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Vie et mort d’Anne

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Littérature. Notre chroniqueur Cyril Bennasar nous invite à découvrir un extrait de son premier roman L’Affranchi et à faire la connaissance de son personnage principal, Pierre Schwab…


Anne est morte. Elle n’était ni riche ni célèbre ni bien née ni notable. Elle n’a aucune raison de figurer dans Le Figaro à la rubrique décès, celle qu’on lisait à l’antenne de Radio Libertaire quand on allait ensemble à l’émission « De la pente du Carmel, la vue est magnifique ». La famille Hampin de la Roche de Broglie a le regret de vous annoncer que le baron Louis Charles de machin chose a été rappelé à Dieu l’année de ses 93 ans. Suivait un bruit de guillotine enregistré et la revue de presse continuait. Ça nous faisait rire. On était voisins d’enfance et amis, puis amants. Un père allemand, une mère japonaise, une intelligence rare, une culture littéraire qui mettait à toute notre bande de copains des années dans la vue. Elle me disait qu’on vivrait tout ce qu’on a à vivre et qu’à cinquante ans, on se retrouverait pour se marier. Elle me disait aussi que quand j’aurais eu ma dose de gonzesses, je deviendrais pédé. Dans sa bouche, ça voulait dire qu’elle plaçait en moi tous ses espoirs. À présent, je me ferais volontiers enculer si ça pouvait la faire revenir. Je n’imaginais pas que la vie serait aussi dure avec elle, mais même si je l’avais su, je n’aurais pas pu faire grand-chose. On peut faire le bonheur des cons, pas le bonheur des dingues. Et Anne était dingue. Betty dans 37°2.

C’est elle qui m’avait amené à Radio Libertaire après avoir contacté une bande d’anars qui se retrouvaient tous les mardis soir tout à fait gratuitement pour se moquer du monde. On épluchait la presse et on écrivait des textes qu’on lisait à l’antenne. Sans elle, je n’aurais jamais osé ni écrire, ni téléphoner à ces mecs pour me placer, ni à qui que ce soit d’ailleurs. Mais Anne avait une audace folle qui lui ouvrait toutes les portes, même celles de l’enfer. Un jour elle m’avait dit Viens, on y va. Alors j’ai écrit deux trois trucs et on s’est pointés au studio un soir à Montmartre. Je lui avais lu mon texte sur la mort de Lady Di sous le pont de l’Alma, que toute la presse appelait sur un ton obséquieux « la princesse Diana ». Il finissait par «Il n’y a plus que les piliers de pont qui sont républicains dans ce pays». À la fin de ma lecture, le visage d’Anne s’était illuminé. Putain j’en étais sûre que t’étais un écrivain! Je lui avais répondu Arrête tes conneries.

En apprenant sa mort, je sens mon cœur et ma gorge se serrer. On s’est perdus de vue avant mon virage islamophobe et c’est tant mieux, avant que nos copains anars n’informent les auditeurs de Radio libertaire, dans une émission consacrée aux « libertraitres », que j’étais devenu « une figure de proue du racisme en France » et qu’il ne fallait plus me causer. Avec Anne, on se serait affrontés violemment. Elle avait une putain de belle intolérance dans un monde où on transige sur tout mais on n’avait plus la même. Elle ne laissait rien passer et elle m’aurait fait payer la moindre blague raciste. J’ai bien entendu là ? T’as prévu de te branler ce soir ? Jamais je n’aurais pu me douter qu’elle claquerait à cinquante-sept ans d’on ne sait quoi. Suicide, overdose, meurtre? Rien ne me surprendrait. Elle était plus ou moins schizo, elle était sortie abimée, désenchantée, écœurée d’un passage par la prostitution, même de luxe, et elle tombait dans toutes les addictions. Et parce que son grand cœur et son antiracisme abolissaient chez elle tout discernement, elle avait une fâcheuse tendance à traîner avec de la racaille de n’importe quelle couleur. Elle m’avait raconté qu’une nuit dans un squat, un Arabe l’avait violée. Putain de bougnoule! aurait dit mon père. Elle ne parlait pas comme ça. Moi si. Quand je me revois à 14 ans dans les manifs avec la petite main jaune d’SOS racisme, je me demande parfois comment j’en suis arrivé là. Elle ne voyait pas le rapport entre un viol et un Arabe. Moi si. Celui-là était du genre à casquette, en survêtement et en surpoids. Il avait son adresse et revenait certaines nuits frapper à sa porte.

Elle en avait peur mais ne portait pas plainte parce qu’il y avait entre eux une histoire de drogue. Son copain de l’époque était impuissant à neutraliser le nuisible par des moyens légaux et encore plus par des moyens illégaux parce qu’étant avocat, il craignait pour sa carrière. Alors j’avais emprunté à mon frère un flingue, un pistolet à billes qui ne tue pas mais qui à bout touchant troue la peau durablement, et j’avais passé dans sa chambre à Bastille trois jours et trois nuits à attendre Mouloud. Je n’ai jamais vu la trogne du défavorablement connu des services de police qui s’est fait descendre pour de bon par quelqu’un d’autre quelques mois plus tard dans un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants, comme on dit à la télé. Inch Allah!

Sa mort me hante. Pas celle de Mouloud, celle d’Anne. J’aurais voulu lui demander pardon et je n’ai pas eu le temps. Je n’avais pas encore trouvé les mots, les bons, et j’ai été pris de court. On s’est aimés et désaimés pendant les trente premières années de nos vies et j’ai compris trop tard que j’avais passé mon temps à jouer et à me venger. Je l’aurais aimée follement si elle n’avait pas été follement dingue et c’est ce que j’avais commencé à faire à quinze ans jusqu’au jour où elle m’avait annoncé qu’elle avait revu Jean-Marc et qu’elle était encore amoureuse de lui. C’était un mec de la DASS, un sale type, un voyou plus âgé que nous d’une dizaine d’années et qui proposait de faire croquer1 quand il sortait avec ses potes, peut-être par fidélité́ à une promesse de taulards de tout partager une fois dehors. J’avais morflé deux ou trois jours et puis je m’étais remis de mes émotions, jurant qu’on ne m’y prendrait plus, et je suis resté fidèle à mon serment autant que j’ai pu, au grand dam de ces dames.

En amour, il y en a toujours un qui souffre, l’autre joue. Si pour toi l’amour n’est qu’un jeu, alors peu importe, je tends l’autre joue. Ce n’est ni du Joey Star, ni du Big Flo et Olie ni du Abd el Malik ni du Stromae. La rime la plus riche de la chanson française ne vient pas d’une star de la discrimination positive, mais d’une chanson de Lio. Même genre de beauté, de culot, de grâce, de courage que ma chère Anne. Et même féminisme énervé voire hystérique. En amour, je ne suis pas chrétien, je ne tends pas l’autre joue. Plutôt crever mais jusque-là, j’ai survécu. Alors comme ce qui ne tue pas rend plus fort, j’ai joué́ avec Anne au chat et à la souris sans voir qu’elle en souffrait. Je la croyais beaucoup plus forte que moi alors j’ai passé des années à lui rendre la monnaie de sa pièce de boulevard. Je la sautais, la trompais, disparaissais, et je me repointais. Je voyais bien que ce n’était pas du jeu mais je me disais que c’était de bonne guerre. Je ne voyais pas que je la blessais vraiment. Le jour où sa mère a pris son téléphone pour me dire Pierre, si vous revoyez Anne, je vous tue. J’ai compris d’un coup et ça m’a glacé. J’ai décidé́ de disparaitre définitivement, sans penser au sens le plus tragique du mot « définitif ».

Elle était vraiment cinglée. En fouillant dans son inconscient, un psy à la con l’avait persuadée que son père, parti vivre à Berlin avec une deuxième femme, l’avait amenée, quand elle était enfant, chez un dentiste sadique qui la torturait avec ses instruments. Le dangereux freudien avait même réussi à la convaincre que son paternel l’avait violée quand elle était petite. Enfin c’est ce qu’elle m’avait raconté́. Elle était sortie de ces séances avec la ferme intention de partir en Allemagne demander des comptes à son vieux, et, au cas où il lui mentirait, selon son expression, de « lui prendre sa bite ». Je ne connais pas la suite de l’histoire. Le Boche soupçonné d’inceste doit être mort à présent, en emportant son secret dans sa tombe. Et sa bite aussi? Allez savoir!

Entre deux histoires avec moi, elle avait eu un paquet de mecs. Des tas d’histoires qui avaient toutes fini violemment. Immanquablement, le gars se faisait jeter sans ménagement. Trop mesuré, trop juste, trop raisonnable, trop prudent, trop gentil, trop normal. Celui qui ne la suivait pas dans ses excès, ses outrances, ses indignations, ses colères, ses délits était éconduit comme une chiffe molle, dégagé́ sans ménagement. Elle partait en claquant la porte, se montait le bourrichon et revenait plus tard avec sa clef et un marteau pour ruiner l’appart de l’amant décevant. Comme beaucoup, l’avocat y a eu droit, jusqu’aux poignées de portes en porcelaine dans son trois ou quatre pièces haussmannien de l’avenue René Coty. Plus d’un gars a regretté d’avoir croisé sa route, maté son cul et tâté́ ses miches.

J’ai bien failli avoir droit moi aussi à des représailles. Deux fois. La première fois, alors que marié, je la ramenais après un week-end de va-et-vient sauvages et de promenades en forêt, elle me conseillait dans un sursaut de charité́ de vérifier dans les plis de mon canapé si elle n’y avait pas perdu sa culotte. La deuxième fois, c’est grâce à l’arrivée inopinée de mon copain Jean-Louis, qui l’avait trouvée chez moi avec son fameux marteau et sa copine Fouzia, que j’ai encore une télé, un lavabo et des chiottes. Elle n’avait pas de clef : n’ayant rien qui puisse attirer les cambrioleurs, je ne ferme jamais ma porte. Elle était quand même repartie avec tous mes disques dans deux gros sacs en jurant de les jeter dans un lac à deux pas de chez sa mère où elle retournait régulièrement pour une cure de désintox. J’ai repris mes CD le soir — même en douceur mais sans la rebaiser. Il y avait des limites à ne pas franchir, il ne fallait pas toucher à mes Beatles et à mes Motörhead. J’ai tout récupéré́ sauf The River de Springsteen. En plus de toutes ses qualités, elle avait bon goût.

Elle avait même pourri la vie de mon ami Jean-François qui couchait avec elle la semaine à Paris avant de rentrer le week-end chez sa femme en Provence. Un vendredi soir, en montant en voiture sur le parking de la gare d’Avignon où sa régulière venait le chercher, il l’avait vue surgir de la banquette arrière et s’écrier Surprise! Elle avait traversé́ la France quelques jours plus tôt pour ne pas laisser plus longtemps dans l’ignorance une épouse abusée, s’était installée au domicile conjugal et avait tout raconté dans les détails. Sa femme n’avait pas pardonné mais lui, si, et après son divorce, il s’était remis à la colle avec cette beauté́ empoisonnée. Une nuit j’ai vu Jean-François débarquer chez moi en poussant sa moto. La selle était lacérée, les pneus étaient crevés et il était au bord des larmes. Parce qu’il était parti à Lyon avec une autre fille, croyant former avec Anne un couple libre, elle l’avait reçu avec un couteau de cuisine pour lui faire payer sa trahison, et tandis qu’il détalait, elle lardait sa bécane.

