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Jean-Marc Jancovici, l’apôtre du déclin

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Toute notre économie reposerait sur le pétrole, soutient l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. Et comme cette source d’énergie va bientôt venir à manquer, prévient-il, il faut inévitablement se préparer à contracter l’économie. Contrairement à ce qu’il prétend, loin de se contenter de décrire ce scénario de déclin, Jancovici s’en fait aussi le promoteur. Analyse.


Jean-Marc Jancovici s’est imposé, ces dernières années, comme l’un des commentateurs les plus écoutés des questions climatiques et énergétiques. Ingénieur, spécialiste de l’empreinte carbone et cofondateur du cabinet Carbone 4, il jouit d’un crédit technique indéniable. À travers ses conférences et ses interventions médiatiques, il martèle inlassablement le même message : toute notre économie repose sur les énergies fossiles et, plus particulièrement, sur le pétrole, dont la disponibilité future est gravement menacée.

Partant de cette dépendance structurelle, il soutient que la baisse de l’approvisionnement pétrolier conduira inévitablement à une contraction de l’économie. Selon lui, le lien entre énergie et croissance est en effet direct et mécanique : sans apport croissant d’énergie, il ne peut y avoir de croissance du PIB. Ce raisonnement le conduit à rejeter l’idée même d’une croissance verte, qu’il assimile à une illusion technophile. Il appelle donc de ses vœux une réorganisation profonde de nos sociétés, autour de la sobriété et de la relocalisation.

Mais à écouter Jancovici, on a parfois l’impression d’entendre plus un prédicateur qu’un ingénieur. Il ne se contente pas d’expliquer une dynamique possible : il annonce un châtiment. Fin de l’abondance, fin de la mobilité, fin du confort. Comme les prophètes de l’Ancien Testament, il promet le chaos à ceux qui refuseraient de changer de voie. Son discours, tout en se réclamant de la rationalité, épouse ainsi une rhétorique eschatologique : celle d’une apocalypse énergétique inévitable, dont nous ne pourrons, au mieux, qu’adoucir les affres.

Des projections discutables

Malgré ce ton, il ne faudrait toutefois pas rejeter en bloc le diagnostic de Jancovici. Oui, notre civilisation moderne repose encore massivement sur les énergies fossiles. Oui, la quantité d’énergie disponible conditionne en grande partie notre niveau de vie matériel. Et oui, la substitution rapide de ces énergies par des sources bas-carbone reste techniquement et politiquement difficile. En ce sens, son travail de pédagogie sur l’ampleur du défi mérite l’attention. Il rappelle utilement que l’énergie n’est pas un détail parmi d’autres dans l’économie, mais bien l’un de ses fondements invisibles.

Pour autant, ce constat devient plus contestable quand il se transforme en certitude rigide en ce qui concerne l’avenir. Jancovici postule ainsi une relation fixe et linéaire entre l’énergie et le PIB, comme si l’un croissait ou déclinait exactement en fonction de l’autre. Or, cette relation est plus complexe. Plusieurs pays développés, notamment en Europe, montrent déjà des signes d’un découplage  absolu entre croissance économique et consommation d’énergies fossiles (même en prenant en compte les émissions importées), grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique, à la tertiarisation de l’économie et au développement de sources d’énergie bas-carbone. Bien sûr, ce découplage n’est ni généralisé ni complet, mais il est suffisant pour bousculer les affirmations de Jancovici.

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Son raisonnement devient tout aussi fragile lorsqu’il s’appuie sur l’imminence supposée d’un « pic pétrolier ». Cette pénurie a déjà été annoncée à plusieurs reprises depuis les années 1970 – souvent avec une grande assurance –, sans jamais se concrétiser. Certes, le pétrole est plus difficile à extraire de nos jours qu’auparavant. Pour autant, de nouvelles techniques, comme le forage offshore ou les pétroles non conventionnels, ont repoussé les échéances. Pendant combien de temps ? Difficile d’avoir des certitudes à ce sujet. Aussi peut-on s’interroger sur ce qui pousse Jancovici à croire si fermement à son pic pétrolier.

Le désir inavoué du déclin

Dans ses discours, saturés de supposées contraintes physiques, Jancovici martèle que le progrès appartient au passé et qu’il faut désormais se préparer à la contraction de l’économie. Se faire le héraut de ce fatalisme n’est toutefois pas anodin, dans la mesure où il est performatif. En décrivant avec autorité un chemin inéluctable, il dissuade d’en explorer les alternatives. Jancovici en est probablement conscient car, sans trop le dire, il semble plus souhaiter cette issue que la redouter.

Cette inclinaison transparaît en effet lorsqu’il affirme que la croissance verte est une illusion, au motif qu’il ne serait pas possible d’augmenter les flux matériels sans accroître les nuisances environnementales. Or ce pseudo-principe, qu’il présente comme une loi naturelle, relève en réalité d’une idéologie : celle qui estime que la nature ne peut être que dégradée par l’intervention humaine. Pourtant, quand on transforme une forêt en champ agricole, on ne nuit pas à l’environnement : on le rend plus nourricier.

De nombreuses transformations environnementales ont ainsi accru la qualité de la vie humaine. L’assainissement des marais, la maîtrise des cours d’eau ou encore l’exploitation de ressources minérales ont permis de prévenir des épidémies, d’éviter des inondations, de développer des infrastructures durables. Même une mine, loin d’être une blessure dans le paysage, peut constituer la condition de technologies médicales, de réseaux électriques ou de mobilités propres. Tout flux matériel, à l’encontre de ce que soutient Jancovici, n’est donc pas une nuisance.

Mais, pris par son aversion pour tout ce qui pourrait affecter l’environnement, il se méfie de ce qui en donne les moyens à l’humanité. D’où son désir inavoué d’un prochain pic pétrolier. Sinon, pourquoi rejette-t-il la fusion nucléaire ? Il la perçoit en effet non comme une chance – celle de disposer d’une énergie abondante et bas-carbone –, mais comme une « catastrophe absolue » puisqu’elle permettrait, à une échelle inégalée, de modifier davantage notre environnement ou, comme il le dit, de « détruire les montagnes » ! Ainsi, pour Jancovici, toute puissance accrue devient une menace, toute innovation un risque, toute ambition technique une fuite en avant. Derrière les courbes et les formules, c’est donc une profonde défiance envers l’humanité qui affleure : Jancovici craint que nous modifiions trop la nature.

Un imaginaire réactionnaire

Pour prévenir cette orientation, il appelle à la sobriété, derrière laquelle se profile une sorte de retour en arrière : moins de mobilité, moins d’échanges, moins de confort – une vie recentrée sur le local, la frugalité et l’ordre. Autrement dit, Jancovici nous incite à accepter un monde de contraintes, dans lequel l’innovation ne joue plus qu’un rôle marginal. Sous couvert de nécessité énergétique, il porte ainsi, en creux, un projet conservateur : contrôle des comportements, discipline collective, renoncement à toute ambition de transformation du monde. La politique n’y est plus un moteur de changement et d’émancipation, mais un simple gardien des bornes.

Cette tentation du contrôle se manifeste jusque dans ses propositions concrètes, comme celle qu’il n’ose présenter ainsi tant il est lui-même effrayé par sa radicalité, mais qui en est bien une et qui consiste à limiter le nombre de vols en avion à quatre par individu sur l’ensemble de sa vie. Derrière l’apparente logique comptable, on retrouve une vision normative du monde : celle où les comportements doivent être rationnés d’en haut, pour restreindre tous ceux qui auraient la velléité de vivre « trop ». Peu importe que les voyages servent à élargir les horizons, à nourrir la curiosité, à relier les peuples : ce qui compte, c’est qu’ils n’affectent pas trop l’environnement. Cette obsession pour le quota, le plafond et la pénitence traduit plus la nostalgie d’un monde immaculé que le désir d’une nouvelle société, plus riche, plus dynamique et plus entreprenante. On ne cherche plus à transformer le monde, mais à s’y faire tout petit.

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La même logique s’applique à son rejet de l’intelligence artificielle. Quand d’autres y voient une opportunité de démultiplier nos capacités – en modélisation, en optimisation ou en innovation technologique – Jancovici y voit un gadget inutile, une distraction pour technophiles déconnectés. Selon lui, elle se résume à consommer de l’énergie, à capter des ressources et à nourrir des rêves hors sol. Elle est donc suspecte. Mais cette posture ne fait que révéler sa méfiance idéologique envers tout ce qui pourrait ouvrir de nouveaux horizons.

Il faut en effet bien comprendre que les perspectives que met en avant Jancovici ne relèvent d’aucune nécessité. Par exemple, au regard de la débauche d’énergie qui a accompagné son développement ces deux derniers siècles, il est compréhensible de s’interroger sur une éventuelle limite des ressources. Mais il ne faut pas pour autant oublier que ce n’est jamais le manque de ressources qui a freiné les sociétés dans le passé ; c’est l’ignorance. Or la connaissance n’a, potentiellement, pas de limite. Il se pourrait donc que, grâce à son ingéniosité, l’humanité réussisse à relever les défis énergétiques auxquels elle sera confrontée dans le futur. Bien sûr, rien n’est certain. Mais autant il serait imprudent de considérer comme acquis que notre société va réussir à se développer pendant encore des décennies, voire des siècles, autant il est déraisonnable d’affirmer de façon catégorique qu’un déclin imminent est notre destin.

C’est à ce propos que l’influence de Jancovici dans notre société devient réellement problématique. En se posant en expert lucide, Jancovici ferme le débat sur l’avenir quand il faudrait l’ouvrir. En prétendant qu’il n’y a pas d’alternative à la contraction de notre économie, il disqualifie toute tentative de penser autrement notre avenir énergétique et technologique. À force de prétendre vouloir prémunir la société contre les illusions du progrès, il l’enferme dans l’illusion inverse : celle d’un déclin inéluctable. Mais notre époque a-t-elle vraiment besoin d’un apôtre du déclin ?

Jour de fête à Royère-de-Vassivière

Dans la Creuse, l’extrême gauche locale transforme une rixe de village alcoolisée en prétendue «chasse au nègre» raciste.


La Creuse est le département le moins peuplé de France. 115 529 habitants au recensement 2022. Sa préfecture, Guéret, ne compte que 12 814 âmes. Le département ne compte qu’une seule circonscription.

On aura compris que, vue des hauteurs parisiennes où sévit la technocratie d’État, la Creuse n’est que quantité négligeable, une sorte de néant territorial dont, par ailleurs, il n’est pas certain que ces Messieurs et dames des instances dirigeantes sachent le situer avec précision sur la carte. Quantité négligeable et donc négligée. Car s’il y a en France des « territoires perdus de la République », certains quartiers, certaines périphéries de grandes villes, il y a aussi, en moins visibles et moins tapageurs, ce qu’on pourrait appeler « les territoires méprisés de la République. » C’est ce que le mouvement des gilets jaunes – canal historique s’entend – s’efforçait de dénoncer avant de se voir récupéré, dénaturé et détourné par l’engeance mélenchonienne et crypto révolutionnaire de l’ultra-gauche. Forme dénaturée et détournée qui, au demeurant, sert aujourd’hui de faux-nez à cette même ultragauche pour la grande bordélisation de rue promise le 10 de ce mois. Les gilets jaunes, les vrais vrais, se laisseront-ils abuser ? Faisons confiance au bon sens des vrais gens…

Duel politique au sommet du plateau de Millevaches

En fait, l’impéritie, l’incurie d’État ayant créé ici – comme ailleurs – un vide, d’autres, bien entendu, s’emploient à l’occuper. Qui s’en étonnerait ?

Ces autres : l’extrême gauche LFI, son entrisme, son activisme créolisateur, selon le catéchisme professé par son gourou et grand manitou. Celui-ci n’a-t-il pas honoré de sa rayonnante présence un rassemblement à Gentioux-Pignerolles devant le monument – national – aux morts pacifistes (sic). La députée LFI du département Catherine Couturier l’accompagnait (Les informations qui me permettraient de préciser si ledit gourou eut ou non, en ce jour solennel, la bonté de guérir les écrouelles me manquent. Je prie les lecteurs de m’en excuser).

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Cette députée LFI – investie Nupes – fut battue aux législatives post dissolution de 2024. Elle a donc dû céder son siège au jeune député Union des Droites pour la République Bartolomé Lenoir dont l’une des premières actions à la Chambre aura été d’alerter le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau sur l’infiltration extrémiste dans son département et ses dangers.

Infiltration qui connut, pourrait-on dire, une très douteuse heure de gloire lors de la dernière fête du 15 août au village de Royère-de-Vassivière. La région est pourtant charmante, avec « un petit air de Canada » se plait-on à faire valoir. Nous sommes au plateau de Millevaches, autrement dit des mille sources, et tout près du lac de Vassivière. Quant au bourg concerné, il semblait jusqu’alors raisonnablement paisible, et le rendez-vous traditionnel du 15 août, où tout le monde se rassemble dans la bonne humeur, était jusqu’à cette année un jour de fête que n’aurait certainement pas désavoué le cinéaste Jacques Tati à son meilleur.

Mais l’ultra gauche veillait !  

Et l’on assiste alors à la parfaite illustration de ce qu’est la stratégie subversive des mouvements et groupuscules révolutionnaires, la récupération et l’exploitation de ce qui ne pourrait être qu’un incident pour l’ériger en fait politique signifiant et en faire un motif de lutte ouverte.

En vedette, ce 15 août à Royère, un dénommé Victor Speck, Français haïtien d’origine, fiché comme participant à des manifestations violentes et bien connu des habitants du village pour son sens bien particulier de la convivialité rurale et du vivre ensemble. Avoir balancé une échelle sur un responsable du comité des fêtes et avoir craché sur sa fille, planté sa tente sur un terrain loué par des chasseurs et n’en être parti qu’après maintes prières et, à la fin, la menace de balancer ses affaires dans l’étang… Ce 15 août, « il est accompagné de cinq ou six amis et de l’un de ses chiens », précise le reportage de Valeurs Actuelles1. Le groupe se montrerait plutôt agité toute la soirée : le chien aurait uriné sur les cartons appartement à l’association, larcins de gobelets… Rien de bien terrible, certes, mais quand même de quoi agacer. On en vient à émettre des reproches, à réclamer des excuses. Évidemment le ton monte. Jets de bouteille. Victor aurait lâché un coup de poing qui aurait atterri sur un de ses copains (Il n’y a pas que la police pour commettre des bavures). Bref, à ce stade, on n’en serait guère encore qu’à une embrouille de fin de nouba villageoise. Il est quelque chose comme deux heures du matin.

Mais c’est alors que la stratégie évoquée plus haut se trouve activée.

Victimisation en cinq étapes

Première étape, la victimisation sur fond de racisme. Victor et ses copains affirment avoir été victimes d’une véritable « chasse aux nègres » et essuyé des insultes elles aussi racistes, ce que la loi punit. Dix jours après la fête gâchée, une manifestation de soutien aux “victimes” — non pas les villageois, évidemment, relégués au rang de fachos de service, mais bien Victor Speck et les siens — se tient sur place. Elle rassemble quelque deux-cent cinquante militants venus de tout le plateau. Une dizaine d’entre eux sont cagoulés. Ceux-là prétendront même avoir surpris le salut nazi d’un habitant occupé à « casser la croûte » avec d’autres à une terrasse. En fait, le geste amical adressé à une connaissance (Par chance, ces autochtones attablés et levant leurs verres ne se sont pas aventurés à chanter, sinon ils auraient probablement été accusés d’avoir beuglé Heili Heilo ou Maréchal nous voilà).

Deuxième étape, la presse inféodée s’empare du sujet. Libération, Mediapart, l’Humanité pour qui c’est pain bénit.

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Troisième étape. L’ex députée LFI dépitée d’avoir perdu saisit là l’occasion de se refaire une santé et saisit la balle au bond. Elle fait entrer dans la boucle une avocate parisienne, acquise à la cause et militante – ce qui est son droit – et l’affaire va donc se trouver portée en justice.

Quatrième étape, le 30 août, de Paris, treize militants  se revendiquant membres de Renaissance puissance noire, sorte de survivance de la Ligue de défense noire africaine dissoute en 2021, débarquent au village. Dans une vidéo, aux côtés de Victor Speck au visage dissimulé, le chef lance : «  Nous allons tout faire afin que justice lui soit rendue et nous comptons sur vous afin que l’affaire prenne des proportions internationales pour que les coupables paient. » Les coupables, ils ont été ciblés dès le 26 août dans une déclaration des députés insoumis relayée par les chaînes d’info : «  Une fête de village dans la Creuse se transforme en « chasse au nègre », voici le bilan désastreux de Bayrou et Retailleau. La libération de la parole raciste dans l’espace public et médiatique crée un climat nauséabond dans ce pays. »

Cinquième étape, le Syndicat de la montagne limousine, fortement acoquiné à l’ultra gauche, organise à son tour une fête à Royère. Cela, très probablement dans l’espérance que survienne la sixième étape du processus de manipulation révolutionnaire, le drame, la bavure. Le sang qui coule. Le martyr de la cause. Avec dans la foulée, l’embrasement quasi général.

