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La culpabilité des enfants gâtés de la gauche et la fabrication de l’ennemi


Ils sont les rejetons maladifs d’une Europe qui ne sait plus vieillir, enfants d’un monde repu qui croit avoir dompté l’Histoire, nourris de lait tiède et de discours maternels, assis dès la naissance dans le velours du confort, et pourtant rongés par une angoisse sourde, héritée des ventres possessifs qui les ont portés. Car leurs mères, trop présentes, trop aimantes en apparence, n’ont cessé de les accabler d’une tendresse conditionnelle : amour distribué comme une aumône, à la mesure de la soumission affective exigée. On leur a tout donné, mais avec cette insinuation empoisonnée : « tu n’en feras jamais assez ». Ainsi furent-ils comblés de biens et de soins, mais dépossédés d’eux-mêmes, saturés de culpabilité et de dette.

Histoire criminelle et parodie de croisade

De cette éducation sentimentale est née une colère muette, un ressentiment qu’ils ne parviennent pas à nommer et qu’ils projettent sur le monde extérieur. Incapables d’affronter la Mère, ils cherchent partout une figure de domination à abattre : l’État, la patrie, l’armée, l’Église, les colonisateurs, les pères symboliques. Ils se sont faits les orphelins volontaires d’une histoire qu’ils jugent criminelle. Et comme ils ont besoin d’aimer, mais qu’ils ne savent plus qui aimer, ils se précipitent du côté des « victimes » : les damnés de la terre, les peuples lointains, les révoltés de service, les insurgés dont la violence leur semble pure parce qu’elle s’oppose à l’ordre. Leur compassion est une liturgie, leur révolte une parodie de croisade.

Ils rêvent d’un monde sans frontière, d’une fusion planétaire où les antagonismes seraient dissous, d’un amour universel qui viendrait enfin combler le vide matriciel. Mais ce rêve est un délire de maternité manquée. Ils sacralisent l’Autre, jusqu’à lui prêter une innocence immaculée. Ils ferment les yeux sur la cruauté, l’humiliation, la haine pourtant palpables. Ils préfèrent exalter une humanité imaginaire plutôt que de reconnaître la violence réelle, comme si toute lucidité équivalait à une trahison de l’amour.

Leur culpabilité est sans fond. Coupables de leurs privilèges, coupables de ne pas aimer assez, coupables de haïr en secret, ils se rachètent en fabriquant un nouvel ennemi. L’Occident devient l’incarnation du mal, et avec lui ses satellites honnis : le capitalisme, les élites, Israël. Ils pleurent sur les juifs assassinés dans les camps, mais méprisent ceux qui, aujourd’hui, osent se défendre les armes à la main. Auschwitz leur inspire une compassion abstraite ; Tel-Aviv les révulse comme un scandale moral. C’est ainsi que, par un retournement d’une ironie diabolique, l’antiracisme d’Occident ressuscite la vieille figure du juif dominateur, l’éternel persécuteur, pourvu que ce juif soit israélien. Le mythe antisémite, loin d’avoir disparu, s’habille à nouveau des couleurs de la vertu.

Plus jamais ça… jusqu’à la prochaine

Car l’idéologie dominante est née de la cendre et du sang : « Plus jamais ça », répète-t-elle comme une prière expiatoire. L’Europe, honteuse de ses crimes, a fait du rejet du racisme et du vivre-ensemble les piliers de sa nouvelle religion. Le péché originel, désormais, c’est la peur. Il ne faut plus craindre. Il faut aimer sans condition, célébrer la diversité, accueillir l’étranger comme un frère. L’Autre est devenu le saint d’un catéchisme séculier.

Mais la peur n’est pas un vice, elle est une vérité de la chair. Elle est ce frisson ancestral qui avertit du danger, cette vigilance née de siècles de violence et de mémoire. Le moine bouddhiste en robe safran, dans le métro, ne suscite nulle crainte, car il ne porte pas en lui la menace. Mais le jeune homme agressif, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, fait trembler non parce qu’il est autre, mais parce qu’il incarne la possibilité du coup, de l’humiliation, de la haine. L’Occident a désappris cette distinction élémentaire : ce n’est pas l’altérité qui effraie, mais la violence.

Le mensonge du vivre-ensemble consiste à croire que la paix naît du consensus. Non. La paix naît du conflit reconnu, assumé, traversé. Refuser le conflit, c’est préparer l’explosion, l’irrationnel, le chaos. Il est légitime d’avoir peur de perdre son pays, sa langue, son emploi, sa dignité. Il est légitime d’interroger les pratiques religieuses qui contredisent les principes démocratiques. Il est légitime d’aimer son sol, ses morts, ses ancêtres, et de craindre leur effacement.

Il faut donc réhabiliter la peur, non comme un fantasme maladif, mais comme un signal vital. Il faut réhabiliter le conflit, non comme une guerre, mais comme un espace de vérité. La société sans tension est une fiction mortifère, un mensonge éducatif qui engendre le morcellement et la haine rentrée. Seul le conflit civilisé permet de regarder l’adversaire en face et de lui reconnaître une part d’humanité.

Culpabilité sans fin

Ils croient aimer, mais leur amour n’est qu’un miroir brisé. Ils croient lutter, mais leur lutte n’est qu’un théâtre moral, une pièce où ils tiennent le rôle du juste en condamnant des oppresseurs imaginaires. Car au fond d’eux-mêmes, ils savent qu’ils n’ont rien risqué, qu’ils vivent dans la sécurité douillette des métropoles, que leur rébellion se consomme comme une distraction, à l’ombre d’institutions qu’ils vilipendent mais qui les protègent encore.

C’est pourquoi leur culpabilité n’a pas de fin. Elle est la vraie jouissance de l’enfant gâté : se haïr soi-même, se flageller par procuration, déléguer au Palestinien, au migrant, à l’ennemi d’Israël, la violence qu’ils n’osent pas assumer. Ils jouissent du sang versé, à condition qu’il ne soit pas le leur ; ils jouissent de la haine, pourvu qu’elle soit exprimée par d’autres. Le monde devient pour eux une scène sacrificielle où ils se lavent de leur honte par l’offrande des victimes lointaines.

L’Europe, fatiguée d’elle-même, leur fournit le décor : une civilisation qui ne sait plus transmettre que la mémoire de sa faute, qui se croit condamnée à expier son histoire coloniale et son génocide fondateur. Elle n’enseigne plus la grandeur, mais la repentance. Elle ne produit plus de héros, mais des accusés permanents. Elle ne croit plus à son avenir, seulement à l’utopie d’un vivre-ensemble qui ressemble à une salle d’attente cosmopolite avant la disparition.

Le tragique, dès lors, n’est plus vécu : il est sublimé en moraline. On ne meurt plus pour sa patrie; on crie contre Israël. On ne se bat plus pour son peuple ; on brandit des pancartes au nom de l’Autre sacralisé. Le sang, le vrai, celui qui rappelle que l’histoire est tragique, on le nie ; mais le sang rêvé, celui de Gaza ou d’ailleurs, devient une drogue, un rituel d’innocence retrouvée.

Ainsi s’avance la fin de l’Europe, non pas dans le tumulte d’une guerre épique, mais dans le soupir honteux d’une civilisation qui se suicide à petit feu, en inventant sans cesse des ennemis de substitution pour donner sens à sa culpabilité. Ses enfants gâtés ne connaissent plus la joie tragique de vivre et de mourir ; ils ne connaissent que la jouissance morbide d’accuser et de condamner.

Il y a là l’image exacte de notre crépuscule : des générations assises sur les ruines, accusant les vivants d’être des bourreaux, célébrant les morts pour mieux mépriser ceux qui survivent. Et pendant qu’ils rêvent d’un amour universel, le monde réel se fracture, se durcit, se prépare à la guerre. L’Europe, elle, s’endort dans sa liturgie expiatoire, confondant l’ennemi et l’adversaire, abolissant le tragique dans la moraline, et s’abandonnant au luxe morbide de sa propre disparition.

Mozart et son premier violon

Alors que François Bayrou cherche désespérément 44 milliards d’euros d’économies, une idée fait son chemin: fiscaliser les pourboires des serveurs. Au risque d’attiser la colère d’un secteur déjà en crise. 71% des salariés de l’hôtellerie-restauration toucheraient des pourboires, mais 81% d’entre eux sont évidemment opposés à l’idée qu’ils soient imposés. 41% menacent même de quitter le secteur si la mesure voyait le jour. De son côté, Emmanuel Macron envisage de rejoindre les compétiteurs de « Yu-Gi-Ho »


Voilà bien que le « Mozart de la finance » envisagerait de faire les poches des garçons de café. Ou si ce n’est lui, ce serait notre futur ex-Premier ministre que les pythies les mieux armées dans l’art de la prédiction politique voient d’ores et déjà condamné à venir gonfler dès les calendes de septembre l’immense bataillon des boomers ordinaires, des retraités du commun, qui, je le suppose, lui feront un accueil triomphal.

Le projet « garçons de café » consisterait à faire passer leurs pourboires sous les fourches caudines de l’impôt. Quand je dis garçons de café il s’agit aussi, tout le monde l’aura compris, des serveuses z-et serveurs des restaurants, salons de thé, etc…

Ceux-là officient dans des secteurs qu’on nous dit en crise et où les employeurs rament comme des galériens pour trouver le personnel nécessaire en nombre suffisant et en qualité. Du côté du Mozart et de son futur ex-premier violon on se refuserait donc à considérer que plomber d’impôts les gratifications de ces personnes n’aboutirait au bout du compte qu’à compliquer le recrutement, à dissuader les potentiels candidats d’entrer dans la carrière. Il est vrai que, définitivement, le bon sens ne semble pas être la caractéristique dominante de leurs réflexions et décisions. Taxer le pourboire du serveur aujourd’hui, demain la sébile du SDF, après-demain le tronc de la basilique sainte Euphrosyne. Il faut des sous, il est vrai. L’homme, le prédicateur de Matignon bientôt en partance pour retrouver la riante vallée de Betharram nous l’a dit et redit dimanche dernier lors de son office dominical à l’heure des vêpres, à moins que ce ne soit celle des complies. Cela avait en effet un petit air, oui, de sermon, avec menaces des foudres de l’enfer en cas d’insoumission des brebis jusqu’alors égarées. Ne manquait à la liturgie le toujours très émouvant et édifiant mea-culpa. Vous savez, le « c’est ma faute, ma très grande faute ». Manifestement, cette humilité-là n’est pas dans le répertoire du servant du jour. Le pécheur, c’est l’autre. Les autres. Comme l’enfer chez Sartre, quoi. Ces débiles de Français qui toutes ces années ont voté les budgets de la dette. Car, c’est bel et bien ce qu’ils ont appris dimanche : ce ne sont pas l’orateur et ses disciples Modem qui, année après année, ont voté et creusé le gouffre mais vous et moi, les Français.

A lire aussi, Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

Je suppose que si le Mozart évoqué avait assisté à la scène, il eût applaudi à tout rompre. Mais il avait mieux à faire. Il avait à s’occuper du salut du vaste monde, de cultiver le lopin de terre politique qui semble lui rester, l’international. Deux chantiers, en ce dimanche. Un sommet franco-allemand, une broutille, sans doute, et apparemment, d’une tout autre importance, la finale, chez nous en France, d’un championnat du monde d’un jeu de cartes très oriental, le Yu-Gi-Oh!  J’avoue ignorer totalement ce qu’est ce jeu de Yu-Gi-OH! en étant resté culturellement aux finales de championnats de belote coinchée à Pérouville-la-Feuillue et autres charmantes bourgades franco-françaises.

Je ne doute pas que cette discipline puisse avoir elle aussi son Mozart. Aussi, me dis-je que celui de la finance pourrait, le moment venu, libéré de ses harassantes obligations hexagonales, ambitionner le titre. Doublé historique, à n’en pas douter. Son ego y trouverait assurément son compte. Le gaillard s’est fait filmer en bras de chemise, saluant la manifestation, affirmant combien la France était honorée de l’accueillir. Ça, c’était pour les convenances. En fait, il tenait avant tout à exhiber sa carte – un dragon, me dit-on – histoire de bien faire comprendre aux compétiteurs que lui-même était chaud bouillant, qu’il s’apprêtait à descendre dans l’arène et qu’il allait falloir compter avec lui.

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Bref, je pense que, devant ces images dominicales, celles du Mozart et de son premier violon, ils étaient quelques-uns à se dire que, pour ce qui est de rejoindre les compétiteurs de Yu-Gi-Ho et les charmes de Betharram, le plus tôt serait le mieux.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Elisabeth Lévy sur Sud Radio: « Nous sommes tous responsables de la dette ! »

Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

En menaçant de faire tomber François Bayrou, Marine Le Pen croit être maîtresse du jeu politique. Mais c’est en réalité Jean-Luc Mélenchon qui tire profit de cette crise en imposant ses thèmes et en misant sur les sombres pulsions de son électorat: préjugés, rancunes, haines et jalousies.


François Bayrou tombera-t-il à la rentrée, comme tout porte à le croire au moment où nous mettons sous presse ? Évidemment, la politique peut toujours réserver une de ces surprises dont elle a le secret : coup de théâtre, journée de dupes, pacte faustien. Rien n’est jamais impossible au royaume de France.

Mais la rapidité et l’aplomb avec lesquels les Insoumis, les Verts, les socialistes, les communistes et surtout le Rassemblement national ont indiqué, aussitôt après l’annonce par le Premier ministre d’un vote de confiance le 8 septembre, qu’ils ne lui accorderaient pas cette confiance, laissent penser que la messe est dite. Surtout que, d’après nos sources en interne, aucune négociation de la dernière chance – du type retrait de la suppression des deux jours de congé – qui pourrait accorder un sursis à François Bayrou n’est envisagée du côté du parti de Marine Le Pen.

Sous-entendu inquiétant

La France n’est pas le seul pays européen à vivre des temps d’incertitude. Tous nos voisins sont placés sous la triple pression des marchés financiers, du mécontentement populaire et de la guerre en Ukraine. Et tous ont connu depuis le début de la décennie un épisode de fièvre politique : ici une chute brutale de gouvernement, là une chambre introuvable, ailleurs encore une secousse dégagiste. Seulement, avec quatre gouvernements en deux ans, nous sommes les seuls à être alités en permanence avec une compresse humide sur le front. Car au-delà des circonstances du moment, telles que le fiasco de sa dissolution en 2024, la crise française a une cause plus profonde, plus singulière. Elle tient à la manière même dont notre pays est dirigé depuis 1958, manière qui semble arrivée en bout de course.

