L’Europe, ce serait la paix. Et c’est même ce qui la rendrait si indispensable. Problème: la paix n’a jamais eu besoin de l’Union européenne (ou de ses ancêtres) pour exister en Europe. 


« L’Europe, c’est la paix ! L’Europe, c’est la paix ! L’Europe, c’est la paix ! L’Europe, c’est la paix ! » Les mainates eurobéates et autres petits oiseaux de cette campagne ont beau sortir leurs disques rayés du siècle dernier, la pétition de principe ne résiste pas à l’examen. On a beau répéter que la construction européenne protège la paix, l’assertion n’en est pas moins fausse et archi-fausse.

La paix a précédé l’Europe politique

La Suisse n’est pas dans l’Union européenne (UE). Pourtant, aucune guerre n’est concevable contre ce pays avec lequel nous partageons des frontières. Pourquoi ? Évidemment car, au-delà de nos différences culturelles et linguistiques, nous partageons les mêmes valeurs politiques démocratiques et humanistes.

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En Europe, l’appartenance à l’UE n’est pas du tout une condition de la paix. Mieux encore, au sein de l’UE, la paix a précédé l’intégration dans l’UE. D’ailleurs, tant que les anciens régimes puis les totalitarismes voulurent agresser et soumettre les démocraties sur le vieux continent, il y eut la guerre.  Lorsque les peuples et les dirigeants européens finirent tous par se ranger du côté de la démocratie, ce péril recula.

C’est l’Europe qui découle de la paix et non l’inverse.

Pax germanica

La « grande guerre », par exemple, n’est pas née du seul choc des nationalismes, comme on ne cesse de nous l’enfoncer dans le crâne, mais des rivalités impériales et commerciales et des risques  de collapsus d’empires et de régimes autoritaires croulants.

La Seconde Guerre mondiale est, quant à elle, née de la sortie de l’Allemagne de la démocratie. Seules la férocité des combattants de l’Armée rouge et les 300 000 tonnes de bombes incendiaires ont converti les Allemands à la démocratie, une conversion sincère mais qui n’a rien à voir avec l’unification de l’Europe.

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Si le ressentiment nationaliste allemand n’a heureusement pas pu renaître de ses cendres après l’apocalypse de 39-45, c’est que l’occupant américain a eu l’intelligence d’ouvrir les yeux de la population sur la cruauté du régime mais aussi que les vainqueurs ont, cette fois, démembré l’Allemagne (suivant le mot aigre-doux de Mauriac qui aimait tellement l’Allemagne qu’il en voulait plusieurs !). Ici, toujours aucun rapport avec l’entreprise de Monnet et de Schuman.

Erasmus n’a rien à voir là-dedans

Ce qui a permis le rapprochement des peuples allemands et français, ce n’est pas Erasmus, qui n’existait pas en 1963, mais la main tendue par De Gaulle et acceptée par Adenauer lors du traité de l’Elysée. La profonde réconciliation entre les deux peuples a suivi. Aucun rapport donc avec l’UE, la CEE ou la CECA.

Autre facteur, existentiel celui-là, ayant favorisé la paix et qui n’a strictement aucun rapport avec les traités européens, c’est la dissuasion nucléaire qui a jusqu’ici maintenu la paix sur le Vieux continent, voire entre grandes puissances mondiales. Le traité instituant la CECA (qui visait à empêcher l’Allemagne de réarmer alors qu’elle était morcelée, en ruines et qu’elle n’en avait pas le droit) n’a donc rien à faire dans le maintien de la paix entre nations européennes.

L’Europe, c’est la guerre

La psychologie de l’UE, sa tentation permanente à finasser, à couper les cheveux en quatre laisse mal augurer de sa capacité à stopper la guerre. Son réflexe pavlovien, si un conflit éclatait, consisterait sûrement, comme l’écrivait Albert Cohen à propos de la Société des Nations (SDN), à créer une commission, à rédiger un rapport, à publier un communiqué pour protester. Et si les atteintes aux droits humains devaient persister, à recommencer. Un enchaînement de convulsions digne d’un poisson bureaucratique en train d’agoniser et typique de toutes les institutions internationales. Car l’UE a beau avoir une monnaie et la prétention ridicule à monter sur ses ergots pour jouer aux États, elle ne dispose d’aucun outil militaire ni d’aucune volonté politique ferme et commune. Et c’est heureux.

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