Nous ne sommes pas obligés de faire revenir les djihadistes français de Syrie et d’Irak. 


Il y a dans Apocalypse now une scène dont peu de gens se souviennent, un passage occulté par nos mémoires sélectives, un épisode obscur, difficilement compréhensible pour nos esprits occidentaux, pour nous qui avons colonisés le monde pour y répandre le progrès et qui continuons d’y envoyer nos médecins pour y faire le bien.

Après le passage dans un village de l’armée américaine, où les soldats n’ont tué ni violé personne mais où les médecins qui accompagnaient les troupes ont vacciné les enfants (peut être sans ménagement et sans pédagogie, le film ne le dit pas), des GI’s repassent plus tard dans le même village et découvrent sans comprendre un tas de petits bras, les bras arrachés des enfants vaccinés.

Cette histoire, racontée dans le film par le colonel Kurz, qui se passe en Asie il y a cinquante ans, n’est pas une histoire singulière. Un professeur en médecine, bénévole pour la Chaîne de l’espoir me racontait qu’au Mozambique il y a quelques années, un enfant africain guéri par ses soins d’une cardiopathie mourut peu après son départ empoisonné par le sorcier de son village.

Les droits de l’homme et du citoyen de Daech

L’affaire des revenants, ces Français islamistes combattants, nos compatriotes et nos ennemis qui ont le djihad plus criminel que spirituel ou tout autant, qui vont sans doute revenir de l’Etat islamique au pays, nous montre que nous n’avons rien retenu de ces effroyables expériences. Nous n’avons toujours pas compris ce que Boko Haram se tue à nous dire en tuant chez eux tout ce qui s’inspire de nous. Nous ne comprenons décidément pas que dans les guerres de civilisation, nos ennemis ne nous haïssent pas pour le mal que nous leur aurions fait, mais pour le bien que nous restons persuadés de leur avoir apporté.

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Evidemment, il est naturel d’éprouver du chagrin et de la pitié pour ces quelques centaines de femmes qui ont suivi un mari et entraîné leurs enfants dans cette impasse eschatologique et islamique. Les plus charitables d’entre nous pourront même être pris d’empathie pour les hommes qui se disent repentis, mais en laissant nos émotions prendre le pas sur nos réflexions, nous risquons de commettre de nouveau cette bonne vieille erreur occidentale en empruntant une fois de plus ce bon vieux chemin pavé de bonnes intentions qui mène en enfer. Si nous agissons par charité et en vertu des droits de l’homme et du citoyen, ce christianisme sans Dieu, nous risquons de commettre contre ces arabes (la plupart le sont), ces hommes parmi les plus fiers, le pire des crimes : l’humiliation.

Il y a une autre option

« Nous ne pouvons pas ne pas les reprendre ! », entend-on déjà dans les débats quand des éditorialistes de la gauche morale, de l’Obs ou du Point répondent à une question qu’eux seuls se posent en sautant sur leurs chaises et en brandissant le droit. Les mêmes qui nous expliquaient que l’on ne pouvait pas les déchoir de la nationalité française parce que le droit nous en empêchait. Le droit, ce truc inventé contre l’arbitraire et que la bien-pensance retourne trop souvent contre le bon sens, ce truc censé nous sauver de la barbarie et qui, manié sans discernement, nous y expose, ce truc que des avocats culpabilisateurs finiront par nous faire détester.

Contrairement à cette idée totalitaire selon laquelle il n’y aurait pas d’alternative à l’accueil de nos ennemis irréductibles, parce que le droit l’impose et parce que nous vaudrions mieux qu’eux, nous les civilisés et eux les barbares, il y a une autre option : ne pas les reprendre, les laisser où ils sont, et laisser l’Etat islamique pour ce qu’il est ou pour ce qu’il fut : le libre choix du crime prescrit par le prophète, une voie sacrée dont on ne revient pas, la voie de l’honneur par le combat, une force d’attraction assez puissante pour nous débarrasser définitivement de toute la jeunesse islamiste, de Trappes à Molenbeek, une force qui attire et absorbe dans le néant tout ce qui s’en approche : le trou noir de l’oumma.

C’est en les laissant où ils sont que, pour une fois, nous montrerons que nous sommes capables de les respecter pour ce qu’ils sont, quitte à les laisser mourir. Dans la dignité.

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