A lire aussi, Ivan Rioufol: La révolution populiste, bête noire du pouvoir en sursis

Conçue avec l’obsession de la puissance et de la stabilité, la Ve République a sacrifié la représentativité du pouvoir législatif au profit de l’efficacité de l’exécutif. Problème : à force de mettre sous le boisseau l’expression de la volonté populaire, le système a fini par perdre sa capacité de produire de la légitimité et du consensus.

Depuis au moins cinquante ans, ce problème est pointé par la droite nationaliste anti-gaulliste, dont les inquiétudes quant à l’immigration, l’islam et la souveraineté, quoique partagées par un grand nombre d’électeurs, ont longtemps été tues ou niées au sommet du pouvoir. Cependant, malgré tous les vents contraires, dont ses propres turpitudes, à partir de l’an 2000, le discours du Front national a fini par s’imposer dans le débat public. Depuis, sans avoir jamais été ministres, Jean-Marie Le Pen, puis sa fille ont pour ainsi dire co-produit l’agenda politique.

Mais en cette rentrée 2025, la situation a complètement muté. Désormais, c’est Jean-Luc Mélenchon qui dicte les thèmes. Il est en effet parvenu à formuler une version gagnante du populisme de gauche. À son message subliminal traditionnel « il y a de l’argent, il est chez les riches, il n’y a qu’à le prendre », avec son corollaire « la dette n’est qu’un jeu d’écriture bidon destiné à asservir le peuple, yaka pas payer », s’ajoute désormais un sous-entendu inquiétant, à peine voilé derrière une critique d’Israël, mais parfaitement compris par l’électorat ciblé : « c’est la faute aux juifs ». Pour la première fois depuis des décennies, une proposition politique promet de résoudre les difficultés sans effort tout en légitimant des pulsions sombres : les préjugés, les rancunes, les jalousies, les frustrations et les haines.

Cet assemblage redoutable, assaisonné de considérations écologistes et économiques faussement rationnelles, tend à supplanter les recettes de la droite. Là où le café du commerce se lamentait naguère sur l’immigration, mai 68 et l’Union européenne s’impose désormais une nouvelle grammaire idéologique et émotionnelle qui désigne comme causes principales de nos malheurs l’abolition de l’ISF, la réforme des retraites et les riches en général – mais aussi le désir masculin, Israël et CNews. Certes, ces trois boucs émissaires de l’extrême gauche ne sont nullement ciblés par le RN qui ne montre aucune complaisance avec l’antisémitisme. Reste que cette mixture fixe l’ordre du jour, oriente les débats et oblige les autres forces politiques à adopter une position défensive et presque honteuse. Ainsi le parti mariniste, jadis maître caché du tempo, pourrait-il être réduit à suivre la musique sociale jouée par les flûtistes de La France insoumise en risquant au passage d’y perdre son solfège identitaire.

Peur paralysante

Ce renversement n’est pas le fruit du hasard. Mélenchon a constitué un mouvement politique autoritaire, que certains de ses propres membres qualifient de « secte », et une armée impitoyable de communicants capables de transformer chaque tweet en polémique. De Louis Boyard à Sébastien Delogu en passant par Thomas Portes et Aymeric Caron, ces soldats du chaos nous bombardent de provocations et saturent l’espace d’outrance. Dans quel autre pays riche les thèses de la gauche radicale obtiennent-elles un tel écho ? Aucun.

A lire aussi, Benjamin Goldnadel: Avec des amis de la Terre comme eux, pas besoin d’ennemis

La stratégie des Insoumis relève d’une logique léniniste. Comme les révolutionnaires de 1917, leur chef sait que l’essentiel n’est pas d’exercer le pouvoir mais de s’en emparer, puis de s’y barricader. Une fois en poste, pense-t-il, il saura inventer l’histoire à raconter pour expliquer pourquoi il avait parfaitement raison d’avoir tort. Il appliquera à la France la méthode qu’il emploie à la tête de sa formation : désignation des saboteurs, exploitation des divisions, intimidation des éléments trop brillants.

Dans cette affaire, tout le monde joue avec le feu, à commencer par le RN. Les dirigeants lepénistes ont certes de solides raisons d’en vouloir à Emmanuel Macron, qui a laissé son parti leur préférer le Nouveau Front populaire aux dernières législatives et ne semble toujours pas envisager de nommer un gouvernement d’union des droites (qui pourtant recueillerait l’adhésion d’une grande partie des Français). Cela justifie-t-il de se mettre dans la roue des Insoumis ? « Les Français préféreront toujours l’original à la copie », dit-on au RN pour se rassurer. C’est sous-estimer la capacité de nuisance de Mélenchon, qui est parvenu à instiller dans leur esprit une peur paralysante : celle d’être traités de collabos des puissants, d’amis de Macron. Le risque, c’est que la copie passe aujourd’hui pour l’original. Réveille-toi Marine : au jeu de la démagogie, le général Tapioca est imbattable.

Le dégagisme ne vient pas de nulle part

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Le Premier ministre n’a pas réussi à convaincre les chefs des groupes parlementaires d’accorder leur confiance lundi prochain. Derrière l’échec de Bayrou, la fin d’un vieux monde…


Dans son mépris débridé à l’égard des Français, le pouvoir précipite sa chute. Les rejets que suscitent Emmanuel Macron et François Bayrou dans l’opinion sont proportionnels à leurs agressions gratuites contre la population. Lundi, dans sa prestation crépusculaire sur les quatre chaines d’information, le Premier ministre a désigné les Français comme responsables de la dette publique faramineuse accumulée depuis 1974 par tous les dirigeants successifs. Il a accusé les citoyens d’avoir « demandé » et « dépensé » l’argent distribué, tout en justifiant la politique irréfléchie du « quoi qu’il en coûte » du chef de l’État. À lui seul, Macron a creusé la dette de 1300 milliards d’euros supplémentaires.

A ne pas manquer: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

Social-démocratie : l’heure des comptes

Macron n’a de cesse depuis son premier mandat de vouloir faire la guerre au populisme, qu’il assimile à l’extrême droite. Or derrière ce qualificatif qu’il croit infamant se rassemblent des millions de Français révoltés par la morgue des dirigeants faillis. Quand le Premier ministre désigne ses compatriotes comme boucs émissaires – en s’interdisant dans le même temps d’accabler l’immigration de masse -, quand le président de la République caricature ses opposants en pestiférés, quand tous deux verrouillent la démocratie et excluent le moindre mea-culpa, comment ne pas comprendre le dégagisme qui parcourt la société ? Bayrou quittera Matignon lundi ; il n’aura évidemment pas la confiance qu’il réclame. Mais derrière son échec, c’est le vieux monde progressiste qui est aussi remercié.

A lire dans le magazine: Remis en liberté, les carnets d’Ivan Rioufol

Larcher déconnecté

Nous assistons à la fin d’une époque. La sociale-démocratie, hégémonique depuis un demi-siècle, est comptable des désastres accumulés. Or, un système qui ne sait plus garantir la sécurité collective doit passer la main. Dans Le Parisien de ce mercredi, Gérard Larcher, président du Sénat, estime que les Français « n’ont pas pris la mesure de la gravité de la situation[1] » ; il leur faut des « pédagogues ». C’est l’inverse qui est vrai: les « élites » mirobolantes n’ont pas pris la mesure de la gravité de la colère des Français lucides ; elles doivent redécouvrir le réel.

Les Républicains, soutiens du bloc central, n’ont rien à faire dans cette coalition des perdants. Bruno Retailleau, qui appelle à voter la confiance par solidarité gouvernementale, va sombrer avec le Titanic. De nombreux députés LR ne suivront pas le ministre de l’Intérieur. L’urgence est de rompre avec cette caste prétentieuse. Elle s’accroche à ses privilèges en écartant le peuple encombrant. Mais c’est à lui qu’il revient de remettre de la clarté dans un paysage obscurci par les foucades de Macron puis de Bayrou. Une dissolution de l’Assemblée s’impose, à défaut d’une démission du président. Pour l’instant, l’hôte de l’Élysée a dit qu’il excluait ces deux possibilités. Retranché dans son Fort Chabrol, Macron est prêt à tout pour tenir jusqu’au bout de son mandat. Cette fois, il ne dira pas, comme dans l’affaire Benalla: « Qu’ils viennent me chercher ! » de peur d’en donner l’idée aux Français exaspérés.


[1] https://www.leparisien.fr/politique/gerard-larcher-quest-ce-quune-dissolution-va-apporter-au-pays-02-09-2025-AXXIMU3NLNCOFGBB6KQWDS3EUU.php

OQTF: la France, championne du surplace

Notre politique de l’éloignement est de longue date déficiente, rappelle notre contributeur. La loi proposant d’étendre la durée de rétention des étrangers jugés dangereux de 90 jours à 210 jours a été censurée par les Sages du Conseil Constitutionnel pendant l’été. L’exécutif n’est vraiment pas aidé par les juges…


Une récente décision du Conseil Constitutionnel a « facilité » la vie des OQTF. En effet, il s’agit de la décision n° 2025-895 DC du 7 août 2025 sur la loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive.

Les Sages (présidés de façon déjà très militante par Richard Ferrand) ont censuré les dispositions permettant de prolonger à 180, voire 210 jours la rétention de certains étrangers ayant déjà purgé leur peine ou non condamnés pénalement pour des infractions graves, ainsi que les dispositions permettant de maintenir systématiquement en rétention l’étranger remis en liberté par le juge le temps de l’appel du ministère public ou de l’administration. Or on constate journellement que des OQTF commettent des délits et des crimes. C’est aussi le système des centres de rétention administrative (CRA) qui est à revoir.

La « carcéralisation » des clandestins dénoncée par la Défenseuse des droits

A la suite de décisions de la CEDH et de la Cour de Cassation dans les années 2010 décidant de l’impossibilité de placer en garde à vue un étranger du seul fait de sa situation irrégulière, la loi Valls de 2012 a donc supprimé le délit de séjour irrégulier et prévu un placement dans un CRA. L’objectif de ces centres est d’accueillir les personnes en situation irrégulière dans l’attente de leur expulsion. Ils constituent aussi un maillon essentiel de la chaîne de l’éloignement. En 2023, la France comptait 25 centres de rétention administrative, soit 1 936 places[1].

Or en 2022, plus de 43 500 personnes ont été placées dans ce type de structure et plus de 55 % ont été remises en liberté, selon un rapport publié par les associations présentes dans les CRA, qui dénoncent une banalisation de l’enfermement des étrangers et une politique du chiffre inefficace. Cette loi a été par la suite modifiée trois fois (en 2016, 2018 et 2024). Locaux insalubres, manque d’intimité, violences… Dans des recommandations publiées au Journal officiel le 22 juin 2023, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) constatait les conditions de vie indignes des personnes retenues[2]. On ne voudrait pas non plus leur proposer des hôtels cinq étoiles ?…

La Défenseuse des droits a relevé, de son côté, une « carcéralisation » de ces centres. Vu l’explosion de la délinquance chez les OQTF, il peut difficilement en être autrement. Le CRA est aussi, qu’on le veuille ou non, un système pour enfermer, même temporairement, des individus plus ou moins dangereux. La loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur, adoptée en décembre 2022, prévoyait d’atteindre 3 000 places de CRA en 2027. Mais la dissolution et la crise budgétaire ont neutralisé ce programme. Précisons que les CRA ne sont nullement sous tutelle du ministère de la Justice, mais sous celle de l’Intérieur.

Selon un rapport parlementaire de juin 2025, en France, environ une OQTF sur dix est exécutée, soit de l’ordre de 15 000 sur les 130 000 prononcées en 2024. Même si ce chiffre ne rend pas compte de la complexité de la situation, la politique de l’éloignement est de longue date déficiente. Avant tout par manque de moyens. L’obligation de quitter le territoire français est une mesure administrative, délivrée par la préfecture, qui a pour objectif d’expulser une personne en séjour irrégulier (dénuée de papiers) sur le territoire français. Il s’agit donc d’une mesure d’éloignement des étrangers prévue par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La décision d’éloignement ou d’obligation de quitter le territoire français est prise par le préfet, notamment en cas de refus de délivrance de titre de séjour ou de séjour irrégulier en France. La décision oblige la personne visée à quitter la France par ses propres moyens dans un délai de 30 jours. Dans des situations limitées, elle peut aussi être contrainte à quitter la France sans délai. Un recours est possible, que les associations humanitaires habilitées ne se privent jamais d’activer.

Laissez passer !

Ce traitement trop souvent erratique des OQTF engendre un affaiblissement de l’autorité de l’État, dont les décisions pourtant exécutoires restent sans effet, tandis que l’objectif de maîtrise des flux migratoires est compromis. Environ 500 000 étrangers se trouveraient aujourd’hui en situation irrégulière en France, le plus souvent dans une grande précarité, soulevant de lourds enjeux de santé publique, de dignité mais aussi de sécurité, comme l’actualité l’a tragiquement montré à plusieurs reprises. Le Conseil Constitutionnel ne semble absolument pas se soucier de ce dernier enjeu. Le rapport parlementaire cité plus haut, souligne que si la loi Darmanin du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, a permis quelques progrès, les rapporteurs appellent à de nouvelles réformes ambitieuses, notamment en matière de rétention, de moyens matériels, de laissez-passer consulaires et de retours aidés.

Le problème le plus compliqué avec certains pays est le fameux laissez-passer consulaire. Le meurtre de la petite Philippine a remis sous les feux des projecteurs la question de ce titre complexe, que certains pays refusent de délivrer à la France. Il faut préciser ici que cette dernière, terre des droits de l’homme s’il en est, n’expulse pas ses migrants clandestins n’importe où. Ces derniers doivent retourner dans leur pays d’origine s’il est sécure. L’État demande alors un laissez-passer consulaire au pays d’où provient le migrant. Une fois le laissez-passer consulaire émis et transmis à la France, il est confié à l’individu en situation irrégulière, qui s’en servira comme passeport pour retourner chez lui. C’est là souvent que se dresse un parcours du combattant. Il faut alors que la France réussisse à convaincre le pays d’origine de l’individu, ce qui nécessite parfois de longues enquêtes (beaucoup de migrants perdent ou détruisent leurs papiers). Ensuite, le pays étranger d’où est originaire le clandestin présent sur le sol français refuse bien souvent de délivrer ce fameux laissez-passer. Ce pour deux raisons. La première est que ce pays ne souhaite pas récupérer un individu potentiellement violent, que les autorités françaises auraient expulsé en raison de crimes ou délits. La deuxième est politique. En effet les relations entre la France et certains pays d’où proviennent de nombreux clandestins sont parfois tendues. Ces pays vont alors se servir des laissez-passer consulaires comme moyen de pression et de chantage à l’encontre de la France.

