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Prostitution: la gamberge espagnole


De l’autre côté des Pyrénées, pendant que certains élus socialistes menacent les bordels, la droite catholique défend la liberté de se prostituer.


À moins de 40 kilomètres de Perpignan, de nombreux Français s’encanaillent le samedi soir de l’autre côté des Pyrénées, à La Jonquera, un lieu de perdition glauque à peine illuminé par des néons. Ils y font le plein de cigarettes et d’alcool bon marché avant d’aller au bordel. Leurs réjouissances vont-elles durer ? Avec le retour au pouvoir des socialistes espagnols, la question est posée. Il y a encore trois ans, le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) prévoyait d’abolir la prostitution jusqu’à présent tolérée par la loi. Retirée in extremis sous la pression populaire, cette mesure refait aujourd’hui surface dans un certain nombre de communes gérées par la gauche.

En votant un édit qui pénalise la prostitution, la ville de Pinto, au sud de Madrid, a déclenché une polémique d’ampleur nationale. Au cours des débats municipaux de juin dernier, l’élue conservatrice d’opposition Rosa María Ganso a indigné la gauche par ces mots : « Il y a des personnes handicapées qui ont besoin de payer pour accéder à l’amour charnel. Il y a aussi des personnes qui naissent moches et qui n’ont pas la possibilité d’avoir des relations sexuelles sans recourir aux prostituées. Nous ne sommes pas tous blonds, charmants et beaux. » Cet argument houellebecquien a valu un torrent d’injures à la quinquagénaire devenue la cible de Podemos. Divisé entre libertaires défenseurs des travailleurs du sexe et féministes abolitionnistes, le parti frère de La France insoumise a accusé Rosa María Ganso de défendre l’exploitation des femmes et de mépriser ses compatriotes au physique disgracieux.

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Il a fallu la mise au point de la porte-parole du Parti populaire, Isabel Díaz Ayuso, pour que tout le monde sache que Ganso a un enfant handicapé. Las, Podemos ne l’a pas absoute de ses péchés. Un autre argument pourrait couper court au débat : 600 000 prostituées gagnent leur vie en chassant le mâle espagnol, dégageant 3,6 milliards d’euros par an. Grâce à ce marché juteux, la monarchie bourbonienne reste la championne d’Europe du marché du sexe. Olé, olé !

Balance ta côte de porc!

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Dans son savoureux Même les légumes ont un sexe, la journaliste Nathalie Helal explore les liens étroits entre habitudes alimentaires et pratiques sexuelles. En ces temps d’hygiénisme généralisé, les plaisirs des sens suscitent la méfiance coalisée des chasseurs de porc et de calories.


« Dis-moi comment tu manges, je te dirais comment tu aimes » : telle est la promesse de Nathalie Helal dans l’introduction de son livre Même les légumes ont un sexe : petite(s) histoire(s) entremêlée(s) de la nourriture et du sexe (Solar éditions, 2018). Qui n’a jamais cherché à comprendre ce que disent de nous, individuellement et collectivement, nos modes alimentaires et nos pratiques sexuelles ? Chaque jour voit fleurir de nouvelles recettes miracles susceptibles de nous faire atteindre en quelques clics le nirvana gustatif ou le septième ciel, voire les deux à la fois. Et l’état de vertige permanent, accompagné d’attentes démesurées d’un côté et, de l’autre, de la frustration non moins tenace de ne pas savoir cerner nos propres envies, incite à prendre en considération tout effort d’exégèse. Bonne raison pour commencer l’ouvrage de Nathalie Helal par le dernier chapitre, qui analyse l’évolution des comportements alimentaires et sexuels depuis la révolution sexuelle de la fin des années 1960 jusqu’au mouvement #balancetonporc ; il aboutit à une conclusion qu’on ne contestera pas : « Aujourd’hui, plus que jamais, les pulsions sexuelles et alimentaires sont canalisées, catégorisées, quasi déshumanisées, et la pornographie se fait, elle aussi, le reflet de cette société étiquetée à l’extrême. »

L’auteur établit finement un parallèle entre les obsessions des amateurs de MILF (« Mother I’d like to fuck »), de bondage ou de tiny breast et celles des adeptes des innombrables chapelles de la religion de la nutrition ultra sophistiquée et ultra restrictive : les « no gluten », les « no sugar », les vegans et on en passe. Mais si tout est à portée d’ordinateur, l’humain d’aujourd’hui réalise-t-il plus facilement ses fantaisies, sinon ses fantasmes ? Pas sûr. « Que leur chariot soit réel, chargé de nourriture, ou virtuel, rempli de fiches signalétiques d’objets sexuels, les consommateurs ne sont plus acteurs de leurs choix : dindons de la farce consumériste, ils sont tour à tour les macs et les michetons d’un réseau gigantesque, où la publicité est omniprésente. », conclut Nathalie Helal. Libération sexuelle, dites-vous ? Houellebecq n’a pas été le premier à comprendre le cercle vicieux de la recherche toujours plus effrénée de nouvelle chair où elle nous a enfermés, la nouveauté se substituant à l’essence du plaisir. En 1973 déjà, rappelle l’auteur, Marco Ferreri a pointé nos appétits morbides dans La Grande Bouffe.

Reste qu’à l’époque nous nous goinfrions avec insouciance de produits du terroir. La France ne comptait même pas une centaine de supermarchés. Le mot « sida » ne figurait dans aucun dictionnaire. Les filles qui s’adonnaient sans retenue aux ébats charnels ne possédaient pas de blender ou de germinateur de graines. Étions-nous moins narcissiques ? Peut-être l’étions-nous différemment. D’une façon qui permettait de célébrer le corps, sans le transformer en objet de culte. Certes, la réputation hautement aphrodisiaque du chocolat chaud a dû pâlir depuis le temps où Casanova en prenait une tasse chaque matin, de préférence apportée par une jeune fille. Mais la mise en place des sanisettes est survenue seulement en 1980. Elle a freiné une freinant la pratique répandue dans le milieu homosexuel, notamment à Paris et Marseille : « Baptisés “soupeurs”, ou encore “croûtenards” au siècle dernier, ils abandonnaient volontairement des croûtons, les plus souvent rassis et attachés à l’aide d’une ficelle, dans des urinoirs publics, les fameuses vespasiennes. Et les récupéraient le soir pour les consommer avec gourmandise… » Autant dire que l’invention de stimulants érotiques les plus extravagants ne date pas de la publication de 50 nuances de Gray. Nathalie Helal cite un extrait délicieux de Madame Billy, tenancière d’un bordel célèbre, l’hôtel Kleber, situé rue Paul-Valéry : « Un milliardaire hollandais a voulu enterrer chez nous sa vie de garçon. Nous avions commandé chez Maxim’s des plats “humains”. Les jeunes filles étaient étendues sur des plats en argent. Elles avaient du caviar et de la crème au chocolat dans les oreilles et entre les orteils. » Imaginez la vague d’indignation planétaire, si l’évènement avait lieu aujourd’hui. À supposer qu’il y ait eu un chef assez suicidaire pour le préparer.

Lentement mais sûrement, les femmes prennent les commandes dans les cuisines étoilées. Une prémisse ? « Dieux et déesses descendus de l’Olympe pour nourrir les mortels de nectar et d’ambroisie, ces chefs, hommes ou femmes, maîtrisent parfaitement leur image. Aussi à l’aise sur un plateau télé que devant un micro, ils véhiculent un érotisme nouveau, mélange de simplicité, d’accessibilité et de convivialité » note Nathalie Helal en spécialiste reconnue de la gastronomie et, elle-même auteur de livres de recettes. Quant aux produits mis en avant dans nos assiettes, ils font l’éloge du naturel, du non transformé, de l’« authentique », à l’instar de ces variétés de tomates « à l’ancienne », qui n’ont subi ni la crise de la vache folle ni la contamination à la dioxine.

Le nouveau puritanisme s’immisce en même temps dans les cuisines et dans les chambres à coucher. En dépit des publicités des sites de rencontres extraconjugales qui tapissent les couloirs du métro parisien, l’infidélité paraît moins acceptable qu’il y a trente ans, tout comme la crème fraîche et les plats en sauce. PÉTA, une association de défense des droits des animaux, a réussi un manège extraordinaire en prêtant à la courgette un effet très positif sur la performance sexuelle par le biais d’une campagne publicitaire qui montre des hommes dotés d’attributs végétaux de taille XXL réunis sous le slogan, « Restez fermes et frais. Augmentez votre endurance sexuelle. Allez les vegan ! ». Dire que le porc n’a plus la côte, c’est peu dire. On a commencé par l’expulser avec dégoût de nos casseroles pour finir par l’effacer de notre espace vital : « Cousin mal aimé, humilié et toujours rejeté, il est méprisé pour sa voracité. Or, dévorer sans pouvoir maîtriser sa gourmandise, c’est aller à contre-courant de l’idéologie ambiante du « bien dans son corps”. C’est manger “comme un cochon”, se nourrir salement, en se tachant soi-même ainsi que la nappe, en laissant plein de déchets autour de l’assiette. Mais aussi, manger gloutonnement, énormément et vite. » Bienvenu dans le plus hygiénique des mondes.

Nathalie Helal, Même les légumes ont un sexe : petite(s) histoire(s) entremêlée(s) de la nourriture et du sexe, Solar éditions, 2018.

Même les légumes ont un sexe

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Les Louane éplorées de notre temps auraient besoin d’un John Wayne

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John Wayne n’est pas mort. Et quand bien même il l’aurait été, Roland Jaccard l’aurait ressuscité (3/6).


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Au café, Jennifer me raconte que Louane, son idole, a vécu des ruptures difficiles, mais qu’elle a toujours essayé d’aller de l’avant. J’approuve, bien sûr. Il faut toujours approuver les filles de vingt ans. « Oui, ajoute-t-elle,  elle s’est fait larguer plein de fois, mais elle a toujours réagi comme moi en se disant ‘Quel con !’ » J’approuve encore. Jennifer me dit que pour se changer les idées, Louane sort les pots de glace et regarde Love Actually. Mais quand on a un chagrin d’amour ça ne suffit pas. La seule solution, c’est le temps. Mais c’est trop long. Nous on appartient à une génération qui n’a pas le temps de vivre des chagrins d’amour. On n’a pas le temps de se laisser mourir deux semaines sur un canapé en regardant Netflix. Alors, intrigué je lui demande : « Vous faites quoi ? » Elle me regarde droit dans les yeux : « C’est pas compliqué : on cesse de se morfondre et on refait surface. Généralement, c’est deux semaines de léthargie. Après, on recommence à prendre une douche, puis à manger. On a perdu quelques kilos : c’est chouette ! »

Pas de quoi faire un film sentimental, même français, me suis-je dit. Où est passé François Truffaut ? Tiens, j’y songe : il n’y a jamais de chagrins d’amour chez Godard. Louane lui aurait plu. J’entends d’ici les ricanements de John Wayne.

D’une Lou l’autre

Louise Brooks, elle, avait la conviction que sa carrière s’arrêterait en 1938. Ce fut le cas. Celle de John Wayne n’avait pas encore débuté. Elle patinait dans des westerns de série B (il en avait tourné quatre-vingts) jusqu’à ce qu’il rencontre Louise sur le tournage de  Overland Stage Riders. Ils avaient à peu près le même âge. Mais les filles ont toujours une longueur d’avance et les garçons un train de retard. John Wayne allait encore en rater de nombreux, avant de devenir une star dans le ciel hollywoodien. Louise Brooks, elle, se préparait à une déchéance sans fin. La nature n’est pas très généreuse avec les femmes. Elle fut particulièrement cruelle avec Brooksie la stérile.

Louise Brooks avait grandi au Texas où elle avait connu de vrais cow-boys ivrognes et débauchés qui sortaient leur revolver pour un oui ou  pour un non.  L’idée de tourner dans un western typiquement hollywoodien l’écœurait. Elle exécrait le toc. Mais quand George Sherman, le réalisateur de Overland Stage Raiders, lui présenta John Wayne et qu’elle leva ses yeux vers lui qui mesurait plus d’un mètre quatre-vingt-quinze, elle reconnut aussitôt le héros de toute une mythologie à laquelle, miraculeusement, il donnait vie. Pour l’intimider, il lui fit une démonstration de tir au colt 45, faisant voler l’une après l’autre des pièces d’un dollar posées à cinquante pas sur les branches d’un arbre. Louise avait enfin trouvé un vrai cow-boy : grand, sexy et doué d’un puissant magnétisme. Et capable de dire sans bomber le torse : « Quand on rencontre une fille, les ennuis commencent… »

John Wayne, « un être parfaitement beau »

Ce ne furent pas des ennuis, mais une catastrophe. Ni Louise Brooks, ni John Wayne ne parvinrent à sauver le film, raté du début jusqu’à la fin. Louise adorait Wayne, mais elle ne supporta pas l’humiliation de tourner cette daube bourrée de tous les clichés sur les cow-boys et les westerns. Overland Stage Raiders fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Elle ne tourna plus aucun autre film. Dix ans plus tard, avec La Rivière rouge de Howard Hawks, John Wayne s’impose enfin. Certes, ce n’est pas encore La prisonnière du désert, ni Rio Bravo. La consécration aura tardé à venir, comme si Wayne avait gardé ses chefs d’œuvre, Le dernier des géants notamment, pour la fin, alors que Louise Brooks avait tout donné dès sa rencontre avec Pabst, à vingt ans, demeurant à jamais une fille perdue.

Retirée à Rochester, elle écrira dans ses Mémoires : « Au cours des treize ans que j’ai passés dans le monde du cinéma, j’ai étudié la façon dont les stars qui régnaient à Hollywood exerçaient leur pouvoir. Le premier objet de mon étude fut la reine Gloria Swanson, qui malmenait les gens comme si elle leur lançait des quilles. La deuxième fut le roi Clark Gable, qui portait sa couronne d’une manière humoristique, comme s’il s’en excusait. Mais à présent, voilà que je me trouvais pour la première fois devant un duc qui était né pour régner. En fait, John Wayne correspondait à la définition que Henry James a donnée de la plus grande des œuvres d’art : un être parfaitement beau. »

Ce n’est pas un hasard si John Wayne, de son vrai nom Marion Morrison, fils d’un pharmacien irlandais, a été surnommé « The Duke ». Son chien, lui, s’appelait : « Little Duke ».

Rio Bravo

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Penseurs et Tueurs

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Pour la gauche suisse, dénoncer le trafic de drogue c’est raciste!

Fernand Melgar est un cinéaste suisse adulé par les médias et les politiques. Il doit sa réputation irréprochable à deux documentaires – La Forteresse (2008) et Vol spécial (2011) – portant sur la situation des demandeurs d’asile en Suisse et les conditions de renvoi des requérants déboutés. Des œuvres courageuses et engagées, comme on dit dans les journaux de gauche, au Festival de Locarno et sur les plateaux de télévision qui n’ont longtemps eu d’yeux que pour le documentariste. Jusqu’au drame. Un beau jour, Melgar a commis une grosse erreur, pour ne pas dire un dérapage.Exaspéré par la prolifération de dealers arrivés d’Afrique de l’Ouest dans les rues de Lausanne, il interpelle les autorités en publiant sur Facebook des photos de trafiquants de drogue postés devant les écoles de son quartier.


Si sa publication a été partagée plus de 9 000 fois et saluée par des milliers d’internautes, sa tribune dans le quotidien 24 heures a été beaucoup moins appréciée par le camp progressiste. Sa faute ? Avoir écrit ces lignes : « Des familles quittent avec raison mon quartier de peur que leur enfant soit piégé […] dans l’enfer de la drogue. Ou que des mineures échangent des faveurs sexuelles contre une dose. […] Pour chaque adolescent mort d’overdose, la Municipalité de Lausanne ne devrait-elle pas être poursuivie pour homicide par négligence ? » Que n’avait-il fait là ! Un chorégraphe genevois menace de lui casser la gueule, les antifas locaux crient au fascisme et le menacent, des dealers le reconnaissent dans la rue et le coursent après lui avoir promis les pires représailles. Et cela ne s’arrête pas là.

Deux cent trente représentants du monde du cinéma se désolidarisent publiquement de leur confrère dans une lettre ouverte où ils l’accusent d’attiser la « colère populaire ». Pire, alors qu’à la rentrée prochaine, il devait assurer un cours au sein de la Haute École d’art et de design de Genève, des élèves se mobilisent jusqu’à lui faire jeter l’éponge. À gauche, seul l’ancien maire écologiste de Genève, Patrice Mugny, l’a publiquement soutenu contre l’opprobre de son camp. « Les pauvres ne sont pas tous gentils et/ou victimes », explique l’homme politique. Les riches progressistes non plus.

Et la nouvelle miss Camping s’appelle…

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On ne dira jamais assez combien la beauté est très inéquitablement distribuée sur Terre. Alors que l’intelligence, si surfaite, est à la portée de n’importe quel « chien coiffé » selon l’expression qu’employait jadis mon père pour qualifier indifféremment un parvenu, un goujat, un prétentieux ou un emmerdeur. Les gens intelligents courent les rues, ils encombrent le poste de télé ou les administrations. Personne n’est à l’abri de leur pouvoir de nuisance. Ils sont partout comme le douanier de Fernand Raynaud, une race bavarde, sentencieuse et irritante.

Posséder quelques diplômes et un avis sur tout est une qualité bien commune de nos jours. S’ils n’étaient pas si nombreux, on pourrait les ignorer. Mais ce phénomène dit du « boulard » ou du « sombrero » semble inéluctable comme l’abstention aux élections et l’épilation intégrale au laser. Quand arrivent les mois de juillet et d’août, on souffle enfin.

C’est l’amour à la plage…

Les vraies valeurs reprennent possession des êtres. Les hiérarchies immuables explosent aux yeux. L’été, les rapports humains ne sont plus soumis aux fadaises du diplôme, du poste élevé, du vernis social, de toute cette mascarade pyramidale. Tout ça éclabousse. Tout ça s’écrase comme un château de sable. Il ne reste plus qu’un critère essentiel et fondamental : la beauté des corps huilés.

A lire aussi: Laissez-moi manger des barbecues tout l’été! – Les plaisirs coupables (1/9)

En dehors de votre aspect visuel, vous n’existez pas sur la plage. Anonymes, vous redevenez poussière. Toutes ces intelligences qui ont péroré l’année durant doivent affronter le regard des autres et, par chance, se taire. Pour une fois, les mots leur manquent, leurs abdos parlent pour eux. Ce qu’ils nous disent n’est pas joli à entendre. Les Anciens, Grecs, Romains, Étrusques et Alain Bernardin l’avaient compris. Ils plaçaient la beauté au sommet de leur échelle personnelle. Ils la chérissaient et la vénéraient comme un cadeau venu du ciel. Un bien aussi précieux qui avait le goût d’une promesse d’éternité. La beauté nous dépasse et nous foudroie par sa fulgurance. À côté, l’intelligence paraît une chose sans intérêt, tellement banale et futile. Cette aristocratie des corps presque parfaits est injuste par nature et suffocante par essence. Elle irradie et désespère à la fois. Implacable, elle ne demande aucune justification. Elle ne s’analyse pas. Elle impose une tyrannie douce dans laquelle hommes et femmes plongent sans discernement.

Vive la dictature de la beauté!

Lorsque les peaux brunissent et les vêtements s’allègent, les belles filles déploient enfin leur magistère moral et esthétique. Il était temps. Cette dictature-là a des effets euphorisants sur l’ensemble de la population. Durant de longs mois, les créatures se cachent. Elles ont peur d’afficher leur équilibre, leur courbe, leur sensualité et leur incompressible désir de vivre. Elles sont brimées par un système qui ne reconnaît que le rationnel et l’esprit de sérieux. Pour sortir dans l’espace public, elles doivent masquer leurs attributs, gommer une rondeur équivoque, recouvrir une parcelle intime, en un mot, se trahir, donc, nous mentir. Une belle fille qui n’éprouve aucune honte à se montrer nous donne un formidable signe d’espoir. Une leçon de courage, voire d’héroïsme.

Le Panthéon n’est pas loin ! Elle formule ce rêve fou d’accepter son physique et de le partager comme un don pieux. Sans chichis tout en se gavant de chouchous. Comme si la vérité et la pureté existaient encore dans ce bas monde. Alléluia ! L’été, le port du maillot deux pièces, il va sans dire, laisse peu de place à la contradiction. Son minimalisme est un nouvel existentialisme. Une foi joyeuse dans une humanité légèrement déshabillée emplit les hommes en slip de bain qui manquent de repères. Cette beauté mérite louanges et poèmes, concours et émulation, anisades et crustacés. L’élection d’une Miss Camping n’est pas cet évènement ridicule qui fait rire les précieux et reluire les libidineux. Avec la beauté aveuglante, les intelligents deviennent triviaux et les vulgaires sombrent dans l’atroce caricature. Tous ces jaloux sont désemparés devant un spectacle aussi naïf que sain, aussi léger que pénétrant. Les beaux esprits si intransigeants perdent leurs moyens quand ils sont face à une femme libre, heureuse, épanouie, marchant dignement sur une estrade, le cœur léger et la poitrine gonflée, sans peur des moqueries et des sarcasmes. L’ironie ne les tuera pas.

A lire aussi: Dis-moi comment tu prends l’apéro, je te dirai qui tu es – Les plaisirs coupables (2/9)

Miss des stations populaires

Protégeons-les de tous les fanatismes ! Elles croient dans une nation éclairée où le bikini est une avancée sociale, où la République ne se couche sur ses principes fondateurs. Complètement épanouies, elles bravent les misérables interdits qui emprisonnent notre quotidien. Le public apprécie cette élégance-là. Il salue cette dignité et cette audace de se mouvoir, marques de bronzage à l’assaut des raideurs spirituelles. Il les remercie pour cet acte désintéressé au cœur de l’été. Entendons-nous bien sur la signification de cette beauté des vacances, celle qui s’exprime au Pyla, à Collioure, Sanary ou Perros-Guirec, c’est une forme de beauté spécifique, franche, pas du tout évaporée comme elle s’étale habituellement dans les beaux quartiers ou les médias. Une beauté qui donne confiance, qui ne snobe pas, qui ne juge pas hâtivement, qui a la tête haute et le sourire entraînant. Une Samantha Fox employée de la Poste ou une Sabrina secrétaire de Mairie, ce sont les nouvelles Mariannes des côtes françaises. Les filles de Lui photographiées par Jean-Pierre Bourgeois aux Seychelles ou aux Bahamas avaient cet indéfinissable grain de peau. Elles portaient des noms simples et charmants qui respiraient la province : Laurence, Nathalie, Agnès, Katy ou Sandra.

Vermeer balnéaire

La miss Camping et sa lointaine cousine, la désirable et non moins mystérieuse cagole de la Méditerranée, dévoilent leur bonne santé et leur humeur taquine sans faux-semblants. Bien dans son corps et dans sa tête, cette amazone des bords de mer ose se présenter devant un public en petite tenue. Quelle abnégation ! On dirait un tableau de Géricault à l’heure de l’apéro, un Vermeer balnéaire. La principale caractéristique de cette miss des stations populaires est ce qu’on appelle le sex-appeal, qui se situe, à la juste limite, entre l’érotisme et la sensualité. Un savoir-être très français. Une éducation particulière. Dans une frontière marécageuse où le corps envoie des signaux forts sans pour autant outrager, sans tomber dans le salace. Ces admirables Miss Camping au bronzage plus ou moins zébré sont les sucres d’orge des vacances. Elles sauvent un séjour pluvieux à Quiberon ou une quinzaine venteuse à Lacanau. On attend leur venue comme celle du facteur. Elles rythment les soirées. Elles cristallisent les passions de la buvette. Elles sont un rayon de soleil dans une actualité pour le moins nébuleuse. Elles anéantissent tous les débats dérisoires sur le déficit public ou les grèves à la SNCF.

Leurs défauts sont des atouts

Avec elles, les paris entre amis n’ont pas l’aspect minable des tables de jeux, on mise sur cette infirmière de Caen parce qu’elle possède une légère cicatrice à la naissance d’un sein. Chez elles, les défauts sont des atouts. Leurs blessures, nos tendresses. De retour dans nos villes et nos tristes banlieues, elles continueront de hanter nos nuits. Leur délicat souvenir viendra atténuer le désarroi de la rentrée. Hugh Hefner, en créant la mythologie de la « girl next door », ne s’y était pas trompé. Ces filles-là ne sont pas irréelles, elles ne singent pas l’envie comme les mannequins des magazines, elles incarnent une France sans tabous. Une France grande et ouverte, débarrassée de toutes ses craintes absurdes.

Un été en mauvais état sous McCaron

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Ma désirable cousine, vous vous souvenez du portrait que je vous fis du jeune Heudebert McCaron, auquel je prédisais un destin chatoyant. Il promenait, alors, une candeur effrontée parmi les petits seigneurs, qui faisaient à Gouda Ier un cortège de servilité. Comme vous le savez, Gouda, ahuri de nullité, trahi par ceux-là même qu’il avait comblé d’emplois et de prébendes, n’osa pas briguer une seconde fois le trône, qu’il avait si mal occupé. À l’issue d’une campagne riche en rebondissements, dont je veux vous entretenir ici brièvement, McCaron se détacha du lot et monta sur le trône. Il est donc notre roi. Je m’en suis réjoui immédiatement. Mais revenons un peu à l’origine de ces choses.

Durant la bataille pour le trône – lequel se dérobait depuis longtemps sous l’arrière-train de Gouda – on vit des troisièmes lames de comédie bouffonne, qui prospéraient dans l’humidité des clans, aussi prompts à signer des pactes qu’à les rompre, d’insignifiantes excellences enfin, éprouver l’audace de s’imaginer en César. C’est ainsi que Vincezo Pailloné se donna ce ridicule : ancien ministre des écoles, professeur de philosophie chez les Hélvètes, il levait haut le menton, fixait l’horizon de sa gloire et n’avançait qu’en se précédant. Sur les estrades électorales, il prononçait des discours qu’il croyait déjà gravés dans le marbre ; ce n’était qu’amphigouris de tréteaux burlesques. Il a disparu, et personne, depuis, n’a requis sa présence… Il y eut encore l’impayable Aristide Hanon, ancien ministre des Écoles, un partageux aigre, qui n’eut de cesse de vilipender le règne de Gouda, mais fit une révérence, après l’avoir harcelé de lazzis, devant Gabriel Neuve-Caste, afin d’obtenir son assistance. Il épiçait ses propos tantôt de poudre extrême, tantôt de flocons raisonnables, et, finalement, il acheva sa petite course comme un vieux jeune homme d’appareil politicien. Les derniers mois du règne de Gouda Ier, incarnés par Valstar – un rodomont auquel ses poses avantageuses d’hidalgo cambré, ses rugissements à la chambre, et sa fière allure de torero sans arène, avaient mérité le surnom, attribué par les dames, de « Bovalseur » -, puis par Gabriel de Neuve-Caste, ancien ministre de la police, fort habile homme au demeurant et d’un commerce plaisant, me furent un supplice. Dans ces conditions, le météore McCaron traversa le ciel de France et s’installa sur le trône.

Vous le savez, délicieuse cousine, j’ai accueilli l’élection de notre jeune roi avec un soulagement vrai, et j’ai fondé sur ce prince virevoltant, supérieurement doué dans les choses de l’esprit, un espoir de renouveau, que, pour notre pays accablé, j’appelais de mes vœux. Nous sortions de cinq années d’une épouvante morne, qu’avaient engendrée l’alliance entre la crasseuse nullité du parti des partageux, et la médiocrité de l’effarant Gouda. J’ai trop souvent vilipendé la camarilla de cyniques et d’idéologues, qui conduisait le Parti partageux, pour ne pas avoir ressenti une joie mauvaise au spectacle de sa déconfiture, inéluctable d’ailleurs, mais trop lente à mon goût. Ces talons rouges, qui prétendaient défendre les intérêts des plus pauvres, poussaient quelquefois la vanité jusqu’à ne pas même souffrir que leur ombre les dépassât !

Tout souriait au jeune souverain, qui rétablit promptement, et avec quelle aisance ! notre prestige et notre autorité dans le monde connu :  en Europe, auprès de nos voisins, aux États Unis d’Amérique, conduits par l’épastrouillant Winiford Trompette, et jusqu’aux contreforts de l’Oural, dans la vaste Russie où l’énigmatique et redouté Vladimir Duréchine étend son administration. Par surcroît, notre vieux royaume recru d’épreuves retrouvait l’envie et la satisfaction d’étonner les peuples. La grâce de ce prince charmant, son brio, réconciliaient la France avec la place d’honneur, celle de l’intelligence des êtres et des choses, qui lui revient naturellement.

Mais un scandale vient d’éclater à Paris, et le trône de McCaron vacille. Entendez à présent ce récit : son origine se trouve dans le rôle, au palais, d’un certain Alexeief Benattila, parfaitement inconnu du peuple. Voici l’histoire : des groupe émeutiers, au 1er mai dernier, se répandaient dans les rues parisiennes. Pris d’une fureur sacrée, ce Benattila, revêtu indûment de quelques-uns des attributs de la fonction policière, se précipita sur deux trublions, les malmena, les jeta à terre, puis les remit aux forces de l’ordre. Il paraissait agir comme une chaussure ferrée au milieu des chaussettes à clous, comme un commissaire avec les hommes du rang. Certes, mais il n’est point policier ! Qui donc est-il ?
L’opposition s’est immédiatement emparée de l’affaire. Les gazettes ont rempli leurs colonnes. Les rumeurs, les information, les bruits circulèrent. On apprit que ce garçon appartenait au premier cercle de McCaron, et qu’il était même le protégé du couple royal. Sa Majesté avait pour lui les yeux, sinon de Patrocle pour Achille, du moins d’un monarque attendri dès que paraît devant lui le plus dévoué de ses serviteurs. Flatté par le dévouement qu’il démontrait, il sortit du lot cet homme au torse de lutteur forain, qui vit tantôt ses privilèges s’agrandir : attaché désormais à la maison royale, on lui fournit des laquais en livrée, un phaéton à deux roues, élégant et rapide, et son attelage complet, un superbe logis dans une luxueuse dépendance royale, des émoluments élevés. Un favori comblé de ces faveurs, qui démontre en tous lieux des mœurs aussi rudes, ne mérite-t-il pas le surnom de Pompadur ?

Jusqu’où serait-il allé ? Les langues se délient. Il était craint : on voyait au-dessus de lui le portrait de McCaron. Les fonctionnaires, qu’il tançait comme le prince de Conti ses palefreniers, n’osaient le contredire. Et l’on rapporte que des gradés de la police redoutaient les effets de sa rancune. L’homme imposait-il son autorité par la peur ? Ne pouvait-il pas, sur une simple confidence à Jupiter, dont il avait l’oreille, faire donner la foudre contre ceux qui lui avaient manqué ? Jusqu’où serait-il allé, alors que les grilles des ministères s’ouvraient devant lui, que les courtisans se courbaient quand ils le croisaient, que beaucoup voyaient dans ce personnage qu’ils pressentaient considérable une troublante et dangereuse énigme ? Il œuvrait pour McCaron, ne connaissait que lui, ne répondait de ses actes que devant lui, mais en répondait-il ? Oui, décidément, jusqu’où aurait-il atteint ?
Le ministre de la police, Woldemar Colombin venu, lui aussi, des rangs des Partageux, et pourtant fort éloigné de leurs fumeuses théories, a livré le spectacle étrange d’un égaré devant la Chambre : interrogé par les députés, le maître des pandores, le successeur de Fouché, affirma qu’il ne savait rien. Hélas pour lui, on le crut !
Et l’on s’interroge : ce scandale signe-t-il la fin du pacte que ce jeune souverain paraissait avoir conclu avec la Providence ? Tout lui souriait, il réussissait dans toutes ses entreprises. Avec Benattila, le jour se lève-t-il sur la fin de sa prospérité ? Pour moi, cousine, je ne le regarderai plus avec la sympathie qu’il m’a inspirée. Aujourd’hui, j’observe avec méfiance les manœuvres et les propos de ce chef d’un clan d’hommes de main et de prébendiers, attentif au confort de quelques séides, sourd aux plaintes de son peuple. Cet enfant-roi en mal de divertissements m’est odieux.

Avant de vous quitter, car la malle-poste n’attendra pas, et je veux absolument que ma missive parte ce jour, je vous rapporte un épisode dont je fus le témoin direct. L’autre jour, j’étais au Louvre. Je rêvais, pour la centième fois, devant Le Verrou, de Jean-Honoré Fragonard. On s’est souvent interrogé sur le sens qu’il convenait de donner à cette scène d’intimité amoureuse : s’agit-il des prémisses d’un viol, et l’homme s’enferme-t-il avec sa proie afin d’en abuser plus commodément ? Ou y-a-t-il chez la femme une résistance de pure forme, qui ne serait qu’une affectation de refus ? Par le mouvement de son bras opposant une défense molle, n’exprime-t-elle pas un consentement plus avoué encore que si elle s’abandonnait immédiatement ? Sa reddition sensuelle n’est-elle pas annoncée par sa physionomie et tout le mouvement de son corps, qui épouse le sens même du tableau vers la gauche et glisse déjà de l’huis au lit ? Mais l’homme ne force-t-il pas la résolution de la scène en sa faveur ? Et ce pêne oblong qu’il fait glisser dans la gâche, outre qu’il met les deux personnages à l’abri d’une intrusion, que vient-il plus que suggérer ? Cette porte close, à présent, lui interdit-elle d’échapper au désir de l’homme ou l’autorise-t-elle à y succomber sans craindre d’être dérangée ?
Ce jour-là, une fois de plus, j’imaginai qu’elle ne détestait point sa hâte, qu’ils basculaient de conserve, et qu’ils s’unissaient sans s’être dévêtus, dans le désordre affolant des vêtements troussés, simplement baissés ou à demi ôtés, ainsi qu’il convient aux étreintes furtives – celles que vous préférez, n’est-ce pas chère cousine ? – avec force râles et soupirs !
Je me représentais leurs ébats, lorsque je fus interrompu dans mes troublantes pensées par des cris : un groupe de femmes venait de faire irruption et, se rassemblant devant le tableau, tendait vers lui des poings menaçants.
« L’échafaud pour les violeurs, la corde pour les suborneurs, le bagne pour les autres ! »
Je reconnus celle qui semblait leur chef, une certaine Caroline de Vergelasse. Hargneuse, toujours le verbe haut, la dame tire à vue sur la gente masculine avec la précision meurtrière d’un fusil gras, modèle 1874, qui remplace, désormais, dans nos armées, le fameux chassepot[tooltips content= »Cousine très désirable, la lecture du texte suivant, extrait d’une brochure relative au fusil chassepot, ne manquera ni de vous instruire ni de susciter chez vous d’adorables images, qui vous feront désirer plus ardemment encore ma prochaine visite. Mais jugez par vous-même : « La culasse mobile prend place dans la boite de culasse et contient le mécanisme de fermeture et de mise à feu. Elle est formée du cylindre avec le levier, auquel est relié la tête mobile qui ferme le tonnerre et laisse passer l’aiguille de mise à feu. Une vis arrêtoir permet de limiter son mouvement en arrière. Un joint de caoutchouc – l’obturateur – sert à l’étanchéité. Le dard pousse l’étui à poudre dans le cylindre jusqu’au ressaut. La balle occupe le tronc de cône, qui raccorde la chambre avec l’âme. Pendant le tir les gaz de la poudre brulent et expulsent l’étui à poudre. C’est dans ce but qu’a été aménagée une chambre ardente autour du dard. ».
Ah, délicieuse cousine, j’imagine l’émoi où vous vous trouvez à cet instant précis, découvrant ce dard qui « pousse l’étui à poudre dans le cylindre jusqu’au ressaut », et cette « chambre ardente » où il se plaît tant ! Et que dire de ce « tronc de cône », qui frôle la contrepèterie d’une émouvante obscénité ? Enfin, je sais que vous serez rassurée par ce joint de caoutchouc, garant d’une complète étanchéité… »]1[/tooltips]. Affolée de représentation, elle veut être vue partout et court les réunions publiques. Elle lance à la volée des propos d’une confondante misandrie pour la plus grande joie de son public de bas-bleus. Elle a tôt fait de persuader ces malheureuses, par des exemples navrants, prenant la partie pour le tout, que les hommes sont des phacochères en rut, prêts à bondir sur les femelles jamais consentantes mais soumises par force ou par ruse. Elle fonde ainsi l’affolement et le dégoût de ces malheureuses, qu’elle entretient dans une hostilité jamais lasse, et professe un moralisme de catéchèse laïque, de dame moralisatrice mêlant tous les mâles dans un brouet de calomnies.

Surgirent encore d’autres femmes, conduites, celles-ci, par Catherine de Rochefort, marquise du Der-Nyémétro, et par Erzsebet Dèlhèvy, comtesse de Kòzheur, non moins bruyantes ; mais celles-ci, au contraire des viragos vindicatives menées par la Vergelasse, offraient un spectacle de liesse, d’ironie courtoise, de moquerie gamine qu’elles dirigeaient contre les premières vitupérantes.
Devant les mégères, elles chantèrent à tue-tête une chanson dont je notai le joyeux refrain :
Nous aimons bien les hommes et nous aimons leur vit,
Qui se lève et s’abaisse comme un pont-levis.
Femmes, nos sœurs, n’écoutez pas la Vergelasse !
Car, du membre viril, elle paraît très lasse ;
Hommes, de vous, vraiment, nous ne le sommes pas,
Ne le soyez jamais de nos tendres appâts !

Parmi ces valeureuses, je distinguai une plaisante personne : elle se présenta, avec un fort accent, que je n’identifiai pas :
– Paulina della Migliore, authentique princesse polonaise.
– Pardonnez-moi, mais della Migliore ne sonne pas très polonais.
– Je ne me souviens pas nettement des traits de mon premier mari, un italien, qui eut l’obligeance de s’éloigner avant même que je l’en priasse, mais j’ai conservé son nom. Quant à la Pologne, où je suis née… Mon père m’appelait « Ma princesse » : j’ai gardé le titre.

Cette entrée en matière me plut. Nous fîmes trois pas, afin de nous éloigner du brouhaha, cent pas pour gagner la sortie, et mille pas le long de la Seine. Plus tard, la dame pris mon bras :
« Je ne déteste pas votre conversation. J’ai une loge à l’Opéra, je vous y convie. après le spectacle, nous irons souper au Café de la Paix. ».
Hélas, je suis forcé d’interrompre mon récit, car la malle-poste fait sonner le pavé de ma rue. Je vous rapporterai sur della Migliore, dans ma prochaine lettre, des détails aimables et croustilleux qui vous donneront, entre autres désirs, celui de la rencontrer,
Je suis, de ma cousine, si bien faite pour l’amour et pour l’amitié, le plus fervent adorateur,

Votre cousin

Affaire Benalla: les clowns du président

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Castaner, Roger-Petit, Kohler : l’équipe du président de la République n’en finit pas de se perdre en circonlocutions pour expliquer l’affaire Benalla. Une grande tranche de rigolade pour les vacances qui, cependant, ne saurait se prolonger au-delà. Malheur à la cité dont le prince est un enfant…


Il était très difficile d’égaler la performance de ce grand du rire qu’est Bruno Roger-Petit qui nous a fait son numéro « Joue-la comme Érich Honecker », il y a quelques jours en évoquant « La plus grave sanction donnée à l’Élysée depuis le début de la Ve République ».

Castaner, roi de la vanne

Cela semblait hors d’atteinte, on était dans une qualité une pureté de jeu et de style qui semblait inégalable. Il nous rappelait opportunément qu’entre l’Élysée et le théâtre Marigny, temple de « Au théâtre ce soir » il n’y avait qu’à traverser l’avenue de Marignan.

Lorsque Christophe Castaner entonna son « Avec les Bleus, il portait les bagages », bien sûr, on a ri de bon cœur, et on a applaudi, mais il n’y avait pas le décorum et les beaux costumes de Bruno Roger-Petit.

