. Dans un monde idéal, l’immense majorité des professions libérales (artisans, commerçants, travailleurs indépendants, garagistes, avocats, coiffeurs, restaurateurs, etc.) déclarent au centime près leurs revenus au fisc. Y compris les sommes perçues en liquide.

Dans ce monde-là, l’immense majorité des hommes n’ont jamais trompé leur femme ou leur petite amie. L’immense majorité des supporters de football font preuve d’une grande sportivité à l’égard de l’équipe adverse et de l’arbitre, l’immense majorité des joueurs étant eux-mêmes des exemples de fair-play sur la pelouse. L’immense majorité des chauffeurs de taxi parisiens sont aimables et souriants. Si une agression a lieu dans le métro, l’immense majorité des voyageurs présents interviennent aussitôt. Ce qui n’est guère étonnant puisque l’immense majorité de nos concitoyens sont altruistes, ponctuels, bienveillants, tolérants, courageux, rationnels, non violents, intègres, en pleine forme et ne mentent jamais. A commencer par l’immense majorité des lecteurs de Causeur et, surtout, de l’auteur de ces lignes.

Je rêvais d’un autre monde…

Dans un monde idéal, l’immense majorité des Français étaient gaullistes sous l’Occupation. D’ailleurs, Pétain n’a rien à voir avec la France. Tout comme le nazisme n’a rien à voir avec l’Allemagne, laquelle est uniquement la terre de Goethe et de Beethoven. L’Inquisition n’a rien à voir avec le christianisme et le stalinisme n’a rien à voir avec le communisme. C’est donc fort logiquement que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, religion de paix et d’amour. Une religion pleinement – et sans contestation possible – compatible avec les valeurs de la République et des Lumières. Parmi lesquelles on trouve, en vrac : la laïcité, la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté de changer de religion, l’égalité homme-femme ou encore la défense et le développement de l’esprit critique…

A lire aussi: Le « séparatisme islamiste » n’avance pas masqué, il est flamboyant

L’immense majorité des musulmans rejettent viscéralement toute forme d’antisémitisme, de sexisme et d’homophobie, ont été horrifiés par le 11 septembre 2001 et n’éprouvent aucune sympathie envers Dieudonné ou Tariq Ramadan. Bien au contraire. Enfin, et c’est sans doute le plus important : l’immense majorité des musulmans n’ont rien à voir avec l’islamisme. Et ce, même si les islamistes arrivent très souvent en tête lorsque des élections sont organisées en terre d’Islam. Et même si 28 % des musulmans en France (près de 50% chez les jeunes), selon un rapport de l’Institut Montaigne, placent la charia avant les lois de la République. Mais bon, comme « ça n’a rien à voir ».

Quel dommage que nous vivions dans le monde réel et non pas dans un monde idéal…

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Arnaud Beltrame est immortel


Lettre à mon colonel et frère d’armes, Arnaud Beltrame, mort pour la France.


Mon colonel,

Cher Arnaud,

Nous ne nous sommes jamais rencontrés. J’aimerais croire que si ça avait été le cas, j’aurais eu l’intelligence de t’écouter, et d’apprendre à ton contact. Peut-être. Le dernier jour de ta vie, en tout cas, est une leçon pour nous tous.

Beaucoup parlent de toi. Certains, déjà, essayent de parler en ton nom. Je me demande ce que tu en aurais pensé. Il y a de grands discours, il y en aura encore, des hommages officiels dont certains seront sincères, mais d’autres ne chercheront qu’à briller un peu en volant un reflet de ta gloire, voire à t’utiliser pour tenter de faire oublier leur médiocrité, leur aveuglement, leur laxisme. Tenter de faire oublier qu’ils se servent de la République, alors que toi tu l’as servie, dans la discrétion pendant des décennies, et maintenant dans la gloire. Et d’autres encore, qui diront te pleurer, alors que sous mille prétextes ils ont laissé faire voire encouragé l’idéologie totalitaire islamiste, la haine de la France et la délinquance au quotidien qui ont causé ta mort. Ils prétendront s’incliner devant ta mémoire, alors que depuis longtemps ils s’inclinent devant ceux qui ont armé l’esprit et le bras du criminel qui t’a tué.

Mais la France est plus forte et plus grande que tout ça. Elle sait que tu as cent fois mérité qu’elle te rende hommage, et elle le fait, en toute vérité.

Car il y a les fleurs, Arnaud ! Où que tu sois désormais, j’espère que tu vois les fleurs. Depuis ta mort, d’innombrables anonymes viennent les déposer à pleins bouquets devant les mâts des couleurs des gendarmeries de tout le pays. On dirait qu’en versant ton sang tu as fait jaillir des myriades de fleurs au pied du drapeau tricolore, par les mains de tout un peuple. Il n’y avait jamais eu un tel printemps. Les gendarmes n’en reviennent pas, tes frères d’armes ne s’attendaient pas à autant de messages de soutien, autant de fraternité autour d’eux, autant d’émotion, simple, sincère, profonde.

Je crois que personne n’imaginait à quel point la France avait besoin de toi.

Tu n’aurais pas voulu que l’on oublie les victimes du djihadiste que tu as vaincu, que tu as terrassé par ton courage. Sur les photos de toi que l’on voit un peu partout, on découvre un sourire franc et des yeux rieurs, ou un visage sérieux et solennel, mais aucune arrogance. Nous te devons bien ça : ton exemple est là pour illuminer, inspirer, sans jamais rejeter dans l’ombre ces gens comme tous ceux auxquels tu avais consacré ta vie.

Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna.

Il y a cette inconnue que tu as sauvée. Aucun journaliste jusqu’ici n’a révélé son nom. Est-ce ton exemple qui les incite à cette pudeur bienvenue ? Toi-même, savais-tu comment elle s’appelait, lorsque tu as décidé de risquer ta vie pour l’arracher au monstre ? Risquer, et sans doute donner : ton expérience était trop grande pour que tu n’aies pas eu la lucidité de comprendre que tu n’avais presque aucune chance d’en revenir vivant. Et pourtant. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime », a dit l’évangéliste. Tu étais chrétien, et frère de la Grande Loge de France. Croyant sincère, et à l’esprit ouvert.

A lire aussi: Arnaud Beltrame, la France qui résiste

Il y a ta famille, il y a ton épouse, Marielle. Nous avons une dette envers toi, nous avons une dette envers elle. Aujourd’hui, dans dix ans, dans cinquante ans, Marielle pourra toujours compter sur le soutien de la gendarmerie, mais aussi de la France. Aujourd’hui, dans dix ans, dans cinquante ans, aucun Français honorable ne pourra lui refuser son aide. Même si le deuil de ce que vous désiriez, de ce que vous espériez, est et restera une blessure, tu ne l’as pas abandonnée. Tu lui as donné le soutien indéfectible de tout un peuple.

Tu n’es pas une victime. Tu n’as pas subi, tu as agi, tu as regardé le danger droit dans les yeux et tu t’es dressé face au mal. Et tu as gagné.

Il y a bien longtemps, un ancien chef de guerre de ceux qui aujourd’hui nous attaquent a déclaré que ses hommes « aiment la mort comme nous nous aimons la vie. » Toi, Arnaud, tu as aimé la vie avec une telle force que tu as fait le sacrifice de la tienne pour sauver celle de quelqu’un d’autre. Nos ennemis jouissent de mourir pour détruire. Tu as accepté de mourir pour protéger. Ton amour de la vie n’était pas, ou pas seulement, goût superficiel des plaisirs qu’elle offre, mais engagement fidèle, dévouement passionné, don de soi. Tu nous as prouvé de la plus belle des façons que nous sommes encore capables de grandeur, de courage, de noblesse, d’héroïsme. Car tu es un héros, et à ton sujet ce mot n’est pas galvaudé.

Parce qu’il y a Arnaud Beltrame, chaque Français peut se sentir fier de son pays et de sa culture, d’une certaine et chevaleresque idée de ce que nous aspirons à être. Parce qu’il y a le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, chaque soldat français peut porter plus haut encore l’honneur de l’armée, et chaque gendarme découvre désormais en enfilant son uniforme qu’il a un éclat bien plus grand qu’il ne le soupçonnait il y seulement quelques jours. Parce qu’il y a Arnaud Beltrame, chacun sait que la France en vaut la peine, que sa dignité est intacte, et qu’elle ne se soumettra pas.

Ceux qui nous méprisent, ceux qui nous accusent de tous les mots, ceux qui proclament que nous appartenons au passé, se heurtent maintenant à cette simple réalité : toi.

Du fond du cœur, et si tu veux bien de ces mots au milieu des fleurs, merci.

Tes camarades du GIGN ont vengé ta mort, mais c’est toi l’artisan de la plus grande victoire.

Et le prix que tu as payé pour cette victoire nous oblige, tous. Qu’allons-nous faire de ton exemple, de l’élan qu’il suscite, de la détermination qu’il prouve ?

Nous ne t’oublierons pas, tu le sais, et même si la légende s’empare de ton histoire je veux croire que nous saurons nous souvenir aussi de l’homme, simplement homme, que tu étais. Car c’est cet homme qui est devenu un héros.

Mais la mémoire ne suffit pas. Les larmes ne suffisent pas. Tu es mort au combat, et ce combat continue. La seule manière authentique de te rendre hommage est de voir la vérité en face, de regarder nos ennemis droit dans les yeux, et de combattre ! Sans brutalité, mais avec force. Sans esprit de vengeance aveugle, mais avec toute la sévérité nécessaire. Et sans compromission, sans relâche, sans tous ces abandons qui se donnent le nom d’accommodements, combattre !

Alors, un jour, lorsque les enfants de nos enfants demanderont non pas « pourquoi » mais « pour quoi » Arnaud Beltrame est-il mort ?, nos enfants pourront leur répondre : « Il est mort pour sauver une inconnue, parce qu’il était un homme bien. Il est mort pour sauver la France, parce qu’il était un soldat. Il est mort pour que nous puissions réfléchir et discuter librement aujourd’hui, parce qu’il était un homme de foi et un chercheur de vérité. Et, tu sais ? Arnaud Beltrame est immortel. »

Génération Mennel, l’émergence d’une France d’ailleurs?


Malgré le terrifiant bilan du djihadisme français, le camp islamo-sceptique a produit bien peu de violence et de réactions. On ne s’offusquera donc pas de l’indignation des réseaux sociaux devant une jeune fille voilée qui reprend la rhétorique de nos bourreaux. 


Je me souviens du témoignage de cette femme à l’accent du Maghreb qui s’exprimait après les attentats djihadistes de Toulouse en 2014, en larmes et à la radio. Elle avait prié pour que le responsable ne fût pas arabe avant de découvrir que l’assassin s’appelait Mohamed Merah. De mémoire, voilà ce qu’elle disait : « C’est une catastrophe. Les représailles seront terribles et jamais les musulmans de ce pays ne s’en remettront. » Elle se trompait : un peu plus de trois ans et 300 morts plus tard, ceux qui pratiquent l’amalgame l’ont sans doute gardé pour eux parce qu’on n’a pas vu de boucheries hallal vandalisées ni d’épiciers agressés. Même si ça ne saute pas aux yeux partout, la France n’est ni un pays du Moyen-Orient (les mosquées ne sont pas mitraillées quand un imam dit une bêtise, ou une horreur, c’est-à-dire une fatwa) ni un pays d’Afrique (l’armée n’a pas encore besoin de protéger un groupe ethnique menacé par les autres en période de crise pour cause de susceptibilité politique ou religieuse).

Les Français ne font pas d’amalgames

Alors que les éditorialistes de L’Obs et d’ailleurs se font depuis le début des attentats lanceurs d’alerte contre une islamophobie montante portée par un populisme dangereux, le camp des islamo-sceptiques a produit bien peu de terrorisme, bien peu de désordre, et finalement bien peu de réactions. La justice, submergée, en plus des attentats, par 17 000 Français Daesh friendly à surveiller, par les revenants et bientôt les fils et filles de, n’a eu qu’un attentat-charcutier à l’adresse d’une mosquée à se mettre sous la dent, qu’elle a eu dure puisque le condamné qui avait glissé du jambon dans la boîte aux lettres a pris plus cher que Jawad Bendaoud, le logeur de Daech.

Les Français ne pratiquent pas les amalgames, j’aime à croire que c’est par éducation plus que par soumission aux propagandes, mais ils ne peuvent s’empêcher d’observer des rapprochements. Les enquêtes qui se poursuivent après les attentats révèlent que sous les cellules terroristes isolées, il y a bien un terreau. La popularité de Mohamed Merah dans certaines banlieues et les 20 000 internautes qui ont tweeté « je suis Kouachi », mais aussi les résultats d’enquêtes et de sondages auprès de musulmans de France peuvent intimer à la prudence. À l’écart d’une France d’en haut ou d’en bas, n’assistons-nous pas à l’émergence d’une France d’ailleurs, et qui entend le rester ?

Dans ce contexte, les Français pratiquent si peu l’amalgame que la jeune Mennel avait toutes ses chances de gagner une notoriété et une popularité massive en participant à l’émission « The Voice », même voilée, et même en chantant une partie de sa chanson en arabe. Ou peut-être grâce à cela, si l’on considère un public jeune, avide de resservir la tolérance bien apprise par son éducation et par l’effet des propagandes, en consacrant l’Autre dans un exercice citoyen et un télé-crochet. Si elle n’avait eu que sa différence, si elle n’avait fait que porter sa culture d’origine en bandoulière, ou même en étendard, la demoiselle aurait pu se lancer dans la chanson et devenir un jour peut-être « personnalité préférée des Français », comme l’ont été Jamel Debbouze et Omar Sy.

L’islam c’est chic, mais…

Au lieu de cela, parce que des internautes fouineurs ont exhumé les propos d’une fille compréhensive ou complaisante avec ses coreligionnaires criminels, la chaîne a semble-t-il poussé la chanteuse à se retirer de la course. On peut trouver sévère la sentence parce que tous les jeunes disent des conneries conformes à leur milieu qu’on finit par leur pardonner, et il faut bien se faire à l’idée que les jeunes musulmans disent des conneries islamistes. Quand je rappelais à Charb que dans les cités, on taguait « Vive Ben Laden », il me répondait que les punks arboraient des croix gammées. De fait, il avait raison, mais les punks auraient fait de piètres nazis, alors que certaines racailles se sont révélées être de parfaits petits talibans. Toutes les époques ne se ressemblent pas, et toutes les jeunesses non plus.