L’Algérie, en particulier, use de ce levier. Ainsi début août 2024, Le Canard enchaîné révélait que pour faire payer à Paris son soutien au Maroc sur la question du Sahara occidental, les autorités algériennes refusaient à ses ressortissants expulsés par la France de débarquer sur son sol. Des dizaines de clandestins algériens effectuent ainsi de simples allers-retours en avion entre les deux pays, revenant dans l’Hexagone aux frais du contribuable français bien entendu.

Le lien entre l’immigration clandestine et la délinquance voire la criminalité, est désormais devenu assez incontestable. Les récentes données issues des statistiques des services de l’État montrent une surreprésentation des étrangers dans certaines formes de délinquance. Un premier chiffre est connu : 24,5 % des détenus des prisons françaises sont étrangers, soit une représentation trois fois supérieure à leur poids démographique. En voici quelques autres : en 2021, 18% des personnes mises en cause par la police et la gendarmerie étaient étrangères (représentation 2,3 fois supérieure). Les statistiques révèlent également une forte implication des étrangers dans les cambriolages (38%) et les vols violents sans arme (31%) sur l’ensemble du territoire. Les agressions sexuelles avoisinent les 30%. Ces chiffres, bien qu’incomplets, constituent un faisceau d’indices probants[3]. Les crimes et les délits impliquant des clandestins sous OQTF ont augmenté ces derniers mois. La simple écoute des informations le démontre. Plus qu’un « sentiment », il est désormais permis d’y voir un fait de société. Un fait de société qui s’ancre dans l’espèce d’impuissance des pouvoirs publics à améliorer sensiblement l’exécution des OQTF.

Il faudrait peut-être être plus sélectif, et se concentrer sur les OQTF prononcées pour menace à l’ordre public et à la suite d’une condamnation pénale (soit environ 10% des OQTF totales). Une note de l’Institut Thomas More précise, positivement selon nous, que « cela nécessiterait une augmentation des capacités des CRA, un allongement de la durée maximale de rétention à 18 mois et une suppression de l’assignation à résidence comme alternative à la rétention. Enfin, nous proposons d’assortir ces OQTF d’une interdiction de territoire français (ITF) de cinq à 10 ans. Ces mesures visent à améliorer l’exécution des OQTF pour les individus les plus dangereux pour la sécurité des Français, à renforcer effectivement la sécurité des citoyens et à envoyer un message de fermeté aux immigrés illégaux et aux réseaux de passeurs ».

Il apparait que la majorité des pays de l’UE ont dans leur arsenal pénal le délit de séjour irrégulier. En France il aurait pu être réintroduit (sans peine de prison, mais sous forme de simple amende de 3200 euros), dans le cadre de la loi immigration adoptée en décembre 2023. Mais, il a bien fait partie des quelques 32 articles (sur 86) annulés par le Conseil Constitutionnel (Décision n° 2023-863 DC du 25 janvier 2024). La loi Darmanin est venue, en partie, rétablir la situation. Mais il n’est toujours pas délictuel de venir sur notre territoire sans les papiers adéquats. On ne peut plus se contenter d’un traitement administratif, souvent erratique selon les préfets, du sujet.

Sentiment de submersion 

En janvier 2025, François Bayrou a dénoncé ce « sentiment de submersion » qui gagnait notre pays. Cette phrase a fait grand bruit. A la place qui est la sienne et avec l’expérience qu’il a, les mots ne sont pas choisis au hasard. M. Bayrou est de plus aussi agrégé de Lettres. Il apparait que dans certains endroits de France, cette submersion a bien dépassé le stade du sentiment. Un peu comme ce « sentiment d’insécurité » décrit jadis par Éric Dupond-Moretti alors Garde des Sceaux. Avec ces affaires générées par un certain nombre d’OQTF, on bascule progressivement aussi dans un fait de société. Il est clair que cette « submersion » est vécue de façon quotidienne par des milliers de français dans la plupart des villes hexagonales. Et, comme le constatent les forces de l’ordre présentes sur le terrain, les OQTF nourrissent de plus en plus cette « submersion ».

Même si personne n’envie le sort des migrants, il faut se rendre à l’évidence que, comme le souligne Jordan Bardella, « la France est ce pays si généreux qui a permis à des générations d’immigrés, reconnaissantes, d’accéder à un confort matériel, à la protection sociale, à un patrimoine culturel, à des libertés qu’elles n’auraient jamais connues ailleurs. »

Bien entendu tous les migrants qui viennent chez nous ne se transforment pas en délinquants et c’est heureux.

Pour conclure, il parait vital que le juge constitutionnel fasse sa révolution en matière d’ordre public. Et avec lui le juge administratif voire les tribunaux judiciaires. Car comme le souligne Jean-Éric Schoettl, conseiller d’Etat et ancien secrétaire général dudit Conseil Constituionnel, la démocratie est exposée à un danger et est en passe de passer de l’État de droit au gouvernement des juges (La démocratie au péril des prétoires, Gallimard, 2022). Le doyen Georges Vedel, que nous avons bien connu, aurait sans doute rétorqué, « il vaut mieux un gouvernement des juges qu’un gouvernement sans juges » !

Il est aussi impérieux de renouveler structurellement notre politique d’immigration. Relisons ce que disait Michel Rocard le 3 décembre 1989: « C’est pourquoi je pense que nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde, que la France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique (…), mais pas plus ».


[1] https://gncra.fr/les-chiffres-cles-des-cra

[2] viepublique.fr, 30 juin 2023

[3] https://institut-thomas-more.org, juillet 2025

La vraie droite ne doit plus se cacher!

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À droite, du nouveau ? se demande notre chroniqueur.


En politique, il arrive que des choses semblent à la fois souhaitables et impossibles à réaliser. Il en est ainsi de l’union des droites dans le climat actuel. Les seuls qui, obstinément, labourent ce sillon sont Éric Zemmour et Sarah Knafo pour « Reconquête! ». Le Rassemblement national n’en veut pas, à cause de l’influence dominatrice de Marine Le Pen, qui y est hostile, et Les Républicains, dans leurs tréfonds, n’y seraient pas tous défavorables mais y répugnent pour la raison essentielle de l’emprise qu’aurait le RN, largement en tête par rapport à eux sur le plan électoral. Leur crainte est de disparaître. Tout cela s’entend mais est-ce irréversible ?

On n’a pas tous le même maillot, mais on a les mêmes passions !

D’abord, il faut prendre acte de cette déperdition capitale et incompréhensible qui voit les droites, globalement appréhendées, refuser de gagner ensemble mais préférer perdre isolément.

Ensuite, la droite, sous l’égide de Bruno Retailleau qui ne sera sans doute plus ministre le 9 septembre, va continuer son redressement à la fois intellectuel et politique. Elle n’est déjà plus « le Petit Chose » face au mastodonte RN fragilisé judiciairement – et peut-être pour 2027.

A lire aussi: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

On peut espérer que c’en est fini du temps, sinon de la soumission, du moins du caractère prétendument inéluctable du déclin de la droite intelligemment conservatrice et, en même temps, sociale. Il n’est pas nécessaire d’attendre les seules élections présidentielles pour combler le retard qui existe encore.

C’est la condition indispensable pour réussir. De la même manière que François Mitterrand devait d’abord faire perdre beaucoup de sa substance au parti communiste pour l’emporter dans le rapport de force, il est essentiel que Bruno Retailleau montre non seulement ce qu’a d’opératoire son projet régalien – qui a une visée gouvernementale – mais aussi tout ce qui, malgré les apparences, sur tous les autres sujets nationaux et internationaux, ferait du RN un corps étranger dans une perspective d’union.

Frilosité absurde

Le programme de Marine Le Pen, Bruno Retailleau l’a très bien dit, est « irrationnel et imprévisible ». Il est piquant de constater que ce même reproche est fait par Marine Le Pen à Emmanuel Macron !

Un autre élément doit être pris en considération par LR : ce parti ne peut plus traiter avec condescendance « Reconquête! » et l’éliminer par principe de toute recomposition envisagée. Bien au contraire. La qualité intellectuelle de ses dirigeants et la finesse de leurs analyses politiques, sociales et internationales – l’immigration étant le point capital de leur réflexion – ne peuvent plus être négligées, quoi qu’on pense, par ailleurs, de l’ensemble des solutions qu’ils proposent.

Il me semble que plutôt que de s’écarteler entre la base et le sommet, plutôt que de s’abandonner à une frilosité absurde ou à une soumission à une gauche qui n’a pourtant aucune leçon à donner, la droite de Bruno Retailleau doit accomplir un double mouvement : faire baisser le RN et traiter « Reconquête! » comme un parti ami et non hostile. Autrement dit, devenir véritablement une force : idées et militants. On ne se cache plus sous la table, on monte dessus.

MeTooMuch ?

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Causeur: le nouveau péril jeune

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Découvrez le sommaire de notre numéro de septembre


Paumés, violents, sexuellement frustrés
Ces meutes qui ont pourri l’été…

Cet été, des hordes adolescentes ont envahi des piscines, saccagé des marchés et pourri des fêtes de villages. Cette violence sans cause révèle une génération perdue, privée de langage et incapable de réprimer ses instincts. C’est en partie parce qu’une culture du clan et son code d’honneur tordu ont été importés d’Afrique et notamment du Maghreb. Mais on ne peut pas tenir les jeunes pour les seuls responsables de cette situation. La faute en est aussi aux décideurs gouvernementaux. Comme l’expliquent Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques en présentant notre dossier : « Une grande partie des élites politiques, économiques et culturelles a œuvré à l’édification d’une société multiconflictuelle, dénigrant la culture française pour encenser toute identité venue des anciennes colonies ». Nouveau phénomène inquiétant : des petites villes et des zones rurales ont été le théâtre de débordements dignes du 9-3. Pour Gil Mihaely, c’est exactement comme si les codes de la banlieue étaient un moyen pour la jeunesse de s’affirmer. Une évolution qui prospère sur fond de trafic de drogue. Un flic d’une commune de taille moyenne du sud de la France, interviewé sous couvert d’anonymat, témoigne des nouvelles formes de délinquance juvénile dans sa ville. La majorité des gamins agressifs revendiquent leur identité arabe et reproduisent le virilisme qui s’y rattache. Selon Pierre Vermeren, la marginalisation de toute une partie de la jeunesse est le résultat d’une longue et méthodique déconstruction : cette dernière a cassé l’école, brisé le monde du travail, délégitimé la famille et enlaidi l’environnement urbain. Aujourd’hui, une certaine jeunesse, réfugiée dans la drogue, la délinquance et la violence, refuse même de faire des enfants.

Le numéro de la rentrée est disponible aujourd’hui sur le site et demain mercredi 3 chez votre marchand de journaux !

Un reportage de Jean-Baptiste Roques revient sur un meurtre impliquant des adolescents cet été qui a semé la consternation à Fleury-les-Aubrais, banlieue calme d’Orléans. Charles Rojzman examine le rôle de l’effondrement du cadre familial. Gabriel Leduc témoigne de la difficulté aujourd’hui à être un père, même d’une fille sage dans une ville tranquille. Simon Evans analyse la série Netflix, Adolescence, et la manière dont les politiques, des deux côtés de la Manche, ont essayé de l’instrumentaliser contre la masculinité. Enfin, je me penche sur l’actuelle offensive propagandiste sans précédent qui vise à déviriliser les hommes dès le plus jeune âge.

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Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de la question juive qui « est désormais au cœur d’affrontements diplomatiques et de chicayas politiques ». Le chef de l’État a été tancé par Benyamin Netanyahou et Donald Trump. Pourtant, Emmanuel Macron ne cherche pas à nourrir la haine des juifs. Le vrai problème, c’est qu’il se montre incapable de l’endiguer. S’il est coupable, « ce n’est pas de complaisance, mais d’impuissance ». Qui profitera le plus de la chute du Premier ministre, François Bayrou ? Selon nous, Marine Le Pen croit être maitresse du jeu politique, mais en réalité c’est Jean-Luc Mélenchon qui exploite cette crise en imposant ses thèmes et en misant sur les sombres pulsions de son électorat : préjugés, rancunes, haines et jalousies. Le Général de Gaulle a créé un État à sa mesure pour faire rayonner la France. Mais aujourd’hui, pour Pascal Avot, l’État gaullien pille les Français, à coups de taxes, d’impôts et de mensonges, afin d’entretenir un système qui ne mène qu’à la banqueroute. Signes des temps, les Français ont déserté les restaurants cet été. Analysant les raisons de ce désamour, Stéphane Germain souligne, au-delà des additions salées, un millefeuille de désocialisation, d’ubérisation, de déculturation et d’inflation, nappé d’un excès de normes et d’une fiscalité désordonnée.   

Chez nos chroniqueurs réguliers, Olivier Dartigolles dénonce l’indulgence macronienne pour les ultra-riches ; Emmanuelle Ménard revient sur les événements de la période estivale ; et Ivan Rioufol maintient que « l’extrême gauche soutient [une] substitution de population, dont les Français indigènes sont les victimes ». Jean-Jacques Netter continue son inventaire de nos malheurs économiques, pendant que Gilles-William Goldnadel relève les exemples de la désinformation systématiquement pratiquée par France Inter, l’AFP et l’ONU au sujet de la guerre à Gaza.

Les hommes préfèrent-ils toujours les blondes ? Plutôt les trans ! Voilà la conclusion du grand reportage réalisé par Yannis Ezziadi au Bois de Boulogne, qui demeure le plus grand bordel de France. On vient s’y enivrer de sexe, de stupre et, surtout, on vient y chercher les transsexuelles. Objets de fascination et de trouble désir pour les hétéros, elles sont le trésor du Bois sur lequel elles règnent. De son côté, Georgia Ray s’est rendue à Bordeaux où le musée des Beaux-Arts présente « Sage comme une image. L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) ». Il s’agit d’une émouvante galerie de bambins qui ont grandi sans activités péri-, para- et extrascolaires, loin des angoisses de l’État et des parents sur « les temps de l’enfance » et sur la « santé mentale » de leur progéniture. Destination Rochefort pour Julien San Frax, où la maison de Pierre Loti, un capharnaüm intime conservant la mémoire de périples exotiques de cet écrivain-voyageur, rouvre ses portes après treize ans de restauration.