Qu’on ne se fasse pas d’illusion, la ligne suivie est bien celle-ci. Désormais, il n’est pas un seul coin de France qui ne puisse fournir à cet activisme-là l’étincelle qui mettrait le feu aux poudres. Voilà où nous en sommes. Il faut espérer cependant que ce rendez-vous des plus explosifs soit interdit par les autorités ou qu’il se déroule sans trop de dommages. Cela juste pour que, le week-end suivant, par exemple, Monsieur Dupond-Moretti puisse, en toute tranquillité, tenir à Royère-de-Vassivière une belle conférence pour expliquer aux populations de ce joli coin aux airs de Canada que tout cela, finalement, ne relève que du ressenti.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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  1. https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/derriere-la-fausse-chasse-aux-negres-lultragauche-a-la-manoeuvre ↩︎

Gloire et chute d’Horatiu Potra et des mercenaires roumains d’Afrique

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La Haute Cour de cassation de justice roumaine vient de déclarer en ce mois d’août que les « mercenaires de Potra » font désormais l’objet d’une enquête pour tentative d’atteinte à l’ordre constitutionnel, non-respect de la législation sur les armes et les munitions, commerce illicite de produits pyrotechniques et incitation publique. Avant de se trouver dans le collimateur de Bucarest, le RALF (Rassemblement des anciens légionnaires français d’origine roumaine) était une unité de mercenaires bien connus en Afrique équatoriale. Récit.


En République démocratique du Congo (RDC) comme à Bucarest, un certain Horatiu Potra, ancien légionnaire français fait beaucoup parler de lui.

Le « processus de Doha » est une initiative diplomatique de Donald Trump dont on parle peu en France. Entamé sous les auspices du président américain il y a environ trois mois dans la capitale qatarie, il réunit autour d’une même table les principaux acteurs de la guerre du Kivu, ce terrible conflit qui ravage l’Afrique des grands lacs depuis plus de vingt ans. Dès le 27 juin, les premiers résultats ont été obtenus avec la signature à Washington d’un traité de paix entre RDC et le Rwanda. Le 19 juillet, c’est le mouvement rebelle M23 qui faisait également un pas important en validant un accord de cessez-le-feu avec le régime de Kinshasa.

Rien ne permet pourtant de dire que l’enfer des combats a pris fin dans la région. Ces derniers jours, on a en effet rapporté une reprise des hostilités. Dans cette zone grande comme deux fois la Belgique et située à l’Est de la RDC, le M23, qui est en position de force, subit à nouveau les attaques sporadiques de milices pro-congolaises. Le niveau de tension reste cependant nettement plus faible qu’en janvier dernier lors de la bataille de Goma. Appuyés militairement par le Rwanda voisin, le M23 avait alors mis en déroute les forces gouvernementales en quelques jours seulement. Au prix d’un bilan humain très lourd : près de 3000 morts, parmi lesquels un grand nombre de civils.

A l’issue de ces effroyables affrontements, l’ONU avait fait une curieuse annonce. On apprenait en effet que des mercenaires roumains, jusqu’alors au service de la RDC, avaient déposé les armes et demandé la protection des casques bleus présents sur place. Après des négociations avec les autorités de Bucarest, très gênées, ces 290 hommes surentraînés, qui n’étaient manifestement pas prêts à mourir pour le Kivu, ont été promptement rapatriés dans leur pays par avion charter via Kigali. Leur nom : les RALF.

On serait tenté de présenter les RALF comme les jumeaux roumains du fameux groupe paramilitaire russe Wagner.  A une nuance près toutefois. Alors que Wagner opère en Afrique, notamment au Soudan, au Mozambique ou au Mali, en coordination étroite avec Moscou, la soldatesque RALF, elle, a des rapports exécrables avec sa mère patrie. Il faut dire que son patron, Horatiu Potra, un quinquagénaire ayant combattu dans sa jeunesse au sein de la Légion étrangère française, est visé par des poursuites judiciaires à Bucarest, où, comme on le verra plus loin, il est soupçonné d’avoir conspiré contre la démocratie.

Se faisant appeler « Lieutenant Henry » – un pseudonyme qui lui vient sans doute de ses cinq années passées sous nos drapeaux -, Potra s’est lancé à son compte dans l’activité de « sous traitance militaire » dès les années 90, après avoir rendu son képi blanc et obtenu une naturalisation française « par le sang versé ».

Selon la légende, il est alors embauché comme chef de la sécurité personnelle de Hamad ben Khalifa Al Thani, l’émir du Qatar. À Doha, il pose les jalons de ce qui deviendra RALF (Roumains ancien de la Légion française), en puisant dans le vivier des centaines d’anciens légionnaires originaires de son pays, comme lui souvent détenteurs d’un passeport français extrêmement recherché car il permet de voyager facilement dans de nombreux pays.

Dès cette époque, les RALF se forgent une certaine notoriété dans le milieu du mercenariat. Mais selon un bon connaisseur, lui-même ancien de la Légion étrangère et citoyen franco-roumain, « ce n’est pas la plus professionnelle des sociétés du secteur », contrairement à ce que laisse penser son prestigieux acronyme. « La débâcle de RALF à Goma en janvier s’explique toutefois par l’absence d’un train logistique qui avait pourtant été promis par Kinshasa », nuance-t-il cependant.

Selon le journaliste roumain Sorin Melenciuc, c’est Paul Barril qui, dans les années 2000, a initié le Lieutenant Henry aux affaires africaines. L’ex-numéro 2 du GIGN était alors une figure reconnue dans le secteur de la sécurité privée sur le continent noir. « Potra ne se vante pas de cette collaboration passée, note toutefois Melenciuc, Il préfère cultiver une image de proximité avec Moscou… même si elle est fausse !  » Une autre source confirme le peu de crédit qu’il faut accorder à la réputation d’agent du Kremlin que le mercenaire roumain se plaît à alimenter lui-même : « Potra est un semi-mythomane, un aventurier vantard, avide d’argent et de reconnaissance, qui espère être aussi connu qu’Evgueni Prigogine, le créateur du groupe Wagner. »

De sérieux indices tendent d’ailleurs à montrer que les activités des RALF ont pu être couvertes dans le passé par au moins une agence d’espionnage roumaine (soit le Service de renseignements internes soit le Service de renseignements externes). Interrogés par le média roumain PressOne, d’anciens employés de Potra ont accrédité cette thèse en affirmant que la douane a longtemps fermé les yeux lorsque, dans le cadre de leurs opérations en Afrique, ils embarquaient ou débarquaient aux aéroports de Sibiu ou Targu Mures, dans le sud de la Roumanie, ce qui leur permettait de transporter autant d’armes et de liquidités qu’ils souhaitaient.

Mais à partir de 2010, la complaisance des autorités roumaines cesse. Potra rentre dans le collimateur de Bucarest. Il est arrêté sur ordre de la DIICOT (Direction roumaine des enquêtes sur le crime organisé et le terrorisme), qui mène des investigations sur un trafic de drogue international de grande envergure. Lors des perquisitions, les policiers découvrent que plusieurs de ses collaborateurs possèdent des armes à feu, des grenades, des munitions et du matériel de surveillance. Si l’enquête finit par innocenter le Lieutenant Henry, elle révèle que la singulière entreprise RALF fonctionne selon des principes paramilitaires.

En 2015, les RALF refont parler d’eux. Un des leurs camarades de combat, un dénommé Iulian Ghergut, est enlevé au Burkina Faso par des jihadistes ralliés à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) alors qu’il travaillait comme vigile armé dans une mine de manganèse détenue par Frank Timis, un homme d’affaires australo-roumain. L’otage ne sera libéré que huit ans plus tard, grâce à l’intervention de Bucarest.

Ce n’est qu’en 2022 que la presse commence à rapporter la présence des RALF à 5000 kilomètres de là, en République démocratique du Congo. Opérant sous le statut officiel – qui ne trompe personne – de formateurs pour l’armée régulière, plusieurs d’entre eux sont tués ou gravement blessés lors de combats auxquels ils participent activement dans la région du Kivu. D’après nos sources, les RALF sont alors payés par la société Agemira, contrôlée par Olivier Bazin, un homme d’affaires franco-roumain proche du régime de Kinshasa.

L’avenir d’Horatiu Potra semble pourtant se jouer désormais en Roumanie. Deux mois avant la prise de Goma, la police l’arrête alors qu’il se rend à Bucarest en compagnie d’une vingtaine d’affidés. On trouve dans leurs véhicules diverses armes à feu et armes blanches ainsi que d’importantes sommes d’argent. Dès qu’elle a vent de l’histoire, les journaux font le lien avec l’annulation des élections présidentielles roumaines prononcée deux jours auparavant par la Cour constitutionnelle, au motif d’une enquête contre le candidat Călin Georgescu, arrivé en tête au premier tour et accusé d’avoir bénéficié d’une ingérence russe massive à travers le réseau social TikTok. Or Potra, qui, rappelons-le, se plaît à faire croire qu’il est en cheville avec Moscou, est décrit par certains médias comme le chef de la sécurité de Georgescu.

Selon Sorin Melenciuc, la réalité est un peu différente. Le chef des RALF ne joue pas le rôle central qu’on lui prête dans l’équipe du candidat pro-russe. « Le véritable responsable de la protection de Georgescu s’appelle Eugen Sechila, assure le journaliste. C’est un ex-sergent-chef des commandos parachutistes de la Légion étrangère, qui a vécu dix ans en Autriche avant de retourner en Roumanie. Potra s’est associé à lui seulement après le premier tour des élections. Personne ne pensait que Georgescu ferait un si bon score. »

Les RALF préparaient-il un coup d’Etat en Roumanie ? Sont-ils au contraire la cible d’une tentative d’intimidation du pouvoir ? Impossible de répondre à ce stade. Mais une chose est certaine: les connexions congolaises de Potra et sa russophilie brandie en étendard pèsent lourd dans son dossier. Tout comme elles continuent d’attirer les candidatures. Nombreux sont encore aujourd’hui les hommes en quête d’adrénaline et d’aventure qui rêvent d’appartenir au groupe RALF. Même incarnée par un soudard aux nombreux déboires, la Légion étrangère n’a pas fini de fasciner.

Gabriel Robin avec l’aimable participation de Sorin Melenciuc

Un personnel politique bien terne pour des temps obscurs

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Le retour de l’antisémitisme, très commenté dans la classe politique, à droite, et dans une bonne partie de la presse, apparait comme un nouveau révélateur de la crise française, observe la philosophe et politologue Renée Fregosi.


Tandis qu’en France se profile une nouvelle crise politique, qui devrait éclater le 8 septembre prochain à l’Assemblée nationale lors de la question de confiance au gouvernement, l’ensemble du landerneau politique se perd en calculs mesquins et en manœuvres stériles. Pourtant, des menaces bien plus graves continuent de nous parvenir de toutes parts – Moyen-Orient, Chine, Russie, États-Unis – et surgissent aussi du cœur même de notre société. Mais parce que notre personnel politique, dans son ensemble, se révèle trop médiocre et relâché pour y faire face, il se réfugie dans le déni, les analyses sociologisantes hors-sol ou les visions complotistes. Ce sentiment de délitement, de fuite en avant vers l’abîme, n’est pas nouveau, mais il s’est considérablement aggravé et pèse de manière oppressante depuis plusieurs mois.

La suppression en 2020 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a certes rendu plus difficile et contestable le suivi statistique des crimes et délits, mais la montée de la violence au quotidien – agressions, trafics, attentats – est ressentie directement par la population. Des instituts réputés comme la Fondapol publient régulièrement des rapports alarmants. Comme le rappelait déjà Dominique Reynié en 2022, « à travers l’enjeu de la sécurité, les Français perçoivent le délitement de la souveraineté nationale ». Le narcotrafic qui met en coupe réglée des quartiers entiers, la multiplication des agressions contre les femmes et les personnes âgées, la recrudescence des tentatives d’attentats menées par des individus de plus en plus jeunes, la hausse constante des actes antijuifs – qui ont explosé depuis le 7 octobre 2023 – composent un tableau inquiétant. La montée d’un « nouvel antisémitisme » est d’ailleurs emblématique de la perte de contrôle du politique sur la société.

On parle désormais d’« antisémitisme décomplexé » ou d’« antisémitisme d’atmosphère », comme si le pogrom génocidaire du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, avait légitimé la libération de la parole et des actes antijuifs. De Beyrouth au Caire, de Téhéran à Jakarta, en passant par Tunis, Damas ou Istanbul, mais aussi à New York, Londres ou Paris, des rassemblements se tiennent depuis ce jour funeste aux cris de « Israël assassin » ou du sinistre « Allahu akbar ». Les Juifs, assimilés à des « complices » d’Israël, y sont insultés, discriminés, attaqués physiquement, en France comme en Espagne, aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Royaume-Uni. Le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans et instrumentalisé par l’Iran, est devenu le porte-drapeau de la lutte mondiale contre Israël en particulier, et contre l’Occident en général. Il est désormais présenté comme le héros de la « résistance palestinienne », et même, plus largement, comme un symbole de la lutte contre la prétendue « domination blanche » dans le monde.

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Sous couvert d’une posture soi-disant « équilibrée » renvoyant dos-à-dos Israéliens et Palestiniens, c’est en réalité le narratif pro-palestinien qui domine dans les grands médias et dans une partie de la classe politique. En France, LFI – avec Rima Hassan, Mathilde Panot, Sébastien Delogu ou Danielle Obono – ainsi que les écologistes, en particulier par la voix d’Aymeric Caron, reprennent cette ligne, renouant avec ce qu’August Bebel appelait le « socialisme des imbéciles » pour qualifier l’antisémitisme de gauche. Mais ils ne sont pas seuls : à droite, Dominique de Villepin reste prompt à accuser Israël de tous les maux, et certains élus, par électoralisme, nient ou minimisent l’antisémitisme musulman. Le plus préoccupant reste cependant la complaisance observée au sommet de l’État.

En refusant de participer à la marche nationale contre l’antisémitisme en novembre 2023, au nom d’un prétendu souci de « ne pas diviser les Français », le président de la République a accrédité l’idée que l’antisémitisme pouvait constituer une position politique, présentée comme symétrique de la supposée « islamophobie » dont seraient victimes les musulmans en France. De fait, Emmanuel Macron a ainsi semblé prendre parti pour les musulmans contre les Juifs. Il a réitéré cette faute politique et morale le 9 avril 2025, en annonçant la reconnaissance par la France d’un « État palestinien » – entité encore fantasmatique, sans frontières ni institutions définies – sans poser aucune condition, pas même la libération des otages encore retenus par le Hamas. L’argument avancé, selon lequel ce geste contribuerait à mettre fin à la guerre à Gaza et favoriserait la paix, relève d’une illusion dangereuse.

Une telle position résonne comme une menace à l’égard d’Israël, clairement assumée par ailleurs par le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui a annoncé le 29 juillet que son pays reconnaîtrait la Palestine à l’ONU « sauf si Israël prenait une série d’engagements ». Or, l’histoire récente du Moyen-Orient montre le contraire : c’est en écartant la question palestinienne et en privilégiant les enjeux sécuritaires et économiques que la normalisation avec Israël a progressé, depuis l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994), jusqu’au Maroc, aux Émirats arabes unis et au Bahreïn (2020), et même l’Arabie saoudite, qui, à la veille du 7 octobre 2023, s’apprêtait à rejoindre les accords d’Abraham.

Plutôt qu’un président qui multiplie les polémiques avec Benyamin Netanyahou et l’ambassadeur des États-Unis à Paris, sans parvenir à peser réellement sur les affaires du monde, la France aurait besoin d’un chef d’État digne de respect, déterminé et porteur d’une haute exigence morale. Mais, ailleurs non plus, le monde n’offre guère de modèles : où que l’on regarde, ce ne sont que potentats paranoïaques, régimes corrompus ou faillis, autocrates sans vision, narco-États ou pouvoirs islamistes sanguinaires. Face à ce panorama détestable et dangereux, la question reste entière : comment retrouver le chemin de la démocratie, non seulement comme méthode, mais comme finalité de l’action politique, alors que les responsables eux-mêmes ne sont peut-être, en fin de compte, que le reflet de leurs peuples et de leur époque ?

Dernier ouvrage paru : Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme. Éditions Intervalles 2025.

