Accueil Économie Amélie de Montchalin: un cas de conscience personnel?

Amélie de Montchalin: un cas de conscience personnel?

Le coup de gueule de Sophie de Menthon


Amélie de Montchalin: un cas de conscience personnel?
Amélie de Montchalin, ministre de l'Action et des Comptes publics, présente les resultats de la Douane francaise, Paris, le 19 février 2026 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Casse-tête éthique à la Cour des Comptes. Amélie de Montchalin, passée de gardienne d’un budget très critiqué au gouvernement à arbitre suprême de nos finances publiques, incarne ce scénario savoureux où l’on confie les clés du coffre à celui qui a déjà testé la solidité de la serrure…


Au-delà des critiques et des accusations émanant de toutes parts sur le fait de nommer à des postes importants les proches du président de la République pour semble-t-il garantir l’après-Macron, comme faire démissionner Christine Lagarde, remplacer le Gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau… il est une nomination plus inquiétante que les autres : celle de la ministre des Comptes publics au poste stratégique de présidente de la Cour des Comptes.

Le rapport de la Cour des comptes est un document précieux qui structure la vie financière française ; chaque année on l’attend, lorsqu’il paraît on le commente, on compare, on juge, on prend des résolutions, on évalue les erreurs politiques qui nuisent à notre prospérité économique. Et cette année, on est pris de vertige.  Le rapport souligne à quel point l’exécution budgétaire 2025 s’est écarté de la promesse initiale de l’exécutif de réduire le déficit avec 2/3 d’économies, or « l’effort » porte presque exclusivement sur d’importantes hausses d’impôts. Le rapport s’inquiète également du budget 2026 que la future présidente a fait passer avec le 49.3, et on ne peut pas objecter que ce n’est pas elle, solidarité gouvernementale oblige. Peut-on imaginer deux minutes un directeur financier ayant planté les comptes de l’entreprise, qui serait nommé Commissaires aux comptes de cette entreprise ?

Comment alors arriver à concevoir d’un point de vue à la fois logique et éthique, que celle qui a été jugée dans le rapport qui vient de sortir sur 2025 puisse tout à coup devenir juge et experte d’elle même sans entraves et sans se renier ? Clairement, Amélie de Montchalin est une femme compétente, rigoureuse, attachée à sa mission et en aucun cas ce qu’elle a fait et décidé n’a pu l’être par inadvertance ; en aucun cas elle n’était incompétente ou irresponsable sur les prises de décisions, et les mesures adoptées. Et si cela lui était imposé contre son gré, c’est autant de sa responsabilité et cela ne change rien, car son pouvoir était réel : un ministre qui n’est pas d’accord démissionne ou ferme sa g….

A lire aussi: Néolibéralisme: pourquoi tant de haine?

D’évidence ce serait la deuxième solution que la ministre a retenue. Elle vient d’accepter un poste stratégique et aussi honorifique témoignant de la confiance du président de la République. Toujours en son âme et conscience, a-t-elle pensé à ce moment-là qu’elle devrait contester formellement le rapport qui vient de paraître sous la présidence de M. Moscovici ? Ou bien alors faire un mea culpa inimaginable en avouant que tout ce qu’elle avait géré était éminemment critiquable et avait fortement contribué à la dégradation de la France la mettant dans cet état de faillite comateuse sous perfusion fiscale ? Ou bien aller à Canossa, avouant qu’elle s’était trompée et qu’elle le découvre grâce au rapport de la Cour des Comptes ?! Cornélien !

Toutes ces futures décisions, et elle a certainement d’excellents projets, ne seront-elles pas discréditées par son passé au gouvernement ? De surcroit, n’obéira-t-elle pas subrepticement au président de la République encore en place et auquel elle est très redevable ? … On peut se poser la question. Que faire alors pour le bien de la France et de cette institution ? Attendre qu’un projet de loi réduise son pouvoir ? encore une façon détournée de bloquer un peu plus le pays.

Il s’agit là d’une véritable question d’honneur personnel. Quel que soit le prestige du poste proposé, peut-on se regarder dans la glace en sachant que de toute façon on est obligé de mentir ? Soit en affirmant : « j’ai cru bien faire mais j’avais tout faux. » Soit en disant « Messieurs, oui nous nous sommes trompés, mais je ne suis pas responsable » dans la grande tradition républicaine récente « responsable mais pas coupable » … ou l’inverse.

Devant ce constat hélas imparable et malgré les qualités de l’impétrante, la France entière s’honorerait qu’elle refuse avec panache le poste qui lui est confié. Ceci est d’autant plus important que la France a absolument besoin de retrouver sinon des finances saines, du moins une véritable confiance dans ses institutions. Amélie de Montchalin pourrait ainsi relever l’honneur déchu des (ir)responsables politiques en brandissant l’étendard de sa conscience politique et de la responsabilité individuelle. Une démission qui l’honorerait et que les Français apprécierait à sa juste valeur.




Article précédent La violence est-elle devenue la politique?
Chef d'entreprise, présidente du mouvement ETHIC.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération