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Mon nom figure-t-il dans les dossiers Epstein?

L’entregent hors-norme du criminel sexuel américain, mort en 2019, fait trembler les élites un peu partout autour du globle. L’affaire Epstein sonne ainsi le glas de l’élite mondialiste, observe notre chroniqueur. En France, Jack Lang a finalement démissionné de l’Institut du monde arabe.


« Rendre des comptes » : l’exigence fait paniquer l’intouchable élite cosmopolite et ses clones en France. C’est pour « rendre des comptes » que Jack Lang, qui présidait l’Institut du monde arabe, avait été convoqué dimanche, au Quai d’Orsay, pour y répondre de ses liens avec le pédocriminel Jeffrey Epstein et de soupçons de « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». L’ancien ministre de la Culture, symbole usé d’une gauche caviar qui pétitionnait en 1977 pour dépénaliser la pédophilie et s’extasie toujours devant le rap et le graffiti, a préféré démissionner samedi. Depuis la publication, le 30 janvier par la justice américaine, de trois millions de nouveaux documents relatifs aux relations qu’entretenait le prédateur, suicidé en prison en 2019, le Landerneau de la jet set et du business international est victime d’un même trou de mémoire : personne, chez les mondains mondialistes, ne semble avoir remarqué les turpitudes qu’Epstein étalait dans ses pied-à-terre, notamment à Paris.

Vendredi, sur BFMTV, Caroline Lang a expliqué son amitié avec lui par leur goût commun pour l’Art contemporain. Son père était d’ailleurs depuis mercredi à Marrakech pour participer, à La Mamounia, à la fête annuelle de l’Art contemporain. Elle a admis avoir créé avec Epstein, en 2016, une société off-shore dans le paradis fiscal des Iles Vierges pour commercer des œuvres d’artistes sur le marché international. Elle a aussi reconnu l’avoir mis en contact avec Dominique Strauss-Kahn en tant que « spécialiste de l’économie mondiale ». Le Point relate notamment le jugement d’un journaliste américain affilié au village planétaire, qualifiant de « grotesque » le « monde des populistes », après avoir entendu un jour Louis Aliot (RN) et Steve Bannon.

En fait, l’affaire Epstein dévoile l’entre-soi, à forte odeur de décomposition, des puissants de la planète et leur mépris pour les gens ordinaires : une caste longtemps indéboulonnable, en guerre contre de prétendus « complotistes ». Cette oligarchie se disloque aujourd’hui, sous la pression d’une opinion consciente d’avoir été abusée par des moralisateurs défroqués. Un même vent de rébellion contre les faux prêcheurs de vertu s’observe en France, notamment à travers la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et la mise au jour de semblables pratiques claniques se sucrant sur le dos des contribuables. Comme l’explique le rapporteur Charles Alloncle au JDNews, « cette commission dérange un petit monde qui n’a jamais rendu de comptes à personne et qui ne voit aucune raison pour que ça change ». La virulence des critiques portées par le milieu « progressiste » contre Alloncle illustre la rage du camp du Bien, contraint d’avoir à s’expliquer, pour France Télévisions, sur l’usage dispendieux de l’argent public, mais aussi sur de possibles conflits d’intérêts et sur la violation de la neutralité éditoriale portée par certaines sociétés privées de production militantes, telle Mediawan (C à vous, C dans l’air…) fondée notamment par Matthieu Pigasse qui ne fait pas mystère de son engagement pour une « société ouverte ». Le glas sonne la fin d’un mondialisme pourri de l’intérieur.

La révolution des oubliés

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«Nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie»

De l’Arabie à Grenoble, même combat? Le 6 février à Grenoble, deux hommes ont jeté un engin explosif dans un petit institut de beauté, BK Maison Beauté, dans le centre, faisant six blessés légers dont un enfant de 5 ans avant de prendre la fuite. Les règlements de compte pour les points de deal se sont multipliés dans la capitale des Alpes ces dernières années.


Le 6 février, plusieurs individus ont jeté une grenade dans un institut de beauté du centre de Grenoble, faisant plusieurs blessés dont un enfant de cinq ans, et filmant l’attaque avant de diffuser la vidéo. Depuis, une autre vidéo circule (voir ci-dessous).

Après la DZ Mafia, les Fenec 38 !

Se présentant comme un message de revendication, elle émanerait du groupe « Fenec 38 » – logo avec dessin de l’animal sur fond de drapeau algérien – et se conclut par cette phrase : « N’oubliez pas, nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie » suivie d’un surréaliste « merci de votre compréhension. »

Encore une milice armée algérienne opérant sur le territoire français, comme la DZ Mafia ? Oui, probablement – ce qui s’ajoutant à tout le reste devrait entraîner une réaction extrêmement ferme de la France contre l’Algérie, et pas seulement la pathétique « riposte graduée » que brandit depuis des mois le régime macroniste pour masquer sa très grande complaisance avec un pays qui nous est ouvertement hostile (je renvoie le lecteur aux analyses de l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt).

Encore de la violence à Grenoble, cette « vitrine » de l’écologie politique et fief de la gauche universitaire ? Oui, assurément – et même France Info avait été obligée d’y reconnaître une situation catastrophique, parlant de « criminalité en très nette hausse » et de « guerre ouverte dans la ville sur fond de trafic de drogue. »

A lire aussi: «DZ Mafia»: une mafia post-coloniale

Mais on passerait à côté de l’essentiel si on s’arrêtait là.

L’idée de combattants qui « aiment la mort comme vous aimez la vie » a une longue histoire. Reprise par l’Etat Islamique comme par Al Qaïda, elle aurait également été citée par Mohamed Merah. Elle vient cependant de beaucoup plus loin : son origine est une lettre que Khalid Ibn-al-Walid, chef militaire de génie à qui l’islam doit son expansion initiale, surnommé par le prophète de l’islam lui-même « le sabre dégaîné d’Allah », a envoyée en 637 au chef de l’armée perse avant de l’affronter lors de la bataille des Chaînes, à Kazima dans l’actuel Koweït. Dans cette lettre, Khalid Ibn-al-Walid exhorte son ennemi à reconnaître la suzeraineté du Calife et à payer la jizya (impôt spécial par lequel les non-musulmans achètent la « protection » des musulmans, cette « protection » devant s’entendre au sens mafieux du terme), c’est-à-dire à accepter une forme de « proto-dhimmitude », en menaçant « sinon, je vais marcher vers vous avec des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie[1]. »

Djihad d’atmosphère

Les « Fenec 38 » sont-ils un groupe jihadiste ? Stricto sensu, probablement pas, même s’il appartiendra à l’enquête de le déterminer. Ce n’en est que plus inquiétant : ils sont un épiphénomène, l’une des nombreuses manifestations plus ou moins conscientes d’une tendance de fond, nourrie de l’imaginaire des conquêtes islamiques et des razzias, pour qui les « mécréants » et leurs terres ne sont par définition que des proies. Qu’elle s’incarne dans des organisations jihadistes, dans la nébuleuse frériste et plus largement islamiste, dans des mouvements violents ponctuels comme les « supporters anglais » de Darmanin ou les émeutes de juin/juillet 2023, ou bien dans des groupes de narcotrafiquants comme la DZ Mafia – qui en réalité est beaucoup plus une milice armée étrangère financée par le narcotrafic qu’une simple bande criminelle – c’est bien cette tendance de fond le problème essentiel, et l’essence du problème.


[1] Il existe sans surprise plusieurs versions du texte, mais toutes concordent sur ce point passé à la postérité : les soldats de Khalid Ibn-al-Walid aimant la mort comme leurs ennemis aiment la vie.

L’école débordée par les agressions au couteau

Mardi 3 février, une professeure d’arts plastiques de 60 ans a été grièvement poignardée à plusieurs reprises dans sa classe du collège La Guicharde à Sanary-sur-Mer (83) par un élève de 14 ans. L’adolescent a reconnu avoir prémédité l’attaque en prenant un couteau chez lui. Alors que tous les observateurs bien sages se demandaient ce weekend comment encore susciter des vocations dans le professorat après cette nouvelle attaque en milieu scolaire, notre contributeur Charles Rojzman dénonce de son côté notre refus collectif de voir l’ensauvagement. Nous avons fabriqué une société molle avec des individus durs, observe-t-il avec effroi.


À Sanary-sur-Mer, un adolescent de quatorze ans a poignardé sa professeure. Quatorze ans. Ce chiffre devrait suffire à faire tomber les masques. Il ne s’agit pas d’un simple fait divers. Il ne s’agit pas d’un dérapage individuel. Il s’agit d’un événement politique majeur, au sens le plus strict du terme : un enfant a porté la guerre au cœur de l’école. Et pourtant, immédiatement, le système se met en marche. Les médias parlent de drame. Les responsables invoquent le mal-être adolescent. Les experts convoqués expliquent, contextualisent, psychologisent. On fouille la famille, on scrute le passé, on cherche une fragilité intime — tout sauf regarder la réalité collective. Car ce qui s’est produit à Sanary n’est pas une anomalie. C’est une étape.

Bruit de fond

Depuis des années, les agressions à l’arme blanche se multiplient. Elles ne provoquent plus de choc durable. Elles sont intégrées au bruit de fond. Le couteau est devenu un objet social banal. Il circule dans les cartables, les poches, les halls d’immeuble. Il n’effraie plus. Il rassure celui qui le porte. Cela s’appelle une régression civilisationnelle.

Le couteau n’est pas une arme neutre. Il implique la proximité. Il suppose le contact. Il inscrit la domination dans la chair. Il appartient aux sociétés où l’État ne tient plus, où la loi abstraite ne suffit plus, où la violence redevient un langage. Le couteau apparaît toujours là où l’autorité disparaît. Il dit : l’institution est faible. Il dit : le corps de l’autre est disponible.

Ce que révèle cette violence juvénile, ce n’est pas une crise psychologique. C’est l’effondrement du cadre politique et symbolique. Nous avons détruit méthodiquement tous les piliers :

– l’autorité parentale, discréditée au nom de la bienveillance,

– l’autorité scolaire, neutralisée par la peur du conflit,

– l’autorité de l’État, dissoute dans la communication,

– l’autorité morale, remplacée par la compassion automatique.

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Nous avons remplacé la loi par l’émotion. La sanction par l’explication.
La limite par le récit. Et maintenant, nous récoltons. Ce jeune de quatorze ans est l’enfant parfait de notre idéologie : un individu sans repères solides, sans interdit intériorisé, élevé dans un monde où tout est négociable, où la frustration est vécue comme une violence, où la responsabilité est toujours déplacée ailleurs.

Il est le produit direct d’un système qui a sacralisé les droits en oubliant les devoirs.

On nous répète que ce n’est pas culturel. Que ce n’est pas civilisationnel. Que ce serait stigmatisant de le dire. Mensonge.

Il ne s’agit pas de race. Il s’agit de normes. Il s’agit de modèles anthropologiques. Il s’agit de sociétés parallèles installées durablement sur le territoire national, où l’honneur, la force, la réputation et la domination comptent plus que la loi commune.

Refus de voir

Dans ces univers mentaux, l’école n’est pas sacrée. Le professeur n’est pas respectable. L’institution est ennemie. L’Autre est une surface d’impact. C’est cela, le séparatisme réel. Pas celui des discours officiels. Celui des comportements. Et l’État le sait. Mais il refuse de le nommer, car le reconnaître obligerait à admettre l’échec de quarante ans de politiques migratoires, éducatives et culturelles. Il préfère fragmenter le problème : prévention ici, médiation là, cellules psychologiques ailleurs. Il refuse de voir l’ensemble.