Sommet de l’OCS à Tianjin: une étape supplémentaire de l’expansionnisme russo-chinois

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Entouré notamment du Russe Poutine et du Nord-Coréen Kim Jong-un, le dirigeant chinois Xi Jinping a présidé hier une grande parade militaire et exhibé toute sa nouvelle force diplomatique. Reste que les pays de l’Organisation de Coopération de Shanghai réécrivent l’histoire. Seule l’Inde, également présente, garde ses distances. «Que le président Xi et le merveilleux peuple chinois passent une excellente journée de célébrations», a écrit de son côté le président américain Trump, avant de se faire railleur: «Veuillez transmettre mes salutations les plus chaleureuses à Vladimir Poutine et Kim Jong Un pendant que vous conspirez contre les États-Unis d’Amérique…»


Front anti-occidental ? Anti-américain ? Ces derniers jours, on cherche à qualifier la séquence diplomatico-médiatique orchestrée par Pékin et ses partenaires les plus proches, dont la Russie de Vladimir Poutine. Elle a débuté en Chine, à Tianjin, dimanche 31 août dernier avec le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et s’est achevée à Pékin hier, en grande pompe, à la gloire des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale… du moins sur son front oriental.

Mauvaise passe pour Donald Trump

La conduite erratique de l’administration Trump en matière de politique étrangère a offert un boulevard communicationnel à l’hôte chinois qui a su chorégraphier les attributs de la superpuissance qu’elle est devenue.

Place Tian’anmen, Pékin, hier.

Cette opération de communication a aussi consisté à transmettre des signaux favorables pour un élargissement du club des pays de l’OCS, composé de dix États fondateurs (dont la Russie et la Chine) et désormais dix-sept pays « partenaires », avec l’entrée toute récente du Laos. Ses différentes déclarations jointes font étalage, sous la forme d’une liste à la Prévert, des points de consensus entre membres pour la construction d’une gouvernance mondiale plus respectueuse et égalitaire, faisant la part belle aux pays en voie de développement (PVD) et les moins avancés (PMA), prétendument délaissés par les pays occidentaux et leurs institutions.

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Mais la signification profonde de cette séquence savamment marketée ne doit pas nous échapper. Car le basculement qu’elle met en scène pose les bases idéologiques d’une confrontation future majeure avec les grandes démocraties, y compris militaire. Dans son discours du 3 septembre tenu à l’occasion d’une parade militaire commémorative, Xi Jinping présente son pays victorieux lors du second conflit mondial dans la lutte contre le « fascisme mondial », une expression utilisée en son temps par l’URSS de Joseph Staline pour désigner le combat « des forces démocratiques et progressistes » contre une idéologie fasciste anti-communiste, incarnée notamment par le camp du social-libéralisme[1]. Le concept de fascisme fournit aujourd’hui aux régimes russe et chinois une référence idéologique commune. Il sert aussi à effacer de la mémoire collective les crimes perpétrés par les régimes totalitaires communistes chinois, soviétique et, accessoirement nord-coréen… jusqu’à aujourd’hui.

Déclaration finale lunaire

Pas un mot en effet sur la guerre d’agression de la Russie dans la Déclaration jointe finale, tandis qu’elle dénonce avec force Israël et les États-Unis pour leur « invasion militaire » en Iran qui, selon le texte, viole « les principes de la Charte des Nations unies, porte atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Iran, compromet la sécurité régionale et internationale et a de graves conséquences pour la paix et la stabilité dans le monde ». Il y aurait ainsi, selon ce narratif, des démocraties coupables de leurs crimes, passés et présents, et d’autres États, leurs victimes, jouissant d’un droit de tirage spécial devant l’histoire, se plaçant au-dessus du droit international et de leur responsabilité devant les peuples.

La rhétorique d’un « fascisme » assimilé au camp libéral reprend les termes de la propagande russe paranoïde voyant dans les élites ukrainiennes une réincarnation imaginaire du nazisme d’hier. Elle fait aussi des émules sur la scène politique taiwanaise où des responsables du parti pro-Pékin, le KMT, ont accusé récemment le parti au pouvoir, le DPP, de « fasciste ». Elle pourrait s’abattre sur toute société démocratique libre.

Par ailleurs, cette entreprise de travestissement de l’histoire peine à dissimuler ses vrais buts de guerre : opérer un double hold-up sur les institutions onusiennes et du multilatéralisme de l’OMC comme autant de marchepieds d’une politique d’expansion planétaire. C’est, en outre, la teneur de la nouvelle proposition chinoise pour une « gouvernance globale » dans laquelle Pékin se présente comme « le plus grand pays en développement du monde » capable de guider le « Sud global » sur la voie de la croissance. On voit se préciser toute l’utilité pratique de l’attelage sino-russe dont l’idéologie commune anti-occidentale sert de bélier pour faire progresser leurs intérêts stratégiques et économiques et, dans le même temps, faire reculer les positions des économies libérales avancées.

Création d’une banque de développement pour l’OCS

L’économie est probablement le domaine d’action où les avancées sont les plus concrètes. A cet égard, le Sommet de Tianjin marque un tournant institutionnel dans le prolongement du sommet précédent de l’OCS, à Astana, au mois de juillet 2024. Il met en œuvre la stratégie de développement économique et financière qui avait été arrêtée. L’organisation tente désormais de faire coïncider les attendus économiques et stratégiques de sa feuille de route globale, quitte à fragiliser l’utilité ou la pertinence de l’aéropage des « BRICS ». Ce qui laisserait à penser que l’OCS est pour leurs fondateurs devenue la seule plateforme susceptible de faire contrepoids aux institutions de Bretton Woods et de réformer l’architecture et les traités de sécurité internationale hérités de l’après Seconde Guerre mondiale. La Chine manifeste déjà clairement sa volonté de mettre en place une réforme des marchés financiers internationaux. L’annonce de la création d’une nouvelle banque rattachée à l’OCS constitue en l’espèce un pas supplémentaire dans cette direction.

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Cependant, pour ce qui concerne les futurs développements de l’OCS, une superpuissance en devenir pourrait ralentir le projet politique et économique emmené par la Chine : l’Inde de Narendra Modi. Alors que Pékin ne cesse d’exhorter l’Europe à mettre en œuvre son « autonomie stratégique » pour la désarimer durablement de l’orbite des États-Unis, elle ne pousse pas l’Inde à développer sa stratégie diplomatique du multi-alignement. Et pour cause : une lecture comparée des comptes-rendus séparés de Delhi et de Pékin au sujet du Sommet de Tianjin fait apparaître le fossé stratégique qui sépare les deux géants asiatiques. Pékin y prône l’avènement d’un monde multipolaire affichant la priorité qu’il accorde à remettre en cause le leadership américain. Mais la diplomatie indienne rectifie la focale du tir en appelant de ses vœux l’avènement, avant toute chose, d’une Asie multipolaire… La gouvernance est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les seules mains chinoises, semble-t-elle suggérer.


[1] A partir du VIème congrès de la Comintern en 1928, la direction stalinienne a promu la thèse selon laquelle la social-démocratie était souvent un « fascisme sous une autre forme » – façonnant une sorte de continuité entre la social-démocratie et le fascisme, les deux étant présentés comme des ennemis du communisme.

Le Hamas, vaincu sur le terrain, triomphant dans les esprits

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Exploits, dévoiements et aveuglements. Israël poursuit avec efficacité l’élimination de chefs et de combattants ennemis. Mais la puissance de la propagande du Hamas et la gravité de la crise humanitaire à Gaza relèguent ses succès militaires au second plan.


Le 28 aout, l’armée de l’Air israélienne a mené une attaque ciblée sur un immeuble de la ville de Sanaa, à 2000 km de Jérusalem, tuant entre autres le Premier ministre des houthis, son ministre de la Défense et son chef d’état-major. Même si Abdul Malik al-Houthi, le Guide Suprême incontesté du mouvement houthi ne participait pas à cette réunion, une telle attaque est d’autant plus impressionnante qu’il semble que jusque en 2023, le monde des houthis était quasi inconnu des Israéliens et que ceux-ci ne disposaient même pas de personnels capables de comprendre le dialecte des montagnes du Nord Yemen que ceux-ci utilisaient. On a vu, avec l’affaire des beepers du Hezbollah, l’élimination de Nasrallah et les frappes sur l’Iran l’efficacité des services israéliens. On imagine ce qu’aurait fait l’aviation israélienne si elle avait vraiment reçu des instructions génocidaires…

Trois jours plus tard, le 31 aout, l’armée annonçait l’élimination de Abou Obeida par un bombardement ciblé dans la ville de Gaza. Abou Obeida était cet homme mystérieux, masqué et ganté, au keffieh rouge et blanc, qui depuis la capture de Gilad Shalit en 2006 était le porte-parole militaire du Hamas. Mais il était, disent les experts, bien plus que cela, le responsable de la propagande, l’homme qui décidait des opérations de communication, des slogans à transmettre, des vidéos à monter et à montrer, des cérémonies à organiser. Le Goebbels du Hamas?  Bien sûr, il y a des différences…

Les nazis, avec leur idéologie de suprématisme racial, ne pouvaient a priori recueillir de sympathie que de la part d’Européens se croyant de la même aristocratie aryenne qu’eux. Ils ont su pourtant se créer des alliances bien au-delà de cette frange limitée. 

La haine contre les Juifs a été un excellent ciment, par exemple avec le mufti de Jérusalem, recruteur de la division  musulmane de la Waffen SS et modèle admiré de Hassan el Banna, le fondateur des Frères musulmans, dont le Hamas est la branche palestinienne. Une sorte d’intersectionnalité des luttes avant la lettre conduisant à des alliances baroques sur la base efficace d’une haine commune…

Pour les nazis, même  s’ils prétendaient que leur combat n’était rien d’autre qu’une lutte  contre la diabolique emprise juive, ils étaient trop arrogants pour adopter, même pendant leurs défaites, une posture victimaire. Le Hamas, lui, a fait coup double. 

Mots-mensonge

En diffusant ses massacres du 7-Octobre il a rempli ses militants de fierté. Mais en manipulant médiatiquement la réaction israélienne, il s’est transformé en résistant contre l’oppression et est parvenu à faire du palestinisme la religion anti-impérialiste contemporaine, celle qui remplace le marxisme, le léninisme, le stalinisme, le trotskisme, le castrisme, le maoïsme, tous ces -ismes dans lesquels les parents et grands-parents idéalistes des jeunes d’aujourd’hui avaient baigné et s’étaient parfois précipités tête baissée.

Il fallait au Hamas détourner l’attention du public loin des souterrains qu’il avait construits avec une amplitude gigantesque et qu’il n’avait évidemment pas conçus comme des lieux de protection de la population, et la transférer vers les scènes de destruction extérieure. Il lui fallait faire état de beaucoup de morts dans sa propre population, pour qu’il puisse remporter l’autre guerre, celle que le faible peut gagner contre le fort, la guerre de l’opinion publique, que le régime soviétique et des stratèges militaires avaient déjà théorisée dans le passé et qui a changé le cours de nombreuses guerres comme celle d’Algérie ou du Vietnam.

Grâce à  ses sympathisants compassionnels ou repentants, ou simplement antisionistes, à ses idiots utiles ou ses soutiens soudoyés par son inépuisable tiroir-caisse qatari, le Hamas est parvenu à imposer un discours truffé des mots mensongers de génocide, apartheid, et famine. 

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Goebbels s’est suicidé parce que le Reich s’était effondré. Abou Obeida est liquidé alors que la propagande du Hamas triomphe. Il n’est probablement qu’un symbole, car l’essentiel du travail a été fait dans nos propres pays.

Les rédactions, les services diplomatiques, les agences de l’ONU savaient que le Ministère de la Santé de Gaza qui diffuse les chiffres de mortalité n’est qu’une fiction, que les journalistes gazaouis envoyant leurs reportages à la presse mondiale travaillaient sous le contrôle de Abou Obeida et de ses services, que les employés de l’UNWRA chargés des distributions alimentaires dépendaient du Hamas, que les directeurs des hôpitaux, nommés par le Hamas, étaient parfaitement au courant de l’usage militaire qui en était fait. Les responsables de l’IPC[1] savaient aussi que les statistiques nutritionnelles qui leur ont fait déclarer la famine à Gaza provenaient de chiffres invérifiables préparés par des correspondants qui avaient tout intérêt à les noircir…

Enfants élevés dans la haine

Par idéologie, par émotion, par routine, par intérêt, par négligence, par peur, par ambition, par calcul politique ou par antisémitisme, le discours anti-israélien s’est généralisé, insensible à la vérité. Lorsque Fatah Sharif a été éliminé par une frappe israélienne en septembre 2024, le Hamas lui-même a déclaré qu’il avait perdu son chef au Liban. Il était aussi directeur d’école et responsable du syndicat des enseignants de l’UNRWA dans ce pays, mais aucun pays européen n’a alors arrêté ses subventions à cette organisation, qui porte une lourde responsabilité dans la catastrophe éducative des enfants palestiniens.

Que ce soit  sous la houlette du Hamas ou celle de l’Autorité Palestinienne, les enfants ont été élevés dans la haine depuis leur plus jeune âge. La complaisance de l’UNWRA a été criminelle. Il ne s’agit pas seulement de la haine d’un ennemi conjoncturel, qui pourrait se retourner une fois la paix survenue. Il s’agit d’une haine incrustée dès la plus jeune enfance par une éducation systématique déshumanisant l’adversaire et mettant en avant des impératifs religieux impitoyables et indisputables. Ce n’est pas seulement une haine d’Israël. La célèbre militante palestinienne Ahed Tamimi, 24 ans aujourd’hui, l’a proclamé ces jours-ci à la radio: c’est une haine contre les Juifs en général, celle qui s’exprime dans ce hadith célèbre appelant à l’extermination des Juifs, que le Hamas a inséré dans l’article 7 de sa charte. 

Considérer qu’il s’agit là d’éléments marginaux qui seraient solubles dans la reconnaissance d’un État palestinien, imaginer que la reconnaissance d’un tel Etat aux contours fantomatiques mais à l’idéologie malheureusement explicite serait un atout pour la paix n’est pas seulement une gifle envers les victimes du 7-Octobre. Ce n’est pas seulement la preuve d’une ignorance volontaire de l’histoire des relations israélo-palestiniennes. Ce n’est pas seulement une incroyable méconnaissance de ce qu’est l’Autorité palestinienne, une entité faussement modérée, méprisée et profondément hypocrite. C’est un témoignage de docilité envers une idéologie islamiste qu’on n’ose pas nommer. C’est apparemment le cadeau que prévoit le président de la République à la communauté juive française pour la nouvelle année…


[1] Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) est un outil de référence supposément neutre, employé par les agences des Nations unies et les ONG pour analyser et suivre les situations de malnutrition NDLR.

Citroën C15, les lendemains qui chantent!

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Dans une rentrée sociale agitée, ce modèle populaire, disparu il y a presque 20 ans de la circulation, est à la fois annonciateur d’une prise de conscience politique et le creuset de tous les réenchantements…


Depuis plusieurs mois, la colère gronde. Comme souvent dans notre pays, c’est loin des villes, dans les campagnes évincées, sur des terres exsangues où les industries ont déserté et où la puissance publique a failli que la cristallisation s’est opérée. Au début, les politologues salonnards sont passés, comme de bien entendu, à côté du phénomène. Les sondeurs manquaient de capteurs sur place ; hors des périphéries actives et des centres décisionnels, une zone blanche s’étalait devant leurs ordinateurs blêmes. Tout un monde jadis organisé en bourgs et en cantons ne répondait plus à aucun signal. Dans cette carte du vide, on pouvait se demander si le cœur de la nation battait encore ? Les statistiques étaient formelles, les sociologues catégoriques, les médias à la ramasse, la ruralité était un concept aussi dépassé que le Solex et la brillantine. Les sociétés modernes se projetaient dès lors, loin des fenaisons d’antan et des comices agricoles, de l’école communale et du Gaffiot. Rappelons pour mémoire que tous ces experts patentés n’avaient pas vu arriver les « Gilets Jaunes », ils ne verront pas non plus des colonnes de C15 se diriger gaiement vers les Champs-Élysées et croiser le fer sur les pistes cyclables au milieu des taxis électriques et des vélos-cargos muletiers. L’aveuglement des « élites » (peut-on encore les qualifier ainsi ?) est une maladie incurable qui tient autant du déni que de l’incapacité physique à voir le réel. Je ne dis pas le comprendre, l’analyser ou y répondre par des actes, seulement le discerner dans la brume technocratique, constater les peurs et les errances de tout un peuple perdu, salement lâché, accepter l’état d’hébétement d’une population arrivée à son terme, à bout, ne croyant plus en rien et n’attendant plus rien. Et pourtant, il suffisait de se promener un peu partout sur notre territoire, en dehors des autoroutes et des rails TGV, en empruntant les remplaçants du « Corail » et en privilégiant les routes bordées de platanes. Et là, stupeur et tremblement, d’année en année, leur nombre s’est multiplié. La tache avec ou sans accent circonflexe sur le a grossissait à vue d’œil. Car leur prolifération ne faisait pas plaisir aux puissances marchandes, elle était même perçue comme une menace à la virtualité et à la technologie-reine. Un frein à la compétitivité et à l’obsolescence programmée. En somme, un méchant retour en arrière. Loin des oukases et des instances extraterritoriales, les Citroën C15 fédéraient les inadaptés, les reclus, les passifs du progrès. Elles faisaient corps. Au début, il n’y avait que quelques réfractaires au bonheur lyophilisé, des chasseurs et des pêcheurs, des artisans en pré-retraite et des exfiltrés des Domaines pour succomber au charme débonnaire et rustique de cet utilitaire léger produit principalement dans la péninsule ibérique entre 1984 et 2006. Une lame de fond s’est emparée de nos départements sans haine ni violence, du Finistère à la Moselle, des Ardennes aux Pyrénées-Orientales. Les réseaux sociaux en sont babas. Plus ou moins fatiguées, dans leur jus mais vaillantes, la carrosserie grignotée et la mécanique sonore, les cicatrices du temps apparentes, les C15 sont nées au siècle dernier en plein tournant de la rigueur, Fabius était alors Premier ministre et Léo Ferré chantait à l’Olympia.