Je l’avais prévenu. Elle est folle ! À sauter uniquement si tu aimes vivre dangereusement. Il ne m’avait pas cru et on peut le comprendre. Le début d’une histoire avec Anne avait de quoi déboussoler n’importe quel mec. C’était une lune de miel avec un canon qui avait de l’esprit, des lettres et de l’humour, le tout dans des vapeurs de joints. Ma mise en garde avait bien failli nous brouiller mais on est restes amis jusqu’à ce que la mort de Jean-François nous sépare. Une forme de leucémie dont 95 % des malades sortent vivants mais qui avait tué́ mon copain parce que le crack avait laissé des lésions qui avaient empêché́ sa guérison. Après Anne, il était tombé sur une Arabe qui l’avait dépouillé́ d’une dizaine de milliers d’euros. Je l’avais prévenu aussi, mais Jean-François était incapable de résister à une bonne chatte. Je n’avais pas sauté la fille que j’avais deviné́ fourbe et venimeuse mais sa sœur. Pas la sœur de Jean-François, la sœur de l’Arabe, que j’avais baisée chez elle et rebaisée chez moi après lui avoir dit que j’étais juif, donc en prenant le risque de laisser filer un bon coup. Ce dont je suis resté assez fier. En fait, si, j’ai aussi baisé la sœur de Jean-François, mais ça, c’est une autre histoire.

Je ne sais rien de sa mort. J’espère ne pas apprendre un jour qu’elle a été́ assassinée et que son meurtrier est vivant et libre, faute de preuves ou de places en prison. Si c’est le cas, je comprends d’où̀ me vient cette intuition qu’avant de clamser à mon tour, je deviendrai un assassin, en envoyant six pieds sous terre une racaille nuisible et impunie, à coups de marteau et sans sourciller. À présent, je frémis en repensant à son rire, et je pleure en l’entendant se marrer.

L'affranchi

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  1. Partager sa copine avec ses copains ↩︎

American Nightmare

Le 22 août dernier, Iryna Zarutska, 23 ans, a été tuée dans le tramway de Charlotte, en Caroline du Nord, dans l’est des États-Unis. Le principal suspect, Decarlos Brown, est un multirécidiviste déjà condamné à plusieurs reprises. L’affaire a rapidement pris une ampleur nationale, Donald Trump et d’autres figures conservatrices critiquant l’indifférence médiatique, la gestion des villes dirigées par les démocrates, le laxisme des autorités judiciaires, et réclamant la peine de mort. Souffrant de schizophrénie, le meurtrier avait revendiqué avoir tué « une femme blanche ». Avant d’être à son tour tué, par balle en pleine réunion publique dans l’Utah, l’influenceur conservateur Charlie Kirk avait déclaré : « si une personne blanche lambda s’approchait tout simplement et poignardait une gentille et honnête personne noire, ce serait une histoire absolument énorme à l’échelle nationale, utilisée pour imposer des changements politiques radicaux à l’ensemble du pays. » Analyse.


Les images de la vidéosurveillance diffusée sur les réseaux sociaux sont particulièrement choquantes. Une jeune femme ukrainienne, Iryna Zarutska a été égorgée, à Charlotte aux États-Unis, par un homme noir qui s’est vanté, sans honte, d’avoir tué une blanche.

L’événement pourrait passer pour un fait divers, noyé dans la rumeur quotidienne des violences, mais il vaut comme signe. Non pas celui d’un déséquilibre individuel, mais celui d’une époque où tuer n’est plus seulement un crime : c’est un geste idéologique, une liturgie profane. La victime n’était rien d’autre qu’un symbole : la blancheur, l’Occident, ce monde que l’on veut expier par le sang.

Maison-Blanche, 9 septembre 2025.

Paradoxes

Depuis George Floyd, la religion séculière de l’antiracisme s’est imposée comme orthodoxie universelle. Partout, les foules acclament leur catéchisme : l’homme blanc est coupable. Il est l’oppresseur, le colon, l’esclavagiste, le policier, le patriarche, l’ennemi absolu. À Paris, des foules criant justice pour Adama Traoré ont importé ce récit d’outre-Atlantique, récit qui ne demande pas réparation mais immolation. On abat des statues, on réécrit l’histoire, on rejoue la Passion avec de nouveaux Judas : le Blanc, et avec lui le Juif.

Car le Juif est toujours là, éternel bouc émissaire. Les nazis le voyaient comme anti-race corruptrice, ennemi biologique à exterminer. Aujourd’hui, il est haï sous le nom de sioniste, figure suprême de la blancheur coloniale, accusé de concentrer en lui tous les crimes de l’Occident. Le paradoxe n’en est pas un : la haine ne change pas de nature, elle recycle ses mythes, inverse ses justifications, change de masque pour mieux survivre. Le Blanc et le Juif ne sont plus deux figures distinctes : ils sont désormais confondus dans une même condamnation. Deux visages d’un même mal imaginaire.

Ce qui est visé à travers eux, c’est l’Occident lui-même, avec son héritage chrétien porteur de l’idée d’universel, son héritage juif qui incarne la mémoire irréductible d’un peuple revenu à sa terre, son héritage gréco-romain fondé sur la raison et la cité, son héritage des Lumières affirmant la liberté de conscience, et enfin son héritage démocratique défendant l’égalité des droits.

Indifférence générale

Tout cela est désormais jugé criminel. Tout cela doit être effacé. Et c’est pourquoi une jeune femme blanche peut être égorgée dans l’indifférence générale, comme un Juif peut être insulté, frappé, lynché dans les rues d’Europe, sans que le monde s’en émeuve.

Pourquoi cet aveuglement des élites occidentales, à l’exception notable de Donald Trump et Elon Musk aujourd’hui qui réagissent fortement et justement  au meurtre de la jeune Ukrainienne ? Parce qu’elles ont choisi la trahison sous plusieurs formes :

– La culpabilité historique érigée en dogme. Obsédées par le péché originel – colonisation, esclavage, impérialisme –, elles se sentent redevables d’une dette infinie. Elles croient conjurer la haine par l’auto-flagellation et nourrissent ainsi l’idéologie de la vengeance en lui offrant sa légitimité morale.

– Le confort du déni. Reconnaître que les pogroms anti-blancs et anti-juifs réapparaissent, ce serait admettre la guerre civile larvée. Nommer l’ennemi, assumer le tragique : elles n’en ont pas le courage. Alors elles détournent les yeux, se réfugient dans des statistiques, s’endorment dans l’illusion.

– La religion du progressisme. Antiracisme, multiculturalisme, repentance sont devenus les dogmes d’une liturgie séculière. Dire la vérité sur la haine anti-blanche ou l’antisémitisme contemporain, ce serait commettre un blasphème. Elles ne gouvernent plus : elles administrent la liquidation morale de leur civilisation.

– La peur d’être accusées. Celui qui nomme la réalité – violences anti-blanches, nouvel antisémitisme, islamisme conquérant – est aussitôt déclaré fasciste, raciste, haineux. Les élites redoutent davantage le tribunal médiatique que l’effondrement de leurs peuples.

– L’illusion du contrôle. Elles croient gérer la haine comme une crise budgétaire, utiliser les minorités comme réservoir électoral. Elles ne comprennent pas que la haine a sa propre logique : elle se nourrit des concessions, elle ne s’apaise jamais.

Ère tragique

À cette matrice occidentale s’ajoute l’islamisme, qui n’a cessé d’attiser et d’amplifier la haine. L’islamisme donne à ce ressentiment un horizon religieux, une justification divine, un récit global. Pour lui, le Juif est l’ennemi absolu depuis Khaybar ; le Blanc est le croisé à abattre ; l’Occident est la civilisation impure qui doit s’effondrer. L’islamisme n’invente pas la haine : il la structure, il lui donne une armée, il l’adosse à une théologie de la conquête. Là où l’antiracisme parle de réparation, l’islamisme parle d’extermination. Et les deux se rejoignent : dans la haine de l’Occident, dans la désignation du Juif et du Blanc comme cibles sacrificielles.

Les nouveaux pogroms ne sont pas encore des foules hurlantes armées de gourdins : ils prennent la forme de lynchages médiatiques, d’agressions banalisées, de meurtres accomplis dans la certitude d’exercer une justice. Mais leur logique est identique : purifier le monde en immolant un coupable désigné. Le sang devient une réponse, le meurtre une liturgie, l’innocent une victime expiatoire.

Nous entrons dans une ère tragique. L’Occident, qui croyait avoir conjuré ses démons, se découvre haïssable à ses propres yeux. Le Juif et le Blanc, désormais confondus dans l’imaginaire de la haine, incarnent ensemble le visage honni d’une civilisation qu’on veut abolir. Le meurtre de la jeune Ukrainienne est une annonce : celle d’un futur où l’on ne tuera plus seulement des individus, mais des symboles, où l’on réglera ses comptes avec l’Histoire par le sang versé dans les rues.

Ce n’est pas un retour en arrière, mais la continuité de la haine. Le pogrom n’a jamais cessé : il change seulement de formes, de justifications, de victimes. Il revient aujourd’hui sous les habits d’une croisade morale, d’une justice vengeresse, d’une pureté fantasmée. Nourri par l’antiracisme occidental, exalté par l’islamisme global, il transforme nos métropoles en nouveaux shtetls promis aux flammes, et nos innocents en victimes expiatoires d’une haine qui se croit juste.

Avec Sophie de Menthon, réhabilitons la réussite!

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La présidente du mouvement patronal Ethic et chroniqueuse Sophie de Menthon s’emploie jour après jour à réhabiliter l’image du patronat auprès des Français. Elle publie un livre.


À la lecture du titre, la tentation serait grande de considérer le dernier livre de Sophie de Menthon comme un simple florilège de sucess stories d’entrepreneurs. Ce serait non seulement sous-estimer la portée de l’ouvrage mais aussi passer à côté des nombreux messages que celui-ci véhicule. Le terme de sucess story lui-même serait déplacé puisque Sophie de Menthon fait le choix audacieux de parler exclusivement de chefs d’entreprise français. Qui mieux qu’une chef d’entreprise pour parler de ses pairs ? D’autant que l’engagement de Sophie de Menthon à leurs côtés n’est plus à prouver, tant la présidente du mouvement Ethic est devenue ces dernières années une figure incontournable de la défense des entreprises de toutes tailles, ne limitant pas l’économie au CAC40 et accordant aux PME la place qu’elles méritent dans le paysage économique français.