Et c’est peut-être à une partie de notre jeunesse, dont la pauvre Mennel est devenue le visage avec son appartenance affichée et ses ambiguïtés, qu’une partie du pays qui ne s’exprime que sur les réseaux sociaux a voulu opposer une réaction, et poser des conditions. Si certains messages excluaient d’emblée une jeune fille préjugée étrangère à la nation, la plupart rejetaient une chanteuse qui ne savait pas elle-même ou n’avait pas su, même face aux crimes commis, qui étaient les vrais coupables et peut-être où allaient ses allégeances. Et les regrets de la chanteuse dépassée par l’affaire n’ont rien changé. Le rejet a dépassé de très loin, par son ampleur et par sa nature, le racisme ou l’islamophobie des messages habituels et marginaux qui circulent quand un Noir ou un Arabe est exposé dans les médias. Il semble qu’aujourd’hui le choix d’une musulmane affichée puisse être du dernier chic multiculturel, mais qu’il puisse poser problème si elle comprend, excuse ou exonère le terrorisme. Voilà ce que la chaîne a compris et pourquoi elle a préféré exclure la candidate.

Il reste interdit d’interdire

Certains compatissent. C’est bien triste en effet pour cette jeune fille qui a eu, nous dit-on, ses rêves brisés. Mais le petit peuple des réseaux sociaux peut-il encore, sans être insulté, rejeter ceux qui aspirent à être starisés quand ils parlent comme ceux qui tirent dans les foules et qu’ils ont la même religion ? Est-il légitime à discriminer une femme arabe et voilée sur la base d’un comportement, d’une attitude, d’une position ? Il semblerait que non. Après que les lanceurs d’alerte ont affolé le braillomètre en parlant d’exclusion, de racisme, d’islamophobie et de lynchage, on peut se demander ce qu’il reste du buzz dans l’opinion. J’ai posé la question autour de moi, à des jeunes de l’âge de la chanteuse. Les avis se sont partagés. Les uns ne voient pas où est le problème avec le voile, les autres trouvent qu’on a bien le droit de contester des « thèses officielles ». Les bras m’en sont tombés, mais après les avoir pas mal agités pour ramener tout ce petit monde à un peu de bon sens, j’ai dû me rendre à l’évidence : il reste toujours très mal vu d’interdire. On est mal barrés.

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Les relations russo-britanniques empoisonnent le Mondial de foot

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La « guerre » diplomatique en cours entre le Royaume-Uni et la Russie pourraient avoir des conséquences sur le déplacement des supporters de l’équipe nationale d’Angleterre dans le pays de Vladimir Poutine pour assister au Mondial de football, mi-juin. 


A moins de trois mois de la Coupe du Monde de football qui se déroulera dans onze villes de Russie, les Anglais sont sous haute tension.

A la suite de l’empoisonnement de l’agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Youlia, le 4 mars à Salisbury, le gouvernement britannique a accusé la Russie de cette tentative d’assassinat et a déjà enclenché des mesures de rétorsion telles que l’expulsion de 23 diplomates de l’ambassade de Russie à Londres. Par ailleurs, il n’y aura ni représentants du gouvernement ni membres de la famille royale britannique en Russie lors du prochain mondial.

Boris « Godwin » Johnson 

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a d’ailleurs comparé, le 21 avril, Vladimir Poutine à Hitler en estimant que le président russe instrumentalisait la Coupe du Monde « pour redorer le blason du régime brutal et corrompu dont il est responsable », ce qui n’était pas sans rappeler, selon lui, les Jeux olympiques de Berlin en 1936.

A lire aussi: Empoisonnement au Royaume-Uni: bons baisers de Russie ?

En réponse à ces déclarations fracassantes, l’ambassadeur de Russie à Londres, Alexandre Yakovenko, a, lors d’une conférence de presse le 22 mars 2018, déclaré qu’il considérait ces affirmations comme « inacceptables et totalement irresponsables »[tooltips content= »Conférence de presse, Sky News International, 22 mars 2018. »]1[/tooltips]. Le diplomate a réitéré le fait que la Russie attendait toujours des preuves concernant l’affaire Skripal, insinuant même que l’agent innervant utilisé dans cette attaque était peut-être le fait des Britanniques eux-mêmes étant donné la proximité du laboratoire de recherche sur les armes chimiques de Porton Down situé à moins de 15 kilomètres du lieu de l’attaque !

Welcome to Russia ?

En  ce qui concerne le Mondial, le diplomate a annoncé que les 20 000 à 30 000 supporters anglais attendus sur place (24 000 selon Boris Johnson), seraient bien reçus et que leur sécurité serait garantie. Si ceux-ci disposent d’un billet pour un match, ils seront même dispensés de visas pour entrer en Russie.

Dans ce contexte explosif, dans une interview au Daily Star, l’expert sur les questions de sécurité et de renseignement, Anthony Glees, considère, pour sa part, que si le gouvernement britannique en est arrivé à la conclusion que la Russie était derrière l’empoisonnement de Skripal, alors il n’était plus question d’envoyer une équipe nationale en Russie.

Le président de la commission des Affaires étrangères Tom Tugendath a lui aussi exprimé son inquiétude et exhorté les autorités britanniques à se montrer extrêmement prudentes concernant le déplacement des supporters en Russie.

Avant même le déclenchement de l’affaire Skripal, le contingent de supporters anglais était parmi les plus faibles de tous les pays représentés cette année, à la 20ème place sur 32 pays. Seuls 57 957 billets leur ont été vendus sur un total de 2,5 millions mis en vente pour les 64 matches de cette Coupe du Monde.

Hooligans de fer

Échaudés par les violences entre supporters anglais et russes qui ont émaillé l’Euro de foot français en 2016, notamment à Marseille lors d’un match entre les deux pays, les Anglais ont, depuis plusieurs mois, des réticences à l’idée de se rendre en Russie. Au vu de la dégradation extrêmement rapide des relations entre le Royaume-Uni et la Russie depuis le 4 mars dernier, cette attitude précautionneuse est d’autant plus justifiée

Au regard des liens entremêlés entre le foot anglais et le pouvoir russe, il semblerait que l’équipe d’Angleterre en elle-même soit en revanche moins exposée à d’éventuelles éruptions de violence. Le richissime Roman Abramovitch, propriétaire du Chelsea FC, club de Premier League, est un proche de Vladimir Poutine. Mais pour les supporters qui se préparent à aller assister à des matches dans des villes de province russes, c’est une autre affaire…

Attaques terroristes dans l’Aude : l’analyse d’Alain Finkielkraut


Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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A Toulouse, l’extrême gauche colonise et bloque l’université du Mirail


A l’université Toulouse-Jean-Jaurès (dite du « Mirail »), une minorité de profs et d’étudiants impose sa lutte contre le système patriarcalo-racisto-capitaliste et empêche, depuis plusieurs semaines, tout déroulement normal des cours. 


A Toulouse, depuis maintenant plusieurs mois, l’université du Mirail est une fois de plus « en lutte ». C’est le 1er février que la mobilisation estudiantine a pris de l’ampleur : ce jour-là, l’étudiant à qui il aurait pris l’envie de venir en cours n’aurait trouvé que des bâtiments barricadés par des chaises ou des poubelles renversées, des étudiants brandissant malgré le froid leurs audacieuses banderoles (« Non à la fusion », « Sélection non »), et des haut-parleurs diffusant, entre deux versions de Bella Ciao, un appel à participer à l’Assemblée générale (AG) dans le grand amphi à 10h30.

« Des gens y dorment, y mangent, y vivent, des soirées ont été organisées, des ateliers militants ou non s’y sont tenus »

Depuis ce jour, le blocage total de l’université toulousaine de lettres et sciences humaines a été reconduit à plusieurs reprises : d’abord ponctuellement le 6 et le 15 février, puis, actuellement, depuis le 6 mars. Cela fait donc trois semaines qu’aucun cours n’a pu avoir lieu. Mais rassurez-vous : certains étudiants du Mirail ont trouvé de quoi s’occuper. En effet, en parallèle, d’autres entreprises plus ou moins cocasses ont été menées par des groupes d’extrême gauche : par exemple, l’occupation permanente du troisième étage du bâtiment de l’Arche, sur le campus, depuis le 8 février (« des gens y dorment, y mangent, y vivent, des soirées ont été organisées, des ateliers militants ou non s’y sont tenus », nous dit la page Facebook du mouvement : on pourra en effet assister à des ateliers de réalisation de banderoles, voir un documentaire intitulé « Ghetto expérimental », et manger à la « cantine solidaire »). Ou encore, l’organisation de diverses conférences, avec des professeurs parfois plus enclins à se mobiliser que leurs étudiants. Tout cela rythmé par les AG, au moins deux fois par semaine, qui votent à chaque fois le renouvellement du blocage.

Toutes ces joyeuses initiatives font partie du folklore « miraillesque ». Celui-ci réussit chaque année ou presque à se déployer, à l’occasion de toutes les batailles à mener contre l’odieux système patriarcalo-racisto-capitaliste. Cette année, c’est une aubaine pour les groupes militants du Mirail : deux luttes concernent directement les étudiants (alors que parfois, ils doivent se contenter de mobiliser leurs troupes à propos de réformes des retraites…). Il y a d’abord l’opposition aux réformes de l’enseignement supérieur annoncées par le ministre Jean-Michel Blanquer – et déjà partiellement mises en œuvre avec la plateforme Parcoursup – et le combat contre la fusion des universités toulousaines.

« Pour une fac accessible à tou-te-s »

L’agitation actuelle s’inscrit, en effet, dans un contexte national de protestations contre les réformes de l’admission dans l’enseignement supérieur (qui se sont ailleurs bien souvent dégonflées comme des soufflés mal cuits). Le réflexe pavlovien de haine de la sélection à l’université (« pour une fac accessible à tou-te-s ») donne lieu à une rhétorique usée jusqu’à la corde, répétée à l’envi d’un air entendu par les distributeurs de tracts : au moyen de la sélection, contenue implicitement dans ces affreuses réformes, l’Etat, vecteur de l’oppression capitaliste, vole le futur des étudiant-e-s et les empêche d’étudier comme de trouver ultérieurement un emploi. A bas, donc, l’Etat ; à bas Macron ; à bas les fascistes (pour faire bonne mesure) ; et grève générale, pour l’établissement d’une société enfin égalitaire. CQFD.

Le thème local de fusion des universités est cependant le plus important dans les revendications. La « fusion » est un projet qui compte réunir les budgets et les directions administratives du Mirail, de la fac de sciences Paul Sabatier et de deux écoles d’ingénieurs, en vue de l’obtention d’un label « Idex » et donc de subventions supplémentaires (dans une logique bureaucratique bien de notre temps). Outre les syndicats étudiants, agitant entre autres le spectre de la sélection et de la hausse des frais d’inscription (bien que ce point soit totalement réfuté par les responsables du projet), la plupart des personnels administratifs, craignant les suppressions de postes, se sont joints au « grand mouvement social », et ce depuis déjà quelques mois : c’est ainsi que depuis décembre, on ne peut pratiquement plus accéder aux bibliothèques. Aux slogans contre la sélection se sont donc ajoutés ceux de « Lacroix démission », lequel était, jusqu’à mardi dernier, président de l’université, et avait fait pencher la balance pour la fusion au Conseil d’administration. On notait la formule taguée sur un des bâtiments : « Calvaire sur Lacroix ».

Une première tête est tombée…

Mais le mardi 20 mars, à cause du blocage, et de l’impossibilité du déroulement d’une quelconque séance du Conseil d’administration depuis plusieurs mois (du fait de l’opposition des syndicats étudiants), le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a déclaré la fac « ingouvernable », et a annoncé sa mise sous tutelle, écartant de fait le président Daniel Lacroix et le Conseil d’administration ! Le nouveau président par intérim a même annoncé l’abandon du projet de fusion. Victoire des mobilisé-e-s. Cependant, ceux-ci, dénonçant un « coup de force du gouvernement », et une probable « répression policière », ont tout de même choisi de poursuivre le blocage en AG. Pendant ce temps, d’autres (beaucoup d’autres) se demandent ce qu’il va advenir de leur semestre. Retour à la case départ.

…mais la « révolution » continue

Les activistes d’extrême gauche, de toutes les luttes et de toutes les indignations, règnent ainsi sans partage sur la vie politique et intellectuelle de l’université. Et pas seulement, loin s’en faut, pendant les moments d’agitation ; ceux-ci ne sont que les bulles éclatant à la surface de l’eau bouillante. Mais les périodes comme celle-ci permettent aux syndicats, partis et groupes de réflexion de maintenir leur visibilité et de recruter de nouveaux membres, pour entretenir leur influence en temps normal.

C’est en effet au quotidien, tacitement, que la bataille politique se livre. Et au Mirail, la pression idéologique de l’extrême gauche est constante, écrasante et inaltérable. Celui qui entre est immédiatement prévenu : « Ici c’est le Mirail », lit-on sur les murs tagués. Dans un campus isolé, à l’extérieur du centre-ville (c’est un monde clos), l’étudiant se trouve constamment assailli par une multitude de sollicitations, de demandes de positionnement idéologique. On perçoit tout de suite les plus directes : les membres du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) distribuant occasionnellement des tracts devant les bâtiments. Ou encore les affiches pour telle journée de réflexion sur les enseignements politiques de Marx. Des indices plus « subtils » révèlent aussi leur influence : l’utilisation omniprésente de l’écriture inclusive sur les prospectus, dans les mails de certains professeurs,et même sur certaines pages du site de l’université ; ou la proposition de masters intitulés « Genre, égalité et politiques sociales » ou « Nouvelle économie sociale », concept récurrent des altermondialistes.

« Vive le vent, vive le vent, vive le vandalisme »

Après quelques mois, on se résigne à ne jamais échapper à la pression idéologique. L’espace même du campus est violemment prosélyte : graffitis partout sur les murs extérieurs, dont quelques-uns assez originaux, comme ceux-ci : « Vive le vent, vive le vent, vive le vandalisme » (sans doute celui qui l’a écrit s’est-il émerveillé de son bon goût) ; « ZAD partout » ; « Grève ou crève » ; « Aimeute ». Apostrophes jusque dans les toilettes, elles aussi recouvertes de slogans : dans les toilettes des femmes, celles que l’auteur de cet article fréquente, ils sont axés majoritairement sur les questions de genre : « à bas le patriarcat », « la révolution sera féministe ou ne sera pas », ou, ces derniers mois avec la vague #metoo, « Men are responsible for more than 85% of all crimes. Name the problem : it’s male violence » (on ne saisit cependant pas pourquoi l’étudiante l’a écrit en anglais, serait-ce une étrange intériorisation de l’impérialisme américain ?).

Au Mirail, se perpétue donc un climat permanent de contestation de l’ordre social. Il influence fortement les étudiants, qui, bien sûr, se conforment inconsciemment à l’atmosphère dans laquelle ils baignent : on le voit de façon anecdotique à l’adoption d’un style vestimentaire (et capillaire) « brisant les tabous », mais surtout à la propension à assimiler et restituer les sommations agressives qu’ils reçoivent en permanence. Après quelques mois au Mirail, la majorité des étudiants tient par exemple les idées de la France insoumise pour référence politique « normale », si l’on excepte ceux qui déclarent avec dégoût que ce parti est un « allié objectif du système capitaliste ».