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De la raillerie à l’affection, il n’y a qu’un tour de clé. Rouler avec cet objet solide et résistant, c’est l’adopter. Les C15 sont alors devenues un visage familier des marchés de primeurs et des chemins boueux. La météo ne semble pas les atteindre, ni les accabler. Elles affrontent l’hiver en Balagne et les étés chauds du Gard. Dans un climat déglingué, face à une classe politique défaite, dans un pays à la dérive, elles sont là. Indestructibles et chaleureuses. Populaires et angéliques. Rabelaisiennes et charpentées. Logeables et corvéables à merci. Elles nous redonnent un peu d’espoir. Elles ne trichent pas sur leur CV et leurs immenses mérites. On peut compter sur elles en cas de coup dur ! Leur persévérance, leur frugalité, leur sens du partage les rendent belles dans les yeux des Français à la recherche d’un amour éternel. Les Français en ont assez des promesses. Elles nous rappellent le sens des priorités : transporter à moindre frais, sans chichis et sans prêchas. Elles permettent de rouler économiquement et sans supporter des coûts excessifs de réparation. Elles conquièrent ainsi chaque jour de nouvelles cibles comme disent les marketeurs, leur cote grimpe. On se les arrache sur le marché de l’occasion. Elles ont même une mission pacificatrice, elles peuvent, par leur entremise miraculeuse, réconcilier des profils éloignés. Leur arc de la raison court des conservateurs aux antisystèmes, elles dessinent une autre France, celle du labeur, du coup de main et d’une indépendance d’esprit. Toutes les radicalités convergent aujourd’hui vers cette automobile déclassée qui arbore les chevrons victorieux comme un signe de réappropriation de notre destinée.

Tendre est la province

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Malades, go home!

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À six jours du très risqué vote de confiance réclamé par François Bayrou, le gouvernement a sorti de son chapeau un thème qui fait battre le cœur de la droite et de nombreux électeurs : il envisage de « réajuster » — comprenez restreindre — les soins couverts par l’Aide médicale d’État, ce fameux dispositif réservé aux clandestins. Analyse.


Le gouvernement veut réformer l’AME par décret. Il était temps. Après une tentative avortée en 2024, Bruno Retailleau avait promis la réforme de ce dispositif réservé aux immigrés clandestins en janvier. Six jours avant la chute programmée du gouvernement, Bayrou envoie dans les tuyaux quatre décrets durcissant mollement ce système unique. Un des plus généreux au monde, il coûte seulement 1,2 milliards mais contribue à l’attractivité migratoire.

Certains soins exclus

Deux textes concernent la gestion administrative (par exemple, on exigera désormais des pièces d’identité avec photos). Deux autres décrets restreignent l’accès en instaurant la prise en compte du revenu du conjoint, ou en excluant certains soins comme le traitement des oreilles décollées et la balnéothérapie.

Donc, jusque-là, un étranger en situation irrégulière pouvait se faire payer une balnéothérapie en présentant des papiers bidon. D’accord, c’est une caricature. Il n’est pas sûr qu’il y ait vraiment eu des cas de balnéothérapie, et, d’après Le Point, on ne décompte que 35 décollements – ce qui fait 70 oreilles. Autre innovation : l’accès à certains soins est soumis à une durée minimale de présence. Plus vous restez (illégalement), mieux vous êtes soigné. Curieux message, mais passons… Au final, l’économie est estimée à environ 400 000 euros annuels. Peanuts. C’est peut-être symbolique, mais cela va dans le bon sens.

A lire ensuite, Raphaël Piastra: OQTF: la France, championne du surplace

Tapage politique

Reste que la ficelle est un peu grosse. Des «mesures financièrement dérisoires mais politiquement tapageuses », résume Le Point[1]. Si l’on ajoute à cela la dissolution de l’Institut Européen des Sciences Humaines, sévissant depuis une trentaine d’années près de Château-Chinon[2], on pourrait dire que François Bayrou tente de cajoler le RN et LR, comme s’il espérait sauver sa tête avec quelques mesurettes qu’il aurait dû prendre depuis des mois. Il avait jusque-là préféré soigner son centre plutôt que sa droite… Et ignoré les attentes de ces millions d’électeurs qui pensent et à raison que la France fabrique sa propre destruction, en accueillant trop et en accueillant n’importe qui, sans se demander si les arrivants contribueront positivement à la société – on pense au Tunisien de Marseille en situation parfaitement légale.

Immigration : la prudence partout ailleurs en Europe

Au même moment, la Première ministre danoise Mette Frederiksen refuse l’accueil de tout Gazaoui. Pourquoi ? Par le jeu de la démographie et du regroupement familial, les quelques dizaines de ressortissants accueillis il y a trente ans dans son pays sont maintenant des milliers et pour l’essentiel ne travaillent pas.

De son côté, l’Allemagne expulse des déboutés du droit d’asile et des étrangers condamnés.

Enfin, en Grande-Bretagne, alors que des forêts de drapeaux envahissent les rues[3], le Premier ministre travailliste Keir Starmer lance la réforme du regroupement familial. Il est vrai qu’il y a eu en Angleterre de véritables ratonnades, sur fond de crimes commis par des immigrés et de mensonges gouvernementaux. Cela ne se passe pas chez nous, tant mieux.

Au diable toutes ces chicayas politiques qui commencent à ennuyer tout le monde: les Français ne sont pas racistes, ils ne veulent simplement pas être étrangers dans leur pays, devenir culturellement minoritaires. Avec notre gauche folle et notre droite molle, on n’est pas rendus.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale de Patrick Roger


[1] https://www.lepoint.fr/societe/ame-le-tres-symbolique-coup-de-poker-de-francois-bayrou-03-09-2025-2597743_23.php

[2] L’institut qui formait des imams était dans le viseur de Bruno Retailleau depuis le fameux rapport sur l’emprise des Frères musulmans en France déclassifié en mai NDLR

[3] À ce sujet, relire https://www.causeur.fr/starmer-face-a-la-revolte-des-drapeaux-raise-the-colours-migrants-315487

L’an prochain à Jérusalem?

Antisémitisme d’atmosphère, intimidations, agressions, attentats islamistes… les menaces qui pèsent sur les Français juifs sont nombreuses et alimentées par l’extrême gauche qui nazifie les « sionistes » depuis le 7-Octobre. Conséquence : beaucoup de juifs fuient la France pour Israël malgré les difficultés d’intégration.


Les juifs ont-ils un avenir en France ? Il y a encore quelques années, une telle question pouvait paraître absurde. Mais aujourd’hui, à l’heure où l’antisémitisme est redevenu dans notre pays un levier politique puissant, elle se pose de façon pressante.

Pour y répondre, Dov Maïmon, conseiller du gouvernement israélien, et Didier Long, théologien spécialiste des liens entre judaïsme et christianisme, ont rencontré durant des mois de nombreux acteurs de la communauté juive de France, mais aussi des politiques, des policiers, des figures du renseignement ainsi que des juges antiterroristes. Ils ont aussi compilé toutes les statistiques disponibles.

Le résultat de leur enquête n’est guère enthousiasmant. Mais comme le rappelle Maïmon, citant Billy Wilder, le réalisateur américain de Certains l’aiment chaud, à propos des juifs d’Europe avant la Shoah : « Les optimistes ont fini à Auschwitz, les pessimistes à Hollywood. » Le décor est planté.

Matière explosive

Premier constat : dans la France du xxie siècle, ce sont des leaders soi-disant « antifascistes » qui sont les plus prompts à manipuler la matière explosive de l’antisémitisme. Deuxième constat : la haine contemporaine envers les juifs a été régénérée par les préjugés qui circulent abondamment dans la communauté musulmane. Troisième constat : ces préjugés ont été renforcés par le narratif mensonger – et rassembleur au-delà de la seule rue arabe – selon lequel la barbarie du 7-Octobre constitue une réponse logique à une « colonisation ». « Comme tout immigré est censé descendre d’ancêtres victimes de la violence coloniale, sa propre violence ne peut être conçue que comme une réaction légitime à l’oppression, explique Didier Long. Dans ce cadre, se dresser contre l’antisémitisme en France, c’est se moquer de la souffrance des enfants palestiniens et soutenir le colonialisme. »

Résultat, la propagande portraiturant les juifs en nazis a porté en France ses fruits au-delà même des attentes des extrémistes qui l’ont imaginée. Pire encore, elle est devenue également nécessaire à la survie politique de la gauche et du centre. Si les partis progressistes changeaient miraculeusement de discours et osaient nommer les véritables causes de l’antisémitisme, une partie de leur électorat les répudierait au nom d’un pseudo-antiracisme acoquiné au déni (vous stigmatisez les musulmans et oubliez les enfants de Gaza), et une autre comprendrait que leur silence coupable s’explique par le clientélisme électoral. Conclusion de Didier Long : « Les juifs doivent donc être coupables pour qu’Emmanuel Macron et une partie du spectre politique puissent rester innocents. »

A lire aussi, Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

Dans leur enquête, les auteurs montrent aussi qu’en France le ressentiment communautaire s’exerce surtout dans un sens, et que ce sont les juifs – visés par 68 % des agressions racistes recensées en 2024 – qui en sont les principales victimes. En 2018, ils encouraient déjà 25 fois plus de risques d’être agressés que des musulmans. Depuis deux ans, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur, ce risque est 72 fois supérieur. Cette vertigineuse inflation explique pourquoi plusieurs experts du renseignement et de la sécurité redoutent un 7-Octobre dans notre pays.

Le viol d’une fillette juive à Courbevoie en juin 2024 résonne à cet égard comme une terrible alerte. « Le Hamas n’est pas vu par les anti-juifs comme monstrueux, mais comme puissant, estime Didier Long. Son inhumanité fascine. C’est pourquoi une enfant juive de 12 ans a été violée au nom de la Palestine par des camarades de son âge. Ils obéissaient à un modèle. Le problème c’est que leurs références sont des terroristes et leur chemin initiatique, le crime contre l’humanité du 7-Octobre. »

Avenir cauchemardesque

Autre menace : les islamistes sortis de prison ou en passe d’en sortir. À ce jour, 486 sont déjà libres. Et 371 sont encore détenus, dont certains qui présentent des profils particulièrement dangereux. Cela sans compter le retour du Proche-Orient des femmes affiliées à Daech ou à Al-Qaïda et de leurs enfants. Un avenir qui promet bien des cauchemars.

Voilà pourquoi l’« alya », l’immigration en Israël, est dans l’esprit de tant de juifs de France. Dov Maïmon suit justement les dossiers de ceux qui franchissent ce pas. Selon lui, la première déconvenue que beaucoup rencontrent survient quand ils se rendent compte que l’État hébreu n’a pas un modèle aussi redistributif que notre pays : « Israël est une société qui compte beaucoup sur la débrouillardise de ses habitants, les aides sont rares. Pour un Français juif de milieu populaire, dont 30 à 40 % du revenu est issu de l’aide sociale, le départ peut s’avérer matériellement impossible. » Autre point d’achoppement : le travail. « Difficile de trouver sa place quand on exerce une profession liée à sa langue d’origine, indique Maïmon. Si en France, votre seule compétence est administrative ou réglementaire et que vous ne parlez pas l’hébreu, vos connaissances auront peu de valeur en Israël. Tandis qu’un boulanger ou un ingénieur sont toujours utiles, où qu’ils aillent. »

Exode inquiétant

Ceux pour qui la transplantation fonctionne le mieux sont les plus jeunes, qui viennent en majorité avec le projet de vivre leur judaïsme. Célibataires, ils ont pour la plupart (70 % des cas) un profil traditionaliste. Les 30 % restants sont au contraire des juifs très sécularisés, avec une forte proportion de LGBT. Viennent ensuite les familles avec de jeunes enfants. C’est souvent à travers leur progéniture que l’assimilation est facilitée. Le retraité aisé représente aussi un cas fréquent, mais souvent en s’organisant une vie à cheval entre la France et Israël. La situation est en revanche plus délicate pour ceux qui émigrent entre 35 ans et 65 ans : une fois sur place, la dépendance aux seuls réseaux francophones locaux et les difficultés en hébreu rendent l’intégration très compliquée.

Depuis l’an 2000, 51 455 Français juifs se sont ainsi installés en Israël, formant le premier contingent d’immigrés des nations occidentales. Tous les Français devraient s’inquiéter de cet exode. Car les juifs sont souvent les premiers sur la liste, mais jamais les derniers. Ceux qui les ont nazifiés n’en pensent pas moins au sujet des autres Occidentaux. Derrière l’accusation de colonialisme, s’instruit le genre de procès en inhumanité qui prélude au massacre. Alors si les juifs sont le canari dans la mine, nous devrions commencer à nous alarmer : depuis le 7 octobre 2023, le canari ne chante plus et le désastre arrive.

La Fin des juifs de France ? Didier Long et Dov Maïmon, Le Cherche midi, 2025. 208 pages.

La Fin des Juifs de France ?

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Lady Bail

La travailliste Rushanara Ali contrainte de démissionner du gouvernement britannique, pour une raison plutôt cocasse


C’est une pratique peu glorieuse, quoique parfaitement autorisée. Au Royaume-Uni, les bailleurs de logement ont parfois recours à une méthode un rien sournoise quand ils veulent profiter de la hausse des prix de l’immobilier et encaisser des loyers plus élevés. Le plan se déroule en deux étapes.

Tout d’abord il s’agit de se débarrasser du locataire en place, en lui notifiant qu’on a l’intention de vendre l’appartement ou la maison habitée par celui-ci. Puis, une fois les lieux vidés, il suffit de changer d’avis, comme la loi le permet, et de se mettre en quête d’un nouvel occupant prêt à payer plus cher. Cet été, on a appris que la députée travailliste de Bow, à l’est de Londres, Rushanara Ali, avait employé cet efficace stratagème pour doper le revenu que lui procure un bien dont elle est propriétaire dans sa circonscription. En novembre dernier, elle a donné congé à ses quatre colocataires, qui arrivaient en fin de bail. Une fois leur départ acté, prétextant ne pas arriver à trouver acheteur, la jeune femme a remis le logement sur le marché locatif pour 4 000 livres par mois, contre 3 300 auparavant. Seul hic : Rushanara Ali, première femme d’origine bangladaise à siéger au Parlement britannique, était, quand elle a eu recours à cette ruse quelque peu hypocrite, la sous-ministre… des sans domicile fixe ! Face au tollé des associations de défense des mal-logés et aux railleries cruelles de l’opposition, la diplômée d’Oxford n’a eu d’autre choix que d’annoncer sa démission du gouvernement le 7 août en rappelant toutefois, à juste titre, qu’elle n’avait commis aucune infraction. Pas sûr qu’elle trouve beaucoup de soutiens dans ses rangs.

La très remuante Jess Barnard, figure de la nouvelle génération woke dans le comité national du Parti travailliste, suggère même à présent qu’Ali rende carrément son mandat à Westminster.

« Le moment semble opportun pour affirmer que les députés du Labour ne devraient pas être des bailleurs immobiliers et que les bailleurs immobiliers ne devraient pas être députés du Labour », a-t-elle déclaré dans un tweet partagé des centaines de milliers de fois.

Jean-Marc Jancovici, l’apôtre du déclin

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Jean-Marc Jancovici à la nuit de l'Ecologie Les Républicains, Paris, 10 octobre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Toute notre économie reposerait sur le pétrole, soutient l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. Et comme cette source d’énergie va bientôt venir à manquer, prévient-il, il faut inévitablement se préparer à contracter l’économie. Contrairement à ce qu’il prétend, loin de se contenter de décrire ce scénario de déclin, Jancovici s’en fait aussi le promoteur. Analyse.