« Patron », un joli mot devenu bêtement péjoratif

Il est d’usage actuellement de parler de « dirigeants », de « chefs d’entreprise » ou encore d’« entrepreneurs » mais c’est malicieusement que Sophie de Menthon choisit d’employer le mot « patron », dont la mauvaise presse dans notre pays ne date malheureusement pas d’hier. Il y a les petits, que l’on tolère, surtout quand ils ne sont le patron de personne d’autre que d’eux-mêmes et il y a les grands patrons, surtout ceux de l’honni CAC40, qu’il est d’usage de mépriser. Peu s’insurgent de les voir régulièrement convoqués et sommés de se justifier devant des commissions à l’Assemblée nationale car si la mauvaise réputation du patron n’est pas une spécificité franco-française, force est de constater qu’elle est solidement ancrée dans notre société.

A lire aussi, Jean-Jacques Netter: Le mur des comptes

Qui n’a pas entendu l’été dernier des enfants dire que, plus tard, ils souhaitaient être Léon Marchand ou Thomas Pesquet ? Pour peu que l’un d’eux aurait déclamé vouloir être Alain Afflelou, la scène se serait révélée beaucoup plus cocasse et incongrue. Et pourtant. Alain Afflelou ne connaît personne dans le secteur de l’optique lorsqu’il ouvre sa première boutique à Bordeaux en 1972. Le leader de la franchise optique et audio compte désormais 1 468 points de vente et est présent dans 19 pays. Que sait-on vraiment de ces hommes et femmes dans l’ombre des marques françaises que l’on connaît tous et qui font partie de notre histoire ? Peu, ou pas assez. Sophie de Menthon le déplore : « On ne s’autorise pas à s’étendre sur le talent de ceux qui créent, qui dirigent, qui inventent les produits ou services à succès, le labo qui trouve le vaccin, la marque qui cartonne, le restaurant étoilé qui régale, la voiture qui fait rêver, la haute joaillerie qui fait briller les femmes, etc. »

42 confidences

Persuadée que c’est la méconnaissance qui engendre la haine ou la jalousie, Sophie de Menthon choisit de lever le voile sur ceux qui font l’économie française et s’emploie à leur donner la parole, les invitant dans cet ouvrage à parler de leur parcours. Derrière les marques emblématiques du paysage français, l’entrepreneur est souvent dans l’ombre, caché derrière le nom de l’entreprise, quand bien même celle-ci est éponyme.

A lire aussi, Sophie de Menthon: J’aime les hommes…

Ne nous méprenons pas : il n’est pas question ici de marketing camouflé derrière du storytelling, mais bel et bien d’histoires d’hommes et de femmes avec leurs rêves, leurs ambitions, leurs peurs, leurs aventures entrepreneuriales, mais aussi les doutes et échecs qui ont souvent pavé la route de leur réussite. Sophie de Menthon relève ainsi le défi de parler d’économie sans parler de chiffres ! Il fallait le faire ! Fidèle à sa volonté de casser l’image d’une économie réservée aux seuls initiés, elle signe ici un livre accessible à tous, instructif, utile et inspirant.

Au total, ce sont quarante-deux patrons qui se confient à Sophie de Menthon, et c’est peu dire que leurs secteurs d’activité sont variés ! L’optique, l’art, l’immobilier, la santé, ou même l’agriculture, des marques connues de tous comme Mousline ou Mauboussin à celles plus confidentielles : l’économie française est partout et fait partie de nos vies. Il ne s’agit pas cependant de faire l’éloge d’une époque révolue et prospère mais de prouver que le monde actuel recèle d’opportunités pour peu que l’on ose les saisir ! La détermination, la persévérance, la passion et l’audace, si elles ne sont pas les ingrédients miracle de la réussite, se retrouvent souvent dans les parcours de ceux qui réussissent. Ceux-ci n’hésitent d’ailleurs pas à confier à l’autrice leurs analyses et leur ressenti quant aux mutations et nouvelles donnes du monde actuel, notamment la nécessité d’intégrer une démarche responsable et éthique au sein des entreprises.

A lire ensuite, Thibault Lhirondelle: Non, il n’y a pas trop de restaurants en France, il y a simplement trop de mauvais restaurants!

Le livre de Sophie de Menthon s’inscrit particulièrement dans une actualité ponctuée par de profondes crises sociales, politiques et économiques. Oui, nous avons plus que jamais besoin de modèles, de personnes inspirantes dans un monde où le sens de l’effort et la valeur travail sont devenus sous-cotés voire has been. L’un des enseignements de ce livre est que si la réussite est possible, elle n’en est pas moins parfois difficile et semée d’embûches !

Dans ce contexte, la réhabilitation de l’image du chef d’entreprise ne devient pas seulement souhaitable mais nécessaire. Soyons fiers de nos entrepreneurs nationaux et changeons enfin le regard que l’on porte sur la réussite et l’ambition ! Notre pays regorge de talents et de succès en devenir : telle est la vision que Sophie de Menthon souhaite transmettre pour inspirer les générations actuelles et à venir. Si réussir est possible, remettre l’humain au cœur de l’économie l’est aussi. Ce livre nous le prouve.

360 pages

De l’émeute à la meute

La France a connu cet été une série de violences gratuites provoquées par des bandes de jeunes souvent mineurs. Petites villes et zones rurales ont été le théâtre de débordements dignes du 9-3, comme si les codes de la banlieue étaient un moyen pour la jeunesse de s’affirmer. Un phénomène inquiétant qui prospère sur fond de trafic de drogue.


Difficile de ne pas penser à La France Orange mécanique de Laurent Obertone – et aux cris d’orfraie que l’ouvrage avait suscités. Cet été, la France a été le théâtre d’une série inédite et inquiétante de violences collectives impliquant des bandes d’adolescents souvent mineurs. Des scènes de chaos ont été rapportées aux quatre coins du pays, dans des localités d’habitude plutôt calmes comme Limoges, Béziers, Charleville-Mézières, Arnage (Sarthe), Dausse (Lot-et-Garonne), Arsac (Gironde), Mornant (Rhône), Jullouville (Manche), etc. D’une nature généralement éruptive et gratuite, ces multiples faits divers – si nombreux qu’ils constituent ensemble un fait de société – dessinent le portrait d’une jeunesse désorientée, déculturée et peu apte à se contrôler.

Souviens-toi l’été dernier…

Le 8 juillet, à Dausse, petite commune située non loin de Villeneuve-sur-Lot et réputée pour sa tranquillité, un marché nocturne a été pris d’assaut par environ 200 jeunes venus des environs. La horde a déboulé en voiture ou deux-roues, proféré des insultes, bousculé les visiteurs, renversé des étals, lancé des projectiles sur des commerçants, multiplié les échauffourées et effrayé les familles présentes. Une femme enceinte a même dû être évacuée d’urgence par les secours. Sous le choc, la municipalité a annulé le marché suivant. Interrogé dans la presse peu de temps après, le maire a invoqué un problème de manque d’équipement pour les jeunes du cru, tandis que sur les réseaux sociaux, bon nombre d’internautes ont été prompts à établir un lien avec l’immigration, sans preuve ni confirmation. Qu’ils soient de droite ou de gauche, ces réflexes interprétatifs peinent à cerner le problème dans toutes ses dimensions.

Les jours suivants, entre le 14 et le 21 juillet, Limoges a connu plusieurs nuits d’affrontements dans deux de ses faubourgs. À Beaubreuil, une patrouille de police a été encerclée et visée par des mortiers d’artifice. Au Val de l’Aurence, des groupes de jeunes, parfois masqués, ont incendié des poubelles, lancé des projectiles contre des abribus et attaqué des agents municipaux. Une vidéo montre un homme isolé poursuivi par une dizaine d’agresseurs qui le frappent à terre, dans la jubilation du groupe. Submergées par le nombre et la mobilité des assaillants, les forces de l’ordre, bien qu’intervenues rapidement, ont parfois dû battre en retraite.

Les nageurs français pas bienvenus en Suisse

D’autres manifestations de saccages en meute ont eu pour cadre diverses bases de loisirs estivales du pays, où de multiples bagarres, harcèlements, jets d’objets dans les bassins et refus d’obtempérer ont été signalés. Le fléau a même traversé les frontières puisque certaines municipalités de Suisse romande, comme Porrentruy, non loin de Montbéliard, mais aussi Lausanne, ont été carrément obligées de restreindre l’accès des piscines publiques à leurs seuls administrés suite à des incidents répétés de la part de groupes d’adolescents qui se sont révélés être pour la plupart des résidents de communes limitrophes françaises.

Scénario identique à Arnage, une agréable bourgade jouxtant le circuit automobile du Mans, le 16 juillet, jour d’inauguration d’un parc aquatique. Dès l’ouverture, des dizaines de jeunes forcent les tourniquets, refusent de faire la queue pour les attractions, déclenchent des altercations dans les vestiaires, agressent verbalement le personnel et initient des rixes sur le plan d’eau. Des images montrent des bousculades sciemment provoquées, des enfants recevant des coups et des vacanciers paniqués tentant de quitter les lieux. L’établissement, qui a dû fermer ses portes au bout de quelques heures seulement, a repris une activité normale deux jours plus tard grâce à un dispositif de sécurité redoublé et un filtrage drastique des entrées.

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Ce qui frappe dans chacune de ces affaires, c’est le très jeune âge des protagonistes. Beaucoup n’ont que 13 ou 14 ans. En 2023, lors des émeutes de banlieue faisant suite à la mort de Nahel Merzouk, les observateurs avaient aussi été surpris par le profil de certains casseurs arrêtés. À côté du type classique de fauteur de trouble « professionnel », la police avait recensé quantité d’émeutiers à peine sortis de l’enfance et généralement sans antécédents judiciaires. Dans les procès-verbaux de leurs auditions transparaît une forme de colère sourde, indistincte, mêlée d’ennui et de ressentiment diffus. Certains de ces délinquants en herbe disent ainsi avoir voulu « se venger », sans pourtant savoir de quoi ni de qui. D’autres affirment leur désir de « se faire entendre » à travers la violence, tout en se montrant incapables de verbaliser une quelconque revendication. L’hostilité envers la police, vue comme un corps étranger, injuste et humiliant, est constante quoique fréquemment inspirée par une simple expérience indirecte, nourrie des rumeurs du quartier.

Quant aux origines sociales, elles confirment un ancrage dans les classes populaires périurbaines. Nahel Merzouk lui-même représente un portrait-robot de cette jeunesse peu encline au civisme. Citoyen franco-algérien né d’une mère algérienne et d’un père d’origine marocaine avec lequel il n’entretenait quasiment aucun lien, le jeune homme a grandi en région parisienne, habitant Nanterre et fréquentant un collège puis un lycée à Suresnes, où il a entamé une formation en électricité en vue d’un CAP, avant de se réorienter brièvement vers la mécanique et de finir par quitter le système scolaire au bout de six mois, contraint dès lors de gagner sa vie comme livreur de pizzas.

Une bonne part des auteurs de violences évoqués jusqu’ici viennent comme lui de familles monoparentales, où le plus souvent la mère, largement dépassée par la situation, a la garde de sa progéniture. Une majorité de ces jeunes sont plus ou moins déscolarisés. Mais on relève aussi des cas d’adolescents davantage insérés, avec des parcours de formation plus solides, certains s’avérant même être des lycéens sans histoire, qui ont basculé l’espace de quelques heures dans des actions de destruction ou de pillage comme si les barrières morales s’étaient dissoutes à la faveur de l’élan collectif.