Marx est partout

Plus fondamentalement, sur certains sujets, la contradiction est non seulement interdite, mais aussi impensable. C’est par exemple un fait avéré au Mirail que le conflit israélo-palestinien est uniquement le résultat d’un « apartheid » exercé aux dépens des Palestiniens. Autre évidence « miraillesque » : les femmes sont opprimées depuis la nuit des temps, partout et encore aujourd’hui, puisque la domination masculine est « systémique » ; et seule la constitution des femmes en « team clito » (formule accompagnée sur les murs de dessins peu ragoûtants), pourra renverser cette domination. Troisième tableau de ce classique triptyque de la mobilisation : la dénonciation de la « violence structurelle » de l’Etat capitaliste, et de ses agents, les forces de l’ordre.

Il n’y a (paradoxalement) qu’à prononcer les mots de Gramsci pour qualifier le problème : le Mirail est en situation de totale hégémonie culturelle. Depuis des dizaines d’années, l’université vit dans le fantasme de rejouer mai 68, et très régulièrement, les étudiants ont droit à une répétition générale en vue d’un nouveau soulèvement à grande échelle. En perpétuelle ébullition (comme on lit encore une fois dans les toilettes, « le Mirail bout ou meurt »), l’atmosphère intellectuelle de l’université n’est que peu propice – et c’est un euphémisme – au calme et à la réflexion dont on pourrait naïvement penser qu’ils sont nécessaires aux études supérieures. L’activité scientifique elle-même subit de plein fouet cette absence de neutralité, et une partie – certes pas la majorité, heureusement – des enseignants-chercheurs prend implicitement ou explicitement position en cours. C’est ainsi que le Mirail s’autoalimente idéologiquement en permanence, et qu’il parvient, au fil des années, à conserver son esprit inébranlable de révolte.

L’université est un des derniers bastions de l’extrême gauche révolutionnaire. Et s’il n’en restait qu’un, ce serait sans doute celui-là.

Cantat: et la musique dans tout ça ?

A l’heure où j’écris ces lignes, l’album de Bertrand Cantat, Amor Fati, est N°19 des ventes sur Amazon.fr. Le disque se vend extrêmement bien, depuis des semaines. Et si, au-delà des polémiques, on prenait la peine de l’écouter pour ce qu’il est : une œuvre musicale produite par un homme condamné pour meurtre il y a 15 ans. Certes, il est insupportable pour beaucoup d’admettre l’idée que des passionnés de musique, des ex-fans de Noir Désir ou encore de simples curieux donnent une chance à cet objet en l’écoutant.

Soigner le mal par le bien(-pensant)

L’intérêt artistique premier d’Amor Fati consiste en l’accès à l’œuvre d’un être frappé d’un double traumatisme moral irréversible : celui d’avoir tué l’être cher et de porter l’étiquette de « tueur » – d’une femme, d’une mère – jusqu’à la fin de ses jours. Sans parler d’un autre drame familial plus récent (2010) : le suicide de son ex-épouse et mère de ses enfants. Ne soyons pas dupes : dans ces chansons forgées dans les entrailles d’une âme déchue, l’auditeur cherche aussi à entendre la douleur primale cathartique, dans un jeu de miroir drainant ses propres démons. Et derrière la douleur, peut-être, la culpabilité. Car la notion de mal colle à l’œuvre autant qu’au chanteur. Et quand certains préconisent de soigner le mal par le mal, Bertrand Cantat, lui, s’autorise à soigner le mal par le bien. Surtout le bien-pensant (Cf. le morceau « L’Angleterre).

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Par-delà le bien et le mal, cet enregistrement ne revêt toutefois pas de grandes profondeurs nietzschéennes. Mais accordons à l’ex-Noir Désir un savoir-faire évident, un talent indéniable. Pour ma part, je retiendrai le morceau d’ouverture (« Amie nuit ») avec ses nappes synthétiques glaçantes façon Orange mécanique, belle descente introspective restituant un climat nocturne aux palpitations poétiques, l’éponyme « Amor Fati », rap fataliste entraînant (« Ce qui est est » est répété comme un mantra), « J’attendrai », boucle chamanique au coin du feu des cercles de l’Enfer, bijou de divagation mélancolique, et ce sera à peu près tout.

Le reste évoque la plupart du temps le Noir Désir période « Des Visages des figures », avec des éclaircies folk rock, voire pop, nécessaires exutoires pour le chanteur.

« Extraire la beauté du mal » ?

On peut maintenant s’interroger sur l’actuel acharnement de certains collectifs dits féministes à faire annuler les concerts de Cantat, notamment. Rien dans son œuvre ne justifie cela, depuis les débuts de Noir Désir. Ces organisations seraient mieux inspirées de garder leurs forces et leur énergie pour se pencher sur le cas de certains « artistes » dont les créations offensent ostensiblement l’image de la femme. De sinistre mémoire, on rappellera qu’une chanson d’Orelsan contenant des passages licencieux comme « ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner », poursuivie par cinq mouvements féministes, avait bénéficié de l’indulgence des juges quelques années plus tard au motif de la prescription et de la liberté d’expression. Par contre, où sont les féministes et les politiques quand les rappeurs de Squadra et Landy chantent en 2017: « bitch, je veux pas déclarer mes sentiments, tu vas fermer ta gueule et tu vas sucer gentiment […] Fais des jumeaux à une blonde, t’as deux cons qui naissent » dans « En bas de chez moi » (18 millions de vues YouTube depuis août dernier) ?… D’autres rappeurs notoires, comme Booba ou Black M, se sont illustrés par leurs paroles violentes, sexistes, misogynes. Mais Cantat cristallise tellement d’hostilité par son acte impardonnable commis en 2003 qu’il est devenu une proie médiatique facile : se frotter à lui en bande organisée, c’est la garantie de s’offrir une pub à moindre frais sur la place publique, par l’effet repoussoir.

En outre, puisqu’on navigue en pleine poésie, notons que dans un projet de Préface aux Fleurs du Mal, Baudelaire écrivait : « Ce n’est pas pour mes femmes, mes filles ou mes sœurs que ce livre a été écrit ; non plus que pour les femmes, les filles ou les sœurs de mon voisin. Je laisse cette fonction à ceux qui ont intérêt à confondre les bonnes actions avec le beau langage. […] Il m’a paru plaisant, et d’autant plus agréable que la tâche était plus difficile, d’extraire la beauté du Mal. Ce livre, essentiellement inutile et absolument innocent, n’a pas été fait dans un autre but que de me divertir et d’exercer mon goût passionné de l’obstacle. »

Tout un programme qui résume quelque part l’intérêt, l’essence, d’un disque comme celui de Bertrand Cantat. Merci Charlie.

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Arnaud Beltrame, la France qui résiste


Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame est mort. L’officier supérieur de la gendarmerie s’était proposé comme otage pour sauver une femme séquestrée par le terroriste de Trèbes (Aude). Par son sacrifice, il incarne une France: celle qui ne renonce pas. 


Une nouvelle fois, ce vendredi 23 mars à Carcassonne et à Trèbes, la France a été frappée en plein cœur par les assauts de l’islamisme meurtrier. Une nouvelle fois, des vies ont été confisquées dans le sang au cri de « Allah Akbar ». Avoir battu Daech sur le terrain iraqo-syrien ne signifie certainement pas avoir réglé le problème de la prolifération idéologique de l’islamisme, bien au contraire.

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Dans ce deuil sans cesse renouvelé, la France s’est pourtant aussi redécouvert un visage de grandeur et de bravoure. La France qui se bat, la France qui résiste s’est retrouvée incarnée tout entière dans la personne du lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, et ce visage-là, au milieu du sang et des larmes, a fait beaucoup de bien. Par son acte héroïque, en se substituant volontairement à l’une des otages du tueur, il a rappelé, dans l’évidence du geste, ce que signifie servir et protéger. Servir l’intérêt général, la communauté nationale, et non pas être au service de soi-même ou d’une communauté au détriment des autres. Protéger, avoir le sens mûr et adulte des responsabilités. Surtout : être capable, face à des fous animés par la pulsion de mort, d’affirmer que de la mort, s’il faut en passer par là, on n’a pas peur. En tout cas, qu’on en a moins peur que de perdre son honneur et le sens des valeurs que l’on défend et qui nous dépassent. Car c’est bien la notion de sacrifice à laquelle ce geste nous a tous confrontés, avec stupeur et admiration, comme si nous l’avions un peu oubliée, comme si c’était un peu désuet et réservé à Verdun ou au plateau des Glières…

Ce n’est pas la police qui tue

Des héros, pourtant, la France qui résiste en compte beaucoup, depuis quelques années, des dessinateurs de Charlie Hebdo au couple de policiers Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, tués chez eux, du policier Xavier Jugelé abattu sur les Champs Elysées au jeune rescapé Lassana Bathily qui protégea des clients de l’Hyper Cacher, des militaires abattus par Mohamed Merah à toutes les nombreuses, trop nombreuses, victimes de l’islamisme dont l’héroïsme d’Arnaud Beltrame porte la voix et le visage.

Il y a la France qui résiste. Et puis il y a l’autre… Celle qui, pendant ce temps, accuse la police d’« assassiner » les citoyens qu’elle protège en réalité, celle qui préfère prendre inlassablement la défense d’un des représentants actifs des Frères musulmans, en la personne de Tariq Ramadan…

On ne peut qu’être frappé, pareillement, par le contraste entre le sacrifice consenti dans l’attaque de Carcassonne et de Trèbes, où des militaires d’une compagnie de CRS ont été préalablement pris pour cibles par le tueur, et les images diffusées la veille de la fin de la manifestation parisienne, débordée par les habituels ultras d’extrême gauche assiégeant de malheureux CRS réduits à l’impuissance, retranchés derrière les palissades de travaux de la colonne de la Bastille, pris pour cibles de gaz et jets divers et attendant prudemment de pouvoir s’extirper de là sans trop d’encombres. Ne l’oublions pas, les débordements en marge des manifestations contre la loi Travail avaient conduit à ce que deux policiers soient attaqués et leur voiture incendiée par des antifascistes aussi désœuvrés qu’enragés.

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Hier, le lieutenant-colonel Beltrame a sacrifié sa vie pour sauver les nôtres. Sa mort nous souffle encore un peu plus l’ardente obligation de résister.

Jeff Koons et Anne Hidalgo: c’est le bouquet!


Anne Hidalgo a accepté d’installer devant le Palais de Tokyo un bouquet de tulipes de 40 tonnes de métal signé Jeff Koons. Censé rendre hommage aux victimes des attentats, ce cadeau que personne ne demandait coûtera plusieurs millions d’euros. Signe que le vent tourne en défaveur de l’art contemporain, les pétitions se multiplient jusque dans le monde de la culture. 


Beaucoup de gens, en début d’année ou après un anniversaire, sont confrontés à ce problème délicat : à qui refourguer les cadeaux non désirés ? C’est un peu la question que se posent les Parisiens depuis que Jeff Koons a annoncé la livraison imminente d’un présent particulièrement encombrant. Compte tenu de son poids d’environ 44 tonnes, il vaut mieux se poser la question à l’avance. Il s’agit d’un gigantesque bouquet de tulipes métalliques en préparation depuis fin 2016. L’artiste a décidé unilatéralement que son œuvre serait installée à la place d’honneur sur le parvis commun du Palais de Tokyo et du musée d’Art moderne de la Ville de Paris. En outre, il précise que son geste est inspiré par le désir sincère de rendre hommage aux victimes des attentats. Maintenant que les choses se précisent, les pétitions et les chroniques hostiles au projet se multiplient. Le Figaro, Libération, Le Monde, Charlie Hebdo, Artension, etc., contribuent à la contestation. On relève les noms de deux anciens ministres de la Culture (Frédéric Mitterrand et Jean-Luc Aillagon), d’un ex-responsable du Palais de Tokyo (Nicolas Bourriaud) et de très nombreuses personnalités.

La patate chaude a été remise à la ministre de la Culture

Les dernières demandes d’autorisation sont actuellement soumises à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui se serait sans doute passée de ce dossier épineux. Elle hésite. On la comprend. Beaucoup d’arguments militent en effet pour un abandon du projet ou, du moins, pour son implantation à un autre endroit.

Tout d’abord, il y a des considérations techniques. Le Bouquet of Tulips de Jeff Koons est extrêmement pesant. Il faudrait faire des travaux de soutènement considérables, dont on ne sait même pas s’ils sont envisageables. Ensuite, il y a la question de l’intégration dans l’environnement haussmannien et Art déco de la colline de Chaillot qui compte de nombreux monuments classés. Beaucoup d’amoureux de Paris s’inquiètent de cette verrue multicolore. Y font curieusement exception les dirigeants des deux musées riverains. En effet, les tulipes, justement par le fait qu’elles détonneraient, pourraient renforcer la visibilité de ces institutions, à la façon d’une grande enseigne. Le responsable du Palais de Tokyo y met cependant moins d’ardeur. On sent que tant qu’à faire d’avoir une enseigne, il aurait aimé en choisir une plus conforme à la vocation expérimentale de son établissement. Quoi qu’il en soit, l’argument de visibilité des musées peine à convaincre en termes d’intérêt général.

La sincérité de Jeff Koons, qui prétend rendre hommage aux victimes des attentats, est mise en doute. En effet, si telles sont réellement les intentions de la star, pourquoi exiger que sa sculpture soit installée dans un lieu aussi prestigieux que dénué de relation avec les drames en question ? Beaucoup d’observateurs ont plutôt l’impression que Jeff Koons utilise un prétexte fallacieux pour prendre position à une place d’honneur dans ce haut lieu de l’art moderne et contemporain. Ceci intervient dans un contexte où aucune de ses œuvres ne figure dans les collections publiques françaises, exception faite d’un travail mineur et ancien à Bordeaux (un meuble à aspirateurs). Les musées français, en effet, ne souhaitaient pas acquérir ses productions à l’époque où ils en avaient encore les moyens.

Près de la moitié du budget d’acquisition du Louvre

L’opération est présentée comme un don désintéressé. Cependant, en matière de don, Jeff Koons n’apporte, en réalité, que l’idée immatérielle des Tulips, idée d’ailleurs déjà utilisée par son auteur dans des projets précédents. L’artiste ne prend pas en charge le plus onéreux, c’est-à-dire la fabrication et l’implantation de l’œuvre. Le coût en est estimé à 3 ou 4 millions d’euros. Le financement serait assuré par un groupe de mécènes dont l’identité est tenue secrète et qui sont réunis par la galerie de l’artiste, Noiremont Art Production. Bien qu’il s’agisse de fonds privés, l’importance de l’enveloppe laisse songeur. Elle représente, en effet, trois fois le budget annuel d’acquisition de l’ensemble des musées de la Ville de Paris et près de la moitié de celui du Louvre. On imagine ce que peuvent en penser certains conservateurs tenus au devoir de réserve. En outre, les sommes concernées ouvrent droit à des réductions d’impôt à hauteur de 60 %, tout du moins pour les mécènes relevant de la fiscalité française. L’État français serait donc indirectement, mais massivement, mis à contribution. Dans ces conditions, il n’est pas illégitime de s’interroger sur une opération dont l’intérêt artistique est largement contesté. Accessoirement, on peut aussi remarquer que les Tulips font tourner une usine en Allemagne et renforcent la notoriété d’un artiste américain. Bref, nombre de Français se sentent un peu placés dans le rôle des idiots utiles.

