Comme souvent de nos jours, tout a commencé par un texto : « Yes la meuf est dead. » signé Sibeth Ndiaye, en charge de la communication à l’Elysée.

Un sabir incompréhensible

Précision bienvenue : ce sabir incompréhensible était la confirmation de la responsable communication de l’Elysée à un journaliste apprenant la mort de Simone Veil. Traduction: « Oui, Simone Veil est morte ». L’information semblait grave. On ignore ce qui l’a fait réagir avec tant de légèreté : n’y a-t-elle vu la soudaine opportunité d’un « coup de com’ ? » Aurait-elle échappé (de très peu…) à une tentative d’IVG qui aurait laissé quelques traces ? Ou s’en tamponnait-elle simplement le coquillard ?

L’histoire ne le dit pas. Elle a simplement retenu que l’événement n’aurait pas ému celle qui allait dicter au président ses officiels sanglots. Flagrante contradiction. On dit même que le monde en est rempli.

Ndiaye soutenue par les Tartuffe

Heureusement, dans la foire à la connerie, on trouve toujours des compétiteurs pour faire exploser le déconnomètre. Pour son malheur, Sibeth Ndiaye a reçu le soutien d’autres Tartuffe. Dans une tribune du Monde, Ibrahima Diawadoh N’Jim (ancien conseiller de Manuel Valls) vole à son secours. Un homme vertueux qui, selon Jeune Afrique, va à la mosquée d’Evry « presque tous les jours ». Et quand il n’y est pas, il lui arrive de consulter Le Canard Enchaîné où il a lu un portrait peu indulgent pour Sibeth Ndiaye. Motif d’indignation supplémentaire : Le Canard dit du mal des gens. Giscard d’Estaing, Edith Cresson, François Fillon l’ont appris à leurs dépens. Mais de tout cela, Ibrahima Diawadoh N’Jim ne semble jamais avoir entendu parler.

J’en veux pour preuve la manière dont cette grande âme s’étonne de la malveillance d’un journal satirique. « Disons les choses clairement : ce qu’on reproche à Sibeth Ndiaye est d’être noire et femme. » Erreur ! On lui reproche simplement d’être vulgaire et cynique ; d’appartenir au milieu, assez répugnant, de la communication et de prospérer sur la Babylone prétentieuse de la superficialité macronienne.

Babylone va tomber

« Sibeth Ndiaye ne demande pas de statut particulier », précise le pétitionnaire. Non, mais lui demande seulement à ce qu’elle soit prise au sérieux par Le Canard Enchaîné. Et à ce qu’un journal satirique n’en dise que du bien. Ce qui pour ne pas être « un statut particulier », ressemble à un drôle de privilège. Ajoutons qu’avec l’audace mallarméenne de son texto « yes la meuf est dead » où pas un mot, sinon les plus courts, n’appartient au dictionnaire ; il serait presque raciste de lui refuser les honneurs de La Pléiade.

En attendant, le pétitionnaire énonce malgré lui quelques exactitudes : « Oui, Sibeth Ndiaye a, avec d’autres, accompli un authentique exploit en construisant sur quelques mois une organisation qui a porté Emmanuel Macron à la présidence de la République. » Nous avons bien lu que la régie communication avait « porté Emmanuel Macron à la présidence de la République. » Nous voilà prévenus…

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est étudiant et pigiste.