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Dans un essai appelé à devenir un classique, Samuel Fitoussi montre comment le monde intellectuel se trompe si souvent et si doctement. Se confiant à Élisabeth Lévy, il explique comment les milieux sur-éduqués sont devenus des citadelles ultra-conformistes et déconnectées de la réalité, où règnent l’endogamie sociale, le sentiment d’impunité et la peur d’être excommunié. Alexandra Lemasson a lu Surchauffe de Nathan Devers, qui brosse le portrait d’une société au bord du gouffre où certains refusent de jouer le jeu. Dans Feux sacrés, Cécile Guilbert explore ses secrets de famille, ténébreux et salvateurs. Pour Emmanuel Domont, cette mise à nu au grand style est l’une des pépites de cette rentrée littéraire. Avec Les Enfants perdus, François Sureau entame un roman-feuilleton dont le héros, détective et poète, traverse le temps et l’espace. Selon Élisabeth Lévy, l’auteur aujourd’hui Académicien retrouve ses allégresses d’adolescent lecteur de Conan Doyle, Dumas, Christie et Simenon. Côté cinéma, Jean Chauvet nous rappelle que la rentrée de septembre, c’est la grande sortie des films présentés en mai au festival Cannes. Pour le pire et pas pour le meilleur, hélas.

Pourquoi les intellectuels se trompent

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Un faible pour la Palestine


Je m’étais promis de parler d’autre chose. Non pas que la mode antisémite qui se répand, avec ses vieux habits neufs, dans les milieux progressistes d’Occident ne m’inspire pas de l’effroi, du chagrin et surtout une énorme rage contre tous les tartuffes qui depuis des décennies ânonnent « plus jamais ça », aussi féroces avec les antisémites d’hier qu’ils sont aveugles ou complaisants avec ceux d’aujourd’hui. De l’Europe à l’Australie, la haine des juifs planquée derrière la détestation de l’État juif ne se contente plus d’agresser les porteurs de kippa ou d’étoiles de David, elle s’emploie à les exclure de l’espace public. Des touristes israéliens sont chassés de restaurants, des enfants refoulés d’un centre de vacances, un chanteur prié de ne pas se produire dans un festival. Certains abrutis abattent même les arbres plantés à la mémoire d’Ilan Halimi – qui n’avait rien à voir avec Gaza. Sans doute s’agissait-il d’arbres sionistes. Et qu’on ne croie pas que les adeptes du Judenrein se cachent, au contraire, ils se font une gloire de purifier l’atmosphère. Rien d’étonnant dès lors que, comme le résume Georges Bensoussan, le peuple-génocide a remplacé le peuple déicide. Contre les génocidaires, tout est permis, non ? N’empêche, aussi sombre soit ce tableau, il n’y a pas que les juifs et les antisémites dans la vie. Or, beaucoup de juifs, accaparés par leur propre malheur, oublient que des millions de leurs compatriotes, qui ne vivent pas à l’heure de Tel-Aviv et de Gaza, ont bien d’autres raisons de désespérer de la France. Et eux n’ont pas d’Israël. Seulement, pas moyen d’échapper à la judéobsession magnifiquement décryptée par Guillaume Erner[1]. Pas seulement à cause de la litanie d’agressions perpétrées par amour des enfants de Gaza, mais parce que la question juive est désormais au cœur d’affrontements diplomatiques et de chicayas politiques. C’est à qui sera le meilleur ami des juifs – les séfarades, répond une vieille blague. La rue juive française applaudit Netanyahou quand il accuse Emmanuel Macron « d’alimenter le feu antisémite » et encense Trump qui, par ambassadeur interposé, reproche au chef de l’État de le combattre trop mollement. La rue juive a tort. D’abord, ce calinage victimaire vise moins à aider les juifs qu’à emmerder Macron. Ensuite, aucun Français ne devrait se réjouir de voir son pays humilié par ces mauvaises manières. Enfin, accepter de se placer sous protection étrangère, c’est jouer la partition de la dénationalisation qui est depuis toujours celle des antisémites. Certes, beaucoup de juifs songent au départ, sinon pour eux, pour leurs enfants. En attendant, ils sont des citoyens français. Emmanuel Macron est peut-être un piètre dirigeant, mais c’est le nôtre. C’est à nous – nous les Français – de lui demander des comptes. Qu’on nous laisse nous quereller tranquilles, les motifs ne manquent pas. Depuis le 7-Octobre, le président a commis plusieurs fautes graves  : son absence à la manifestation de novembre 2023, inspirée par le grand philosophe Yacine Belattar qui lui a fait valoir que sa présence énerverait les quartiers, son consternant bredouillage sur l’histoire qui tranchera quand on lui demande s’il faut parler de génocide et enfin, son annonce intempestive de la reconnaissance sans condition de l’État palestinien, qui est, qu’il le veuille ou non, une victoire pour le Hamas et les islamistes du monde entier. Macron a le droit de penser, comme des millions d’Israéliens, que la politique de Netanyahou conduit à la catastrophe. Pour une fois, on aurait aimé qu’il fasse du en même temps. S’il croit devoir dénoncer la « fuite en avant meurtrière et illégale » d’Israël à Gaza, il devrait fustiger l’influence nocive et honteuse de l’islamisme dans son pays. Tout en observant que les Français ne l’écoutent plus, beaucoup lui reprochent aussi d’être trop silencieux, comme si sa parole avait un pouvoir performatif. En réalité, le président aurait-il participé à la manifestation et récusé l’accusation de génocide que cela n’aurait pas changé grand-chose. En effet, si Emmanuel Macron est coupable, ce n’est pas de complaisance, mais d’impuissance. Ce n’est pas lui qui nourrit le feu antijuif. En tout cas pas plus que tous ceux qui, depuis des décennies, refusant de mettre des mots sur le mal, ont encouragé l’arrivée de millions de gens venus de pays où la haine des juifs est une norme. En supposant que seulement 10% de ces nouveaux arrivants trimballent leurs mauvais affects avec eux, ça fait beaucoup d’antisémites accueillis à bras ouverts. Et ça ne va pas s’arranger avec l’arrivée des Gazaouis, désormais tous éligibles au statut de réfugié grâce à la Cour nationale du droit d’asile. Quand on sait ce qu’ils apprennent à l’école, on peut s’attendre à voir débarquer d’aimables admirateurs d’Hitler, à l’image de la gracieuse étudiante de Sciences-Po Lille dont on se demande bien pourquoi on a pris la peine de l’expulser si c’est pour faire venir ses clones. Ce ne sont pas les militants célébrant la libération de Georges Ibrahim Abdallah ni les festivaliers applaudissant le groupe irlandais Kneecap, soutien du Hezbollah, qui se sentent de plus en plus indésirables en France, mais les détenteurs de passeports israéliens, les porteurs de prénoms hébraïques, les fidèles des synagogues. Quand tant de regards leur disent « Interdit aux juifs », on attend que la République placarde à ses frontières un avis proclamant que la France est interdite aux antisémites.

Judéobsessions

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[1] Guillaume Erner, Judéobsessions, Flammarion, 2025

Célébrer les Françaises qui ont combattu la France, la nouvelle mode de l’été

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La mairie communiste de Vénissieux (69) vient de baptiser un bâtiment public du nom d’Annie Steiner, une ancienne agent de liaison du FLN pendant la guerre d’Algérie.


1er novembre 1954. En ce jour de la Toussaint, que l’on qualifiera tantôt de rouge, une trentaine d’attentats (assassinats, embuscades, engins explosifs, incendies…) perpétrés par des indépendantistes algériens tue dix personnes sur l’autre rive de la Méditerranée. Un chauffeur de taxi de confession juive figure parmi les victimes, tout comme un jeune couple d’instituteurs français qui s’est porté volontaire pour enseigner dans l’arrière-pays. Extirpés de leur autocar à l’aube, quelque part dans les gorges de Tighanimine, Jeanine et Guy Monnerot sont mitraillés à bout portant par des fellaghas et abandonnés sur le bord de la route1. La guerre d’Algérie vient de commencer.

Engagée

À Alger, la nouvelle des attaques enthousiasme Annie Steiner. « Ce jour-là, j’étais à la maison, confiera-t-elle dans sa biographie. Il y avait mon mari, deux amis et moi. Spontanément, j’ai applaudi. Mon mari et Roland Simounet, un architecte originaire de Aïn Benian, ont souri. Mais l’autre invité a mal réagi et m’a dit : “Tu applaudis à des assassins ?” Je lui ai répondu : “Oui”. Je ne l’ai plus revu… » Cette fille de pieds-noirs, qui passe ses journées dans les centres sociaux pour soigner et alphabétiser les plus défavorisés, offre aussitôt ses services au Front de libération nationale. « Jusqu’où êtes-vous prête à travailler pour le FLN ? », lui demande-t-on. « Je m’engage totalement », répond-elle.

A lire aussi: L’ULB pour Rima Hassan contre Alain Destexhe: deux poids, deux mesures

La jeune Française officie dès lors comme agent de liaison du « réseau bombes » de Yacef Saâdi, qui orchestre une série d’attentats dans les lieux publics de la capitale algérienne : bars, restaurants, hôtels, stades, arrêts de bus, discothèques… Des enfants figurent parmi les victimes civiles, qui se comptent par dizaines. Pendant ce temps, Annie Steiner consacre désormais ses journées au service d’un laboratoire clandestin de fabrication de bombes. Elle traverse discrètement la ville en portant son bébé sur un bras, des produits chimiques ou des notices sur la confection d’explosifs dans l’autre. Arrêtée en octobre 1956, la « Moudjahida » est condamnée quelques mois plus tard par le Tribunal des forces armées d’Alger à cinq ans de réclusion pour aide au FLN. Privée de la garde de ses deux filles par une juridiction helvétique (son mari, Rudolf Steiner, étant suisse) à sa sortie de prison, elle termine sa vie en Algérie, dont elle acquiert la nationalité après l’indépendance. Elle occupera pendant trente ans un poste important au secrétariat général du gouvernement.

Choix assumé

C’est donc tout naturellement que la mairie communiste de Vénissieux a donné la semaine dernière le nom d’Annie Steiner à son nouveau bâtiment plurifonctionnel flambant neuf, financé en partie par l’État à hauteur de 1,7 million d’euros. « C’est un choix politique assumé, réfléchi et responsable, il va avec l’Histoire de la ville qui a un passé anticolonialiste. Nous travaillons depuis des années pour une mémoire apaisée », déclare à l’AFP Michèle Picard, la maire de cette commune de la banlieue de Lyon, qui compte une importante communauté maghrébine. Une décision qualifiée d’« extrêmement contestable » par la préfecture du Rhône, qui a refusé de participer à l’inauguration de l’édifice et de se plier à cette nouvelle mode en vogue, notamment à gauche.

A ne pas manquer: Causeur #137: le nouveau péril jeune

En juillet dernier déjà, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis rebaptisait la maison du parc de la Bergère de Bobigny du nom d’une autre combattante du FLN, Danièle Djamila Amrane-Minne. Pour apaiser là encore les mémoires ? Fille et belle-fille de militants communistes, Danièle Amrane-Minne s’engage dès l’âge de 16 ans aux côtés des rebelles indépendantistes contre son pays natal. Sous le nom de guerre de « Djamila », elle intègre un commando de femmes chargé de semer la terreur parmi les colons en posant des bombes dans les lieux fréquentés d’Alger. Elle participe notamment au triple attentat du FLN dans le quartier européen de la capitale algérienne : le 26 janvier 1957, trois déflagrations quasi simultanées dans des cafés de la rue Michelet causent la mort de quatre civils (toutes des femmes) et en blessent une cinquantaine, dont plusieurs grièvement. L’engin explosif dissimulé dans la chasse d’eau des toilettes de la brasserie Otomatic par « Djamila » ne fait toutefois qu’une blessée, transportée d’urgence à l’hôpital. Arrêtée quelques mois plus tard, la Française est condamnée à sept ans de prison, avant d’être amnistiée en 1962. « Le nom de Danièle Djamila Amrane-Minne reflète à lui seul les liens inextricables, les liens intimes, familiaux, entre le peuple algérien et le peuple français », déclame lors de l’inauguration le président socialiste du département, Stéphane Troussel. Le bâtiment est vandalisé au bout de deux semaines, puis incendié un mois plus tard. Sans doute l’œuvre de barbares, bientôt passés de mode.


  1. Jeanine Monnerot survivra à ses blessures, mais pas son mari. Un autre passager du car, le caïd Ben Hadj Sadok, est lui aussi abattu par les fellaghas alors qu’il s’oppose à l’assassinat du couple français. ↩︎

Qui veut sa piqûre?

Pour éviter d’avoir des boutons qui grattent, GSK nous propose une piqûre qui coûte un bras… à la Sécu !


Les retraités sont les téléspectateurs les plus assidus, et par conséquent les plus nombreux à acheter des magazines qui donnent les programmes télé tous les sept jours. Avec des pages de pub qui ciblent cette clientèle, majeure depuis longtemps, mais pas vaccinée contre tout…

Vu ainsi pour la semaine du 9 au 15 août, pleine page, une annonce angoissante comme l’affiche d’un film d’horreur : « Le zona ? Je ne veux plus jamais revivre ça… Je pensais que j’étais jeune, j’avais tort. » Suivi d’une vraie fausse statistique pour inciter à se faire vacciner : « Plus de 90 % des 65 ans et plus sont déjà porteurs du virus responsable du zona. » Or, en très grande majorité, ce sont des porteurs sains et l’on sait depuis la grande comédie du Covid que la vaccination n’empêche pas la transmission.

Pour plus d’effet dramatique, la pub est illustrée par les visages soucieux de malades (interprétés par des comédiens). Où ça démange, c’est que cette annonce n’émane pas du ministère de la Santé, mais du laboratoire britannique GSK, qui en décembre dernier a obtenu que le Shingrix, son vaccin contre le zona, soit pris en charge en France pour les personnes âgées de 65 ans et plus.

L’efficacité de ce vaccin n’est pas contestée, en revanche le recommander à toute une population semble démesuré. Dans Le Figaro, Rémy Boussageon, président du comité scientifique du Collège national des généralistes enseignants (CNGE), s’interroge : « Nous nous étonnons du choix de consacrer un budget aussi élevé à un vaccin dont le bénéfice en population générale demeure assez modeste[1]. » Modestie que confirme la Haute Autorité de santé (qui pourtant veut vacciner tout ce qui bouge) : après 50 ans, on compte un taux de 0,7 % de sujets touchés par le zona (qui est douloureux, mais rarement mortel), taux qui monte à 1 % après 80 ans ! Il n’y a donc pas urgence…

En attendant, si les 16 millions de personnes visées par la campagne de pub décidaient de se faire piquer, pardon vacciner, l’addition pourrait grimper à 6 milliards d’euros pour la Sécu, qui seront autant de bénéfices pour GSK.