Intégration à l’envers

Il faut aussi noter que cette jeunesse n’est plus seulement issue des cités sensibles de Paris ou des métropoles françaises. En 2023, des villes moyennes ou petites, comme Montargis, ont connu leur lot de débordements, digne de ce qu’on a pu voir en Seine-Saint-Denis. Imiter les codes de la banlieue est-il devenu de nos jours un moyen pour la jeunesse française de s’affirmer ? Assiste-t-on à ce que l’on pourrait qualifier d’intégration « à rebours », comme l’affirme le responsable de la sécurité d’une ville moyenne que nous avons interrogé ? De nombreux indices rendent cette lecture des faits très convaincante.

Enfin, les témoignages des éducateurs, avocats ou magistrats en charge de dossiers mettant en cause des jeunes délinquants ayant agi en bande plus ou moins organisée convergent sur un point : une grande partie des accusés ont exprimé, une fois calmés, du regret. Cette disproportion entre leurs actes violents et leur attitude quand ils sont isolés et confrontés à l’autorité judiciaire révèle le décalage entre la puissance du groupe et la fragilité de l’individu revenu à lui-même. Bref, ce ne sont ni des caïds ni des membres de gang endurcis. Cependant un certain contexte pourrait jouer un rôle déterminant dans leur comportement : le bouleversement en cours du marché français de la drogue.

Depuis une dizaine d’années, sous l’effet de la saturation de l’offre et de la recherche de nouvelles clientèles, le trafic de stupéfiants, autrefois concentré dans les grandes agglomérations, s’est progressivement étendu aux petites villes et aux campagnes. Ce phénomène de « ruralisation de la drogue » s’étend jusqu’à des départements comme la Creuse, l’Indre ou la Haute-Loire, où les élus et les forces de l’ordre constatent l’émergence de réseaux structurés. L’expansion est particulièrement visible depuis le milieu des années 2010, avec des exemples emblématiques à Alençon, Châteauroux ou dans certains cantons d’Ardèche.

Cette mutation du trafic de drogue s’est nettement intensifiée pendant, et surtout après, la pandémie de coronavirus. Le confinement a d’abord perturbé les circuits traditionnels, obligeant les mafias à s’adapter en développant des méthodes plus discrètes, telles que les livraisons à domicile ou les points de contact temporaires. Mais c’est surtout la période post-Covid qui a connu une accélération du développement de la distribution périphérique. Profitant de la désorganisation des forces de l’ordre, de la fragilisation sociale dans certaines zones rurales et de l’essor du télétravail ayant vidé certains centres-villes, les trafiquants ont identifié de nouveaux territoires à exploiter.

Dès 2021–2022, des cas sont documentés à Figeac, Aurillac ou encore dans les Alpes-de-Haute-Provence, où les autorités locales ont vu émerger de jeunes dealers venus d’Île-de-France, du Rhône ou des Bouches-du-Rhône. Même constat dans les grands ensembles du Val de l’Aurence et de Beaubreuil à Limoges, récemment touchés par les violences urbaines. Ce phénomène marque un tournant durable dans l’économie souterraine française. Le « nouveau péril jeune », qui se caractérise par sa violence plus diffuse, plus erratique et plus provinciale, ne survient peut-être pas par hasard au même moment.

Ces phénomènes disparates finissent par s’agréger. Ils apparaissent comme les symptômes d’une même réalité qui se développe à l’échelle au moins nationale : une jeunesse qui agit en groupe, dans une défiance ouverte envers l’autorité, et cela sans déclencheur extérieur immédiat, à la différence des émeutes urbaines de 2005 ou 2023, causées par la mort brutale de jeunes gens.

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L’introduction du trafic de drogue, avec son cortège d’accès facilité aux stupéfiants, à l’argent rapide et à une certaine forme d’agressivité banalisée, conjuguée aux liens tissés avec des réseaux plus anciens et structurés venus des grandes villes, ces « grands frères » du crime, a – telle est notre thèse – constitué le point de bascule. La dynamique de meute devient dès lors un mode de socialisation, marqué par l’effet de nombre, la recherche de la confrontation et l’effacement des limites. Ce ne sont plus des jeunes livrés à eux-mêmes, mais des groupes qui cherchent dans le chaos et dans l’irruption violente une forme de reconnaissance.

Le lien avec l’immigration, souvent convoqué dans ces analyses, reste en revanche à ce stade à la fois omniprésent et mal établi car les incidents les plus récents n’ont pas donné lieu à une identification claire. Il en va de même s’agissant du rôle joué par les téléphones mobiles : la quasi-totalité des adolescents violents en possède un, bien sûr, dont ils se servent pour se regrouper avec leur bande, puis pour filmer leurs « exploits » avant de les diffuser sur les réseaux sociaux. Une mécanique infernale, aussi efficace que grisante… Mais la démocratisation des portables est-elle la cause principale des nouvelles formes de violence juvénile ? Difficile de l’affirmer.

Que de changements depuis vingt ans ! En 2005, la mort à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, de Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur alors qu’ils fuyaient la police, a engendré une gigantesque vague de violences à travers le pays, très préoccupante, mais relativement homogène. Les affrontements se sont alors concentrés au sein d’une géographie bien identifiée, celle des quartiers à forte composante immigrée et visaient clairement l’État, les forces de l’ordre, les symboles comme les écoles et les équipements publics. Le discours des jeunes, même confus, était politique. Il s’agissait de se révolter contre les discriminations, le chômage, le mépris social et le harcèlement policier. En 2025, la violence surgit dans des contextes imprévus : un marché rural dans le midi, une piscine en Suisse, un parc aquatique dans l’Ouest. Ce qui s’est effondré entre 2005 et aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’autorité de l’État, c’est la capacité de certains jeunes à se penser et à exister autrement que par des pulsions exprimées en meutes.

Le mur des comptes

Chaque mois, le vice-président de l’Institut des libertés décode l’actualité économique. Et le compte n’y est pas.


Le 12 mars 2020, en pleine crise du Covid, Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), déclarait dans L’Express : « La récession pourrait être contrée en laissant filer les déficits publics et la dette. Il serait irresponsable de ne pas le faire. » Ce raisonnement lunaire, hélas pris au sérieux par nos décideurs, est en train de nous conduire vers une crise majeure de la dette. Le désastre ressemblera à ce qu’il s’est passé en Grèce en 2010, quand les marchés ont retiré d’un coup leur confiance au pays. Il s’en est suivi plusieurs années d’émeutes et d’effondrement des retraites et des salaires. Les Français, qui n’ont pas connu de baisse réelle de leurs revenus depuis la guerre, auront énormément de mal à supporter la double tutelle de la Banque centrale européenne (BCE) et… du FMI.

International Monetary Fund’s Economic Counsellor Olivier Blanchard presents the World Economic Outlook September 20, 2011 at the IMF Headquarters in Washington, DC. IMF Photograph/Stephen Jaffe

Deux mouvements pourraient précipiter notre pays dans la crise sociale. Celui des « Gueux », incarné par Alexandre Jardin, en lutte contre « l’écolo-technocratie qui appauvrit le peuple ». Et celui des contribuables de la classe moyenne, incarnés par le mème « Nicolas qui paye », qui met en scène un jeune cadre dynamique ponctionné par le fisc et assurant ce faisant, dans l’ingratitude générale, le train de vie des retraités et des assistés sociaux.

Le nombre de faillites d’entreprise ne cesse de s’accroître en France. Les anciennes gloires du prêt-à-porter ferment boutique les unes après les autres : Comptoir des Cotonniers, Princesse tam.tam et Naf Naf (qui ne conservera que la moitié de ses 600 salariés). Dans les nouvelles technologies, la société Aqualines, spécialisée dans les bateaux volants à Bayonne, va également cesser son activité. Il y aura beaucoup d’autres mauvaises nouvelles de ce type dans les mois à venir. Le retour masqué de l’impôt sur la fortune (via une « taxe différentielle sur le patrimoine », à laquelle travaille Bercy) risque d’accélérer les départs de capitaux, de talents et surtout d’entrepreneurs…

Les levées de fonds dans les start-up ont subi une baisse de 30 % en 2024, selon le dernier décompte de la société de conseil EY. La « start-up nation » d’Emmanuel Macron n’est guère en forme… Heureusement, il existe quelques exceptions comme l’entreprise Mirakl, un éditeur de logiciels français, qui vient d’atteindre une valorisation de 3,5 milliards d’euros. Fondée par Adrien Nussenbaum et Philippe Corrot, elle propose une solution de marketplace qui permet d’intégrer des vendeurs externes.

L’Élysée a enregistré une baisse de 2,2 % de ses dépenses en 2024. Quand on entre dans les détails de ce budget (de 123,3 millions d’euros), on voit que le coût des déplacements du président a reculé de 13 %. Il faut saluer cette publication de comptes car, sous Emmanuel Macron, rares sont les économies réalisées au sein de l’État. En revanche, les frais liés à Brigitte Macron, d’un montant annuel de 316 980 euros, ont progressé de 2,4 %. Rappelons que Madame de Gaulle payait ses billets de train de sa poche quand elle accompagnait son mari en voyage officiel.

Les Canadair promis par Emmanuel Macron en 2022 ne sont toujours pas là. Après les très gros incendies en Gironde, il avait pourtant annoncé à l’époque « un plan de réarmement aérien d’urgence » doté d’une enveloppe de 250 millions d’euros. Problème : les nouveaux avions bombardiers d’eau, de modèle DHC-515, commandés au constructeur canadien De Havilland ne seront pas livrés avant 2028. L’Union européenne, chargée de conclure le contrat, a pris, comme on pouvait s’y attendre, un considérable retard. Il existait pourtant une façon de hâter la négociation : menacer le fournisseur d’acheter à la place des Airbus A400M pompier, des Falcon Fire Fighter de chez Dassault Aviation ou des Hynaero, conçus par une start-up française à partir de Frégate F-100 recyclées. En attendant, il faudra continuer de jongler, comme cet été dans le Gard, avec des avions en fin de course, des hélicoptères et des drones… Cas typique de l’écart abyssal entre l’annonce et l’exécution. Une fois de plus, on peut constater la mauvaise capacité de nos pouvoirs publics à gérer des dossiers complexes sur les plans industriels et financiers.

