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Dans Libération, la démocratie est fasciste, trop blanche et antidémocratique

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Libération n’en finit plus de nous surprendre. Le quotidien a livré ces derniers jours des leçons de philosophie politique pour le moins insolites. Les dernières élections auraient constitué une étape décisive dans l’avènement d’ « une nouvelle forme de fascisme », d’ailleurs la démocratie représentative serait un piège monté par vous-savez-qui.


Le journal Libération a donné le 31 mai à ses lecteurs l’occasion de poursuivre la réflexion sur les vices de la démocratie représentative qu’ils avaient entreprise quatre jours plus tôt sous la direction de Barbara Stiegler. Celle-ci, prenant acte du résultat des européennes, avait mis en évidence que la logique élective ne suivait pas la logique des ronds-points et qu’en conséquence l’élection ruinait la vraie démocratie.

« Une nouvelle forme de fascisme paradoxalement démocratique »

Un autre « philosophe », collaborateur régulier du journal, Paul B. Preciado, offre un fort beau prolongement à cette thèse dans une chronique intitulée « Le corps de la démocratie ». On y apprend dès les premières lignes que les élections européennes ont constitué une étape décisive dans la construction d’ « une nouvelle forme de fascisme paradoxalement démocratique ». Comment cela ? D’abord, bien sûr, parce que les électeurs y ont envoyé siéger des candidats de Vox, du Rassemblement national ou de la Ligue : « C’est comme vouloir jouer avec un empoisonneur qui aspergerait les cartes de cyanure en déclarant vouloir ouvrir un jeu ‘égalitaire’ avec ses collègues. »

« Le système représentatif anthropocentrique, patriarco-colonial »

Mais ce n’est pas tout, et ce n’est pas l’essentiel. N’allez pas vous imaginer qu’il suffirait d’interdire aux citoyens de mal voter pour résoudre le problème de la démocratie représentative. Non, le vice de celle-ci est bien plus radical, sa source plus profondément empoisonnée : « Le problème du fascisme démocratique n’est pas l’extrême droite. » Qu’est-ce donc ? « C’est le système représentatif anthropocentrique, patriarco-colonial selon lequel le consensus social est obtenu par un pacte de libre communication entre individus humains égaux – définis par avance en termes de citoyenneté bourgeoise, neurodominante, hétéropatriarcale et blanche. » Autrement dit, l’égalité des citoyens devant le droit de vote est une fiction et c’est le corps électoral lui-même qui n’est pas représentatif.

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En effet, seuls y sont représentés les citoyens bourgeois néocoloniaux, ceux qui dominent les autres grâce à leurs neurones, ainsi que les hétérosexuels et hétéronormés blancs. Tous les autres en sont exclus, de sorte que le corps électoral n’est pas le bon corps : « L’enjeu de la démocratie est somatopolitique : quel corps est considéré digne de vote ? Où sont les corps politiques (non représentables, et donc non souverains) après (ou même durant) l’acte de représentation ? » Paul B. Preciado répond qu’il y a d’abord les abstentionnistes, qui sont fort nombreux, et qu’il préfère appeler les « votants abstentionnistes ». Mais ce n’est pas tout : si on leur ajoute « les angles morts du système », alors on obtient « la carte de la démocratie directe » que l’on peut opposer à la fallacieuse démocratie représentative dont les temples, étant vides, sont « remplis de fascisme ».

« Les mains sans papiers qui masturbent les bites de ceux qui votent »

De qui est donc constitué le corps vrai et plein de la démocratie directe que l’on pourra construire une fois détruites les « conventions antidémocratiques de la démocratie » ? Outre les « votants abstentionnistes », tous ces non-votants que sont les prisonniers, les mineurs, les malades mentaux, les migrants, les réfugiés, les vagabonds, les SDF, les comateux pas encore débranchés, les déprimés, les nounous, « les mains sans papiers qui masturbent les bites de ceux qui votent », les animaux domestiques, les animaux sauvages, les coraux et, last but not least, l’eau. Il ne s’agit évidemment pas de réclamer le droit de vote pour tous ces « angles morts », ce qui reviendrait à retomber dans l’écueil du « formalisme représentatif » : « Ne réclamons pas le droit de vote. Mais le droit des corps. Et construisons une démocratie somatopolitique directe. » Tous ensemble, tous ensemble, ouais !

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Il faut savoir gré à Libération d’offrir à ses lecteurs d’aussi belles leçons de philosophie politique. Ceux-ci peuvent désormais, en s’épargnant la lecture fastidieuse de Rousseau et de Sieyès, de Manin et de Rosanvallon, se faire une idée claire et distincte, mais néanmoins profonde, de la façon dont la démocratie directe peut remédier aux carences de la démocratie représentative.

La France de Macron… contre celle de tous les autres


Les élections européennes viennent de confirmer le tournant pris par la politique française. La fracture droite/gauche est noyée par l’opposition identitaires/mondialistes qui se calque désormais parfaitement sur la fracture sociale.


L’effondrement de la droite est, incontestablement, le phénomène le plus lourd de la séquence électorale que nous venons de vivre. La droite « versaillaise », celle de la périphérie ouest de Paris, a basculé du côté de LREM, on le voit dans des villes comme Versailles, Le Vésinet ou Saint-Germain-en-Laye, où la liste du président réalise des scores historiques.

La droite et le baiser des Judas

La droite conservatrice du Grand Ouest a suivi une voie identique, comme le montre la carte électorale de la façade atlantique. L’armée des marcheurs de la Manif pour tous a finalement (et globalement) privilégié l’ordre social établi et le progressisme sociétal à ses convictions morales ; la leçon doit être retenue !

Et pourtant, fort de l’appui des sondages, il n’était pas absurde de penser que la liste des Républicains (LR) pouvait terminer sur un honorable score de 12/13% qui lui permettait de rester dans la course pour les prochaines échéances électorales. Après tout, le côté bien élevé, lisse et posé de François-Xavier Bellamy, avait tout pour séduire une bourgeoise modérée et conservatrice. Ce dernier n’a d’ailleurs démérité en rien ; il a su faire preuve de ses réelles capacités à déployer une parole intellectuellement solide au sein d’une arène politique naturellement portée à la simplification et l’outrance.

Au centre toute !

Les conséquences de ce basculement de la droite sont multiples. Le tropisme de la droite modérée vers le camp Macron était identifié depuis déjà longtemps, et, désormais, ce basculement est acté. Le gentil Bellamy n’a pu calmoter la brèche. Le courant du recentrage a emporté avec lui les espoirs de Wauquiez, l’avenir des Républicains, et toute perspective de refondation d’une droite de conviction, comme elle pouvait encore l’être jusque dans les années 90, avant que ses dirigeants  ne la trahissent méthodiquement, et que son électorat populaire rejoigne massivement le FN.

Il y a fort à parier, que la tendance « Pecressiste » – les héritiers de Juppé, donc – sorte vainqueur du règlement de compte en cours. On voit mal comment un tel courant réduit à quelques points du corps électoral pourrait survivre à la droite de Macron ? A moins qu’elle ne mise sur un effondrement du pouvoir actuel pour récupérer à son profit les forces du centre ; une hypothèse pour le moins hasardeuse, mais pas totalement irréaliste. Mais la vocation naturelle de cette droite, enfin recentrée, n’est-elle pas plutôt de fournir des cadres et des électeurs au pouvoir macronien ?

Tous les chemins mènent à Macron

Déjà, elle a sauvé le pouvoir en place d’une vraie débâcle, en amenant à Macron les trois ou quatre points qui lui ont permis de franchir l’obstacle. Sa demie défaite est une demie victoire, dans la mesure où, outre sauver la face, il s’est ouvert de nouveaux espaces de manœuvre. En effet, outre la droite centriste qui peut passer des accords avec lui, il s’est également ouvert sur sa gauche un espace de jeu. L’électorat des écolos est flottant et ces derniers ont longtemps servi de forces d’appoint au PS; ils pourront, à l’avenir, amener quelques réserves à Macron. Le brave Jadot a beau jouer les irréductibles, l’histoire montre que les dirigeants Verts ne sont pas insensibles aux ors de la République. Enfin, il ne faut pas oublier le rôle du père tutélaire de la mouvance écologiste, la statue du commandeur Cohn-Bendit, rallié de la première heure au pouvoir macronien, qui est remis en avant  pour rabattre l’électorat vert, jeune et malléable, vers la modernité macronienne, qui, depuis quelques semaines, ne jure plus que par le vert !

Quant à la gauche Gluksmann, il n’est pour le moins pas évident de voir ce qui la sépare irrémédiablement de la mouvance LREM. Sa vocation naturelle n’est-elle pas de devenir le flanc gauche d’un centre élargi ?

Le peuple a divorcé de la gauche

Enfin, ces élections que nous venons de vivre installent la fracture sociale comme l’élément central de la vie politique nationale. La culture de classe a fini par unifier, pour l’essentiel, les bourgeoisies « progressistes » et les bourgeoisies « conservatrices » autour d’un même pôle politique – un vaste marais centriste – qui, globalement, cautionne la mondialisation libérale, l’Europe ouverte et atlantiste, et relativise, ou nie, les enjeux migratoires, identitaires et sécuritaires.

Face à elles, une France populaire des travailleurs malmenés (ouvriers, petits employés  et ruraux) et des classes moyennes les plus exposées  au risque. Cette France-là, très largement, se reconnaît dans le vote Rassemblement national (RN). La France insoumise a cru pouvoir profiter de cette nouvelle configuration de la lutte des classes, mais, comme nous l’avions analysé, elle s’est aveuglée dans son action de récupération du mouvement des gilets jaunes. Elle a pu dénaturer le mouvement, mais s’est montrée incapable de rallier ses adeptes. Près de 40% des gilets jaunes ont voté pour la liste RN ; la vérité a fini par tomber comme un couperet !

Mort aux vieux

Le refus frénétique de la gauche, quelles que soient les mouvances, de prendre en considération l’enjeu migratoire l’a définitivement coupée de toute assise populaire ; alors que l’espace de la fracture sociale et de la coupure identitaire se superposent désormais très largement. Les deux forces politiques issues de l’ancien monde de l’opposition classique droite/gauche, soit le PS et ses dérivés (dont LFI) et LR, sont les grandes victimes de cette reconfiguration politique.

Il faut « sauver » les soldats de Daech: 45 avocats font la leçon


Quarante-cinq avocats ont signé une pétition pour « sauver » les djihadistes français de Daech condamnés à mort en Irak. Ces bonnes âmes, qui ne voient les « déshonneurs » que quand ils sont loins, prétendent imposer leur loi au gouvernement irakien.


Un certain nombre de gens habituellement silencieux sur les guerres sanglantes menées par les États-Unis ou par la France comme en Libye et aussi, il faut le dire, en Syrie, ont jugé utile de prendre la pose et de se prétendre combattants infatigables contre la peine de mort. Des avocats ont en effet lancé une pétition pour demander à la France d’intervenir pour éviter qu’en Irak la peine capitale soit appliquée à des combattants coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Les avocats des diables

La justice irakienne a donc condamné à mort 11 français qui avaient rejoint Daech pour se livrer sur le territoire d’un pays souverain à une guerre barbare. Nous savons tous les exactions abominables commises par ces gens, qui ont quitté la France précisément pour les commettre et peut-être devrions-nous faire preuve d’un peu de modestie et de moins d’arrogance vis-à-vis d’un pays martyrisé depuis la guerre d’agression commise contre lui par les États-Unis et une coalition internationale que beaucoup de nos belles âmes avaient fermement soutenue. Ce crime relevant de la justice internationale n’a pourtant jamais été puni, alors qu’il a provoqué des centaines de milliers de morts, des centaines de milliers de réfugiés, et était à l’origine directe de la création d’une organisation terroriste qui a porté la mort jusque chez nous.

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On notera l’hypocrisie de tous ceux qui restent muets sur la responsabilité de ceux qui ont mis cette région à feu et à sang. Et sur celle de la France, dont il faut rappeler qu’elle a armé les djihadistes en Syrie. L’hypocrisie de ceux qui ne semblent voir aucun inconvénient à la vente d’armes à l’Arabie saoudite pour écraser dans des conditions abominables la population du Yémen. Et qui, bien sûr, ont trouvé parfaitement normale la répression de masse, policière et judiciaire, qui s’est abattue sur les gilets jaunes, à coups de violations des libertés fondamentales. Pour les signataires, tout ceci n’est pas grave, ce n’est pas de nature à porter « une tache sur le mandat d’Emmanuel Macron », mais en revanche, ne pas obtenir le retour des criminels djihadistes en France, ce serait affreux.

Plus c’est loin, plus c’est bien

Les violations des libertés publiques, les atteintes permanentes à la liberté d’expression, à la liberté de manifestation, les lois scélérates, les incroyables violences policières qui scandalisent l’opinion internationale, tout cela n’a aucune importance. J’avais relayé une pétition d’avocats français publiée comme celle-ci par Franceinfo. Elle dénonçait les conditions dans lesquelles était mise en œuvre la répression décidée par Emmanuel Macron comme seule réponse au mouvement social des gilets jaunes. Un petit pointage permet de constater l’absence de ceux pour qui la compassion et la défense des principes, sont à géométrie variable. L’engagement, plus il est géographiquement lointain, mieux c’est. On fera une exception pour le grand Henri Leclerc, ce qui ne surprendra personne.

J’invite à lire attentivement cette pétition qui prétend défendre des principes mais n’est en fait qu’un texte ronflant d’une étonnante arrogance, donneur de leçons tous azimuts, et finalement quelque part assez lâche.

On ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses combats

Il nous rappelle avec grandiloquence que la peine de mort a été abolie en France en 1981. Je considère pour ma part que cette abolition, dans sa dimension humaine et symbolique, fut essentielle. Et c’est pour moi une fierté que mon pays n’use plus d’un châtiment inutile qui rabaissait l’État au rang des assassins – on rappellera simplement qu’une vie entière entre quatre murs c’est également une terrible violence. Fort bien, mais nos vaillants signataires oublient de rappeler que cette abolition s’est faite dans un pays en paix, dans lequel le Code pénal, où était inscrite la sanction suprême effacée, est l’outil juridique dont dispose l’État pour combattre la délinquance, c’est-à-dire ceux qui violent les lois, et commettent des infractions dites de droit commun. Et ceux qui s’en servent s’appellent dans une société pacifiée la police et la justice qui défendent dans la légalité l’ordre public. Ces règles sont celles que le peuple français a souverainement adoptées pour le territoire où s’exerce cette souveraineté. Vouloir les exporter est très honorable si on les pense universelles et il faut diplomatiquement y travailler. Quoique pour l’instant, par exemple, il semble que Madame Parly, guère critiquée par les belles âmes signataires, préfère envoyer des armes à l’Arabie saoudite pour écraser un peuple voisin, plutôt que de lui recommander d’arrêter de décapiter au sabre tous les jours dans ses rues.