[1] https://sante.lefigaro.fr/social/enfance-famille/faut-il-vraiment-vacciner-tous-les-plus-de-65-ans-apres-le-zona-20250703

La culpabilité des enfants gâtés de la gauche et la fabrication de l’ennemi

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La militante Greta Thunberg à Barcelone, le 31 août 2025 © Emilio Morenatti/AP/SIPA

Ils sont les rejetons maladifs d’une Europe qui ne sait plus vieillir, enfants d’un monde repu qui croit avoir dompté l’Histoire, nourris de lait tiède et de discours maternels, assis dès la naissance dans le velours du confort, et pourtant rongés par une angoisse sourde, héritée des ventres possessifs qui les ont portés. Car leurs mères, trop présentes, trop aimantes en apparence, n’ont cessé de les accabler d’une tendresse conditionnelle : amour distribué comme une aumône, à la mesure de la soumission affective exigée. On leur a tout donné, mais avec cette insinuation empoisonnée : « tu n’en feras jamais assez ». Ainsi furent-ils comblés de biens et de soins, mais dépossédés d’eux-mêmes, saturés de culpabilité et de dette.

Histoire criminelle et parodie de croisade

De cette éducation sentimentale est née une colère muette, un ressentiment qu’ils ne parviennent pas à nommer et qu’ils projettent sur le monde extérieur. Incapables d’affronter la Mère, ils cherchent partout une figure de domination à abattre : l’État, la patrie, l’armée, l’Église, les colonisateurs, les pères symboliques. Ils se sont faits les orphelins volontaires d’une histoire qu’ils jugent criminelle. Et comme ils ont besoin d’aimer, mais qu’ils ne savent plus qui aimer, ils se précipitent du côté des « victimes » : les damnés de la terre, les peuples lointains, les révoltés de service, les insurgés dont la violence leur semble pure parce qu’elle s’oppose à l’ordre. Leur compassion est une liturgie, leur révolte une parodie de croisade.

Ils rêvent d’un monde sans frontière, d’une fusion planétaire où les antagonismes seraient dissous, d’un amour universel qui viendrait enfin combler le vide matriciel. Mais ce rêve est un délire de maternité manquée. Ils sacralisent l’Autre, jusqu’à lui prêter une innocence immaculée. Ils ferment les yeux sur la cruauté, l’humiliation, la haine pourtant palpables. Ils préfèrent exalter une humanité imaginaire plutôt que de reconnaître la violence réelle, comme si toute lucidité équivalait à une trahison de l’amour.

Leur culpabilité est sans fond. Coupables de leurs privilèges, coupables de ne pas aimer assez, coupables de haïr en secret, ils se rachètent en fabriquant un nouvel ennemi. L’Occident devient l’incarnation du mal, et avec lui ses satellites honnis : le capitalisme, les élites, Israël. Ils pleurent sur les juifs assassinés dans les camps, mais méprisent ceux qui, aujourd’hui, osent se défendre les armes à la main. Auschwitz leur inspire une compassion abstraite ; Tel-Aviv les révulse comme un scandale moral. C’est ainsi que, par un retournement d’une ironie diabolique, l’antiracisme d’Occident ressuscite la vieille figure du juif dominateur, l’éternel persécuteur, pourvu que ce juif soit israélien. Le mythe antisémite, loin d’avoir disparu, s’habille à nouveau des couleurs de la vertu.

Plus jamais ça… jusqu’à la prochaine

Car l’idéologie dominante est née de la cendre et du sang : « Plus jamais ça », répète-t-elle comme une prière expiatoire. L’Europe, honteuse de ses crimes, a fait du rejet du racisme et du vivre-ensemble les piliers de sa nouvelle religion. Le péché originel, désormais, c’est la peur. Il ne faut plus craindre. Il faut aimer sans condition, célébrer la diversité, accueillir l’étranger comme un frère. L’Autre est devenu le saint d’un catéchisme séculier.

Mais la peur n’est pas un vice, elle est une vérité de la chair. Elle est ce frisson ancestral qui avertit du danger, cette vigilance née de siècles de violence et de mémoire. Le moine bouddhiste en robe safran, dans le métro, ne suscite nulle crainte, car il ne porte pas en lui la menace. Mais le jeune homme agressif, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, fait trembler non parce qu’il est autre, mais parce qu’il incarne la possibilité du coup, de l’humiliation, de la haine. L’Occident a désappris cette distinction élémentaire : ce n’est pas l’altérité qui effraie, mais la violence.

Le mensonge du vivre-ensemble consiste à croire que la paix naît du consensus. Non. La paix naît du conflit reconnu, assumé, traversé. Refuser le conflit, c’est préparer l’explosion, l’irrationnel, le chaos. Il est légitime d’avoir peur de perdre son pays, sa langue, son emploi, sa dignité. Il est légitime d’interroger les pratiques religieuses qui contredisent les principes démocratiques. Il est légitime d’aimer son sol, ses morts, ses ancêtres, et de craindre leur effacement.

Il faut donc réhabiliter la peur, non comme un fantasme maladif, mais comme un signal vital. Il faut réhabiliter le conflit, non comme une guerre, mais comme un espace de vérité. La société sans tension est une fiction mortifère, un mensonge éducatif qui engendre le morcellement et la haine rentrée. Seul le conflit civilisé permet de regarder l’adversaire en face et de lui reconnaître une part d’humanité.

Culpabilité sans fin

Ils croient aimer, mais leur amour n’est qu’un miroir brisé. Ils croient lutter, mais leur lutte n’est qu’un théâtre moral, une pièce où ils tiennent le rôle du juste en condamnant des oppresseurs imaginaires. Car au fond d’eux-mêmes, ils savent qu’ils n’ont rien risqué, qu’ils vivent dans la sécurité douillette des métropoles, que leur rébellion se consomme comme une distraction, à l’ombre d’institutions qu’ils vilipendent mais qui les protègent encore.

C’est pourquoi leur culpabilité n’a pas de fin. Elle est la vraie jouissance de l’enfant gâté : se haïr soi-même, se flageller par procuration, déléguer au Palestinien, au migrant, à l’ennemi d’Israël, la violence qu’ils n’osent pas assumer. Ils jouissent du sang versé, à condition qu’il ne soit pas le leur ; ils jouissent de la haine, pourvu qu’elle soit exprimée par d’autres. Le monde devient pour eux une scène sacrificielle où ils se lavent de leur honte par l’offrande des victimes lointaines.

L’Europe, fatiguée d’elle-même, leur fournit le décor : une civilisation qui ne sait plus transmettre que la mémoire de sa faute, qui se croit condamnée à expier son histoire coloniale et son génocide fondateur. Elle n’enseigne plus la grandeur, mais la repentance. Elle ne produit plus de héros, mais des accusés permanents. Elle ne croit plus à son avenir, seulement à l’utopie d’un vivre-ensemble qui ressemble à une salle d’attente cosmopolite avant la disparition.

Le tragique, dès lors, n’est plus vécu : il est sublimé en moraline. On ne meurt plus pour sa patrie; on crie contre Israël. On ne se bat plus pour son peuple ; on brandit des pancartes au nom de l’Autre sacralisé. Le sang, le vrai, celui qui rappelle que l’histoire est tragique, on le nie ; mais le sang rêvé, celui de Gaza ou d’ailleurs, devient une drogue, un rituel d’innocence retrouvée.

Ainsi s’avance la fin de l’Europe, non pas dans le tumulte d’une guerre épique, mais dans le soupir honteux d’une civilisation qui se suicide à petit feu, en inventant sans cesse des ennemis de substitution pour donner sens à sa culpabilité. Ses enfants gâtés ne connaissent plus la joie tragique de vivre et de mourir ; ils ne connaissent que la jouissance morbide d’accuser et de condamner.

Il y a là l’image exacte de notre crépuscule : des générations assises sur les ruines, accusant les vivants d’être des bourreaux, célébrant les morts pour mieux mépriser ceux qui survivent. Et pendant qu’ils rêvent d’un amour universel, le monde réel se fracture, se durcit, se prépare à la guerre. L’Europe, elle, s’endort dans sa liturgie expiatoire, confondant l’ennemi et l’adversaire, abolissant le tragique dans la moraline, et s’abandonnant au luxe morbide de sa propre disparition.

Mozart et son premier violon

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© Yu-Gi-Oh

Alors que François Bayrou cherche désespérément 44 milliards d’euros d’économies, une idée fait son chemin: fiscaliser les pourboires des serveurs. Au risque d’attiser la colère d’un secteur déjà en crise. 71% des salariés de l’hôtellerie-restauration toucheraient des pourboires, mais 81% d’entre eux sont évidemment opposés à l’idée qu’ils soient imposés. 41% menacent même de quitter le secteur si la mesure voyait le jour. De son côté, Emmanuel Macron envisage de rejoindre les compétiteurs de « Yu-Gi-Ho »


Voilà bien que le « Mozart de la finance » envisagerait de faire les poches des garçons de café. Ou si ce n’est lui, ce serait notre futur ex-Premier ministre que les pythies les mieux armées dans l’art de la prédiction politique voient d’ores et déjà condamné à venir gonfler dès les calendes de septembre l’immense bataillon des boomers ordinaires, des retraités du commun, qui, je le suppose, lui feront un accueil triomphal.

Le projet « garçons de café » consisterait à faire passer leurs pourboires sous les fourches caudines de l’impôt. Quand je dis garçons de café il s’agit aussi, tout le monde l’aura compris, des serveuses z-et serveurs des restaurants, salons de thé, etc…

Ceux-là officient dans des secteurs qu’on nous dit en crise et où les employeurs rament comme des galériens pour trouver le personnel nécessaire en nombre suffisant et en qualité. Du côté du Mozart et de son futur ex-premier violon on se refuserait donc à considérer que plomber d’impôts les gratifications de ces personnes n’aboutirait au bout du compte qu’à compliquer le recrutement, à dissuader les potentiels candidats d’entrer dans la carrière. Il est vrai que, définitivement, le bon sens ne semble pas être la caractéristique dominante de leurs réflexions et décisions. Taxer le pourboire du serveur aujourd’hui, demain la sébile du SDF, après-demain le tronc de la basilique sainte Euphrosyne. Il faut des sous, il est vrai. L’homme, le prédicateur de Matignon bientôt en partance pour retrouver la riante vallée de Betharram nous l’a dit et redit dimanche dernier lors de son office dominical à l’heure des vêpres, à moins que ce ne soit celle des complies. Cela avait en effet un petit air, oui, de sermon, avec menaces des foudres de l’enfer en cas d’insoumission des brebis jusqu’alors égarées. Ne manquait à la liturgie le toujours très émouvant et édifiant mea-culpa. Vous savez, le « c’est ma faute, ma très grande faute ». Manifestement, cette humilité-là n’est pas dans le répertoire du servant du jour. Le pécheur, c’est l’autre. Les autres. Comme l’enfer chez Sartre, quoi. Ces débiles de Français qui toutes ces années ont voté les budgets de la dette. Car, c’est bel et bien ce qu’ils ont appris dimanche : ce ne sont pas l’orateur et ses disciples Modem qui, année après année, ont voté et creusé le gouffre mais vous et moi, les Français.

A lire aussi, Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

Je suppose que si le Mozart évoqué avait assisté à la scène, il eût applaudi à tout rompre. Mais il avait mieux à faire. Il avait à s’occuper du salut du vaste monde, de cultiver le lopin de terre politique qui semble lui rester, l’international. Deux chantiers, en ce dimanche. Un sommet franco-allemand, une broutille, sans doute, et apparemment, d’une tout autre importance, la finale, chez nous en France, d’un championnat du monde d’un jeu de cartes très oriental, le Yu-Gi-Oh!  J’avoue ignorer totalement ce qu’est ce jeu de Yu-Gi-OH! en étant resté culturellement aux finales de championnats de belote coinchée à Pérouville-la-Feuillue et autres charmantes bourgades franco-françaises.

Je ne doute pas que cette discipline puisse avoir elle aussi son Mozart. Aussi, me dis-je que celui de la finance pourrait, le moment venu, libéré de ses harassantes obligations hexagonales, ambitionner le titre. Doublé historique, à n’en pas douter. Son ego y trouverait assurément son compte. Le gaillard s’est fait filmer en bras de chemise, saluant la manifestation, affirmant combien la France était honorée de l’accueillir. Ça, c’était pour les convenances. En fait, il tenait avant tout à exhiber sa carte – un dragon, me dit-on – histoire de bien faire comprendre aux compétiteurs que lui-même était chaud bouillant, qu’il s’apprêtait à descendre dans l’arène et qu’il allait falloir compter avec lui.

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Bref, je pense que, devant ces images dominicales, celles du Mozart et de son premier violon, ils étaient quelques-uns à se dire que, pour ce qui est de rejoindre les compétiteurs de Yu-Gi-Ho et les charmes de Betharram, le plus tôt serait le mieux.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Elisabeth Lévy sur Sud Radio: « Nous sommes tous responsables de la dette ! »

Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

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Jean-Luc Mélenchon, Paris, 9 juin 2025 © Stefano Lorusso/ZUMA Press Wire/SIPA

En menaçant de faire tomber François Bayrou, Marine Le Pen croit être maîtresse du jeu politique. Mais c’est en réalité Jean-Luc Mélenchon qui tire profit de cette crise en imposant ses thèmes et en misant sur les sombres pulsions de son électorat: préjugés, rancunes, haines et jalousies.


François Bayrou tombera-t-il à la rentrée, comme tout porte à le croire au moment où nous mettons sous presse ? Évidemment, la politique peut toujours réserver une de ces surprises dont elle a le secret : coup de théâtre, journée de dupes, pacte faustien. Rien n’est jamais impossible au royaume de France.

Mais la rapidité et l’aplomb avec lesquels les Insoumis, les Verts, les socialistes, les communistes et surtout le Rassemblement national ont indiqué, aussitôt après l’annonce par le Premier ministre d’un vote de confiance le 8 septembre, qu’ils ne lui accorderaient pas cette confiance, laissent penser que la messe est dite. Surtout que, d’après nos sources en interne, aucune négociation de la dernière chance – du type retrait de la suppression des deux jours de congé – qui pourrait accorder un sursis à François Bayrou n’est envisagée du côté du parti de Marine Le Pen.

Sous-entendu inquiétant

La France n’est pas le seul pays européen à vivre des temps d’incertitude. Tous nos voisins sont placés sous la triple pression des marchés financiers, du mécontentement populaire et de la guerre en Ukraine. Et tous ont connu depuis le début de la décennie un épisode de fièvre politique : ici une chute brutale de gouvernement, là une chambre introuvable, ailleurs encore une secousse dégagiste. Seulement, avec quatre gouvernements en deux ans, nous sommes les seuls à être alités en permanence avec une compresse humide sur le front. Car au-delà des circonstances du moment, telles que le fiasco de sa dissolution en 2024, la crise française a une cause plus profonde, plus singulière. Elle tient à la manière même dont notre pays est dirigé depuis 1958, manière qui semble arrivée en bout de course.

A lire aussi, Ivan Rioufol: La révolution populiste, bête noire du pouvoir en sursis

Conçue avec l’obsession de la puissance et de la stabilité, la Ve République a sacrifié la représentativité du pouvoir législatif au profit de l’efficacité de l’exécutif. Problème : à force de mettre sous le boisseau l’expression de la volonté populaire, le système a fini par perdre sa capacité de produire de la légitimité et du consensus.

Depuis au moins cinquante ans, ce problème est pointé par la droite nationaliste anti-gaulliste, dont les inquiétudes quant à l’immigration, l’islam et la souveraineté, quoique partagées par un grand nombre d’électeurs, ont longtemps été tues ou niées au sommet du pouvoir. Cependant, malgré tous les vents contraires, dont ses propres turpitudes, à partir de l’an 2000, le discours du Front national a fini par s’imposer dans le débat public. Depuis, sans avoir jamais été ministres, Jean-Marie Le Pen, puis sa fille ont pour ainsi dire co-produit l’agenda politique.

Mais en cette rentrée 2025, la situation a complètement muté. Désormais, c’est Jean-Luc Mélenchon qui dicte les thèmes. Il est en effet parvenu à formuler une version gagnante du populisme de gauche. À son message subliminal traditionnel « il y a de l’argent, il est chez les riches, il n’y a qu’à le prendre », avec son corollaire « la dette n’est qu’un jeu d’écriture bidon destiné à asservir le peuple, yaka pas payer », s’ajoute désormais un sous-entendu inquiétant, à peine voilé derrière une critique d’Israël, mais parfaitement compris par l’électorat ciblé : « c’est la faute aux juifs ». Pour la première fois depuis des décennies, une proposition politique promet de résoudre les difficultés sans effort tout en légitimant des pulsions sombres : les préjugés, les rancunes, les jalousies, les frustrations et les haines.

Cet assemblage redoutable, assaisonné de considérations écologistes et économiques faussement rationnelles, tend à supplanter les recettes de la droite. Là où le café du commerce se lamentait naguère sur l’immigration, mai 68 et l’Union européenne s’impose désormais une nouvelle grammaire idéologique et émotionnelle qui désigne comme causes principales de nos malheurs l’abolition de l’ISF, la réforme des retraites et les riches en général – mais aussi le désir masculin, Israël et CNews. Certes, ces trois boucs émissaires de l’extrême gauche ne sont nullement ciblés par le RN qui ne montre aucune complaisance avec l’antisémitisme. Reste que cette mixture fixe l’ordre du jour, oriente les débats et oblige les autres forces politiques à adopter une position défensive et presque honteuse. Ainsi le parti mariniste, jadis maître caché du tempo, pourrait-il être réduit à suivre la musique sociale jouée par les flûtistes de La France insoumise en risquant au passage d’y perdre son solfège identitaire.

Peur paralysante

Ce renversement n’est pas le fruit du hasard. Mélenchon a constitué un mouvement politique autoritaire, que certains de ses propres membres qualifient de « secte », et une armée impitoyable de communicants capables de transformer chaque tweet en polémique. De Louis Boyard à Sébastien Delogu en passant par Thomas Portes et Aymeric Caron, ces soldats du chaos nous bombardent de provocations et saturent l’espace d’outrance. Dans quel autre pays riche les thèses de la gauche radicale obtiennent-elles un tel écho ? Aucun.

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La stratégie des Insoumis relève d’une logique léniniste. Comme les révolutionnaires de 1917, leur chef sait que l’essentiel n’est pas d’exercer le pouvoir mais de s’en emparer, puis de s’y barricader. Une fois en poste, pense-t-il, il saura inventer l’histoire à raconter pour expliquer pourquoi il avait parfaitement raison d’avoir tort. Il appliquera à la France la méthode qu’il emploie à la tête de sa formation : désignation des saboteurs, exploitation des divisions, intimidation des éléments trop brillants.

Dans cette affaire, tout le monde joue avec le feu, à commencer par le RN. Les dirigeants lepénistes ont certes de solides raisons d’en vouloir à Emmanuel Macron, qui a laissé son parti leur préférer le Nouveau Front populaire aux dernières législatives et ne semble toujours pas envisager de nommer un gouvernement d’union des droites (qui pourtant recueillerait l’adhésion d’une grande partie des Français). Cela justifie-t-il de se mettre dans la roue des Insoumis ? « Les Français préféreront toujours l’original à la copie », dit-on au RN pour se rassurer. C’est sous-estimer la capacité de nuisance de Mélenchon, qui est parvenu à instiller dans leur esprit une peur paralysante : celle d’être traités de collabos des puissants, d’amis de Macron. Le risque, c’est que la copie passe aujourd’hui pour l’original. Réveille-toi Marine : au jeu de la démagogie, le général Tapioca est imbattable.

Le dégagisme ne vient pas de nulle part

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« Le miracle n’a pas eu lieu ! » Jordan Bardella et Marine Le Pen sortent de leur rendez-vous avec François Bayrou, le 2 septembre 2025 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Le Premier ministre n’a pas réussi à convaincre les chefs des groupes parlementaires d’accorder leur confiance lundi prochain. Derrière l’échec de Bayrou, la fin d’un vieux monde…


Dans son mépris débridé à l’égard des Français, le pouvoir précipite sa chute. Les rejets que suscitent Emmanuel Macron et François Bayrou dans l’opinion sont proportionnels à leurs agressions gratuites contre la population. Lundi, dans sa prestation crépusculaire sur les quatre chaines d’information, le Premier ministre a désigné les Français comme responsables de la dette publique faramineuse accumulée depuis 1974 par tous les dirigeants successifs. Il a accusé les citoyens d’avoir « demandé » et « dépensé » l’argent distribué, tout en justifiant la politique irréfléchie du « quoi qu’il en coûte » du chef de l’État. À lui seul, Macron a creusé la dette de 1300 milliards d’euros supplémentaires.

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Social-démocratie : l’heure des comptes

Macron n’a de cesse depuis son premier mandat de vouloir faire la guerre au populisme, qu’il assimile à l’extrême droite. Or derrière ce qualificatif qu’il croit infamant se rassemblent des millions de Français révoltés par la morgue des dirigeants faillis. Quand le Premier ministre désigne ses compatriotes comme boucs émissaires – en s’interdisant dans le même temps d’accabler l’immigration de masse -, quand le président de la République caricature ses opposants en pestiférés, quand tous deux verrouillent la démocratie et excluent le moindre mea-culpa, comment ne pas comprendre le dégagisme qui parcourt la société ? Bayrou quittera Matignon lundi ; il n’aura évidemment pas la confiance qu’il réclame. Mais derrière son échec, c’est le vieux monde progressiste qui est aussi remercié.

A lire dans le magazine: Remis en liberté, les carnets d’Ivan Rioufol

Larcher déconnecté

Nous assistons à la fin d’une époque. La sociale-démocratie, hégémonique depuis un demi-siècle, est comptable des désastres accumulés. Or, un système qui ne sait plus garantir la sécurité collective doit passer la main. Dans Le Parisien de ce mercredi, Gérard Larcher, président du Sénat, estime que les Français « n’ont pas pris la mesure de la gravité de la situation[1] » ; il leur faut des « pédagogues ». C’est l’inverse qui est vrai: les « élites » mirobolantes n’ont pas pris la mesure de la gravité de la colère des Français lucides ; elles doivent redécouvrir le réel.

Les Républicains, soutiens du bloc central, n’ont rien à faire dans cette coalition des perdants. Bruno Retailleau, qui appelle à voter la confiance par solidarité gouvernementale, va sombrer avec le Titanic. De nombreux députés LR ne suivront pas le ministre de l’Intérieur. L’urgence est de rompre avec cette caste prétentieuse. Elle s’accroche à ses privilèges en écartant le peuple encombrant. Mais c’est à lui qu’il revient de remettre de la clarté dans un paysage obscurci par les foucades de Macron puis de Bayrou. Une dissolution de l’Assemblée s’impose, à défaut d’une démission du président. Pour l’instant, l’hôte de l’Élysée a dit qu’il excluait ces deux possibilités. Retranché dans son Fort Chabrol, Macron est prêt à tout pour tenir jusqu’au bout de son mandat. Cette fois, il ne dira pas, comme dans l’affaire Benalla: « Qu’ils viennent me chercher ! » de peur d’en donner l’idée aux Français exaspérés.


[1] https://www.leparisien.fr/politique/gerard-larcher-quest-ce-quune-dissolution-va-apporter-au-pays-02-09-2025-AXXIMU3NLNCOFGBB6KQWDS3EUU.php

OQTF: la France, championne du surplace

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CRA de Vincennes, août 2022 © Pauline Gauer/SIPA

Notre politique de l’éloignement est de longue date déficiente, rappelle notre contributeur. La loi proposant d’étendre la durée de rétention des étrangers jugés dangereux de 90 jours à 210 jours a été censurée par les Sages du Conseil Constitutionnel pendant l’été. L’exécutif n’est vraiment pas aidé par les juges…


Une récente décision du Conseil Constitutionnel a « facilité » la vie des OQTF. En effet, il s’agit de la décision n° 2025-895 DC du 7 août 2025 sur la loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive.

Les Sages (présidés de façon déjà très militante par Richard Ferrand) ont censuré les dispositions permettant de prolonger à 180, voire 210 jours la rétention de certains étrangers ayant déjà purgé leur peine ou non condamnés pénalement pour des infractions graves, ainsi que les dispositions permettant de maintenir systématiquement en rétention l’étranger remis en liberté par le juge le temps de l’appel du ministère public ou de l’administration. Or on constate journellement que des OQTF commettent des délits et des crimes. C’est aussi le système des centres de rétention administrative (CRA) qui est à revoir.

La « carcéralisation » des clandestins dénoncée par la Défenseuse des droits

A la suite de décisions de la CEDH et de la Cour de Cassation dans les années 2010 décidant de l’impossibilité de placer en garde à vue un étranger du seul fait de sa situation irrégulière, la loi Valls de 2012 a donc supprimé le délit de séjour irrégulier et prévu un placement dans un CRA. L’objectif de ces centres est d’accueillir les personnes en situation irrégulière dans l’attente de leur expulsion. Ils constituent aussi un maillon essentiel de la chaîne de l’éloignement. En 2023, la France comptait 25 centres de rétention administrative, soit 1 936 places[1].

Or en 2022, plus de 43 500 personnes ont été placées dans ce type de structure et plus de 55 % ont été remises en liberté, selon un rapport publié par les associations présentes dans les CRA, qui dénoncent une banalisation de l’enfermement des étrangers et une politique du chiffre inefficace. Cette loi a été par la suite modifiée trois fois (en 2016, 2018 et 2024). Locaux insalubres, manque d’intimité, violences… Dans des recommandations publiées au Journal officiel le 22 juin 2023, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) constatait les conditions de vie indignes des personnes retenues[2]. On ne voudrait pas non plus leur proposer des hôtels cinq étoiles ?…

La Défenseuse des droits a relevé, de son côté, une « carcéralisation » de ces centres. Vu l’explosion de la délinquance chez les OQTF, il peut difficilement en être autrement. Le CRA est aussi, qu’on le veuille ou non, un système pour enfermer, même temporairement, des individus plus ou moins dangereux. La loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur, adoptée en décembre 2022, prévoyait d’atteindre 3 000 places de CRA en 2027. Mais la dissolution et la crise budgétaire ont neutralisé ce programme. Précisons que les CRA ne sont nullement sous tutelle du ministère de la Justice, mais sous celle de l’Intérieur.

Selon un rapport parlementaire de juin 2025, en France, environ une OQTF sur dix est exécutée, soit de l’ordre de 15 000 sur les 130 000 prononcées en 2024. Même si ce chiffre ne rend pas compte de la complexité de la situation, la politique de l’éloignement est de longue date déficiente. Avant tout par manque de moyens. L’obligation de quitter le territoire français est une mesure administrative, délivrée par la préfecture, qui a pour objectif d’expulser une personne en séjour irrégulier (dénuée de papiers) sur le territoire français. Il s’agit donc d’une mesure d’éloignement des étrangers prévue par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La décision d’éloignement ou d’obligation de quitter le territoire français est prise par le préfet, notamment en cas de refus de délivrance de titre de séjour ou de séjour irrégulier en France. La décision oblige la personne visée à quitter la France par ses propres moyens dans un délai de 30 jours. Dans des situations limitées, elle peut aussi être contrainte à quitter la France sans délai. Un recours est possible, que les associations humanitaires habilitées ne se privent jamais d’activer.

Laissez passer !

Ce traitement trop souvent erratique des OQTF engendre un affaiblissement de l’autorité de l’État, dont les décisions pourtant exécutoires restent sans effet, tandis que l’objectif de maîtrise des flux migratoires est compromis. Environ 500 000 étrangers se trouveraient aujourd’hui en situation irrégulière en France, le plus souvent dans une grande précarité, soulevant de lourds enjeux de santé publique, de dignité mais aussi de sécurité, comme l’actualité l’a tragiquement montré à plusieurs reprises. Le Conseil Constitutionnel ne semble absolument pas se soucier de ce dernier enjeu. Le rapport parlementaire cité plus haut, souligne que si la loi Darmanin du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, a permis quelques progrès, les rapporteurs appellent à de nouvelles réformes ambitieuses, notamment en matière de rétention, de moyens matériels, de laissez-passer consulaires et de retours aidés.

Le problème le plus compliqué avec certains pays est le fameux laissez-passer consulaire. Le meurtre de la petite Philippine a remis sous les feux des projecteurs la question de ce titre complexe, que certains pays refusent de délivrer à la France. Il faut préciser ici que cette dernière, terre des droits de l’homme s’il en est, n’expulse pas ses migrants clandestins n’importe où. Ces derniers doivent retourner dans leur pays d’origine s’il est sécure. L’État demande alors un laissez-passer consulaire au pays d’où provient le migrant. Une fois le laissez-passer consulaire émis et transmis à la France, il est confié à l’individu en situation irrégulière, qui s’en servira comme passeport pour retourner chez lui. C’est là souvent que se dresse un parcours du combattant. Il faut alors que la France réussisse à convaincre le pays d’origine de l’individu, ce qui nécessite parfois de longues enquêtes (beaucoup de migrants perdent ou détruisent leurs papiers). Ensuite, le pays étranger d’où est originaire le clandestin présent sur le sol français refuse bien souvent de délivrer ce fameux laissez-passer. Ce pour deux raisons. La première est que ce pays ne souhaite pas récupérer un individu potentiellement violent, que les autorités françaises auraient expulsé en raison de crimes ou délits. La deuxième est politique. En effet les relations entre la France et certains pays d’où proviennent de nombreux clandestins sont parfois tendues. Ces pays vont alors se servir des laissez-passer consulaires comme moyen de pression et de chantage à l’encontre de la France.