Emmanuel Macron aime bien récompenser ses amis en les recasant dans des postes bien payés de la République. Il n’a rien inventé, mais il est particulièrement actif en la matière. Derniers exemples en date : Richard Ferrand a été nommé président du Conseil constitutionnel, Najat Vallaud-Belkacem a été propulsée – sans concours ! – conseillère-maître à la Cour des comptes (que Pierre Moscovici est en train de transformer en annexe du Parti socialiste), Dominique Voynet a intégré le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), Jean-Marc Ayrault a obtenu la présidence de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Jack Lang a été confirmé à la tête de l’Institut du monde arabe. On pourrait allonger cette liste avec Pap Ndiaye, Christophe Castaner, Emmanuelle Wargon, Amélie Oudéa-Castéra, Stéphane Séjourné, puis la compléter avec tous les anciens membres des cabinets ministériels qui bénéficient, une fois de retour dans l’administration, de promotions éclair sans que cela choque outre mesure la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Le Conseil constitutionnel se prononce de plus en plus selon des préférences idéologiques. Depuis le début de l’année, il a complètement désamorcé la loi immigration (malgré un avis favorable du Conseil d’État), la loi sur le narcotrafic (six articles censurés à la grande tristesse de la Sécurité intérieure, qui attendait ce texte depuis longtemps), la loi sur la justice des mineurs (cinq articles censurés, dont celui sur la comparution immédiate), la loi sur les nouvelles formes de l’antisémitisme, la réforme de la nationalité à Mayotte, la réforme du scrutin municipal à Paris, Lyon et Marseille et, bien sûr, la loi Duplomb. L’instabilité parlementaire renforce comme jamais le gouvernement des juges.

Le style, grand oublié de la rentrée littéraire

Monsieur Nostalgie insiste sur la ligne éditoriale à adopter. Il n’en démord pas, son mantra demeure: « Sans style, point de salut ! ». Il en profite pour évoquer l’essai de Denis Grozdanovitch paru chez Grasset en début d’année et quelques illustres stylistes oubliés…


Le style n’est pas la pelisse élimée, mitée, douteuse qu’enfilait en été Proust et qui amusait Paul Morand, ce n’est pas un vêtement d’apparat de la littérature, un habit de lumière pour parader à la foire aux bestiaux, mais son ossature, sa trame, ses minutes judiciaires. Partant de ce principe, le lecteur de cette rentrée 2025 peut être surpris de sa quasi-disparition. De son occultation à son mépris de classe, le fondement d’une écriture est une chose sans intérêt de nos jours. L’écriture serait accessoire, vaguement obsolète. Dépassée car inopérante, car ne répondant pas aux aspirations profondes des lecteurs. Seul le sujet compte, seule la plaidoirie a valeur littéraire, seule l’émotion grossière, déversée en vrac, à la lumière aveuglante, est estimable. C’est le cri qui fait l’écrivain et non ses soupirs. Nos contemporains seraient-ils incapables d’apprécier le tintinnabulement des mots, leur miroitement et leur écrasement sur notre imaginaire ? Des histoires salaces, meurtrissures familiales montées en épingle qui finissent par tourner à vide, il y en a beaucoup trop en septembre. Des filiations honteuses aux plaies d’enfance grinçantes, un peu lancinantes et mal trafiquées, les librairies en débordent. L’écume l’a emporté sur l’agencement, sur la vague indélébile du texte ; sa mystérieuse trace serait seulement une affaire de « privilégiés ». Nous vivons une époque de l’ersatz. On croit lire un livre alors que souvent, nous n’avons droit qu’à l’hallali sans consistance, sans matière féconde, rancunier et mal fagoté, une laborieuse rédaction d’écoliers bavards. Le pitch se suffit à lui-même. L’idée même du pitch remplace l’harmonie narrative. On se contentera donc des épluchures sous peine de passer pour un schnock. Qualité que je revendique, oui, je suis benêt, attardé, confiné dans mes lectures, dans mes vieilleries, j’attends de la phrase qu’elle produise son effet magique, qu’elle me sorte de l’ordinaire, de ma torpeur du quotidien, que la formule espiègle pleine de soubassement me harponne à la veillée. Je crois que je peux attendre encore longtemps l’éclat délirant ou le désespoir cosmique poindre entre les pages. Ce n’est plus d’actualité. À l’heure où les romans s’entassent, avec un retard coupable, Une affaire de style de Denis Grozdanovitch, paru en janvier dernier, m’a semblé un bon point de départ à cette chronique. Parce qu’en dehors du style, de quoi la littérature peut-elle bien être le substrat ? L’essayiste a un rudement bon jeu de fond de court, les références pleuvent dans son recueil, les appuis sont solides, de Bergson à Henry James, de Montaigne à Magris, il connaît la mécanique des relances, un coup droit propre sans emphase conjugué à un revers académique assez redoutable, cet adversaire est coriace. On aime Grozda, l’ex-tennisman, pour son brio, son « french flair », ses montées intempestives au filet, sa création d’un plan de bataille qui désoriente, c’est la marque des mélancoliques enjoués. Grozda est surtout un lecteur à l’oreille tendue qui décortique, par exemple, les ruses de Montherlant, en évoquant son « enthousiasme mêlé de gêne devant les envolées trop pompeuses ». Ce voyage en érudition, saute-moutons gracieux et caustique, est à la fois une déclaration d’amour à certains auteurs et une démarche esthétique. Et puis, quand Grozda s’arrête sur le cas de Vialatte, on est entre amis, entre frères. « D’ailleurs, mon admiration a toujours été telle à son égard que, pendant bien longtemps, elle m’a empêché d’écrire en vue d’une quelconque publication » souligne-t-il. Se mesurer au maître auvergnat en dissidence, il fallait en effet une part d’inconscience et de bravoure. Nous avons tous été à son école buissonnière de la chronique désarticulée, métaphysique et ménagère. Grozda sait pertinemment que nous tournons tous autour de cette histoire style, qu’elle nous accapare l’esprit, nous fascine et nous chagrine, car le style est l’expression de nos fermentations. Le style n’est pas la succession de masques interchangeables, une ornementation de la pensée, stuc ou finasserie, il est roc, il est socle, tutelle essentielle. Écoutons Félicien Marceau nous dire sa vérité : « le style n’est pas seulement une manière d’écrire, je crois que c’est une manière d’exister, une manière d’être. Ce n’est pas quelque chose qu’on ajoute ». « C’est rare un style ! », Monsieur Céline, vous aviez raison. Peut-être qu’Audiberti s’est approché le plus près de ce suc : « le grand écrivain, le vrai écrivain est celui qui est capable de formuler par écrit la masse poétique qui traîne dans la tête et le cœur des hommes quelconques ». Tant qu’il existera des livres et des Hommes pour s’intéresser au style, le combat ne sera pas perdu.

234 pages

Une affaire de style

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19, bis boulevard Montmartre


Tonie Behar est loin d’être un écrivain débutant. Née à Istanbul dans une famille judéo-espagnole, elle s’installe à Paris et commence une carrière dans le monde du luxe ; elle intègre notamment le service presse de la maison de couture Ungaro.

En 2002, elle crée l’agence de rédaction Plume, spécialisée dans les contenus liés au luxe et la beauté. Parallèlement, elle devient journaliste-pigiste et collabore à Citizen KCosmopolitanBiba, Paris Capitale, Le Huffington Post ou Le Parisien. Elle publie également des comédies romantiques.

Trad wifes

Avec Toutes nos promesses, son dernier roman, elle poursuit sa saga Grand boulevards, une série d’opus qui peuvent se lire indépendamment et qui, tous, se déroulent dans un même immeuble situé au 19 bis du boulevard Montmartre.

Dans ce dernier ouvrage, elle nous invite à suivre les pas de Bettina, une gentille et moderne maman qui ne comprend pas toujours sa fille Capucine, 13 ans, qui se saoule de vidéos TikTok ; ces dernières prônent le retour de l’épouse au foyer à la façon des ménagères des fifties. Bettina s’insurge ; elle déteste ces concepts qu’elle considère réactionnaires, elle, séparée de son mari depuis peu, femme libre, indépendante, dynamique, créatrice de sa marque de bijoux qui cartonne. Pour tenter de raisonner Capucine, Bettina lui fait lire une livre d’Antoinette Dauzat, journaliste de la Belle Epoque, avant-gardiste, féministe qui vécut dans leur immeuble du 19 bis, boulevard de Montmartre.

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Antisémitisme répugnant

Tonie Behar parvient à nous tenir en haleine avec un roman habilement construit, vif et souvent fort amusant. De chapitre en chapitre, on fait des bonds dans le temps en passant de nos jours à 1888 ou/et au début du siècle précédent. Elle nous sert de belles descriptions du Paris de la fin du XIXe siècle, cerne bien l’esprit du féminisme naissant. « Elle m’initia à la littérature, mais me montra aussi les conditions de vie de nos paysans, me conta les difficultés du monde ouvrier, ouvrit mon cœur au sort misérable des animaux, et surtout m’enseigna la fierté d’être une femme », fait-elle dire à l’une de ses narratrices. « Même si les personnes de notre sexe n’ont, aujourd’hui encore, guère plus de droits que des enfants, nous possédons des cerveaux capables de réfléchir aussi vite et bien que les hommes et une force caractère qui leur fait souvent défaut, quoiqu’ils en pensent. » Voilà qui est dit !

À travers les propos ignobles et infâmes de la tante Ursule, elle dresse une peinture sans appel de ce que pouvait être l’antisémitisme le plus répugnant de cette époque ; l’affaire Dreyfus est, bien sûr, dans toutes les conversations.

Les retours dans le présent avec les histoires de Bettina sont tout autant savoureux, notamment quand cette dernière, présente sur le tapis rouge du Festival de Cannes pour défendre sa collection de bijoux, bouscule involontairement une jeune star coréenne, ce qui provoquera un tsunami sur les réseaux sociaux. Grâce à cet événement, Bettina et Capucine parviendront à se rapprocher…

Toutes nos promesses, Tonie Behar ; Charleston ; 382 pages.

Toutes nos promesses

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Assassinat de Charlie Kirk, le point de bascule

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Une tribune libre de Nicolas Conquer


Ils pensaient faire taire le mouvement MAGA en s’attaquant à l’un de ses chefs de file. C’est tout l’inverse qui se produit : c’est désormais une génération entière de Charlie Kirk qui s’apprête à se lever.

Charlie Kirk est tombé en héros, son unique arme à la main : un micro. Avec lui, il affrontait les idéologues installés, les universitaires sûrs d’eux, les experts de plateau prompts à dénigrer. Avec lui, il réveillait une jeunesse endormie. Quand le débat cesse, c’est la violence politique qui commence. Cette mécanique tragique, nous l’avons vue à l’œuvre au plus haut niveau : Donald Trump lui-même a été la cible de tentatives d’assassinat durant sa campagne, signe qu’aux États-Unis comme ailleurs, frapper l’homme devient le moyen d’essayer d’abattre une idée.

Engrenage funeste

L’Amérique traverse une série de drames qui la marquent au fer rouge. Le meurtre d’Iryna, réfugiée ukrainienne de 23 ans, poignardée dans l’indifférence quasi générale, sur fond de motivation raciale anti-blanche et rendu possible par un laxisme judiciaire criminel, avait déjà suscité ce constat glaçant de Kirk : « l’Amérique ne sera plus jamais la même ». Puis la tuerie d’enfants au Minnesota par un terroriste trans avait ajouté un cran d’horreur. Aujourd’hui, l’assassinat de Charlie Kirk marque un nouveau basculement. Sans doute l’attentat politique le plus grave depuis JFK. Et, encore une fois, l’Amérique ne sera plus jamais la même.

A lire aussi: Minneapolis: existe-t-il un terrorisme trans?