Jean-Marc Jancovici s’est imposé, ces dernières années, comme l’un des commentateurs les plus écoutés des questions climatiques et énergétiques. Ingénieur, spécialiste de l’empreinte carbone et cofondateur du cabinet Carbone 4, il jouit d’un crédit technique indéniable. À travers ses conférences et ses interventions médiatiques, il martèle inlassablement le même message : toute notre économie repose sur les énergies fossiles et, plus particulièrement, sur le pétrole, dont la disponibilité future est gravement menacée.

Partant de cette dépendance structurelle, il soutient que la baisse de l’approvisionnement pétrolier conduira inévitablement à une contraction de l’économie. Selon lui, le lien entre énergie et croissance est en effet direct et mécanique : sans apport croissant d’énergie, il ne peut y avoir de croissance du PIB. Ce raisonnement le conduit à rejeter l’idée même d’une croissance verte, qu’il assimile à une illusion technophile. Il appelle donc de ses vœux une réorganisation profonde de nos sociétés, autour de la sobriété et de la relocalisation.

Mais à écouter Jancovici, on a parfois l’impression d’entendre plus un prédicateur qu’un ingénieur. Il ne se contente pas d’expliquer une dynamique possible : il annonce un châtiment. Fin de l’abondance, fin de la mobilité, fin du confort. Comme les prophètes de l’Ancien Testament, il promet le chaos à ceux qui refuseraient de changer de voie. Son discours, tout en se réclamant de la rationalité, épouse ainsi une rhétorique eschatologique : celle d’une apocalypse énergétique inévitable, dont nous ne pourrons, au mieux, qu’adoucir les affres.

Des projections discutables

Malgré ce ton, il ne faudrait toutefois pas rejeter en bloc le diagnostic de Jancovici. Oui, notre civilisation moderne repose encore massivement sur les énergies fossiles. Oui, la quantité d’énergie disponible conditionne en grande partie notre niveau de vie matériel. Et oui, la substitution rapide de ces énergies par des sources bas-carbone reste techniquement et politiquement difficile. En ce sens, son travail de pédagogie sur l’ampleur du défi mérite l’attention. Il rappelle utilement que l’énergie n’est pas un détail parmi d’autres dans l’économie, mais bien l’un de ses fondements invisibles.

Pour autant, ce constat devient plus contestable quand il se transforme en certitude rigide en ce qui concerne l’avenir. Jancovici postule ainsi une relation fixe et linéaire entre l’énergie et le PIB, comme si l’un croissait ou déclinait exactement en fonction de l’autre. Or, cette relation est plus complexe. Plusieurs pays développés, notamment en Europe, montrent déjà des signes d’un découplage  absolu entre croissance économique et consommation d’énergies fossiles (même en prenant en compte les émissions importées), grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique, à la tertiarisation de l’économie et au développement de sources d’énergie bas-carbone. Bien sûr, ce découplage n’est ni généralisé ni complet, mais il est suffisant pour bousculer les affirmations de Jancovici.

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Son raisonnement devient tout aussi fragile lorsqu’il s’appuie sur l’imminence supposée d’un « pic pétrolier ». Cette pénurie a déjà été annoncée à plusieurs reprises depuis les années 1970 – souvent avec une grande assurance –, sans jamais se concrétiser. Certes, le pétrole est plus difficile à extraire de nos jours qu’auparavant. Pour autant, de nouvelles techniques, comme le forage offshore ou les pétroles non conventionnels, ont repoussé les échéances. Pendant combien de temps ? Difficile d’avoir des certitudes à ce sujet. Aussi peut-on s’interroger sur ce qui pousse Jancovici à croire si fermement à son pic pétrolier.

Le désir inavoué du déclin

Dans ses discours, saturés de supposées contraintes physiques, Jancovici martèle que le progrès appartient au passé et qu’il faut désormais se préparer à la contraction de l’économie. Se faire le héraut de ce fatalisme n’est toutefois pas anodin, dans la mesure où il est performatif. En décrivant avec autorité un chemin inéluctable, il dissuade d’en explorer les alternatives. Jancovici en est probablement conscient car, sans trop le dire, il semble plus souhaiter cette issue que la redouter.

Cette inclinaison transparaît en effet lorsqu’il affirme que la croissance verte est une illusion, au motif qu’il ne serait pas possible d’augmenter les flux matériels sans accroître les nuisances environnementales. Or ce pseudo-principe, qu’il présente comme une loi naturelle, relève en réalité d’une idéologie : celle qui estime que la nature ne peut être que dégradée par l’intervention humaine. Pourtant, quand on transforme une forêt en champ agricole, on ne nuit pas à l’environnement : on le rend plus nourricier.

De nombreuses transformations environnementales ont ainsi accru la qualité de la vie humaine. L’assainissement des marais, la maîtrise des cours d’eau ou encore l’exploitation de ressources minérales ont permis de prévenir des épidémies, d’éviter des inondations, de développer des infrastructures durables. Même une mine, loin d’être une blessure dans le paysage, peut constituer la condition de technologies médicales, de réseaux électriques ou de mobilités propres. Tout flux matériel, à l’encontre de ce que soutient Jancovici, n’est donc pas une nuisance.

Mais, pris par son aversion pour tout ce qui pourrait affecter l’environnement, il se méfie de ce qui en donne les moyens à l’humanité. D’où son désir inavoué d’un prochain pic pétrolier. Sinon, pourquoi rejette-t-il la fusion nucléaire ? Il la perçoit en effet non comme une chance – celle de disposer d’une énergie abondante et bas-carbone –, mais comme une « catastrophe absolue » puisqu’elle permettrait, à une échelle inégalée, de modifier davantage notre environnement ou, comme il le dit, de « détruire les montagnes » ! Ainsi, pour Jancovici, toute puissance accrue devient une menace, toute innovation un risque, toute ambition technique une fuite en avant. Derrière les courbes et les formules, c’est donc une profonde défiance envers l’humanité qui affleure : Jancovici craint que nous modifiions trop la nature.

Un imaginaire réactionnaire

Pour prévenir cette orientation, il appelle à la sobriété, derrière laquelle se profile une sorte de retour en arrière : moins de mobilité, moins d’échanges, moins de confort – une vie recentrée sur le local, la frugalité et l’ordre. Autrement dit, Jancovici nous incite à accepter un monde de contraintes, dans lequel l’innovation ne joue plus qu’un rôle marginal. Sous couvert de nécessité énergétique, il porte ainsi, en creux, un projet conservateur : contrôle des comportements, discipline collective, renoncement à toute ambition de transformation du monde. La politique n’y est plus un moteur de changement et d’émancipation, mais un simple gardien des bornes.

Cette tentation du contrôle se manifeste jusque dans ses propositions concrètes, comme celle qu’il n’ose présenter ainsi tant il est lui-même effrayé par sa radicalité, mais qui en est bien une et qui consiste à limiter le nombre de vols en avion à quatre par individu sur l’ensemble de sa vie. Derrière l’apparente logique comptable, on retrouve une vision normative du monde : celle où les comportements doivent être rationnés d’en haut, pour restreindre tous ceux qui auraient la velléité de vivre « trop ». Peu importe que les voyages servent à élargir les horizons, à nourrir la curiosité, à relier les peuples : ce qui compte, c’est qu’ils n’affectent pas trop l’environnement. Cette obsession pour le quota, le plafond et la pénitence traduit plus la nostalgie d’un monde immaculé que le désir d’une nouvelle société, plus riche, plus dynamique et plus entreprenante. On ne cherche plus à transformer le monde, mais à s’y faire tout petit.

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La même logique s’applique à son rejet de l’intelligence artificielle. Quand d’autres y voient une opportunité de démultiplier nos capacités – en modélisation, en optimisation ou en innovation technologique – Jancovici y voit un gadget inutile, une distraction pour technophiles déconnectés. Selon lui, elle se résume à consommer de l’énergie, à capter des ressources et à nourrir des rêves hors sol. Elle est donc suspecte. Mais cette posture ne fait que révéler sa méfiance idéologique envers tout ce qui pourrait ouvrir de nouveaux horizons.

Il faut en effet bien comprendre que les perspectives que met en avant Jancovici ne relèvent d’aucune nécessité. Par exemple, au regard de la débauche d’énergie qui a accompagné son développement ces deux derniers siècles, il est compréhensible de s’interroger sur une éventuelle limite des ressources. Mais il ne faut pas pour autant oublier que ce n’est jamais le manque de ressources qui a freiné les sociétés dans le passé ; c’est l’ignorance. Or la connaissance n’a, potentiellement, pas de limite. Il se pourrait donc que, grâce à son ingéniosité, l’humanité réussisse à relever les défis énergétiques auxquels elle sera confrontée dans le futur. Bien sûr, rien n’est certain. Mais autant il serait imprudent de considérer comme acquis que notre société va réussir à se développer pendant encore des décennies, voire des siècles, autant il est déraisonnable d’affirmer de façon catégorique qu’un déclin imminent est notre destin.

C’est à ce propos que l’influence de Jancovici dans notre société devient réellement problématique. En se posant en expert lucide, Jancovici ferme le débat sur l’avenir quand il faudrait l’ouvrir. En prétendant qu’il n’y a pas d’alternative à la contraction de notre économie, il disqualifie toute tentative de penser autrement notre avenir énergétique et technologique. À force de prétendre vouloir prémunir la société contre les illusions du progrès, il l’enferme dans l’illusion inverse : celle d’un déclin inéluctable. Mais notre époque a-t-elle vraiment besoin d’un apôtre du déclin ?

Jour de fête à Royère-de-Vassivière

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Sous sa capuche, Victor Speck affirme avoir été la cible d'une agression raciste le 15 août. Il est soutenu par des militants venus en renfort dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux appelant à en découdre. Mais l'affaire serait en réalité beaucoup plus banale. DR.

Dans la Creuse, l’extrême gauche locale transforme une rixe de village alcoolisée en prétendue «chasse au nègre» raciste.


La Creuse est le département le moins peuplé de France. 115 529 habitants au recensement 2022. Sa préfecture, Guéret, ne compte que 12 814 âmes. Le département ne compte qu’une seule circonscription.

On aura compris que, vue des hauteurs parisiennes où sévit la technocratie d’État, la Creuse n’est que quantité négligeable, une sorte de néant territorial dont, par ailleurs, il n’est pas certain que ces Messieurs et dames des instances dirigeantes sachent le situer avec précision sur la carte. Quantité négligeable et donc négligée. Car s’il y a en France des « territoires perdus de la République », certains quartiers, certaines périphéries de grandes villes, il y a aussi, en moins visibles et moins tapageurs, ce qu’on pourrait appeler « les territoires méprisés de la République. » C’est ce que le mouvement des gilets jaunes – canal historique s’entend – s’efforçait de dénoncer avant de se voir récupéré, dénaturé et détourné par l’engeance mélenchonienne et crypto révolutionnaire de l’ultra-gauche. Forme dénaturée et détournée qui, au demeurant, sert aujourd’hui de faux-nez à cette même ultragauche pour la grande bordélisation de rue promise le 10 de ce mois. Les gilets jaunes, les vrais vrais, se laisseront-ils abuser ? Faisons confiance au bon sens des vrais gens…

Duel politique au sommet du plateau de Millevaches

En fait, l’impéritie, l’incurie d’État ayant créé ici – comme ailleurs – un vide, d’autres, bien entendu, s’emploient à l’occuper. Qui s’en étonnerait ?

Ces autres : l’extrême gauche LFI, son entrisme, son activisme créolisateur, selon le catéchisme professé par son gourou et grand manitou. Celui-ci n’a-t-il pas honoré de sa rayonnante présence un rassemblement à Gentioux-Pignerolles devant le monument – national – aux morts pacifistes (sic). La députée LFI du département Catherine Couturier l’accompagnait (Les informations qui me permettraient de préciser si ledit gourou eut ou non, en ce jour solennel, la bonté de guérir les écrouelles me manquent. Je prie les lecteurs de m’en excuser).

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Cette députée LFI – investie Nupes – fut battue aux législatives post dissolution de 2024. Elle a donc dû céder son siège au jeune député Union des Droites pour la République Bartolomé Lenoir dont l’une des premières actions à la Chambre aura été d’alerter le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau sur l’infiltration extrémiste dans son département et ses dangers.

Infiltration qui connut, pourrait-on dire, une très douteuse heure de gloire lors de la dernière fête du 15 août au village de Royère-de-Vassivière. La région est pourtant charmante, avec « un petit air de Canada » se plait-on à faire valoir. Nous sommes au plateau de Millevaches, autrement dit des mille sources, et tout près du lac de Vassivière. Quant au bourg concerné, il semblait jusqu’alors raisonnablement paisible, et le rendez-vous traditionnel du 15 août, où tout le monde se rassemble dans la bonne humeur, était jusqu’à cette année un jour de fête que n’aurait certainement pas désavoué le cinéaste Jacques Tati à son meilleur.

Mais l’ultra gauche veillait !  

Et l’on assiste alors à la parfaite illustration de ce qu’est la stratégie subversive des mouvements et groupuscules révolutionnaires, la récupération et l’exploitation de ce qui ne pourrait être qu’un incident pour l’ériger en fait politique signifiant et en faire un motif de lutte ouverte.

En vedette, ce 15 août à Royère, un dénommé Victor Speck, Français haïtien d’origine, fiché comme participant à des manifestations violentes et bien connu des habitants du village pour son sens bien particulier de la convivialité rurale et du vivre ensemble. Avoir balancé une échelle sur un responsable du comité des fêtes et avoir craché sur sa fille, planté sa tente sur un terrain loué par des chasseurs et n’en être parti qu’après maintes prières et, à la fin, la menace de balancer ses affaires dans l’étang… Ce 15 août, « il est accompagné de cinq ou six amis et de l’un de ses chiens », précise le reportage de Valeurs Actuelles1. Le groupe se montrerait plutôt agité toute la soirée : le chien aurait uriné sur les cartons appartement à l’association, larcins de gobelets… Rien de bien terrible, certes, mais quand même de quoi agacer. On en vient à émettre des reproches, à réclamer des excuses. Évidemment le ton monte. Jets de bouteille. Victor aurait lâché un coup de poing qui aurait atterri sur un de ses copains (Il n’y a pas que la police pour commettre des bavures). Bref, à ce stade, on n’en serait guère encore qu’à une embrouille de fin de nouba villageoise. Il est quelque chose comme deux heures du matin.

Mais c’est alors que la stratégie évoquée plus haut se trouve activée.

Victimisation en cinq étapes

Première étape, la victimisation sur fond de racisme. Victor et ses copains affirment avoir été victimes d’une véritable « chasse aux nègres » et essuyé des insultes elles aussi racistes, ce que la loi punit. Dix jours après la fête gâchée, une manifestation de soutien aux “victimes” — non pas les villageois, évidemment, relégués au rang de fachos de service, mais bien Victor Speck et les siens — se tient sur place. Elle rassemble quelque deux-cent cinquante militants venus de tout le plateau. Une dizaine d’entre eux sont cagoulés. Ceux-là prétendront même avoir surpris le salut nazi d’un habitant occupé à « casser la croûte » avec d’autres à une terrasse. En fait, le geste amical adressé à une connaissance (Par chance, ces autochtones attablés et levant leurs verres ne se sont pas aventurés à chanter, sinon ils auraient probablement été accusés d’avoir beuglé Heili Heilo ou Maréchal nous voilà).

Deuxième étape, la presse inféodée s’empare du sujet. Libération, Mediapart, l’Humanité pour qui c’est pain bénit.

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Troisième étape. L’ex députée LFI dépitée d’avoir perdu saisit là l’occasion de se refaire une santé et saisit la balle au bond. Elle fait entrer dans la boucle une avocate parisienne, acquise à la cause et militante – ce qui est son droit – et l’affaire va donc se trouver portée en justice.

Quatrième étape, le 30 août, de Paris, treize militants  se revendiquant membres de Renaissance puissance noire, sorte de survivance de la Ligue de défense noire africaine dissoute en 2021, débarquent au village. Dans une vidéo, aux côtés de Victor Speck au visage dissimulé, le chef lance : «  Nous allons tout faire afin que justice lui soit rendue et nous comptons sur vous afin que l’affaire prenne des proportions internationales pour que les coupables paient. » Les coupables, ils ont été ciblés dès le 26 août dans une déclaration des députés insoumis relayée par les chaînes d’info : «  Une fête de village dans la Creuse se transforme en « chasse au nègre », voici le bilan désastreux de Bayrou et Retailleau. La libération de la parole raciste dans l’espace public et médiatique crée un climat nauséabond dans ce pays. »

Cinquième étape, le Syndicat de la montagne limousine, fortement acoquiné à l’ultra gauche, organise à son tour une fête à Royère. Cela, très probablement dans l’espérance que survienne la sixième étape du processus de manipulation révolutionnaire, le drame, la bavure. Le sang qui coule. Le martyr de la cause. Avec dans la foulée, l’embrasement quasi général.