La justice irakienne à la lanterne

Le problème, c’est que l’Irak est en guerre et n’a connu que cet état depuis 16 ans. Que cette guerre lui a été imposée par l’Occident, seule la détermination de Jacques Chirac nous ayant permis d’en éviter le déshonneur. Ce pays subit donc aujourd’hui avec le djihadisme une guerre atroce et une grande partie de ses ennemis vient de l’extérieur y apporter la barbarie. L’Irak d’aujourd’hui est toujours en guerre, applique les lois de la guerre qui prévoient le châtiment des coupables de crimes de guerre, et cela relève de sa souveraineté de considérer que ces crimes-là peuvent encourir la peine de mort. Présenter tout ceci comme un problème de répression de la délinquance avec obligation d’appliquer nos propres règles est absolument malhonnête.

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« La France n’a pas voulu rapatrier ses ressortissants et a préféré les exposer à la peine de mort et à des procès expéditifs dont nous savons qu’ils méconnaissent gravement les droits de la défense », nous dit la pétition. Ah bon ? J’aurais plutôt pensé que le reproche que l’on pouvait faire à la France, c’était de ne pas avoir été capable d’empêcher un certain nombre de ses ressortissants d’aller en Irak y commettre des atrocités. Que les premiers responsables de cette exposition à la peine de mort étaient justement ces ressortissants. Et que c’est peut-être pour cette raison qu’un minimum de modestie et de discrétion s’imposait.

La loi, c’est eux

Et puis il y a cette phrase étonnante de prétention : « Des procès expéditifs dont nous savons qu’ils méconnaissent gravement les droits de la défense. » Ah c’est cela, tous ces gens savent, ils savent absolument, comment doit fonctionner une justice, que ce sont eux qui ont le bon système, les bonnes valeurs, les bonnes références et qu’on ne peut pas faire confiance aux Irakiens. Parce que ce sont des Arabes ? Mesurez-vous, chers signataires, l’arrogance coloniale, pour ne pas dire plus, de cette façon de donner des leçons à un pays souverain à ce point confronté au malheur ? Et puis dites donc, on ne vous a pas beaucoup entendu lorsque Saddam Hussein a été pendu, je ne me souviens pas avoir lu de pétition. Cette fois-ci, c’est parce que les condamnés sont Français ? Pendre Saddam Hussein, c’était un règlement de comptes entre sauvages, c’est ça ?

Au-delà d’une petite opération politicienne évidente, cette grandiloquence, cette hypocrisie, cette arrogance sont finalement le masque d’un « occidentalisme » idéologique, celui qui avait justifié et applaudi l’agression voulue par George Bush, celui qui justifie la mise à feu et à sang du Moyen-Orient qui dure toujours.

Et pour ensuite venir donner des leçons à ceux qui en sont les victimes.

On ne parle pas de la haine des Juifs aux petits lycéens niçois


Invitée à parler de la mémoire des génocides devant des lycéens niçois, j’ai tenté d’évoquer la haine dont sont l’objet les Juifs aujourd’hui. Élèves et professeurs se sont insurgés. 


Il y a quelques semaines, je participai dans un lycée niçois à événement intitulé « La Semaine de la mémoire et de la recherche ». Pendant quatre jours, des lycéens écoutaient des témoignages de victimes de génocides et des universitaires censés les éclairer sur les processus génocidaires et, au-delà, les processus complotistes et négationnistes, l’antisémitisme et le totalitarisme.

Parmi ces lycéens, une classe de 1ère avec cinq de ses enseignantes à l’origine de cette initiative pédagogique, avait travaillé durant l’année scolaire plus spécifiquement sur le génocide rwandais et s’était même rendu sur place lors d’un voyage passionnant et très émouvant.

La victime devient coupable

Contactée par les organisatrices de cette rencontre pour y faire une intervention, j’avais proposé d’aborder la question de la stratégie de victimisation mise en œuvre par les autorités pour persécuter leurs ennemis voire aller jusqu’à leur massacre de masse. Mon exposé étant le dernier de ces journées, je lui donnai une forme un peu conclusive en insistant sur les mécanismes de retournement des termes et l’inversion des charges de la preuve très souvent utilisés par les persécuteurs pour présenter leurs victimes comme des agresseurs.

Évoquant des sujets traités par des orateurs précédents et étudiés par les lycéens, je rappelai donc brièvement que les Turcs massacrant les Arméniens pendant la guerre de 14-18, les présentaient comme des agents de l’ennemi après les avoir exclus de la communauté ottomane et soumis à une ségrégation rigoureuse. Les nazis massacrant les Juifs d’Europe, dénonçaient leur visée dominatrice et les présentaient comme les fauteurs de guerre et les corrupteurs de la race aryenne, justifiant leur exclusion de la nation allemande puis leur relégation dans les ghettos et enfin la « solution finale ». Les massacreurs hutus présentaient les Tutsis comme des privilégiés et des expropriateurs et les déshumanisaient en les qualifiant de cafards à exterminer systématiquement. Les Khmers rouges présentaient leurs victimes comme des exploiteurs occidentalisés à éradiquer jusqu’au dernier, en les traitant de punaises qu’il fallait tuer jusqu’aux œufs (les enfants).

La vérité des lycéens

Puis je me hasardai à aborder la stratégie palestinienne de victimisation et le dit « antisionisme ». Ayant remarqué que l’intervenant qui m’avait précédé avait montré dans son document PowerPoint des photos de victimes françaises récentes d’actes antisémites (Ilan Halimi, les enfants de l’école Ohr Torah, Mireille Knoll, Sébastien Selam, Sarah Halimi) sans indiquer explicitement le lien avec le caractère islamiste de l’antisémitisme de leurs auteurs, je rappelai les différents types de haine des Juifs à travers les âges (antijudaïsmes romain puis chrétien, antisémitismes politiques modernes, antijudaïsme musulman et antisionisme déniant en fait le droit à l’existence de l’Etat d’Israël).

Les réactions de nombreux jeunes dans l’auditoire ne se sont alors pas faites attendre : négation de l’existence de propos anti-Juifs dans le Coran, renvoi dos-à-dos des Israéliens et des Palestiniens revendiquant « la même terre », accusation de manque d’objectivité de mon intervention. Cela, je m’y attendais un peu étant donné la sociologie de ce lycée « périphérique ». Raison de plus à mes yeux pour ne pas édulcorer mon propos.

« Trop jeunes pour entendre de telles choses »

En revanche, ce qui m’a interloquée c’est la réprobation explicite de mon intervention de la part des enseignantes, au motif que ces élèves « étaient trop jeunes pour entendre de telles choses et qu’il ne fallait pas les choquer ». Les récits des horreurs des camps d’extermination nazis, des massacres khmers rouges ou du génocide à la machette au Rwanda ne les auraient pas traumatisés, mais instiller un doute quant au bien-fondé des roquettes et des tirs de mortier sur Israël ou quant au mythe d’al Andalus en leur parlant de la dhimmitude, ou encore révéler l’existence de passages anti-Juifs dans le Coran et les hadiths, cela ne pouvait se faire car il ne fallait pas perturber ces jeunes esprits fragiles.

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Autrement dit, la contradiction des idées reçues constituait non pas un élément fondamental de la pédagogie de l’esprit critique censé être dispensée dans le cadre de l’Education nationale, mais quelque chose d’intolérable, de nocif et d’indécent. Je pris alors conscience que toutes ces recherches en bibliothèque, ces voyages scolaires sur les « lieux de mémoire », tous ces travaux d’élèves et ces débats autour des victimes n’avaient en somme qu’agité du pathos, de la compassion voire de l’identification avec les victimes mais n’avaient nullement contribué à la compréhension de la complexité des phénomènes politiques autoritaires pouvant conduire jusqu’au génocide.

Commémorer pour ne pas comprendre, un nouveau négationnisme

Journées de la mémoire certes, mais la recherche n’était-elle pas restée vaine si la contradiction, le paradoxe et l’ambivalence étaient d’emblée refusés à la formation de ces jeunes esprits ? Les dérives de l’esprit victimaire que je m’étais proposé d’analyser étaient ici-même à l’œuvre : l’individualisation des victimes, avec l’audition de témoignages poignants notamment, conduisaient à ignorer la dimension politique des souffrances subies. Les stratégies, les modes de justification des massacres passés étant ainsi méconnus, on s’interdisait toute analyse comparative, toute réflexion en somme sur d’autres stratégies et discours de légitimation d’actions meurtrières actuelles. Le passé sert ainsi à enfouir le présent sous ses cendres, et les larmes noient l’intelligence des événements d’aujourd’hui.

C’est finalement à un nouveau négationnisme auquel on assiste : l’agression génocidaire en acte ou en projet est masquée par les horreurs du passé qui saturent l’espace mental et médiatique. Ressassant les génocides historiques dans la repentance et la bonne conscience, sans en comprendre les ressorts universels, on dénie au présent son véritable potentiel génocidaire. A dénoncer en boucle les totalitarismes d’hier, on s’aveugle sur ceux en germe aujourd’hui qui n’ont aucune filiation historique avec ceux-là. Paradoxes de notre temps : l’antifascisme occulte le totalitarisme islamiste en action ici et maintenant comme l’antiracisme dénie aux « blancs » leur statut possible de victimes, et le travail mémoriel plein de bonnes intentions entrave celui de l’histoire tentant d’éclairer crûment le présent.

Français encore un effort... pour rester laïques !

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« Douleur et gloire »: Almodóvar a fait mieux qu’Almodóvar

J’ai longtemps résisté aux films d’Almodóvar. Trop de couleurs criardes, trop d’hystérie, trop de sexe — même si je sais bien que la revendication érotique, et particulièrement homosexuelle, après quarante ans de franquisme, était avant tout l’affirmation d’une liberté enfin retrouvée : les Américains, qui n’y regardent pas de si près, ont régulièrement classé ses films en X ou RC-17.

Trop de mères, aussi. Et, du coup, trop d’enfance, de curés papouilleurs, d’émois adolescents. Bref, trop de Movida madrileña — même si je sais bien que — voir plus haut.
Mais j’ai vu bon nombre de ses films, quand même : j’y discernais une promesse qui ne se concrétisait jamais tout à fait, mais qui le rendait infiniment supérieur aux grandes machines hollywoodiennes d’un côté, aux films hexagonaux ras du nombril de l’autre.
Et trop de références aussi — Buñuel, Godard, John Waters, Vittorio de Sica, Kazan, Hitchcock, entre autres. Ils se tirent la bourre avec Tarantino à qui étalera le mieux sa cinéphilie.

Le chef d’oeuvre d’Almodóvar

C’est dire que je suis allé voir Douleur et gloire (déjà, me disais-je, un titre quasi décalqué de Visconti…) en traînant un peu les pieds.

Eh bien, Almodóvar a épuré. Du sexe subsistent des souvenirs, des amis enfuis, parfois hostiles. De l’enfance, Almodóvar a gardé l’essentiel : le visage de Penélope Cruz dans les retours en arrière, celui de Julieta Serrano dans le temps présent. Des premiers émois, le corps du maçon à qui le petit garçon apprend à lire et à écrire (en méthode alpha-syllabique !). Du cinéma des autres, il ne reste rien.

Et de la jeunesse enfuie, il reste la vieillesse et la certitude de la mort.

Comme si tous les films précédents étaient des brouillons. Des essais. Et que celui-ci soit le chef d’œuvre, au sens que les Compagnons donnaient jadis au mot.

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Il y a des auteurs, en littérature ou en cinéma, qui ont commencé par une œuvre majeure (les Liaisons, le Guépard, Catch 22, le Cœur est un chasseur solitaire, et j’en passe — ou la Nuit du chasseur). Ceux-là, en général, n’ont rien fait d’autre, ayant le sentiment d’avoir tout dit. Mais Almodóvar, de film en film, n’a jamais prétendu faire une œuvre définitive : il tendait vers une création qui serait enfin close sur elle-même. Douleur et gloire n’est pas loin de la perfection : on en sort en se demandant si le metteur en scène s’est senti mourir, pour flirter de si près avec un film total.

Tout sur Almodóvar

Almodóvar a toujours eu une direction d’acteurs exemplaire. Cette fois, cela confine au dédoublement, tant Antonio Banderas, Penélope Cruz et Cecilia Roth (des habitués de sa filmographie) sont stupéfiants. Ils ne jouent pas — ils sont de l’autre côté du miroir, là où l’acteur est le personnage, et où le personnage est à chaque fois un double de l’auteur. Cannes a donné une palme à Banderas — c’était le moins que le jury pouvait faire. Il est à la hauteur du Burt Lancaster de Violence et passion, que j’évoquais plus haut.

Je suis sorti de la salle en état de catharsis lacrymale (la mort de la madre est racontée avec l’économie de moyens, le lyrisme tenu de Cohen dans le Livre de ma mère), en me disant que Parasite, le film de Bong Joon-ho, Palme d’or cette année, a vraiment intérêt à…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Marion Maréchal, Sibeth Ndiaye: deux femmes, deux France


Entre deux apparitions de l’omniprésente porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, l’ancienne responsable du FN Marion Maréchal a pu faire son grand retour médiatique ce dimanche. Les deux femmes ont exposé à distance deux visions très différentes de la France.


Elle a beau redoubler d’efforts (hommage aux Femen, proposition de relever à 50% le quota de femmes dans tous les domaines), le secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes Marlène Schiappa est en train de se faire voler la vedette par le porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye ! On hésite même à lui donner la palme pour sa performance, dimanche matin, sur CNews.

Sibeth Ndiaye, le discours de la méthode

Madame Ndiaye est dépêchée un peu partout pour la pré-vente du discours de politique générale prévu le 12 juin. La malheureuse ne peut pas annoncer grand-chose. Alors, celle que Le Monde qualifie de « trop directe, trop cassante et trop disruptive » (oui, ils écrivent ce genre de choses) profite de sa tournée des télés pour corriger son image. Cette fidèle « soldate du macronisme » veut désormais être dans la « bienveillance » (la désopilante lecture du Monde continue !).

Celle qui affirmait sans gêne dans L’Express être amenée à « mentir pour protéger le président » occupe l’espace pour « valoriser le changement de méthode » de l’acte II du quinquennat. Malgré la crise sociale et la gifle reçue aux élections, Macron garde son cap. Face aux journalistes Nicolas Barré, Michaël Darmon et Damien Fleurot, la brillante inventeuse des « mâles blancs de plus de 50 ans » et du « pognon de dingue » rappelle la ligne gouvernementale : le progressisme. Habillée d’une jolie blouse ornée de gros cœurs, elle explique qu’il est dans l’ADN de La République en Marche. Ôtez donc ces « lunettes obsolètes » (sic), mes bons messieurs, le clivage gauche / droite, les Français ne s’y reconnaissent plus. Le progressisme, c’est faire les yeux doux au brillant Yannick Jadot en adoptant un « réflexe écolo dans chacune [des] décisions politiques ».

