John Wayne n’est pas mort. Et quand bien même il l’aurait été, Roland Jaccard l’aurait ressuscité. 


J’ai une passion pour les listes. C’est mon côté pédant et obsessionnel. Aussi, quand j’ai vu à la devanture d’une librairie : Les dix meilleurs films de tous les temps – avec sur la couverture une illustration du film d’Ozu : Voyage à Tokyo (1953) – je me suis empressé de l’acheter. Je pourrai ainsi confronter les choix de l’auteur, Luc Chomarat, un parfait inconnu pour moi, à mes propres goûts. Mais un article de mon ami Jérôme Leroy pour les lecteurs de Causeur avait attiré mon attention sur ce livre.

« Délivrez-nous de la psychanalyse… »

Les cinéphiles sont ainsi. Ils aiment la confrontation, voire la bagarre, ou tout au moins l’aimaient, car le septième art comme religion appartient désormais à une époque révolue, parfaitement décrite par Luc Moullet dans son film : Les sièges de l’Alcazar où les partisans de Mario Bava et ceux de Vittorio Cattafavi s’affrontaient avec la même vigueur que les catholiques et les protestants en des temps plus lointains.

Tout conflit repose d’ailleurs sur des fondements théologiques et c’est pourquoi mon cher Cioran soutenait que les explications théologiques étaient autrement plus intéressantes que les psychanalytiques, mais qu’elles n’étaient hélas plus de mise. « Délivrez-nous de la psychanalyse, cet appât pour faux médecins et déséquilibrés, nous nous délivrerons après des maux dont elle parle », disait-il avec un sourire moqueur.

John Wayne, pendant qu’il en est encore temps…

Mais je m’égare, même si la psychanalyse et le cinéma ont bien des points communs, à commencer par leur acte de naissance – 1895 – et leur état comateux un siècle plus tard. Je reviens donc aux Dix meilleurs films de tous les temps de Luc Chomarat qui déclare d’emblée n’avoir aucun sens critique. En outre, il éprouve une antipathie immédiate pour les cinéphiles, antipathie que ces derniers lui rendent bien, l’accusant d’être facho, raciste, ringard, révisionniste, parce qu’il aime les westerns. C’est ainsi aujourd’hui : on ne juge plus les œuvres selon des critères esthétiques, mais idéologiques, voire moraux. Luc Chomarat tient bon : La prisonnière du désert de John Ford avec John Wayne – je cite volontairement son nom, car je sens venir le temps où il sera interdit de l’évoquer – est pour Luc Chomarat un des meilleurs films de tous les temps.

Frank Capra disait : « Ford ne peut être ni étiqueté, ni analysé. » Deux soucis de moins. D’ailleurs, ajoute Luc Chomarat, les images que Ford a imposées au monde ont une telle force que plus personne ne peut imaginer que quelqu’un a créé ces images.

Mais lorsque Luc parle des westerns de Ford avec de jeunes cinéphiles, il obtient invariablement le postillon suivant : « J’aime pas John Wayne. » Il demande alors innocemment : « Et que penses-tu de Setzuko Hara, l’actrice fétiche d’Ozu ? » L’art de désarçonner son interlocuteur n’est pas donné à n’importe qui. Luc le maîtrise à merveille.

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