La joie d’Anne Hidalgo

Beaucoup de plasticiens protestent contre l’acceptation jugée précipitée des Tulips. Des associations de galeries font de même. Le problème est qu’en 2016 la maire de Paris, Anne Hidalgo, a validé l’offre de Jeff Koons avec une candeur stupéfiante, sans consultations, sans appel à projet, comme s’il allait de soi qu’on donne à cet artiste mirifique la place d’honneur. Une conférence de presse festive a été organisée fin 2016 par l’ambassade des États-Unis, très impliquée dans le projet depuis le départ. La maire de Paris, Anne Hidalgo, invitée en vedette américaine, y a exprimé son enthousiasme avec son sourire des jours olympiques. Elle s’est réjouie « que cet immense artiste décide d’offrir à la ville de Paris l’idée originale d’une œuvre monumentale symbolisant la générosité et le partage… » Encore récemment, elle a réaffirmé son soutien aux Tulips en indiquant qu’elle « trouve ça beau ». Est-il donc si évident qu’aucun autre talent ne puisse imaginer quelque chose de valable pour l’entrée du Palais de Tokyo si la transformation de cet endroit est à l’ordre du jour ? Beaucoup d’artistes et de galeries se sont, semble-t-il, sentis blessés et exclus par cette façon de procéder.

Toutes ces objections ne seraient cependant pas grand-chose si un doute ne s’était pas installé quant à l’intérêt artistique du travail de Jeff Koons. Un trouble a en particulier été produit par des conférences que l’artiste a données à Paris ces derniers temps, dans le sillage de sa rétrospective au centre Beaubourg. Fin 2014, l’auteur des Balloon Dog a notamment fait une longue intervention au Collège de France sur sa façon de travailler, intitulée en toute simplicité « La connexion à l’universel ». L’orateur est apparu à cette occasion comme un homme souriant, gentil, optimiste, affable, heureux de sa réussite et désireux de faire partager sa bonne humeur. Il a fait figure de gendre idéal ou de locataire parfait. Cependant, ses propos ont paru étonnamment infantiles. Si on pouvait ressusciter Boucher ou Botticelli pour les écouter, peut-être serait-on également déçu. Il est probablement plus sage de regarder les œuvres que de faire parler les artistes. Toutefois, en ce qui concerne Jeff Koons, l’inconsistance de ses propos colle si bien avec l’inanité de ses œuvres qu’elle a valeur de confirmation.

Un art ludique qui fait figure de caricature du capitalisme

Succédant au pop art, Jeff Koons a produit des créations colorées, drolatiques, gigantesques et clinquantes. Ses réalisations ont surtout un effet d’animation. Une famille de bobos peut dire : « Tiens ! c’est marrant ! Tiens ! c’est dingue ! » Les historiens de l’art contemporain ont essayé de l’intellectualiser, de faire l’exégèse de sa démarche, de lui trouver quelque chose de « duchampien ». Mais cela reste tiré par les cheveux. Les zélateurs les plus habiles plaident dorénavant pour une simplicité assumée. C’est le cas, par exemple, d’Olivier Cena (journaliste à Télérama) qui explique : « On se dit qu’il doit y avoir un truc derrière […], mais, le truc, c’est qu’il n’y a pas de truc ! » Jeff Koons est ludique, et puis c’est tout. Il incarne ce que l’art contemporain a de plus commercial.

Ce n’est pas la première fois qu’une œuvre d’art suscite des polémiques en France. C’est même presque la routine et les choses auraient pu se dérouler de façon habituelle. Classiquement, au premier incident, on dénonce parmi les contestateurs des « catholiques intégristes » ou des individus « proches du Front national », ce qui est parfois effectivement le cas. On s’en émeut. Les déclarations de solidarité pleuvent. Le monde de la culture serre les rangs, tout rentre dans l’ordre, on se congratule, et on constate que les grincheux, loin de perturber la communication, l’ont au contraire dopée. Avec Tulips, on change de scénario. La contestation fuse de tous les horizons politiques, et tout particulièrement de la gauche. Jeff Koons réussit involontairement ce miracle de produire des objets incarnant parfaitement une bonne part de ce qui irrite dans le capitalisme : l’énormité des moyens, l’indigence de la pensée, la mise en place d’un monde ludique, sans parler des petits relents d’impérialisme culturel.

L’affaire Jeff Koons est sans doute un signe des temps. Il y a une trentaine d’années, l’art contemporain était perçu comme subversif par nature. Il paraissait magnifiquement contestataire et presque incontestable. La gauche culturelle le défendait bec et ongles. On était encore dans l’enthousiasme des années Jack Lang. À présent, un doute sérieux s’installe. Pour de nombreux observateurs, l’art dit contemporain est, pour une bonne part, ressenti comme un art financier, un art capitaliste, un art qui a le visage de la spéculation et des stratégies de communication. C’est une arène où des hyper-riches font surtout figure de nouveaux riches.

Les risques de l’art financier

La question qui se pose est de savoir si ça va durer encore longtemps. À défaut de lire dans le marc de café, on peut y réfléchir à la lumière des théories économiques. En effet, si l’art contemporain est en grande partie un art financier, il y a des chances que les théories financières aient quelque chose à nous apprendre à son sujet. Il faut s’intéresser tout particulièrement à celles permettant de comprendre le mécanisme des cycles, c’est-à-dire le fait que des crises interrompent sans prévenir des périodes de croissance régulière.

Hyman Minsky (1919-1996), remis à l’honneur par la crise de 2008, a développé l’idée remarquable d’un « paradoxe de la tranquillité ». Selon cet auteur, c’est dans les phases calmes que s’accumulent petit à petit les facteurs d’instabilité invisible préparant une crise. Plus la tranquillité est longue et sans nuages, plus le réajustement sera important. Le risque vient grosso modo du fait qu’en période propice, nombre d’investisseurs ont trop confiance. Ils se laissent influencer par des éléments d’ordre psychologique tels que l’ambiance favorable, l’opinion des autres, l’effet euphorisant du succès de certains titres. Ils souhaitent participer au mouvement, ils s’endettent, ils veulent profiter de la conjoncture. Ils examinent insuffisamment par eux-mêmes la valeur intrinsèque de leurs acquisitions. En résumé, le cœur du problème tient tout simplement au fait que les acteurs ne réfléchissent pas assez par eux-mêmes.

En ce qui concerne l’art contemporain, il y a certainement des amateurs qui apprécient des artistes comme Jeff Koons pour des raisons sincères et respectables. Cependant, comment ne pas voir que nombre de collectionneurs font surtout confiance à cette sorte de garantie trompeuse que constituent le succès, la cote, la consécration ? Ces collectionneurs ne pensent pas par eux-mêmes. Ils ont cette paresse d’esprit qui pourrait leur faire dire avec Kant : « Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer.  »[tooltips content= »Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les lumières ?, 1784. »]1[/tooltips] C’est évidemment eux qui prolongent la « tranquillité » tout en accroissant les risques de crise à leurs dépens.

Des babioles très onéreuses dont il faut soutenir la cote

En phase de croissance, une catégorie d’intervenants particulièrement typique est celle que certains économistes appellent les « acteurs Ponzi ». Ce terme, pris au sens strict, désigne des comportements frauduleux, mais il peut par extension – et c’est là le plus intéressant – qualifier des activités spéculatives licites. Charles Ponzi (1882-1949) a donné son nom au mécanisme. Il s’agit d’un escroc à l’œuvre dans les années 1920. Il a monté un système de titres aux rendements anormalement alléchants reposant sur l’arrivée massive de nouveaux entrants dont l’apport en capital servait à gonfler artificiellement les dividendes. Ponzi crédibilisait son miroir aux alouettes en instrumentalisant la respectabilité de l’Union postale internationale et, avec elle, celle de l’ensemble des postes du monde. Un système de Ponzi nécessite donc trois composantes : un stratège (ou un escroc), une caution institutionnelle plausible et un afflux continu d’investisseurs crédules qui font gonfler la bulle spéculative. La crise de 2008 a révélé diverses chaînes de Ponzi parfaitement malhonnêtes, notamment celle de Bernard Madoff. Le point qui justifie la généralisation du concept est que les trois ingrédients identifiés ci-dessus peuvent également faire la preuve de leur efficacité en toute légalité.

Dans le cas de Jeff Koons, il est tentant justement de faire le rapprochement avec un système de Ponzi, version licite. Dans le rôle du ou des stratèges, on imagine assez facilement l’artiste-manager, sa galerie de « production » et quelques grands collectionneurs qui ont en portefeuille des pièces dont ils souhaitent soutenir la valeur. C’est probablement le cas de Bernard Arnault, et surtout de François Pinault qui détient quelques babioles de Jeff Koons particulièrement onéreuses. Ensuite, côté caution institutionnelle en France, on trouve l’intervention remarquée de l’artiste-star à Versailles en 2008, ses expositions à Beaubourg (1987 et 2015) et les fameuses Tulips « données » au Palais de Tokyo. Enfin, et c’est le fruit des deux points précédents, le flux de nouveaux entrants est constitué par les mécènes et collectionneurs attendus en renfort, sans parler des innombrables acheteurs de tirages multiples, de produits dérivés et autres sacs Vuitton-Koons.

Le feuilleton Jeff Koons n’est cependant pas fini. Il sera très intéressant à observer, car il est probablement emblématique du destin d’une bonne partie de l’art financier contemporain. Affaire à suivre, donc.

Apologie du terrorisme: pourquoi l’affaire Poussier n’est pas un acte isolé

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Stéphane Poussier a été placé en garde à vue pour apologie du terrorisme après ses propos sur Twitter concernant les attentats de l'Aude. ©DR

L’arrestation pour apologie du terrorisme de l’ex-candidat de la France insoumise, Stéphane Poussier, n’est pas qu’un « dérapage ». Pour l’historien, Philippe Fabry, cette convergence entre une certaine gauche et l’islamisme marque une tendance de fond qui pourrait faire de « l’islamo-gauchisme » le communisme du XXI° siècle.


Les actes terroristes qui ont ensanglanté l’Aude ces derniers jours ont montré, dans toute sa crudité, l’ignominie de la convergence entre l’extrême gauche et l’islamisme, lorsque Stéphane Poussier, ancien candidat de la France insoumise, s’est félicité de la mort du lieutenant-colonel Beltrame, par haine gauchiste du flic. Cette apologie d’un acte de terrorisme islamiste par un représentant du vieux gauchisme ne saurait être réduite à un comportement isolé, un dérapage individuel. Il s’agit au contraire de la manifestation d’une évolution profonde du paysage politique français, qui voit peu à peu se structurer une idéologie à la vigueur dangereuse, un parti de la haine de la civilisation occidentale.

Le récent effondrement des partis politiques traditionnels en France a pratiquement effacé le clivage gauche-droite au profit d’une hégémonie du progressisme modéré et pragmatique de La République En Marche (LREM). On peut être un peu décontenancé face à ce nouvel état de fait et s’interroger sur l’évolution d’une démocratie non clivée.

Par expérience historique, une démocratie dans laquelle le clivage s’est estompé jusqu’à donner le spectacle d’une sorte d’unanimisme dans la modération ne constitue qu’un équilibre précaire, précédant une percée idéologique à gauche et l’apparition de nouvelles lignes de fractures.

Le consensus avant la tempête

La référence se trouve dans le tournant politique du début du XXe siècle. La période 1893-1902 est en France celle du consensualisme républicain : la crise boulangiste passée, la République est acceptée et consolidée. En 1893, les Républicains modérés obtiennent 279 sièges à la Chambre, et en 1898 en tiennent encore 254. Cette dernière chambre va porter la belle loi de 1901 sur la liberté d’association.

Les débats nationaux perdent en enjeu : la période est marquée par l’affaire Dreyfus qui, pour avoir fait beaucoup de bruit et laissé une trace durable dans la culture politique française, demeure un fait divers monté en épingle : rien de comparable avec les querelles des années 1870 sur la nature-même du régime.

Le premier quart du XXe siècle est marqué par un double mouvement remettant en cause cet unanimisme fondamental : la percée du socialisme et l’apparition du communisme marxiste-léniniste.

Le socialisme prend son essor en 1905, avec le regroupement des socialistes français au sein de la SFIO, un an avant que la CGT n’adopte la Charte d’Amiens, marquant la victoire du syndicalisme révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier français – le syndicalisme recueille ainsi de nombreux militants déçus par le positionnement modéré de la SFIO des années Jaurès.

Cela change avec l’entrée en scène fracassante du communisme, à la suite de la révolution de 1917, dont le « succès » redonne une crédibilité à l’action révolutionnaire, crédibilité perdue dans notre pays depuis l’écrasement de la Commune de Paris : de nombreux militants révolutionnaires rejoignent la Section française de l’Internationale communiste (SFIC) lors de la scission de la SFIO au Congrès de Tours en 1920. Le Parti communiste (PC) prend son indépendance et bouscule les socialistes – qui forment l’extrême-gauche de la IIIe République durant ses premières décennies – vers la droite, et du même coup les Républicains « radicaux » au centre, où ils sont toujours. Durant 70 ans, le Parti communiste sera l’aiguillon de la gauche française, représentant à son apogée un électeur français sur cinq.

La structuration de « l’islamo-gauchisme »

L’actuelle hégémonie de LREM correspond vraisemblablement à ce moment d’unanimisme pragmatique, et précède la percée à gauche – car c’est toujours de là que vient la radicalité nouvelle en matière idéologique – d’une nouvelle doctrine qui donnera le ton du débat pour les décennies futures, comme le fit le républicanisme durant le XIXe siècle et le socialo-communisme durant le XXe.

Il apparaît de plus en plus clairement que cette percée viendra du mouvement, encore confus mais qui se structure de jour en jour, qui est à juste titre appelé « islamo-gauchisme ». Il est une convergence de l’islamisme, spécifiquement de la doctrine des Frères musulmans, et du gauchisme occidental, rassemblant ce que l’on trouve de plus radical en matière de « féminisme » et « d’antiracisme ». Guillemets mérités, car ces nouvelles expressions de préoccupations politiques anciennes sont le produit d’une totale inversion de valeurs, où l’on défend le port du voile comme une liberté de la femme et la ségrégation raciale comme un droit des personnes « racisées », c’est-à-dire non blanches.