« Je suis très attentive à rester compréhensible »

Après une analyse de la transition écologique d’une rare pertinence (« son accompagnement nécessite des efforts difficiles à accepter »), elle a rappelé que le gouvernement n’était pas du tout au courant des 1000 licenciements annoncés par General Electric à Belfort le lendemain du scrutin européen. Un de ses fameux « mensonges » ? Espérons, sinon elle n’est pas aussi compétente qu’on le dit…

Ndiaye, dont le cabinet, est 100% féminin, se propose d’abandonner la verticalité des débuts du quinquennat pour se rapprocher des Français en organisant des déplacements.

Et elle a sa méthode pour parler au plouc qui a mal à la tête quand on lui sort des phrases compliquées : « Le fait davoir un langage non compréhensible explique pour partie la distanciation entre le politique et le citoyen. Je suis très attentive à rester compréhensible. » Trop aimable !

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Mme Ndiaye, qui n’a jamais été élue, veut donc se rapprocher des « territoires » (c’est comme cela que la Macronie nomme la province), lesquels cacheraient d’insoupçonnées « énergies positives ». Et quand on est aux responsabilités, il est nécessaire de se mettre en contact « avec vos citoyens », préconise-t-elle. Quitte à être « à portée dengueulade », ajoute-t-elle.

L’opposition ? Quelle opposition ? Cette mère de trois enfants ne voit pas de risque de fusion entre droite et Rassemblement national, même si « de toute évidence, des ponts sont possibles… »

Marion Maréchal « de droite »

En parlant d’union des droites, Marion Maréchal est de retour. Si longtemps qu’on ne l’a pas vue, c’est une apparition ! Alors qu’elle n’a pas donné d’interview télévisée depuis deux ans, Marion Maréchal est là, bien peignée, et prête à répondre à Adrien Gindre (pas peu fier). La nièce de Marine a décidé de sortir du silence, car elle est « inquiète ».

« Interpellée par la situation politique actuelle », elle constate que, malgré tout ce qui a pu être dit, « Macron résiste assez bien », et que le nouveau clivage entre souverainistes et progressistes n’est pas « forcément plus sain ». Extrêmement bien préparée, elle répondra pendant une heure à une batterie de questions avec précision et analyses à la clef.

La fusion entre le RN et la droite, elle y croit. Même si elle se défend d’être à la manœuvre. Tenir une école prend tant de temps, vous savez… Elle précisera à deux reprises qu’elle se définit comme « de droite ». Pas nationaliste, pas souverainiste, identitaire ou patriote. Non : « de droite ».

« Le compte à rebours démographique a commencé. »

Ou conservateur, à la rigueur. L’ancienne députée du Vaucluse précise qu’en France, le conservatisme « nest pas une tradition avec une doctrine bien définie ». Le conservatisme, c’est une « disposition de lesprit qui consiste à vouloir conserver les héritages séculaires et les leçons du passé []. Cest regarder lavenir non pas avec une espèce de fascination enfantine comme le font les progressistes, mais avec prudence… » Et d’ajouter immédiatement que quelqu’un comme François-Xavier Bellamy pourrait s’y reconnaître… Ce qui se passe aux Républicains l’intéresse au plus haut point. Le grand « compromis patriotique », elle ne pense pas que le RN puisse le mener à bien seul. Déplorant que Macron soit « diviseur » et mène des « politiques catégorielles » qui privilégient les métropoles, elle se fait aussi mauvais prophète : « Le compte à rebours démographique a commencé. » Tous aux abris !

« Si jai le sentiment que je peux être utile… »

Adrien Gindre semble impressionné par la qualité du diagnostic détaillé des maux de la France que lui a établi Marion Maréchal. Il semble se demander si la France peut se passer encore longtemps d’un médecin aussi lucide. Et comme l’émission s’appelle « En toute franchise », il va oser poser la question : « Est-ce qu’elle revient ? » Non, l’ancienne députée ne fait pas son grand retour. Elle confesse même être « mal à laise » que tout ait été « scénarisé » autour de cette émission, alors qu’elle se contente de « regarder comment évolue la vie politique française » et de nous partager ses analyses… Elle ajoute toutefois : « Si jai le sentiment que je peux être utile à un moment donné, jaiderai. » 2022 ? Pour l’instant, sujet tabou.

La jeune femme de 29 ans préfère rester confortablement au-dessus de la mêlée politique et de ses contingences. Avec son diagnostic d’une France à l’identité claudicante, abandonnée par un président-manager à la tête de progressistes qui ne cherchent qu’à en optimiser la structure économique dans la mondialisation, elle attend son heure. Mais alors que j’écris ces lignes, on me dit dans l’oreillette que le chef des Républicains annonce sa démission…

David Koubbi: « N’importe quel incompétent honnête fera mieux que nos élus »


David Koubbi est un défenseur qui attaque. L’ancien avocat de Jérôme Kerviel s’en prend au pouvoir politique, à la justice, au vote, à la façon dont nous sommes représentés… et entend réhabiliter l’anarchisme. Il y voit la solution à la plupart des blocages rencontrés par la France.


Matthieu Delaunay. Qu’est-ce que les résultats des élections européennes vous évoquent ?

David Koubbi. Que c’est une élection de plus. Une élection sur laquelle nos médias se sont exclusivement mobilisés, au détriment de tout autre sujet de fond. Maintenant nous allons passer à l’élection d’après et entre-temps, rien n’aura changé puisque nous n’avons pas d’exigences quant aux résultats que nous attendons de nos politiques. On nous a encore pris pour des imbéciles et le système de diabolisation par chaque parti de tous les autres partis n’est qu’un élément de plus qui le prouve. Car finalement, comment ne pas voir ces partis comme des clans dont le seul objet, la seule volonté, serait de se succéder aux manettes du pouvoir pour des raisons qui les concernent et en aucun cas au service de l’intérêt général ?

Encourager à ne pas aller voter, n’est-ce pas retirer aux personnes la seule parcelle de pouvoir qu’il leur reste ?

Résolument non. Ils n’ont aucun pouvoir par le vote. Le politique ne gouverne pas aujourd’hui, qu’importe le parti ou la personne. Sa marge de manœuvre par rapport au système financier, à l’Europe ou aux budgets dont il dispose, est aussi mince qu’une feuille de papier. Le discours culpabilisant selon lequel « si tu n’as pas voté tu dois te taire, parce que tu n’as pas donné ton avis », me semble être une équation à renverser. Pour moi, « si tu as voté, tu dois te taire parce que tu as participé au système absurde dans lequel nous vivons ». Je serai heureux de voter aussitôt qu’on sera en démocratie, dont les principes sont définis par nos plus grands textes. Au hasard, et ce n’est pas une lubie de ma part, elle suppose une justice indépendante. Or, je témoigne qu’en France, la justice ne l’est pas. Alors que fait-on ? Si je vote, je veux des garanties.

Comment se fait-il qu’aucun grand patron ou représentant de la nation ne soit poursuivi et condamné efficacement ?

La première c’est la probité de ceux qui briguent nos suffrages. La notion d’engagement contractuel prime dans tous les domaines de la vie de nos concitoyens, sauf en politique où la parole n’engage pas. J’entends déjà la réponse : « Si tu n’es pas content, la fois d’après tu ne votes plus pour lui ». Très bien, mais, entre-temps, que fait-on ? Puisque nous les laissons libres dans un tunnel de cinq ans… Dans quel domaine de la vie faisons-nous un chèque en blanc pour une telle période ? Quel patron placerait quelqu’un avec un contrat irrévocable de cinq ans quels que soient ses résultats ? Qui accepterait pendant cinq ans de ne plus influer sur sa vie de couple, alors même que l’autre se conduirait à l’inverse de ce à quoi il s’est engagé ? Je suggère que ceux qui nous représentent soient cornaqués, puisque manifestement ils en ont besoin, pour demeurer probes et ne pas devenir fous à l’aune du pouvoir extraordinaire que la nation leur confère.

Les Français souhaitent-ils cette probité ?

Au fond oui, même s’ils ne l’expriment pas expressément faute de pouvoir y réfléchir puisque le système leur impose une succession de hochets médiatiques sans importance : « Pour ou contre le mariage gay ? » : six mois d’absence de débat sur tout autre sujet ; « un royal baby » naît ? : Les médias en parlent pendant une semaine. Et puis vient le temps des affaires : Benalla, Sarkozy, Cahuzac, Balkany, et tant d’autres… qui vont être traitées comme des faits divers, empêchant tout débat sur le fond, et notamment sur ce qui est attendu de nos représentants.

Les revendications des gilets jaunes sont-elles illisibles ?

Non elles sont très claires : plus de justice sociale, plus de justice fiscale, plus de justice tout court, une démocratie réelle ! Ils savent et voient bien qu’il n’y a pas d’anciens ministres ou députés en prison alors qu’on fait partie des trente pays les plus corrompus au monde. Si la corruption ne se mesure pas en tant que telle puisqu’elle est occulte par définition, le sentiment de corruption, lui, peut être mesuré. Or, comment peut-on vivre dans un des pays parmi les plus corrompus, sans qu’aucun grand patron ou représentant de la nation ne soit poursuivi et condamné efficacement ?

Si les Français faillissent à obtenir la probité de leurs élus que proposez-vous ?

De les chasser.

Et ensuite ?

On met n’importe quel incompétent honnête à leur place et il fera mieux.

N’êtes-vous pas fatigué de crier dans le désert ?

Mon sujet n’est pas de penser comme le plus grand nombre, mais de dire ce que je pense quand cela m’est demandé. Les anarchistes ont une idée très aiguë de ce qu’est l’éducation populaire, de l’exigence d’accroître le niveau de connaissance d’un peuple comme le nôtre, pour être capable individuellement et collectivement de comprendre un peu mieux ce qui nous environne et où est-ce qu’on se fait rouler. Ces discussions et ces échanges m’enrichissent et me permettent d’élever mon niveau de conscience.

La période est propice aux irréguliers, ceux qui réfléchissent en dehors du cadre

Pourtant l’anarchie est le seul terme qualifiant un mouvement politique ou une philosophie politique qui est négativement connoté.

Tout ceci, c’est de la rhétorique. On utilise le terme « anarchie » comme synonyme de bordel, de « chienlit », plutôt que de parler des pensées exigeantes de Proudhon, Élisée Reclus, Mikhaïl Bakounine, Louise Michel et tant d’autres. En vulgarisant, l’anarchie peut être définie comme : plus de libertés et de responsabilités individuelles, mais aussi une attention accrue à l’éducation. Sur un plan politique, l’anarchie veut dire : arrêter de faire croire aux politiques que nous souhaitons qu’ils nous gouvernent sur tout un tas de sujets qui ne les regardent pas : notre vie. Peut-être que l’armée, que la présence de la France à l’étranger ou les grandes orientations du pays les concernent, mais tout le reste est à nous.

Donc il faut leur reprendre ?

Oui, en leur donnant un mandat plus serré et contrôlé et exiger d’eux qu’ils le remplissent parfaitement. Il faut un énorme toilettage de nos lois pour garder celles qui sont strictement indispensables et puis responsabiliser les gens avec de vraies sanctions face à leurs défaillances dans l’application du contrat social. C’est aussi réfléchir aux peines alternatives de privation de liberté, à l’intérêt général, à ce qu’est être Français. C’est donc contester, car la contestation et la France, c’est une histoire d’amour longue et tumultueuse.

Quelle serait l’essence de la contestation ?

Nous nous devons d’être des irrésolus. Des pisse-tièdes trouveront que ça fait slogan, un peu phrase, mais j’y crois. Je crois que la période est propice aux irréguliers, parce qu’elle est troublée et que c’est dans ces périodes troublées que les aventuriers commencent à poindre, ceux qui réfléchissent en dehors du cadre. Et je pense qu’il faut appeler ceux qui nous liront à réfléchir en dehors du cadre parce que, tel qu’il est bâti aujourd’hui, il n’a qu’un dessein : que tout continue comme avant.

Débats au Sénat: et si Notre-Dame était une église?


Les discussions autour du projet de loi d’exception relatif à Notre-Dame de Paris n’augurent rien de bon. Au-delà du mépris qui transparaît du compte-rendu des débats, Notre-Dame est trop souvent considérée comme un parc d’attraction, et non comme une église. Mieux vaut pourtant une ruine qui a gardé son âme qu’une reconstruction qui l’a perdue. 


Le Sénat vient tout juste d’examiner le projet de loi d’exception relatif à Notre-Dame de Paris. La Tribune de l’Art livre un rigoureux et délicieux compte-rendu de débats manifestement animés, et dans lesquels s’étalent sans surprise certaines caractéristiques du macronisme : fait du prince, hypocrisie, mépris des « corps intermédiaires », incapacité à comprendre les enjeux de civilisation… Je ne peux qu’approuver les commentaires de Didier Rykner !

Notre-Dame est une église chrétienne

Mais dans ces échanges, et plus généralement dans les réflexions et discussions autour de Notre-Dame, un point important me semble trop souvent passé sous silence. Le silence d’une évidence, peut-être, mais plutôt je le crains une censure implicite, ou un silence gêné. Notre-Dame est une église chrétienne.

Bien évidemment, la cathédrale de Paris n’appartient pas aux seuls chrétiens, ni de surcroît aux seuls catholiques, et ne concerne pas qu’eux. Dans sa beauté, sa sincérité, élan matérialisé vers la transcendance, pont de pierre entre la Terre et le Ciel, elle est un don fait à l’humanité entière par la chrétienté, inspirée par le christianisme. Tout comme le Parthénon, les temples d’Angkor ou le Taj Mahal, elle est universelle.

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Mais elle n’atteint cette universalité que par son authenticité propre. D’autres que moi sauraient sans doute l’expliquer, je ne peux que le constater : rien ne parle mieux à tous que ce qui est pleinement soi-même. C’est toujours dans l’intensité d’une expérience particulière que jaillit l’essence même de l’universel. Tout chef d’œuvre est unique, doté à la fois d’une inimitable unicité, et d’une profonde unité – fait d’autant plus remarquable dans le cas d’une cathédrale qu’elle est le fruit du travail de nombreux artistes et artisans, sur plusieurs générations.

Une église n’est pas un lieu comme les autres

Et pour Notre-Dame de Paris, cette authenticité et cette unité à travers les siècles sont indissociables de sa vocation d’église.

Même les touristes et les simples curieux qui la visitent viennent visiter une église : pas une promenade installée dans une ancienne église, pas une imitation d’église ni un bâtiment en forme d’église, mais une église.

Quelle est la différence ? Peut-être une cohérence logique, des détails auxquels seuls un croyant et un pratiquant seront sensibles, et qu’eux seuls sauront placer à bon escient parce qu’eux seuls comprendront véritablement leur signification et leur rôle. Peut-être aussi autre chose, une impalpable atmosphère, l’écho des prières et de la foi qui imprègne la pierre en même temps que la fumée des cierges. Irrationnel ? Et pourtant.