Ces drames ne sont pas des faits divers isolés. Ils dessinent une pente, celle d’un engrenage funeste. Ce n’est pas la guerre culturelle en tant que telle qui tue, mais la violence politique née de la déshumanisation de l’adversaire par un camp du bien autoproclamé. On ne se contente plus de combattre des idées : on veut abattre ceux qui les portent. On ne tue pas seulement des hommes, on cherche à faire taire des voix. Or Kirk incarnait à la fois une voie — un chemin pour la jeunesse conservatrice — et une voix qui portait haut la foi, la patrie et la famille.

Dès ses premiers combats, il avait compris ce que tant d’hommes politiques refusent encore de voir : la jeunesse, la fameuse Génération Z, ne voulait pas qu’on s’occupe d’elle, elle voulait reprendre en main la politique. Là où d’autres voyaient une jeunesse anesthésiée, il a réveillé des milliers d’étudiants,leur rappelant qu’avant d’être conditionnés par une auto-censure nourrie à l’idéologie woke, ils pouvaient être acteurs de leur destinée. Turning Point USA1, l’organisation qu’il a fondée, en est la démonstration éclatante : une machine de guerre culturelle et de mobilisation électorale, pesant des dizaines de millions de dollars et fédérant des milliers de jeunes, partout sur les campus et qui aura joué un rôle décisif dans la réelection de Donald Trump en 2024.

Kirk n’a jamais fui l’échange, y compris avec ses adversaires les plus farouches. Il affrontait les progressistes sur leur propre terrain, les universités. Il fut même le tout premier invité du podcast du gouverneur de Californie, Gavin Newsom2, symbole de la gauche américaine. Là où ses ennemis érigeaient des murs idéologiques, lui tendait un micro. Cette volonté de dialogue contrastait avec le sectarisme de ceux qui, incapables de le réfuter, se réjouissent aujourd’hui de son élimination.

La droite mène la bataille culturelle sur internet

Je l’avoue : moi-même, parfois, j’ai douté. Je me suis demandé si le jeu en valait la chandelle. J’ai songé à me retirer, à abandonner un combat qui use, qui expose, qui fragilise. Mais depuis ce drame, c’est tout l’inverse. Je sens en moi une radicalité nouvelle, une ardeur inextinguible. Le sacrifice de Kirk n’éteint pas la flamme, il la propage. Il a ouvert la voie — et nous a transmis la voix.

Dans mon livre à paraître en janvier chez Fayard, j’ai consacré un chapitre entier à cette « droite numérique » qui a permis à Trump de construire une contre-culture puissante, enracinée, populaire. Charlie Kirk y occupe une place centrale. Il a montré que les réseaux sociaux ne sont pas condamnés à être des machines à endoctrinement progressiste, mais peuvent devenir les tribunes de la foi, de la patrie et de la liberté.

Tertullien, Père de l’Église au IIᵉ siècle, écrivait : « le sang des martyrs est la semence des chrétiens ». Chaque persécution, loin d’éteindre la foi, la faisait croître. Ce paradoxe vieux de deux millénaires se répète aujourd’hui : les martyrs d’hier nourrissaient la foi chrétienne, les martyrs d’aujourd’hui allument le réveil patriotique.

Et que voyons-nous en France ? Les mêmes poisons, les mêmes travers. L’immigration de masse dissout notre cohésion. L’empathie suicidaire nous désarme face à la barbarie. Une élite médiatique justifie toujours, excuse toujours, relativise toujours — sauf quand il s’agit de condamner les conservateurs. Ce que vit l’Amérique, nous le connaissons déjà : notre propre suicide civilisationnel masqué derrière des discours compassionnels.

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Dans le même temps, certaines voix, comme celles de Villepin ou de perroquets du prêt-à-penser, osent prétendre que Trump et les républicains seraient responsables de cette violence. Abject renversement accusatoire ! En désignant les conservateurs comme menace légitime à abattre, ces commentateurs normalisent la violence politique.

L’assassinat de Kirk est un réveil brutal. Turning Point — littéralement, le point de bascule — porte bien son nom. L’Amérique vient de franchir un seuil. Et nous, Français, serons les prochains si nous ne réagissons pas. Nous ne pouvons plus nous contenter d’une communication lisse et sans saveur. Nous devons descendre dans l’arène, occuper l’espace public, provoquer le débat, refuser d’abandonner le moindre pouce de terrain.

La jeunesse n’attend pas des gestionnaires. Elle attend des combattants. L’Amérique nous alerte : si nous restons passifs, si nous continuons à caresser les illusions progressistes, nous mourrons de notre propre empathie suicidaire. Mais si nous acceptons le combat, alors ce qui semblait une fin deviendra un commencement. La droite française n’a pas besoin d’un nouveau slogan. Elle a besoin d’un micro.

Repose en paix, Charlie. Merci de nous avoir ouvert la voie. Merci de nous avoir transmis la voix. Et à ceux qui doutent encore, je n’ai qu’une exhortation : Fight. Fight. Fight.

  1. https://tpusa.com/ ↩︎
  2. https://open.spotify.com/show/1Volbkd8d5r8IpQ2EWZSC4 ↩︎

Armes turques au Soudan: lire entre les lignes du rapport de l’ONU

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Un récent rapport des Nations Unies a confirmé que le conflit en cours au Soudan est alimenté par l’arrivée d’armes de fabrication turque, malgré l’embargo sur les armes qui aurait dû empêcher une telle issue. Cette découverte est plus qu’une simple violation du droit international : elle met en lumière la manière dont des États fragiles deviennent des laboratoires d’essai pour les technologies militaires de pointe et comment des puissances moyennes comme la Turquie remodèlent le commerce mondial des armes.

Ce que l’ONU a découvert

Les experts de l’ONU ont détaillé un ensemble de systèmes turcs actuellement présents au Soudan, notamment :

  • Drones Bayraktar TB2 : Déjà connus pour leur rôle dans les conflits, de la Libye à l’Ukraine, les TB2 sont désormais utilisés au Soudan, offrant aux factions de nouvelles perspectives et des capacités de frappe de précision.
  • Drones Akenji : Un modèle plus récent et moins répandu, suggérant que le Soudan pourrait être un terrain d’essai précoce pour leur déploiement, que ce soit par le biais de ventes clandestines ou de transferts à des tiers.
  • Systèmes de guerre électronique : Ils permettent aux forces de brouiller les communications, de perturber les radars et même de neutraliser les drones adverses. Ces systèmes avancés sont rares dans les conflits africains et représentent un progrès majeur en termes de capacités.
  • Armes légères et véhicules blindés issus de fabricants turcs.

La présence de ce mélange d’armes suggère que le conflit soudanais est en pleine évolution. Ce qui était autrefois une lutte de pouvoir conventionnelle entre les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) est aujourd’hui transformé par les drones et la guerre électronique, des outils capables de faire pencher la balance d’une manière que les armes traditionnelles ne peuvent pas faire.

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Implications sur le conflit soudanais

Pour le Soudan, l’arrivée des systèmes turcs a deux conséquences majeures.

Premièrement, elle accroît les enjeux de la violence. Les drones comme le TB2 facilitent la surveillance et les frappes ciblées, tandis que les systèmes de guerre électronique complexifient les communications sur le champ de bataille. Ensemble, ils permettent des campagnes plus précises et plus durables, mais avec des coûts dévastateurs pour les civils piégés dans les zones de combat urbaines.

Deuxièmement, elle remodèle les rapports de force. Dans les conflits où la légitimité et le contrôle sont déjà fragiles, l’introduction de technologies avancées peut rapidement inverser la tendance. La partie qui a accès à ces systèmes gagne non seulement en influence militaire, mais aussi en pouvoir de négociation politique.

Le rôle croissant de la Turquie dans les flux mondiaux d’armes

Le rapport reflète également une tendance plus large : l’essor de la Turquie comme exportateur mondial de matériel de défense. En développant sa propre industrie de drones et d’armement, Ankara s’est taillé une place de fournisseur de choix dans des régions où les armes occidentales sont soumises à des restrictions et où les chaînes d’approvisionnement russes sont surchargées.

Mais le Soudan soulève des questions délicates. Soit les entreprises turques ignorent les restrictions imposées par l’embargo, soit les armes sont détournées par l’intermédiaire de courtiers et de tiers, Ankara fermant les yeux. Dans les deux cas, la communauté internationale a peu de moyens de faire respecter les responsabilités.

Pourquoi cela compte au-delà du Soudan

Le cas du Soudan illustre plusieurs risques plus vastes.

L’affaiblissement des embargos sur les armes, d’abord. Si les embargos peuvent être contournés aussi facilement, ils perdent leur crédibilité en tant qu’outils de gestion des conflits. La propagation de la guerre par drones dans les États fragiles est également préoccupante : le Soudan pourrait créer un précédent pour d’autres pays en conflit, où drones et systèmes de guerre électronique pourraient devenir monnaie courante.

Conséquences géopolitiques : en fournissant des systèmes avancés, la Turquie renforce ses liens avec des acteurs que l’Occident refuse de soutenir, permettant à Ankara d’étendre son influence dans les régions contestées.

Les conclusions de l’ONU constituent un signal d’alarme. Les drones et les systèmes de guerre électronique de fabrication turque ne constituent pas seulement des violations des sanctions ; ils changent la donne dans un conflit qui se transforme déjà en l’une des pires crises humanitaires au monde.

À moins que la communauté internationale ne dépasse les embargos symboliques et ne mette en place de véritables mécanismes de surveillance et de sanction des violations, le Soudan pourrait devenir le premier d’une longue série de conflits où les exportateurs d’armes de moyenne puissance contribuent à alimenter des guerres aux conséquences régionales dévastatrices.

Emmanuel Carrère: devoir de mémoire

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Emmanuel Carrère avait publié en 2007 Un roman russe dont le grand-père maternel et problématique était la figure principale. On le retrouve dans Kolkhoze, mais, cette fois-ci, le narrateur élargit considérablement le spectre, dans le temps et l’espace puisque voici la famille au complet sur… quatre générations.


Des noms à coucher dehors

Au commencement, on se croirait dans un roman de Dostoïevski. Ayant entrepris de nous narrer l’histoire de sa famille sur quatre générations, Emmanuel Carrère nous plonge dans les aventures de Russes blancs et de Géorgiens ayant dû quitter leur pays, ou en ayant été chassés. Ce qui fait que les fameux noms « à coucher dehors » tant ils sont à la fois peu lisibles et peu prononçables s’égrènent au fur et à mesure qu’on passe par Berlin, l’Italie, l’Allemagne et la France. Heureusement, le narrateur, de manière fort plaisante, tel un GPS, nous prend par la main et, régulièrement, nous rafraîchit la mémoire. Cet oncle, rappelez-vous, c’est celui qui à la page 65 disait etc. Ainsi, nous voici réorientés. Les deux origines donc de la mère, connue sous le nom d’Hélène Carrère d’Encausse, qui s’appelait originellement Hélène Zourabichvili, sont passées au peigne fin et donnent lieu à des portraits de personnages hauts en couleur, qui ont en commun de vivre à la fois dans l’extrême pauvreté et un sentiment perdurant de leur dignité.