Qu’on ne se fasse pas d’illusion, la ligne suivie est bien celle-ci. Désormais, il n’est pas un seul coin de France qui ne puisse fournir à cet activisme-là l’étincelle qui mettrait le feu aux poudres. Voilà où nous en sommes. Il faut espérer cependant que ce rendez-vous des plus explosifs soit interdit par les autorités ou qu’il se déroule sans trop de dommages. Cela juste pour que, le week-end suivant, par exemple, Monsieur Dupond-Moretti puisse, en toute tranquillité, tenir à Royère-de-Vassivière une belle conférence pour expliquer aux populations de ce joli coin aux airs de Canada que tout cela, finalement, ne relève que du ressenti.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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  1. https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/derriere-la-fausse-chasse-aux-negres-lultragauche-a-la-manoeuvre ↩︎

Gloire et chute d’Horatiu Potra et des mercenaires roumains d’Afrique

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Horatiu Potra. DR.

La Haute Cour de cassation de justice roumaine vient de déclarer en ce mois d’août que les « mercenaires de Potra » font désormais l’objet d’une enquête pour tentative d’atteinte à l’ordre constitutionnel, non-respect de la législation sur les armes et les munitions, commerce illicite de produits pyrotechniques et incitation publique. Avant de se trouver dans le collimateur de Bucarest, le RALF (Rassemblement des anciens légionnaires français d’origine roumaine) était une unité de mercenaires bien connus en Afrique équatoriale. Récit.


En République démocratique du Congo (RDC) comme à Bucarest, un certain Horatiu Potra, ancien légionnaire français fait beaucoup parler de lui.

Le « processus de Doha » est une initiative diplomatique de Donald Trump dont on parle peu en France. Entamé sous les auspices du président américain il y a environ trois mois dans la capitale qatarie, il réunit autour d’une même table les principaux acteurs de la guerre du Kivu, ce terrible conflit qui ravage l’Afrique des grands lacs depuis plus de vingt ans. Dès le 27 juin, les premiers résultats ont été obtenus avec la signature à Washington d’un traité de paix entre RDC et le Rwanda. Le 19 juillet, c’est le mouvement rebelle M23 qui faisait également un pas important en validant un accord de cessez-le-feu avec le régime de Kinshasa.

Rien ne permet pourtant de dire que l’enfer des combats a pris fin dans la région. Ces derniers jours, on a en effet rapporté une reprise des hostilités. Dans cette zone grande comme deux fois la Belgique et située à l’Est de la RDC, le M23, qui est en position de force, subit à nouveau les attaques sporadiques de milices pro-congolaises. Le niveau de tension reste cependant nettement plus faible qu’en janvier dernier lors de la bataille de Goma. Appuyés militairement par le Rwanda voisin, le M23 avait alors mis en déroute les forces gouvernementales en quelques jours seulement. Au prix d’un bilan humain très lourd : près de 3000 morts, parmi lesquels un grand nombre de civils.

A l’issue de ces effroyables affrontements, l’ONU avait fait une curieuse annonce. On apprenait en effet que des mercenaires roumains, jusqu’alors au service de la RDC, avaient déposé les armes et demandé la protection des casques bleus présents sur place. Après des négociations avec les autorités de Bucarest, très gênées, ces 290 hommes surentraînés, qui n’étaient manifestement pas prêts à mourir pour le Kivu, ont été promptement rapatriés dans leur pays par avion charter via Kigali. Leur nom : les RALF.

On serait tenté de présenter les RALF comme les jumeaux roumains du fameux groupe paramilitaire russe Wagner.  A une nuance près toutefois. Alors que Wagner opère en Afrique, notamment au Soudan, au Mozambique ou au Mali, en coordination étroite avec Moscou, la soldatesque RALF, elle, a des rapports exécrables avec sa mère patrie. Il faut dire que son patron, Horatiu Potra, un quinquagénaire ayant combattu dans sa jeunesse au sein de la Légion étrangère française, est visé par des poursuites judiciaires à Bucarest, où, comme on le verra plus loin, il est soupçonné d’avoir conspiré contre la démocratie.

Se faisant appeler « Lieutenant Henry » – un pseudonyme qui lui vient sans doute de ses cinq années passées sous nos drapeaux -, Potra s’est lancé à son compte dans l’activité de « sous traitance militaire » dès les années 90, après avoir rendu son képi blanc et obtenu une naturalisation française « par le sang versé ».

Selon la légende, il est alors embauché comme chef de la sécurité personnelle de Hamad ben Khalifa Al Thani, l’émir du Qatar. À Doha, il pose les jalons de ce qui deviendra RALF (Roumains ancien de la Légion française), en puisant dans le vivier des centaines d’anciens légionnaires originaires de son pays, comme lui souvent détenteurs d’un passeport français extrêmement recherché car il permet de voyager facilement dans de nombreux pays.

Dès cette époque, les RALF se forgent une certaine notoriété dans le milieu du mercenariat. Mais selon un bon connaisseur, lui-même ancien de la Légion étrangère et citoyen franco-roumain, « ce n’est pas la plus professionnelle des sociétés du secteur », contrairement à ce que laisse penser son prestigieux acronyme. « La débâcle de RALF à Goma en janvier s’explique toutefois par l’absence d’un train logistique qui avait pourtant été promis par Kinshasa », nuance-t-il cependant.

Selon le journaliste roumain Sorin Melenciuc, c’est Paul Barril qui, dans les années 2000, a initié le Lieutenant Henry aux affaires africaines. L’ex-numéro 2 du GIGN était alors une figure reconnue dans le secteur de la sécurité privée sur le continent noir. « Potra ne se vante pas de cette collaboration passée, note toutefois Melenciuc, Il préfère cultiver une image de proximité avec Moscou… même si elle est fausse !  » Une autre source confirme le peu de crédit qu’il faut accorder à la réputation d’agent du Kremlin que le mercenaire roumain se plaît à alimenter lui-même : « Potra est un semi-mythomane, un aventurier vantard, avide d’argent et de reconnaissance, qui espère être aussi connu qu’Evgueni Prigogine, le créateur du groupe Wagner. »

De sérieux indices tendent d’ailleurs à montrer que les activités des RALF ont pu être couvertes dans le passé par au moins une agence d’espionnage roumaine (soit le Service de renseignements internes soit le Service de renseignements externes). Interrogés par le média roumain PressOne, d’anciens employés de Potra ont accrédité cette thèse en affirmant que la douane a longtemps fermé les yeux lorsque, dans le cadre de leurs opérations en Afrique, ils embarquaient ou débarquaient aux aéroports de Sibiu ou Targu Mures, dans le sud de la Roumanie, ce qui leur permettait de transporter autant d’armes et de liquidités qu’ils souhaitaient.

Mais à partir de 2010, la complaisance des autorités roumaines cesse. Potra rentre dans le collimateur de Bucarest. Il est arrêté sur ordre de la DIICOT (Direction roumaine des enquêtes sur le crime organisé et le terrorisme), qui mène des investigations sur un trafic de drogue international de grande envergure. Lors des perquisitions, les policiers découvrent que plusieurs de ses collaborateurs possèdent des armes à feu, des grenades, des munitions et du matériel de surveillance. Si l’enquête finit par innocenter le Lieutenant Henry, elle révèle que la singulière entreprise RALF fonctionne selon des principes paramilitaires.

En 2015, les RALF refont parler d’eux. Un des leurs camarades de combat, un dénommé Iulian Ghergut, est enlevé au Burkina Faso par des jihadistes ralliés à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) alors qu’il travaillait comme vigile armé dans une mine de manganèse détenue par Frank Timis, un homme d’affaires australo-roumain. L’otage ne sera libéré que huit ans plus tard, grâce à l’intervention de Bucarest.

Ce n’est qu’en 2022 que la presse commence à rapporter la présence des RALF à 5000 kilomètres de là, en République démocratique du Congo. Opérant sous le statut officiel – qui ne trompe personne – de formateurs pour l’armée régulière, plusieurs d’entre eux sont tués ou gravement blessés lors de combats auxquels ils participent activement dans la région du Kivu. D’après nos sources, les RALF sont alors payés par la société Agemira, contrôlée par Olivier Bazin, un homme d’affaires franco-roumain proche du régime de Kinshasa.

L’avenir d’Horatiu Potra semble pourtant se jouer désormais en Roumanie. Deux mois avant la prise de Goma, la police l’arrête alors qu’il se rend à Bucarest en compagnie d’une vingtaine d’affidés. On trouve dans leurs véhicules diverses armes à feu et armes blanches ainsi que d’importantes sommes d’argent. Dès qu’elle a vent de l’histoire, les journaux font le lien avec l’annulation des élections présidentielles roumaines prononcée deux jours auparavant par la Cour constitutionnelle, au motif d’une enquête contre le candidat Călin Georgescu, arrivé en tête au premier tour et accusé d’avoir bénéficié d’une ingérence russe massive à travers le réseau social TikTok. Or Potra, qui, rappelons-le, se plaît à faire croire qu’il est en cheville avec Moscou, est décrit par certains médias comme le chef de la sécurité de Georgescu.

Selon Sorin Melenciuc, la réalité est un peu différente. Le chef des RALF ne joue pas le rôle central qu’on lui prête dans l’équipe du candidat pro-russe. « Le véritable responsable de la protection de Georgescu s’appelle Eugen Sechila, assure le journaliste. C’est un ex-sergent-chef des commandos parachutistes de la Légion étrangère, qui a vécu dix ans en Autriche avant de retourner en Roumanie. Potra s’est associé à lui seulement après le premier tour des élections. Personne ne pensait que Georgescu ferait un si bon score. »

Les RALF préparaient-il un coup d’Etat en Roumanie ? Sont-ils au contraire la cible d’une tentative d’intimidation du pouvoir ? Impossible de répondre à ce stade. Mais une chose est certaine: les connexions congolaises de Potra et sa russophilie brandie en étendard pèsent lourd dans son dossier. Tout comme elles continuent d’attirer les candidatures. Nombreux sont encore aujourd’hui les hommes en quête d’adrénaline et d’aventure qui rêvent d’appartenir au groupe RALF. Même incarnée par un soudard aux nombreux déboires, la Légion étrangère n’a pas fini de fasciner.

Gabriel Robin avec l’aimable participation de Sorin Melenciuc

Un personnel politique bien terne pour des temps obscurs

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Ursula Van der Leyen et Emmanuel Macron à Paris, le 4 septembre 2025 © Matthieu Mirville/ZUMA/SIPA

Le retour de l’antisémitisme, très commenté dans la classe politique, à droite, et dans une bonne partie de la presse, apparait comme un nouveau révélateur de la crise française, observe la philosophe et politologue Renée Fregosi.


Tandis qu’en France se profile une nouvelle crise politique, qui devrait éclater le 8 septembre prochain à l’Assemblée nationale lors de la question de confiance au gouvernement, l’ensemble du landerneau politique se perd en calculs mesquins et en manœuvres stériles. Pourtant, des menaces bien plus graves continuent de nous parvenir de toutes parts – Moyen-Orient, Chine, Russie, États-Unis – et surgissent aussi du cœur même de notre société. Mais parce que notre personnel politique, dans son ensemble, se révèle trop médiocre et relâché pour y faire face, il se réfugie dans le déni, les analyses sociologisantes hors-sol ou les visions complotistes. Ce sentiment de délitement, de fuite en avant vers l’abîme, n’est pas nouveau, mais il s’est considérablement aggravé et pèse de manière oppressante depuis plusieurs mois.

La suppression en 2020 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a certes rendu plus difficile et contestable le suivi statistique des crimes et délits, mais la montée de la violence au quotidien – agressions, trafics, attentats – est ressentie directement par la population. Des instituts réputés comme la Fondapol publient régulièrement des rapports alarmants. Comme le rappelait déjà Dominique Reynié en 2022, « à travers l’enjeu de la sécurité, les Français perçoivent le délitement de la souveraineté nationale ». Le narcotrafic qui met en coupe réglée des quartiers entiers, la multiplication des agressions contre les femmes et les personnes âgées, la recrudescence des tentatives d’attentats menées par des individus de plus en plus jeunes, la hausse constante des actes antijuifs – qui ont explosé depuis le 7 octobre 2023 – composent un tableau inquiétant. La montée d’un « nouvel antisémitisme » est d’ailleurs emblématique de la perte de contrôle du politique sur la société.

On parle désormais d’« antisémitisme décomplexé » ou d’« antisémitisme d’atmosphère », comme si le pogrom génocidaire du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, avait légitimé la libération de la parole et des actes antijuifs. De Beyrouth au Caire, de Téhéran à Jakarta, en passant par Tunis, Damas ou Istanbul, mais aussi à New York, Londres ou Paris, des rassemblements se tiennent depuis ce jour funeste aux cris de « Israël assassin » ou du sinistre « Allahu akbar ». Les Juifs, assimilés à des « complices » d’Israël, y sont insultés, discriminés, attaqués physiquement, en France comme en Espagne, aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Royaume-Uni. Le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans et instrumentalisé par l’Iran, est devenu le porte-drapeau de la lutte mondiale contre Israël en particulier, et contre l’Occident en général. Il est désormais présenté comme le héros de la « résistance palestinienne », et même, plus largement, comme un symbole de la lutte contre la prétendue « domination blanche » dans le monde.

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Sous couvert d’une posture soi-disant « équilibrée » renvoyant dos-à-dos Israéliens et Palestiniens, c’est en réalité le narratif pro-palestinien qui domine dans les grands médias et dans une partie de la classe politique. En France, LFI – avec Rima Hassan, Mathilde Panot, Sébastien Delogu ou Danielle Obono – ainsi que les écologistes, en particulier par la voix d’Aymeric Caron, reprennent cette ligne, renouant avec ce qu’August Bebel appelait le « socialisme des imbéciles » pour qualifier l’antisémitisme de gauche. Mais ils ne sont pas seuls : à droite, Dominique de Villepin reste prompt à accuser Israël de tous les maux, et certains élus, par électoralisme, nient ou minimisent l’antisémitisme musulman. Le plus préoccupant reste cependant la complaisance observée au sommet de l’État.

En refusant de participer à la marche nationale contre l’antisémitisme en novembre 2023, au nom d’un prétendu souci de « ne pas diviser les Français », le président de la République a accrédité l’idée que l’antisémitisme pouvait constituer une position politique, présentée comme symétrique de la supposée « islamophobie » dont seraient victimes les musulmans en France. De fait, Emmanuel Macron a ainsi semblé prendre parti pour les musulmans contre les Juifs. Il a réitéré cette faute politique et morale le 9 avril 2025, en annonçant la reconnaissance par la France d’un « État palestinien » – entité encore fantasmatique, sans frontières ni institutions définies – sans poser aucune condition, pas même la libération des otages encore retenus par le Hamas. L’argument avancé, selon lequel ce geste contribuerait à mettre fin à la guerre à Gaza et favoriserait la paix, relève d’une illusion dangereuse.

Une telle position résonne comme une menace à l’égard d’Israël, clairement assumée par ailleurs par le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui a annoncé le 29 juillet que son pays reconnaîtrait la Palestine à l’ONU « sauf si Israël prenait une série d’engagements ». Or, l’histoire récente du Moyen-Orient montre le contraire : c’est en écartant la question palestinienne et en privilégiant les enjeux sécuritaires et économiques que la normalisation avec Israël a progressé, depuis l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994), jusqu’au Maroc, aux Émirats arabes unis et au Bahreïn (2020), et même l’Arabie saoudite, qui, à la veille du 7 octobre 2023, s’apprêtait à rejoindre les accords d’Abraham.

Plutôt qu’un président qui multiplie les polémiques avec Benyamin Netanyahou et l’ambassadeur des États-Unis à Paris, sans parvenir à peser réellement sur les affaires du monde, la France aurait besoin d’un chef d’État digne de respect, déterminé et porteur d’une haute exigence morale. Mais, ailleurs non plus, le monde n’offre guère de modèles : où que l’on regarde, ce ne sont que potentats paranoïaques, régimes corrompus ou faillis, autocrates sans vision, narco-États ou pouvoirs islamistes sanguinaires. Face à ce panorama détestable et dangereux, la question reste entière : comment retrouver le chemin de la démocratie, non seulement comme méthode, mais comme finalité de l’action politique, alors que les responsables eux-mêmes ne sont peut-être, en fin de compte, que le reflet de leurs peuples et de leur époque ?

Dernier ouvrage paru : Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme. Éditions Intervalles 2025.