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Les orthodoxes le savent, pour qui la peinture d’une icône doit être une prière. Les Japonais le savent, qui depuis un millénaire rebâtissent tous les vingt ans à l’identique le temple d’Ise. Une cathédrale gothique n’est pas seulement une œuvre d’art, c’est une demeure construite pour accueillir la présence d’un Dieu, et abriter ceux qui veulent s’adresser à Lui et Lui confier ce qu’il y a de plus fort, de plus beau, de plus triste, de plus terrible, de plus intime dans leurs vies. Leurs espoirs et leurs désespoirs. Leurs terreurs et leurs joies. On peut bien évidemment ne pas croire en ce Dieu, ne croire en aucun, en un ou des autres, ou préférer devant l’immense mystère se dire que l’on ne sait pas. Mais dans tous les cas la réalité de ces prières, comme simple fait anthropologique, impose l’humilité. L’indispensable critique des religions, pour implacable qu’elle doive être, ne s’oppose pas au respect de la foi. Qu’il soit consacré à Yahvé, au Christ, à la Vierge, à Allah, à Bouddha, Amaterasu, Vishnu, Frigga, Zeus, Athéna, Apollon, Asclépios, un lieu où l’on vient déposer ses interminables nuits de veille et d’angoisse pour un enfant qui lutte contre la maladie, pour un enfant parti à la guerre, pour un enfant perdu, n’est pas un lieu comme les autres.

Place au square Notre-Dame de Paris

On ne construit pas une gare sans garder à l’esprit le passage des trains et l’accueil des voyageurs. On ne construit pas une école sans penser à la mettre tout entière au service de la transmission du savoir, de la culture, d’un certain art de vivre en harmonie avec une société. Ou alors on est un bien piètre bâtisseur. De même, on ne construit pas un lieu de culte, on ne le rebâtit pas, on ne le restaure pas, sans mettre le moindre élément que l’on y installe au service de sa vocation. La cohérence de l’intention est aussi importante que la cohérence esthétique.

Certains ont cru bon de proposer, par exemple, d’implanter une promenade arborée sur le toit de Notre-Dame. C’est un non-sens. Un jardin monastique sur une cathédrale, entre les bras élancés de ses tours et de sa flèche, pourquoi pas ? Un lieu de déambulation méditative, de prière silence, un cloître en somme, pourquoi pas ? Mais certainement pas un « espace vert » ! On peut se promener fort agréablement dans un cloître, mais c’est d’autant plus agréable que sa nature même de cloître lui donne ce je-ne-sais-quoi qui le distinguera toujours d’un square municipal, qui lui-même aura quelque chose de particulier faisant son charme.

L’âme en peine

Notre-Dame de Paris est une église. C’est ce qui fonde sa cohérence, son inimitable universalité, et osons le mot, son âme.

L’oublier, et plus encore le négliger, le nier, le refuser, ce serait lui faire pire que tout ce qu’a pu faire l’incendie, ce serait renoncer à la soigner pour empailler son cadavre. Mieux vaut une ruine qui a gardé son âme qu’une reconstruction qui l’a perdue.

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L’oublier, ce serait aussi dans un délire d’arrogance trahir ceux qui l’ont patiemment bâtie, et pendant des siècles entretenue et restaurée. Même le plus modeste tailleur de pierre du Moyen-Âge n’était pas juste un pauvre ouvrier exploité, n’en déplaise à certains. Année après année, geste après geste, tandis que ses doigts se faisaient calleux et que le manche de son outil prenait la forme de ses doigts, il sculptait une prière et inscrivait son œuvre dans l’éternité. Sans doute sa vie nous semble-t-elle aujourd’hui difficile, dure, peut-être misérable. Raison de plus pour que nous respections ce par quoi il lui a donné sens, ce qui a fait son humble grandeur. Pour que son travail ne soit pas un tremplin à notre orgueil, mais notre inspiration.

Quoi que nous fassions de Notre-Dame de Paris, que nous y mettions cent sept ans ou seulement cinq, veillons à ce qu’elle puisse continuer à abriter dignement les prières qui y ont été déposées depuis des siècles, et à accueillir celles d’aujourd’hui et de demain, impalpable mais authentique trésor.

Notre-Dame de Paris: Version intégrale

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Et si les « populistes » pesaient vraiment à Bruxelles?

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Pour la première fois de son histoire, le Parlement européen pourrait être, dans une certaine mesure, influencé par les « populistes ». Et ça fait enfin une raison de s’y intéresser !


A ce jour, il est difficile de répondre à la question du nouveau rapport des forces au Parlement européen (de Strasbourg, et surtout de Bruxelles). Les simulations, y compris celles du Parlement européen sur son site officiel, sont floues et erratiques, variant d’un jour à l’autre. En aura-t-on pour autant une vision définitive le 1er juillet 2019, date de la séance inaugurale de la première session et de l’élection de son nouveau président ? Le contexte politique général européen a beaucoup changé et les adhésions des nouveaux élus aux huit groupes actuels font encore l’objet d’âpres discussions.

La gauche aura besoin des « fachos »

Une première grande tendance se dégage toutefois : le recul de la mouvance gauche-verts, désormais très minoritaire, avec un étiage maximum non définitif à 255 élus là où il faut (jusqu’au Brexit) 376 voix pour atteindre la majorité. Encore est-il très important de préciser que, sur des questions ayant trait à la fiscalité, la finance, la mondialisation, les travailleurs détachés, les pratiques des groupes industriels, agro-industriels, pharmaceutiques, chinois ou américains, certaines mesures sociales ou à l’OTAN, cette gauche pourrait voter exactement comme les « nationistes » (plus ou moins 200 voix). Certaines de ces demandes phares de la gauche pourraient donc être adoptées grâce à ceux qu’elle nomme les « fachos » (ces rencontres de votes ont eu lieu plusieurs fois dans tous les pays d’Europe et en France)…

Un poids encore incertain

Une deuxième observation est que, « grâce » au négociateur du Brexit Michel Barnier, les députés UKIPers et Brexiters de Nigel Farage vont peser sur le début de cette session, et notamment pour l’élection du président du Parlement. Mais – sauf nouveau rebondissement shakespearien – les députés britanniques quitteront le Parlement fin octobre avec des conséquences importantes sur les majorités et même sur la pérennité de certains partis (le CRE et ELDD).

A lire aussi: L’Europe, ce n’est pas du tout « la paix »

Quelques fortes tensions persistent ou sont apparues, par ailleurs, entre les nations ou au sein des nations. Où siégeront les députés du Fidesz-Magyar ? Probablement pas avec le PPE très affaibli par ses scandales internes et son mépris des électeurs, et qui avait posé des ultimatums idéologiques en mars dernier à Viktor Orban, suspendant même sa participation au PPE. Officiellement estimé à 179/183 sièges, le PPE pourrait encore descendre sous les 160 si les élus des pays du groupe de Visegrad – humiliés mais désormais triomphants – le quittent ; et après le Brexit final. Les frères rivaux italiens de la Lega et du M5S siègeront-ils dans le même groupe ? Peu importe, au fond, du moment qu’ils voteront ensemble les mesures de salut public que les peuples attendent.

Les nations entrent à Bruxelles

Certes, le Brexit va affaiblir aussi la mouvance « nationiste », représentée par trois partis actuels (CRE, EFD, ENL, voire les NI). Cette mouvance qui compte à ce jour plus ou moins 200 élus retomberait à 183 mais, avec les 160 (ou 180) députés du PPE, elle atteindra la majorité, et la frisera après le Brexit. Car plus que pour les nations ou pour les partis européens, les députés, peu exposés médiatiquement dans ce grand magma, voteront pour leurs idées et celles de leurs groupes nationaux ; ainsi des décisions sur l’immigration, l’islamisme, les valeurs familiales et européennes, pourront être adoptées ; et les sanctions contre la Russie, le harcèlement et l’humiliation de l’Italie, de la Hongrie, de la Grèce supprimées.

A lire aussi: Immigration: l’Europe ne peut plus être une passoire

Pour la première fois de son histoire, il sera intéressant de suivre les événements qui vont se dérouler et nous surprendre au Parlement européen. Il n’est pas impossible qu’ils aillent dans le sens de l’intérêt des nations.

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Le peuple de la frontière

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Macron, personne ne viendra le chercher


Des élections étaient censées régler le problème, mais elles l’ont empiré. Bloquée entre une opposition inoffensive et un président qui ne veut rien entendre, la France est un pays paralysé, qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise…


Depuis quelques jours, analystes et intellectuels débattent pour savoir qui a gagné et qui a perdu, en France, les élections européennes.

La France du statu KO

Certains disent que le Rassemblement national (RN) a gagné, ce qui est vrai sur le papier. Il serait mal venu de leur contester leur victoire, alors qu’ils consolident leurs positions, et même si leur deuxième objectif, mettre « une trempe » au président et à son parti, dans un contexte favorable, et le pousser à la dissolution, n’a pas été atteint.

D’autres disent que c’est LREM et son chef qui, malgré leur deuxième place, ont remporté la mise, ce qui n’est pas faux non plus, car leur défaite est plus qu’honorable, et qu’on pouvait craindre pour eux une vraie Bérézina. Ils pensent que le président s’est sorti du guêpier des gilets jaunes, après une période d’évitement, d’intoxication et de diabolisation intense de leur mouvement, médias à l’appui, conclue par un « Grand débat » totalement détourné de sa fonction (écouter les Français !), alors qu’il n’a servi qu’à écouter le président, et à lui donner l’occasion d’une superbe pré-campagne européenne, sans que personne ne crie véritablement au scandale et au détournement de la démocratie…

En réalité, tous ont raison, et tous ont tort aussi, parce que rien n’est réglé sur le fond.

Le Rassemblement national qui ne rassemblait toujours pas

Le Rassemblement national « fait comme si » il avait gagné, alors qu’il ne retire pas les fruits du puissant mécontentement populaire qui s’est exprimé depuis plus de 6 mois. Cela traduit, à tout le moins, une incapacité à relayer les attentes de nombreux électeurs. Ce parti n’a pas su exprimer en termes simples le fait que cette élection devait lui donner une légitimité pour mieux combattre la politique du gouvernement sur le plan intérieur. En d’autres termes, ce n’était nullement le programme européen qui était l’enjeu du scrutin, mais uniquement le rapport de forces au sein du paysage français.

A lire aussi: Au RN, tout le monde il est content, tout le monde il est Bardella

« Quelle que soit votre opinion, donnez-nous les moyens de les battre » est un message qui, probablement, n’a pas été assez martelé, puisque, visiblement, pas assez entendu. Alors que le frein principal, la peur de l’aventurisme politique, qui étreint les classes bourgeoises en cas de victoire de Marine Le Pen lors d’une élection présidentielle, n’existait pas dans le cadre européen. C’était l’occasion de faire « le plein des mécontents », et cette occasion est manquée. Par conséquent, l’amorce d’un basculement de l’électorat vers des propositions plus nationales et plus sociales, seule façon de réduire la béance de la fracture sociale (puisque le président, visiblement, n’a aucune envie de la prendre en compte), reste encore en attente.

Pour Macron, les gilets jaunes sont nuls et non avenus

De son côté, Emmanuel Macron, porté par sa défaite plus qu’acceptable, « fait comme si » il avait obtenu un blanc-seing pour reprendre sa politique de plus belle, comme si de rien n’était. Six mois d’expression du cancer social, sous une forme de plus en plus radicalisée, semblent aujourd’hui balayés d’un revers de main. Bien plus, les très bons résultats de la liste verte, qui sont plutôt la marque d’un non-choix, pour beaucoup d’électeurs décontenancés par l’offre binaire qui leur était faite, seront une occasion supplémentaire pour le gouvernement de leur faire croire que « sauver la planète » pourrait être un palliatif au besoin de « sauver le pouvoir d’achat ». Lorsque ces électeurs se rendront compte que la politique verte, ça coûte très cher, mais ça ne rapporte rien (ou peut-être dans 100 ans), on peut prévoir que le reflux sera aussi rapide que l’engouement…

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Même la destruction concomitante des grands partis traditionnels classiques que sont LR d’un côté et le PS de l’autre est une très mauvaise nouvelle. En effet, et malgré leurs ambiguïtés réciproques (le PS n’est plus social depuis longtemps, LR a perdu sa fonction droitière, nationale et populaire), ces deux grandes formations ont structuré le paysage politique pendant des décennies, canalisant les votes vers des propositions relativement modérées et intelligibles par de nombreux électeurs. Avec leurs ancrages locaux très forts, leur présence était rassurante. Pense-t-on que leur disparition, ne laissant face à face qu’un parti ouvertement tribunicien, mais qui manque cruellement de corpus idéologique et d’expérience des affaires de l’Etat, et d’autre part, un parti présidentiel ouvertement anti-tribunicien, qui joue tout son crédit sur la peur qu’ont les classes bourgeoises d’une vague populaire, et sur leur appétence de plus en plus marquée pour l’ordre à n’importe quel prix, est un bien pour la France ?

Ami, entends-tu…

On fait semblant de croire, de tous côtés, que le président va pouvoir réformer. Quelle réforme peut-il faire, et d’abord celle de la compétitivité française, sans une solide assise populaire, et sans restaurer la confiance ? Le pays est-il seulement un moteur de voiture, dont on change les pièces à sa convenance ? Pense-t-on que cet affrontement sans intermédiaires, entre un conservatisme populaire plein de ressentiment d’un côté, et un progressisme bourgeois terrorisé de l’autre, est autre chose qu’une promesse de catastrophes ?

C’est le vainqueur qui a perdu ! Non, c’est le perdant qui a gagné ! Pendant ce temps, même s’il ne s’exprime pas assez dans les urnes et plus (pour le moment…) sur les ronds-points, le mécontentement augmente, et rien n’est fait ni annoncé pour prendre le problème de front, sous ses deux aspects : sa composante économico-sociale et sa représentativité politique.

Pris au piège

Ces élections n’ont rien réglé. Tout le monde, en fait, est piégé : Marine Le Pen n’arrive pas à canaliser ce mécontentement de façon large, parce qu’elle n’inspire pas assez confiance, et Macron ne le veut pas, parce que sa politique consiste précisément à le mettre en scène. Et alors que les périls augmentent (hégémonie américaine, puissance montante chinoise, islamisme), avec notre impuissance (technocratie européenne, prééminence allemande), la France, sur le plan social, se déchire et s’enfonce chaque jour un peu plus.

Les Français, qui voient souvent les choses avec plus de bon sens que les analystes, se rendent évidemment compte de ce qui se passe, et jugent la situation très mal engagée sur le fond. Ils ont raison. C’est peut-être à cause de cette inquiétude que la cote de Macron repart à la baisse, dès les élections passées, bien qu’il ait « sauvé les meubles ». Sans trop oser l’avouer, chacun se dit : « Plus dure sera la chute »…

Le coup d'état Macron

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Dans Libération, la démocratie est fasciste, trop blanche et antidémocratique

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Paul B. Preciado, philosophe. ©Capture d'écran Youtube

Libération n’en finit plus de nous surprendre. Le quotidien a livré ces derniers jours des leçons de philosophie politique pour le moins insolites. Les dernières élections auraient constitué une étape décisive dans l’avènement d’ « une nouvelle forme de fascisme », d’ailleurs la démocratie représentative serait un piège monté par vous-savez-qui.


