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Mathilde Panot (LFI): la démocratie sous condition suspensive

Suffrage universel : LFI a une clause secrète


Mathilde Panot (LFI): la démocratie sous condition suspensive
La députée d'extrême gauche Mathilde Panot sur sa chaine YouTube, le 20 février 2026. Capture.

Après avoir estimé qu’en lui demandant de faire « le ménage dans ses rangs » après le meurtre de Quentin Deranque, l’exécutif se rendait coupable de misogynie, et indiqué qu’elle était « fière » de compter le très controversé Raphaël Arnault parmi les membres de son groupe parlementaire, la chef des LFistes à l’Assemblée a indiqué qu’elle n’accepterait « jamais » que le RN « prenne le pouvoir par les urnes ». La démocratie sous tutelle gauchiste, en quelque sorte.


Il faut toujours écouter attentivement ceux qui prétendent parler au nom du Bien. Ils finissent par dire la vérité, la leur.

Lorsque l’excellente Mathilde Panot explique, références savantes à l’appui, qu’il faudrait empêcher « l’extrême-droite » d’accéder au pouvoir, même si elle devenait majoritaire dans les urnes, elle ne dérape pas. Elle expose une doctrine : la souveraineté populaire, oui, mais sous condition suspensive, naturellement. À charge pour le peuple de voter correctement.

Sachants

Cette idée n’est pas une simple outrance militante. Elle a été pensée, formulée, théorisée. Dans L’Âme noire de la démocratie, Geoffroy de Lagasnerie conteste le fétichisme du suffrage universel et interroge la légitimité d’un système qui laisserait gouverner ceux qui ne « savent pas ». Derrière la critique des institutions, on entend une vieille musique : substituer à la souveraineté du nombre la souveraineté du savoir.

Rien de nouveau sous le soleil. Platon soutenait déjà, il y a plus de deux millénaires, que la Cité juste devait être dirigée par les philosophes, seuls capables d’accéder à la vérité. Le peuple, livré à ses passions, était réputé versatile, inconstant, influençable, dangereux. La démocratie athénienne était pour lui un régime instable, prélude au désordre. Les gardiens du peuple ont désormais changé de costume : on parle d’experts, d’avant-garde éclairée, de vigilance citoyenne. Le principe demeure : tous votent, mais certains comprennent plus et mieux que d’autres.

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Dans le sillage de Jean-Luc Mélenchon – dont certaines saillies récentes, notamment sur la manière de prononcer le nom d’Epstein à la manière des antisémites d’antan, entretiennent un climat trouble – s’installe l’idée qu’il existerait une légitimité supérieure à celle des urnes. Une légitimité morale, historique, intellectuelle. On connaît pourtant cette pente. À ses débuts, le Front national de Jean-Marie Le Pen contestait déjà la légitimité du « système » au nom d’une vérité supérieure. On y voyait une tentation illibérale, et on avait raison.

Classes dangereuses

Aujourd’hui, le mécanisme est simplement inversé. Ce n’est plus le système qui trahit le peuple, c’est le peuple qui trahit le camp du Bien. S’il persiste dans l’erreur, il faudra donc le corriger. « Barrage », « vigilance », « autodéfense populaire » : les mots sont polis, mais la logique est d’une brutalité toute léniniste. Quand les urnes se trompent, la rue rectifie.

La démocratie est pourtant d’une simplicité désarmante. On accepte de perdre, on accepte que la majorité puisse se tromper, comme nous-mêmes nous pouvons nous tromper.

Si l’on estime vraiment qu’une majorité serait dangereuse, la solution n’est pas de suspendre le suffrage universel par l’effet d’une clause implicite. Elle est plus exigeante : convaincre davantage, travailler plus, argumenter mieux, élargir son audience. Ou bien assumons franchement la réforme : remplaçons le vote par un concours d’entrée. Épreuve écrite de conscience politique, dissertation de morale civique, oral devant un jury d’experts certifiés. Les recalés rentreront chez eux, soulagés d’avoir été protégés contre leur propre ignorance. Ce serait au moins cohérent.

Mais tant que nous conservons le suffrage universel, il faut l’accepter sans astérisque, et sans clause suspensive. La démocratie n’a pas besoin de gardiens. Elle a besoin d’adversaires capables de gagner sans tricher, et de perdre sans délégitimer.

(ici à la 23e minute)



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