Un mariage comme un baptême

La rencontre entre le père, d’origine modeste, et la mère aux ancêtres aristocratiques apparaît, par-delà les sentiments, comme une histoire de noms. Ainsi, en changeant de nom, la mère se francise d’une part, et efface, d’autre part, la tache laissée par son propre père, collaborateur sous Vichy et probablement fusillé par des résistants en 1944. De son côté, le père, qui consacrera une grande partie de sa vie à la généalogie de sa femme, est fasciné par tous ces nobles, et s’octroiera une particule en passant de Dencausse à d’Encausse. Ainsi, de par le mariage, tous les deux gagnent un nouveau nom et renouvellent leur naissance.

À propos de la tache laissée par le grand-père maternel, lequel avait été le sujet d’Un roman russe, on constate les effets dévastateurs du mensonge sur l’oncle Nicolas obligé de croire une version positive à laquelle il ne croit pas, ce qui fait dire à Emmanuel Carrère qu’il y a là un tropisme russe qui sévissait sous l’Union soviétique et qui perdure aujourd’hui : croire autre chose que ce que l’on croit… Il pense lui-même ne pas avoir été épargné par le déni dont ce grand-père fut l’objet, et qui lui vaudra des années de rupture avec sa mère lorsque ce livre paraîtra.

Littérature et transmission

Pour autant, aucun règlement de comptes dans ce récit, juste l’élucidation de l’histoire. Ici, le souci de la vérité n’est en aucun cas passion monomaniaque, mais nécessité profondément morale envers la littérature, et sa propre descendance. On pourrait presque parler de la réécriture de… la réécriture de l’histoire opérée par la mère. Afin d’y voir clair, afin de ne plus être hanté. Le lecteur s’étonne, du reste, qu’une historienne puisse rétorquer à son fils que cette histoire la regarde et lui appartient, comme si elle ignorait que l’histoire, par définition, ça se transmet…

A lire aussi: Samuel Fitoussi: pourquoi on a raison d’avoir tort

Mais au-delà de ce noyau dur, ce roman nous offre une belle amplitude. Les récits se succèdent dans une écriture d’une rafraîchissante souplesse et d’une simplicité qui est à elle seule tout un art. Par ailleurs, Emmanuel Carrère, s’il est écrivain, est d’abord un lecteur, et il nous livre, toujours à bon escient, ses références. Ce faisant, il rend hommage à ses aînés : Ionesco, Nina Berberova,  Marguerite Yourcenar, Nabokov, Tolstoï qu’il découvrira sur le tard pour cause d’opprobre familial, et Dostoïevski, et ce, malgré ses propos théologico-poliques qui, dit-il, influenceront Vladimir Poutine de manière catastrophique.

Du présent, ne faisons pas pour autant table rase

Car ce roman familial qui balaie la grande histoire nous plonge aussi dans le présent et, en particulier,  dans la guerre en Ukraine, dont le narrateur dit qu’il l’a suivie et la suit toujours comme il ne l’a jamais fait avec aucun autre évènement. De fait, il donne de sa personne dans les différents voyages qu’il fait à l’est de notre continent. Car ce baroudeur ne ménage pas sa peine et se prête à des rencontres peu orthodoxes mais très instructives. Et, pour la première fois encore, lui qui avoue croire le dernier qui a parlé et tenir aux zones grises et à la complexité des choses, tranche cette fois-ci au détriment d’une Russie pour laquelle il lui semble que tous les clichés, hélas, sont vrais, au point d’affirmer que la troisième Rome n’est jamais qu’un quatrième Reich…

Enfin, si la mère est au centre du roman, avec sa complexité et ses zones grises, qui font apparaître à la fois une femme qui n’hésite pas à transformer l’histoire (voir le passage cocasse où à Radio classique elle dit avoir toujours aimé la musique, alors qu’elle ne l’a jamais aimée…) mais aussi une bru capable de lettres d’une grande délicatesse et d’une affection certaine à sa belle-mère, bref, si la mère prend une place considérable, le père émerge lentement mais sûrement. Et avec lui, un fils obligeant à son égard. Dès lors, l’intime se mêle à l’histoire passée et actuelle, et donne, au bout du compte, un livre foisonnant mais d’une écriture tellement fluide qu’on le lit d’une traite, avec le sentiment d’une épopée à dimension humaine, très humaine.

Kolkhoze d’Emmanuel Carrère, éditions POL, 2025. 560 pages.

Kolkhoze

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Vie et mort d’Anne

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37.2 le matin © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Littérature. Notre chroniqueur Cyril Bennasar nous invite à découvrir un extrait de son premier roman L’Affranchi et à faire la connaissance de son personnage principal, Pierre Schwab…


Anne est morte. Elle n’était ni riche ni célèbre ni bien née ni notable. Elle n’a aucune raison de figurer dans Le Figaro à la rubrique décès, celle qu’on lisait à l’antenne de Radio Libertaire quand on allait ensemble à l’émission « De la pente du Carmel, la vue est magnifique ». La famille Hampin de la Roche de Broglie a le regret de vous annoncer que le baron Louis Charles de machin chose a été rappelé à Dieu l’année de ses 93 ans. Suivait un bruit de guillotine enregistré et la revue de presse continuait. Ça nous faisait rire. On était voisins d’enfance et amis, puis amants. Un père allemand, une mère japonaise, une intelligence rare, une culture littéraire qui mettait à toute notre bande de copains des années dans la vue. Elle me disait qu’on vivrait tout ce qu’on a à vivre et qu’à cinquante ans, on se retrouverait pour se marier. Elle me disait aussi que quand j’aurais eu ma dose de gonzesses, je deviendrais pédé. Dans sa bouche, ça voulait dire qu’elle plaçait en moi tous ses espoirs. À présent, je me ferais volontiers enculer si ça pouvait la faire revenir. Je n’imaginais pas que la vie serait aussi dure avec elle, mais même si je l’avais su, je n’aurais pas pu faire grand-chose. On peut faire le bonheur des cons, pas le bonheur des dingues. Et Anne était dingue. Betty dans 37°2.

C’est elle qui m’avait amené à Radio Libertaire après avoir contacté une bande d’anars qui se retrouvaient tous les mardis soir tout à fait gratuitement pour se moquer du monde. On épluchait la presse et on écrivait des textes qu’on lisait à l’antenne. Sans elle, je n’aurais jamais osé ni écrire, ni téléphoner à ces mecs pour me placer, ni à qui que ce soit d’ailleurs. Mais Anne avait une audace folle qui lui ouvrait toutes les portes, même celles de l’enfer. Un jour elle m’avait dit Viens, on y va. Alors j’ai écrit deux trois trucs et on s’est pointés au studio un soir à Montmartre. Je lui avais lu mon texte sur la mort de Lady Di sous le pont de l’Alma, que toute la presse appelait sur un ton obséquieux « la princesse Diana ». Il finissait par «Il n’y a plus que les piliers de pont qui sont républicains dans ce pays». À la fin de ma lecture, le visage d’Anne s’était illuminé. Putain j’en étais sûre que t’étais un écrivain! Je lui avais répondu Arrête tes conneries.

En apprenant sa mort, je sens mon cœur et ma gorge se serrer. On s’est perdus de vue avant mon virage islamophobe et c’est tant mieux, avant que nos copains anars n’informent les auditeurs de Radio libertaire, dans une émission consacrée aux « libertraitres », que j’étais devenu « une figure de proue du racisme en France » et qu’il ne fallait plus me causer. Avec Anne, on se serait affrontés violemment. Elle avait une putain de belle intolérance dans un monde où on transige sur tout mais on n’avait plus la même. Elle ne laissait rien passer et elle m’aurait fait payer la moindre blague raciste. J’ai bien entendu là ? T’as prévu de te branler ce soir ? Jamais je n’aurais pu me douter qu’elle claquerait à cinquante-sept ans d’on ne sait quoi. Suicide, overdose, meurtre? Rien ne me surprendrait. Elle était plus ou moins schizo, elle était sortie abimée, désenchantée, écœurée d’un passage par la prostitution, même de luxe, et elle tombait dans toutes les addictions. Et parce que son grand cœur et son antiracisme abolissaient chez elle tout discernement, elle avait une fâcheuse tendance à traîner avec de la racaille de n’importe quelle couleur. Elle m’avait raconté qu’une nuit dans un squat, un Arabe l’avait violée. Putain de bougnoule! aurait dit mon père. Elle ne parlait pas comme ça. Moi si. Quand je me revois à 14 ans dans les manifs avec la petite main jaune d’SOS racisme, je me demande parfois comment j’en suis arrivé là. Elle ne voyait pas le rapport entre un viol et un Arabe. Moi si. Celui-là était du genre à casquette, en survêtement et en surpoids. Il avait son adresse et revenait certaines nuits frapper à sa porte.

Elle en avait peur mais ne portait pas plainte parce qu’il y avait entre eux une histoire de drogue. Son copain de l’époque était impuissant à neutraliser le nuisible par des moyens légaux et encore plus par des moyens illégaux parce qu’étant avocat, il craignait pour sa carrière. Alors j’avais emprunté à mon frère un flingue, un pistolet à billes qui ne tue pas mais qui à bout touchant troue la peau durablement, et j’avais passé dans sa chambre à Bastille trois jours et trois nuits à attendre Mouloud. Je n’ai jamais vu la trogne du défavorablement connu des services de police qui s’est fait descendre pour de bon par quelqu’un d’autre quelques mois plus tard dans un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants, comme on dit à la télé. Inch Allah!

Sa mort me hante. Pas celle de Mouloud, celle d’Anne. J’aurais voulu lui demander pardon et je n’ai pas eu le temps. Je n’avais pas encore trouvé les mots, les bons, et j’ai été pris de court. On s’est aimés et désaimés pendant les trente premières années de nos vies et j’ai compris trop tard que j’avais passé mon temps à jouer et à me venger. Je l’aurais aimée follement si elle n’avait pas été follement dingue et c’est ce que j’avais commencé à faire à quinze ans jusqu’au jour où elle m’avait annoncé qu’elle avait revu Jean-Marc et qu’elle était encore amoureuse de lui. C’était un mec de la DASS, un sale type, un voyou plus âgé que nous d’une dizaine d’années et qui proposait de faire croquer1 quand il sortait avec ses potes, peut-être par fidélité́ à une promesse de taulards de tout partager une fois dehors. J’avais morflé deux ou trois jours et puis je m’étais remis de mes émotions, jurant qu’on ne m’y prendrait plus, et je suis resté fidèle à mon serment autant que j’ai pu, au grand dam de ces dames.