Ces positions radicales trouvent un écho dans les revendications de certains membres des populations musulmanes en Occident. L’on constate, sur les réseaux sociaux, la multiplication des vidéos d’AJ+, une chaîne du groupe qatari Al Jazeera, consacrées aux mouvances LGBT et à l’antiracisme, et dont le propos est toujours in fine de défendre le droit au port du voile et d’accuser les Occidentaux de racisme et d’islamophobie. Le Qatar est un sponsor notoire des Frères musulmans, et Al Jazeera leur est toujours favorable.

La convergence est donc de plus en plus totale entre les « social justice warriors », les guerriers de la justice sociale féministes et antiracistes, et les Frères musulmans dont la doctrine est contenue dans le livre de Sayyid Qutb, La justice sociale en islam. La synthèse est vraisemblablement assez puissamment révolutionnaire pour devenir une véritable tendance politique radicale dans les prochaines décennies, s’appuyant doublement sur l’intellectualisme de gauche et une clientèle électorale : hier les ouvriers, demain les musulmans.

Bien sûr, il s’agit là d’un phénomène global et non limité à la France, comme c’était le cas pour le communisme, et il faut se poser la question du centre de ce nouveau Komintern. Si le Qatar joue évidemment un grand rôle par ses médias, parions que l’URSS de l’islamogauchisme sera la Turquie d’Erdogan : ce dernier est précisément arrivé au pouvoir en opposant la « liberté démocratique » de porter le voile et de prôner l’islam politique contre l’ordre laïque kémaliste. Aujourd’hui, ce Staline islamiste ordonne à la diaspora turque, et à travers elle à tous les musulmans d’Occident, de refuser l’assimilation au nom des mêmes principes. Et l’on voit, sur le plan intérieur, où mène son idéologie.

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Pas d’amalgame: l’islam au pays des merveilles

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Manifestation en hommage aux victimes des attentats de Paris et Saint-Denis de novembre 2015, Rabat, 20 novembre 2015. SIPA. AP21825406_000002

De près ou de loin, l’islam n’a « rien à voir » avec l’islamisme. Pourquoi ne pas le croire ? La plupart des médias  l’affirment.


Cet article ayant été écrit avant l’attentat de Trèbes, j’ai une pensée émue pour Arnaud Beltrame et ses proches. Un authentique héros, à l’heure où ce mot est si souvent galvaudé. « L’homme est capable du meilleur comme du pire, mais plus souvent hélas du pire que du meilleur », écrit André Comte-Sponville. Vendredi dernier, on a eu les deux…

Je ne sais pas si ça vous fait le même effet. Mais moi, lorsque j’entends sur Arte, France Inter, France Culture, France Info, France 2, France 3, France 5, France 24 ou France 778 (au point où l’on en est) que « l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam » ou que « l’immense majorité des musulmans n’ont rien à voir avec l’islamisme »… je tique un chouïa. Ceci dit, quel que soit le sujet, dès que quiconque entame une phrase par « l’immense majorité des » ou souligne que « ça n’a rien à voir », un léger rictus apparaît sur ma pomme, presque malgré moi. C’est quasi pavlovien. Je pressens aussitôt qu’il va s’ensuivre une version idéalisée de la réalité, un plongeon tête la première dans les méandres du politiquement correct : négation du réel au nom d’un idéal, confusion entre le vrai et le bien, basculement du monde réel vers le monde idéal… Bref, le grand plouf.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est Charlie

C’est vrai quoi. Dans un monde idéal, l’immense majorité des automobilistes et a fortiori des motards respectent scrupuleusement le code de la route. Et l’ont toujours respecté. Dans un monde idéal, l’immense majorité des professions libérales (artisans, commerçants, travailleurs indépendants, garagistes, avocats, coiffeurs, restaurateurs, etc.) déclarent au centime près leurs revenus au fisc. Y compris les sommes perçues en liquide.

Dans ce monde-là, l’immense majorité des hommes n’ont jamais trompé leur femme ou leur petite amie. L’immense majorité des supporters de football font preuve d’une grande sportivité à l’égard de l’équipe adverse et de l’arbitre, l’immense majorité des joueurs étant eux-mêmes des exemples de fair-play sur la pelouse. L’immense majorité des chauffeurs de taxi parisiens sont aimables et souriants. Si une agression a lieu dans le métro, l’immense majorité des voyageurs présents interviennent aussitôt. Ce qui n’est guère étonnant puisque l’immense majorité de nos concitoyens sont altruistes, ponctuels, bienveillants, tolérants, courageux, rationnels, non violents, intègres, en pleine forme et ne mentent jamais. A commencer par l’immense majorité des lecteurs de Causeur et, surtout, de l’auteur de ces lignes.

Je rêvais d’un autre monde…

Dans un monde idéal, l’immense majorité des Français étaient gaullistes sous l’Occupation. D’ailleurs, Pétain n’a rien à voir avec la France. Tout comme le nazisme n’a rien à voir avec l’Allemagne, laquelle est uniquement la terre de Goethe et de Beethoven. L’Inquisition n’a rien à voir avec le christianisme et le stalinisme n’a rien à voir avec le communisme. C’est donc fort logiquement que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, religion de paix et d’amour. Une religion pleinement – et sans contestation possible – compatible avec les valeurs de la République et des Lumières. Parmi lesquelles on trouve, en vrac : la laïcité, la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté de changer de religion, l’égalité homme-femme ou encore la défense et le développement de l’esprit critique…

A lire aussi: Le « séparatisme islamiste » n’avance pas masqué, il est flamboyant

L’immense majorité des musulmans rejettent viscéralement toute forme d’antisémitisme, de sexisme et d’homophobie, ont été horrifiés par le 11 septembre 2001 et n’éprouvent aucune sympathie envers Dieudonné ou Tariq Ramadan. Bien au contraire. Enfin, et c’est sans doute le plus important : l’immense majorité des musulmans n’ont rien à voir avec l’islamisme. Et ce, même si les islamistes arrivent très souvent en tête lorsque des élections sont organisées en terre d’Islam. Et même si 28 % des musulmans en France (près de 50% chez les jeunes), selon un rapport de l’Institut Montaigne, placent la charia avant les lois de la République. Mais bon, comme « ça n’a rien à voir ».

Quel dommage que nous vivions dans le monde réel et non pas dans un monde idéal…

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Arnaud Beltrame est immortel

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A Carcassonne, hommage à Arnaud Beltrame, lieutenant-colonel de gendarmerie qui a sacrifié sa vie pour sauver celle d'un otage du terroriste de l'Aude, mars 2018. SIPA. AP22182071_000013

Lettre à mon colonel et frère d’armes, Arnaud Beltrame, mort pour la France.


Mon colonel,

Cher Arnaud,

Nous ne nous sommes jamais rencontrés. J’aimerais croire que si ça avait été le cas, j’aurais eu l’intelligence de t’écouter, et d’apprendre à ton contact. Peut-être. Le dernier jour de ta vie, en tout cas, est une leçon pour nous tous.

Beaucoup parlent de toi. Certains, déjà, essayent de parler en ton nom. Je me demande ce que tu en aurais pensé. Il y a de grands discours, il y en aura encore, des hommages officiels dont certains seront sincères, mais d’autres ne chercheront qu’à briller un peu en volant un reflet de ta gloire, voire à t’utiliser pour tenter de faire oublier leur médiocrité, leur aveuglement, leur laxisme. Tenter de faire oublier qu’ils se servent de la République, alors que toi tu l’as servie, dans la discrétion pendant des décennies, et maintenant dans la gloire. Et d’autres encore, qui diront te pleurer, alors que sous mille prétextes ils ont laissé faire voire encouragé l’idéologie totalitaire islamiste, la haine de la France et la délinquance au quotidien qui ont causé ta mort. Ils prétendront s’incliner devant ta mémoire, alors que depuis longtemps ils s’inclinent devant ceux qui ont armé l’esprit et le bras du criminel qui t’a tué.

Mais la France est plus forte et plus grande que tout ça. Elle sait que tu as cent fois mérité qu’elle te rende hommage, et elle le fait, en toute vérité.

Car il y a les fleurs, Arnaud ! Où que tu sois désormais, j’espère que tu vois les fleurs. Depuis ta mort, d’innombrables anonymes viennent les déposer à pleins bouquets devant les mâts des couleurs des gendarmeries de tout le pays. On dirait qu’en versant ton sang tu as fait jaillir des myriades de fleurs au pied du drapeau tricolore, par les mains de tout un peuple. Il n’y avait jamais eu un tel printemps. Les gendarmes n’en reviennent pas, tes frères d’armes ne s’attendaient pas à autant de messages de soutien, autant de fraternité autour d’eux, autant d’émotion, simple, sincère, profonde.

Je crois que personne n’imaginait à quel point la France avait besoin de toi.

Tu n’aurais pas voulu que l’on oublie les victimes du djihadiste que tu as vaincu, que tu as terrassé par ton courage. Sur les photos de toi que l’on voit un peu partout, on découvre un sourire franc et des yeux rieurs, ou un visage sérieux et solennel, mais aucune arrogance. Nous te devons bien ça : ton exemple est là pour illuminer, inspirer, sans jamais rejeter dans l’ombre ces gens comme tous ceux auxquels tu avais consacré ta vie.

Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna.

Il y a cette inconnue que tu as sauvée. Aucun journaliste jusqu’ici n’a révélé son nom. Est-ce ton exemple qui les incite à cette pudeur bienvenue ? Toi-même, savais-tu comment elle s’appelait, lorsque tu as décidé de risquer ta vie pour l’arracher au monstre ? Risquer, et sans doute donner : ton expérience était trop grande pour que tu n’aies pas eu la lucidité de comprendre que tu n’avais presque aucune chance d’en revenir vivant. Et pourtant. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime », a dit l’évangéliste. Tu étais chrétien, et frère de la Grande Loge de France. Croyant sincère, et à l’esprit ouvert.

A lire aussi: Arnaud Beltrame, la France qui résiste

Il y a ta famille, il y a ton épouse, Marielle. Nous avons une dette envers toi, nous avons une dette envers elle. Aujourd’hui, dans dix ans, dans cinquante ans, Marielle pourra toujours compter sur le soutien de la gendarmerie, mais aussi de la France. Aujourd’hui, dans dix ans, dans cinquante ans, aucun Français honorable ne pourra lui refuser son aide. Même si le deuil de ce que vous désiriez, de ce que vous espériez, est et restera une blessure, tu ne l’as pas abandonnée. Tu lui as donné le soutien indéfectible de tout un peuple.

Tu n’es pas une victime. Tu n’as pas subi, tu as agi, tu as regardé le danger droit dans les yeux et tu t’es dressé face au mal. Et tu as gagné.

Il y a bien longtemps, un ancien chef de guerre de ceux qui aujourd’hui nous attaquent a déclaré que ses hommes « aiment la mort comme nous nous aimons la vie. » Toi, Arnaud, tu as aimé la vie avec une telle force que tu as fait le sacrifice de la tienne pour sauver celle de quelqu’un d’autre. Nos ennemis jouissent de mourir pour détruire. Tu as accepté de mourir pour protéger. Ton amour de la vie n’était pas, ou pas seulement, goût superficiel des plaisirs qu’elle offre, mais engagement fidèle, dévouement passionné, don de soi. Tu nous as prouvé de la plus belle des façons que nous sommes encore capables de grandeur, de courage, de noblesse, d’héroïsme. Car tu es un héros, et à ton sujet ce mot n’est pas galvaudé.

Parce qu’il y a Arnaud Beltrame, chaque Français peut se sentir fier de son pays et de sa culture, d’une certaine et chevaleresque idée de ce que nous aspirons à être. Parce qu’il y a le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, chaque soldat français peut porter plus haut encore l’honneur de l’armée, et chaque gendarme découvre désormais en enfilant son uniforme qu’il a un éclat bien plus grand qu’il ne le soupçonnait il y seulement quelques jours. Parce qu’il y a Arnaud Beltrame, chacun sait que la France en vaut la peine, que sa dignité est intacte, et qu’elle ne se soumettra pas.

Ceux qui nous méprisent, ceux qui nous accusent de tous les mots, ceux qui proclament que nous appartenons au passé, se heurtent maintenant à cette simple réalité : toi.

Du fond du cœur, et si tu veux bien de ces mots au milieu des fleurs, merci.

Tes camarades du GIGN ont vengé ta mort, mais c’est toi l’artisan de la plus grande victoire.

Et le prix que tu as payé pour cette victoire nous oblige, tous. Qu’allons-nous faire de ton exemple, de l’élan qu’il suscite, de la détermination qu’il prouve ?

Nous ne t’oublierons pas, tu le sais, et même si la légende s’empare de ton histoire je veux croire que nous saurons nous souvenir aussi de l’homme, simplement homme, que tu étais. Car c’est cet homme qui est devenu un héros.

Mais la mémoire ne suffit pas. Les larmes ne suffisent pas. Tu es mort au combat, et ce combat continue. La seule manière authentique de te rendre hommage est de voir la vérité en face, de regarder nos ennemis droit dans les yeux, et de combattre ! Sans brutalité, mais avec force. Sans esprit de vengeance aveugle, mais avec toute la sévérité nécessaire. Et sans compromission, sans relâche, sans tous ces abandons qui se donnent le nom d’accommodements, combattre !

Alors, un jour, lorsque les enfants de nos enfants demanderont non pas « pourquoi » mais « pour quoi » Arnaud Beltrame est-il mort ?, nos enfants pourront leur répondre : « Il est mort pour sauver une inconnue, parce qu’il était un homme bien. Il est mort pour sauver la France, parce qu’il était un soldat. Il est mort pour que nous puissions réfléchir et discuter librement aujourd’hui, parce qu’il était un homme de foi et un chercheur de vérité. Et, tu sais ? Arnaud Beltrame est immortel. »

Génération Mennel, l’émergence d’une France d’ailleurs?

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A Bobigny, des jeunes protestent en marge de l'affaire Théo, février 2017. SIPA. AP22015443_000004

Malgré le terrifiant bilan du djihadisme français, le camp islamo-sceptique a produit bien peu de violence et de réactions. On ne s’offusquera donc pas de l’indignation des réseaux sociaux devant une jeune fille voilée qui reprend la rhétorique de nos bourreaux. 


Je me souviens du témoignage de cette femme à l’accent du Maghreb qui s’exprimait après les attentats djihadistes de Toulouse en 2014, en larmes et à la radio. Elle avait prié pour que le responsable ne fût pas arabe avant de découvrir que l’assassin s’appelait Mohamed Merah. De mémoire, voilà ce qu’elle disait : « C’est une catastrophe. Les représailles seront terribles et jamais les musulmans de ce pays ne s’en remettront. » Elle se trompait : un peu plus de trois ans et 300 morts plus tard, ceux qui pratiquent l’amalgame l’ont sans doute gardé pour eux parce qu’on n’a pas vu de boucheries hallal vandalisées ni d’épiciers agressés. Même si ça ne saute pas aux yeux partout, la France n’est ni un pays du Moyen-Orient (les mosquées ne sont pas mitraillées quand un imam dit une bêtise, ou une horreur, c’est-à-dire une fatwa) ni un pays d’Afrique (l’armée n’a pas encore besoin de protéger un groupe ethnique menacé par les autres en période de crise pour cause de susceptibilité politique ou religieuse).