Résultat : une société où les enseignants sont exposés, où les policiers sont haïs, où les citoyens apprennent à se taire, où les enfants grandissent sans intérioriser l’interdit fondamental : tu ne feras pas violence. Sanary marque un seuil supplémentaire : la violence quitte la rue pour pénétrer l’école. Quand un adolescent poignarde sa professeure, ce n’est pas une crise individuelle. C’est un effondrement politique. Cela signifie que la transmission est morte. Que l’école n’est plus protégée. Que l’adulte n’est plus figure d’autorité. Que l’enfant n’est plus contenu. Nous avons fabriqué une société molle avec des individus durs.

Nous avons désarmé moralement les institutions et laissé les pulsions occuper le terrain. Ce garçon de quatorze ans ne portait pas seulement un couteau. Il portait notre lâcheté collective. Car une civilisation ne disparaît pas sous les coups de ses ennemis. Elle disparaît quand elle renonce à se défendre, quand elle ne sait plus imposer ses règles, quand elle préfère l’excuse à la limite, le pathos à la loi. Le couteau n’est pas arrivé par surprise. Il est le fruit logique d’un monde qui a confondu humanisme et abdication.

Haut les cœurs!

Après les menaces sur le Groenland, le 49.3 de Sébastien Lecornu et les lunettes d’Emmanuel Macron, 2026 promet de nous réserver d’autres surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille.


Machiavel

Voilà, c’est fini ! On aura finalement eu droit à un 49.3. Machiavel avait raison, une fois encore : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. » Après avoir affirmé, au début des discussions budgétaires, qu’il n’aurait pas recours à l’article 49.3, Sébastien Lecornu s’y est finalement résolu. Je ne vais pas faire semblant de m’indigner, la procédure honnie aura l’avantage de nous préserver de tout un tas de mesures plus dingues les unes que les autres votées par nos parlementaires au fil des débats, et bien souvent contradictoires au gré des absences ou présences dans l’hémicycle de tel ou tel groupe. Ainsi, l’amputation de près de 5 milliards d’euros de la dotation globale de fonctionnement (DGF) allouée aux collectivités territoriales proposée par le Rassemblement national. « Les autres partis blablatent et dépensent à tout-va, le RN vote 5 milliards de dépenses en moins », s’est ainsi vanté, sur son compte X, le député Jean-Philippe Tanguy. Sympa pour ses petits copains – ceux-là peuvent commencer à ramer – qui se présentent aux élections municipales, car c’est aussi le budget des communes qui était concerné.

Groenland

Tout le monde ou presque s’est félicité du recul de Donald Trump sur le Groenland après ses discussions avec l’OTAN. Il jure désormais qu’il n’utilisera pas la force pour s’emparer de l’île arctique. On peut toujours faire semblant de le croire… Pour lui résister, l’Union européenne y a dépêché… 37 soldats. Ce qui n’a pas manqué de faire ricaner certains : « On dirait le début d’une blague », a raillé le ministre italien de la Défense. Une telle blague que le gouvernement du Groenland a immédiatement distribué une « brochure de crise » à la population, qui énumère les stocks d’armes et de nourriture à avoir chez soi en cas d’attaque américaine. C’est dire la confiance que les habitants de l’île eux-mêmes placent dans ces renforts européens…

Municipales

Évidemment, je vous parlerai de… Béziers ! Avec des sondages encourageants pour le maire actuel, Robert Ménard, donné gagnant au premier tour dans toutes les hypothèses examinées. Et immédiatement décriés par l’opposition tout entière : vous pensez bien, un sondage IFOP, ce n’est pas sérieux ! Passons, nous ne sommes en effet qu’au commencement des coups bas, mensonges, mauvaise foi et autres peaux de banane qui font le « charme » de ces campagnes électorales. Certains jours, on se demande si on n’est pas totalement masochistes…

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Crèche de Noël

Petit retour en arrière : alors qu’elle accueillait en moyenne chaque année entre 20 000 et 25 000 visiteurs, la crèche de Noël de Béziers a vu sa fréquentation exploser en cette fin 2025 : plus de 65 000 personnes ont défilé devant le petit Jésus installé dans notre Hôtel de ville. Un vrai pied de nez à ses détracteurs, et notamment à la Ligue des droits de l’homme. Je sais, ce n’est pas gentil, mais je n’y résiste pas…

Les lunettes de Kéké

Comment peuvent-ils être aussi nombreux à déclarer « détester » notre président de la République et, en même temps, se ruer vers la marque française Henry Jullien (passée sous pavillon italien en 2023…) pour acquérir les désormais célèbres lunettes bleutées portées par Emmanuel Macron à Davos ? En effet, le carnet de commandes du fabricant (toujours) installé dans le Jura explose. Ces fameuses lunettes « de Kéké », comme les a surnommées Isabelle Saporta dans une de ses chroniques matinales sur RTL, coûtent pourtant la bagatelle de… 650 euros ! Kéké : individu qui cherche à impressionner par son comportement et s’avère finalement ridicule et lourd. Pas de quoi émouvoir Donald apparemment…

Davos, 20 janvier 2026 © Markus Schreiber/AP/SIPA

Euthanasie

Les débats sur l’euthanasie et le suicide assisté ont repris au Sénat. Je l’avoue, ces discussions m’agacent terriblement. Je ne comprends pas la logique consistant à légiférer sur les soins palliatifs en même temps que sur l’euthanasie et le suicide assisté. Généralisons d’abord les premiers avant de nous engouffrer dans le système profondément injuste et inégalitaire que représentent les seconds. Inévitablement, il nous faudra nous aligner sur les législations les plus libérales. Et les expériences étrangères sont à cet égard sans appel. Au Canada, l’euthanasie peut être proposée à des patients atteints de déficience intellectuelle ou d’autisme. Aux Pays-Bas, on peut accéder à l’euthanasie à partir de 75 ans, sans pathologie particulière, sous prétexte qu’à partir de cet âge, il ne resterait rien à attendre de la vie. Bref, ce calendrier parlementaire a un drôle d’arrière-goût. L’euthanasie est-elle le sujet crucial de ce début d’année 2026 ? Cela ressemble décidément à une ultime opération de sauvetage du soldat Macron : à l’heure de son bilan, il faudra au moins qu’il ait l’air d’avoir tenu quelques-uns de ses engagements. Donner la mort en fera donc partie…

Culture

Le théâtre des Variétés a ressuscité à Béziers. Cette petite merveille, construite en 1904, était abandonnée depuis les années 1980. D’abord théâtre de music-hall, puis cinéma et même boîte de nuit, il a accueilli en son temps les plus grandes stars du music-hall d’avant-guerre, de Maurice Chevalier à Joséphine Baker. Pour son inauguration en cette fin du mois de janvier, après vingt-deux mois de travaux, des journées portes ouvertes étaient organisées. Plus de 5 000 personnes ont pu admirer la splendide rénovation. Avec quelques pépites savoureuses… Des enregistrements d’époque étaient en effet projetés sur la scène du théâtre. Et notamment quelques chansons de Fernandel, dont Le Tango corse ou Il en est… Qu’on ne pourrait assurément plus chanter aujourd’hui. Rafraîchissant !

Patrick Besson, toujours décapant!

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Patrick Besson est entré en littérature à 17 ans, l’âge où, paraît-il, on n’est pas sérieux. Je dirais que Patrick Besson – ne surtout pas le confondre avec Philippe ! – ne se prend pas au sérieux, ce qui me semble plus juste le concernant. Son premier roman, Les Petits Maux d’Amour (1974), commence ainsi : « Ensuite je me rappelle mal… » Son nouveau roman, Le jour où je suis tombé amoureux, écrit en quatre mois, pourrait débuter par : « Ensuite je ne me rappelle que trop bien. » Son texte est en effet assez autobiographique. Patrick Besson tient à rappeler quelques éléments de sa bio, comme s’il craignait qu’on ne les loupât. Il est né à Paris, le 1er juin 1956, à quatre heures cinquante-cinq du matin, « l’heure du diable ». Il insiste sur le fait qu’il fut communiste. L’est-il encore ? Ça ne m’étonnerait pas qu’il veuille être le dernier. En Amérique, où se déroule en grande partie Le jour où je suis tombé amoureux, ça signifie le chômage, la prison, la mort sociale. Il précise qu’il a écrit un livre sur le sujet, Julius et Isaac. Au passage, il souligne qu’il a raté de peu le Goncourt en 1992. On pourrait ajouter qu’il a obtenu le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour Dara (1985) et le Prix Renaudot pour Les Braban (1995). Il ne conduit pas, habite Montmartre, une rue en pente, ne s’est guère soucié de son corps – « je l’ai laissé en paix puis on lui a fait la guerre » –, se souvient d’une virée à New York, en 1986, avec Berthet, Queffélec, Billetdoux et Neuhoff. Ce dernier est devenu académicien. Peut-être pour tenir en respect, planqué sous la coupole, la mort. « Ce châtiment auquel nul n’échappe, écrit Besson, même pas les académiciens français qu’on dit pourtant immortels. » Après plus de quatre-vingts livres, des centaines articles – de l’Huma au Figaro en passant par Le Point – il le mériterait. Michel Déon m’avait dit, en 1995, devant un verre de Jameson, chez lui rue de Beaune, que Patrick était l’écrivain le plus doué de sa génération. À propos de Frédéric Berthet, je le glisse ici, parce que je vais oublier sinon, Besson décoche deux phrases qui le résument : « Sa mort anodine comme une signature au bas d’un contrat de location de vélo électrique. Puis sa renaissance dans diverses collections de poche. » Il parle avec justesse des écrivains. C’est souvent grinçant. Exemple sur Hemingway : « Je ne suis pas un fervent supporter d’Ernest : romans sentimentaux à grosses épaules. Il a eu une utilité : montrer qu’on peut être écrivain en utilisant un minimum de mots. » Exemple, encore, sur Guillaume Musso, « l’écrivain aimé des idiotes françaises ». Il rappelle qu’on peut toujours lire Jean Dutourd, là c’est limite une faute de goût, mais passons. Il rend hommage à l’éditeur et écrivain Jean-Marc Roberts en précisant que Le jour où je suis tombé amoureux ressemble à ses ouvrages de jeunesse, La Partie est belle et La comédie légère.

Y a-t-il une Jennifer dans l’avion ?

Après son troisième divorce, Besson s’est mis dans la tête d’épouser une jeune actrice nord-américaine, Jennifer Carpenter, à la bouche de travers, devenue célèbre grâce à la série télé Dexter. Il prend l’avion pour Hollywood avec la ferme intention de l’épouser. Durant le vol, il rencontre une autre Jennifer qui va le mettre en contact avec l’agent de l’actrice. Il y a donc deux Jennifer. Il faut suivre, car ça dépote chez Besson. Il n’y a pas de gras, son roman est un sprint, on est proche de Paul Morand. Ses descriptions, du reste, sont morandiennes. On arrive à Louisville, les rues y sont droites comme la plupart de celles des villes américaines. Attaque : « L’Amérique est géométrique. Seul le fleuve Ohio fait une courbe. » New York : « La ville est d’abord un port. Avec une île au milieu : Manhattan. Le vent a son importance. Il balaie les souvenirs. » Et puis d’autres phrases qui claquent comme un coup de fouet : « Le destin des chambres : être oubliées. » Ou encore : « L’échec du communisme ? La poussette qui dévale les marches dans le film d’Eisenstein : il y a Lénine à l’intérieur. » Ou encore : « L’autorité, c’est de ne pas répondre aux questions ; l’esclavage, c’est de ne pas avoir de réponse. » Et encore, ce constat : « Nos parents nous avaient pourtant laissé un monde facile comme une fille de joie. » C’est politiquement incorrect, l’esprit moutonnier est sans cesse boxé.

