Nous vivons, certes, dans l’ère de la transparence mais une transparence peut en cacher une autre. Dans le monde de la magistrature on appelle « transparence » des listes ou des grilles de postes à pourvoir et les personnes proposées pour les remplir. Il y a donc de « grosses transparences » annuelles sur les mouvements des magistrats et, en cas de changement de cabinet, on a très souvent recours à des « petites transparences » mettant à jour les transparences en prenant en compte les magistrats qui arrivent au cabinet et ceux qui repartent.

Vendredi dernier, à 19h30, le ministère de la Justice a produit une de ces petites transparences. Rien de plus normal : en deux mois nous avons eu trois Gardes des sceaux, et une petite transparence d’ajustement semblait tout à fait justifiée. Sauf qu’en y regardant de plus près on découvre une « petite » surprise : sur la courte liste d’ajustement, très probablement rédigée avec la connaissance et l’accord de la nouvelle Garde des sceaux, on observe que son cabinet veut profiter de l‘occasion pour promouvoir l’ancienne présidente du Syndicat de la magistrature (SM) au plus haut niveau de la hiérarchie.

Le retour du « mur des cons »

Françoise Martres, ancienne présidente du SM, qui est actuellement conseillère à la chambre sociale de la cour d’appel d’Agen, vient d’être proposée pour un poste de première vice-présidente adjointe à Bordeaux par le ministère de la Justice et donc par le cabinet et la Direction des Services judiciaires, quelques jours après l’arrivée place Vendôme de Madame Belloubet. Pour ce poste très prisé, pas moins de 17 autres candidats ont également postulé. Or Madame Martres est renvoyée en correctionnelle, fin 2018, pour la fameuse affaire du mur des cons… Dans ce contexte, on aurait pu imaginer qu’on attende au moins qu’elle soit jugée, et éventuellement relaxée.

Mais alors que l’ancienne présidente du Syndicat de la magistrature est renvoyée en correctionnelle sur un dossier hypersensible car il engage ce qui est le plus précieux pour les magistrats, leur intégrité, leur impartialité et donc leur légitimité, ce magistrat bénéficie d’une mobilité très convoitée. Manifestement, le Syndicat de la magistrature (SM) signe un retour en grâce auprès du nouveau ministre. Quelques jours après la nomination de Madame Belloubet, cette attention particulière est un signe très fort pour les magistrats, les médias et le public.

Certes, cette « transparence » est confidentielle et ne constitue techniquement qu’un projet, mais connu de tous les magistrats. Le Conseil supérieur de la Magistrature (CSM) doit se prononcer. Des magistrats pourraient aussi faire des recours. Ainsi, même si le SM siège au CSM, rien n’est encore joué. On ne restera en tout cas pas longtemps dans le flou : comme c’est une « petite transparence », les décisions seront probablement prises dans les prochains jours.