Les Français ne font pas d’amalgames

Alors que les éditorialistes de L’Obs et d’ailleurs se font depuis le début des attentats lanceurs d’alerte contre une islamophobie montante portée par un populisme dangereux, le camp des islamo-sceptiques a produit bien peu de terrorisme, bien peu de désordre, et finalement bien peu de réactions. La justice, submergée, en plus des attentats, par 17 000 Français Daesh friendly à surveiller, par les revenants et bientôt les fils et filles de, n’a eu qu’un attentat-charcutier à l’adresse d’une mosquée à se mettre sous la dent, qu’elle a eu dure puisque le condamné qui avait glissé du jambon dans la boîte aux lettres a pris plus cher que Jawad Bendaoud, le logeur de Daech.

Les Français ne pratiquent pas les amalgames, j’aime à croire que c’est par éducation plus que par soumission aux propagandes, mais ils ne peuvent s’empêcher d’observer des rapprochements. Les enquêtes qui se poursuivent après les attentats révèlent que sous les cellules terroristes isolées, il y a bien un terreau. La popularité de Mohamed Merah dans certaines banlieues et les 20 000 internautes qui ont tweeté « je suis Kouachi », mais aussi les résultats d’enquêtes et de sondages auprès de musulmans de France peuvent intimer à la prudence. À l’écart d’une France d’en haut ou d’en bas, n’assistons-nous pas à l’émergence d’une France d’ailleurs, et qui entend le rester ?

Dans ce contexte, les Français pratiquent si peu l’amalgame que la jeune Mennel avait toutes ses chances de gagner une notoriété et une popularité massive en participant à l’émission « The Voice », même voilée, et même en chantant une partie de sa chanson en arabe. Ou peut-être grâce à cela, si l’on considère un public jeune, avide de resservir la tolérance bien apprise par son éducation et par l’effet des propagandes, en consacrant l’Autre dans un exercice citoyen et un télé-crochet. Si elle n’avait eu que sa différence, si elle n’avait fait que porter sa culture d’origine en bandoulière, ou même en étendard, la demoiselle aurait pu se lancer dans la chanson et devenir un jour peut-être « personnalité préférée des Français », comme l’ont été Jamel Debbouze et Omar Sy.

L’islam c’est chic, mais…

Au lieu de cela, parce que des internautes fouineurs ont exhumé les propos d’une fille compréhensive ou complaisante avec ses coreligionnaires criminels, la chaîne a semble-t-il poussé la chanteuse à se retirer de la course. On peut trouver sévère la sentence parce que tous les jeunes disent des conneries conformes à leur milieu qu’on finit par leur pardonner, et il faut bien se faire à l’idée que les jeunes musulmans disent des conneries islamistes. Quand je rappelais à Charb que dans les cités, on taguait « Vive Ben Laden », il me répondait que les punks arboraient des croix gammées. De fait, il avait raison, mais les punks auraient fait de piètres nazis, alors que certaines racailles se sont révélées être de parfaits petits talibans. Toutes les époques ne se ressemblent pas, et toutes les jeunesses non plus.

Et c’est peut-être à une partie de notre jeunesse, dont la pauvre Mennel est devenue le visage avec son appartenance affichée et ses ambiguïtés, qu’une partie du pays qui ne s’exprime que sur les réseaux sociaux a voulu opposer une réaction, et poser des conditions. Si certains messages excluaient d’emblée une jeune fille préjugée étrangère à la nation, la plupart rejetaient une chanteuse qui ne savait pas elle-même ou n’avait pas su, même face aux crimes commis, qui étaient les vrais coupables et peut-être où allaient ses allégeances. Et les regrets de la chanteuse dépassée par l’affaire n’ont rien changé. Le rejet a dépassé de très loin, par son ampleur et par sa nature, le racisme ou l’islamophobie des messages habituels et marginaux qui circulent quand un Noir ou un Arabe est exposé dans les médias. Il semble qu’aujourd’hui le choix d’une musulmane affichée puisse être du dernier chic multiculturel, mais qu’il puisse poser problème si elle comprend, excuse ou exonère le terrorisme. Voilà ce que la chaîne a compris et pourquoi elle a préféré exclure la candidate.

Il reste interdit d’interdire

Certains compatissent. C’est bien triste en effet pour cette jeune fille qui a eu, nous dit-on, ses rêves brisés. Mais le petit peuple des réseaux sociaux peut-il encore, sans être insulté, rejeter ceux qui aspirent à être starisés quand ils parlent comme ceux qui tirent dans les foules et qu’ils ont la même religion ? Est-il légitime à discriminer une femme arabe et voilée sur la base d’un comportement, d’une attitude, d’une position ? Il semblerait que non. Après que les lanceurs d’alerte ont affolé le braillomètre en parlant d’exclusion, de racisme, d’islamophobie et de lynchage, on peut se demander ce qu’il reste du buzz dans l’opinion. J’ai posé la question autour de moi, à des jeunes de l’âge de la chanteuse. Les avis se sont partagés. Les uns ne voient pas où est le problème avec le voile, les autres trouvent qu’on a bien le droit de contester des « thèses officielles ». Les bras m’en sont tombés, mais après les avoir pas mal agités pour ramener tout ce petit monde à un peu de bon sens, j’ai dû me rendre à l’évidence : il reste toujours très mal vu d’interdire. On est mal barrés.

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Les relations russo-britanniques empoisonnent le Mondial de foot

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Des hooligans russes agressent un supporter anglais au stade Vélodrome de Marseille pendant l'Euro 2016. SIPA. AP21988712_000023

La « guerre » diplomatique en cours entre le Royaume-Uni et la Russie pourraient avoir des conséquences sur le déplacement des supporters de l’équipe nationale d’Angleterre dans le pays de Vladimir Poutine pour assister au Mondial de football, mi-juin. 


A moins de trois mois de la Coupe du Monde de football qui se déroulera dans onze villes de Russie, les Anglais sont sous haute tension.

A la suite de l’empoisonnement de l’agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Youlia, le 4 mars à Salisbury, le gouvernement britannique a accusé la Russie de cette tentative d’assassinat et a déjà enclenché des mesures de rétorsion telles que l’expulsion de 23 diplomates de l’ambassade de Russie à Londres. Par ailleurs, il n’y aura ni représentants du gouvernement ni membres de la famille royale britannique en Russie lors du prochain mondial.

Boris « Godwin » Johnson 

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a d’ailleurs comparé, le 21 avril, Vladimir Poutine à Hitler en estimant que le président russe instrumentalisait la Coupe du Monde « pour redorer le blason du régime brutal et corrompu dont il est responsable », ce qui n’était pas sans rappeler, selon lui, les Jeux olympiques de Berlin en 1936.

A lire aussi: Empoisonnement au Royaume-Uni: bons baisers de Russie ?

En réponse à ces déclarations fracassantes, l’ambassadeur de Russie à Londres, Alexandre Yakovenko, a, lors d’une conférence de presse le 22 mars 2018, déclaré qu’il considérait ces affirmations comme « inacceptables et totalement irresponsables »[tooltips content= »Conférence de presse, Sky News International, 22 mars 2018. »]1[/tooltips]. Le diplomate a réitéré le fait que la Russie attendait toujours des preuves concernant l’affaire Skripal, insinuant même que l’agent innervant utilisé dans cette attaque était peut-être le fait des Britanniques eux-mêmes étant donné la proximité du laboratoire de recherche sur les armes chimiques de Porton Down situé à moins de 15 kilomètres du lieu de l’attaque !

Welcome to Russia ?

En  ce qui concerne le Mondial, le diplomate a annoncé que les 20 000 à 30 000 supporters anglais attendus sur place (24 000 selon Boris Johnson), seraient bien reçus et que leur sécurité serait garantie. Si ceux-ci disposent d’un billet pour un match, ils seront même dispensés de visas pour entrer en Russie.

Dans ce contexte explosif, dans une interview au Daily Star, l’expert sur les questions de sécurité et de renseignement, Anthony Glees, considère, pour sa part, que si le gouvernement britannique en est arrivé à la conclusion que la Russie était derrière l’empoisonnement de Skripal, alors il n’était plus question d’envoyer une équipe nationale en Russie.

Le président de la commission des Affaires étrangères Tom Tugendath a lui aussi exprimé son inquiétude et exhorté les autorités britanniques à se montrer extrêmement prudentes concernant le déplacement des supporters en Russie.

Avant même le déclenchement de l’affaire Skripal, le contingent de supporters anglais était parmi les plus faibles de tous les pays représentés cette année, à la 20ème place sur 32 pays. Seuls 57 957 billets leur ont été vendus sur un total de 2,5 millions mis en vente pour les 64 matches de cette Coupe du Monde.

Hooligans de fer

Échaudés par les violences entre supporters anglais et russes qui ont émaillé l’Euro de foot français en 2016, notamment à Marseille lors d’un match entre les deux pays, les Anglais ont, depuis plusieurs mois, des réticences à l’idée de se rendre en Russie. Au vu de la dégradation extrêmement rapide des relations entre le Royaume-Uni et la Russie depuis le 4 mars dernier, cette attitude précautionneuse est d’autant plus justifiée

Au regard des liens entremêlés entre le foot anglais et le pouvoir russe, il semblerait que l’équipe d’Angleterre en elle-même soit en revanche moins exposée à d’éventuelles éruptions de violence. Le richissime Roman Abramovitch, propriétaire du Chelsea FC, club de Premier League, est un proche de Vladimir Poutine. Mais pour les supporters qui se préparent à aller assister à des matches dans des villes de province russes, c’est une autre affaire…

Attaques terroristes dans l’Aude : l’analyse d’Alain Finkielkraut

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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A Toulouse, l’extrême gauche colonise et bloque l’université du Mirail

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L'entrée du grand amphithéâtre de l'université Toulouse-Jean-Jaurès, le 22 mars 2018. Photo: PASCAL PAVANI / AFP

A l’université Toulouse-Jean-Jaurès (dite du « Mirail »), une minorité de profs et d’étudiants impose sa lutte contre le système patriarcalo-racisto-capitaliste et empêche, depuis plusieurs semaines, tout déroulement normal des cours. 


A Toulouse, depuis maintenant plusieurs mois, l’université du Mirail est une fois de plus « en lutte ». C’est le 1er février que la mobilisation estudiantine a pris de l’ampleur : ce jour-là, l’étudiant à qui il aurait pris l’envie de venir en cours n’aurait trouvé que des bâtiments barricadés par des chaises ou des poubelles renversées, des étudiants brandissant malgré le froid leurs audacieuses banderoles (« Non à la fusion », « Sélection non »), et des haut-parleurs diffusant, entre deux versions de Bella Ciao, un appel à participer à l’Assemblée générale (AG) dans le grand amphi à 10h30.

« Des gens y dorment, y mangent, y vivent, des soirées ont été organisées, des ateliers militants ou non s’y sont tenus »

Depuis ce jour, le blocage total de l’université toulousaine de lettres et sciences humaines a été reconduit à plusieurs reprises : d’abord ponctuellement le 6 et le 15 février, puis, actuellement, depuis le 6 mars. Cela fait donc trois semaines qu’aucun cours n’a pu avoir lieu. Mais rassurez-vous : certains étudiants du Mirail ont trouvé de quoi s’occuper. En effet, en parallèle, d’autres entreprises plus ou moins cocasses ont été menées par des groupes d’extrême gauche : par exemple, l’occupation permanente du troisième étage du bâtiment de l’Arche, sur le campus, depuis le 8 février (« des gens y dorment, y mangent, y vivent, des soirées ont été organisées, des ateliers militants ou non s’y sont tenus », nous dit la page Facebook du mouvement : on pourra en effet assister à des ateliers de réalisation de banderoles, voir un documentaire intitulé « Ghetto expérimental », et manger à la « cantine solidaire »). Ou encore, l’organisation de diverses conférences, avec des professeurs parfois plus enclins à se mobiliser que leurs étudiants. Tout cela rythmé par les AG, au moins deux fois par semaine, qui votent à chaque fois le renouvellement du blocage.

Toutes ces joyeuses initiatives font partie du folklore « miraillesque ». Celui-ci réussit chaque année ou presque à se déployer, à l’occasion de toutes les batailles à mener contre l’odieux système patriarcalo-racisto-capitaliste. Cette année, c’est une aubaine pour les groupes militants du Mirail : deux luttes concernent directement les étudiants (alors que parfois, ils doivent se contenter de mobiliser leurs troupes à propos de réformes des retraites…). Il y a d’abord l’opposition aux réformes de l’enseignement supérieur annoncées par le ministre Jean-Michel Blanquer – et déjà partiellement mises en œuvre avec la plateforme Parcoursup – et le combat contre la fusion des universités toulousaines.

« Pour une fac accessible à tou-te-s »

L’agitation actuelle s’inscrit, en effet, dans un contexte national de protestations contre les réformes de l’admission dans l’enseignement supérieur (qui se sont ailleurs bien souvent dégonflées comme des soufflés mal cuits). Le réflexe pavlovien de haine de la sélection à l’université (« pour une fac accessible à tou-te-s ») donne lieu à une rhétorique usée jusqu’à la corde, répétée à l’envi d’un air entendu par les distributeurs de tracts : au moyen de la sélection, contenue implicitement dans ces affreuses réformes, l’Etat, vecteur de l’oppression capitaliste, vole le futur des étudiant-e-s et les empêche d’étudier comme de trouver ultérieurement un emploi. A bas, donc, l’Etat ; à bas Macron ; à bas les fascistes (pour faire bonne mesure) ; et grève générale, pour l’établissement d’une société enfin égalitaire. CQFD.

Le thème local de fusion des universités est cependant le plus important dans les revendications. La « fusion » est un projet qui compte réunir les budgets et les directions administratives du Mirail, de la fac de sciences Paul Sabatier et de deux écoles d’ingénieurs, en vue de l’obtention d’un label « Idex » et donc de subventions supplémentaires (dans une logique bureaucratique bien de notre temps). Outre les syndicats étudiants, agitant entre autres le spectre de la sélection et de la hausse des frais d’inscription (bien que ce point soit totalement réfuté par les responsables du projet), la plupart des personnels administratifs, craignant les suppressions de postes, se sont joints au « grand mouvement social », et ce depuis déjà quelques mois : c’est ainsi que depuis décembre, on ne peut pratiquement plus accéder aux bibliothèques. Aux slogans contre la sélection se sont donc ajoutés ceux de « Lacroix démission », lequel était, jusqu’à mardi dernier, président de l’université, et avait fait pencher la balance pour la fusion au Conseil d’administration. On notait la formule taguée sur un des bâtiments : « Calvaire sur Lacroix ».