Mais il y a maintenant, une vraie concurrente, le défi est lancé par Mimi Marchand, qui se jette dans un solo remarquable : « À l’interview d’Alexandre Benalla au Monde, j’étais là absolument par hasard ! Je rapportais les clés d’une location de vacances à Biarritz…» La concurrence est rude pour Bruno Roger-Petit mais il n’a pas dit son dernier mot.

On rit comme des baleines

Le danger c’est que le public a du mal à reprendre son souffle, on commence à avoir mal au ventre tant on rit.

Il faut dire qu’elle a lancé cela alors qu’on sortait à peine de « On a oublié de faire la déclaration de patrimoine des chargés de mission de l’Élysée » où Alexis Kohler était lancé dans la grande tradition du cirque, celle du clown blanc…

On notera au passage que la maison d’en face, de l’autre côté de la place Beauvau, était restée très en retrait avec Gérard Collomb : « Oui, je suis ministre de l’Intérieur ,mais on ne me dit jamais rien, ainsi je ne sais rien du tout ».

Qu’est-ce que tu fais pour les vacances?

On avait eu un sourire, mais franchement on sentait bien qu’on n’était pas dans la grande classe de l’Élysée. La transformation de l’Élysée en un cirque/café-théâtre avec des plaisanteries de plus en plus grasses est-elle un progrès ? On peut s’interroger.

Cette concurrence est délétère, et on voit bien qu’en s’y essayant le président de la République avec « Qu’ils viennent me chercher » et le très attendu « Alexandre Benalla non plus n’est pas mon amant » scie ce que Stéphane Rozès appelle « la verticalité ».

Ça peut plaire pour les vacances, mais les Français pourraient se lasser à la rentrée.

Migrants : l’Italie largue l’Union européenne

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Cela passe inaperçu en France mais l’Italie est « sortie » de l’Union européenne en matière de migrations : son nouveau gouvernement met en œuvre sa propre politique migratoire, déconnectée de Bruxelles. Mieux, elle est implicitement approuvée par le patron de Frontex, l’agence européenne garde-frontières et de garde-côtes, qui se félicite de « la fin de la naïveté » des Européens sur la situation migratoire : son directeur, Fabrice Leggeri a déclaré, début juillet sur CNews, que l’Europe n’avait pas une « obligation unilatérale » en matière de sauvetage en mer et que le difficile compromis sur les migrations, lors du sommet européen des 28 et 29 juin, marquait « un tournant de fermeté européenne […] par rapport à la gestion des migrants » et à « l’exploitation par des groupes criminels de la détresse humaine » qui « d’une certaine manière, prennent en otage moralement l’Europe ». Les 28 ont, eux aussi, appelé les ONG à « ne pas entraver les opérations des garde-côtes libyens ».

L’Italie aide la Libye

Toujours pour le patron de Frontex, si les plateformes de regroupement des migrants sont créées, hors Europe, cela signifiera que « des navires de Frontex ou des navires privés qui sont appelés au secours par les centres de coordination pourront débarquer les personnes sauvées dans le port sûr le plus proche et […] cela peut être des ports non européens ». « Il faudra voir certes concrètement qui met en œuvre ces plateformes et avec quels pays […] mais cela cassera l’automatisme […] consistant à se déclarer en détresse pour appeler des navires qui ramèneront les migrants en Europe. C’est un message fort vis-à-vis des criminels ».

Fabrice Leggeri a notamment indiqué qu’à l’été 2017 Frontex avait « parfois » observé que « des secours en mer étaient organisés par des ONG de façon spontanée, autonome, et pas coordonnée par les autorités publiques ». Ce qui « mettait en danger parfois la sûreté, la vie humaine en mer ».

Par ailleurs, en toute indépendance de Bruxelles, le gouvernement italien a décidé, le 4 juillet, d’offrir 12 vedettes aux garde-côtes libyens pour les aider à mieux lutter contre les tentatives des migrants de rejoindre l’Italie au départ des côtes libyennes. Adoptée sous forme de décret-loi lors d’un Conseil des ministres cette mesure vise, selon un communiqué officiel, «  à renforcer la capacité opérationnelle des autorités côtières libyennes afin de garantir la gestion correcte des dynamiques des phénomènes migratoires », à «  lutter contre le trafic d’êtres humains, sauvegarder la vie humaine en mer et contenir la pression migratoire ». Le gouvernement italien s’occupera également de l’entretien de ces 12 vedettes pendant l’année en cours ainsi que de l’entraînement et de la formation des forces libyennes. Selon le ministère italien des Transports et des Infrastructures, dont dépendent les garde-côtes italiens, le coût total de cette aide est d’environ 2,5 millions d’euros.

A lire aussi: Italie : monnaie européenne, dette nationale

Le nouveau gouvernement italien est disposé à mettre en place à la fois un contrôle hermétique sur ces frontières maritimes (avec sévère répression des passeurs), et des plateformes et couloirs humanitaires dans les pays de départ où les migrants seront regroupés, aidés, et leurs dossiers étudiés.

A ce jour, l’Égypte, la Tunisie et le Maroc ont refusé. Pire, le 23 juillet, la Tunisie ne voulait pas même recevoir le bateau d’une ONG maltaise, chargé d’une quarantaine de migrants africains à bord, bloqués depuis une semaine au large de ses côtes. Toutefois la Libye ou l’Éthiopie commencent à coopérer avec l’Italie. L’Italie appuie les expériences de couloirs humanitaires, fruit d’une collaboration œcuménique entre catholiques et protestants, notamment dans les zones frontalières de la Syrie, de l’Érythrée, du Soudan.

Bruxelles laisse couler

Quant à Bruxelles, elle s’est contentée, en enfreignant sa feuille de route fixée le 28 juin qui lui intimait de trouver des bases de regroupement hors d’Europe, de proposer la création de manière permanente de centres contrôlés en Europe proposés également par le Conseil européen. Mais la France, comme d’ailleurs tous les autres pays, refuse d’accueillir de tels centres, et propose plutôt des centres fermés sur le sol italien, pour éviter les mouvements secondaires de migrants entre différents pays de l’Union.

Quant aux plates-formes imaginées hors-UE, elles devraient être gérées par le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) et l’Organisme des Nations unies chargé des migrations (OIM).

La situation sera critique si les Européens ne parviennent pas à s’accorder rapidement, après l’ultimatum de Rome pour redéfinir le mandat de Sophia, l’opération navale européenne de sauvetage en Méditerranée, sous commandement italien, prolongée jusqu’en décembre. Plusieurs milliers de migrants ont été rapatriés de Libye vers leur pays durant les six premiers mois de 2018, dans le cadre d’un programme de «retour volontaire» mené par l’OIM. A quel prix humain et financier ? Le gouvernement australien, lui,  a organisé une grande politique d’information en direction des pays où on abuse de fantasmes les populations pauvres. Que fait l’Union européenne ?

Quand « Le Parisien » veut faire regretter le Brexit aux Anglais

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La Une du Parisien d’hier veut absolument nous faire croire que « les Anglais se mordent les doigts » d’avoir voté pour le Brexit. Mais à l’intérieur du journal, la vérité est tout autre…


Hier, 26 juillet, Le Parisien nous a offert une analyse de qualité sur un sujet brûlant. Reportage inédit, point de vue innovant, observations inspirées : tout y était pour que le lecteur sorte édifié et grandi du dossier « Brexit, les Anglais s’en mordent les doigts », auxquelles sont consacrées la une et les pages 2 et 3 du quotidien.

Celui-ci a en effet décidé de mander un envoyé spécial à Londres et à Boston pour couvrir l’actualité de ces derniers jours, lesquels ont vu des événements et des conflits importants se produire dans le cadre des négociations sur le Brexit. Démission de David Davis et Boris Johnson, reprise en main des négociations par Theresa May, renouveau de l’idée d’un Brexit « no-deal » (sans accord avec l’Union européenne) : tout cela agite en effet beaucoup la presse et le monde politique britanniques, tout comme les technocrates bruxellois.

Mon Royaume pour douze anglais

Cependant, le journaliste et la rédaction du Parisien avaient décidé que ces informations ne valaient pas la peine d’être disséquées pour le public français, ou si peu. Non, ce qui est intéressant, c’est de savoir que, après avoir voté pour le Brexit, les Anglais – redisons-le – « s’en mordent les doigts ». Et cela nous est démontré par une série d’articles.

Se pose tout d’abord la question des Français installés outre-manche. L’article commence ainsi : « Les Anglais ont le blues, mais le Brexit va-t-il faire revenir les Bleus expatriés ? » Et au vu des réponses – ce qui a certainement surpris l’auteur – une partie d’entre eux est décidée à rester, et même à demander la nationalité britannique pour cela. Il ne manque pas cependant d’insister sur les start-uppers qui décident de rentrer, grâce à la « politique plus accommodante » – nous dit l’un d’entre eux – menée par Emmanuel Macron.

Sans doute déçu, le journaliste s’est ensuite baladé dans les rues de Londres et de Boston, et a tendu le micro à des personnes rencontrées au hasard dans la rue, méthode privilégiée pour « prendre la température » (expression consacrée) de ces deux villes. Et ainsi de titrer : « A Boston, le ‘‘Brexitland’’ en proie au doute », et « A Hackney [quartier londonien], les anti-Brexit résignés ». Douze personnes en tout ont été interrogées, ce qui ne constitue pas exactement une force collective gigantesque. Mais même sur la foi de ces douze personnes, on n’arrive toujours pas à comprendre en quoi « les Anglais s’en mordent les doigts ». Dans le reportage sur Boston, sur les cinq personnes interrogées ayant voté pour le Brexit, seules deux disent qu’elles hésiteraient si c’était à refaire, les autres sont catégoriques et pestent seulement contre l’indécision du gouvernement. Il semblerait que le journaliste n’ait pas réussi à en trouver d’autre pour illustrer son postulat ; c’est sans importance, celui-ci est quand même considéré comme validé. Ainsi, l’édito du dossier peut se conclure par ces mots : « Et les Britanniques s’inquiètent, réalisant peu à peu que ce vote était un saut dans le vide… sans parachute ». Le Royaume-Uni, comme chacun sait, va s’écraser au sol, ayant capricieusement quitté le vaisseau bienheureux de l’Union européenne.

Vous êtes bien sûrs que vous ne voulez pas d’un deuxième référendum ?

De plus, dans le reportage sur Hackney, où les personnes interrogées ont toutes voté contre la sortie de l’Union européenne, seule une se déclare favorable à un nouveau référendum. Nouvelle déception pour le journaliste du Parisien, qui sous-titre « Les électeurs anti-Brexit ont du mal à se ranger à l’idée d’un second référendum ». Tiens donc, les électeurs devaient ainsi « se ranger » à cette idée ? Etait-ce le commandement de la loi, du gouvernement, d’une autorité morale ? Non, seulement celui du Parisien. Car on perçoit l’espoir à peine voilé du journaliste à la fin de l’article principal. Après le seul sous-titre auquel il semble que celui-ci ait droit, « L’idée d’un deuxième référendum », on lit : « Depuis peu resurgit l’idée d’un deuxième référendum. […] Réponse ferme du 10 Downing Street qui a affirmé que cela n’arriverait ‘en aucune circonstance’. Mais prudence. ‘La situation n’a jamais été aussi volatile’, prévient Christian Lequesne ». La plus grande partie de la classe politique et des personnes interrogées est contre un nouveau référendum ? Qu’importe : Le Parisien en fait un sujet central de son papier. Et pour renforcer la vigueur du propos, le maquettiste n’a pas oublié de faire figurer, à cheval sur les deux pages du quotidien, une grande photo d’un militant anti-Brexit brandissant les drapeaux britannique et européen entremêlés et une pancarte où on lit : « Brexit : is it worth it ? » (c’est-à-dire : « Le Brexit : est-ce que ça en vaut la peine ? »).

Contrairement au Parisien, « les Anglais » veulent passer à autre chose

En réalité, ce qui ressort des courtes phrases des Anglais cités par ce reportage, c’est que presque tous, à la fois pro et anti-Brexit, veulent tout sauf remettre en question le vote de 2016. Ce qui est aujourd’hui problématique, c’est l’incertitude quant à la façon dont va se dérouler la sortie de l’Union européenne. Les Anglais n’ont qu’une envie : être fixés pour pouvoir passer à autre chose, et retourner à leurs propres affaires.

Pas de quoi s’étonner de cette tentative poussive du Parisien de présenter les résultats du référendum comme sujets à remise en question. Déjà, juste avant le vote de 2016, le quotidien mettait cette photo peu équivoque à la une :

La Une du "Parisien", 23 juin 2016.
La Une du « Parisien », 23 juin 2016.

Cette dérisoire velléité d’autopersuasion exprime, avec la même fraîcheur qu’il y a deux ans, la dissonance cognitive impossible à surmonter pour les européistes, les empêchant de croire à une « démocratie contre les traités européens ».

Prostitution: la gamberge espagnole

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© D.R.

De l’autre côté des Pyrénées, pendant que certains élus socialistes menacent les bordels, la droite catholique défend la liberté de se prostituer.