Le journal Libération a donné le 31 mai à ses lecteurs l’occasion de poursuivre la réflexion sur les vices de la démocratie représentative qu’ils avaient entreprise quatre jours plus tôt sous la direction de Barbara Stiegler. Celle-ci, prenant acte du résultat des européennes, avait mis en évidence que la logique élective ne suivait pas la logique des ronds-points et qu’en conséquence l’élection ruinait la vraie démocratie.

« Une nouvelle forme de fascisme paradoxalement démocratique »

Un autre « philosophe », collaborateur régulier du journal, Paul B. Preciado, offre un fort beau prolongement à cette thèse dans une chronique intitulée « Le corps de la démocratie ». On y apprend dès les premières lignes que les élections européennes ont constitué une étape décisive dans la construction d’ « une nouvelle forme de fascisme paradoxalement démocratique ». Comment cela ? D’abord, bien sûr, parce que les électeurs y ont envoyé siéger des candidats de Vox, du Rassemblement national ou de la Ligue : « C’est comme vouloir jouer avec un empoisonneur qui aspergerait les cartes de cyanure en déclarant vouloir ouvrir un jeu ‘égalitaire’ avec ses collègues. »

« Le système représentatif anthropocentrique, patriarco-colonial »

Mais ce n’est pas tout, et ce n’est pas l’essentiel. N’allez pas vous imaginer qu’il suffirait d’interdire aux citoyens de mal voter pour résoudre le problème de la démocratie représentative. Non, le vice de celle-ci est bien plus radical, sa source plus profondément empoisonnée : « Le problème du fascisme démocratique n’est pas l’extrême droite. » Qu’est-ce donc ? « C’est le système représentatif anthropocentrique, patriarco-colonial selon lequel le consensus social est obtenu par un pacte de libre communication entre individus humains égaux – définis par avance en termes de citoyenneté bourgeoise, neurodominante, hétéropatriarcale et blanche. » Autrement dit, l’égalité des citoyens devant le droit de vote est une fiction et c’est le corps électoral lui-même qui n’est pas représentatif.

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En effet, seuls y sont représentés les citoyens bourgeois néocoloniaux, ceux qui dominent les autres grâce à leurs neurones, ainsi que les hétérosexuels et hétéronormés blancs. Tous les autres en sont exclus, de sorte que le corps électoral n’est pas le bon corps : « L’enjeu de la démocratie est somatopolitique : quel corps est considéré digne de vote ? Où sont les corps politiques (non représentables, et donc non souverains) après (ou même durant) l’acte de représentation ? » Paul B. Preciado répond qu’il y a d’abord les abstentionnistes, qui sont fort nombreux, et qu’il préfère appeler les « votants abstentionnistes ». Mais ce n’est pas tout : si on leur ajoute « les angles morts du système », alors on obtient « la carte de la démocratie directe » que l’on peut opposer à la fallacieuse démocratie représentative dont les temples, étant vides, sont « remplis de fascisme ».

« Les mains sans papiers qui masturbent les bites de ceux qui votent »

De qui est donc constitué le corps vrai et plein de la démocratie directe que l’on pourra construire une fois détruites les « conventions antidémocratiques de la démocratie » ? Outre les « votants abstentionnistes », tous ces non-votants que sont les prisonniers, les mineurs, les malades mentaux, les migrants, les réfugiés, les vagabonds, les SDF, les comateux pas encore débranchés, les déprimés, les nounous, « les mains sans papiers qui masturbent les bites de ceux qui votent », les animaux domestiques, les animaux sauvages, les coraux et, last but not least, l’eau. Il ne s’agit évidemment pas de réclamer le droit de vote pour tous ces « angles morts », ce qui reviendrait à retomber dans l’écueil du « formalisme représentatif » : « Ne réclamons pas le droit de vote. Mais le droit des corps. Et construisons une démocratie somatopolitique directe. » Tous ensemble, tous ensemble, ouais !

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Il faut savoir gré à Libération d’offrir à ses lecteurs d’aussi belles leçons de philosophie politique. Ceux-ci peuvent désormais, en s’épargnant la lecture fastidieuse de Rousseau et de Sieyès, de Manin et de Rosanvallon, se faire une idée claire et distincte, mais néanmoins profonde, de la façon dont la démocratie directe peut remédier aux carences de la démocratie représentative.

La France de Macron… contre celle de tous les autres

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Emmanuel Macron, mai 2019. ©HAMILTON-POOL/SIPA / 00909373_000021

Les élections européennes viennent de confirmer le tournant pris par la politique française. La fracture droite/gauche est noyée par l’opposition identitaires/mondialistes qui se calque désormais parfaitement sur la fracture sociale.


L’effondrement de la droite est, incontestablement, le phénomène le plus lourd de la séquence électorale que nous venons de vivre. La droite « versaillaise », celle de la périphérie ouest de Paris, a basculé du côté de LREM, on le voit dans des villes comme Versailles, Le Vésinet ou Saint-Germain-en-Laye, où la liste du président réalise des scores historiques.

La droite et le baiser des Judas

La droite conservatrice du Grand Ouest a suivi une voie identique, comme le montre la carte électorale de la façade atlantique. L’armée des marcheurs de la Manif pour tous a finalement (et globalement) privilégié l’ordre social établi et le progressisme sociétal à ses convictions morales ; la leçon doit être retenue !

Et pourtant, fort de l’appui des sondages, il n’était pas absurde de penser que la liste des Républicains (LR) pouvait terminer sur un honorable score de 12/13% qui lui permettait de rester dans la course pour les prochaines échéances électorales. Après tout, le côté bien élevé, lisse et posé de François-Xavier Bellamy, avait tout pour séduire une bourgeoise modérée et conservatrice. Ce dernier n’a d’ailleurs démérité en rien ; il a su faire preuve de ses réelles capacités à déployer une parole intellectuellement solide au sein d’une arène politique naturellement portée à la simplification et l’outrance.

Au centre toute !

Les conséquences de ce basculement de la droite sont multiples. Le tropisme de la droite modérée vers le camp Macron était identifié depuis déjà longtemps, et, désormais, ce basculement est acté. Le gentil Bellamy n’a pu calmoter la brèche. Le courant du recentrage a emporté avec lui les espoirs de Wauquiez, l’avenir des Républicains, et toute perspective de refondation d’une droite de conviction, comme elle pouvait encore l’être jusque dans les années 90, avant que ses dirigeants  ne la trahissent méthodiquement, et que son électorat populaire rejoigne massivement le FN.

Il y a fort à parier, que la tendance « Pecressiste » – les héritiers de Juppé, donc – sorte vainqueur du règlement de compte en cours. On voit mal comment un tel courant réduit à quelques points du corps électoral pourrait survivre à la droite de Macron ? A moins qu’elle ne mise sur un effondrement du pouvoir actuel pour récupérer à son profit les forces du centre ; une hypothèse pour le moins hasardeuse, mais pas totalement irréaliste. Mais la vocation naturelle de cette droite, enfin recentrée, n’est-elle pas plutôt de fournir des cadres et des électeurs au pouvoir macronien ?

Tous les chemins mènent à Macron

Déjà, elle a sauvé le pouvoir en place d’une vraie débâcle, en amenant à Macron les trois ou quatre points qui lui ont permis de franchir l’obstacle. Sa demie défaite est une demie victoire, dans la mesure où, outre sauver la face, il s’est ouvert de nouveaux espaces de manœuvre. En effet, outre la droite centriste qui peut passer des accords avec lui, il s’est également ouvert sur sa gauche un espace de jeu. L’électorat des écolos est flottant et ces derniers ont longtemps servi de forces d’appoint au PS; ils pourront, à l’avenir, amener quelques réserves à Macron. Le brave Jadot a beau jouer les irréductibles, l’histoire montre que les dirigeants Verts ne sont pas insensibles aux ors de la République. Enfin, il ne faut pas oublier le rôle du père tutélaire de la mouvance écologiste, la statue du commandeur Cohn-Bendit, rallié de la première heure au pouvoir macronien, qui est remis en avant  pour rabattre l’électorat vert, jeune et malléable, vers la modernité macronienne, qui, depuis quelques semaines, ne jure plus que par le vert !

Quant à la gauche Gluksmann, il n’est pour le moins pas évident de voir ce qui la sépare irrémédiablement de la mouvance LREM. Sa vocation naturelle n’est-elle pas de devenir le flanc gauche d’un centre élargi ?

Le peuple a divorcé de la gauche

Enfin, ces élections que nous venons de vivre installent la fracture sociale comme l’élément central de la vie politique nationale. La culture de classe a fini par unifier, pour l’essentiel, les bourgeoisies « progressistes » et les bourgeoisies « conservatrices » autour d’un même pôle politique – un vaste marais centriste – qui, globalement, cautionne la mondialisation libérale, l’Europe ouverte et atlantiste, et relativise, ou nie, les enjeux migratoires, identitaires et sécuritaires.

Face à elles, une France populaire des travailleurs malmenés (ouvriers, petits employés  et ruraux) et des classes moyennes les plus exposées  au risque. Cette France-là, très largement, se reconnaît dans le vote Rassemblement national (RN). La France insoumise a cru pouvoir profiter de cette nouvelle configuration de la lutte des classes, mais, comme nous l’avions analysé, elle s’est aveuglée dans son action de récupération du mouvement des gilets jaunes. Elle a pu dénaturer le mouvement, mais s’est montrée incapable de rallier ses adeptes. Près de 40% des gilets jaunes ont voté pour la liste RN ; la vérité a fini par tomber comme un couperet !

Mort aux vieux

Le refus frénétique de la gauche, quelles que soient les mouvances, de prendre en considération l’enjeu migratoire l’a définitivement coupée de toute assise populaire ; alors que l’espace de la fracture sociale et de la coupure identitaire se superposent désormais très largement. Les deux forces politiques issues de l’ancien monde de l’opposition classique droite/gauche, soit le PS et ses dérivés (dont LFI) et LR, sont les grandes victimes de cette reconfiguration politique.

Il faut « sauver » les soldats de Daech: 45 avocats font la leçon

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©Uncredited/AP/SIPA / AP21741566_000001

Quarante-cinq avocats ont signé une pétition pour « sauver » les djihadistes français de Daech condamnés à mort en Irak. Ces bonnes âmes, qui ne voient les « déshonneurs » que quand ils sont loins, prétendent imposer leur loi au gouvernement irakien.


Un certain nombre de gens habituellement silencieux sur les guerres sanglantes menées par les États-Unis ou par la France comme en Libye et aussi, il faut le dire, en Syrie, ont jugé utile de prendre la pose et de se prétendre combattants infatigables contre la peine de mort. Des avocats ont en effet lancé une pétition pour demander à la France d’intervenir pour éviter qu’en Irak la peine capitale soit appliquée à des combattants coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Les avocats des diables

La justice irakienne a donc condamné à mort 11 français qui avaient rejoint Daech pour se livrer sur le territoire d’un pays souverain à une guerre barbare. Nous savons tous les exactions abominables commises par ces gens, qui ont quitté la France précisément pour les commettre et peut-être devrions-nous faire preuve d’un peu de modestie et de moins d’arrogance vis-à-vis d’un pays martyrisé depuis la guerre d’agression commise contre lui par les États-Unis et une coalition internationale que beaucoup de nos belles âmes avaient fermement soutenue. Ce crime relevant de la justice internationale n’a pourtant jamais été puni, alors qu’il a provoqué des centaines de milliers de morts, des centaines de milliers de réfugiés, et était à l’origine directe de la création d’une organisation terroriste qui a porté la mort jusque chez nous.

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On notera l’hypocrisie de tous ceux qui restent muets sur la responsabilité de ceux qui ont mis cette région à feu et à sang. Et sur celle de la France, dont il faut rappeler qu’elle a armé les djihadistes en Syrie. L’hypocrisie de ceux qui ne semblent voir aucun inconvénient à la vente d’armes à l’Arabie saoudite pour écraser dans des conditions abominables la population du Yémen. Et qui, bien sûr, ont trouvé parfaitement normale la répression de masse, policière et judiciaire, qui s’est abattue sur les gilets jaunes, à coups de violations des libertés fondamentales. Pour les signataires, tout ceci n’est pas grave, ce n’est pas de nature à porter « une tache sur le mandat d’Emmanuel Macron », mais en revanche, ne pas obtenir le retour des criminels djihadistes en France, ce serait affreux.

Plus c’est loin, plus c’est bien

Les violations des libertés publiques, les atteintes permanentes à la liberté d’expression, à la liberté de manifestation, les lois scélérates, les incroyables violences policières qui scandalisent l’opinion internationale, tout cela n’a aucune importance. J’avais relayé une pétition d’avocats français publiée comme celle-ci par Franceinfo. Elle dénonçait les conditions dans lesquelles était mise en œuvre la répression décidée par Emmanuel Macron comme seule réponse au mouvement social des gilets jaunes. Un petit pointage permet de constater l’absence de ceux pour qui la compassion et la défense des principes, sont à géométrie variable. L’engagement, plus il est géographiquement lointain, mieux c’est. On fera une exception pour le grand Henri Leclerc, ce qui ne surprendra personne.

J’invite à lire attentivement cette pétition qui prétend défendre des principes mais n’est en fait qu’un texte ronflant d’une étonnante arrogance, donneur de leçons tous azimuts, et finalement quelque part assez lâche.

On ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses combats

Il nous rappelle avec grandiloquence que la peine de mort a été abolie en France en 1981. Je considère pour ma part que cette abolition, dans sa dimension humaine et symbolique, fut essentielle. Et c’est pour moi une fierté que mon pays n’use plus d’un châtiment inutile qui rabaissait l’État au rang des assassins – on rappellera simplement qu’une vie entière entre quatre murs c’est également une terrible violence. Fort bien, mais nos vaillants signataires oublient de rappeler que cette abolition s’est faite dans un pays en paix, dans lequel le Code pénal, où était inscrite la sanction suprême effacée, est l’outil juridique dont dispose l’État pour combattre la délinquance, c’est-à-dire ceux qui violent les lois, et commettent des infractions dites de droit commun. Et ceux qui s’en servent s’appellent dans une société pacifiée la police et la justice qui défendent dans la légalité l’ordre public. Ces règles sont celles que le peuple français a souverainement adoptées pour le territoire où s’exerce cette souveraineté. Vouloir les exporter est très honorable si on les pense universelles et il faut diplomatiquement y travailler. Quoique pour l’instant, par exemple, il semble que Madame Parly, guère critiquée par les belles âmes signataires, préfère envoyer des armes à l’Arabie saoudite pour écraser un peuple voisin, plutôt que de lui recommander d’arrêter de décapiter au sabre tous les jours dans ses rues.

La justice irakienne à la lanterne

Le problème, c’est que l’Irak est en guerre et n’a connu que cet état depuis 16 ans. Que cette guerre lui a été imposée par l’Occident, seule la détermination de Jacques Chirac nous ayant permis d’en éviter le déshonneur. Ce pays subit donc aujourd’hui avec le djihadisme une guerre atroce et une grande partie de ses ennemis vient de l’extérieur y apporter la barbarie. L’Irak d’aujourd’hui est toujours en guerre, applique les lois de la guerre qui prévoient le châtiment des coupables de crimes de guerre, et cela relève de sa souveraineté de considérer que ces crimes-là peuvent encourir la peine de mort. Présenter tout ceci comme un problème de répression de la délinquance avec obligation d’appliquer nos propres règles est absolument malhonnête.