Une première tête est tombée…

Mais le mardi 20 mars, à cause du blocage, et de l’impossibilité du déroulement d’une quelconque séance du Conseil d’administration depuis plusieurs mois (du fait de l’opposition des syndicats étudiants), le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a déclaré la fac « ingouvernable », et a annoncé sa mise sous tutelle, écartant de fait le président Daniel Lacroix et le Conseil d’administration ! Le nouveau président par intérim a même annoncé l’abandon du projet de fusion. Victoire des mobilisé-e-s. Cependant, ceux-ci, dénonçant un « coup de force du gouvernement », et une probable « répression policière », ont tout de même choisi de poursuivre le blocage en AG. Pendant ce temps, d’autres (beaucoup d’autres) se demandent ce qu’il va advenir de leur semestre. Retour à la case départ.

…mais la « révolution » continue

Les activistes d’extrême gauche, de toutes les luttes et de toutes les indignations, règnent ainsi sans partage sur la vie politique et intellectuelle de l’université. Et pas seulement, loin s’en faut, pendant les moments d’agitation ; ceux-ci ne sont que les bulles éclatant à la surface de l’eau bouillante. Mais les périodes comme celle-ci permettent aux syndicats, partis et groupes de réflexion de maintenir leur visibilité et de recruter de nouveaux membres, pour entretenir leur influence en temps normal.

C’est en effet au quotidien, tacitement, que la bataille politique se livre. Et au Mirail, la pression idéologique de l’extrême gauche est constante, écrasante et inaltérable. Celui qui entre est immédiatement prévenu : « Ici c’est le Mirail », lit-on sur les murs tagués. Dans un campus isolé, à l’extérieur du centre-ville (c’est un monde clos), l’étudiant se trouve constamment assailli par une multitude de sollicitations, de demandes de positionnement idéologique. On perçoit tout de suite les plus directes : les membres du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) distribuant occasionnellement des tracts devant les bâtiments. Ou encore les affiches pour telle journée de réflexion sur les enseignements politiques de Marx. Des indices plus « subtils » révèlent aussi leur influence : l’utilisation omniprésente de l’écriture inclusive sur les prospectus, dans les mails de certains professeurs,et même sur certaines pages du site de l’université ; ou la proposition de masters intitulés « Genre, égalité et politiques sociales » ou « Nouvelle économie sociale », concept récurrent des altermondialistes.

« Vive le vent, vive le vent, vive le vandalisme »

Après quelques mois, on se résigne à ne jamais échapper à la pression idéologique. L’espace même du campus est violemment prosélyte : graffitis partout sur les murs extérieurs, dont quelques-uns assez originaux, comme ceux-ci : « Vive le vent, vive le vent, vive le vandalisme » (sans doute celui qui l’a écrit s’est-il émerveillé de son bon goût) ; « ZAD partout » ; « Grève ou crève » ; « Aimeute ». Apostrophes jusque dans les toilettes, elles aussi recouvertes de slogans : dans les toilettes des femmes, celles que l’auteur de cet article fréquente, ils sont axés majoritairement sur les questions de genre : « à bas le patriarcat », « la révolution sera féministe ou ne sera pas », ou, ces derniers mois avec la vague #metoo, « Men are responsible for more than 85% of all crimes. Name the problem : it’s male violence » (on ne saisit cependant pas pourquoi l’étudiante l’a écrit en anglais, serait-ce une étrange intériorisation de l’impérialisme américain ?).

Au Mirail, se perpétue donc un climat permanent de contestation de l’ordre social. Il influence fortement les étudiants, qui, bien sûr, se conforment inconsciemment à l’atmosphère dans laquelle ils baignent : on le voit de façon anecdotique à l’adoption d’un style vestimentaire (et capillaire) « brisant les tabous », mais surtout à la propension à assimiler et restituer les sommations agressives qu’ils reçoivent en permanence. Après quelques mois au Mirail, la majorité des étudiants tient par exemple les idées de la France insoumise pour référence politique « normale », si l’on excepte ceux qui déclarent avec dégoût que ce parti est un « allié objectif du système capitaliste ».

Marx est partout

Plus fondamentalement, sur certains sujets, la contradiction est non seulement interdite, mais aussi impensable. C’est par exemple un fait avéré au Mirail que le conflit israélo-palestinien est uniquement le résultat d’un « apartheid » exercé aux dépens des Palestiniens. Autre évidence « miraillesque » : les femmes sont opprimées depuis la nuit des temps, partout et encore aujourd’hui, puisque la domination masculine est « systémique » ; et seule la constitution des femmes en « team clito » (formule accompagnée sur les murs de dessins peu ragoûtants), pourra renverser cette domination. Troisième tableau de ce classique triptyque de la mobilisation : la dénonciation de la « violence structurelle » de l’Etat capitaliste, et de ses agents, les forces de l’ordre.

Il n’y a (paradoxalement) qu’à prononcer les mots de Gramsci pour qualifier le problème : le Mirail est en situation de totale hégémonie culturelle. Depuis des dizaines d’années, l’université vit dans le fantasme de rejouer mai 68, et très régulièrement, les étudiants ont droit à une répétition générale en vue d’un nouveau soulèvement à grande échelle. En perpétuelle ébullition (comme on lit encore une fois dans les toilettes, « le Mirail bout ou meurt »), l’atmosphère intellectuelle de l’université n’est que peu propice – et c’est un euphémisme – au calme et à la réflexion dont on pourrait naïvement penser qu’ils sont nécessaires aux études supérieures. L’activité scientifique elle-même subit de plein fouet cette absence de neutralité, et une partie – certes pas la majorité, heureusement – des enseignants-chercheurs prend implicitement ou explicitement position en cours. C’est ainsi que le Mirail s’autoalimente idéologiquement en permanence, et qu’il parvient, au fil des années, à conserver son esprit inébranlable de révolte.

L’université est un des derniers bastions de l’extrême gauche révolutionnaire. Et s’il n’en restait qu’un, ce serait sans doute celui-là.

Cantat: et la musique dans tout ça ?

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bertrand cantat amor fati
Bertrand Cantat. Sipa. Numéro de reportage : 00639880_000015.

A l’heure où j’écris ces lignes, l’album de Bertrand Cantat, Amor Fati, est N°19 des ventes sur Amazon.fr. Le disque se vend extrêmement bien, depuis des semaines. Et si, au-delà des polémiques, on prenait la peine de l’écouter pour ce qu’il est : une œuvre musicale produite par un homme condamné pour meurtre il y a 15 ans. Certes, il est insupportable pour beaucoup d’admettre l’idée que des passionnés de musique, des ex-fans de Noir Désir ou encore de simples curieux donnent une chance à cet objet en l’écoutant.

Soigner le mal par le bien(-pensant)

L’intérêt artistique premier d’Amor Fati consiste en l’accès à l’œuvre d’un être frappé d’un double traumatisme moral irréversible : celui d’avoir tué l’être cher et de porter l’étiquette de « tueur » – d’une femme, d’une mère – jusqu’à la fin de ses jours. Sans parler d’un autre drame familial plus récent (2010) : le suicide de son ex-épouse et mère de ses enfants. Ne soyons pas dupes : dans ces chansons forgées dans les entrailles d’une âme déchue, l’auditeur cherche aussi à entendre la douleur primale cathartique, dans un jeu de miroir drainant ses propres démons. Et derrière la douleur, peut-être, la culpabilité. Car la notion de mal colle à l’œuvre autant qu’au chanteur. Et quand certains préconisent de soigner le mal par le mal, Bertrand Cantat, lui, s’autorise à soigner le mal par le bien. Surtout le bien-pensant (Cf. le morceau « L’Angleterre).

A lire aussi: Cantat, l’homme pressé de nous faire la morale

Par-delà le bien et le mal, cet enregistrement ne revêt toutefois pas de grandes profondeurs nietzschéennes. Mais accordons à l’ex-Noir Désir un savoir-faire évident, un talent indéniable. Pour ma part, je retiendrai le morceau d’ouverture (« Amie nuit ») avec ses nappes synthétiques glaçantes façon Orange mécanique, belle descente introspective restituant un climat nocturne aux palpitations poétiques, l’éponyme « Amor Fati », rap fataliste entraînant (« Ce qui est est » est répété comme un mantra), « J’attendrai », boucle chamanique au coin du feu des cercles de l’Enfer, bijou de divagation mélancolique, et ce sera à peu près tout.

Le reste évoque la plupart du temps le Noir Désir période « Des Visages des figures », avec des éclaircies folk rock, voire pop, nécessaires exutoires pour le chanteur.

« Extraire la beauté du mal » ?

On peut maintenant s’interroger sur l’actuel acharnement de certains collectifs dits féministes à faire annuler les concerts de Cantat, notamment. Rien dans son œuvre ne justifie cela, depuis les débuts de Noir Désir. Ces organisations seraient mieux inspirées de garder leurs forces et leur énergie pour se pencher sur le cas de certains « artistes » dont les créations offensent ostensiblement l’image de la femme. De sinistre mémoire, on rappellera qu’une chanson d’Orelsan contenant des passages licencieux comme « ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner », poursuivie par cinq mouvements féministes, avait bénéficié de l’indulgence des juges quelques années plus tard au motif de la prescription et de la liberté d’expression. Par contre, où sont les féministes et les politiques quand les rappeurs de Squadra et Landy chantent en 2017: « bitch, je veux pas déclarer mes sentiments, tu vas fermer ta gueule et tu vas sucer gentiment […] Fais des jumeaux à une blonde, t’as deux cons qui naissent » dans « En bas de chez moi » (18 millions de vues YouTube depuis août dernier) ?… D’autres rappeurs notoires, comme Booba ou Black M, se sont illustrés par leurs paroles violentes, sexistes, misogynes. Mais Cantat cristallise tellement d’hostilité par son acte impardonnable commis en 2003 qu’il est devenu une proie médiatique facile : se frotter à lui en bande organisée, c’est la garantie de s’offrir une pub à moindre frais sur la place publique, par l’effet repoussoir.

En outre, puisqu’on navigue en pleine poésie, notons que dans un projet de Préface aux Fleurs du Mal, Baudelaire écrivait : « Ce n’est pas pour mes femmes, mes filles ou mes sœurs que ce livre a été écrit ; non plus que pour les femmes, les filles ou les sœurs de mon voisin. Je laisse cette fonction à ceux qui ont intérêt à confondre les bonnes actions avec le beau langage. […] Il m’a paru plaisant, et d’autant plus agréable que la tâche était plus difficile, d’extraire la beauté du Mal. Ce livre, essentiellement inutile et absolument innocent, n’a pas été fait dans un autre but que de me divertir et d’exercer mon goût passionné de l’obstacle. »

Tout un programme qui résume quelque part l’intérêt, l’essence, d’un disque comme celui de Bertrand Cantat. Merci Charlie.

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Arnaud Beltrame, la France qui résiste

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Arnaud Beltrame, en 2013. SIPA. AP22181749_000031

Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame est mort. L’officier supérieur de la gendarmerie s’était proposé comme otage pour sauver une femme séquestrée par le terroriste de Trèbes (Aude). Par son sacrifice, il incarne une France: celle qui ne renonce pas. 


Une nouvelle fois, ce vendredi 23 mars à Carcassonne et à Trèbes, la France a été frappée en plein cœur par les assauts de l’islamisme meurtrier. Une nouvelle fois, des vies ont été confisquées dans le sang au cri de « Allah Akbar ». Avoir battu Daech sur le terrain iraqo-syrien ne signifie certainement pas avoir réglé le problème de la prolifération idéologique de l’islamisme, bien au contraire.

A lire aussi: Pour vaincre l’islamisme, détruire Daech ne suffit pas

Dans ce deuil sans cesse renouvelé, la France s’est pourtant aussi redécouvert un visage de grandeur et de bravoure. La France qui se bat, la France qui résiste s’est retrouvée incarnée tout entière dans la personne du lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, et ce visage-là, au milieu du sang et des larmes, a fait beaucoup de bien. Par son acte héroïque, en se substituant volontairement à l’une des otages du tueur, il a rappelé, dans l’évidence du geste, ce que signifie servir et protéger. Servir l’intérêt général, la communauté nationale, et non pas être au service de soi-même ou d’une communauté au détriment des autres. Protéger, avoir le sens mûr et adulte des responsabilités. Surtout : être capable, face à des fous animés par la pulsion de mort, d’affirmer que de la mort, s’il faut en passer par là, on n’a pas peur. En tout cas, qu’on en a moins peur que de perdre son honneur et le sens des valeurs que l’on défend et qui nous dépassent. Car c’est bien la notion de sacrifice à laquelle ce geste nous a tous confrontés, avec stupeur et admiration, comme si nous l’avions un peu oubliée, comme si c’était un peu désuet et réservé à Verdun ou au plateau des Glières…

Ce n’est pas la police qui tue

Des héros, pourtant, la France qui résiste en compte beaucoup, depuis quelques années, des dessinateurs de Charlie Hebdo au couple de policiers Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, tués chez eux, du policier Xavier Jugelé abattu sur les Champs Elysées au jeune rescapé Lassana Bathily qui protégea des clients de l’Hyper Cacher, des militaires abattus par Mohamed Merah à toutes les nombreuses, trop nombreuses, victimes de l’islamisme dont l’héroïsme d’Arnaud Beltrame porte la voix et le visage.

Il y a la France qui résiste. Et puis il y a l’autre… Celle qui, pendant ce temps, accuse la police d’« assassiner » les citoyens qu’elle protège en réalité, celle qui préfère prendre inlassablement la défense d’un des représentants actifs des Frères musulmans, en la personne de Tariq Ramadan…

On ne peut qu’être frappé, pareillement, par le contraste entre le sacrifice consenti dans l’attaque de Carcassonne et de Trèbes, où des militaires d’une compagnie de CRS ont été préalablement pris pour cibles par le tueur, et les images diffusées la veille de la fin de la manifestation parisienne, débordée par les habituels ultras d’extrême gauche assiégeant de malheureux CRS réduits à l’impuissance, retranchés derrière les palissades de travaux de la colonne de la Bastille, pris pour cibles de gaz et jets divers et attendant prudemment de pouvoir s’extirper de là sans trop d’encombres. Ne l’oublions pas, les débordements en marge des manifestations contre la loi Travail avaient conduit à ce que deux policiers soient attaqués et leur voiture incendiée par des antifascistes aussi désœuvrés qu’enragés.

A lire aussi: Quand Libé publie une tribune « en défense » des incendiaires d’une voiture de police

Hier, le lieutenant-colonel Beltrame a sacrifié sa vie pour sauver les nôtres. Sa mort nous souffle encore un peu plus l’ardente obligation de résister.