L’Algérie, en particulier, use de ce levier. Ainsi début août 2024, Le Canard enchaîné révélait que pour faire payer à Paris son soutien au Maroc sur la question du Sahara occidental, les autorités algériennes refusaient à ses ressortissants expulsés par la France de débarquer sur son sol. Des dizaines de clandestins algériens effectuent ainsi de simples allers-retours en avion entre les deux pays, revenant dans l’Hexagone aux frais du contribuable français bien entendu.

Le lien entre l’immigration clandestine et la délinquance voire la criminalité, est désormais devenu assez incontestable. Les récentes données issues des statistiques des services de l’État montrent une surreprésentation des étrangers dans certaines formes de délinquance. Un premier chiffre est connu : 24,5 % des détenus des prisons françaises sont étrangers, soit une représentation trois fois supérieure à leur poids démographique. En voici quelques autres : en 2021, 18% des personnes mises en cause par la police et la gendarmerie étaient étrangères (représentation 2,3 fois supérieure). Les statistiques révèlent également une forte implication des étrangers dans les cambriolages (38%) et les vols violents sans arme (31%) sur l’ensemble du territoire. Les agressions sexuelles avoisinent les 30%. Ces chiffres, bien qu’incomplets, constituent un faisceau d’indices probants[3]. Les crimes et les délits impliquant des clandestins sous OQTF ont augmenté ces derniers mois. La simple écoute des informations le démontre. Plus qu’un « sentiment », il est désormais permis d’y voir un fait de société. Un fait de société qui s’ancre dans l’espèce d’impuissance des pouvoirs publics à améliorer sensiblement l’exécution des OQTF.

Il faudrait peut-être être plus sélectif, et se concentrer sur les OQTF prononcées pour menace à l’ordre public et à la suite d’une condamnation pénale (soit environ 10% des OQTF totales). Une note de l’Institut Thomas More précise, positivement selon nous, que « cela nécessiterait une augmentation des capacités des CRA, un allongement de la durée maximale de rétention à 18 mois et une suppression de l’assignation à résidence comme alternative à la rétention. Enfin, nous proposons d’assortir ces OQTF d’une interdiction de territoire français (ITF) de cinq à 10 ans. Ces mesures visent à améliorer l’exécution des OQTF pour les individus les plus dangereux pour la sécurité des Français, à renforcer effectivement la sécurité des citoyens et à envoyer un message de fermeté aux immigrés illégaux et aux réseaux de passeurs ».

Il apparait que la majorité des pays de l’UE ont dans leur arsenal pénal le délit de séjour irrégulier. En France il aurait pu être réintroduit (sans peine de prison, mais sous forme de simple amende de 3200 euros), dans le cadre de la loi immigration adoptée en décembre 2023. Mais, il a bien fait partie des quelques 32 articles (sur 86) annulés par le Conseil Constitutionnel (Décision n° 2023-863 DC du 25 janvier 2024). La loi Darmanin est venue, en partie, rétablir la situation. Mais il n’est toujours pas délictuel de venir sur notre territoire sans les papiers adéquats. On ne peut plus se contenter d’un traitement administratif, souvent erratique selon les préfets, du sujet.

Sentiment de submersion 

En janvier 2025, François Bayrou a dénoncé ce « sentiment de submersion » qui gagnait notre pays. Cette phrase a fait grand bruit. A la place qui est la sienne et avec l’expérience qu’il a, les mots ne sont pas choisis au hasard. M. Bayrou est de plus aussi agrégé de Lettres. Il apparait que dans certains endroits de France, cette submersion a bien dépassé le stade du sentiment. Un peu comme ce « sentiment d’insécurité » décrit jadis par Éric Dupond-Moretti alors Garde des Sceaux. Avec ces affaires générées par un certain nombre d’OQTF, on bascule progressivement aussi dans un fait de société. Il est clair que cette « submersion » est vécue de façon quotidienne par des milliers de français dans la plupart des villes hexagonales. Et, comme le constatent les forces de l’ordre présentes sur le terrain, les OQTF nourrissent de plus en plus cette « submersion ».

Même si personne n’envie le sort des migrants, il faut se rendre à l’évidence que, comme le souligne Jordan Bardella, « la France est ce pays si généreux qui a permis à des générations d’immigrés, reconnaissantes, d’accéder à un confort matériel, à la protection sociale, à un patrimoine culturel, à des libertés qu’elles n’auraient jamais connues ailleurs. »

Bien entendu tous les migrants qui viennent chez nous ne se transforment pas en délinquants et c’est heureux.

Pour conclure, il parait vital que le juge constitutionnel fasse sa révolution en matière d’ordre public. Et avec lui le juge administratif voire les tribunaux judiciaires. Car comme le souligne Jean-Éric Schoettl, conseiller d’Etat et ancien secrétaire général dudit Conseil Constituionnel, la démocratie est exposée à un danger et est en passe de passer de l’État de droit au gouvernement des juges (La démocratie au péril des prétoires, Gallimard, 2022). Le doyen Georges Vedel, que nous avons bien connu, aurait sans doute rétorqué, « il vaut mieux un gouvernement des juges qu’un gouvernement sans juges » !

Il est aussi impérieux de renouveler structurellement notre politique d’immigration. Relisons ce que disait Michel Rocard le 3 décembre 1989: « C’est pourquoi je pense que nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde, que la France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique (…), mais pas plus ».


[1] https://gncra.fr/les-chiffres-cles-des-cra

[2] viepublique.fr, 30 juin 2023

[3] https://institut-thomas-more.org, juillet 2025

La vraie droite ne doit plus se cacher!

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

À droite, du nouveau ? se demande notre chroniqueur.


En politique, il arrive que des choses semblent à la fois souhaitables et impossibles à réaliser. Il en est ainsi de l’union des droites dans le climat actuel. Les seuls qui, obstinément, labourent ce sillon sont Éric Zemmour et Sarah Knafo pour « Reconquête! ». Le Rassemblement national n’en veut pas, à cause de l’influence dominatrice de Marine Le Pen, qui y est hostile, et Les Républicains, dans leurs tréfonds, n’y seraient pas tous défavorables mais y répugnent pour la raison essentielle de l’emprise qu’aurait le RN, largement en tête par rapport à eux sur le plan électoral. Leur crainte est de disparaître. Tout cela s’entend mais est-ce irréversible ?

On n’a pas tous le même maillot, mais on a les mêmes passions !

D’abord, il faut prendre acte de cette déperdition capitale et incompréhensible qui voit les droites, globalement appréhendées, refuser de gagner ensemble mais préférer perdre isolément.

Ensuite, la droite, sous l’égide de Bruno Retailleau qui ne sera sans doute plus ministre le 9 septembre, va continuer son redressement à la fois intellectuel et politique. Elle n’est déjà plus « le Petit Chose » face au mastodonte RN fragilisé judiciairement – et peut-être pour 2027.

A lire aussi: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

On peut espérer que c’en est fini du temps, sinon de la soumission, du moins du caractère prétendument inéluctable du déclin de la droite intelligemment conservatrice et, en même temps, sociale. Il n’est pas nécessaire d’attendre les seules élections présidentielles pour combler le retard qui existe encore.

C’est la condition indispensable pour réussir. De la même manière que François Mitterrand devait d’abord faire perdre beaucoup de sa substance au parti communiste pour l’emporter dans le rapport de force, il est essentiel que Bruno Retailleau montre non seulement ce qu’a d’opératoire son projet régalien – qui a une visée gouvernementale – mais aussi tout ce qui, malgré les apparences, sur tous les autres sujets nationaux et internationaux, ferait du RN un corps étranger dans une perspective d’union.

Frilosité absurde

Le programme de Marine Le Pen, Bruno Retailleau l’a très bien dit, est « irrationnel et imprévisible ». Il est piquant de constater que ce même reproche est fait par Marine Le Pen à Emmanuel Macron !

Un autre élément doit être pris en considération par LR : ce parti ne peut plus traiter avec condescendance « Reconquête! » et l’éliminer par principe de toute recomposition envisagée. Bien au contraire. La qualité intellectuelle de ses dirigeants et la finesse de leurs analyses politiques, sociales et internationales – l’immigration étant le point capital de leur réflexion – ne peuvent plus être négligées, quoi qu’on pense, par ailleurs, de l’ensemble des solutions qu’ils proposent.

Il me semble que plutôt que de s’écarteler entre la base et le sommet, plutôt que de s’abandonner à une frilosité absurde ou à une soumission à une gauche qui n’a pourtant aucune leçon à donner, la droite de Bruno Retailleau doit accomplir un double mouvement : faire baisser le RN et traiter « Reconquête! » comme un parti ami et non hostile. Autrement dit, devenir véritablement une force : idées et militants. On ne se cache plus sous la table, on monte dessus.

MeTooMuch ?

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Causeur: le nouveau péril jeune

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© Causeur

Découvrez le sommaire de notre numéro de septembre


Paumés, violents, sexuellement frustrés
Ces meutes qui ont pourri l’été…

Cet été, des hordes adolescentes ont envahi des piscines, saccagé des marchés et pourri des fêtes de villages. Cette violence sans cause révèle une génération perdue, privée de langage et incapable de réprimer ses instincts. C’est en partie parce qu’une culture du clan et son code d’honneur tordu ont été importés d’Afrique et notamment du Maghreb. Mais on ne peut pas tenir les jeunes pour les seuls responsables de cette situation. La faute en est aussi aux décideurs gouvernementaux. Comme l’expliquent Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques en présentant notre dossier : « Une grande partie des élites politiques, économiques et culturelles a œuvré à l’édification d’une société multiconflictuelle, dénigrant la culture française pour encenser toute identité venue des anciennes colonies ». Nouveau phénomène inquiétant : des petites villes et des zones rurales ont été le théâtre de débordements dignes du 9-3. Pour Gil Mihaely, c’est exactement comme si les codes de la banlieue étaient un moyen pour la jeunesse de s’affirmer. Une évolution qui prospère sur fond de trafic de drogue. Un flic d’une commune de taille moyenne du sud de la France, interviewé sous couvert d’anonymat, témoigne des nouvelles formes de délinquance juvénile dans sa ville. La majorité des gamins agressifs revendiquent leur identité arabe et reproduisent le virilisme qui s’y rattache. Selon Pierre Vermeren, la marginalisation de toute une partie de la jeunesse est le résultat d’une longue et méthodique déconstruction : cette dernière a cassé l’école, brisé le monde du travail, délégitimé la famille et enlaidi l’environnement urbain. Aujourd’hui, une certaine jeunesse, réfugiée dans la drogue, la délinquance et la violence, refuse même de faire des enfants.

Le numéro de la rentrée est disponible aujourd’hui sur le site et demain mercredi 3 chez votre marchand de journaux !

Un reportage de Jean-Baptiste Roques revient sur un meurtre impliquant des adolescents cet été qui a semé la consternation à Fleury-les-Aubrais, banlieue calme d’Orléans. Charles Rojzman examine le rôle de l’effondrement du cadre familial. Gabriel Leduc témoigne de la difficulté aujourd’hui à être un père, même d’une fille sage dans une ville tranquille. Simon Evans analyse la série Netflix, Adolescence, et la manière dont les politiques, des deux côtés de la Manche, ont essayé de l’instrumentaliser contre la masculinité. Enfin, je me penche sur l’actuelle offensive propagandiste sans précédent qui vise à déviriliser les hommes dès le plus jeune âge.

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Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de la question juive qui « est désormais au cœur d’affrontements diplomatiques et de chicayas politiques ». Le chef de l’État a été tancé par Benyamin Netanyahou et Donald Trump. Pourtant, Emmanuel Macron ne cherche pas à nourrir la haine des juifs. Le vrai problème, c’est qu’il se montre incapable de l’endiguer. S’il est coupable, « ce n’est pas de complaisance, mais d’impuissance ». Qui profitera le plus de la chute du Premier ministre, François Bayrou ? Selon nous, Marine Le Pen croit être maitresse du jeu politique, mais en réalité c’est Jean-Luc Mélenchon qui exploite cette crise en imposant ses thèmes et en misant sur les sombres pulsions de son électorat : préjugés, rancunes, haines et jalousies. Le Général de Gaulle a créé un État à sa mesure pour faire rayonner la France. Mais aujourd’hui, pour Pascal Avot, l’État gaullien pille les Français, à coups de taxes, d’impôts et de mensonges, afin d’entretenir un système qui ne mène qu’à la banqueroute. Signes des temps, les Français ont déserté les restaurants cet été. Analysant les raisons de ce désamour, Stéphane Germain souligne, au-delà des additions salées, un millefeuille de désocialisation, d’ubérisation, de déculturation et d’inflation, nappé d’un excès de normes et d’une fiscalité désordonnée.   

Chez nos chroniqueurs réguliers, Olivier Dartigolles dénonce l’indulgence macronienne pour les ultra-riches ; Emmanuelle Ménard revient sur les événements de la période estivale ; et Ivan Rioufol maintient que « l’extrême gauche soutient [une] substitution de population, dont les Français indigènes sont les victimes ». Jean-Jacques Netter continue son inventaire de nos malheurs économiques, pendant que Gilles-William Goldnadel relève les exemples de la désinformation systématiquement pratiquée par France Inter, l’AFP et l’ONU au sujet de la guerre à Gaza.

Les hommes préfèrent-ils toujours les blondes ? Plutôt les trans ! Voilà la conclusion du grand reportage réalisé par Yannis Ezziadi au Bois de Boulogne, qui demeure le plus grand bordel de France. On vient s’y enivrer de sexe, de stupre et, surtout, on vient y chercher les transsexuelles. Objets de fascination et de trouble désir pour les hétéros, elles sont le trésor du Bois sur lequel elles règnent. De son côté, Georgia Ray s’est rendue à Bordeaux où le musée des Beaux-Arts présente « Sage comme une image. L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) ». Il s’agit d’une émouvante galerie de bambins qui ont grandi sans activités péri-, para- et extrascolaires, loin des angoisses de l’État et des parents sur « les temps de l’enfance » et sur la « santé mentale » de leur progéniture. Destination Rochefort pour Julien San Frax, où la maison de Pierre Loti, un capharnaüm intime conservant la mémoire de périples exotiques de cet écrivain-voyageur, rouvre ses portes après treize ans de restauration.