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Jennifer Carpenter est mariée. Ça complique les choses. Ça pousse surtout le mari à flinguer l’écrivain. Il s’en sort, de peu. Entre temps, il y a un massacre chez le milliardaire Paul Raskolnikov, au bord de la piscine. Carnage chez les stars de Hollywood: George Clooney, Brad Pitt, Mel Gibson, Téa Leoni. Matt Damon s’en tire. Besson l’apprécie. Le rôle exorbitant de l’écrivain : faire mourir ceux qu’il déteste ; protéger ceux qu’il aime. La femme du milliardaire est épargnée. La beauté slave rejoindra l’écrivain à Paris, aux Abbesses. De belles descriptions du quartier, le pont Caulaincourt qui enjambe le cimetière Montmartre, le rappel qu’il « nous faudra tous mourir. »

Ça sent le sapin

La mort plane sur la fin de l’histoire. Ça reste enlevé, mais le ton vire à la nostalgie. Sur son lit, l’auteur devient oiseau ou « petit garçon qui court sous ses fenêtres pour ne pas arriver en retard à l’école maternelle. » Et puis, il y a sa mère : « Elle me reproche de ne pas être allé à ses funérailles. » L’affaire ne semble pas réglée et le temps presse. Les beaux jours, qui reviennent à la charge, le prouvent. Comment les coucher sur la feuille blanche ? « Ils sont pourtant les seuls dont, sur son lit de mort, un individu se souvient », écrit Besson, qui ajoute : « Il quitte la planète le sourire aux lèvres car sa mémoire ne lui présente plus qu’extases et enchantements de naguère et d’autrefois. »

Il faut pourtant continuer le jeu, mêler fiction et réalité, secouer le tout dans un shaker de palace, emporter le lecteur une nouvelle fois. Et finir par se demander : « Mais on joue contre qui ? pas un dieu, tout de même ? »

176 pages

Le Jour où je suis tombé amoureux

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Voir et revoir

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Faut-il revoir une œuvre, un spectacle, une pièce qu’on a aimés ? Faut-il relire un livre qu’on a adoré ? C’est la question que nous nous sommes posée, la Sauvageonne et moi, en ce gris dimanche de février. Fallait-il nous rendre à la Comédie d’Amiens pour assister à la célèbre pièce Le Dîner de cons, de Francis Veber, créée en 1993 au Théâtre des Variétés à Paris, et adaptée au cinéma en 1998 sous le même titre et par le même auteur ? Nous n’avons pas hésité longtemps. Oui, bien sûr. Nous avions en tête les jeux de Jacques Villeret (François Pignon), Thierry Lhermitte (Pierre Brochant), Daniel Prévost (Lucien Cheval). Epatants, inimitables, magnifiques. De plus, la présente adaptation réalisée par la metteuse en scène Louise Cassin à la suite d’une commande de Bruno Romier, directeur de la Comédie d’Amiens, proposait une nouvelle distribution : Loïc Lacoua (François Pignon) ; Arthur Loisel (Pierre Brochant) ; Auguste Lagdirir (Juste Leblanc) ; Mathilde Perrin (Marlène), Louise Cassin (Christine) ; Arthur Bouilly (Dr Archambaud et Lucien Cheval). Nous n’avons pas regretté notre déplacement. Comédiens de grand talent ; mise en scène efficace, limpide et virevoltante.

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« Il faut savoir qu’il y a deux versions : le film et la pièce », explique Louise Cassin. « J’ai procédé à des ajouts très légers. On s’est rendu compte que la pièce était assez différente du film. La première dure deux heures et demie ; le second, une heure quarante. Dans la pièce, les personnages féminins sont beaucoup plus importants qu’ils ne le sont dans le film. En ça, on s’est rapprochés de l’esprit du long-métrage car on ne voulait pas perdre les gens qui, en grande majorité, avaient d’abord vu le film. Dans la pièce de base, le personnage de Marlène est beaucoup plus important que sur grand écran ; elle raconte son voyage en Inde. Elle est victime d’une sorte d’agression. Elle flirte avec François Pignon ; nous avons occulté ce passage car j’ai eu peur qu’on nous reproche de nous être approprié l’œuvre. » Etrangement, la troupe n’a pas de nom. « L’année dernière, le directeur de la Comédie d’Amiens, Bruno Romier, nous avait commandé Le Prénom que j’avais mise en scène. On a repris la même équipe et on a engagé Arthur Bouilly qu’on a découvert pour ce projet. Par ailleurs, on travaille sur d’autres projets théâtraux ; quelques-uns font un peu de cinéma. On est tous basés à Paris. Je connaissais Bruno Romier. Je l’ai rencontré il y a trois ans. Il m’avait engagée pour une pièce ; puis, il a eu l’idée de faire Le Prénom et Le Dîner de cons. La première de cette pièce a été donnée ici le 25 décembre 2025, puis on l’a jouée ici quinze fois. Aujourd’hui, ça devait être la dernière mais il y aura deux dates supplémentaires le 29 mars et le 16 avril. On espère qu’en 2026-2027, on reviendra jouer la pièce ici ; on espère aussi faire une tournée. »

Des projets, ces jeunes comédiens n’en manquent pas. Louise Cassin et Arthur Loisel jouent à Paris, à la Grande Comédie, la pièce Pourquoi les filles aiment les connards ? Loïc Lacoua, on le retrouve dans le rôle d’Al Capone, à Paris, au Théâtre des 3 Clés. Ces jeunes gens n’ont pas peur du grand écart ; c’est une qualité.

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A Paris, je vote Marie-Paule Belle!

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Monsieur Nostalgie nous parle ce dimanche d’une chanson porte-drapeau de l’esprit français qui fête ses 50 ans et en profite pour souhaiter un bon anniversaire à son interprète née en janvier 1946, notre candidate de cœur du Grand Paris…


En 1976, la disco étend son domaine d’influence sur toutes les stations de la planète. Impossible d’y échapper. La tenaille idéologique est là. L’heure est aux paillettes et aux sons synthétiques, à la danse solitaire et à la moiteur de discothèques. On se déhanche sur des musiques électroniques et on oublie, durant quelques nuits d’insomnie, les crises économiques. Il est bien difficile d’exister en dehors de cette pensée unique. Bientôt, la disco se fabriquera à la chaîne, en cascade, dans une répétition et un automatisme qui n’auraient pas déplu à Henry Ford. La musique sera dorénavant disco comme la purée lyophilisée se vendra en sachet dans les supermarchés. On n’arrête pas le progrès à marche. La modernité musicale passera en force s’il le faut, à coups de matraquage et de conditionnement. Les voix du marché sont impénétrables au doute, elles croient en leur pouvoir de transformer le microsillon en or. Elles déverseront leur surproduction jusqu’à épuiser le filon. En 1976, chaque matin, on ouvre sa radio et on tombe sur le langoureux « Love Hangover » qui donne des complexes à la ménagère, l’époque est à la libération des mœurs et à l’érotisation du quotidien. La libido est un produit de consommation courante. Ne pas participer à la grande bacchanale des sens est une faute politique. Quand ce n’est pas Diano Ross qui appelle au rapprochement des corps huileux, ce sont les Boney M qui réclament un certain « Daddy Cool ». Les Bee Gees nous conseillent de bouger sur la piste pour exhorter notre peur de l’avenir. Leur « You Should Be Dancing » s’illumine dans La fièvre du samedi soir sous les assauts rythmiques de Travolta. Même The Trammps nous prévient par son prophétique « Disco Inferno ».

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Face à ce rouleau mécanique d’une musique de masse, les voix discordantes se font discrètes. Elles longent les murs. La chanson française à textes hiberne dans les cabarets, en attendant des jours meilleurs. Sylvie se demande qu’est-ce qui fait pleurer les blondes et Mort Shuman réclame Papa-Tango-Charlie à la rescousse. Et puis est arrivée Marie-Paule Belle, la Niçoise aux cheveux frisés, regard de mésange rieuse, elle est de la famille des passereaux, sociable et mutine, franche comme le soleil du midi, spirituelle à la manière de ces provinciales qui ont dû se faire un nom et une place dans une capitale phagocytée par les fausses gloires. Marie-Paule nous est apparue dans les émissions de variété, seule derrière son piano, et encore un pas, derrière son micro. Originale dans une époque trop clinquante pour être respectable, cette brune piquante à l’intelligence poulbote, droite dans ses bottes, n’a pas regardé ailleurs, n’a pas copié les vieilles recettes, n’a pas singé les vedettes d’alors, n’a pas fait semblant ; Marie-Paule est restée fidèle à son art populaire, celui d’une chanson française ne faisant aucune concession sur la qualité des textes et ne se prenant pas pour une tragédienne évanescente. Sa dignité dans l’expression nous frappe encore plus aujourd’hui qu’hier. Sans intellectualisme dérisoire, sans ce snobisme de l’entre-soi, sans ce parisianisme moribond, sans la morgue des Artistes, Marie-Paule est restée elle-même, jouant une partition particulièrement raffinée. De haute volée.

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Presque trop délicate pour les âmes englouties dans la névrose. Celle de l’émotion et de la transmission, de l’humour fêlé à la déclaration de guingois, tout un monde, fin, drôle, léger et amer, évanoui sous la mitraille. Lorsqu’on écoute Marie-Paule, quelque chose de joyeux et d’un peu fissuré, de triste et de palpitant, d’entraînant et d’introspectif, une part de rêverie et d’abandon, de force aussi, ne serait-ce pas là, les interludes de la nostalgie, vient nous remplir totalement. Nous nourrir intérieurement. Marie-Paule n’est pas karatéka, cinéphile ou nymphomane, elle n’est pas non plus la chanteuse d’un seul standard « La Parisienne » créé avec ses complices, Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia, elle est le visage d’une liberté et d’un ton, d’une civilisation. Elle sera au Théâtre de Passy du 19 au 31 mai pour son spectacle « Au revoir et merci ».

JO de Milan-Cortina: une cérémonie d’ouverture devrait toujours ressembler à ça!

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Et soudain Laura Pausini est apparue dans le stade milanais de San Siro, belle comme une Italienne, puissante par la voix et l’envoûtante présence, symbole de son pays, dont elle interpréta magistralement l’hymne national comme sans doute jamais personne ne le fit, avant qu’un chœur de femmes ne prît le relais pour achever l’Inno di Mameli au cœur du village alpin de Cortina d’Ampezzo. Pendant ce temps-là, les Corazzieri, cuirassiers italiens, hissèrent le drapeau italien avec une solennelle lenteur.