Jeff Koons et Anne Hidalgo: c’est le bouquet!

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Jeff Koons avec Anne Hidalgo et l'ambassadrice des Etats-Unis Jane Hartley, lors de la présentation du projet des "Tulips", novembre 2016. ©Michel Euler/AP/SIPA

Anne Hidalgo a accepté d’installer devant le Palais de Tokyo un bouquet de tulipes de 40 tonnes de métal signé Jeff Koons. Censé rendre hommage aux victimes des attentats, ce cadeau que personne ne demandait coûtera plusieurs millions d’euros. Signe que le vent tourne en défaveur de l’art contemporain, les pétitions se multiplient jusque dans le monde de la culture. 


Beaucoup de gens, en début d’année ou après un anniversaire, sont confrontés à ce problème délicat : à qui refourguer les cadeaux non désirés ? C’est un peu la question que se posent les Parisiens depuis que Jeff Koons a annoncé la livraison imminente d’un présent particulièrement encombrant. Compte tenu de son poids d’environ 44 tonnes, il vaut mieux se poser la question à l’avance. Il s’agit d’un gigantesque bouquet de tulipes métalliques en préparation depuis fin 2016. L’artiste a décidé unilatéralement que son œuvre serait installée à la place d’honneur sur le parvis commun du Palais de Tokyo et du musée d’Art moderne de la Ville de Paris. En outre, il précise que son geste est inspiré par le désir sincère de rendre hommage aux victimes des attentats. Maintenant que les choses se précisent, les pétitions et les chroniques hostiles au projet se multiplient. Le Figaro, Libération, Le Monde, Charlie Hebdo, Artension, etc., contribuent à la contestation. On relève les noms de deux anciens ministres de la Culture (Frédéric Mitterrand et Jean-Luc Aillagon), d’un ex-responsable du Palais de Tokyo (Nicolas Bourriaud) et de très nombreuses personnalités.

La patate chaude a été remise à la ministre de la Culture

Les dernières demandes d’autorisation sont actuellement soumises à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui se serait sans doute passée de ce dossier épineux. Elle hésite. On la comprend. Beaucoup d’arguments militent en effet pour un abandon du projet ou, du moins, pour son implantation à un autre endroit.

Tout d’abord, il y a des considérations techniques. Le Bouquet of Tulips de Jeff Koons est extrêmement pesant. Il faudrait faire des travaux de soutènement considérables, dont on ne sait même pas s’ils sont envisageables. Ensuite, il y a la question de l’intégration dans l’environnement haussmannien et Art déco de la colline de Chaillot qui compte de nombreux monuments classés. Beaucoup d’amoureux de Paris s’inquiètent de cette verrue multicolore. Y font curieusement exception les dirigeants des deux musées riverains. En effet, les tulipes, justement par le fait qu’elles détonneraient, pourraient renforcer la visibilité de ces institutions, à la façon d’une grande enseigne. Le responsable du Palais de Tokyo y met cependant moins d’ardeur. On sent que tant qu’à faire d’avoir une enseigne, il aurait aimé en choisir une plus conforme à la vocation expérimentale de son établissement. Quoi qu’il en soit, l’argument de visibilité des musées peine à convaincre en termes d’intérêt général.

La sincérité de Jeff Koons, qui prétend rendre hommage aux victimes des attentats, est mise en doute. En effet, si telles sont réellement les intentions de la star, pourquoi exiger que sa sculpture soit installée dans un lieu aussi prestigieux que dénué de relation avec les drames en question ? Beaucoup d’observateurs ont plutôt l’impression que Jeff Koons utilise un prétexte fallacieux pour prendre position à une place d’honneur dans ce haut lieu de l’art moderne et contemporain. Ceci intervient dans un contexte où aucune de ses œuvres ne figure dans les collections publiques françaises, exception faite d’un travail mineur et ancien à Bordeaux (un meuble à aspirateurs). Les musées français, en effet, ne souhaitaient pas acquérir ses productions à l’époque où ils en avaient encore les moyens.

Près de la moitié du budget d’acquisition du Louvre

L’opération est présentée comme un don désintéressé. Cependant, en matière de don, Jeff Koons n’apporte, en réalité, que l’idée immatérielle des Tulips, idée d’ailleurs déjà utilisée par son auteur dans des projets précédents. L’artiste ne prend pas en charge le plus onéreux, c’est-à-dire la fabrication et l’implantation de l’œuvre. Le coût en est estimé à 3 ou 4 millions d’euros. Le financement serait assuré par un groupe de mécènes dont l’identité est tenue secrète et qui sont réunis par la galerie de l’artiste, Noiremont Art Production. Bien qu’il s’agisse de fonds privés, l’importance de l’enveloppe laisse songeur. Elle représente, en effet, trois fois le budget annuel d’acquisition de l’ensemble des musées de la Ville de Paris et près de la moitié de celui du Louvre. On imagine ce que peuvent en penser certains conservateurs tenus au devoir de réserve. En outre, les sommes concernées ouvrent droit à des réductions d’impôt à hauteur de 60 %, tout du moins pour les mécènes relevant de la fiscalité française. L’État français serait donc indirectement, mais massivement, mis à contribution. Dans ces conditions, il n’est pas illégitime de s’interroger sur une opération dont l’intérêt artistique est largement contesté. Accessoirement, on peut aussi remarquer que les Tulips font tourner une usine en Allemagne et renforcent la notoriété d’un artiste américain. Bref, nombre de Français se sentent un peu placés dans le rôle des idiots utiles.

La joie d’Anne Hidalgo

Beaucoup de plasticiens protestent contre l’acceptation jugée précipitée des Tulips. Des associations de galeries font de même. Le problème est qu’en 2016 la maire de Paris, Anne Hidalgo, a validé l’offre de Jeff Koons avec une candeur stupéfiante, sans consultations, sans appel à projet, comme s’il allait de soi qu’on donne à cet artiste mirifique la place d’honneur. Une conférence de presse festive a été organisée fin 2016 par l’ambassade des États-Unis, très impliquée dans le projet depuis le départ. La maire de Paris, Anne Hidalgo, invitée en vedette américaine, y a exprimé son enthousiasme avec son sourire des jours olympiques. Elle s’est réjouie « que cet immense artiste décide d’offrir à la ville de Paris l’idée originale d’une œuvre monumentale symbolisant la générosité et le partage… » Encore récemment, elle a réaffirmé son soutien aux Tulips en indiquant qu’elle « trouve ça beau ». Est-il donc si évident qu’aucun autre talent ne puisse imaginer quelque chose de valable pour l’entrée du Palais de Tokyo si la transformation de cet endroit est à l’ordre du jour ? Beaucoup d’artistes et de galeries se sont, semble-t-il, sentis blessés et exclus par cette façon de procéder.

Toutes ces objections ne seraient cependant pas grand-chose si un doute ne s’était pas installé quant à l’intérêt artistique du travail de Jeff Koons. Un trouble a en particulier été produit par des conférences que l’artiste a données à Paris ces derniers temps, dans le sillage de sa rétrospective au centre Beaubourg. Fin 2014, l’auteur des Balloon Dog a notamment fait une longue intervention au Collège de France sur sa façon de travailler, intitulée en toute simplicité « La connexion à l’universel ». L’orateur est apparu à cette occasion comme un homme souriant, gentil, optimiste, affable, heureux de sa réussite et désireux de faire partager sa bonne humeur. Il a fait figure de gendre idéal ou de locataire parfait. Cependant, ses propos ont paru étonnamment infantiles. Si on pouvait ressusciter Boucher ou Botticelli pour les écouter, peut-être serait-on également déçu. Il est probablement plus sage de regarder les œuvres que de faire parler les artistes. Toutefois, en ce qui concerne Jeff Koons, l’inconsistance de ses propos colle si bien avec l’inanité de ses œuvres qu’elle a valeur de confirmation.

Un art ludique qui fait figure de caricature du capitalisme

Succédant au pop art, Jeff Koons a produit des créations colorées, drolatiques, gigantesques et clinquantes. Ses réalisations ont surtout un effet d’animation. Une famille de bobos peut dire : « Tiens ! c’est marrant ! Tiens ! c’est dingue ! » Les historiens de l’art contemporain ont essayé de l’intellectualiser, de faire l’exégèse de sa démarche, de lui trouver quelque chose de « duchampien ». Mais cela reste tiré par les cheveux. Les zélateurs les plus habiles plaident dorénavant pour une simplicité assumée. C’est le cas, par exemple, d’Olivier Cena (journaliste à Télérama) qui explique : « On se dit qu’il doit y avoir un truc derrière […], mais, le truc, c’est qu’il n’y a pas de truc ! » Jeff Koons est ludique, et puis c’est tout. Il incarne ce que l’art contemporain a de plus commercial.

Ce n’est pas la première fois qu’une œuvre d’art suscite des polémiques en France. C’est même presque la routine et les choses auraient pu se dérouler de façon habituelle. Classiquement, au premier incident, on dénonce parmi les contestateurs des « catholiques intégristes » ou des individus « proches du Front national », ce qui est parfois effectivement le cas. On s’en émeut. Les déclarations de solidarité pleuvent. Le monde de la culture serre les rangs, tout rentre dans l’ordre, on se congratule, et on constate que les grincheux, loin de perturber la communication, l’ont au contraire dopée. Avec Tulips, on change de scénario. La contestation fuse de tous les horizons politiques, et tout particulièrement de la gauche. Jeff Koons réussit involontairement ce miracle de produire des objets incarnant parfaitement une bonne part de ce qui irrite dans le capitalisme : l’énormité des moyens, l’indigence de la pensée, la mise en place d’un monde ludique, sans parler des petits relents d’impérialisme culturel.

L’affaire Jeff Koons est sans doute un signe des temps. Il y a une trentaine d’années, l’art contemporain était perçu comme subversif par nature. Il paraissait magnifiquement contestataire et presque incontestable. La gauche culturelle le défendait bec et ongles. On était encore dans l’enthousiasme des années Jack Lang. À présent, un doute sérieux s’installe. Pour de nombreux observateurs, l’art dit contemporain est, pour une bonne part, ressenti comme un art financier, un art capitaliste, un art qui a le visage de la spéculation et des stratégies de communication. C’est une arène où des hyper-riches font surtout figure de nouveaux riches.

Les risques de l’art financier

La question qui se pose est de savoir si ça va durer encore longtemps. À défaut de lire dans le marc de café, on peut y réfléchir à la lumière des théories économiques. En effet, si l’art contemporain est en grande partie un art financier, il y a des chances que les théories financières aient quelque chose à nous apprendre à son sujet. Il faut s’intéresser tout particulièrement à celles permettant de comprendre le mécanisme des cycles, c’est-à-dire le fait que des crises interrompent sans prévenir des périodes de croissance régulière.

Hyman Minsky (1919-1996), remis à l’honneur par la crise de 2008, a développé l’idée remarquable d’un « paradoxe de la tranquillité ». Selon cet auteur, c’est dans les phases calmes que s’accumulent petit à petit les facteurs d’instabilité invisible préparant une crise. Plus la tranquillité est longue et sans nuages, plus le réajustement sera important. Le risque vient grosso modo du fait qu’en période propice, nombre d’investisseurs ont trop confiance. Ils se laissent influencer par des éléments d’ordre psychologique tels que l’ambiance favorable, l’opinion des autres, l’effet euphorisant du succès de certains titres. Ils souhaitent participer au mouvement, ils s’endettent, ils veulent profiter de la conjoncture. Ils examinent insuffisamment par eux-mêmes la valeur intrinsèque de leurs acquisitions. En résumé, le cœur du problème tient tout simplement au fait que les acteurs ne réfléchissent pas assez par eux-mêmes.

En ce qui concerne l’art contemporain, il y a certainement des amateurs qui apprécient des artistes comme Jeff Koons pour des raisons sincères et respectables. Cependant, comment ne pas voir que nombre de collectionneurs font surtout confiance à cette sorte de garantie trompeuse que constituent le succès, la cote, la consécration ? Ces collectionneurs ne pensent pas par eux-mêmes. Ils ont cette paresse d’esprit qui pourrait leur faire dire avec Kant : « Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer.  »[tooltips content= »Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les lumières ?, 1784. »]1[/tooltips] C’est évidemment eux qui prolongent la « tranquillité » tout en accroissant les risques de crise à leurs dépens.

Des babioles très onéreuses dont il faut soutenir la cote

En phase de croissance, une catégorie d’intervenants particulièrement typique est celle que certains économistes appellent les « acteurs Ponzi ». Ce terme, pris au sens strict, désigne des comportements frauduleux, mais il peut par extension – et c’est là le plus intéressant – qualifier des activités spéculatives licites. Charles Ponzi (1882-1949) a donné son nom au mécanisme. Il s’agit d’un escroc à l’œuvre dans les années 1920. Il a monté un système de titres aux rendements anormalement alléchants reposant sur l’arrivée massive de nouveaux entrants dont l’apport en capital servait à gonfler artificiellement les dividendes. Ponzi crédibilisait son miroir aux alouettes en instrumentalisant la respectabilité de l’Union postale internationale et, avec elle, celle de l’ensemble des postes du monde. Un système de Ponzi nécessite donc trois composantes : un stratège (ou un escroc), une caution institutionnelle plausible et un afflux continu d’investisseurs crédules qui font gonfler la bulle spéculative. La crise de 2008 a révélé diverses chaînes de Ponzi parfaitement malhonnêtes, notamment celle de Bernard Madoff. Le point qui justifie la généralisation du concept est que les trois ingrédients identifiés ci-dessus peuvent également faire la preuve de leur efficacité en toute légalité.

Dans le cas de Jeff Koons, il est tentant justement de faire le rapprochement avec un système de Ponzi, version licite. Dans le rôle du ou des stratèges, on imagine assez facilement l’artiste-manager, sa galerie de « production » et quelques grands collectionneurs qui ont en portefeuille des pièces dont ils souhaitent soutenir la valeur. C’est probablement le cas de Bernard Arnault, et surtout de François Pinault qui détient quelques babioles de Jeff Koons particulièrement onéreuses. Ensuite, côté caution institutionnelle en France, on trouve l’intervention remarquée de l’artiste-star à Versailles en 2008, ses expositions à Beaubourg (1987 et 2015) et les fameuses Tulips « données » au Palais de Tokyo. Enfin, et c’est le fruit des deux points précédents, le flux de nouveaux entrants est constitué par les mécènes et collectionneurs attendus en renfort, sans parler des innombrables acheteurs de tirages multiples, de produits dérivés et autres sacs Vuitton-Koons.

Le feuilleton Jeff Koons n’est cependant pas fini. Il sera très intéressant à observer, car il est probablement emblématique du destin d’une bonne partie de l’art financier contemporain. Affaire à suivre, donc.