Sommet de l’OCS à Tianjin: une étape supplémentaire de l’expansionnisme russo-chinois

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Vladimir Poutine, Narendra Modi et Xi Jinping, Tianjin, 1er septembre 2025 © AP/SIPA

Entouré notamment du Russe Poutine et du Nord-Coréen Kim Jong-un, le dirigeant chinois Xi Jinping a présidé hier une grande parade militaire et exhibé toute sa nouvelle force diplomatique. Reste que les pays de l’Organisation de Coopération de Shanghai réécrivent l’histoire. Seule l’Inde, également présente, garde ses distances. «Que le président Xi et le merveilleux peuple chinois passent une excellente journée de célébrations», a écrit de son côté le président américain Trump, avant de se faire railleur: «Veuillez transmettre mes salutations les plus chaleureuses à Vladimir Poutine et Kim Jong Un pendant que vous conspirez contre les États-Unis d’Amérique…»


Front anti-occidental ? Anti-américain ? Ces derniers jours, on cherche à qualifier la séquence diplomatico-médiatique orchestrée par Pékin et ses partenaires les plus proches, dont la Russie de Vladimir Poutine. Elle a débuté en Chine, à Tianjin, dimanche 31 août dernier avec le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et s’est achevée à Pékin hier, en grande pompe, à la gloire des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale… du moins sur son front oriental.

Mauvaise passe pour Donald Trump

La conduite erratique de l’administration Trump en matière de politique étrangère a offert un boulevard communicationnel à l’hôte chinois qui a su chorégraphier les attributs de la superpuissance qu’elle est devenue.

Place Tian’anmen, Pékin, hier.

Cette opération de communication a aussi consisté à transmettre des signaux favorables pour un élargissement du club des pays de l’OCS, composé de dix États fondateurs (dont la Russie et la Chine) et désormais dix-sept pays « partenaires », avec l’entrée toute récente du Laos. Ses différentes déclarations jointes font étalage, sous la forme d’une liste à la Prévert, des points de consensus entre membres pour la construction d’une gouvernance mondiale plus respectueuse et égalitaire, faisant la part belle aux pays en voie de développement (PVD) et les moins avancés (PMA), prétendument délaissés par les pays occidentaux et leurs institutions.

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Mais la signification profonde de cette séquence savamment marketée ne doit pas nous échapper. Car le basculement qu’elle met en scène pose les bases idéologiques d’une confrontation future majeure avec les grandes démocraties, y compris militaire. Dans son discours du 3 septembre tenu à l’occasion d’une parade militaire commémorative, Xi Jinping présente son pays victorieux lors du second conflit mondial dans la lutte contre le « fascisme mondial », une expression utilisée en son temps par l’URSS de Joseph Staline pour désigner le combat « des forces démocratiques et progressistes » contre une idéologie fasciste anti-communiste, incarnée notamment par le camp du social-libéralisme[1]. Le concept de fascisme fournit aujourd’hui aux régimes russe et chinois une référence idéologique commune. Il sert aussi à effacer de la mémoire collective les crimes perpétrés par les régimes totalitaires communistes chinois, soviétique et, accessoirement nord-coréen… jusqu’à aujourd’hui.

Déclaration finale lunaire

Pas un mot en effet sur la guerre d’agression de la Russie dans la Déclaration jointe finale, tandis qu’elle dénonce avec force Israël et les États-Unis pour leur « invasion militaire » en Iran qui, selon le texte, viole « les principes de la Charte des Nations unies, porte atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Iran, compromet la sécurité régionale et internationale et a de graves conséquences pour la paix et la stabilité dans le monde ». Il y aurait ainsi, selon ce narratif, des démocraties coupables de leurs crimes, passés et présents, et d’autres États, leurs victimes, jouissant d’un droit de tirage spécial devant l’histoire, se plaçant au-dessus du droit international et de leur responsabilité devant les peuples.

La rhétorique d’un « fascisme » assimilé au camp libéral reprend les termes de la propagande russe paranoïde voyant dans les élites ukrainiennes une réincarnation imaginaire du nazisme d’hier. Elle fait aussi des émules sur la scène politique taiwanaise où des responsables du parti pro-Pékin, le KMT, ont accusé récemment le parti au pouvoir, le DPP, de « fasciste ». Elle pourrait s’abattre sur toute société démocratique libre.

Par ailleurs, cette entreprise de travestissement de l’histoire peine à dissimuler ses vrais buts de guerre : opérer un double hold-up sur les institutions onusiennes et du multilatéralisme de l’OMC comme autant de marchepieds d’une politique d’expansion planétaire. C’est, en outre, la teneur de la nouvelle proposition chinoise pour une « gouvernance globale » dans laquelle Pékin se présente comme « le plus grand pays en développement du monde » capable de guider le « Sud global » sur la voie de la croissance. On voit se préciser toute l’utilité pratique de l’attelage sino-russe dont l’idéologie commune anti-occidentale sert de bélier pour faire progresser leurs intérêts stratégiques et économiques et, dans le même temps, faire reculer les positions des économies libérales avancées.

Création d’une banque de développement pour l’OCS

L’économie est probablement le domaine d’action où les avancées sont les plus concrètes. A cet égard, le Sommet de Tianjin marque un tournant institutionnel dans le prolongement du sommet précédent de l’OCS, à Astana, au mois de juillet 2024. Il met en œuvre la stratégie de développement économique et financière qui avait été arrêtée. L’organisation tente désormais de faire coïncider les attendus économiques et stratégiques de sa feuille de route globale, quitte à fragiliser l’utilité ou la pertinence de l’aéropage des « BRICS ». Ce qui laisserait à penser que l’OCS est pour leurs fondateurs devenue la seule plateforme susceptible de faire contrepoids aux institutions de Bretton Woods et de réformer l’architecture et les traités de sécurité internationale hérités de l’après Seconde Guerre mondiale. La Chine manifeste déjà clairement sa volonté de mettre en place une réforme des marchés financiers internationaux. L’annonce de la création d’une nouvelle banque rattachée à l’OCS constitue en l’espèce un pas supplémentaire dans cette direction.

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Cependant, pour ce qui concerne les futurs développements de l’OCS, une superpuissance en devenir pourrait ralentir le projet politique et économique emmené par la Chine : l’Inde de Narendra Modi. Alors que Pékin ne cesse d’exhorter l’Europe à mettre en œuvre son « autonomie stratégique » pour la désarimer durablement de l’orbite des États-Unis, elle ne pousse pas l’Inde à développer sa stratégie diplomatique du multi-alignement. Et pour cause : une lecture comparée des comptes-rendus séparés de Delhi et de Pékin au sujet du Sommet de Tianjin fait apparaître le fossé stratégique qui sépare les deux géants asiatiques. Pékin y prône l’avènement d’un monde multipolaire affichant la priorité qu’il accorde à remettre en cause le leadership américain. Mais la diplomatie indienne rectifie la focale du tir en appelant de ses vœux l’avènement, avant toute chose, d’une Asie multipolaire… La gouvernance est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les seules mains chinoises, semble-t-elle suggérer.


[1] A partir du VIème congrès de la Comintern en 1928, la direction stalinienne a promu la thèse selon laquelle la social-démocratie était souvent un « fascisme sous une autre forme » – façonnant une sorte de continuité entre la social-démocratie et le fascisme, les deux étant présentés comme des ennemis du communisme.

Le Hamas, vaincu sur le terrain, triomphant dans les esprits

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Abou Obeida, propagandiste du Hamas, photographié à Gaza en novembre 2019 © Ahmad Hasaballah/ZUMA/SIPA

Exploits, dévoiements et aveuglements. Israël poursuit avec efficacité l’élimination de chefs et de combattants ennemis. Mais la puissance de la propagande du Hamas et la gravité de la crise humanitaire à Gaza relèguent ses succès militaires au second plan.


Le 28 aout, l’armée de l’Air israélienne a mené une attaque ciblée sur un immeuble de la ville de Sanaa, à 2000 km de Jérusalem, tuant entre autres le Premier ministre des houthis, son ministre de la Défense et son chef d’état-major. Même si Abdul Malik al-Houthi, le Guide Suprême incontesté du mouvement houthi ne participait pas à cette réunion, une telle attaque est d’autant plus impressionnante qu’il semble que jusque en 2023, le monde des houthis était quasi inconnu des Israéliens et que ceux-ci ne disposaient même pas de personnels capables de comprendre le dialecte des montagnes du Nord Yemen que ceux-ci utilisaient. On a vu, avec l’affaire des beepers du Hezbollah, l’élimination de Nasrallah et les frappes sur l’Iran l’efficacité des services israéliens. On imagine ce qu’aurait fait l’aviation israélienne si elle avait vraiment reçu des instructions génocidaires…

Trois jours plus tard, le 31 aout, l’armée annonçait l’élimination de Abou Obeida par un bombardement ciblé dans la ville de Gaza. Abou Obeida était cet homme mystérieux, masqué et ganté, au keffieh rouge et blanc, qui depuis la capture de Gilad Shalit en 2006 était le porte-parole militaire du Hamas. Mais il était, disent les experts, bien plus que cela, le responsable de la propagande, l’homme qui décidait des opérations de communication, des slogans à transmettre, des vidéos à monter et à montrer, des cérémonies à organiser. Le Goebbels du Hamas?  Bien sûr, il y a des différences…

Les nazis, avec leur idéologie de suprématisme racial, ne pouvaient a priori recueillir de sympathie que de la part d’Européens se croyant de la même aristocratie aryenne qu’eux. Ils ont su pourtant se créer des alliances bien au-delà de cette frange limitée. 

La haine contre les Juifs a été un excellent ciment, par exemple avec le mufti de Jérusalem, recruteur de la division  musulmane de la Waffen SS et modèle admiré de Hassan el Banna, le fondateur des Frères musulmans, dont le Hamas est la branche palestinienne. Une sorte d’intersectionnalité des luttes avant la lettre conduisant à des alliances baroques sur la base efficace d’une haine commune…

Pour les nazis, même  s’ils prétendaient que leur combat n’était rien d’autre qu’une lutte  contre la diabolique emprise juive, ils étaient trop arrogants pour adopter, même pendant leurs défaites, une posture victimaire. Le Hamas, lui, a fait coup double. 

Mots-mensonge

En diffusant ses massacres du 7-Octobre il a rempli ses militants de fierté. Mais en manipulant médiatiquement la réaction israélienne, il s’est transformé en résistant contre l’oppression et est parvenu à faire du palestinisme la religion anti-impérialiste contemporaine, celle qui remplace le marxisme, le léninisme, le stalinisme, le trotskisme, le castrisme, le maoïsme, tous ces -ismes dans lesquels les parents et grands-parents idéalistes des jeunes d’aujourd’hui avaient baigné et s’étaient parfois précipités tête baissée.

Il fallait au Hamas détourner l’attention du public loin des souterrains qu’il avait construits avec une amplitude gigantesque et qu’il n’avait évidemment pas conçus comme des lieux de protection de la population, et la transférer vers les scènes de destruction extérieure. Il lui fallait faire état de beaucoup de morts dans sa propre population, pour qu’il puisse remporter l’autre guerre, celle que le faible peut gagner contre le fort, la guerre de l’opinion publique, que le régime soviétique et des stratèges militaires avaient déjà théorisée dans le passé et qui a changé le cours de nombreuses guerres comme celle d’Algérie ou du Vietnam.

Grâce à  ses sympathisants compassionnels ou repentants, ou simplement antisionistes, à ses idiots utiles ou ses soutiens soudoyés par son inépuisable tiroir-caisse qatari, le Hamas est parvenu à imposer un discours truffé des mots mensongers de génocide, apartheid, et famine. 

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Goebbels s’est suicidé parce que le Reich s’était effondré. Abou Obeida est liquidé alors que la propagande du Hamas triomphe. Il n’est probablement qu’un symbole, car l’essentiel du travail a été fait dans nos propres pays.

Les rédactions, les services diplomatiques, les agences de l’ONU savaient que le Ministère de la Santé de Gaza qui diffuse les chiffres de mortalité n’est qu’une fiction, que les journalistes gazaouis envoyant leurs reportages à la presse mondiale travaillaient sous le contrôle de Abou Obeida et de ses services, que les employés de l’UNWRA chargés des distributions alimentaires dépendaient du Hamas, que les directeurs des hôpitaux, nommés par le Hamas, étaient parfaitement au courant de l’usage militaire qui en était fait. Les responsables de l’IPC[1] savaient aussi que les statistiques nutritionnelles qui leur ont fait déclarer la famine à Gaza provenaient de chiffres invérifiables préparés par des correspondants qui avaient tout intérêt à les noircir…

Enfants élevés dans la haine

Par idéologie, par émotion, par routine, par intérêt, par négligence, par peur, par ambition, par calcul politique ou par antisémitisme, le discours anti-israélien s’est généralisé, insensible à la vérité. Lorsque Fatah Sharif a été éliminé par une frappe israélienne en septembre 2024, le Hamas lui-même a déclaré qu’il avait perdu son chef au Liban. Il était aussi directeur d’école et responsable du syndicat des enseignants de l’UNRWA dans ce pays, mais aucun pays européen n’a alors arrêté ses subventions à cette organisation, qui porte une lourde responsabilité dans la catastrophe éducative des enfants palestiniens.

Que ce soit  sous la houlette du Hamas ou celle de l’Autorité Palestinienne, les enfants ont été élevés dans la haine depuis leur plus jeune âge. La complaisance de l’UNWRA a été criminelle. Il ne s’agit pas seulement de la haine d’un ennemi conjoncturel, qui pourrait se retourner une fois la paix survenue. Il s’agit d’une haine incrustée dès la plus jeune enfance par une éducation systématique déshumanisant l’adversaire et mettant en avant des impératifs religieux impitoyables et indisputables. Ce n’est pas seulement une haine d’Israël. La célèbre militante palestinienne Ahed Tamimi, 24 ans aujourd’hui, l’a proclamé ces jours-ci à la radio: c’est une haine contre les Juifs en général, celle qui s’exprime dans ce hadith célèbre appelant à l’extermination des Juifs, que le Hamas a inséré dans l’article 7 de sa charte. 

Considérer qu’il s’agit là d’éléments marginaux qui seraient solubles dans la reconnaissance d’un État palestinien, imaginer que la reconnaissance d’un tel Etat aux contours fantomatiques mais à l’idéologie malheureusement explicite serait un atout pour la paix n’est pas seulement une gifle envers les victimes du 7-Octobre. Ce n’est pas seulement la preuve d’une ignorance volontaire de l’histoire des relations israélo-palestiniennes. Ce n’est pas seulement une incroyable méconnaissance de ce qu’est l’Autorité palestinienne, une entité faussement modérée, méprisée et profondément hypocrite. C’est un témoignage de docilité envers une idéologie islamiste qu’on n’ose pas nommer. C’est apparemment le cadeau que prévoit le président de la République à la communauté juive française pour la nouvelle année…


[1] Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) est un outil de référence supposément neutre, employé par les agences des Nations unies et les ONG pour analyser et suivre les situations de malnutrition NDLR.

Citroën C15, les lendemains qui chantent!

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Citroën C15, increvable ! DR.

Dans une rentrée sociale agitée, ce modèle populaire, disparu il y a presque 20 ans de la circulation, est à la fois annonciateur d’une prise de conscience politique et le creuset de tous les réenchantements…


Depuis plusieurs mois, la colère gronde. Comme souvent dans notre pays, c’est loin des villes, dans les campagnes évincées, sur des terres exsangues où les industries ont déserté et où la puissance publique a failli que la cristallisation s’est opérée. Au début, les politologues salonnards sont passés, comme de bien entendu, à côté du phénomène. Les sondeurs manquaient de capteurs sur place ; hors des périphéries actives et des centres décisionnels, une zone blanche s’étalait devant leurs ordinateurs blêmes. Tout un monde jadis organisé en bourgs et en cantons ne répondait plus à aucun signal. Dans cette carte du vide, on pouvait se demander si le cœur de la nation battait encore ? Les statistiques étaient formelles, les sociologues catégoriques, les médias à la ramasse, la ruralité était un concept aussi dépassé que le Solex et la brillantine. Les sociétés modernes se projetaient dès lors, loin des fenaisons d’antan et des comices agricoles, de l’école communale et du Gaffiot. Rappelons pour mémoire que tous ces experts patentés n’avaient pas vu arriver les « Gilets Jaunes », ils ne verront pas non plus des colonnes de C15 se diriger gaiement vers les Champs-Élysées et croiser le fer sur les pistes cyclables au milieu des taxis électriques et des vélos-cargos muletiers. L’aveuglement des « élites » (peut-on encore les qualifier ainsi ?) est une maladie incurable qui tient autant du déni que de l’incapacité physique à voir le réel. Je ne dis pas le comprendre, l’analyser ou y répondre par des actes, seulement le discerner dans la brume technocratique, constater les peurs et les errances de tout un peuple perdu, salement lâché, accepter l’état d’hébétement d’une population arrivée à son terme, à bout, ne croyant plus en rien et n’attendant plus rien. Et pourtant, il suffisait de se promener un peu partout sur notre territoire, en dehors des autoroutes et des rails TGV, en empruntant les remplaçants du « Corail » et en privilégiant les routes bordées de platanes. Et là, stupeur et tremblement, d’année en année, leur nombre s’est multiplié. La tache avec ou sans accent circonflexe sur le a grossissait à vue d’œil. Car leur prolifération ne faisait pas plaisir aux puissances marchandes, elle était même perçue comme une menace à la virtualité et à la technologie-reine. Un frein à la compétitivité et à l’obsolescence programmée. En somme, un méchant retour en arrière. Loin des oukases et des instances extraterritoriales, les Citroën C15 fédéraient les inadaptés, les reclus, les passifs du progrès. Elles faisaient corps. Au début, il n’y avait que quelques réfractaires au bonheur lyophilisé, des chasseurs et des pêcheurs, des artisans en pré-retraite et des exfiltrés des Domaines pour succomber au charme débonnaire et rustique de cet utilitaire léger produit principalement dans la péninsule ibérique entre 1984 et 2006. Une lame de fond s’est emparée de nos départements sans haine ni violence, du Finistère à la Moselle, des Ardennes aux Pyrénées-Orientales. Les réseaux sociaux en sont babas. Plus ou moins fatiguées, dans leur jus mais vaillantes, la carrosserie grignotée et la mécanique sonore, les cicatrices du temps apparentes, les C15 sont nées au siècle dernier en plein tournant de la rigueur, Fabius était alors Premier ministre et Léo Ferré chantait à l’Olympia.