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« La France n’a pas voulu rapatrier ses ressortissants et a préféré les exposer à la peine de mort et à des procès expéditifs dont nous savons qu’ils méconnaissent gravement les droits de la défense », nous dit la pétition. Ah bon ? J’aurais plutôt pensé que le reproche que l’on pouvait faire à la France, c’était de ne pas avoir été capable d’empêcher un certain nombre de ses ressortissants d’aller en Irak y commettre des atrocités. Que les premiers responsables de cette exposition à la peine de mort étaient justement ces ressortissants. Et que c’est peut-être pour cette raison qu’un minimum de modestie et de discrétion s’imposait.

La loi, c’est eux

Et puis il y a cette phrase étonnante de prétention : « Des procès expéditifs dont nous savons qu’ils méconnaissent gravement les droits de la défense. » Ah c’est cela, tous ces gens savent, ils savent absolument, comment doit fonctionner une justice, que ce sont eux qui ont le bon système, les bonnes valeurs, les bonnes références et qu’on ne peut pas faire confiance aux Irakiens. Parce que ce sont des Arabes ? Mesurez-vous, chers signataires, l’arrogance coloniale, pour ne pas dire plus, de cette façon de donner des leçons à un pays souverain à ce point confronté au malheur ? Et puis dites donc, on ne vous a pas beaucoup entendu lorsque Saddam Hussein a été pendu, je ne me souviens pas avoir lu de pétition. Cette fois-ci, c’est parce que les condamnés sont Français ? Pendre Saddam Hussein, c’était un règlement de comptes entre sauvages, c’est ça ?

Au-delà d’une petite opération politicienne évidente, cette grandiloquence, cette hypocrisie, cette arrogance sont finalement le masque d’un « occidentalisme » idéologique, celui qui avait justifié et applaudi l’agression voulue par George Bush, celui qui justifie la mise à feu et à sang du Moyen-Orient qui dure toujours.

Et pour ensuite venir donner des leçons à ceux qui en sont les victimes.

On ne parle pas de la haine des Juifs aux petits lycéens niçois

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Renée Frégosi © BALTEL/SIPA

Invitée à parler de la mémoire des génocides devant des lycéens niçois, j’ai tenté d’évoquer la haine dont sont l’objet les Juifs aujourd’hui. Élèves et professeurs se sont insurgés. 


Il y a quelques semaines, je participai dans un lycée niçois à événement intitulé « La Semaine de la mémoire et de la recherche ». Pendant quatre jours, des lycéens écoutaient des témoignages de victimes de génocides et des universitaires censés les éclairer sur les processus génocidaires et, au-delà, les processus complotistes et négationnistes, l’antisémitisme et le totalitarisme.

Parmi ces lycéens, une classe de 1ère avec cinq de ses enseignantes à l’origine de cette initiative pédagogique, avait travaillé durant l’année scolaire plus spécifiquement sur le génocide rwandais et s’était même rendu sur place lors d’un voyage passionnant et très émouvant.

La victime devient coupable

Contactée par les organisatrices de cette rencontre pour y faire une intervention, j’avais proposé d’aborder la question de la stratégie de victimisation mise en œuvre par les autorités pour persécuter leurs ennemis voire aller jusqu’à leur massacre de masse. Mon exposé étant le dernier de ces journées, je lui donnai une forme un peu conclusive en insistant sur les mécanismes de retournement des termes et l’inversion des charges de la preuve très souvent utilisés par les persécuteurs pour présenter leurs victimes comme des agresseurs.

Évoquant des sujets traités par des orateurs précédents et étudiés par les lycéens, je rappelai donc brièvement que les Turcs massacrant les Arméniens pendant la guerre de 14-18, les présentaient comme des agents de l’ennemi après les avoir exclus de la communauté ottomane et soumis à une ségrégation rigoureuse. Les nazis massacrant les Juifs d’Europe, dénonçaient leur visée dominatrice et les présentaient comme les fauteurs de guerre et les corrupteurs de la race aryenne, justifiant leur exclusion de la nation allemande puis leur relégation dans les ghettos et enfin la « solution finale ». Les massacreurs hutus présentaient les Tutsis comme des privilégiés et des expropriateurs et les déshumanisaient en les qualifiant de cafards à exterminer systématiquement. Les Khmers rouges présentaient leurs victimes comme des exploiteurs occidentalisés à éradiquer jusqu’au dernier, en les traitant de punaises qu’il fallait tuer jusqu’aux œufs (les enfants).

La vérité des lycéens

Puis je me hasardai à aborder la stratégie palestinienne de victimisation et le dit « antisionisme ». Ayant remarqué que l’intervenant qui m’avait précédé avait montré dans son document PowerPoint des photos de victimes françaises récentes d’actes antisémites (Ilan Halimi, les enfants de l’école Ohr Torah, Mireille Knoll, Sébastien Selam, Sarah Halimi) sans indiquer explicitement le lien avec le caractère islamiste de l’antisémitisme de leurs auteurs, je rappelai les différents types de haine des Juifs à travers les âges (antijudaïsmes romain puis chrétien, antisémitismes politiques modernes, antijudaïsme musulman et antisionisme déniant en fait le droit à l’existence de l’Etat d’Israël).

Les réactions de nombreux jeunes dans l’auditoire ne se sont alors pas faites attendre : négation de l’existence de propos anti-Juifs dans le Coran, renvoi dos-à-dos des Israéliens et des Palestiniens revendiquant « la même terre », accusation de manque d’objectivité de mon intervention. Cela, je m’y attendais un peu étant donné la sociologie de ce lycée « périphérique ». Raison de plus à mes yeux pour ne pas édulcorer mon propos.

« Trop jeunes pour entendre de telles choses »

En revanche, ce qui m’a interloquée c’est la réprobation explicite de mon intervention de la part des enseignantes, au motif que ces élèves « étaient trop jeunes pour entendre de telles choses et qu’il ne fallait pas les choquer ». Les récits des horreurs des camps d’extermination nazis, des massacres khmers rouges ou du génocide à la machette au Rwanda ne les auraient pas traumatisés, mais instiller un doute quant au bien-fondé des roquettes et des tirs de mortier sur Israël ou quant au mythe d’al Andalus en leur parlant de la dhimmitude, ou encore révéler l’existence de passages anti-Juifs dans le Coran et les hadiths, cela ne pouvait se faire car il ne fallait pas perturber ces jeunes esprits fragiles.

A lire aussi: Juifs, chrétiens et musulmans: l’Espagne médiévale ne fut pas l’éden multiculturel qu’on croit

Autrement dit, la contradiction des idées reçues constituait non pas un élément fondamental de la pédagogie de l’esprit critique censé être dispensée dans le cadre de l’Education nationale, mais quelque chose d’intolérable, de nocif et d’indécent. Je pris alors conscience que toutes ces recherches en bibliothèque, ces voyages scolaires sur les « lieux de mémoire », tous ces travaux d’élèves et ces débats autour des victimes n’avaient en somme qu’agité du pathos, de la compassion voire de l’identification avec les victimes mais n’avaient nullement contribué à la compréhension de la complexité des phénomènes politiques autoritaires pouvant conduire jusqu’au génocide.

Commémorer pour ne pas comprendre, un nouveau négationnisme

Journées de la mémoire certes, mais la recherche n’était-elle pas restée vaine si la contradiction, le paradoxe et l’ambivalence étaient d’emblée refusés à la formation de ces jeunes esprits ? Les dérives de l’esprit victimaire que je m’étais proposé d’analyser étaient ici-même à l’œuvre : l’individualisation des victimes, avec l’audition de témoignages poignants notamment, conduisaient à ignorer la dimension politique des souffrances subies. Les stratégies, les modes de justification des massacres passés étant ainsi méconnus, on s’interdisait toute analyse comparative, toute réflexion en somme sur d’autres stratégies et discours de légitimation d’actions meurtrières actuelles. Le passé sert ainsi à enfouir le présent sous ses cendres, et les larmes noient l’intelligence des événements d’aujourd’hui.

C’est finalement à un nouveau négationnisme auquel on assiste : l’agression génocidaire en acte ou en projet est masquée par les horreurs du passé qui saturent l’espace mental et médiatique. Ressassant les génocides historiques dans la repentance et la bonne conscience, sans en comprendre les ressorts universels, on dénie au présent son véritable potentiel génocidaire. A dénoncer en boucle les totalitarismes d’hier, on s’aveugle sur ceux en germe aujourd’hui qui n’ont aucune filiation historique avec ceux-là. Paradoxes de notre temps : l’antifascisme occulte le totalitarisme islamiste en action ici et maintenant comme l’antiracisme dénie aux « blancs » leur statut possible de victimes, et le travail mémoriel plein de bonnes intentions entrave celui de l’histoire tentant d’éclairer crûment le présent.

Français encore un effort... pour rester laïques !

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« Douleur et gloire »: Almodóvar a fait mieux qu’Almodóvar

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Antonio Banderas dans "Douleur et gloire" de Pedro Almodovar (2019)

J’ai longtemps résisté aux films d’Almodóvar. Trop de couleurs criardes, trop d’hystérie, trop de sexe — même si je sais bien que la revendication érotique, et particulièrement homosexuelle, après quarante ans de franquisme, était avant tout l’affirmation d’une liberté enfin retrouvée : les Américains, qui n’y regardent pas de si près, ont régulièrement classé ses films en X ou RC-17.

Trop de mères, aussi. Et, du coup, trop d’enfance, de curés papouilleurs, d’émois adolescents. Bref, trop de Movida madrileña — même si je sais bien que — voir plus haut.
Mais j’ai vu bon nombre de ses films, quand même : j’y discernais une promesse qui ne se concrétisait jamais tout à fait, mais qui le rendait infiniment supérieur aux grandes machines hollywoodiennes d’un côté, aux films hexagonaux ras du nombril de l’autre.
Et trop de références aussi — Buñuel, Godard, John Waters, Vittorio de Sica, Kazan, Hitchcock, entre autres. Ils se tirent la bourre avec Tarantino à qui étalera le mieux sa cinéphilie.

Le chef d’oeuvre d’Almodóvar

C’est dire que je suis allé voir Douleur et gloire (déjà, me disais-je, un titre quasi décalqué de Visconti…) en traînant un peu les pieds.

Eh bien, Almodóvar a épuré. Du sexe subsistent des souvenirs, des amis enfuis, parfois hostiles. De l’enfance, Almodóvar a gardé l’essentiel : le visage de Penélope Cruz dans les retours en arrière, celui de Julieta Serrano dans le temps présent. Des premiers émois, le corps du maçon à qui le petit garçon apprend à lire et à écrire (en méthode alpha-syllabique !). Du cinéma des autres, il ne reste rien.

Et de la jeunesse enfuie, il reste la vieillesse et la certitude de la mort.

Comme si tous les films précédents étaient des brouillons. Des essais. Et que celui-ci soit le chef d’œuvre, au sens que les Compagnons donnaient jadis au mot.

A lire aussi: « John Wick 3 »: du sang, de la sueur et des larmes (de joie)

Il y a des auteurs, en littérature ou en cinéma, qui ont commencé par une œuvre majeure (les Liaisons, le Guépard, Catch 22, le Cœur est un chasseur solitaire, et j’en passe — ou la Nuit du chasseur). Ceux-là, en général, n’ont rien fait d’autre, ayant le sentiment d’avoir tout dit. Mais Almodóvar, de film en film, n’a jamais prétendu faire une œuvre définitive : il tendait vers une création qui serait enfin close sur elle-même. Douleur et gloire n’est pas loin de la perfection : on en sort en se demandant si le metteur en scène s’est senti mourir, pour flirter de si près avec un film total.

Tout sur Almodóvar

Almodóvar a toujours eu une direction d’acteurs exemplaire. Cette fois, cela confine au dédoublement, tant Antonio Banderas, Penélope Cruz et Cecilia Roth (des habitués de sa filmographie) sont stupéfiants. Ils ne jouent pas — ils sont de l’autre côté du miroir, là où l’acteur est le personnage, et où le personnage est à chaque fois un double de l’auteur. Cannes a donné une palme à Banderas — c’était le moins que le jury pouvait faire. Il est à la hauteur du Burt Lancaster de Violence et passion, que j’évoquais plus haut.

Je suis sorti de la salle en état de catharsis lacrymale (la mort de la madre est racontée avec l’économie de moyens, le lyrisme tenu de Cohen dans le Livre de ma mère), en me disant que Parasite, le film de Bong Joon-ho, Palme d’or cette année, a vraiment intérêt à…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Marion Maréchal, Sibeth Ndiaye: deux femmes, deux France

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Sibeth Ndiaye sur CNews et Marion Maréchal sur LCI, 2 juin 2019. ©Captures d'écran

Entre deux apparitions de l’omniprésente porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, l’ancienne responsable du FN Marion Maréchal a pu faire son grand retour médiatique ce dimanche. Les deux femmes ont exposé à distance deux visions très différentes de la France.


Elle a beau redoubler d’efforts (hommage aux Femen, proposition de relever à 50% le quota de femmes dans tous les domaines), le secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes Marlène Schiappa est en train de se faire voler la vedette par le porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye ! On hésite même à lui donner la palme pour sa performance, dimanche matin, sur CNews.

Sibeth Ndiaye, le discours de la méthode

Madame Ndiaye est dépêchée un peu partout pour la pré-vente du discours de politique générale prévu le 12 juin. La malheureuse ne peut pas annoncer grand-chose. Alors, celle que Le Monde qualifie de « trop directe, trop cassante et trop disruptive » (oui, ils écrivent ce genre de choses) profite de sa tournée des télés pour corriger son image. Cette fidèle « soldate du macronisme » veut désormais être dans la « bienveillance » (la désopilante lecture du Monde continue !).

Celle qui affirmait sans gêne dans L’Express être amenée à « mentir pour protéger le président » occupe l’espace pour « valoriser le changement de méthode » de l’acte II du quinquennat. Malgré la crise sociale et la gifle reçue aux élections, Macron garde son cap. Face aux journalistes Nicolas Barré, Michaël Darmon et Damien Fleurot, la brillante inventeuse des « mâles blancs de plus de 50 ans » et du « pognon de dingue » rappelle la ligne gouvernementale : le progressisme. Habillée d’une jolie blouse ornée de gros cœurs, elle explique qu’il est dans l’ADN de La République en Marche. Ôtez donc ces « lunettes obsolètes » (sic), mes bons messieurs, le clivage gauche / droite, les Français ne s’y reconnaissent plus. Le progressisme, c’est faire les yeux doux au brillant Yannick Jadot en adoptant un « réflexe écolo dans chacune [des] décisions politiques ».