À moins de 40 kilomètres de Perpignan, de nombreux Français s’encanaillent le samedi soir de l’autre côté des Pyrénées, à La Jonquera, un lieu de perdition glauque à peine illuminé par des néons. Ils y font le plein de cigarettes et d’alcool bon marché avant d’aller au bordel. Leurs réjouissances vont-elles durer ? Avec le retour au pouvoir des socialistes espagnols, la question est posée. Il y a encore trois ans, le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) prévoyait d’abolir la prostitution jusqu’à présent tolérée par la loi. Retirée in extremis sous la pression populaire, cette mesure refait aujourd’hui surface dans un certain nombre de communes gérées par la gauche.

En votant un édit qui pénalise la prostitution, la ville de Pinto, au sud de Madrid, a déclenché une polémique d’ampleur nationale. Au cours des débats municipaux de juin dernier, l’élue conservatrice d’opposition Rosa María Ganso a indigné la gauche par ces mots : « Il y a des personnes handicapées qui ont besoin de payer pour accéder à l’amour charnel. Il y a aussi des personnes qui naissent moches et qui n’ont pas la possibilité d’avoir des relations sexuelles sans recourir aux prostituées. Nous ne sommes pas tous blonds, charmants et beaux. » Cet argument houellebecquien a valu un torrent d’injures à la quinquagénaire devenue la cible de Podemos. Divisé entre libertaires défenseurs des travailleurs du sexe et féministes abolitionnistes, le parti frère de La France insoumise a accusé Rosa María Ganso de défendre l’exploitation des femmes et de mépriser ses compatriotes au physique disgracieux.

À lire aussi : Prostitution : pas de pitié pour les ratés !

Il a fallu la mise au point de la porte-parole du Parti populaire, Isabel Díaz Ayuso, pour que tout le monde sache que Ganso a un enfant handicapé. Las, Podemos ne l’a pas absoute de ses péchés. Un autre argument pourrait couper court au débat : 600 000 prostituées gagnent leur vie en chassant le mâle espagnol, dégageant 3,6 milliards d’euros par an. Grâce à ce marché juteux, la monarchie bourbonienne reste la championne d’Europe du marché du sexe. Olé, olé !

Balance ta côte de porc!

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nathalie helal grande bouffe
"La grande bouffe", avec André Ferréol et Philippe Noiret.

Dans son savoureux Même les légumes ont un sexe, la journaliste Nathalie Helal explore les liens étroits entre habitudes alimentaires et pratiques sexuelles. En ces temps d’hygiénisme généralisé, les plaisirs des sens suscitent la méfiance coalisée des chasseurs de porc et de calories.


« Dis-moi comment tu manges, je te dirais comment tu aimes » : telle est la promesse de Nathalie Helal dans l’introduction de son livre Même les légumes ont un sexe : petite(s) histoire(s) entremêlée(s) de la nourriture et du sexe (Solar éditions, 2018). Qui n’a jamais cherché à comprendre ce que disent de nous, individuellement et collectivement, nos modes alimentaires et nos pratiques sexuelles ? Chaque jour voit fleurir de nouvelles recettes miracles susceptibles de nous faire atteindre en quelques clics le nirvana gustatif ou le septième ciel, voire les deux à la fois. Et l’état de vertige permanent, accompagné d’attentes démesurées d’un côté et, de l’autre, de la frustration non moins tenace de ne pas savoir cerner nos propres envies, incite à prendre en considération tout effort d’exégèse. Bonne raison pour commencer l’ouvrage de Nathalie Helal par le dernier chapitre, qui analyse l’évolution des comportements alimentaires et sexuels depuis la révolution sexuelle de la fin des années 1960 jusqu’au mouvement #balancetonporc ; il aboutit à une conclusion qu’on ne contestera pas : « Aujourd’hui, plus que jamais, les pulsions sexuelles et alimentaires sont canalisées, catégorisées, quasi déshumanisées, et la pornographie se fait, elle aussi, le reflet de cette société étiquetée à l’extrême. »

L’auteur établit finement un parallèle entre les obsessions des amateurs de MILF (« Mother I’d like to fuck »), de bondage ou de tiny breast et celles des adeptes des innombrables chapelles de la religion de la nutrition ultra sophistiquée et ultra restrictive : les « no gluten », les « no sugar », les vegans et on en passe. Mais si tout est à portée d’ordinateur, l’humain d’aujourd’hui réalise-t-il plus facilement ses fantaisies, sinon ses fantasmes ? Pas sûr. « Que leur chariot soit réel, chargé de nourriture, ou virtuel, rempli de fiches signalétiques d’objets sexuels, les consommateurs ne sont plus acteurs de leurs choix : dindons de la farce consumériste, ils sont tour à tour les macs et les michetons d’un réseau gigantesque, où la publicité est omniprésente. », conclut Nathalie Helal. Libération sexuelle, dites-vous ? Houellebecq n’a pas été le premier à comprendre le cercle vicieux de la recherche toujours plus effrénée de nouvelle chair où elle nous a enfermés, la nouveauté se substituant à l’essence du plaisir. En 1973 déjà, rappelle l’auteur, Marco Ferreri a pointé nos appétits morbides dans La Grande Bouffe.

Reste qu’à l’époque nous nous goinfrions avec insouciance de produits du terroir. La France ne comptait même pas une centaine de supermarchés. Le mot « sida » ne figurait dans aucun dictionnaire. Les filles qui s’adonnaient sans retenue aux ébats charnels ne possédaient pas de blender ou de germinateur de graines. Étions-nous moins narcissiques ? Peut-être l’étions-nous différemment. D’une façon qui permettait de célébrer le corps, sans le transformer en objet de culte. Certes, la réputation hautement aphrodisiaque du chocolat chaud a dû pâlir depuis le temps où Casanova en prenait une tasse chaque matin, de préférence apportée par une jeune fille. Mais la mise en place des sanisettes est survenue seulement en 1980. Elle a freiné une freinant la pratique répandue dans le milieu homosexuel, notamment à Paris et Marseille : « Baptisés “soupeurs”, ou encore “croûtenards” au siècle dernier, ils abandonnaient volontairement des croûtons, les plus souvent rassis et attachés à l’aide d’une ficelle, dans des urinoirs publics, les fameuses vespasiennes. Et les récupéraient le soir pour les consommer avec gourmandise… » Autant dire que l’invention de stimulants érotiques les plus extravagants ne date pas de la publication de 50 nuances de Gray. Nathalie Helal cite un extrait délicieux de Madame Billy, tenancière d’un bordel célèbre, l’hôtel Kleber, situé rue Paul-Valéry : « Un milliardaire hollandais a voulu enterrer chez nous sa vie de garçon. Nous avions commandé chez Maxim’s des plats “humains”. Les jeunes filles étaient étendues sur des plats en argent. Elles avaient du caviar et de la crème au chocolat dans les oreilles et entre les orteils. » Imaginez la vague d’indignation planétaire, si l’évènement avait lieu aujourd’hui. À supposer qu’il y ait eu un chef assez suicidaire pour le préparer.

Lentement mais sûrement, les femmes prennent les commandes dans les cuisines étoilées. Une prémisse ? « Dieux et déesses descendus de l’Olympe pour nourrir les mortels de nectar et d’ambroisie, ces chefs, hommes ou femmes, maîtrisent parfaitement leur image. Aussi à l’aise sur un plateau télé que devant un micro, ils véhiculent un érotisme nouveau, mélange de simplicité, d’accessibilité et de convivialité » note Nathalie Helal en spécialiste reconnue de la gastronomie et, elle-même auteur de livres de recettes. Quant aux produits mis en avant dans nos assiettes, ils font l’éloge du naturel, du non transformé, de l’« authentique », à l’instar de ces variétés de tomates « à l’ancienne », qui n’ont subi ni la crise de la vache folle ni la contamination à la dioxine.

Le nouveau puritanisme s’immisce en même temps dans les cuisines et dans les chambres à coucher. En dépit des publicités des sites de rencontres extraconjugales qui tapissent les couloirs du métro parisien, l’infidélité paraît moins acceptable qu’il y a trente ans, tout comme la crème fraîche et les plats en sauce. PÉTA, une association de défense des droits des animaux, a réussi un manège extraordinaire en prêtant à la courgette un effet très positif sur la performance sexuelle par le biais d’une campagne publicitaire qui montre des hommes dotés d’attributs végétaux de taille XXL réunis sous le slogan, « Restez fermes et frais. Augmentez votre endurance sexuelle. Allez les vegan ! ». Dire que le porc n’a plus la côte, c’est peu dire. On a commencé par l’expulser avec dégoût de nos casseroles pour finir par l’effacer de notre espace vital : « Cousin mal aimé, humilié et toujours rejeté, il est méprisé pour sa voracité. Or, dévorer sans pouvoir maîtriser sa gourmandise, c’est aller à contre-courant de l’idéologie ambiante du « bien dans son corps”. C’est manger “comme un cochon”, se nourrir salement, en se tachant soi-même ainsi que la nappe, en laissant plein de déchets autour de l’assiette. Mais aussi, manger gloutonnement, énormément et vite. » Bienvenu dans le plus hygiénique des mondes.

Nathalie Helal, Même les légumes ont un sexe : petite(s) histoire(s) entremêlée(s) de la nourriture et du sexe, Solar éditions, 2018.

Même les légumes ont un sexe

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Les Louane éplorées de notre temps auraient besoin d’un John Wayne

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John Wayne et Angie Dickinson dans "Rio Bravo" d'Howard Hawks (1959). SIPA. 51424354_000013

John Wayne n’est pas mort. Et quand bien même il l’aurait été, Roland Jaccard l’aurait ressuscité (3/6).


A lire aussi: « J’aime pas John Wayne » – John Wayne n’est pas mort (1/6)

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Au café, Jennifer me raconte que Louane, son idole, a vécu des ruptures difficiles, mais qu’elle a toujours essayé d’aller de l’avant. J’approuve, bien sûr. Il faut toujours approuver les filles de vingt ans. « Oui, ajoute-t-elle,  elle s’est fait larguer plein de fois, mais elle a toujours réagi comme moi en se disant ‘Quel con !’ » J’approuve encore. Jennifer me dit que pour se changer les idées, Louane sort les pots de glace et regarde Love Actually. Mais quand on a un chagrin d’amour ça ne suffit pas. La seule solution, c’est le temps. Mais c’est trop long. Nous on appartient à une génération qui n’a pas le temps de vivre des chagrins d’amour. On n’a pas le temps de se laisser mourir deux semaines sur un canapé en regardant Netflix. Alors, intrigué je lui demande : « Vous faites quoi ? » Elle me regarde droit dans les yeux : « C’est pas compliqué : on cesse de se morfondre et on refait surface. Généralement, c’est deux semaines de léthargie. Après, on recommence à prendre une douche, puis à manger. On a perdu quelques kilos : c’est chouette ! »

Pas de quoi faire un film sentimental, même français, me suis-je dit. Où est passé François Truffaut ? Tiens, j’y songe : il n’y a jamais de chagrins d’amour chez Godard. Louane lui aurait plu. J’entends d’ici les ricanements de John Wayne.

D’une Lou l’autre

Louise Brooks, elle, avait la conviction que sa carrière s’arrêterait en 1938. Ce fut le cas. Celle de John Wayne n’avait pas encore débuté. Elle patinait dans des westerns de série B (il en avait tourné quatre-vingts) jusqu’à ce qu’il rencontre Louise sur le tournage de  Overland Stage Riders. Ils avaient à peu près le même âge. Mais les filles ont toujours une longueur d’avance et les garçons un train de retard. John Wayne allait encore en rater de nombreux, avant de devenir une star dans le ciel hollywoodien. Louise Brooks, elle, se préparait à une déchéance sans fin. La nature n’est pas très généreuse avec les femmes. Elle fut particulièrement cruelle avec Brooksie la stérile.

Louise Brooks avait grandi au Texas où elle avait connu de vrais cow-boys ivrognes et débauchés qui sortaient leur revolver pour un oui ou  pour un non.  L’idée de tourner dans un western typiquement hollywoodien l’écœurait. Elle exécrait le toc. Mais quand George Sherman, le réalisateur de Overland Stage Raiders, lui présenta John Wayne et qu’elle leva ses yeux vers lui qui mesurait plus d’un mètre quatre-vingt-quinze, elle reconnut aussitôt le héros de toute une mythologie à laquelle, miraculeusement, il donnait vie. Pour l’intimider, il lui fit une démonstration de tir au colt 45, faisant voler l’une après l’autre des pièces d’un dollar posées à cinquante pas sur les branches d’un arbre. Louise avait enfin trouvé un vrai cow-boy : grand, sexy et doué d’un puissant magnétisme. Et capable de dire sans bomber le torse : « Quand on rencontre une fille, les ennuis commencent… »

John Wayne, « un être parfaitement beau »

Ce ne furent pas des ennuis, mais une catastrophe. Ni Louise Brooks, ni John Wayne ne parvinrent à sauver le film, raté du début jusqu’à la fin. Louise adorait Wayne, mais elle ne supporta pas l’humiliation de tourner cette daube bourrée de tous les clichés sur les cow-boys et les westerns. Overland Stage Raiders fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Elle ne tourna plus aucun autre film. Dix ans plus tard, avec La Rivière rouge de Howard Hawks, John Wayne s’impose enfin. Certes, ce n’est pas encore La prisonnière du désert, ni Rio Bravo. La consécration aura tardé à venir, comme si Wayne avait gardé ses chefs d’œuvre, Le dernier des géants notamment, pour la fin, alors que Louise Brooks avait tout donné dès sa rencontre avec Pabst, à vingt ans, demeurant à jamais une fille perdue.

Retirée à Rochester, elle écrira dans ses Mémoires : « Au cours des treize ans que j’ai passés dans le monde du cinéma, j’ai étudié la façon dont les stars qui régnaient à Hollywood exerçaient leur pouvoir. Le premier objet de mon étude fut la reine Gloria Swanson, qui malmenait les gens comme si elle leur lançait des quilles. La deuxième fut le roi Clark Gable, qui portait sa couronne d’une manière humoristique, comme s’il s’en excusait. Mais à présent, voilà que je me trouvais pour la première fois devant un duc qui était né pour régner. En fait, John Wayne correspondait à la définition que Henry James a donnée de la plus grande des œuvres d’art : un être parfaitement beau. »

Ce n’est pas un hasard si John Wayne, de son vrai nom Marion Morrison, fils d’un pharmacien irlandais, a été surnommé « The Duke ». Son chien, lui, s’appelait : « Little Duke ».

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Penseurs et Tueurs

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Pour la gauche suisse, dénoncer le trafic de drogue c’est raciste!

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Fernand Melgar © D.R.

Fernand Melgar est un cinéaste suisse adulé par les médias et les politiques. Il doit sa réputation irréprochable à deux documentaires – La Forteresse (2008) et Vol spécial (2011) – portant sur la situation des demandeurs d’asile en Suisse et les conditions de renvoi des requérants déboutés. Des œuvres courageuses et engagées, comme on dit dans les journaux de gauche, au Festival de Locarno et sur les plateaux de télévision qui n’ont longtemps eu d’yeux que pour le documentariste. Jusqu’au drame. Un beau jour, Melgar a commis une grosse erreur, pour ne pas dire un dérapage.Exaspéré par la prolifération de dealers arrivés d’Afrique de l’Ouest dans les rues de Lausanne, il interpelle les autorités en publiant sur Facebook des photos de trafiquants de drogue postés devant les écoles de son quartier.


Si sa publication a été partagée plus de 9 000 fois et saluée par des milliers d’internautes, sa tribune dans le quotidien 24 heures a été beaucoup moins appréciée par le camp progressiste. Sa faute ? Avoir écrit ces lignes : « Des familles quittent avec raison mon quartier de peur que leur enfant soit piégé […] dans l’enfer de la drogue. Ou que des mineures échangent des faveurs sexuelles contre une dose. […] Pour chaque adolescent mort d’overdose, la Municipalité de Lausanne ne devrait-elle pas être poursuivie pour homicide par négligence ? » Que n’avait-il fait là ! Un chorégraphe genevois menace de lui casser la gueule, les antifas locaux crient au fascisme et le menacent, des dealers le reconnaissent dans la rue et le coursent après lui avoir promis les pires représailles. Et cela ne s’arrête pas là.

Deux cent trente représentants du monde du cinéma se désolidarisent publiquement de leur confrère dans une lettre ouverte où ils l’accusent d’attiser la « colère populaire ». Pire, alors qu’à la rentrée prochaine, il devait assurer un cours au sein de la Haute École d’art et de design de Genève, des élèves se mobilisent jusqu’à lui faire jeter l’éponge. À gauche, seul l’ancien maire écologiste de Genève, Patrice Mugny, l’a publiquement soutenu contre l’opprobre de son camp. « Les pauvres ne sont pas tous gentils et/ou victimes », explique l’homme politique. Les riches progressistes non plus.

Et la nouvelle miss Camping s’appelle…

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camping ete hefner
"Les Bronzés".

On ne dira jamais assez combien la beauté est très inéquitablement distribuée sur Terre. Alors que l’intelligence, si surfaite, est à la portée de n’importe quel « chien coiffé » selon l’expression qu’employait jadis mon père pour qualifier indifféremment un parvenu, un goujat, un prétentieux ou un emmerdeur. Les gens intelligents courent les rues, ils encombrent le poste de télé ou les administrations. Personne n’est à l’abri de leur pouvoir de nuisance. Ils sont partout comme le douanier de Fernand Raynaud, une race bavarde, sentencieuse et irritante.

Posséder quelques diplômes et un avis sur tout est une qualité bien commune de nos jours. S’ils n’étaient pas si nombreux, on pourrait les ignorer. Mais ce phénomène dit du « boulard » ou du « sombrero » semble inéluctable comme l’abstention aux élections et l’épilation intégrale au laser. Quand arrivent les mois de juillet et d’août, on souffle enfin.

C’est l’amour à la plage…

Les vraies valeurs reprennent possession des êtres. Les hiérarchies immuables explosent aux yeux. L’été, les rapports humains ne sont plus soumis aux fadaises du diplôme, du poste élevé, du vernis social, de toute cette mascarade pyramidale. Tout ça éclabousse. Tout ça s’écrase comme un château de sable. Il ne reste plus qu’un critère essentiel et fondamental : la beauté des corps huilés.

A lire aussi: Laissez-moi manger des barbecues tout l’été! – Les plaisirs coupables (1/9)

En dehors de votre aspect visuel, vous n’existez pas sur la plage. Anonymes, vous redevenez poussière. Toutes ces intelligences qui ont péroré l’année durant doivent affronter le regard des autres et, par chance, se taire. Pour une fois, les mots leur manquent, leurs abdos parlent pour eux. Ce qu’ils nous disent n’est pas joli à entendre. Les Anciens, Grecs, Romains, Étrusques et Alain Bernardin l’avaient compris. Ils plaçaient la beauté au sommet de leur échelle personnelle. Ils la chérissaient et la vénéraient comme un cadeau venu du ciel. Un bien aussi précieux qui avait le goût d’une promesse d’éternité. La beauté nous dépasse et nous foudroie par sa fulgurance. À côté, l’intelligence paraît une chose sans intérêt, tellement banale et futile. Cette aristocratie des corps presque parfaits est injuste par nature et suffocante par essence. Elle irradie et désespère à la fois. Implacable, elle ne demande aucune justification. Elle ne s’analyse pas. Elle impose une tyrannie douce dans laquelle hommes et femmes plongent sans discernement.

Vive la dictature de la beauté!

Lorsque les peaux brunissent et les vêtements s’allègent, les belles filles déploient enfin leur magistère moral et esthétique. Il était temps. Cette dictature-là a des effets euphorisants sur l’ensemble de la population. Durant de longs mois, les créatures se cachent. Elles ont peur d’afficher leur équilibre, leur courbe, leur sensualité et leur incompressible désir de vivre. Elles sont brimées par un système qui ne reconnaît que le rationnel et l’esprit de sérieux. Pour sortir dans l’espace public, elles doivent masquer leurs attributs, gommer une rondeur équivoque, recouvrir une parcelle intime, en un mot, se trahir, donc, nous mentir. Une belle fille qui n’éprouve aucune honte à se montrer nous donne un formidable signe d’espoir. Une leçon de courage, voire d’héroïsme.

Le Panthéon n’est pas loin ! Elle formule ce rêve fou d’accepter son physique et de le partager comme un don pieux. Sans chichis tout en se gavant de chouchous. Comme si la vérité et la pureté existaient encore dans ce bas monde. Alléluia ! L’été, le port du maillot deux pièces, il va sans dire, laisse peu de place à la contradiction. Son minimalisme est un nouvel existentialisme. Une foi joyeuse dans une humanité légèrement déshabillée emplit les hommes en slip de bain qui manquent de repères. Cette beauté mérite louanges et poèmes, concours et émulation, anisades et crustacés. L’élection d’une Miss Camping n’est pas cet évènement ridicule qui fait rire les précieux et reluire les libidineux. Avec la beauté aveuglante, les intelligents deviennent triviaux et les vulgaires sombrent dans l’atroce caricature. Tous ces jaloux sont désemparés devant un spectacle aussi naïf que sain, aussi léger que pénétrant. Les beaux esprits si intransigeants perdent leurs moyens quand ils sont face à une femme libre, heureuse, épanouie, marchant dignement sur une estrade, le cœur léger et la poitrine gonflée, sans peur des moqueries et des sarcasmes. L’ironie ne les tuera pas.

A lire aussi: Dis-moi comment tu prends l’apéro, je te dirai qui tu es – Les plaisirs coupables (2/9)

Miss des stations populaires

Protégeons-les de tous les fanatismes ! Elles croient dans une nation éclairée où le bikini est une avancée sociale, où la République ne se couche sur ses principes fondateurs. Complètement épanouies, elles bravent les misérables interdits qui emprisonnent notre quotidien. Le public apprécie cette élégance-là. Il salue cette dignité et cette audace de se mouvoir, marques de bronzage à l’assaut des raideurs spirituelles. Il les remercie pour cet acte désintéressé au cœur de l’été. Entendons-nous bien sur la signification de cette beauté des vacances, celle qui s’exprime au Pyla, à Collioure, Sanary ou Perros-Guirec, c’est une forme de beauté spécifique, franche, pas du tout évaporée comme elle s’étale habituellement dans les beaux quartiers ou les médias. Une beauté qui donne confiance, qui ne snobe pas, qui ne juge pas hâtivement, qui a la tête haute et le sourire entraînant. Une Samantha Fox employée de la Poste ou une Sabrina secrétaire de Mairie, ce sont les nouvelles Mariannes des côtes françaises. Les filles de Lui photographiées par Jean-Pierre Bourgeois aux Seychelles ou aux Bahamas avaient cet indéfinissable grain de peau. Elles portaient des noms simples et charmants qui respiraient la province : Laurence, Nathalie, Agnès, Katy ou Sandra.

Vermeer balnéaire

La miss Camping et sa lointaine cousine, la désirable et non moins mystérieuse cagole de la Méditerranée, dévoilent leur bonne santé et leur humeur taquine sans faux-semblants. Bien dans son corps et dans sa tête, cette amazone des bords de mer ose se présenter devant un public en petite tenue. Quelle abnégation ! On dirait un tableau de Géricault à l’heure de l’apéro, un Vermeer balnéaire. La principale caractéristique de cette miss des stations populaires est ce qu’on appelle le sex-appeal, qui se situe, à la juste limite, entre l’érotisme et la sensualité. Un savoir-être très français. Une éducation particulière. Dans une frontière marécageuse où le corps envoie des signaux forts sans pour autant outrager, sans tomber dans le salace. Ces admirables Miss Camping au bronzage plus ou moins zébré sont les sucres d’orge des vacances. Elles sauvent un séjour pluvieux à Quiberon ou une quinzaine venteuse à Lacanau. On attend leur venue comme celle du facteur. Elles rythment les soirées. Elles cristallisent les passions de la buvette. Elles sont un rayon de soleil dans une actualité pour le moins nébuleuse. Elles anéantissent tous les débats dérisoires sur le déficit public ou les grèves à la SNCF.

Leurs défauts sont des atouts

Avec elles, les paris entre amis n’ont pas l’aspect minable des tables de jeux, on mise sur cette infirmière de Caen parce qu’elle possède une légère cicatrice à la naissance d’un sein. Chez elles, les défauts sont des atouts. Leurs blessures, nos tendresses. De retour dans nos villes et nos tristes banlieues, elles continueront de hanter nos nuits. Leur délicat souvenir viendra atténuer le désarroi de la rentrée. Hugh Hefner, en créant la mythologie de la « girl next door », ne s’y était pas trompé. Ces filles-là ne sont pas irréelles, elles ne singent pas l’envie comme les mannequins des magazines, elles incarnent une France sans tabous. Une France grande et ouverte, débarrassée de toutes ses craintes absurdes.

Macron, Lamalattie, Weinstein, etc.

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Un été en mauvais état sous McCaron

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Bal à la cour d’Henri III, école française, 2e moitié du XVIe s. Musée du Louvre.

Ma désirable cousine, vous vous souvenez du portrait que je vous fis du jeune Heudebert McCaron, auquel je prédisais un destin chatoyant. Il promenait, alors, une candeur effrontée parmi les petits seigneurs, qui faisaient à Gouda Ier un cortège de servilité. Comme vous le savez, Gouda, ahuri de nullité, trahi par ceux-là même qu’il avait comblé d’emplois et de prébendes, n’osa pas briguer une seconde fois le trône, qu’il avait si mal occupé. À l’issue d’une campagne riche en rebondissements, dont je veux vous entretenir ici brièvement, McCaron se détacha du lot et monta sur le trône. Il est donc notre roi. Je m’en suis réjoui immédiatement. Mais revenons un peu à l’origine de ces choses.

Durant la bataille pour le trône – lequel se dérobait depuis longtemps sous l’arrière-train de Gouda – on vit des troisièmes lames de comédie bouffonne, qui prospéraient dans l’humidité des clans, aussi prompts à signer des pactes qu’à les rompre, d’insignifiantes excellences enfin, éprouver l’audace de s’imaginer en César. C’est ainsi que Vincezo Pailloné se donna ce ridicule : ancien ministre des écoles, professeur de philosophie chez les Hélvètes, il levait haut le menton, fixait l’horizon de sa gloire et n’avançait qu’en se précédant. Sur les estrades électorales, il prononçait des discours qu’il croyait déjà gravés dans le marbre ; ce n’était qu’amphigouris de tréteaux burlesques. Il a disparu, et personne, depuis, n’a requis sa présence… Il y eut encore l’impayable Aristide Hanon, ancien ministre des Écoles, un partageux aigre, qui n’eut de cesse de vilipender le règne de Gouda, mais fit une révérence, après l’avoir harcelé de lazzis, devant Gabriel Neuve-Caste, afin d’obtenir son assistance. Il épiçait ses propos tantôt de poudre extrême, tantôt de flocons raisonnables, et, finalement, il acheva sa petite course comme un vieux jeune homme d’appareil politicien. Les derniers mois du règne de Gouda Ier, incarnés par Valstar – un rodomont auquel ses poses avantageuses d’hidalgo cambré, ses rugissements à la chambre, et sa fière allure de torero sans arène, avaient mérité le surnom, attribué par les dames, de « Bovalseur » -, puis par Gabriel de Neuve-Caste, ancien ministre de la police, fort habile homme au demeurant et d’un commerce plaisant, me furent un supplice. Dans ces conditions, le météore McCaron traversa le ciel de France et s’installa sur le trône.

Vous le savez, délicieuse cousine, j’ai accueilli l’élection de notre jeune roi avec un soulagement vrai, et j’ai fondé sur ce prince virevoltant, supérieurement doué dans les choses de l’esprit, un espoir de renouveau, que, pour notre pays accablé, j’appelais de mes vœux. Nous sortions de cinq années d’une épouvante morne, qu’avaient engendrée l’alliance entre la crasseuse nullité du parti des partageux, et la médiocrité de l’effarant Gouda. J’ai trop souvent vilipendé la camarilla de cyniques et d’idéologues, qui conduisait le Parti partageux, pour ne pas avoir ressenti une joie mauvaise au spectacle de sa déconfiture, inéluctable d’ailleurs, mais trop lente à mon goût. Ces talons rouges, qui prétendaient défendre les intérêts des plus pauvres, poussaient quelquefois la vanité jusqu’à ne pas même souffrir que leur ombre les dépassât !

Tout souriait au jeune souverain, qui rétablit promptement, et avec quelle aisance ! notre prestige et notre autorité dans le monde connu :  en Europe, auprès de nos voisins, aux États Unis d’Amérique, conduits par l’épastrouillant Winiford Trompette, et jusqu’aux contreforts de l’Oural, dans la vaste Russie où l’énigmatique et redouté Vladimir Duréchine étend son administration. Par surcroît, notre vieux royaume recru d’épreuves retrouvait l’envie et la satisfaction d’étonner les peuples. La grâce de ce prince charmant, son brio, réconciliaient la France avec la place d’honneur, celle de l’intelligence des êtres et des choses, qui lui revient naturellement.

Mais un scandale vient d’éclater à Paris, et le trône de McCaron vacille. Entendez à présent ce récit : son origine se trouve dans le rôle, au palais, d’un certain Alexeief Benattila, parfaitement inconnu du peuple. Voici l’histoire : des groupe émeutiers, au 1er mai dernier, se répandaient dans les rues parisiennes. Pris d’une fureur sacrée, ce Benattila, revêtu indûment de quelques-uns des attributs de la fonction policière, se précipita sur deux trublions, les malmena, les jeta à terre, puis les remit aux forces de l’ordre. Il paraissait agir comme une chaussure ferrée au milieu des chaussettes à clous, comme un commissaire avec les hommes du rang. Certes, mais il n’est point policier ! Qui donc est-il ?
L’opposition s’est immédiatement emparée de l’affaire. Les gazettes ont rempli leurs colonnes. Les rumeurs, les information, les bruits circulèrent. On apprit que ce garçon appartenait au premier cercle de McCaron, et qu’il était même le protégé du couple royal. Sa Majesté avait pour lui les yeux, sinon de Patrocle pour Achille, du moins d’un monarque attendri dès que paraît devant lui le plus dévoué de ses serviteurs. Flatté par le dévouement qu’il démontrait, il sortit du lot cet homme au torse de lutteur forain, qui vit tantôt ses privilèges s’agrandir : attaché désormais à la maison royale, on lui fournit des laquais en livrée, un phaéton à deux roues, élégant et rapide, et son attelage complet, un superbe logis dans une luxueuse dépendance royale, des émoluments élevés. Un favori comblé de ces faveurs, qui démontre en tous lieux des mœurs aussi rudes, ne mérite-t-il pas le surnom de Pompadur ?

Jusqu’où serait-il allé ? Les langues se délient. Il était craint : on voyait au-dessus de lui le portrait de McCaron. Les fonctionnaires, qu’il tançait comme le prince de Conti ses palefreniers, n’osaient le contredire. Et l’on rapporte que des gradés de la police redoutaient les effets de sa rancune. L’homme imposait-il son autorité par la peur ? Ne pouvait-il pas, sur une simple confidence à Jupiter, dont il avait l’oreille, faire donner la foudre contre ceux qui lui avaient manqué ? Jusqu’où serait-il allé, alors que les grilles des ministères s’ouvraient devant lui, que les courtisans se courbaient quand ils le croisaient, que beaucoup voyaient dans ce personnage qu’ils pressentaient considérable une troublante et dangereuse énigme ? Il œuvrait pour McCaron, ne connaissait que lui, ne répondait de ses actes que devant lui, mais en répondait-il ? Oui, décidément, jusqu’où aurait-il atteint ?
Le ministre de la police, Woldemar Colombin venu, lui aussi, des rangs des Partageux, et pourtant fort éloigné de leurs fumeuses théories, a livré le spectacle étrange d’un égaré devant la Chambre : interrogé par les députés, le maître des pandores, le successeur de Fouché, affirma qu’il ne savait rien. Hélas pour lui, on le crut !
Et l’on s’interroge : ce scandale signe-t-il la fin du pacte que ce jeune souverain paraissait avoir conclu avec la Providence ? Tout lui souriait, il réussissait dans toutes ses entreprises. Avec Benattila, le jour se lève-t-il sur la fin de sa prospérité ? Pour moi, cousine, je ne le regarderai plus avec la sympathie qu’il m’a inspirée. Aujourd’hui, j’observe avec méfiance les manœuvres et les propos de ce chef d’un clan d’hommes de main et de prébendiers, attentif au confort de quelques séides, sourd aux plaintes de son peuple. Cet enfant-roi en mal de divertissements m’est odieux.

Avant de vous quitter, car la malle-poste n’attendra pas, et je veux absolument que ma missive parte ce jour, je vous rapporte un épisode dont je fus le témoin direct. L’autre jour, j’étais au Louvre. Je rêvais, pour la centième fois, devant Le Verrou, de Jean-Honoré Fragonard. On s’est souvent interrogé sur le sens qu’il convenait de donner à cette scène d’intimité amoureuse : s’agit-il des prémisses d’un viol, et l’homme s’enferme-t-il avec sa proie afin d’en abuser plus commodément ? Ou y-a-t-il chez la femme une résistance de pure forme, qui ne serait qu’une affectation de refus ? Par le mouvement de son bras opposant une défense molle, n’exprime-t-elle pas un consentement plus avoué encore que si elle s’abandonnait immédiatement ? Sa reddition sensuelle n’est-elle pas annoncée par sa physionomie et tout le mouvement de son corps, qui épouse le sens même du tableau vers la gauche et glisse déjà de l’huis au lit ? Mais l’homme ne force-t-il pas la résolution de la scène en sa faveur ? Et ce pêne oblong qu’il fait glisser dans la gâche, outre qu’il met les deux personnages à l’abri d’une intrusion, que vient-il plus que suggérer ? Cette porte close, à présent, lui interdit-elle d’échapper au désir de l’homme ou l’autorise-t-elle à y succomber sans craindre d’être dérangée ?
Ce jour-là, une fois de plus, j’imaginai qu’elle ne détestait point sa hâte, qu’ils basculaient de conserve, et qu’ils s’unissaient sans s’être dévêtus, dans le désordre affolant des vêtements troussés, simplement baissés ou à demi ôtés, ainsi qu’il convient aux étreintes furtives – celles que vous préférez, n’est-ce pas chère cousine ? – avec force râles et soupirs !
Je me représentais leurs ébats, lorsque je fus interrompu dans mes troublantes pensées par des cris : un groupe de femmes venait de faire irruption et, se rassemblant devant le tableau, tendait vers lui des poings menaçants.
« L’échafaud pour les violeurs, la corde pour les suborneurs, le bagne pour les autres ! »
Je reconnus celle qui semblait leur chef, une certaine Caroline de Vergelasse. Hargneuse, toujours le verbe haut, la dame tire à vue sur la gente masculine avec la précision meurtrière d’un fusil gras, modèle 1874, qui remplace, désormais, dans nos armées, le fameux chassepot[tooltips content= »Cousine très désirable, la lecture du texte suivant, extrait d’une brochure relative au fusil chassepot, ne manquera ni de vous instruire ni de susciter chez vous d’adorables images, qui vous feront désirer plus ardemment encore ma prochaine visite. Mais jugez par vous-même : « La culasse mobile prend place dans la boite de culasse et contient le mécanisme de fermeture et de mise à feu. Elle est formée du cylindre avec le levier, auquel est relié la tête mobile qui ferme le tonnerre et laisse passer l’aiguille de mise à feu. Une vis arrêtoir permet de limiter son mouvement en arrière. Un joint de caoutchouc – l’obturateur – sert à l’étanchéité. Le dard pousse l’étui à poudre dans le cylindre jusqu’au ressaut. La balle occupe le tronc de cône, qui raccorde la chambre avec l’âme. Pendant le tir les gaz de la poudre brulent et expulsent l’étui à poudre. C’est dans ce but qu’a été aménagée une chambre ardente autour du dard. ».
Ah, délicieuse cousine, j’imagine l’émoi où vous vous trouvez à cet instant précis, découvrant ce dard qui « pousse l’étui à poudre dans le cylindre jusqu’au ressaut », et cette « chambre ardente » où il se plaît tant ! Et que dire de ce « tronc de cône », qui frôle la contrepèterie d’une émouvante obscénité ? Enfin, je sais que vous serez rassurée par ce joint de caoutchouc, garant d’une complète étanchéité… »]1[/tooltips]. Affolée de représentation, elle veut être vue partout et court les réunions publiques. Elle lance à la volée des propos d’une confondante misandrie pour la plus grande joie de son public de bas-bleus. Elle a tôt fait de persuader ces malheureuses, par des exemples navrants, prenant la partie pour le tout, que les hommes sont des phacochères en rut, prêts à bondir sur les femelles jamais consentantes mais soumises par force ou par ruse. Elle fonde ainsi l’affolement et le dégoût de ces malheureuses, qu’elle entretient dans une hostilité jamais lasse, et professe un moralisme de catéchèse laïque, de dame moralisatrice mêlant tous les mâles dans un brouet de calomnies.

Surgirent encore d’autres femmes, conduites, celles-ci, par Catherine de Rochefort, marquise du Der-Nyémétro, et par Erzsebet Dèlhèvy, comtesse de Kòzheur, non moins bruyantes ; mais celles-ci, au contraire des viragos vindicatives menées par la Vergelasse, offraient un spectacle de liesse, d’ironie courtoise, de moquerie gamine qu’elles dirigeaient contre les premières vitupérantes.
Devant les mégères, elles chantèrent à tue-tête une chanson dont je notai le joyeux refrain :
Nous aimons bien les hommes et nous aimons leur vit,
Qui se lève et s’abaisse comme un pont-levis.
Femmes, nos sœurs, n’écoutez pas la Vergelasse !
Car, du membre viril, elle paraît très lasse ;
Hommes, de vous, vraiment, nous ne le sommes pas,
Ne le soyez jamais de nos tendres appâts !

Parmi ces valeureuses, je distinguai une plaisante personne : elle se présenta, avec un fort accent, que je n’identifiai pas :
– Paulina della Migliore, authentique princesse polonaise.
– Pardonnez-moi, mais della Migliore ne sonne pas très polonais.
– Je ne me souviens pas nettement des traits de mon premier mari, un italien, qui eut l’obligeance de s’éloigner avant même que je l’en priasse, mais j’ai conservé son nom. Quant à la Pologne, où je suis née… Mon père m’appelait « Ma princesse » : j’ai gardé le titre.

Cette entrée en matière me plut. Nous fîmes trois pas, afin de nous éloigner du brouhaha, cent pas pour gagner la sortie, et mille pas le long de la Seine. Plus tard, la dame pris mon bras :
« Je ne déteste pas votre conversation. J’ai une loge à l’Opéra, je vous y convie. après le spectacle, nous irons souper au Café de la Paix. ».
Hélas, je suis forcé d’interrompre mon récit, car la malle-poste fait sonner le pavé de ma rue. Je vous rapporterai sur della Migliore, dans ma prochaine lettre, des détails aimables et croustilleux qui vous donneront, entre autres désirs, celui de la rencontrer,
Je suis, de ma cousine, si bien faite pour l’amour et pour l’amitié, le plus fervent adorateur,

Votre cousin

Affaire Benalla: les clowns du président

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macron benalla roger petit castaner
Voyage de Macron à Rome, juin 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00865476_000059.

Castaner, Roger-Petit, Kohler : l’équipe du président de la République n’en finit pas de se perdre en circonlocutions pour expliquer l’affaire Benalla. Une grande tranche de rigolade pour les vacances qui, cependant, ne saurait se prolonger au-delà. Malheur à la cité dont le prince est un enfant…


Il était très difficile d’égaler la performance de ce grand du rire qu’est Bruno Roger-Petit qui nous a fait son numéro « Joue-la comme Érich Honecker », il y a quelques jours en évoquant « La plus grave sanction donnée à l’Élysée depuis le début de la Ve République ».

Castaner, roi de la vanne

Cela semblait hors d’atteinte, on était dans une qualité une pureté de jeu et de style qui semblait inégalable. Il nous rappelait opportunément qu’entre l’Élysée et le théâtre Marigny, temple de « Au théâtre ce soir » il n’y avait qu’à traverser l’avenue de Marignan.