Harmonieux

Le temps s’est alors arrêté, le cours tumultueux d’un monde en capilotade aussi. On se mit à frissonner, à avoir la larme au coin de l’œil et à espérer. Canova fut ressuscité en même temps que son œuvre séraphique prenant vie sous nos yeux ; des colonnes de mannequins mirent la mode à l’honneur dans la ville qui est un de ses berceaux et rendirent par la même occasion hommage à Giorgio Armani, récemment décédé ; Mariah Carey nous fit voler avec sa reprise de Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno ; le ténor Andrea Bocelli interpréta superbement Nessun Dorma, comme le fit Luciano Pavarotti il y a vingt ans lors des Jeux de Turin. L’Harmonie était le thème majeur de la cérémonie, loin du chaos, du désordre, du wokisme.

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Evidemment, tout le monde a repensé alors avec douleur à l’obscénité sur Seine de la cérémonie des Jeux Olympiques de Paris et sa représentation de la Cène mettant en scène l’adipeux Philippe Katerine, et aussi sa Marie-Antoinette décapitée, et enfin Aya Nakamura rendue Immortelle par Thomas Jolly qui avait eu le mauvais goût de la planter dans le décor de l’Académie française. Le cheval métallique voletant par-dessus le fleuve, la vasque s’élevant dans les airs et l’interprétation magistrale de L’hymne à l’amour par une Céline Dion ressuscitée parvinrent à peine à atténuer le sentiment de gêne éprouvé devant un spectacle aux relents sataniques.

Belle entrée en matière

La France, pourtant, avait révolutionné la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, en 1992 à Albertville, avec à la manœuvre Philippe Decouflé. Soudainement, il n’était plus uniquement question d’athlètes défilant derrière l’étendard national, mais aussi de tableaux mettant en scène des voltigeurs et en lumière les costumes des grands créateurs de mode. Tous les pays s’en inspirèrent ensuite, avec plus ou moins de réussite, et une mention spéciale à Londres en 2012.

Une cérémonie d’ouverture des JO devrait toujours combiner les vertus de l’olympisme et les charmes du pays hôte, vanter la discipline, l’esthétisme, la grandeur, l’effort, l’Histoire et ses héros, la Beauté, le combat loyal, un pays et ses terroirs, l’enracinement, les champions et leurs malheureux dauphins. Milan-Cortina a réussi son entrée en matière. Le cours du temps peut reprendre.

Cuba à l’agonie

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La question de la chute du régime cubain revient aujourd’hui avec une acuité particulière. L’enlèvement du président Nicolás Maduro, au Venezuela, a en effet ravivé parmi la population cubaine un espoir longtemps étouffé, dans un contexte d’asphyxie politique et économique.


Sur le plan politique, la situation demeure inchangée à Cuba. Aucune forme de dissidence n’est tolérée. La moindre manifestation publique — qu’il s’agisse d’un rassemblement ou d’une simple pancarte — entraîne immédiatement une répression sévère. En revanche, la situation économique, déjà fragile, se détériore à un rythme accéléré. La pénurie de pétrole touche désormais tous les secteurs. Même dans les quartiers touristiques de La Vieille Havane ou dans celui des ambassades à Miramar, les ordures s’accumulent et ne sont plus ramassées régulièrement, faute de carburant pour les camions.

Des salaires dérisoires

Pour ceux qui disposent de devises étrangères, dollars ou euros, la pénurie est moins visible. Mais pour l’immense majorité de la population, dont les salaires oscillent au marché parallèle entre l’équivalent de six euros par mois pour un enseignant et trente euros pour un médecin ou un ingénieur, la situation est dramatique. À tel point que beaucoup de diplômés de haut niveau abandonnent leur profession pour se lancer dans des activités commerciales privées, désormais autorisées mais strictement encadrées.

Les « apagones » pourrissent la vie quotidienne

Le système de rationnement — la libreta — qui autrefois garantissait à chaque famille un minimum de produits de base, ne fonctionne plus. Les distributions sont inexistantes ou accumulent des mois de retard par rapport aux quotas théoriques.

Toutefois, ce qui affecte le plus la population — et pourrait déclencher une révolte — ce sont les apagones, les coupures d’électricité pouvant atteindre vingt-deux heures par jour dans les provinces et douze heures quotidiennes à La Havane, à l’exception des zones touristiques et du quartier diplomatique.

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Pour ceux qui n’ont pas accès à des devises étrangères, la situation est jugée semblable voir pire — car tous les Cubains ne sont désormais plus logés à la même enseigne — que celle, très dure, de la « période spéciale » qui suivit l’effondrement de l’URSS. À l’époque, le régime avait dû se réorganiser en misant sur une légère ouverture au secteur privé et surtout sur le tourisme, qui lui assura pendant quatre décennies une source essentielle de revenus.

Aujourd’hui, même cette ressource s’épuise : les hôtels, construits en grand nombre, sont vides. Les tensions politiques, la médiocre qualité des services et la dégradation générale du pays expliquent cette chute du tourisme. Malgré la guerre en Ukraine, des vacanciers russes sont présents en grand nombre, mais cela ne suffit pas à compenser l’effondrement du secteur, en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les pénuries dans la santé

Le système de santé, autrefois fierté du régime, est lui aussi en état de délabrement avancé, faute de matériel médical et de médicaments de base. On ne trouve un produit aussi élémentaire que le paracétamol (Doliprane) que sous le manteau.

Surtout, outre la faible production locale, Cuba ne dispose plus que de trois sources de pétrole — le Mexique, la Russie et l’Algérie — dont aucun ne semble en mesure de compenser la défaillance du Venezuela, autrefois premier fournisseur en échange de l’envoi de centaines de médecins cubains. De longues files de voitures s’accumulent devant les rares stations-service approvisionnées où l’on paye uniquement en dollars.

Les pharmacies sont vides

La figure ambiguë de Donald Trump

La figure du président américain Donald Trump occupe une place centrale dans les discrètes conversations privées avec des étrangers. Le régime a reconnu la mort de 32 soldats cubains qui protégeaient Maduro, les présentant comme des héros. Pourtant, une partie de la population souhaite une intervention militaire américaine, dans une relation ambivalente. D’un côté, les sanctions américaines — sur le pétrole, les banques et les plateformes de réservation même pour des non-Américains — contribuent aux coupures d’électricité et aggravent la vie quotidienne. De l’autre, beaucoup ne semblent pas en tenir rigueur au président américain, attribuant la responsabilité exclusive des pénuries et de la vie chère au régime communiste, le dernier de la planète avec la Corée du Nord.

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Une petite partie des gens âgés continue toutefois de vouer un attachement quasi mystique à Fidel Castro, mais pas à son frère Raúl, ni aux dirigeants actuels. Ce sentiment est cependant loin d’être majoritaire chez les retraités, qui touchent des pensions de six à dix euros par mois et sont souvent obligés de chercher un petit boulot même à un âge très avancé…

Vendeurs dans les rues…

Jusque quand ?

Si elle en avait l’intention, la Chine — qui dispose à Cuba de bases de surveillance des télécommunications américaines — pourrait tenter de sauver le régime, mais elle ne semble pas disposée à s’engager fortement, ni à provoquer les États-Unis à quelques encablures de leurs côtes. À La Havane, la question est de plus en plus de savoir non pas si le régime tombera, mais quand, et surtout par quoi il sera remplacé. À moins que les dirigeants cubains ne trouvent un accord — mais sur quelles bases ? — avec le maître de Washington.

En attendant, la population souffre et les magnifiques façades néocoloniales du mythique Malecón, le bord de mer envahi par les flots à chaque marée, s’écroulent peu à peu, à l’image du régime.

Un pédophile peut en cacher un autre

Certains observateurs regrettent que la divulgation des fichiers Epstein éclipse un peu les révélations sordides sur les agissements de Pierre-Alain Cottineau.


Hasard du calendrier, deux affaires de pédophilie, l’affaire Epstein et l’affaire Cotineau, occupent les médias depuis une semaine. Deux affaires que tout oppose par ailleurs, ou presque. La première implique un milliardaire, ami des puissants. Elle se déroule dans des villas de luxe et des îles privées. La seconde a un cadre beaucoup plus banal et rural. Son protagoniste est un minable ancien candidat Insoumis, une brebis galeuse comme on en trouve dans tous les partis.

Donald Trump : arroseur arrosé

Une autre différence saute aux yeux. Les faits dont on soupçonne Cottineau sont, dans l’échelle de l’horreur, mille fois plus abjects que les crimes commis par Epstein. Non seulement en raison de l’âge des victimes supposées (celles d’Epstein étaient des adolescentes, celles de Cotineau, des bambins). Mais aussi parce que certains détails de l’affaire Cotineau sont tellement monstrueux que le lecteur, probablement pour éviter un trop grand choc psychologique, a d’abord pour réflexe de douter de leur existence avant de regarder les preuves en face, qui donnent envie de vomir. L’affaire Epstein ne donne pas le même sentiment. Elle est, hélas, moins surprenante.

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Reste une question. Pourquoi les médias parlent-il bien davantage d’Epstein ? Il faut reconnaître que la réponse ne tient pas seulement au nombre de people mouillés, de nature à exciter le voyeurisme de masse, ni à la religion du coupable numéro un, qui fait la joie mauvaise du public antisémite. Il y a aussi la conduite de Trump, qui s’est servi à fond de cette histoire pour se faire réélire en expliquant qu’elle accablait les Démocrates. S’il n’avait pas fait de l’affaire Epstein un sujet de campagne, elle ne serait pas devenue un fait politique. Et les « files » seraient restés consignés dans le secret de l’instruction.

Jack Lang en sursis à l’IMA

A contrario, si trois millions de documents relatifs au dossier Epstein (sur six millions en tout) n’avaient pas été rendus consultables par tout un chacun sur Internet, le seul vrai nouveau salaud démasqué, l’éminence travailliste britannique Peter Mandelson, aurait peut-être échappé à l’enquête qui vient d’être déclenchée dans son pays au sujet de ses divulgations présumées de secrets ministériels. Car il n’est pas certain que la justice américaine aurait transmis à son homologue britannique les éléments concernant cet ancien commissaire européen.

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Jack Lang, lui aussi aussi, dormirait plus tranquille. Il ne serait pas convoqué par le Quai d’Orsay et une enquête du Parquet national financier n’aurait pas été ouverte contre lui. Il faut évidemment souhaiter que les juges creusent autant que possible cette histoire de société offshore aux Iles vierges américaines. Et on ne saurait que se réjouir d’une démission de l’Institut du monde arabe. Mais rien de cela ne rend pour autant plus agréable la petite musique jouée par bon nombre de ceux qui  se déchaînent contre Jack Lang à présent. Faisant dire aux “files” ce qu’ils voudraient qu’ils disent, ils estiment pouvoir traiter, à mots plus ou moins couverts, l’ancien ministre de la Culture de pédophile. Si peu estimable soit l’intéressé, il faut dire ici de la façon le plus claire qu’aucun élément n’existe dans le dossier Epstein qui permette d’avancer de telles accusations.

Mon nom figure-t-il dans les dossiers Epstein?

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Invitée sur BFMTV jeudi dernier, Caroline Lang explique avoir rencontré Jeffrey Epstein en 2012 dans un cadre culturel et amical, notamment autour de visites d’expositions, et dit avoir détenu 50 % d’une société créée par lui pour soutenir des artistes, financée uniquement par lui, et assure avoir rompu tout lien après son arrestation. DR.