A lire aussi: Bienvenue chez les Routiers!

De la raillerie à l’affection, il n’y a qu’un tour de clé. Rouler avec cet objet solide et résistant, c’est l’adopter. Les C15 sont alors devenues un visage familier des marchés de primeurs et des chemins boueux. La météo ne semble pas les atteindre, ni les accabler. Elles affrontent l’hiver en Balagne et les étés chauds du Gard. Dans un climat déglingué, face à une classe politique défaite, dans un pays à la dérive, elles sont là. Indestructibles et chaleureuses. Populaires et angéliques. Rabelaisiennes et charpentées. Logeables et corvéables à merci. Elles nous redonnent un peu d’espoir. Elles ne trichent pas sur leur CV et leurs immenses mérites. On peut compter sur elles en cas de coup dur ! Leur persévérance, leur frugalité, leur sens du partage les rendent belles dans les yeux des Français à la recherche d’un amour éternel. Les Français en ont assez des promesses. Elles nous rappellent le sens des priorités : transporter à moindre frais, sans chichis et sans prêchas. Elles permettent de rouler économiquement et sans supporter des coûts excessifs de réparation. Elles conquièrent ainsi chaque jour de nouvelles cibles comme disent les marketeurs, leur cote grimpe. On se les arrache sur le marché de l’occasion. Elles ont même une mission pacificatrice, elles peuvent, par leur entremise miraculeuse, réconcilier des profils éloignés. Leur arc de la raison court des conservateurs aux antisystèmes, elles dessinent une autre France, celle du labeur, du coup de main et d’une indépendance d’esprit. Toutes les radicalités convergent aujourd’hui vers cette automobile déclassée qui arbore les chevrons victorieux comme un signe de réappropriation de notre destinée.

Tendre est la province

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Malades, go home!

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DR.

À six jours du très risqué vote de confiance réclamé par François Bayrou, le gouvernement a sorti de son chapeau un thème qui fait battre le cœur de la droite et de nombreux électeurs : il envisage de « réajuster » — comprenez restreindre — les soins couverts par l’Aide médicale d’État, ce fameux dispositif réservé aux clandestins. Analyse.


Le gouvernement veut réformer l’AME par décret. Il était temps. Après une tentative avortée en 2024, Bruno Retailleau avait promis la réforme de ce dispositif réservé aux immigrés clandestins en janvier. Six jours avant la chute programmée du gouvernement, Bayrou envoie dans les tuyaux quatre décrets durcissant mollement ce système unique. Un des plus généreux au monde, il coûte seulement 1,2 milliards mais contribue à l’attractivité migratoire.

Certains soins exclus

Deux textes concernent la gestion administrative (par exemple, on exigera désormais des pièces d’identité avec photos). Deux autres décrets restreignent l’accès en instaurant la prise en compte du revenu du conjoint, ou en excluant certains soins comme le traitement des oreilles décollées et la balnéothérapie.

Donc, jusque-là, un étranger en situation irrégulière pouvait se faire payer une balnéothérapie en présentant des papiers bidon. D’accord, c’est une caricature. Il n’est pas sûr qu’il y ait vraiment eu des cas de balnéothérapie, et, d’après Le Point, on ne décompte que 35 décollements – ce qui fait 70 oreilles. Autre innovation : l’accès à certains soins est soumis à une durée minimale de présence. Plus vous restez (illégalement), mieux vous êtes soigné. Curieux message, mais passons… Au final, l’économie est estimée à environ 400 000 euros annuels. Peanuts. C’est peut-être symbolique, mais cela va dans le bon sens.

A lire ensuite, Raphaël Piastra: OQTF: la France, championne du surplace

Tapage politique

Reste que la ficelle est un peu grosse. Des «mesures financièrement dérisoires mais politiquement tapageuses », résume Le Point[1]. Si l’on ajoute à cela la dissolution de l’Institut Européen des Sciences Humaines, sévissant depuis une trentaine d’années près de Château-Chinon[2], on pourrait dire que François Bayrou tente de cajoler le RN et LR, comme s’il espérait sauver sa tête avec quelques mesurettes qu’il aurait dû prendre depuis des mois. Il avait jusque-là préféré soigner son centre plutôt que sa droite… Et ignoré les attentes de ces millions d’électeurs qui pensent et à raison que la France fabrique sa propre destruction, en accueillant trop et en accueillant n’importe qui, sans se demander si les arrivants contribueront positivement à la société – on pense au Tunisien de Marseille en situation parfaitement légale.

Immigration : la prudence partout ailleurs en Europe

Au même moment, la Première ministre danoise Mette Frederiksen refuse l’accueil de tout Gazaoui. Pourquoi ? Par le jeu de la démographie et du regroupement familial, les quelques dizaines de ressortissants accueillis il y a trente ans dans son pays sont maintenant des milliers et pour l’essentiel ne travaillent pas.

De son côté, l’Allemagne expulse des déboutés du droit d’asile et des étrangers condamnés.

Enfin, en Grande-Bretagne, alors que des forêts de drapeaux envahissent les rues[3], le Premier ministre travailliste Keir Starmer lance la réforme du regroupement familial. Il est vrai qu’il y a eu en Angleterre de véritables ratonnades, sur fond de crimes commis par des immigrés et de mensonges gouvernementaux. Cela ne se passe pas chez nous, tant mieux.

Au diable toutes ces chicayas politiques qui commencent à ennuyer tout le monde: les Français ne sont pas racistes, ils ne veulent simplement pas être étrangers dans leur pays, devenir culturellement minoritaires. Avec notre gauche folle et notre droite molle, on n’est pas rendus.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale de Patrick Roger


[1] https://www.lepoint.fr/societe/ame-le-tres-symbolique-coup-de-poker-de-francois-bayrou-03-09-2025-2597743_23.php

[2] L’institut qui formait des imams était dans le viseur de Bruno Retailleau depuis le fameux rapport sur l’emprise des Frères musulmans en France déclassifié en mai NDLR

[3] À ce sujet, relire https://www.causeur.fr/starmer-face-a-la-revolte-des-drapeaux-raise-the-colours-migrants-315487

L’an prochain à Jérusalem?

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Manifestation contre l’antisémitisme, Paris, 19 juin 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Antisémitisme d’atmosphère, intimidations, agressions, attentats islamistes… les menaces qui pèsent sur les Français juifs sont nombreuses et alimentées par l’extrême gauche qui nazifie les « sionistes » depuis le 7-Octobre. Conséquence : beaucoup de juifs fuient la France pour Israël malgré les difficultés d’intégration.


Les juifs ont-ils un avenir en France ? Il y a encore quelques années, une telle question pouvait paraître absurde. Mais aujourd’hui, à l’heure où l’antisémitisme est redevenu dans notre pays un levier politique puissant, elle se pose de façon pressante.

Pour y répondre, Dov Maïmon, conseiller du gouvernement israélien, et Didier Long, théologien spécialiste des liens entre judaïsme et christianisme, ont rencontré durant des mois de nombreux acteurs de la communauté juive de France, mais aussi des politiques, des policiers, des figures du renseignement ainsi que des juges antiterroristes. Ils ont aussi compilé toutes les statistiques disponibles.

Le résultat de leur enquête n’est guère enthousiasmant. Mais comme le rappelle Maïmon, citant Billy Wilder, le réalisateur américain de Certains l’aiment chaud, à propos des juifs d’Europe avant la Shoah : « Les optimistes ont fini à Auschwitz, les pessimistes à Hollywood. » Le décor est planté.

Matière explosive

Premier constat : dans la France du xxie siècle, ce sont des leaders soi-disant « antifascistes » qui sont les plus prompts à manipuler la matière explosive de l’antisémitisme. Deuxième constat : la haine contemporaine envers les juifs a été régénérée par les préjugés qui circulent abondamment dans la communauté musulmane. Troisième constat : ces préjugés ont été renforcés par le narratif mensonger – et rassembleur au-delà de la seule rue arabe – selon lequel la barbarie du 7-Octobre constitue une réponse logique à une « colonisation ». « Comme tout immigré est censé descendre d’ancêtres victimes de la violence coloniale, sa propre violence ne peut être conçue que comme une réaction légitime à l’oppression, explique Didier Long. Dans ce cadre, se dresser contre l’antisémitisme en France, c’est se moquer de la souffrance des enfants palestiniens et soutenir le colonialisme. »

Résultat, la propagande portraiturant les juifs en nazis a porté en France ses fruits au-delà même des attentes des extrémistes qui l’ont imaginée. Pire encore, elle est devenue également nécessaire à la survie politique de la gauche et du centre. Si les partis progressistes changeaient miraculeusement de discours et osaient nommer les véritables causes de l’antisémitisme, une partie de leur électorat les répudierait au nom d’un pseudo-antiracisme acoquiné au déni (vous stigmatisez les musulmans et oubliez les enfants de Gaza), et une autre comprendrait que leur silence coupable s’explique par le clientélisme électoral. Conclusion de Didier Long : « Les juifs doivent donc être coupables pour qu’Emmanuel Macron et une partie du spectre politique puissent rester innocents. »

A lire aussi, Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

Dans leur enquête, les auteurs montrent aussi qu’en France le ressentiment communautaire s’exerce surtout dans un sens, et que ce sont les juifs – visés par 68 % des agressions racistes recensées en 2024 – qui en sont les principales victimes. En 2018, ils encouraient déjà 25 fois plus de risques d’être agressés que des musulmans. Depuis deux ans, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur, ce risque est 72 fois supérieur. Cette vertigineuse inflation explique pourquoi plusieurs experts du renseignement et de la sécurité redoutent un 7-Octobre dans notre pays.

Le viol d’une fillette juive à Courbevoie en juin 2024 résonne à cet égard comme une terrible alerte. « Le Hamas n’est pas vu par les anti-juifs comme monstrueux, mais comme puissant, estime Didier Long. Son inhumanité fascine. C’est pourquoi une enfant juive de 12 ans a été violée au nom de la Palestine par des camarades de son âge. Ils obéissaient à un modèle. Le problème c’est que leurs références sont des terroristes et leur chemin initiatique, le crime contre l’humanité du 7-Octobre. »

Avenir cauchemardesque

Autre menace : les islamistes sortis de prison ou en passe d’en sortir. À ce jour, 486 sont déjà libres. Et 371 sont encore détenus, dont certains qui présentent des profils particulièrement dangereux. Cela sans compter le retour du Proche-Orient des femmes affiliées à Daech ou à Al-Qaïda et de leurs enfants. Un avenir qui promet bien des cauchemars.

Voilà pourquoi l’« alya », l’immigration en Israël, est dans l’esprit de tant de juifs de France. Dov Maïmon suit justement les dossiers de ceux qui franchissent ce pas. Selon lui, la première déconvenue que beaucoup rencontrent survient quand ils se rendent compte que l’État hébreu n’a pas un modèle aussi redistributif que notre pays : « Israël est une société qui compte beaucoup sur la débrouillardise de ses habitants, les aides sont rares. Pour un Français juif de milieu populaire, dont 30 à 40 % du revenu est issu de l’aide sociale, le départ peut s’avérer matériellement impossible. » Autre point d’achoppement : le travail. « Difficile de trouver sa place quand on exerce une profession liée à sa langue d’origine, indique Maïmon. Si en France, votre seule compétence est administrative ou réglementaire et que vous ne parlez pas l’hébreu, vos connaissances auront peu de valeur en Israël. Tandis qu’un boulanger ou un ingénieur sont toujours utiles, où qu’ils aillent. »

Exode inquiétant

Ceux pour qui la transplantation fonctionne le mieux sont les plus jeunes, qui viennent en majorité avec le projet de vivre leur judaïsme. Célibataires, ils ont pour la plupart (70 % des cas) un profil traditionaliste. Les 30 % restants sont au contraire des juifs très sécularisés, avec une forte proportion de LGBT. Viennent ensuite les familles avec de jeunes enfants. C’est souvent à travers leur progéniture que l’assimilation est facilitée. Le retraité aisé représente aussi un cas fréquent, mais souvent en s’organisant une vie à cheval entre la France et Israël. La situation est en revanche plus délicate pour ceux qui émigrent entre 35 ans et 65 ans : une fois sur place, la dépendance aux seuls réseaux francophones locaux et les difficultés en hébreu rendent l’intégration très compliquée.

Depuis l’an 2000, 51 455 Français juifs se sont ainsi installés en Israël, formant le premier contingent d’immigrés des nations occidentales. Tous les Français devraient s’inquiéter de cet exode. Car les juifs sont souvent les premiers sur la liste, mais jamais les derniers. Ceux qui les ont nazifiés n’en pensent pas moins au sujet des autres Occidentaux. Derrière l’accusation de colonialisme, s’instruit le genre de procès en inhumanité qui prélude au massacre. Alors si les juifs sont le canari dans la mine, nous devrions commencer à nous alarmer : depuis le 7 octobre 2023, le canari ne chante plus et le désastre arrive.

La Fin des juifs de France ? Didier Long et Dov Maïmon, Le Cherche midi, 2025. 208 pages.

La Fin des Juifs de France ?

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La travailliste Rushanara Ali contrainte de démissionner du gouvernement britannique, pour une raison plutôt cocasse


C’est une pratique peu glorieuse, quoique parfaitement autorisée. Au Royaume-Uni, les bailleurs de logement ont parfois recours à une méthode un rien sournoise quand ils veulent profiter de la hausse des prix de l’immobilier et encaisser des loyers plus élevés. Le plan se déroule en deux étapes.

Tout d’abord il s’agit de se débarrasser du locataire en place, en lui notifiant qu’on a l’intention de vendre l’appartement ou la maison habitée par celui-ci. Puis, une fois les lieux vidés, il suffit de changer d’avis, comme la loi le permet, et de se mettre en quête d’un nouvel occupant prêt à payer plus cher. Cet été, on a appris que la députée travailliste de Bow, à l’est de Londres, Rushanara Ali, avait employé cet efficace stratagème pour doper le revenu que lui procure un bien dont elle est propriétaire dans sa circonscription. En novembre dernier, elle a donné congé à ses quatre colocataires, qui arrivaient en fin de bail. Une fois leur départ acté, prétextant ne pas arriver à trouver acheteur, la jeune femme a remis le logement sur le marché locatif pour 4 000 livres par mois, contre 3 300 auparavant. Seul hic : Rushanara Ali, première femme d’origine bangladaise à siéger au Parlement britannique, était, quand elle a eu recours à cette ruse quelque peu hypocrite, la sous-ministre… des sans domicile fixe ! Face au tollé des associations de défense des mal-logés et aux railleries cruelles de l’opposition, la diplômée d’Oxford n’a eu d’autre choix que d’annoncer sa démission du gouvernement le 7 août en rappelant toutefois, à juste titre, qu’elle n’avait commis aucune infraction. Pas sûr qu’elle trouve beaucoup de soutiens dans ses rangs.

La très remuante Jess Barnard, figure de la nouvelle génération woke dans le comité national du Parti travailliste, suggère même à présent qu’Ali rende carrément son mandat à Westminster.

« Le moment semble opportun pour affirmer que les députés du Labour ne devraient pas être des bailleurs immobiliers et que les bailleurs immobiliers ne devraient pas être députés du Labour », a-t-elle déclaré dans un tweet partagé des centaines de milliers de fois.