Lorsque Christophe Castaner entonna son « Avec les Bleus, il portait les bagages », bien sûr, on a ri de bon cœur, et on a applaudi, mais il n’y avait pas le décorum et les beaux costumes de Bruno Roger-Petit.

Mais il y a maintenant, une vraie concurrente, le défi est lancé par Mimi Marchand, qui se jette dans un solo remarquable : « À l’interview d’Alexandre Benalla au Monde, j’étais là absolument par hasard ! Je rapportais les clés d’une location de vacances à Biarritz…» La concurrence est rude pour Bruno Roger-Petit mais il n’a pas dit son dernier mot.

On rit comme des baleines

Le danger c’est que le public a du mal à reprendre son souffle, on commence à avoir mal au ventre tant on rit.

Il faut dire qu’elle a lancé cela alors qu’on sortait à peine de « On a oublié de faire la déclaration de patrimoine des chargés de mission de l’Élysée » où Alexis Kohler était lancé dans la grande tradition du cirque, celle du clown blanc…

On notera au passage que la maison d’en face, de l’autre côté de la place Beauvau, était restée très en retrait avec Gérard Collomb : « Oui, je suis ministre de l’Intérieur ,mais on ne me dit jamais rien, ainsi je ne sais rien du tout ».

Qu’est-ce que tu fais pour les vacances?

On avait eu un sourire, mais franchement on sentait bien qu’on n’était pas dans la grande classe de l’Élysée. La transformation de l’Élysée en un cirque/café-théâtre avec des plaisanteries de plus en plus grasses est-elle un progrès ? On peut s’interroger.

Cette concurrence est délétère, et on voit bien qu’en s’y essayant le président de la République avec « Qu’ils viennent me chercher » et le très attendu « Alexandre Benalla non plus n’est pas mon amant » scie ce que Stéphane Rozès appelle « la verticalité ».

Ça peut plaire pour les vacances, mais les Français pourraient se lasser à la rentrée.

Migrants : l’Italie largue l’Union européenne

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Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur d'Italie, juin 2018. SIPA. AP22220237_000001

Cela passe inaperçu en France mais l’Italie est « sortie » de l’Union européenne en matière de migrations : son nouveau gouvernement met en œuvre sa propre politique migratoire, déconnectée de Bruxelles. Mieux, elle est implicitement approuvée par le patron de Frontex, l’agence européenne garde-frontières et de garde-côtes, qui se félicite de « la fin de la naïveté » des Européens sur la situation migratoire : son directeur, Fabrice Leggeri a déclaré, début juillet sur CNews, que l’Europe n’avait pas une « obligation unilatérale » en matière de sauvetage en mer et que le difficile compromis sur les migrations, lors du sommet européen des 28 et 29 juin, marquait « un tournant de fermeté européenne […] par rapport à la gestion des migrants » et à « l’exploitation par des groupes criminels de la détresse humaine » qui « d’une certaine manière, prennent en otage moralement l’Europe ». Les 28 ont, eux aussi, appelé les ONG à « ne pas entraver les opérations des garde-côtes libyens ».

L’Italie aide la Libye

Toujours pour le patron de Frontex, si les plateformes de regroupement des migrants sont créées, hors Europe, cela signifiera que « des navires de Frontex ou des navires privés qui sont appelés au secours par les centres de coordination pourront débarquer les personnes sauvées dans le port sûr le plus proche et […] cela peut être des ports non européens ». « Il faudra voir certes concrètement qui met en œuvre ces plateformes et avec quels pays […] mais cela cassera l’automatisme […] consistant à se déclarer en détresse pour appeler des navires qui ramèneront les migrants en Europe. C’est un message fort vis-à-vis des criminels ».

Fabrice Leggeri a notamment indiqué qu’à l’été 2017 Frontex avait « parfois » observé que « des secours en mer étaient organisés par des ONG de façon spontanée, autonome, et pas coordonnée par les autorités publiques ». Ce qui « mettait en danger parfois la sûreté, la vie humaine en mer ».

Par ailleurs, en toute indépendance de Bruxelles, le gouvernement italien a décidé, le 4 juillet, d’offrir 12 vedettes aux garde-côtes libyens pour les aider à mieux lutter contre les tentatives des migrants de rejoindre l’Italie au départ des côtes libyennes. Adoptée sous forme de décret-loi lors d’un Conseil des ministres cette mesure vise, selon un communiqué officiel, «  à renforcer la capacité opérationnelle des autorités côtières libyennes afin de garantir la gestion correcte des dynamiques des phénomènes migratoires », à «  lutter contre le trafic d’êtres humains, sauvegarder la vie humaine en mer et contenir la pression migratoire ». Le gouvernement italien s’occupera également de l’entretien de ces 12 vedettes pendant l’année en cours ainsi que de l’entraînement et de la formation des forces libyennes. Selon le ministère italien des Transports et des Infrastructures, dont dépendent les garde-côtes italiens, le coût total de cette aide est d’environ 2,5 millions d’euros.

A lire aussi: Italie : monnaie européenne, dette nationale

Le nouveau gouvernement italien est disposé à mettre en place à la fois un contrôle hermétique sur ces frontières maritimes (avec sévère répression des passeurs), et des plateformes et couloirs humanitaires dans les pays de départ où les migrants seront regroupés, aidés, et leurs dossiers étudiés.

A ce jour, l’Égypte, la Tunisie et le Maroc ont refusé. Pire, le 23 juillet, la Tunisie ne voulait pas même recevoir le bateau d’une ONG maltaise, chargé d’une quarantaine de migrants africains à bord, bloqués depuis une semaine au large de ses côtes. Toutefois la Libye ou l’Éthiopie commencent à coopérer avec l’Italie. L’Italie appuie les expériences de couloirs humanitaires, fruit d’une collaboration œcuménique entre catholiques et protestants, notamment dans les zones frontalières de la Syrie, de l’Érythrée, du Soudan.

Bruxelles laisse couler

Quant à Bruxelles, elle s’est contentée, en enfreignant sa feuille de route fixée le 28 juin qui lui intimait de trouver des bases de regroupement hors d’Europe, de proposer la création de manière permanente de centres contrôlés en Europe proposés également par le Conseil européen. Mais la France, comme d’ailleurs tous les autres pays, refuse d’accueillir de tels centres, et propose plutôt des centres fermés sur le sol italien, pour éviter les mouvements secondaires de migrants entre différents pays de l’Union.

Quant aux plates-formes imaginées hors-UE, elles devraient être gérées par le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) et l’Organisme des Nations unies chargé des migrations (OIM).

La situation sera critique si les Européens ne parviennent pas à s’accorder rapidement, après l’ultimatum de Rome pour redéfinir le mandat de Sophia, l’opération navale européenne de sauvetage en Méditerranée, sous commandement italien, prolongée jusqu’en décembre. Plusieurs milliers de migrants ont été rapatriés de Libye vers leur pays durant les six premiers mois de 2018, dans le cadre d’un programme de «retour volontaire» mené par l’OIM. A quel prix humain et financier ? Le gouvernement australien, lui,  a organisé une grande politique d’information en direction des pays où on abuse de fantasmes les populations pauvres. Que fait l’Union européenne ?

Quand « Le Parisien » veut faire regretter le Brexit aux Anglais

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Des manifestants anti-Brexit n'acceptent pas le verdict des urnes à Londres, octobre 2016. SIPA. SIPAUSA30160648_000004

La Une du Parisien d’hier veut absolument nous faire croire que « les Anglais se mordent les doigts » d’avoir voté pour le Brexit. Mais à l’intérieur du journal, la vérité est tout autre…


Hier, 26 juillet, Le Parisien nous a offert une analyse de qualité sur un sujet brûlant. Reportage inédit, point de vue innovant, observations inspirées : tout y était pour que le lecteur sorte édifié et grandi du dossier « Brexit, les Anglais s’en mordent les doigts », auxquelles sont consacrées la une et les pages 2 et 3 du quotidien.

Celui-ci a en effet décidé de mander un envoyé spécial à Londres et à Boston pour couvrir l’actualité de ces derniers jours, lesquels ont vu des événements et des conflits importants se produire dans le cadre des négociations sur le Brexit. Démission de David Davis et Boris Johnson, reprise en main des négociations par Theresa May, renouveau de l’idée d’un Brexit « no-deal » (sans accord avec l’Union européenne) : tout cela agite en effet beaucoup la presse et le monde politique britanniques, tout comme les technocrates bruxellois.

Mon Royaume pour douze anglais

Cependant, le journaliste et la rédaction du Parisien avaient décidé que ces informations ne valaient pas la peine d’être disséquées pour le public français, ou si peu. Non, ce qui est intéressant, c’est de savoir que, après avoir voté pour le Brexit, les Anglais – redisons-le – « s’en mordent les doigts ». Et cela nous est démontré par une série d’articles.

Se pose tout d’abord la question des Français installés outre-manche. L’article commence ainsi : « Les Anglais ont le blues, mais le Brexit va-t-il faire revenir les Bleus expatriés ? » Et au vu des réponses – ce qui a certainement surpris l’auteur – une partie d’entre eux est décidée à rester, et même à demander la nationalité britannique pour cela. Il ne manque pas cependant d’insister sur les start-uppers qui décident de rentrer, grâce à la « politique plus accommodante » – nous dit l’un d’entre eux – menée par Emmanuel Macron.

Sans doute déçu, le journaliste s’est ensuite baladé dans les rues de Londres et de Boston, et a tendu le micro à des personnes rencontrées au hasard dans la rue, méthode privilégiée pour « prendre la température » (expression consacrée) de ces deux villes. Et ainsi de titrer : « A Boston, le ‘‘Brexitland’’ en proie au doute », et « A Hackney [quartier londonien], les anti-Brexit résignés ». Douze personnes en tout ont été interrogées, ce qui ne constitue pas exactement une force collective gigantesque. Mais même sur la foi de ces douze personnes, on n’arrive toujours pas à comprendre en quoi « les Anglais s’en mordent les doigts ». Dans le reportage sur Boston, sur les cinq personnes interrogées ayant voté pour le Brexit, seules deux disent qu’elles hésiteraient si c’était à refaire, les autres sont catégoriques et pestent seulement contre l’indécision du gouvernement. Il semblerait que le journaliste n’ait pas réussi à en trouver d’autre pour illustrer son postulat ; c’est sans importance, celui-ci est quand même considéré comme validé. Ainsi, l’édito du dossier peut se conclure par ces mots : « Et les Britanniques s’inquiètent, réalisant peu à peu que ce vote était un saut dans le vide… sans parachute ». Le Royaume-Uni, comme chacun sait, va s’écraser au sol, ayant capricieusement quitté le vaisseau bienheureux de l’Union européenne.

Vous êtes bien sûrs que vous ne voulez pas d’un deuxième référendum ?

De plus, dans le reportage sur Hackney, où les personnes interrogées ont toutes voté contre la sortie de l’Union européenne, seule une se déclare favorable à un nouveau référendum. Nouvelle déception pour le journaliste du Parisien, qui sous-titre « Les électeurs anti-Brexit ont du mal à se ranger à l’idée d’un second référendum ». Tiens donc, les électeurs devaient ainsi « se ranger » à cette idée ? Etait-ce le commandement de la loi, du gouvernement, d’une autorité morale ? Non, seulement celui du Parisien. Car on perçoit l’espoir à peine voilé du journaliste à la fin de l’article principal. Après le seul sous-titre auquel il semble que celui-ci ait droit, « L’idée d’un deuxième référendum », on lit : « Depuis peu resurgit l’idée d’un deuxième référendum. […] Réponse ferme du 10 Downing Street qui a affirmé que cela n’arriverait ‘en aucune circonstance’. Mais prudence. ‘La situation n’a jamais été aussi volatile’, prévient Christian Lequesne ». La plus grande partie de la classe politique et des personnes interrogées est contre un nouveau référendum ? Qu’importe : Le Parisien en fait un sujet central de son papier. Et pour renforcer la vigueur du propos, le maquettiste n’a pas oublié de faire figurer, à cheval sur les deux pages du quotidien, une grande photo d’un militant anti-Brexit brandissant les drapeaux britannique et européen entremêlés et une pancarte où on lit : « Brexit : is it worth it ? » (c’est-à-dire : « Le Brexit : est-ce que ça en vaut la peine ? »).

Contrairement au Parisien, « les Anglais » veulent passer à autre chose

En réalité, ce qui ressort des courtes phrases des Anglais cités par ce reportage, c’est que presque tous, à la fois pro et anti-Brexit, veulent tout sauf remettre en question le vote de 2016. Ce qui est aujourd’hui problématique, c’est l’incertitude quant à la façon dont va se dérouler la sortie de l’Union européenne. Les Anglais n’ont qu’une envie : être fixés pour pouvoir passer à autre chose, et retourner à leurs propres affaires.

Pas de quoi s’étonner de cette tentative poussive du Parisien de présenter les résultats du référendum comme sujets à remise en question. Déjà, juste avant le vote de 2016, le quotidien mettait cette photo peu équivoque à la une :

La Une du "Parisien", 23 juin 2016.
La Une du « Parisien », 23 juin 2016.

Cette dérisoire velléité d’autopersuasion exprime, avec la même fraîcheur qu’il y a deux ans, la dissonance cognitive impossible à surmonter pour les européistes, les empêchant de croire à une « démocratie contre les traités européens ».