Pour la première fois de son histoire, le Parlement européen pourrait être, dans une certaine mesure, influencé par les « populistes ». Et ça fait enfin une raison de s’y intéresser !


A ce jour, il est difficile de répondre à la question du nouveau rapport des forces au Parlement européen (de Strasbourg, et surtout de Bruxelles). Les simulations, y compris celles du Parlement européen sur son site officiel, sont floues et erratiques, variant d’un jour à l’autre. En aura-t-on pour autant une vision définitive le 1er juillet 2019, date de la séance inaugurale de la première session et de l’élection de son nouveau président ? Le contexte politique général européen a beaucoup changé et les adhésions des nouveaux élus aux huit groupes actuels font encore l’objet d’âpres discussions.

La gauche aura besoin des « fachos »

Une première grande tendance se dégage toutefois : le recul de la mouvance gauche-verts, désormais très minoritaire, avec un étiage maximum non définitif à 255 élus là où il faut (jusqu’au Brexit) 376 voix pour atteindre la majorité. Encore est-il très important de préciser que, sur des questions ayant trait à la fiscalité, la finance, la mondialisation, les travailleurs détachés, les pratiques des groupes industriels, agro-industriels, pharmaceutiques, chinois ou américains, certaines mesures sociales ou à l’OTAN, cette gauche pourrait voter exactement comme les « nationistes » (plus ou moins 200 voix). Certaines de ces demandes phares de la gauche pourraient donc être adoptées grâce à ceux qu’elle nomme les « fachos » (ces rencontres de votes ont eu lieu plusieurs fois dans tous les pays d’Europe et en France)…

Un poids encore incertain

Une deuxième observation est que, « grâce » au négociateur du Brexit Michel Barnier, les députés UKIPers et Brexiters de Nigel Farage vont peser sur le début de cette session, et notamment pour l’élection du président du Parlement. Mais – sauf nouveau rebondissement shakespearien – les députés britanniques quitteront le Parlement fin octobre avec des conséquences importantes sur les majorités et même sur la pérennité de certains partis (le CRE et ELDD).

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Quelques fortes tensions persistent ou sont apparues, par ailleurs, entre les nations ou au sein des nations. Où siégeront les députés du Fidesz-Magyar ? Probablement pas avec le PPE très affaibli par ses scandales internes et son mépris des électeurs, et qui avait posé des ultimatums idéologiques en mars dernier à Viktor Orban, suspendant même sa participation au PPE. Officiellement estimé à 179/183 sièges, le PPE pourrait encore descendre sous les 160 si les élus des pays du groupe de Visegrad – humiliés mais désormais triomphants – le quittent ; et après le Brexit final. Les frères rivaux italiens de la Lega et du M5S siègeront-ils dans le même groupe ? Peu importe, au fond, du moment qu’ils voteront ensemble les mesures de salut public que les peuples attendent.

Les nations entrent à Bruxelles

Certes, le Brexit va affaiblir aussi la mouvance « nationiste », représentée par trois partis actuels (CRE, EFD, ENL, voire les NI). Cette mouvance qui compte à ce jour plus ou moins 200 élus retomberait à 183 mais, avec les 160 (ou 180) députés du PPE, elle atteindra la majorité, et la frisera après le Brexit. Car plus que pour les nations ou pour les partis européens, les députés, peu exposés médiatiquement dans ce grand magma, voteront pour leurs idées et celles de leurs groupes nationaux ; ainsi des décisions sur l’immigration, l’islamisme, les valeurs familiales et européennes, pourront être adoptées ; et les sanctions contre la Russie, le harcèlement et l’humiliation de l’Italie, de la Hongrie, de la Grèce supprimées.

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Pour la première fois de son histoire, il sera intéressant de suivre les événements qui vont se dérouler et nous surprendre au Parlement européen. Il n’est pas impossible qu’ils aillent dans le sens de l’intérêt des nations.

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