« Je suis très attentive à rester compréhensible »

Après une analyse de la transition écologique d’une rare pertinence (« son accompagnement nécessite des efforts difficiles à accepter »), elle a rappelé que le gouvernement n’était pas du tout au courant des 1000 licenciements annoncés par General Electric à Belfort le lendemain du scrutin européen. Un de ses fameux « mensonges » ? Espérons, sinon elle n’est pas aussi compétente qu’on le dit…

Ndiaye, dont le cabinet, est 100% féminin, se propose d’abandonner la verticalité des débuts du quinquennat pour se rapprocher des Français en organisant des déplacements.

Et elle a sa méthode pour parler au plouc qui a mal à la tête quand on lui sort des phrases compliquées : « Le fait davoir un langage non compréhensible explique pour partie la distanciation entre le politique et le citoyen. Je suis très attentive à rester compréhensible. » Trop aimable !

A lire aussi: Mort de Simone Veil: est-il raciste de critiquer Sibeth Ndiaye?

Mme Ndiaye, qui n’a jamais été élue, veut donc se rapprocher des « territoires » (c’est comme cela que la Macronie nomme la province), lesquels cacheraient d’insoupçonnées « énergies positives ». Et quand on est aux responsabilités, il est nécessaire de se mettre en contact « avec vos citoyens », préconise-t-elle. Quitte à être « à portée dengueulade », ajoute-t-elle.

L’opposition ? Quelle opposition ? Cette mère de trois enfants ne voit pas de risque de fusion entre droite et Rassemblement national, même si « de toute évidence, des ponts sont possibles… »

Marion Maréchal « de droite »

En parlant d’union des droites, Marion Maréchal est de retour. Si longtemps qu’on ne l’a pas vue, c’est une apparition ! Alors qu’elle n’a pas donné d’interview télévisée depuis deux ans, Marion Maréchal est là, bien peignée, et prête à répondre à Adrien Gindre (pas peu fier). La nièce de Marine a décidé de sortir du silence, car elle est « inquiète ».

« Interpellée par la situation politique actuelle », elle constate que, malgré tout ce qui a pu être dit, « Macron résiste assez bien », et que le nouveau clivage entre souverainistes et progressistes n’est pas « forcément plus sain ». Extrêmement bien préparée, elle répondra pendant une heure à une batterie de questions avec précision et analyses à la clef.

La fusion entre le RN et la droite, elle y croit. Même si elle se défend d’être à la manœuvre. Tenir une école prend tant de temps, vous savez… Elle précisera à deux reprises qu’elle se définit comme « de droite ». Pas nationaliste, pas souverainiste, identitaire ou patriote. Non : « de droite ».

« Le compte à rebours démographique a commencé. »

Ou conservateur, à la rigueur. L’ancienne députée du Vaucluse précise qu’en France, le conservatisme « nest pas une tradition avec une doctrine bien définie ». Le conservatisme, c’est une « disposition de lesprit qui consiste à vouloir conserver les héritages séculaires et les leçons du passé []. Cest regarder lavenir non pas avec une espèce de fascination enfantine comme le font les progressistes, mais avec prudence… » Et d’ajouter immédiatement que quelqu’un comme François-Xavier Bellamy pourrait s’y reconnaître… Ce qui se passe aux Républicains l’intéresse au plus haut point. Le grand « compromis patriotique », elle ne pense pas que le RN puisse le mener à bien seul. Déplorant que Macron soit « diviseur » et mène des « politiques catégorielles » qui privilégient les métropoles, elle se fait aussi mauvais prophète : « Le compte à rebours démographique a commencé. » Tous aux abris !

« Si jai le sentiment que je peux être utile… »

Adrien Gindre semble impressionné par la qualité du diagnostic détaillé des maux de la France que lui a établi Marion Maréchal. Il semble se demander si la France peut se passer encore longtemps d’un médecin aussi lucide. Et comme l’émission s’appelle « En toute franchise », il va oser poser la question : « Est-ce qu’elle revient ? » Non, l’ancienne députée ne fait pas son grand retour. Elle confesse même être « mal à laise » que tout ait été « scénarisé » autour de cette émission, alors qu’elle se contente de « regarder comment évolue la vie politique française » et de nous partager ses analyses… Elle ajoute toutefois : « Si jai le sentiment que je peux être utile à un moment donné, jaiderai. » 2022 ? Pour l’instant, sujet tabou.

La jeune femme de 29 ans préfère rester confortablement au-dessus de la mêlée politique et de ses contingences. Avec son diagnostic d’une France à l’identité claudicante, abandonnée par un président-manager à la tête de progressistes qui ne cherchent qu’à en optimiser la structure économique dans la mondialisation, elle attend son heure. Mais alors que j’écris ces lignes, on me dit dans l’oreillette que le chef des Républicains annonce sa démission…

David Koubbi: « N’importe quel incompétent honnête fera mieux que nos élus »

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David Koubbi. ©JOEL SAGET / AFP

David Koubbi est un défenseur qui attaque. L’ancien avocat de Jérôme Kerviel s’en prend au pouvoir politique, à la justice, au vote, à la façon dont nous sommes représentés… et entend réhabiliter l’anarchisme. Il y voit la solution à la plupart des blocages rencontrés par la France.


Matthieu Delaunay. Qu’est-ce que les résultats des élections européennes vous évoquent ?

David Koubbi. Que c’est une élection de plus. Une élection sur laquelle nos médias se sont exclusivement mobilisés, au détriment de tout autre sujet de fond. Maintenant nous allons passer à l’élection d’après et entre-temps, rien n’aura changé puisque nous n’avons pas d’exigences quant aux résultats que nous attendons de nos politiques. On nous a encore pris pour des imbéciles et le système de diabolisation par chaque parti de tous les autres partis n’est qu’un élément de plus qui le prouve. Car finalement, comment ne pas voir ces partis comme des clans dont le seul objet, la seule volonté, serait de se succéder aux manettes du pouvoir pour des raisons qui les concernent et en aucun cas au service de l’intérêt général ?

Encourager à ne pas aller voter, n’est-ce pas retirer aux personnes la seule parcelle de pouvoir qu’il leur reste ?

Résolument non. Ils n’ont aucun pouvoir par le vote. Le politique ne gouverne pas aujourd’hui, qu’importe le parti ou la personne. Sa marge de manœuvre par rapport au système financier, à l’Europe ou aux budgets dont il dispose, est aussi mince qu’une feuille de papier. Le discours culpabilisant selon lequel « si tu n’as pas voté tu dois te taire, parce que tu n’as pas donné ton avis », me semble être une équation à renverser. Pour moi, « si tu as voté, tu dois te taire parce que tu as participé au système absurde dans lequel nous vivons ». Je serai heureux de voter aussitôt qu’on sera en démocratie, dont les principes sont définis par nos plus grands textes. Au hasard, et ce n’est pas une lubie de ma part, elle suppose une justice indépendante. Or, je témoigne qu’en France, la justice ne l’est pas. Alors que fait-on ? Si je vote, je veux des garanties.

Comment se fait-il qu’aucun grand patron ou représentant de la nation ne soit poursuivi et condamné efficacement ?

La première c’est la probité de ceux qui briguent nos suffrages. La notion d’engagement contractuel prime dans tous les domaines de la vie de nos concitoyens, sauf en politique où la parole n’engage pas. J’entends déjà la réponse : « Si tu n’es pas content, la fois d’après tu ne votes plus pour lui ». Très bien, mais, entre-temps, que fait-on ? Puisque nous les laissons libres dans un tunnel de cinq ans… Dans quel domaine de la vie faisons-nous un chèque en blanc pour une telle période ? Quel patron placerait quelqu’un avec un contrat irrévocable de cinq ans quels que soient ses résultats ? Qui accepterait pendant cinq ans de ne plus influer sur sa vie de couple, alors même que l’autre se conduirait à l’inverse de ce à quoi il s’est engagé ? Je suggère que ceux qui nous représentent soient cornaqués, puisque manifestement ils en ont besoin, pour demeurer probes et ne pas devenir fous à l’aune du pouvoir extraordinaire que la nation leur confère.

Les Français souhaitent-ils cette probité ?

Au fond oui, même s’ils ne l’expriment pas expressément faute de pouvoir y réfléchir puisque le système leur impose une succession de hochets médiatiques sans importance : « Pour ou contre le mariage gay ? » : six mois d’absence de débat sur tout autre sujet ; « un royal baby » naît ? : Les médias en parlent pendant une semaine. Et puis vient le temps des affaires : Benalla, Sarkozy, Cahuzac, Balkany, et tant d’autres… qui vont être traitées comme des faits divers, empêchant tout débat sur le fond, et notamment sur ce qui est attendu de nos représentants.

Les revendications des gilets jaunes sont-elles illisibles ?

Non elles sont très claires : plus de justice sociale, plus de justice fiscale, plus de justice tout court, une démocratie réelle ! Ils savent et voient bien qu’il n’y a pas d’anciens ministres ou députés en prison alors qu’on fait partie des trente pays les plus corrompus au monde. Si la corruption ne se mesure pas en tant que telle puisqu’elle est occulte par définition, le sentiment de corruption, lui, peut être mesuré. Or, comment peut-on vivre dans un des pays parmi les plus corrompus, sans qu’aucun grand patron ou représentant de la nation ne soit poursuivi et condamné efficacement ?

Si les Français faillissent à obtenir la probité de leurs élus que proposez-vous ?

De les chasser.

Et ensuite ?

On met n’importe quel incompétent honnête à leur place et il fera mieux.

N’êtes-vous pas fatigué de crier dans le désert ?

Mon sujet n’est pas de penser comme le plus grand nombre, mais de dire ce que je pense quand cela m’est demandé. Les anarchistes ont une idée très aiguë de ce qu’est l’éducation populaire, de l’exigence d’accroître le niveau de connaissance d’un peuple comme le nôtre, pour être capable individuellement et collectivement de comprendre un peu mieux ce qui nous environne et où est-ce qu’on se fait rouler. Ces discussions et ces échanges m’enrichissent et me permettent d’élever mon niveau de conscience.

La période est propice aux irréguliers, ceux qui réfléchissent en dehors du cadre

Pourtant l’anarchie est le seul terme qualifiant un mouvement politique ou une philosophie politique qui est négativement connoté.

Tout ceci, c’est de la rhétorique. On utilise le terme « anarchie » comme synonyme de bordel, de « chienlit », plutôt que de parler des pensées exigeantes de Proudhon, Élisée Reclus, Mikhaïl Bakounine, Louise Michel et tant d’autres. En vulgarisant, l’anarchie peut être définie comme : plus de libertés et de responsabilités individuelles, mais aussi une attention accrue à l’éducation. Sur un plan politique, l’anarchie veut dire : arrêter de faire croire aux politiques que nous souhaitons qu’ils nous gouvernent sur tout un tas de sujets qui ne les regardent pas : notre vie. Peut-être que l’armée, que la présence de la France à l’étranger ou les grandes orientations du pays les concernent, mais tout le reste est à nous.

Donc il faut leur reprendre ?

Oui, en leur donnant un mandat plus serré et contrôlé et exiger d’eux qu’ils le remplissent parfaitement. Il faut un énorme toilettage de nos lois pour garder celles qui sont strictement indispensables et puis responsabiliser les gens avec de vraies sanctions face à leurs défaillances dans l’application du contrat social. C’est aussi réfléchir aux peines alternatives de privation de liberté, à l’intérêt général, à ce qu’est être Français. C’est donc contester, car la contestation et la France, c’est une histoire d’amour longue et tumultueuse.

Quelle serait l’essence de la contestation ?

Nous nous devons d’être des irrésolus. Des pisse-tièdes trouveront que ça fait slogan, un peu phrase, mais j’y crois. Je crois que la période est propice aux irréguliers, parce qu’elle est troublée et que c’est dans ces périodes troublées que les aventuriers commencent à poindre, ceux qui réfléchissent en dehors du cadre. Et je pense qu’il faut appeler ceux qui nous liront à réfléchir en dehors du cadre parce que, tel qu’il est bâti aujourd’hui, il n’a qu’un dessein : que tout continue comme avant.

Débats au Sénat: et si Notre-Dame était une église?

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Projet de reconstruction de Notre-Dame proposé par des architectes français, avril 2019. ©Studio NAB/Cover Images/SIPA / SIPAUSA31502861_000003

Les discussions autour du projet de loi d’exception relatif à Notre-Dame de Paris n’augurent rien de bon. Au-delà du mépris qui transparaît du compte-rendu des débats, Notre-Dame est trop souvent considérée comme un parc d’attraction, et non comme une église. Mieux vaut pourtant une ruine qui a gardé son âme qu’une reconstruction qui l’a perdue. 


Le Sénat vient tout juste d’examiner le projet de loi d’exception relatif à Notre-Dame de Paris. La Tribune de l’Art livre un rigoureux et délicieux compte-rendu de débats manifestement animés, et dans lesquels s’étalent sans surprise certaines caractéristiques du macronisme : fait du prince, hypocrisie, mépris des « corps intermédiaires », incapacité à comprendre les enjeux de civilisation… Je ne peux qu’approuver les commentaires de Didier Rykner !

Notre-Dame est une église chrétienne

Mais dans ces échanges, et plus généralement dans les réflexions et discussions autour de Notre-Dame, un point important me semble trop souvent passé sous silence. Le silence d’une évidence, peut-être, mais plutôt je le crains une censure implicite, ou un silence gêné. Notre-Dame est une église chrétienne.

Bien évidemment, la cathédrale de Paris n’appartient pas aux seuls chrétiens, ni de surcroît aux seuls catholiques, et ne concerne pas qu’eux. Dans sa beauté, sa sincérité, élan matérialisé vers la transcendance, pont de pierre entre la Terre et le Ciel, elle est un don fait à l’humanité entière par la chrétienté, inspirée par le christianisme. Tout comme le Parthénon, les temples d’Angkor ou le Taj Mahal, elle est universelle.

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Mais elle n’atteint cette universalité que par son authenticité propre. D’autres que moi sauraient sans doute l’expliquer, je ne peux que le constater : rien ne parle mieux à tous que ce qui est pleinement soi-même. C’est toujours dans l’intensité d’une expérience particulière que jaillit l’essence même de l’universel. Tout chef d’œuvre est unique, doté à la fois d’une inimitable unicité, et d’une profonde unité – fait d’autant plus remarquable dans le cas d’une cathédrale qu’elle est le fruit du travail de nombreux artistes et artisans, sur plusieurs générations.

Une église n’est pas un lieu comme les autres

Et pour Notre-Dame de Paris, cette authenticité et cette unité à travers les siècles sont indissociables de sa vocation d’église.

Même les touristes et les simples curieux qui la visitent viennent visiter une église : pas une promenade installée dans une ancienne église, pas une imitation d’église ni un bâtiment en forme d’église, mais une église.

Quelle est la différence ? Peut-être une cohérence logique, des détails auxquels seuls un croyant et un pratiquant seront sensibles, et qu’eux seuls sauront placer à bon escient parce qu’eux seuls comprendront véritablement leur signification et leur rôle. Peut-être aussi autre chose, une impalpable atmosphère, l’écho des prières et de la foi qui imprègne la pierre en même temps que la fumée des cierges. Irrationnel ? Et pourtant.