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Dans un essai appelé à devenir un classique, Samuel Fitoussi montre comment le monde intellectuel se trompe si souvent et si doctement. Se confiant à Élisabeth Lévy, il explique comment les milieux sur-éduqués sont devenus des citadelles ultra-conformistes et déconnectées de la réalité, où règnent l’endogamie sociale, le sentiment d’impunité et la peur d’être excommunié. Alexandra Lemasson a lu Surchauffe de Nathan Devers, qui brosse le portrait d’une société au bord du gouffre où certains refusent de jouer le jeu. Dans Feux sacrés, Cécile Guilbert explore ses secrets de famille, ténébreux et salvateurs. Pour Emmanuel Domont, cette mise à nu au grand style est l’une des pépites de cette rentrée littéraire. Avec Les Enfants perdus, François Sureau entame un roman-feuilleton dont le héros, détective et poète, traverse le temps et l’espace. Selon Élisabeth Lévy, l’auteur aujourd’hui Académicien retrouve ses allégresses d’adolescent lecteur de Conan Doyle, Dumas, Christie et Simenon. Côté cinéma, Jean Chauvet nous rappelle que la rentrée de septembre, c’est la grande sortie des films présentés en mai au festival Cannes. Pour le pire et pas pour le meilleur, hélas.

Pourquoi les intellectuels se trompent

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Surchauffe: Prix du Jury 2025 - La forêt des livres

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Un faible pour la Palestine

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Elisabeth Levy © Hannah Assouline

Je m’étais promis de parler d’autre chose. Non pas que la mode antisémite qui se répand, avec ses vieux habits neufs, dans les milieux progressistes d’Occident ne m’inspire pas de l’effroi, du chagrin et surtout une énorme rage contre tous les tartuffes qui depuis des décennies ânonnent « plus jamais ça », aussi féroces avec les antisémites d’hier qu’ils sont aveugles ou complaisants avec ceux d’aujourd’hui. De l’Europe à l’Australie, la haine des juifs planquée derrière la détestation de l’État juif ne se contente plus d’agresser les porteurs de kippa ou d’étoiles de David, elle s’emploie à les exclure de l’espace public. Des touristes israéliens sont chassés de restaurants, des enfants refoulés d’un centre de vacances, un chanteur prié de ne pas se produire dans un festival. Certains abrutis abattent même les arbres plantés à la mémoire d’Ilan Halimi – qui n’avait rien à voir avec Gaza. Sans doute s’agissait-il d’arbres sionistes. Et qu’on ne croie pas que les adeptes du Judenrein se cachent, au contraire, ils se font une gloire de purifier l’atmosphère. Rien d’étonnant dès lors que, comme le résume Georges Bensoussan, le peuple-génocide a remplacé le peuple déicide. Contre les génocidaires, tout est permis, non ? N’empêche, aussi sombre soit ce tableau, il n’y a pas que les juifs et les antisémites dans la vie. Or, beaucoup de juifs, accaparés par leur propre malheur, oublient que des millions de leurs compatriotes, qui ne vivent pas à l’heure de Tel-Aviv et de Gaza, ont bien d’autres raisons de désespérer de la France. Et eux n’ont pas d’Israël. Seulement, pas moyen d’échapper à la judéobsession magnifiquement décryptée par Guillaume Erner[1]. Pas seulement à cause de la litanie d’agressions perpétrées par amour des enfants de Gaza, mais parce que la question juive est désormais au cœur d’affrontements diplomatiques et de chicayas politiques. C’est à qui sera le meilleur ami des juifs – les séfarades, répond une vieille blague. La rue juive française applaudit Netanyahou quand il accuse Emmanuel Macron « d’alimenter le feu antisémite » et encense Trump qui, par ambassadeur interposé, reproche au chef de l’État de le combattre trop mollement. La rue juive a tort. D’abord, ce calinage victimaire vise moins à aider les juifs qu’à emmerder Macron. Ensuite, aucun Français ne devrait se réjouir de voir son pays humilié par ces mauvaises manières. Enfin, accepter de se placer sous protection étrangère, c’est jouer la partition de la dénationalisation qui est depuis toujours celle des antisémites. Certes, beaucoup de juifs songent au départ, sinon pour eux, pour leurs enfants. En attendant, ils sont des citoyens français. Emmanuel Macron est peut-être un piètre dirigeant, mais c’est le nôtre. C’est à nous – nous les Français – de lui demander des comptes. Qu’on nous laisse nous quereller tranquilles, les motifs ne manquent pas. Depuis le 7-Octobre, le président a commis plusieurs fautes graves  : son absence à la manifestation de novembre 2023, inspirée par le grand philosophe Yacine Belattar qui lui a fait valoir que sa présence énerverait les quartiers, son consternant bredouillage sur l’histoire qui tranchera quand on lui demande s’il faut parler de génocide et enfin, son annonce intempestive de la reconnaissance sans condition de l’État palestinien, qui est, qu’il le veuille ou non, une victoire pour le Hamas et les islamistes du monde entier. Macron a le droit de penser, comme des millions d’Israéliens, que la politique de Netanyahou conduit à la catastrophe. Pour une fois, on aurait aimé qu’il fasse du en même temps. S’il croit devoir dénoncer la « fuite en avant meurtrière et illégale » d’Israël à Gaza, il devrait fustiger l’influence nocive et honteuse de l’islamisme dans son pays. Tout en observant que les Français ne l’écoutent plus, beaucoup lui reprochent aussi d’être trop silencieux, comme si sa parole avait un pouvoir performatif. En réalité, le président aurait-il participé à la manifestation et récusé l’accusation de génocide que cela n’aurait pas changé grand-chose. En effet, si Emmanuel Macron est coupable, ce n’est pas de complaisance, mais d’impuissance. Ce n’est pas lui qui nourrit le feu antijuif. En tout cas pas plus que tous ceux qui, depuis des décennies, refusant de mettre des mots sur le mal, ont encouragé l’arrivée de millions de gens venus de pays où la haine des juifs est une norme. En supposant que seulement 10% de ces nouveaux arrivants trimballent leurs mauvais affects avec eux, ça fait beaucoup d’antisémites accueillis à bras ouverts. Et ça ne va pas s’arranger avec l’arrivée des Gazaouis, désormais tous éligibles au statut de réfugié grâce à la Cour nationale du droit d’asile. Quand on sait ce qu’ils apprennent à l’école, on peut s’attendre à voir débarquer d’aimables admirateurs d’Hitler, à l’image de la gracieuse étudiante de Sciences-Po Lille dont on se demande bien pourquoi on a pris la peine de l’expulser si c’est pour faire venir ses clones. Ce ne sont pas les militants célébrant la libération de Georges Ibrahim Abdallah ni les festivaliers applaudissant le groupe irlandais Kneecap, soutien du Hezbollah, qui se sentent de plus en plus indésirables en France, mais les détenteurs de passeports israéliens, les porteurs de prénoms hébraïques, les fidèles des synagogues. Quand tant de regards leur disent « Interdit aux juifs », on attend que la République placarde à ses frontières un avis proclamant que la France est interdite aux antisémites.

Judéobsessions

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[1] Guillaume Erner, Judéobsessions, Flammarion, 2025

Célébrer les Françaises qui ont combattu la France, la nouvelle mode de l’été

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La maison du parc de la Bergère de Bobigny vandalisée pendant l'été. Capture d'écran France 3.

La mairie communiste de Vénissieux (69) vient de baptiser un bâtiment public du nom d’Annie Steiner, une ancienne agent de liaison du FLN pendant la guerre d’Algérie.


1er novembre 1954. En ce jour de la Toussaint, que l’on qualifiera tantôt de rouge, une trentaine d’attentats (assassinats, embuscades, engins explosifs, incendies…) perpétrés par des indépendantistes algériens tue dix personnes sur l’autre rive de la Méditerranée. Un chauffeur de taxi de confession juive figure parmi les victimes, tout comme un jeune couple d’instituteurs français qui s’est porté volontaire pour enseigner dans l’arrière-pays. Extirpés de leur autocar à l’aube, quelque part dans les gorges de Tighanimine, Jeanine et Guy Monnerot sont mitraillés à bout portant par des fellaghas et abandonnés sur le bord de la route1. La guerre d’Algérie vient de commencer.

Engagée

À Alger, la nouvelle des attaques enthousiasme Annie Steiner. « Ce jour-là, j’étais à la maison, confiera-t-elle dans sa biographie. Il y avait mon mari, deux amis et moi. Spontanément, j’ai applaudi. Mon mari et Roland Simounet, un architecte originaire de Aïn Benian, ont souri. Mais l’autre invité a mal réagi et m’a dit : “Tu applaudis à des assassins ?” Je lui ai répondu : “Oui”. Je ne l’ai plus revu… » Cette fille de pieds-noirs, qui passe ses journées dans les centres sociaux pour soigner et alphabétiser les plus défavorisés, offre aussitôt ses services au Front de libération nationale. « Jusqu’où êtes-vous prête à travailler pour le FLN ? », lui demande-t-on. « Je m’engage totalement », répond-elle.

A lire aussi: L’ULB pour Rima Hassan contre Alain Destexhe: deux poids, deux mesures

La jeune Française officie dès lors comme agent de liaison du « réseau bombes » de Yacef Saâdi, qui orchestre une série d’attentats dans les lieux publics de la capitale algérienne : bars, restaurants, hôtels, stades, arrêts de bus, discothèques… Des enfants figurent parmi les victimes civiles, qui se comptent par dizaines. Pendant ce temps, Annie Steiner consacre désormais ses journées au service d’un laboratoire clandestin de fabrication de bombes. Elle traverse discrètement la ville en portant son bébé sur un bras, des produits chimiques ou des notices sur la confection d’explosifs dans l’autre. Arrêtée en octobre 1956, la « Moudjahida » est condamnée quelques mois plus tard par le Tribunal des forces armées d’Alger à cinq ans de réclusion pour aide au FLN. Privée de la garde de ses deux filles par une juridiction helvétique (son mari, Rudolf Steiner, étant suisse) à sa sortie de prison, elle termine sa vie en Algérie, dont elle acquiert la nationalité après l’indépendance. Elle occupera pendant trente ans un poste important au secrétariat général du gouvernement.

Choix assumé

C’est donc tout naturellement que la mairie communiste de Vénissieux a donné la semaine dernière le nom d’Annie Steiner à son nouveau bâtiment plurifonctionnel flambant neuf, financé en partie par l’État à hauteur de 1,7 million d’euros. « C’est un choix politique assumé, réfléchi et responsable, il va avec l’Histoire de la ville qui a un passé anticolonialiste. Nous travaillons depuis des années pour une mémoire apaisée », déclare à l’AFP Michèle Picard, la maire de cette commune de la banlieue de Lyon, qui compte une importante communauté maghrébine. Une décision qualifiée d’« extrêmement contestable » par la préfecture du Rhône, qui a refusé de participer à l’inauguration de l’édifice et de se plier à cette nouvelle mode en vogue, notamment à gauche.

A ne pas manquer: Causeur #137: le nouveau péril jeune

En juillet dernier déjà, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis rebaptisait la maison du parc de la Bergère de Bobigny du nom d’une autre combattante du FLN, Danièle Djamila Amrane-Minne. Pour apaiser là encore les mémoires ? Fille et belle-fille de militants communistes, Danièle Amrane-Minne s’engage dès l’âge de 16 ans aux côtés des rebelles indépendantistes contre son pays natal. Sous le nom de guerre de « Djamila », elle intègre un commando de femmes chargé de semer la terreur parmi les colons en posant des bombes dans les lieux fréquentés d’Alger. Elle participe notamment au triple attentat du FLN dans le quartier européen de la capitale algérienne : le 26 janvier 1957, trois déflagrations quasi simultanées dans des cafés de la rue Michelet causent la mort de quatre civils (toutes des femmes) et en blessent une cinquantaine, dont plusieurs grièvement. L’engin explosif dissimulé dans la chasse d’eau des toilettes de la brasserie Otomatic par « Djamila » ne fait toutefois qu’une blessée, transportée d’urgence à l’hôpital. Arrêtée quelques mois plus tard, la Française est condamnée à sept ans de prison, avant d’être amnistiée en 1962. « Le nom de Danièle Djamila Amrane-Minne reflète à lui seul les liens inextricables, les liens intimes, familiaux, entre le peuple algérien et le peuple français », déclame lors de l’inauguration le président socialiste du département, Stéphane Troussel. Le bâtiment est vandalisé au bout de deux semaines, puis incendié un mois plus tard. Sans doute l’œuvre de barbares, bientôt passés de mode.


  1. Jeanine Monnerot survivra à ses blessures, mais pas son mari. Un autre passager du car, le caïd Ben Hadj Sadok, est lui aussi abattu par les fellaghas alors qu’il s’oppose à l’assassinat du couple français. ↩︎

Qui veut sa piqûre?

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DR.

Pour éviter d’avoir des boutons qui grattent, GSK nous propose une piqûre qui coûte un bras… à la Sécu !


Les retraités sont les téléspectateurs les plus assidus, et par conséquent les plus nombreux à acheter des magazines qui donnent les programmes télé tous les sept jours. Avec des pages de pub qui ciblent cette clientèle, majeure depuis longtemps, mais pas vaccinée contre tout…

Vu ainsi pour la semaine du 9 au 15 août, pleine page, une annonce angoissante comme l’affiche d’un film d’horreur : « Le zona ? Je ne veux plus jamais revivre ça… Je pensais que j’étais jeune, j’avais tort. » Suivi d’une vraie fausse statistique pour inciter à se faire vacciner : « Plus de 90 % des 65 ans et plus sont déjà porteurs du virus responsable du zona. » Or, en très grande majorité, ce sont des porteurs sains et l’on sait depuis la grande comédie du Covid que la vaccination n’empêche pas la transmission.

Pour plus d’effet dramatique, la pub est illustrée par les visages soucieux de malades (interprétés par des comédiens). Où ça démange, c’est que cette annonce n’émane pas du ministère de la Santé, mais du laboratoire britannique GSK, qui en décembre dernier a obtenu que le Shingrix, son vaccin contre le zona, soit pris en charge en France pour les personnes âgées de 65 ans et plus.

L’efficacité de ce vaccin n’est pas contestée, en revanche le recommander à toute une population semble démesuré. Dans Le Figaro, Rémy Boussageon, président du comité scientifique du Collège national des généralistes enseignants (CNGE), s’interroge : « Nous nous étonnons du choix de consacrer un budget aussi élevé à un vaccin dont le bénéfice en population générale demeure assez modeste[1]. » Modestie que confirme la Haute Autorité de santé (qui pourtant veut vacciner tout ce qui bouge) : après 50 ans, on compte un taux de 0,7 % de sujets touchés par le zona (qui est douloureux, mais rarement mortel), taux qui monte à 1 % après 80 ans ! Il n’y a donc pas urgence…

En attendant, si les 16 millions de personnes visées par la campagne de pub décidaient de se faire piquer, pardon vacciner, l’addition pourrait grimper à 6 milliards d’euros pour la Sécu, qui seront autant de bénéfices pour GSK.


[1] https://sante.lefigaro.fr/social/enfance-famille/faut-il-vraiment-vacciner-tous-les-plus-de-65-ans-apres-le-zona-20250703