Entre deux apparitions de l’omniprésente porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, l’ancienne responsable du FN Marion Maréchal a pu faire son grand retour médiatique ce dimanche. Les deux femmes ont exposé à distance deux visions très différentes de la France.


Elle a beau redoubler d’efforts (hommage aux Femen, proposition de relever à 50% le quota de femmes dans tous les domaines), le secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes Marlène Schiappa est en train de se faire voler la vedette par le porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye ! On hésite même à lui donner la palme pour sa performance, dimanche matin, sur CNews.

Sibeth Ndiaye, le discours de la méthode

Madame Ndiaye est dépêchée un peu partout pour la pré-vente du discours de politique générale prévu le 12 juin. La malheureuse ne peut pas annoncer grand-chose. Alors, celle que Le Monde qualifie de « trop directe, trop cassante et trop disruptive » (oui, ils écrivent ce genre de choses) profite de sa tournée des télés pour corriger son image. Cette fidèle « soldate du macronisme » veut désormais être dans la « bienveillance » (la désopilante lecture du Monde continue !).

Celle qui affirmait sans gêne dans L’Express être amenée à « mentir pour protéger le président » occupe l’espace pour « valoriser le changement de méthode » de l’acte II du quinquennat. Malgré la crise sociale et la gifle reçue aux élections, Macron garde son cap. Face aux journalistes Nicolas Barré, Michaël Darmon et Damien Fleurot, la brillante inventeuse des « mâles blancs de plus de 50 ans » et du « pognon de dingue » rappelle la ligne gouvernementale : le progressisme. Habillée d’une jolie blouse ornée de gros cœurs, elle explique qu’il est dans l’ADN de La République en Marche. Ôtez donc ces « lunettes obsolètes » (sic), mes bons messieurs, le clivage gauche / droite, les Français ne s’y reconnaissent plus. Le progressisme, c’est faire les yeux doux au brillant Yannick Jadot en adoptant un « réflexe écolo dans chacune [des] décisions politiques ».

« Je suis très attentive à rester compréhensible »

Après une analyse de la transition écologique d’une rare pertinence (« son accompagnement nécessite des efforts difficiles à accepter »), elle a rappelé que le gouvernement n’était pas du tout au courant des 1000 licenciements annoncés par General Electric à Belfort le lendemain du scrutin européen. Un de ses fameux « mensonges » ? Espérons, sinon elle n’est pas aussi compétente qu’on le dit…

Ndiaye, dont le cabinet, est 100% féminin, se propose d’abandonner la verticalité des débuts du quinquennat pour se rapprocher des Français en organisant des déplacements.

Et elle a sa méthode pour parler au plouc qui a mal à la tête quand on lui sort des phrases compliquées : « Le fait davoir un langage non compréhensible explique pour partie la distanciation entre le politique et le citoyen. Je suis très attentive à rester compréhensible. » Trop aimable !

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Mme Ndiaye, qui n’a jamais été élue, veut donc se rapprocher des « territoires » (c’est comme cela que la Macronie nomme la province), lesquels cacheraient d’insoupçonnées « énergies positives ». Et quand on est aux responsabilités, il est nécessaire de se mettre en contact « avec vos citoyens », préconise-t-elle. Quitte à être « à portée dengueulade », ajoute-t-elle.

L’opposition ? Quelle opposition ? Cette mère de trois enfants ne voit pas de risque de fusion entre droite et Rassemblement national, même si « de toute évidence, des ponts sont possibles… »

Marion Maréchal « de droite »

En parlant d’union des droites, Marion Maréchal est de retour. Si longtemps qu’on ne l’a pas vue, c’est une apparition ! Alors qu’elle n’a pas donné d’interview télévisée depuis deux ans, Marion Maréchal est là, bien peignée, et prête à répondre à Adrien Gindre (pas peu fier). La nièce de Marine a décidé de sortir du silence, car elle est « inquiète ».

« Interpellée par la situation politique actuelle », elle constate que, malgré tout ce qui a pu être dit, « Macron résiste assez bien », et que le nouveau clivage entre souverainistes et progressistes n’est pas « forcément plus sain ». Extrêmement bien préparée, elle répondra pendant une heure à une batterie de questions avec précision et analyses à la clef.

La fusion entre le RN et la droite, elle y croit. Même si elle se défend d’être à la manœuvre. Tenir une école prend tant de temps, vous savez… Elle précisera à deux reprises qu’elle se définit comme « de droite ». Pas nationaliste, pas souverainiste, identitaire ou patriote. Non : « de droite ».

« Le compte à rebours démographique a commencé. »

Ou conservateur, à la rigueur. L’ancienne députée du Vaucluse précise qu’en France, le conservatisme « nest pas une tradition avec une doctrine bien définie ». Le conservatisme, c’est une « disposition de lesprit qui consiste à vouloir conserver les héritages séculaires et les leçons du passé []. Cest regarder lavenir non pas avec une espèce de fascination enfantine comme le font les progressistes, mais avec prudence… » Et d’ajouter immédiatement que quelqu’un comme François-Xavier Bellamy pourrait s’y reconnaître… Ce qui se passe aux Républicains l’intéresse au plus haut point. Le grand « compromis patriotique », elle ne pense pas que le RN puisse le mener à bien seul. Déplorant que Macron soit « diviseur » et mène des « politiques catégorielles » qui privilégient les métropoles, elle se fait aussi mauvais prophète : « Le compte à rebours démographique a commencé. » Tous aux abris !

« Si jai le sentiment que je peux être utile… »

Adrien Gindre semble impressionné par la qualité du diagnostic détaillé des maux de la France que lui a établi Marion Maréchal. Il semble se demander si la France peut se passer encore longtemps d’un médecin aussi lucide. Et comme l’émission s’appelle « En toute franchise », il va oser poser la question : « Est-ce qu’elle revient ? » Non, l’ancienne députée ne fait pas son grand retour. Elle confesse même être « mal à laise » que tout ait été « scénarisé » autour de cette émission, alors qu’elle se contente de « regarder comment évolue la vie politique française » et de nous partager ses analyses… Elle ajoute toutefois : « Si jai le sentiment que je peux être utile à un moment donné, jaiderai. » 2022 ? Pour l’instant, sujet tabou.

La jeune femme de 29 ans préfère rester confortablement au-dessus de la mêlée politique et de ses contingences. Avec son diagnostic d’une France à l’identité claudicante, abandonnée par un président-manager à la tête de progressistes qui ne cherchent qu’à en optimiser la structure économique dans la mondialisation, elle attend son heure. Mais alors que j’écris ces lignes, on me dit dans l’oreillette que le chef des Républicains annonce sa démission…

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