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Les orthodoxes le savent, pour qui la peinture d’une icône doit être une prière. Les Japonais le savent, qui depuis un millénaire rebâtissent tous les vingt ans à l’identique le temple d’Ise. Une cathédrale gothique n’est pas seulement une œuvre d’art, c’est une demeure construite pour accueillir la présence d’un Dieu, et abriter ceux qui veulent s’adresser à Lui et Lui confier ce qu’il y a de plus fort, de plus beau, de plus triste, de plus terrible, de plus intime dans leurs vies. Leurs espoirs et leurs désespoirs. Leurs terreurs et leurs joies. On peut bien évidemment ne pas croire en ce Dieu, ne croire en aucun, en un ou des autres, ou préférer devant l’immense mystère se dire que l’on ne sait pas. Mais dans tous les cas la réalité de ces prières, comme simple fait anthropologique, impose l’humilité. L’indispensable critique des religions, pour implacable qu’elle doive être, ne s’oppose pas au respect de la foi. Qu’il soit consacré à Yahvé, au Christ, à la Vierge, à Allah, à Bouddha, Amaterasu, Vishnu, Frigga, Zeus, Athéna, Apollon, Asclépios, un lieu où l’on vient déposer ses interminables nuits de veille et d’angoisse pour un enfant qui lutte contre la maladie, pour un enfant parti à la guerre, pour un enfant perdu, n’est pas un lieu comme les autres.

Place au square Notre-Dame de Paris

On ne construit pas une gare sans garder à l’esprit le passage des trains et l’accueil des voyageurs. On ne construit pas une école sans penser à la mettre tout entière au service de la transmission du savoir, de la culture, d’un certain art de vivre en harmonie avec une société. Ou alors on est un bien piètre bâtisseur. De même, on ne construit pas un lieu de culte, on ne le rebâtit pas, on ne le restaure pas, sans mettre le moindre élément que l’on y installe au service de sa vocation. La cohérence de l’intention est aussi importante que la cohérence esthétique.

Certains ont cru bon de proposer, par exemple, d’implanter une promenade arborée sur le toit de Notre-Dame. C’est un non-sens. Un jardin monastique sur une cathédrale, entre les bras élancés de ses tours et de sa flèche, pourquoi pas ? Un lieu de déambulation méditative, de prière silence, un cloître en somme, pourquoi pas ? Mais certainement pas un « espace vert » ! On peut se promener fort agréablement dans un cloître, mais c’est d’autant plus agréable que sa nature même de cloître lui donne ce je-ne-sais-quoi qui le distinguera toujours d’un square municipal, qui lui-même aura quelque chose de particulier faisant son charme.

L’âme en peine

Notre-Dame de Paris est une église. C’est ce qui fonde sa cohérence, son inimitable universalité, et osons le mot, son âme.

L’oublier, et plus encore le négliger, le nier, le refuser, ce serait lui faire pire que tout ce qu’a pu faire l’incendie, ce serait renoncer à la soigner pour empailler son cadavre. Mieux vaut une ruine qui a gardé son âme qu’une reconstruction qui l’a perdue.

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L’oublier, ce serait aussi dans un délire d’arrogance trahir ceux qui l’ont patiemment bâtie, et pendant des siècles entretenue et restaurée. Même le plus modeste tailleur de pierre du Moyen-Âge n’était pas juste un pauvre ouvrier exploité, n’en déplaise à certains. Année après année, geste après geste, tandis que ses doigts se faisaient calleux et que le manche de son outil prenait la forme de ses doigts, il sculptait une prière et inscrivait son œuvre dans l’éternité. Sans doute sa vie nous semble-t-elle aujourd’hui difficile, dure, peut-être misérable. Raison de plus pour que nous respections ce par quoi il lui a donné sens, ce qui a fait son humble grandeur. Pour que son travail ne soit pas un tremplin à notre orgueil, mais notre inspiration.

Quoi que nous fassions de Notre-Dame de Paris, que nous y mettions cent sept ans ou seulement cinq, veillons à ce qu’elle puisse continuer à abriter dignement les prières qui y ont été déposées depuis des siècles, et à accueillir celles d’aujourd’hui et de demain, impalpable mais authentique trésor.

Notre-Dame de Paris: Version intégrale

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Et si les « populistes » pesaient vraiment à Bruxelles?

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Photo de famille de meneurs "populistes" au Parlement européen, 2016. ©Virginia Mayo/AP/SIPA / AP22019492_000004

Pour la première fois de son histoire, le Parlement européen pourrait être, dans une certaine mesure, influencé par les « populistes ». Et ça fait enfin une raison de s’y intéresser !


A ce jour, il est difficile de répondre à la question du nouveau rapport des forces au Parlement européen (de Strasbourg, et surtout de Bruxelles). Les simulations, y compris celles du Parlement européen sur son site officiel, sont floues et erratiques, variant d’un jour à l’autre. En aura-t-on pour autant une vision définitive le 1er juillet 2019, date de la séance inaugurale de la première session et de l’élection de son nouveau président ? Le contexte politique général européen a beaucoup changé et les adhésions des nouveaux élus aux huit groupes actuels font encore l’objet d’âpres discussions.

La gauche aura besoin des « fachos »

Une première grande tendance se dégage toutefois : le recul de la mouvance gauche-verts, désormais très minoritaire, avec un étiage maximum non définitif à 255 élus là où il faut (jusqu’au Brexit) 376 voix pour atteindre la majorité. Encore est-il très important de préciser que, sur des questions ayant trait à la fiscalité, la finance, la mondialisation, les travailleurs détachés, les pratiques des groupes industriels, agro-industriels, pharmaceutiques, chinois ou américains, certaines mesures sociales ou à l’OTAN, cette gauche pourrait voter exactement comme les « nationistes » (plus ou moins 200 voix). Certaines de ces demandes phares de la gauche pourraient donc être adoptées grâce à ceux qu’elle nomme les « fachos » (ces rencontres de votes ont eu lieu plusieurs fois dans tous les pays d’Europe et en France)…

Un poids encore incertain

Une deuxième observation est que, « grâce » au négociateur du Brexit Michel Barnier, les députés UKIPers et Brexiters de Nigel Farage vont peser sur le début de cette session, et notamment pour l’élection du président du Parlement. Mais – sauf nouveau rebondissement shakespearien – les députés britanniques quitteront le Parlement fin octobre avec des conséquences importantes sur les majorités et même sur la pérennité de certains partis (le CRE et ELDD).

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Quelques fortes tensions persistent ou sont apparues, par ailleurs, entre les nations ou au sein des nations. Où siégeront les députés du Fidesz-Magyar ? Probablement pas avec le PPE très affaibli par ses scandales internes et son mépris des électeurs, et qui avait posé des ultimatums idéologiques en mars dernier à Viktor Orban, suspendant même sa participation au PPE. Officiellement estimé à 179/183 sièges, le PPE pourrait encore descendre sous les 160 si les élus des pays du groupe de Visegrad – humiliés mais désormais triomphants – le quittent ; et après le Brexit final. Les frères rivaux italiens de la Lega et du M5S siègeront-ils dans le même groupe ? Peu importe, au fond, du moment qu’ils voteront ensemble les mesures de salut public que les peuples attendent.

Les nations entrent à Bruxelles

Certes, le Brexit va affaiblir aussi la mouvance « nationiste », représentée par trois partis actuels (CRE, EFD, ENL, voire les NI). Cette mouvance qui compte à ce jour plus ou moins 200 élus retomberait à 183 mais, avec les 160 (ou 180) députés du PPE, elle atteindra la majorité, et la frisera après le Brexit. Car plus que pour les nations ou pour les partis européens, les députés, peu exposés médiatiquement dans ce grand magma, voteront pour leurs idées et celles de leurs groupes nationaux ; ainsi des décisions sur l’immigration, l’islamisme, les valeurs familiales et européennes, pourront être adoptées ; et les sanctions contre la Russie, le harcèlement et l’humiliation de l’Italie, de la Hongrie, de la Grèce supprimées.

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Pour la première fois de son histoire, il sera intéressant de suivre les événements qui vont se dérouler et nous surprendre au Parlement européen. Il n’est pas impossible qu’ils aillent dans le sens de l’intérêt des nations.

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Le peuple de la frontière

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Macron, personne ne viendra le chercher

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Emmanuel Macron, mai 2019. ©Frederic Sierakowski / Is/SIPA / 00909660_000003

Des élections étaient censées régler le problème, mais elles l’ont empiré. Bloquée entre une opposition inoffensive et un président qui ne veut rien entendre, la France est un pays paralysé, qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise…


Depuis quelques jours, analystes et intellectuels débattent pour savoir qui a gagné et qui a perdu, en France, les élections européennes.

La France du statu KO

Certains disent que le Rassemblement national (RN) a gagné, ce qui est vrai sur le papier. Il serait mal venu de leur contester leur victoire, alors qu’ils consolident leurs positions, et même si leur deuxième objectif, mettre « une trempe » au président et à son parti, dans un contexte favorable, et le pousser à la dissolution, n’a pas été atteint.

D’autres disent que c’est LREM et son chef qui, malgré leur deuxième place, ont remporté la mise, ce qui n’est pas faux non plus, car leur défaite est plus qu’honorable, et qu’on pouvait craindre pour eux une vraie Bérézina. Ils pensent que le président s’est sorti du guêpier des gilets jaunes, après une période d’évitement, d’intoxication et de diabolisation intense de leur mouvement, médias à l’appui, conclue par un « Grand débat » totalement détourné de sa fonction (écouter les Français !), alors qu’il n’a servi qu’à écouter le président, et à lui donner l’occasion d’une superbe pré-campagne européenne, sans que personne ne crie véritablement au scandale et au détournement de la démocratie…

En réalité, tous ont raison, et tous ont tort aussi, parce que rien n’est réglé sur le fond.

Le Rassemblement national qui ne rassemblait toujours pas

Le Rassemblement national « fait comme si » il avait gagné, alors qu’il ne retire pas les fruits du puissant mécontentement populaire qui s’est exprimé depuis plus de 6 mois. Cela traduit, à tout le moins, une incapacité à relayer les attentes de nombreux électeurs. Ce parti n’a pas su exprimer en termes simples le fait que cette élection devait lui donner une légitimité pour mieux combattre la politique du gouvernement sur le plan intérieur. En d’autres termes, ce n’était nullement le programme européen qui était l’enjeu du scrutin, mais uniquement le rapport de forces au sein du paysage français.

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« Quelle que soit votre opinion, donnez-nous les moyens de les battre » est un message qui, probablement, n’a pas été assez martelé, puisque, visiblement, pas assez entendu. Alors que le frein principal, la peur de l’aventurisme politique, qui étreint les classes bourgeoises en cas de victoire de Marine Le Pen lors d’une élection présidentielle, n’existait pas dans le cadre européen. C’était l’occasion de faire « le plein des mécontents », et cette occasion est manquée. Par conséquent, l’amorce d’un basculement de l’électorat vers des propositions plus nationales et plus sociales, seule façon de réduire la béance de la fracture sociale (puisque le président, visiblement, n’a aucune envie de la prendre en compte), reste encore en attente.

Pour Macron, les gilets jaunes sont nuls et non avenus

De son côté, Emmanuel Macron, porté par sa défaite plus qu’acceptable, « fait comme si » il avait obtenu un blanc-seing pour reprendre sa politique de plus belle, comme si de rien n’était. Six mois d’expression du cancer social, sous une forme de plus en plus radicalisée, semblent aujourd’hui balayés d’un revers de main. Bien plus, les très bons résultats de la liste verte, qui sont plutôt la marque d’un non-choix, pour beaucoup d’électeurs décontenancés par l’offre binaire qui leur était faite, seront une occasion supplémentaire pour le gouvernement de leur faire croire que « sauver la planète » pourrait être un palliatif au besoin de « sauver le pouvoir d’achat ». Lorsque ces électeurs se rendront compte que la politique verte, ça coûte très cher, mais ça ne rapporte rien (ou peut-être dans 100 ans), on peut prévoir que le reflux sera aussi rapide que l’engouement…

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Même la destruction concomitante des grands partis traditionnels classiques que sont LR d’un côté et le PS de l’autre est une très mauvaise nouvelle. En effet, et malgré leurs ambiguïtés réciproques (le PS n’est plus social depuis longtemps, LR a perdu sa fonction droitière, nationale et populaire), ces deux grandes formations ont structuré le paysage politique pendant des décennies, canalisant les votes vers des propositions relativement modérées et intelligibles par de nombreux électeurs. Avec leurs ancrages locaux très forts, leur présence était rassurante. Pense-t-on que leur disparition, ne laissant face à face qu’un parti ouvertement tribunicien, mais qui manque cruellement de corpus idéologique et d’expérience des affaires de l’Etat, et d’autre part, un parti présidentiel ouvertement anti-tribunicien, qui joue tout son crédit sur la peur qu’ont les classes bourgeoises d’une vague populaire, et sur leur appétence de plus en plus marquée pour l’ordre à n’importe quel prix, est un bien pour la France ?

Ami, entends-tu…

On fait semblant de croire, de tous côtés, que le président va pouvoir réformer. Quelle réforme peut-il faire, et d’abord celle de la compétitivité française, sans une solide assise populaire, et sans restaurer la confiance ? Le pays est-il seulement un moteur de voiture, dont on change les pièces à sa convenance ? Pense-t-on que cet affrontement sans intermédiaires, entre un conservatisme populaire plein de ressentiment d’un côté, et un progressisme bourgeois terrorisé de l’autre, est autre chose qu’une promesse de catastrophes ?

C’est le vainqueur qui a perdu ! Non, c’est le perdant qui a gagné ! Pendant ce temps, même s’il ne s’exprime pas assez dans les urnes et plus (pour le moment…) sur les ronds-points, le mécontentement augmente, et rien n’est fait ni annoncé pour prendre le problème de front, sous ses deux aspects : sa composante économico-sociale et sa représentativité politique.

Pris au piège

Ces élections n’ont rien réglé. Tout le monde, en fait, est piégé : Marine Le Pen n’arrive pas à canaliser ce mécontentement de façon large, parce qu’elle n’inspire pas assez confiance, et Macron ne le veut pas, parce que sa politique consiste précisément à le mettre en scène. Et alors que les périls augmentent (hégémonie américaine, puissance montante chinoise, islamisme), avec notre impuissance (technocratie européenne, prééminence allemande), la France, sur le plan social, se déchire et s’enfonce chaque jour un peu plus.

Les Français, qui voient souvent les choses avec plus de bon sens que les analystes, se rendent évidemment compte de ce qui se passe, et jugent la situation très mal engagée sur le fond. Ils ont raison. C’est peut-être à cause de cette inquiétude que la cote de Macron repart à la baisse, dès les élections passées, bien qu’il ait « sauvé les meubles ». Sans trop oser l’avouer, chacun se dit : « Plus dure sera la chute »…

Le coup d'état Macron

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