L’entregent hors-norme du criminel sexuel américain, mort en 2019, fait trembler les élites un peu partout autour du globle. L’affaire Epstein sonne ainsi le glas de l’élite mondialiste, observe notre chroniqueur. En France, Jack Lang a finalement démissionné de l’Institut du monde arabe.


« Rendre des comptes » : l’exigence fait paniquer l’intouchable élite cosmopolite et ses clones en France. C’est pour « rendre des comptes » que Jack Lang, qui présidait l’Institut du monde arabe, avait été convoqué dimanche, au Quai d’Orsay, pour y répondre de ses liens avec le pédocriminel Jeffrey Epstein et de soupçons de « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». L’ancien ministre de la Culture, symbole usé d’une gauche caviar qui pétitionnait en 1977 pour dépénaliser la pédophilie et s’extasie toujours devant le rap et le graffiti, a préféré démissionner samedi. Depuis la publication, le 30 janvier par la justice américaine, de trois millions de nouveaux documents relatifs aux relations qu’entretenait le prédateur, suicidé en prison en 2019, le Landerneau de la jet set et du business international est victime d’un même trou de mémoire : personne, chez les mondains mondialistes, ne semble avoir remarqué les turpitudes qu’Epstein étalait dans ses pied-à-terre, notamment à Paris.

Vendredi, sur BFMTV, Caroline Lang a expliqué son amitié avec lui par leur goût commun pour l’Art contemporain. Son père était d’ailleurs depuis mercredi à Marrakech pour participer, à La Mamounia, à la fête annuelle de l’Art contemporain. Elle a admis avoir créé avec Epstein, en 2016, une société off-shore dans le paradis fiscal des Iles Vierges pour commercer des œuvres d’artistes sur le marché international. Elle a aussi reconnu l’avoir mis en contact avec Dominique Strauss-Kahn en tant que « spécialiste de l’économie mondiale ». Le Point relate notamment le jugement d’un journaliste américain affilié au village planétaire, qualifiant de « grotesque » le « monde des populistes », après avoir entendu un jour Louis Aliot (RN) et Steve Bannon.

En fait, l’affaire Epstein dévoile l’entre-soi, à forte odeur de décomposition, des puissants de la planète et leur mépris pour les gens ordinaires : une caste longtemps indéboulonnable, en guerre contre de prétendus « complotistes ». Cette oligarchie se disloque aujourd’hui, sous la pression d’une opinion consciente d’avoir été abusée par des moralisateurs défroqués. Un même vent de rébellion contre les faux prêcheurs de vertu s’observe en France, notamment à travers la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et la mise au jour de semblables pratiques claniques se sucrant sur le dos des contribuables. Comme l’explique le rapporteur Charles Alloncle au JDNews, « cette commission dérange un petit monde qui n’a jamais rendu de comptes à personne et qui ne voit aucune raison pour que ça change ». La virulence des critiques portées par le milieu « progressiste » contre Alloncle illustre la rage du camp du Bien, contraint d’avoir à s’expliquer, pour France Télévisions, sur l’usage dispendieux de l’argent public, mais aussi sur de possibles conflits d’intérêts et sur la violation de la neutralité éditoriale portée par certaines sociétés privées de production militantes, telle Mediawan (C à vous, C dans l’air…) fondée notamment par Matthieu Pigasse qui ne fait pas mystère de son engagement pour une « société ouverte ». Le glas sonne la fin d’un mondialisme pourri de l’intérieur.

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«Nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie»

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Grenoble, préfecture de l'Isère. DR.

De l’Arabie à Grenoble, même combat? Le 6 février à Grenoble, deux hommes ont jeté un engin explosif dans un petit institut de beauté, BK Maison Beauté, dans le centre, faisant six blessés légers dont un enfant de 5 ans avant de prendre la fuite. Les règlements de compte pour les points de deal se sont multipliés dans la capitale des Alpes ces dernières années.


Le 6 février, plusieurs individus ont jeté une grenade dans un institut de beauté du centre de Grenoble, faisant plusieurs blessés dont un enfant de cinq ans, et filmant l’attaque avant de diffuser la vidéo. Depuis, une autre vidéo circule (voir ci-dessous).

Après la DZ Mafia, les Fenec 38 !

Se présentant comme un message de revendication, elle émanerait du groupe « Fenec 38 » – logo avec dessin de l’animal sur fond de drapeau algérien – et se conclut par cette phrase : « N’oubliez pas, nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie » suivie d’un surréaliste « merci de votre compréhension. »

Encore une milice armée algérienne opérant sur le territoire français, comme la DZ Mafia ? Oui, probablement – ce qui s’ajoutant à tout le reste devrait entraîner une réaction extrêmement ferme de la France contre l’Algérie, et pas seulement la pathétique « riposte graduée » que brandit depuis des mois le régime macroniste pour masquer sa très grande complaisance avec un pays qui nous est ouvertement hostile (je renvoie le lecteur aux analyses de l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt).

Encore de la violence à Grenoble, cette « vitrine » de l’écologie politique et fief de la gauche universitaire ? Oui, assurément – et même France Info avait été obligée d’y reconnaître une situation catastrophique, parlant de « criminalité en très nette hausse » et de « guerre ouverte dans la ville sur fond de trafic de drogue. »

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Mais on passerait à côté de l’essentiel si on s’arrêtait là.

L’idée de combattants qui « aiment la mort comme vous aimez la vie » a une longue histoire. Reprise par l’Etat Islamique comme par Al Qaïda, elle aurait également été citée par Mohamed Merah. Elle vient cependant de beaucoup plus loin : son origine est une lettre que Khalid Ibn-al-Walid, chef militaire de génie à qui l’islam doit son expansion initiale, surnommé par le prophète de l’islam lui-même « le sabre dégaîné d’Allah », a envoyée en 637 au chef de l’armée perse avant de l’affronter lors de la bataille des Chaînes, à Kazima dans l’actuel Koweït. Dans cette lettre, Khalid Ibn-al-Walid exhorte son ennemi à reconnaître la suzeraineté du Calife et à payer la jizya (impôt spécial par lequel les non-musulmans achètent la « protection » des musulmans, cette « protection » devant s’entendre au sens mafieux du terme), c’est-à-dire à accepter une forme de « proto-dhimmitude », en menaçant « sinon, je vais marcher vers vous avec des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie[1]. »

Djihad d’atmosphère

Les « Fenec 38 » sont-ils un groupe jihadiste ? Stricto sensu, probablement pas, même s’il appartiendra à l’enquête de le déterminer. Ce n’en est que plus inquiétant : ils sont un épiphénomène, l’une des nombreuses manifestations plus ou moins conscientes d’une tendance de fond, nourrie de l’imaginaire des conquêtes islamiques et des razzias, pour qui les « mécréants » et leurs terres ne sont par définition que des proies. Qu’elle s’incarne dans des organisations jihadistes, dans la nébuleuse frériste et plus largement islamiste, dans des mouvements violents ponctuels comme les « supporters anglais » de Darmanin ou les émeutes de juin/juillet 2023, ou bien dans des groupes de narcotrafiquants comme la DZ Mafia – qui en réalité est beaucoup plus une milice armée étrangère financée par le narcotrafic qu’une simple bande criminelle – c’est bien cette tendance de fond le problème essentiel, et l’essence du problème.


[1] Il existe sans surprise plusieurs versions du texte, mais toutes concordent sur ce point passé à la postérité : les soldats de Khalid Ibn-al-Walid aimant la mort comme leurs ennemis aiment la vie.

L’école débordée par les agressions au couteau

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Collège La Guicharde à Sanary-sur-Mer, 3 février 2023 © adrienpittore/Neirdaprod/SIPA

Mardi 3 février, une professeure d’arts plastiques de 60 ans a été grièvement poignardée à plusieurs reprises dans sa classe du collège La Guicharde à Sanary-sur-Mer (83) par un élève de 14 ans. L’adolescent a reconnu avoir prémédité l’attaque en prenant un couteau chez lui. Alors que tous les observateurs bien sages se demandaient ce weekend comment encore susciter des vocations dans le professorat après cette nouvelle attaque en milieu scolaire, notre contributeur Charles Rojzman dénonce de son côté notre refus collectif de voir l’ensauvagement. Nous avons fabriqué une société molle avec des individus durs, observe-t-il avec effroi.


À Sanary-sur-Mer, un adolescent de quatorze ans a poignardé sa professeure. Quatorze ans. Ce chiffre devrait suffire à faire tomber les masques. Il ne s’agit pas d’un simple fait divers. Il ne s’agit pas d’un dérapage individuel. Il s’agit d’un événement politique majeur, au sens le plus strict du terme : un enfant a porté la guerre au cœur de l’école. Et pourtant, immédiatement, le système se met en marche. Les médias parlent de drame. Les responsables invoquent le mal-être adolescent. Les experts convoqués expliquent, contextualisent, psychologisent. On fouille la famille, on scrute le passé, on cherche une fragilité intime — tout sauf regarder la réalité collective. Car ce qui s’est produit à Sanary n’est pas une anomalie. C’est une étape.

Bruit de fond

Depuis des années, les agressions à l’arme blanche se multiplient. Elles ne provoquent plus de choc durable. Elles sont intégrées au bruit de fond. Le couteau est devenu un objet social banal. Il circule dans les cartables, les poches, les halls d’immeuble. Il n’effraie plus. Il rassure celui qui le porte. Cela s’appelle une régression civilisationnelle.

Le couteau n’est pas une arme neutre. Il implique la proximité. Il suppose le contact. Il inscrit la domination dans la chair. Il appartient aux sociétés où l’État ne tient plus, où la loi abstraite ne suffit plus, où la violence redevient un langage. Le couteau apparaît toujours là où l’autorité disparaît. Il dit : l’institution est faible. Il dit : le corps de l’autre est disponible.

Ce que révèle cette violence juvénile, ce n’est pas une crise psychologique. C’est l’effondrement du cadre politique et symbolique. Nous avons détruit méthodiquement tous les piliers :

– l’autorité parentale, discréditée au nom de la bienveillance,

– l’autorité scolaire, neutralisée par la peur du conflit,

– l’autorité de l’État, dissoute dans la communication,

– l’autorité morale, remplacée par la compassion automatique.

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Nous avons remplacé la loi par l’émotion. La sanction par l’explication.
La limite par le récit. Et maintenant, nous récoltons. Ce jeune de quatorze ans est l’enfant parfait de notre idéologie : un individu sans repères solides, sans interdit intériorisé, élevé dans un monde où tout est négociable, où la frustration est vécue comme une violence, où la responsabilité est toujours déplacée ailleurs.

Il est le produit direct d’un système qui a sacralisé les droits en oubliant les devoirs.

On nous répète que ce n’est pas culturel. Que ce n’est pas civilisationnel. Que ce serait stigmatisant de le dire. Mensonge.

Il ne s’agit pas de race. Il s’agit de normes. Il s’agit de modèles anthropologiques. Il s’agit de sociétés parallèles installées durablement sur le territoire national, où l’honneur, la force, la réputation et la domination comptent plus que la loi commune.

Refus de voir

Dans ces univers mentaux, l’école n’est pas sacrée. Le professeur n’est pas respectable. L’institution est ennemie. L’Autre est une surface d’impact. C’est cela, le séparatisme réel. Pas celui des discours officiels. Celui des comportements. Et l’État le sait. Mais il refuse de le nommer, car le reconnaître obligerait à admettre l’échec de quarante ans de politiques migratoires, éducatives et culturelles. Il préfère fragmenter le problème : prévention ici, médiation là, cellules psychologiques ailleurs. Il refuse de voir l’ensemble.

