Le romancier, dramaturge et nouvelliste Éric-Emmanuel Schmitt signe un livre subtil et brillant sur la relation entre Mozart et son père.

Un homme vieillissant ne quitte plus son domicile. De sa mise à son logis, tout reflète la désolation. Son nom : Mozart. Non pas Wolfgang mais Léopold. Non pas le fils mais le père, compositeur, professeur de musique et violoniste allemand. Il a à son actif plus de 500 œuvres musicales dont La promenade en traîneau ou Le mariage paysan, une méthode de violon célèbre en son temps. Mais qui se souvient de lui aujourd’hui ? Il n’y a qu’un seul Mozart. Celui à qui l’on doit entre autres L’enlèvement au sérail, Le Requiem ou Cosi fan tutte.
Il ira loin ce petit
Entre le compositeur de génie et l’écrivain fou de musique Éric-Emmanuel Schmitt, c’est une longue histoire. Ce dernier raconte qu’à 14 ans l’auteur de La flûte enchantée l’a sauvé du désespoir. Quelques années plus tard il signe Ma vie avec Mozart qui met en scène sa correspondance imaginaire avec le musicien. Juste après Dieu, il y a papa est donc une manière de retrouvailles. A un détail près : l’écrivain change cette fois de focale. Il nous conte le fils mais aussi et surtout le père. On y découvre un petit garçon au talent insolent « ses doigts, encore potelés d’enfance mais déjà habités de virtuosité (qui) volent précis, inlassables, sur les touches » et un homme qui n’a qu’un rêve : faire connaître au monde entier ce fils qui joue « comme s’il était traversé par un courant d’air divin ». On y découvre aussi que Mozart avait une sœur Nannerl, également fine musicienne et virtuose accomplie pourtant vite éclipsée par l’insolent talent de son cadet. « Un Mozart ne doit jamais être médiocre » est le credo du père qui va instruire le fils avec autant de sérieux que de compétence. Son objectif : en faire un prodige. Un singe savant diront les fâcheux. Une entreprise pour laquelle Léopold ne renâclera devant aucun sacrifice. Ni de temps. Ni d’argent. Son vœu ne tardera pas à se réaliser. Mais il mettra en lumière une réalité cruelle. Les fils dépassent parfois les pères. Léopold l’admet avec lucidité : « Je n’ai acquis que le talent qui résulte du travail, je ne sais que ce qui s’apprend. Je ne crée pas, je répète. Je n’invente pas, je recycle. Quand j’écris, je bricole ; Wolfgang, lui, entend. Il ira plus loin. Il se rendra là où je ne pourrai jamais le suivre ». A défaut d’égaler Wolfgang, Léopold deviendra son mentor et tentera de lui enseigner la patience, la prudence, l’art de plaire. De jalousie il ne sera jamais question mais plutôt de douleur. Celle de se savoir désormais inutile à celui à qui l’on a dédié sa vie.
Tendre et émouvant
En fin connaisseur de l’âme humaine, Éric-Emmanuel Schmitt raconte la complexité de ces sentiments. La fierté d’avoir engendré un génie. La souffrance de le perdre. L’éblouissement devant l’éclosion d’un talent. La difficulté de se savoir dépassé. C’est dans cet entre-deux subtil que se joue Juste après Dieu, il y a papa. Un roman tendre, brillant, émouvant porté par une plume mélodieuse. Au détour de ces pages Éric-Emmanuel Schmitt nous dévoile le secret de Mozart : « Donner l’apparence du naturel sans jamais sacrifier la profondeur ». Une devise qu’il a manifestement reprise à son compte et qui fait le bonheur de ses lecteurs.
Juste après Dieu, il y a papa d’Éric Emmanuel Schmitt, Albin Michel. 208 pages