Résultat : une société où les enseignants sont exposés, où les policiers sont haïs, où les citoyens apprennent à se taire, où les enfants grandissent sans intérioriser l’interdit fondamental : tu ne feras pas violence. Sanary marque un seuil supplémentaire : la violence quitte la rue pour pénétrer l’école. Quand un adolescent poignarde sa professeure, ce n’est pas une crise individuelle. C’est un effondrement politique. Cela signifie que la transmission est morte. Que l’école n’est plus protégée. Que l’adulte n’est plus figure d’autorité. Que l’enfant n’est plus contenu. Nous avons fabriqué une société molle avec des individus durs.

Nous avons désarmé moralement les institutions et laissé les pulsions occuper le terrain. Ce garçon de quatorze ans ne portait pas seulement un couteau. Il portait notre lâcheté collective. Car une civilisation ne disparaît pas sous les coups de ses ennemis. Elle disparaît quand elle renonce à se défendre, quand elle ne sait plus imposer ses règles, quand elle préfère l’excuse à la limite, le pathos à la loi. Le couteau n’est pas arrivé par surprise. Il est le fruit logique d’un monde qui a confondu humanisme et abdication.

Haut les cœurs!

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© Mairie de Béziers

Après les menaces sur le Groenland, le 49.3 de Sébastien Lecornu et les lunettes d’Emmanuel Macron, 2026 promet de nous réserver d’autres surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille.


Machiavel

Voilà, c’est fini ! On aura finalement eu droit à un 49.3. Machiavel avait raison, une fois encore : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. » Après avoir affirmé, au début des discussions budgétaires, qu’il n’aurait pas recours à l’article 49.3, Sébastien Lecornu s’y est finalement résolu. Je ne vais pas faire semblant de m’indigner, la procédure honnie aura l’avantage de nous préserver de tout un tas de mesures plus dingues les unes que les autres votées par nos parlementaires au fil des débats, et bien souvent contradictoires au gré des absences ou présences dans l’hémicycle de tel ou tel groupe. Ainsi, l’amputation de près de 5 milliards d’euros de la dotation globale de fonctionnement (DGF) allouée aux collectivités territoriales proposée par le Rassemblement national. « Les autres partis blablatent et dépensent à tout-va, le RN vote 5 milliards de dépenses en moins », s’est ainsi vanté, sur son compte X, le député Jean-Philippe Tanguy. Sympa pour ses petits copains – ceux-là peuvent commencer à ramer – qui se présentent aux élections municipales, car c’est aussi le budget des communes qui était concerné.

Groenland

Tout le monde ou presque s’est félicité du recul de Donald Trump sur le Groenland après ses discussions avec l’OTAN. Il jure désormais qu’il n’utilisera pas la force pour s’emparer de l’île arctique. On peut toujours faire semblant de le croire… Pour lui résister, l’Union européenne y a dépêché… 37 soldats. Ce qui n’a pas manqué de faire ricaner certains : « On dirait le début d’une blague », a raillé le ministre italien de la Défense. Une telle blague que le gouvernement du Groenland a immédiatement distribué une « brochure de crise » à la population, qui énumère les stocks d’armes et de nourriture à avoir chez soi en cas d’attaque américaine. C’est dire la confiance que les habitants de l’île eux-mêmes placent dans ces renforts européens…

Municipales

Évidemment, je vous parlerai de… Béziers ! Avec des sondages encourageants pour le maire actuel, Robert Ménard, donné gagnant au premier tour dans toutes les hypothèses examinées. Et immédiatement décriés par l’opposition tout entière : vous pensez bien, un sondage IFOP, ce n’est pas sérieux ! Passons, nous ne sommes en effet qu’au commencement des coups bas, mensonges, mauvaise foi et autres peaux de banane qui font le « charme » de ces campagnes électorales. Certains jours, on se demande si on n’est pas totalement masochistes…

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Crèche de Noël

Petit retour en arrière : alors qu’elle accueillait en moyenne chaque année entre 20 000 et 25 000 visiteurs, la crèche de Noël de Béziers a vu sa fréquentation exploser en cette fin 2025 : plus de 65 000 personnes ont défilé devant le petit Jésus installé dans notre Hôtel de ville. Un vrai pied de nez à ses détracteurs, et notamment à la Ligue des droits de l’homme. Je sais, ce n’est pas gentil, mais je n’y résiste pas…

Les lunettes de Kéké

Comment peuvent-ils être aussi nombreux à déclarer « détester » notre président de la République et, en même temps, se ruer vers la marque française Henry Jullien (passée sous pavillon italien en 2023…) pour acquérir les désormais célèbres lunettes bleutées portées par Emmanuel Macron à Davos ? En effet, le carnet de commandes du fabricant (toujours) installé dans le Jura explose. Ces fameuses lunettes « de Kéké », comme les a surnommées Isabelle Saporta dans une de ses chroniques matinales sur RTL, coûtent pourtant la bagatelle de… 650 euros ! Kéké : individu qui cherche à impressionner par son comportement et s’avère finalement ridicule et lourd. Pas de quoi émouvoir Donald apparemment…

Davos, 20 janvier 2026 © Markus Schreiber/AP/SIPA

Euthanasie

Les débats sur l’euthanasie et le suicide assisté ont repris au Sénat. Je l’avoue, ces discussions m’agacent terriblement. Je ne comprends pas la logique consistant à légiférer sur les soins palliatifs en même temps que sur l’euthanasie et le suicide assisté. Généralisons d’abord les premiers avant de nous engouffrer dans le système profondément injuste et inégalitaire que représentent les seconds. Inévitablement, il nous faudra nous aligner sur les législations les plus libérales. Et les expériences étrangères sont à cet égard sans appel. Au Canada, l’euthanasie peut être proposée à des patients atteints de déficience intellectuelle ou d’autisme. Aux Pays-Bas, on peut accéder à l’euthanasie à partir de 75 ans, sans pathologie particulière, sous prétexte qu’à partir de cet âge, il ne resterait rien à attendre de la vie. Bref, ce calendrier parlementaire a un drôle d’arrière-goût. L’euthanasie est-elle le sujet crucial de ce début d’année 2026 ? Cela ressemble décidément à une ultime opération de sauvetage du soldat Macron : à l’heure de son bilan, il faudra au moins qu’il ait l’air d’avoir tenu quelques-uns de ses engagements. Donner la mort en fera donc partie…

Culture

Le théâtre des Variétés a ressuscité à Béziers. Cette petite merveille, construite en 1904, était abandonnée depuis les années 1980. D’abord théâtre de music-hall, puis cinéma et même boîte de nuit, il a accueilli en son temps les plus grandes stars du music-hall d’avant-guerre, de Maurice Chevalier à Joséphine Baker. Pour son inauguration en cette fin du mois de janvier, après vingt-deux mois de travaux, des journées portes ouvertes étaient organisées. Plus de 5 000 personnes ont pu admirer la splendide rénovation. Avec quelques pépites savoureuses… Des enregistrements d’époque étaient en effet projetés sur la scène du théâtre. Et notamment quelques chansons de Fernandel, dont Le Tango corse ou Il en est… Qu’on ne pourrait assurément plus chanter aujourd’hui. Rafraîchissant !

Patrick Besson, toujours décapant!

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Patrick Besson © BALTEL/SIPA

Patrick Besson est entré en littérature à 17 ans, l’âge où, paraît-il, on n’est pas sérieux. Je dirais que Patrick Besson – ne surtout pas le confondre avec Philippe ! – ne se prend pas au sérieux, ce qui me semble plus juste le concernant. Son premier roman, Les Petits Maux d’Amour (1974), commence ainsi : « Ensuite je me rappelle mal… » Son nouveau roman, Le jour où je suis tombé amoureux, écrit en quatre mois, pourrait débuter par : « Ensuite je ne me rappelle que trop bien. » Son texte est en effet assez autobiographique. Patrick Besson tient à rappeler quelques éléments de sa bio, comme s’il craignait qu’on ne les loupât. Il est né à Paris, le 1er juin 1956, à quatre heures cinquante-cinq du matin, « l’heure du diable ». Il insiste sur le fait qu’il fut communiste. L’est-il encore ? Ça ne m’étonnerait pas qu’il veuille être le dernier. En Amérique, où se déroule en grande partie Le jour où je suis tombé amoureux, ça signifie le chômage, la prison, la mort sociale. Il précise qu’il a écrit un livre sur le sujet, Julius et Isaac. Au passage, il souligne qu’il a raté de peu le Goncourt en 1992. On pourrait ajouter qu’il a obtenu le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour Dara (1985) et le Prix Renaudot pour Les Braban (1995). Il ne conduit pas, habite Montmartre, une rue en pente, ne s’est guère soucié de son corps – « je l’ai laissé en paix puis on lui a fait la guerre » –, se souvient d’une virée à New York, en 1986, avec Berthet, Queffélec, Billetdoux et Neuhoff. Ce dernier est devenu académicien. Peut-être pour tenir en respect, planqué sous la coupole, la mort. « Ce châtiment auquel nul n’échappe, écrit Besson, même pas les académiciens français qu’on dit pourtant immortels. » Après plus de quatre-vingts livres, des centaines articles – de l’Huma au Figaro en passant par Le Point – il le mériterait. Michel Déon m’avait dit, en 1995, devant un verre de Jameson, chez lui rue de Beaune, que Patrick était l’écrivain le plus doué de sa génération. À propos de Frédéric Berthet, je le glisse ici, parce que je vais oublier sinon, Besson décoche deux phrases qui le résument : « Sa mort anodine comme une signature au bas d’un contrat de location de vélo électrique. Puis sa renaissance dans diverses collections de poche. » Il parle avec justesse des écrivains. C’est souvent grinçant. Exemple sur Hemingway : « Je ne suis pas un fervent supporter d’Ernest : romans sentimentaux à grosses épaules. Il a eu une utilité : montrer qu’on peut être écrivain en utilisant un minimum de mots. » Exemple, encore, sur Guillaume Musso, « l’écrivain aimé des idiotes françaises ». Il rappelle qu’on peut toujours lire Jean Dutourd, là c’est limite une faute de goût, mais passons. Il rend hommage à l’éditeur et écrivain Jean-Marc Roberts en précisant que Le jour où je suis tombé amoureux ressemble à ses ouvrages de jeunesse, La Partie est belle et La comédie légère.

Y a-t-il une Jennifer dans l’avion ?

Après son troisième divorce, Besson s’est mis dans la tête d’épouser une jeune actrice nord-américaine, Jennifer Carpenter, à la bouche de travers, devenue célèbre grâce à la série télé Dexter. Il prend l’avion pour Hollywood avec la ferme intention de l’épouser. Durant le vol, il rencontre une autre Jennifer qui va le mettre en contact avec l’agent de l’actrice. Il y a donc deux Jennifer. Il faut suivre, car ça dépote chez Besson. Il n’y a pas de gras, son roman est un sprint, on est proche de Paul Morand. Ses descriptions, du reste, sont morandiennes. On arrive à Louisville, les rues y sont droites comme la plupart de celles des villes américaines. Attaque : « L’Amérique est géométrique. Seul le fleuve Ohio fait une courbe. » New York : « La ville est d’abord un port. Avec une île au milieu : Manhattan. Le vent a son importance. Il balaie les souvenirs. » Et puis d’autres phrases qui claquent comme un coup de fouet : « Le destin des chambres : être oubliées. » Ou encore : « L’échec du communisme ? La poussette qui dévale les marches dans le film d’Eisenstein : il y a Lénine à l’intérieur. » Ou encore : « L’autorité, c’est de ne pas répondre aux questions ; l’esclavage, c’est de ne pas avoir de réponse. » Et encore, ce constat : « Nos parents nous avaient pourtant laissé un monde facile comme une fille de joie. » C’est politiquement incorrect, l’esprit moutonnier est sans cesse boxé.

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Jennifer Carpenter est mariée. Ça complique les choses. Ça pousse surtout le mari à flinguer l’écrivain. Il s’en sort, de peu. Entre temps, il y a un massacre chez le milliardaire Paul Raskolnikov, au bord de la piscine. Carnage chez les stars de Hollywood: George Clooney, Brad Pitt, Mel Gibson, Téa Leoni. Matt Damon s’en tire. Besson l’apprécie. Le rôle exorbitant de l’écrivain : faire mourir ceux qu’il déteste ; protéger ceux qu’il aime. La femme du milliardaire est épargnée. La beauté slave rejoindra l’écrivain à Paris, aux Abbesses. De belles descriptions du quartier, le pont Caulaincourt qui enjambe le cimetière Montmartre, le rappel qu’il « nous faudra tous mourir. »

Ça sent le sapin

La mort plane sur la fin de l’histoire. Ça reste enlevé, mais le ton vire à la nostalgie. Sur son lit, l’auteur devient oiseau ou « petit garçon qui court sous ses fenêtres pour ne pas arriver en retard à l’école maternelle. » Et puis, il y a sa mère : « Elle me reproche de ne pas être allé à ses funérailles. » L’affaire ne semble pas réglée et le temps presse. Les beaux jours, qui reviennent à la charge, le prouvent. Comment les coucher sur la feuille blanche ? « Ils sont pourtant les seuls dont, sur son lit de mort, un individu se souvient », écrit Besson, qui ajoute : « Il quitte la planète le sourire aux lèvres car sa mémoire ne lui présente plus qu’extases et enchantements de naguère et d’autrefois. »

Il faut pourtant continuer le jeu, mêler fiction et réalité, secouer le tout dans un shaker de palace, emporter le lecteur une nouvelle fois. Et finir par se demander : « Mais on joue contre qui ? pas un dieu, tout de même ? »

176 pages

Le Jour où je suis tombé amoureux

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Voir et revoir

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© Philippe Lacoche.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Faut-il revoir une œuvre, un spectacle, une pièce qu’on a aimés ? Faut-il relire un livre qu’on a adoré ? C’est la question que nous nous sommes posée, la Sauvageonne et moi, en ce gris dimanche de février. Fallait-il nous rendre à la Comédie d’Amiens pour assister à la célèbre pièce Le Dîner de cons, de Francis Veber, créée en 1993 au Théâtre des Variétés à Paris, et adaptée au cinéma en 1998 sous le même titre et par le même auteur ? Nous n’avons pas hésité longtemps. Oui, bien sûr. Nous avions en tête les jeux de Jacques Villeret (François Pignon), Thierry Lhermitte (Pierre Brochant), Daniel Prévost (Lucien Cheval). Epatants, inimitables, magnifiques. De plus, la présente adaptation réalisée par la metteuse en scène Louise Cassin à la suite d’une commande de Bruno Romier, directeur de la Comédie d’Amiens, proposait une nouvelle distribution : Loïc Lacoua (François Pignon) ; Arthur Loisel (Pierre Brochant) ; Auguste Lagdirir (Juste Leblanc) ; Mathilde Perrin (Marlène), Louise Cassin (Christine) ; Arthur Bouilly (Dr Archambaud et Lucien Cheval). Nous n’avons pas regretté notre déplacement. Comédiens de grand talent ; mise en scène efficace, limpide et virevoltante.

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« Il faut savoir qu’il y a deux versions : le film et la pièce », explique Louise Cassin. « J’ai procédé à des ajouts très légers. On s’est rendu compte que la pièce était assez différente du film. La première dure deux heures et demie ; le second, une heure quarante. Dans la pièce, les personnages féminins sont beaucoup plus importants qu’ils ne le sont dans le film. En ça, on s’est rapprochés de l’esprit du long-métrage car on ne voulait pas perdre les gens qui, en grande majorité, avaient d’abord vu le film. Dans la pièce de base, le personnage de Marlène est beaucoup plus important que sur grand écran ; elle raconte son voyage en Inde. Elle est victime d’une sorte d’agression. Elle flirte avec François Pignon ; nous avons occulté ce passage car j’ai eu peur qu’on nous reproche de nous être approprié l’œuvre. » Etrangement, la troupe n’a pas de nom. « L’année dernière, le directeur de la Comédie d’Amiens, Bruno Romier, nous avait commandé Le Prénom que j’avais mise en scène. On a repris la même équipe et on a engagé Arthur Bouilly qu’on a découvert pour ce projet. Par ailleurs, on travaille sur d’autres projets théâtraux ; quelques-uns font un peu de cinéma. On est tous basés à Paris. Je connaissais Bruno Romier. Je l’ai rencontré il y a trois ans. Il m’avait engagée pour une pièce ; puis, il a eu l’idée de faire Le Prénom et Le Dîner de cons. La première de cette pièce a été donnée ici le 25 décembre 2025, puis on l’a jouée ici quinze fois. Aujourd’hui, ça devait être la dernière mais il y aura deux dates supplémentaires le 29 mars et le 16 avril. On espère qu’en 2026-2027, on reviendra jouer la pièce ici ; on espère aussi faire une tournée. »

Des projets, ces jeunes comédiens n’en manquent pas. Louise Cassin et Arthur Loisel jouent à Paris, à la Grande Comédie, la pièce Pourquoi les filles aiment les connards ? Loïc Lacoua, on le retrouve dans le rôle d’Al Capone, à Paris, au Théâtre des 3 Clés. Ces jeunes gens n’ont pas peur du grand écart ; c’est une qualité.

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A Paris, je vote Marie-Paule Belle!

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La chanteuse française Marie-Paule Belle sur TF1, juin 1978 © REY/TF1/SIPA

Monsieur Nostalgie nous parle ce dimanche d’une chanson porte-drapeau de l’esprit français qui fête ses 50 ans et en profite pour souhaiter un bon anniversaire à son interprète née en janvier 1946, notre candidate de cœur du Grand Paris…


En 1976, la disco étend son domaine d’influence sur toutes les stations de la planète. Impossible d’y échapper. La tenaille idéologique est là. L’heure est aux paillettes et aux sons synthétiques, à la danse solitaire et à la moiteur de discothèques. On se déhanche sur des musiques électroniques et on oublie, durant quelques nuits d’insomnie, les crises économiques. Il est bien difficile d’exister en dehors de cette pensée unique. Bientôt, la disco se fabriquera à la chaîne, en cascade, dans une répétition et un automatisme qui n’auraient pas déplu à Henry Ford. La musique sera dorénavant disco comme la purée lyophilisée se vendra en sachet dans les supermarchés. On n’arrête pas le progrès à marche. La modernité musicale passera en force s’il le faut, à coups de matraquage et de conditionnement. Les voix du marché sont impénétrables au doute, elles croient en leur pouvoir de transformer le microsillon en or. Elles déverseront leur surproduction jusqu’à épuiser le filon. En 1976, chaque matin, on ouvre sa radio et on tombe sur le langoureux « Love Hangover » qui donne des complexes à la ménagère, l’époque est à la libération des mœurs et à l’érotisation du quotidien. La libido est un produit de consommation courante. Ne pas participer à la grande bacchanale des sens est une faute politique. Quand ce n’est pas Diano Ross qui appelle au rapprochement des corps huileux, ce sont les Boney M qui réclament un certain « Daddy Cool ». Les Bee Gees nous conseillent de bouger sur la piste pour exhorter notre peur de l’avenir. Leur « You Should Be Dancing » s’illumine dans La fièvre du samedi soir sous les assauts rythmiques de Travolta. Même The Trammps nous prévient par son prophétique « Disco Inferno ».

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Face à ce rouleau mécanique d’une musique de masse, les voix discordantes se font discrètes. Elles longent les murs. La chanson française à textes hiberne dans les cabarets, en attendant des jours meilleurs. Sylvie se demande qu’est-ce qui fait pleurer les blondes et Mort Shuman réclame Papa-Tango-Charlie à la rescousse. Et puis est arrivée Marie-Paule Belle, la Niçoise aux cheveux frisés, regard de mésange rieuse, elle est de la famille des passereaux, sociable et mutine, franche comme le soleil du midi, spirituelle à la manière de ces provinciales qui ont dû se faire un nom et une place dans une capitale phagocytée par les fausses gloires. Marie-Paule nous est apparue dans les émissions de variété, seule derrière son piano, et encore un pas, derrière son micro. Originale dans une époque trop clinquante pour être respectable, cette brune piquante à l’intelligence poulbote, droite dans ses bottes, n’a pas regardé ailleurs, n’a pas copié les vieilles recettes, n’a pas singé les vedettes d’alors, n’a pas fait semblant ; Marie-Paule est restée fidèle à son art populaire, celui d’une chanson française ne faisant aucune concession sur la qualité des textes et ne se prenant pas pour une tragédienne évanescente. Sa dignité dans l’expression nous frappe encore plus aujourd’hui qu’hier. Sans intellectualisme dérisoire, sans ce snobisme de l’entre-soi, sans ce parisianisme moribond, sans la morgue des Artistes, Marie-Paule est restée elle-même, jouant une partition particulièrement raffinée. De haute volée.

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Presque trop délicate pour les âmes englouties dans la névrose. Celle de l’émotion et de la transmission, de l’humour fêlé à la déclaration de guingois, tout un monde, fin, drôle, léger et amer, évanoui sous la mitraille. Lorsqu’on écoute Marie-Paule, quelque chose de joyeux et d’un peu fissuré, de triste et de palpitant, d’entraînant et d’introspectif, une part de rêverie et d’abandon, de force aussi, ne serait-ce pas là, les interludes de la nostalgie, vient nous remplir totalement. Nous nourrir intérieurement. Marie-Paule n’est pas karatéka, cinéphile ou nymphomane, elle n’est pas non plus la chanteuse d’un seul standard « La Parisienne » créé avec ses complices, Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia, elle est le visage d’une liberté et d’un ton, d’une civilisation. Elle sera au Théâtre de Passy du 19 au 31 mai pour son spectacle « Au revoir et merci ».

JO de Milan-Cortina: une cérémonie d’ouverture devrait toujours ressembler à ça!

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Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver, stade San Siro, Milan, 6 février 2026 © Peter Kovalev/TASS/Sipa USA/SIPA

Et soudain Laura Pausini est apparue dans le stade milanais de San Siro, belle comme une Italienne, puissante par la voix et l’envoûtante présence, symbole de son pays, dont elle interpréta magistralement l’hymne national comme sans doute jamais personne ne le fit, avant qu’un chœur de femmes ne prît le relais pour achever l’Inno di Mameli au cœur du village alpin de Cortina d’Ampezzo. Pendant ce temps-là, les Corazzieri, cuirassiers italiens, hissèrent le drapeau italien avec une solennelle lenteur.

Harmonieux

Le temps s’est alors arrêté, le cours tumultueux d’un monde en capilotade aussi. On se mit à frissonner, à avoir la larme au coin de l’œil et à espérer. Canova fut ressuscité en même temps que son œuvre séraphique prenant vie sous nos yeux ; des colonnes de mannequins mirent la mode à l’honneur dans la ville qui est un de ses berceaux et rendirent par la même occasion hommage à Giorgio Armani, récemment décédé ; Mariah Carey nous fit voler avec sa reprise de Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno ; le ténor Andrea Bocelli interpréta superbement Nessun Dorma, comme le fit Luciano Pavarotti il y a vingt ans lors des Jeux de Turin. L’Harmonie était le thème majeur de la cérémonie, loin du chaos, du désordre, du wokisme.

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Evidemment, tout le monde a repensé alors avec douleur à l’obscénité sur Seine de la cérémonie des Jeux Olympiques de Paris et sa représentation de la Cène mettant en scène l’adipeux Philippe Katerine, et aussi sa Marie-Antoinette décapitée, et enfin Aya Nakamura rendue Immortelle par Thomas Jolly qui avait eu le mauvais goût de la planter dans le décor de l’Académie française. Le cheval métallique voletant par-dessus le fleuve, la vasque s’élevant dans les airs et l’interprétation magistrale de L’hymne à l’amour par une Céline Dion ressuscitée parvinrent à peine à atténuer le sentiment de gêne éprouvé devant un spectacle aux relents sataniques.

Belle entrée en matière

La France, pourtant, avait révolutionné la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, en 1992 à Albertville, avec à la manœuvre Philippe Decouflé. Soudainement, il n’était plus uniquement question d’athlètes défilant derrière l’étendard national, mais aussi de tableaux mettant en scène des voltigeurs et en lumière les costumes des grands créateurs de mode. Tous les pays s’en inspirèrent ensuite, avec plus ou moins de réussite, et une mention spéciale à Londres en 2012.

Une cérémonie d’ouverture des JO devrait toujours combiner les vertus de l’olympisme et les charmes du pays hôte, vanter la discipline, l’esthétisme, la grandeur, l’effort, l’Histoire et ses héros, la Beauté, le combat loyal, un pays et ses terroirs, l’enracinement, les champions et leurs malheureux dauphins. Milan-Cortina a réussi son entrée en matière. Le cours du temps peut reprendre.

Cuba à l’agonie

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Les beaux immeubles s’écroulent... Cuba, janvier 2026. DR.

La question de la chute du régime cubain revient aujourd’hui avec une acuité particulière. L’enlèvement du président Nicolás Maduro, au Venezuela, a en effet ravivé parmi la population cubaine un espoir longtemps étouffé, dans un contexte d’asphyxie politique et économique.


Sur le plan politique, la situation demeure inchangée à Cuba. Aucune forme de dissidence n’est tolérée. La moindre manifestation publique — qu’il s’agisse d’un rassemblement ou d’une simple pancarte — entraîne immédiatement une répression sévère. En revanche, la situation économique, déjà fragile, se détériore à un rythme accéléré. La pénurie de pétrole touche désormais tous les secteurs. Même dans les quartiers touristiques de La Vieille Havane ou dans celui des ambassades à Miramar, les ordures s’accumulent et ne sont plus ramassées régulièrement, faute de carburant pour les camions.

Des salaires dérisoires

Pour ceux qui disposent de devises étrangères, dollars ou euros, la pénurie est moins visible. Mais pour l’immense majorité de la population, dont les salaires oscillent au marché parallèle entre l’équivalent de six euros par mois pour un enseignant et trente euros pour un médecin ou un ingénieur, la situation est dramatique. À tel point que beaucoup de diplômés de haut niveau abandonnent leur profession pour se lancer dans des activités commerciales privées, désormais autorisées mais strictement encadrées.

Les « apagones » pourrissent la vie quotidienne

Le système de rationnement — la libreta — qui autrefois garantissait à chaque famille un minimum de produits de base, ne fonctionne plus. Les distributions sont inexistantes ou accumulent des mois de retard par rapport aux quotas théoriques.

Toutefois, ce qui affecte le plus la population — et pourrait déclencher une révolte — ce sont les apagones, les coupures d’électricité pouvant atteindre vingt-deux heures par jour dans les provinces et douze heures quotidiennes à La Havane, à l’exception des zones touristiques et du quartier diplomatique.

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Pour ceux qui n’ont pas accès à des devises étrangères, la situation est jugée semblable voir pire — car tous les Cubains ne sont désormais plus logés à la même enseigne — que celle, très dure, de la « période spéciale » qui suivit l’effondrement de l’URSS. À l’époque, le régime avait dû se réorganiser en misant sur une légère ouverture au secteur privé et surtout sur le tourisme, qui lui assura pendant quatre décennies une source essentielle de revenus.

Aujourd’hui, même cette ressource s’épuise : les hôtels, construits en grand nombre, sont vides. Les tensions politiques, la médiocre qualité des services et la dégradation générale du pays expliquent cette chute du tourisme. Malgré la guerre en Ukraine, des vacanciers russes sont présents en grand nombre, mais cela ne suffit pas à compenser l’effondrement du secteur, en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les pénuries dans la santé

Le système de santé, autrefois fierté du régime, est lui aussi en état de délabrement avancé, faute de matériel médical et de médicaments de base. On ne trouve un produit aussi élémentaire que le paracétamol (Doliprane) que sous le manteau.

Surtout, outre la faible production locale, Cuba ne dispose plus que de trois sources de pétrole — le Mexique, la Russie et l’Algérie — dont aucun ne semble en mesure de compenser la défaillance du Venezuela, autrefois premier fournisseur en échange de l’envoi de centaines de médecins cubains. De longues files de voitures s’accumulent devant les rares stations-service approvisionnées où l’on paye uniquement en dollars.

Les pharmacies sont vides

La figure ambiguë de Donald Trump

La figure du président américain Donald Trump occupe une place centrale dans les discrètes conversations privées avec des étrangers. Le régime a reconnu la mort de 32 soldats cubains qui protégeaient Maduro, les présentant comme des héros. Pourtant, une partie de la population souhaite une intervention militaire américaine, dans une relation ambivalente. D’un côté, les sanctions américaines — sur le pétrole, les banques et les plateformes de réservation même pour des non-Américains — contribuent aux coupures d’électricité et aggravent la vie quotidienne. De l’autre, beaucoup ne semblent pas en tenir rigueur au président américain, attribuant la responsabilité exclusive des pénuries et de la vie chère au régime communiste, le dernier de la planète avec la Corée du Nord.

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Une petite partie des gens âgés continue toutefois de vouer un attachement quasi mystique à Fidel Castro, mais pas à son frère Raúl, ni aux dirigeants actuels. Ce sentiment est cependant loin d’être majoritaire chez les retraités, qui touchent des pensions de six à dix euros par mois et sont souvent obligés de chercher un petit boulot même à un âge très avancé…

Vendeurs dans les rues…

Jusque quand ?

Si elle en avait l’intention, la Chine — qui dispose à Cuba de bases de surveillance des télécommunications américaines — pourrait tenter de sauver le régime, mais elle ne semble pas disposée à s’engager fortement, ni à provoquer les États-Unis à quelques encablures de leurs côtes. À La Havane, la question est de plus en plus de savoir non pas si le régime tombera, mais quand, et surtout par quoi il sera remplacé. À moins que les dirigeants cubains ne trouvent un accord — mais sur quelles bases ? — avec le maître de Washington.

En attendant, la population souffre et les magnifiques façades néocoloniales du mythique Malecón, le bord de mer envahi par les flots à chaque marée, s’écroulent peu à peu, à l’image du régime.

Un pédophile peut en cacher un autre

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L'Américain Jeffrey Epstein et le Français Pierre-Alain Cottineau. DR.

Certains observateurs regrettent que la divulgation des fichiers Epstein éclipse un peu les révélations sordides sur les agissements de Pierre-Alain Cottineau.


Hasard du calendrier, deux affaires de pédophilie, l’affaire Epstein et l’affaire Cotineau, occupent les médias depuis une semaine. Deux affaires que tout oppose par ailleurs, ou presque. La première implique un milliardaire, ami des puissants. Elle se déroule dans des villas de luxe et des îles privées. La seconde a un cadre beaucoup plus banal et rural. Son protagoniste est un minable ancien candidat Insoumis, une brebis galeuse comme on en trouve dans tous les partis.

Donald Trump : arroseur arrosé

Une autre différence saute aux yeux. Les faits dont on soupçonne Cottineau sont, dans l’échelle de l’horreur, mille fois plus abjects que les crimes commis par Epstein. Non seulement en raison de l’âge des victimes supposées (celles d’Epstein étaient des adolescentes, celles de Cotineau, des bambins). Mais aussi parce que certains détails de l’affaire Cotineau sont tellement monstrueux que le lecteur, probablement pour éviter un trop grand choc psychologique, a d’abord pour réflexe de douter de leur existence avant de regarder les preuves en face, qui donnent envie de vomir. L’affaire Epstein ne donne pas le même sentiment. Elle est, hélas, moins surprenante.

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Reste une question. Pourquoi les médias parlent-il bien davantage d’Epstein ? Il faut reconnaître que la réponse ne tient pas seulement au nombre de people mouillés, de nature à exciter le voyeurisme de masse, ni à la religion du coupable numéro un, qui fait la joie mauvaise du public antisémite. Il y a aussi la conduite de Trump, qui s’est servi à fond de cette histoire pour se faire réélire en expliquant qu’elle accablait les Démocrates. S’il n’avait pas fait de l’affaire Epstein un sujet de campagne, elle ne serait pas devenue un fait politique. Et les « files » seraient restés consignés dans le secret de l’instruction.

Jack Lang en sursis à l’IMA

A contrario, si trois millions de documents relatifs au dossier Epstein (sur six millions en tout) n’avaient pas été rendus consultables par tout un chacun sur Internet, le seul vrai nouveau salaud démasqué, l’éminence travailliste britannique Peter Mandelson, aurait peut-être échappé à l’enquête qui vient d’être déclenchée dans son pays au sujet de ses divulgations présumées de secrets ministériels. Car il n’est pas certain que la justice américaine aurait transmis à son homologue britannique les éléments concernant cet ancien commissaire européen.

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Jack Lang, lui aussi aussi, dormirait plus tranquille. Il ne serait pas convoqué par le Quai d’Orsay et une enquête du Parquet national financier n’aurait pas été ouverte contre lui. Il faut évidemment souhaiter que les juges creusent autant que possible cette histoire de société offshore aux Iles vierges américaines. Et on ne saurait que se réjouir d’une démission de l’Institut du monde arabe. Mais rien de cela ne rend pour autant plus agréable la petite musique jouée par bon nombre de ceux qui  se déchaînent contre Jack Lang à présent. Faisant dire aux “files” ce qu’ils voudraient qu’ils disent, ils estiment pouvoir traiter, à mots plus ou moins couverts, l’ancien ministre de la Culture de pédophile. Si peu estimable soit l’intéressé, il faut dire ici de la façon le plus claire qu’aucun élément n’existe dans le dossier Epstein qui permette d’avancer de telles accusations.