En amour, il y en a toujours un qui souffre, l’autre joue. Si pour toi l’amour n’est qu’un jeu, alors peu importe, je tends l’autre joue. Ce n’est ni du Joey Star, ni du Big Flo et Olie ni du Abd el Malik ni du Stromae. La rime la plus riche de la chanson française ne vient pas d’une star de la discrimination positive, mais d’une chanson de Lio. Même genre de beauté, de culot, de grâce, de courage que ma chère Anne. Et même féminisme énervé voire hystérique. En amour, je ne suis pas chrétien, je ne tends pas l’autre joue. Plutôt crever mais jusque-là, j’ai survécu. Alors comme ce qui ne tue pas rend plus fort, j’ai joué́ avec Anne au chat et à la souris sans voir qu’elle en souffrait. Je la croyais beaucoup plus forte que moi alors j’ai passé des années à lui rendre la monnaie de sa pièce de boulevard. Je la sautais, la trompais, disparaissais, et je me repointais. Je voyais bien que ce n’était pas du jeu mais je me disais que c’était de bonne guerre. Je ne voyais pas que je la blessais vraiment. Le jour où sa mère a pris son téléphone pour me dire Pierre, si vous revoyez Anne, je vous tue. J’ai compris d’un coup et ça m’a glacé. J’ai décidé́ de disparaitre définitivement, sans penser au sens le plus tragique du mot « définitif ».

Elle était vraiment cinglée. En fouillant dans son inconscient, un psy à la con l’avait persuadée que son père, parti vivre à Berlin avec une deuxième femme, l’avait amenée, quand elle était enfant, chez un dentiste sadique qui la torturait avec ses instruments. Le dangereux freudien avait même réussi à la convaincre que son paternel l’avait violée quand elle était petite. Enfin c’est ce qu’elle m’avait raconté́. Elle était sortie de ces séances avec la ferme intention de partir en Allemagne demander des comptes à son vieux, et, au cas où il lui mentirait, selon son expression, de « lui prendre sa bite ». Je ne connais pas la suite de l’histoire. Le Boche soupçonné d’inceste doit être mort à présent, en emportant son secret dans sa tombe. Et sa bite aussi? Allez savoir!

Entre deux histoires avec moi, elle avait eu un paquet de mecs. Des tas d’histoires qui avaient toutes fini violemment. Immanquablement, le gars se faisait jeter sans ménagement. Trop mesuré, trop juste, trop raisonnable, trop prudent, trop gentil, trop normal. Celui qui ne la suivait pas dans ses excès, ses outrances, ses indignations, ses colères, ses délits était éconduit comme une chiffe molle, dégagé́ sans ménagement. Elle partait en claquant la porte, se montait le bourrichon et revenait plus tard avec sa clef et un marteau pour ruiner l’appart de l’amant décevant. Comme beaucoup, l’avocat y a eu droit, jusqu’aux poignées de portes en porcelaine dans son trois ou quatre pièces haussmannien de l’avenue René Coty. Plus d’un gars a regretté d’avoir croisé sa route, maté son cul et tâté́ ses miches.

J’ai bien failli avoir droit moi aussi à des représailles. Deux fois. La première fois, alors que marié, je la ramenais après un week-end de va-et-vient sauvages et de promenades en forêt, elle me conseillait dans un sursaut de charité́ de vérifier dans les plis de mon canapé si elle n’y avait pas perdu sa culotte. La deuxième fois, c’est grâce à l’arrivée inopinée de mon copain Jean-Louis, qui l’avait trouvée chez moi avec son fameux marteau et sa copine Fouzia, que j’ai encore une télé, un lavabo et des chiottes. Elle n’avait pas de clef : n’ayant rien qui puisse attirer les cambrioleurs, je ne ferme jamais ma porte. Elle était quand même repartie avec tous mes disques dans deux gros sacs en jurant de les jeter dans un lac à deux pas de chez sa mère où elle retournait régulièrement pour une cure de désintox. J’ai repris mes CD le soir — même en douceur mais sans la rebaiser. Il y avait des limites à ne pas franchir, il ne fallait pas toucher à mes Beatles et à mes Motörhead. J’ai tout récupéré́ sauf The River de Springsteen. En plus de toutes ses qualités, elle avait bon goût.

Elle avait même pourri la vie de mon ami Jean-François qui couchait avec elle la semaine à Paris avant de rentrer le week-end chez sa femme en Provence. Un vendredi soir, en montant en voiture sur le parking de la gare d’Avignon où sa régulière venait le chercher, il l’avait vue surgir de la banquette arrière et s’écrier Surprise! Elle avait traversé́ la France quelques jours plus tôt pour ne pas laisser plus longtemps dans l’ignorance une épouse abusée, s’était installée au domicile conjugal et avait tout raconté dans les détails. Sa femme n’avait pas pardonné mais lui, si, et après son divorce, il s’était remis à la colle avec cette beauté́ empoisonnée. Une nuit j’ai vu Jean-François débarquer chez moi en poussant sa moto. La selle était lacérée, les pneus étaient crevés et il était au bord des larmes. Parce qu’il était parti à Lyon avec une autre fille, croyant former avec Anne un couple libre, elle l’avait reçu avec un couteau de cuisine pour lui faire payer sa trahison, et tandis qu’il détalait, elle lardait sa bécane.

Je l’avais prévenu. Elle est folle ! À sauter uniquement si tu aimes vivre dangereusement. Il ne m’avait pas cru et on peut le comprendre. Le début d’une histoire avec Anne avait de quoi déboussoler n’importe quel mec. C’était une lune de miel avec un canon qui avait de l’esprit, des lettres et de l’humour, le tout dans des vapeurs de joints. Ma mise en garde avait bien failli nous brouiller mais on est restes amis jusqu’à ce que la mort de Jean-François nous sépare. Une forme de leucémie dont 95 % des malades sortent vivants mais qui avait tué́ mon copain parce que le crack avait laissé des lésions qui avaient empêché́ sa guérison. Après Anne, il était tombé sur une Arabe qui l’avait dépouillé́ d’une dizaine de milliers d’euros. Je l’avais prévenu aussi, mais Jean-François était incapable de résister à une bonne chatte. Je n’avais pas sauté la fille que j’avais deviné́ fourbe et venimeuse mais sa sœur. Pas la sœur de Jean-François, la sœur de l’Arabe, que j’avais baisée chez elle et rebaisée chez moi après lui avoir dit que j’étais juif, donc en prenant le risque de laisser filer un bon coup. Ce dont je suis resté assez fier. En fait, si, j’ai aussi baisé la sœur de Jean-François, mais ça, c’est une autre histoire.

Je ne sais rien de sa mort. J’espère ne pas apprendre un jour qu’elle a été́ assassinée et que son meurtrier est vivant et libre, faute de preuves ou de places en prison. Si c’est le cas, je comprends d’où̀ me vient cette intuition qu’avant de clamser à mon tour, je deviendrai un assassin, en envoyant six pieds sous terre une racaille nuisible et impunie, à coups de marteau et sans sourciller. À présent, je frémis en repensant à son rire, et je pleure en l’entendant se marrer.

L'affranchi

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  1. Partager sa copine avec ses copains ↩︎

American Nightmare

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© AP/SIPA

Le 22 août dernier, Iryna Zarutska, 23 ans, a été tuée dans le tramway de Charlotte, en Caroline du Nord, dans l’est des États-Unis. Le principal suspect, Decarlos Brown, est un multirécidiviste déjà condamné à plusieurs reprises. L’affaire a rapidement pris une ampleur nationale, Donald Trump et d’autres figures conservatrices critiquant l’indifférence médiatique, la gestion des villes dirigées par les démocrates, le laxisme des autorités judiciaires, et réclamant la peine de mort. Souffrant de schizophrénie, le meurtrier avait revendiqué avoir tué « une femme blanche ». Avant d’être à son tour tué, par balle en pleine réunion publique dans l’Utah, l’influenceur conservateur Charlie Kirk avait déclaré : « si une personne blanche lambda s’approchait tout simplement et poignardait une gentille et honnête personne noire, ce serait une histoire absolument énorme à l’échelle nationale, utilisée pour imposer des changements politiques radicaux à l’ensemble du pays. » Analyse.


Les images de la vidéosurveillance diffusée sur les réseaux sociaux sont particulièrement choquantes. Une jeune femme ukrainienne, Iryna Zarutska a été égorgée, à Charlotte aux États-Unis, par un homme noir qui s’est vanté, sans honte, d’avoir tué une blanche.

L’événement pourrait passer pour un fait divers, noyé dans la rumeur quotidienne des violences, mais il vaut comme signe. Non pas celui d’un déséquilibre individuel, mais celui d’une époque où tuer n’est plus seulement un crime : c’est un geste idéologique, une liturgie profane. La victime n’était rien d’autre qu’un symbole : la blancheur, l’Occident, ce monde que l’on veut expier par le sang.

Maison-Blanche, 9 septembre 2025.

Paradoxes

Depuis George Floyd, la religion séculière de l’antiracisme s’est imposée comme orthodoxie universelle. Partout, les foules acclament leur catéchisme : l’homme blanc est coupable. Il est l’oppresseur, le colon, l’esclavagiste, le policier, le patriarche, l’ennemi absolu. À Paris, des foules criant justice pour Adama Traoré ont importé ce récit d’outre-Atlantique, récit qui ne demande pas réparation mais immolation. On abat des statues, on réécrit l’histoire, on rejoue la Passion avec de nouveaux Judas : le Blanc, et avec lui le Juif.

Car le Juif est toujours là, éternel bouc émissaire. Les nazis le voyaient comme anti-race corruptrice, ennemi biologique à exterminer. Aujourd’hui, il est haï sous le nom de sioniste, figure suprême de la blancheur coloniale, accusé de concentrer en lui tous les crimes de l’Occident. Le paradoxe n’en est pas un : la haine ne change pas de nature, elle recycle ses mythes, inverse ses justifications, change de masque pour mieux survivre. Le Blanc et le Juif ne sont plus deux figures distinctes : ils sont désormais confondus dans une même condamnation. Deux visages d’un même mal imaginaire.

Ce qui est visé à travers eux, c’est l’Occident lui-même, avec son héritage chrétien porteur de l’idée d’universel, son héritage juif qui incarne la mémoire irréductible d’un peuple revenu à sa terre, son héritage gréco-romain fondé sur la raison et la cité, son héritage des Lumières affirmant la liberté de conscience, et enfin son héritage démocratique défendant l’égalité des droits.

Indifférence générale

Tout cela est désormais jugé criminel. Tout cela doit être effacé. Et c’est pourquoi une jeune femme blanche peut être égorgée dans l’indifférence générale, comme un Juif peut être insulté, frappé, lynché dans les rues d’Europe, sans que le monde s’en émeuve.

Pourquoi cet aveuglement des élites occidentales, à l’exception notable de Donald Trump et Elon Musk aujourd’hui qui réagissent fortement et justement  au meurtre de la jeune Ukrainienne ? Parce qu’elles ont choisi la trahison sous plusieurs formes :

– La culpabilité historique érigée en dogme. Obsédées par le péché originel – colonisation, esclavage, impérialisme –, elles se sentent redevables d’une dette infinie. Elles croient conjurer la haine par l’auto-flagellation et nourrissent ainsi l’idéologie de la vengeance en lui offrant sa légitimité morale.

– Le confort du déni. Reconnaître que les pogroms anti-blancs et anti-juifs réapparaissent, ce serait admettre la guerre civile larvée. Nommer l’ennemi, assumer le tragique : elles n’en ont pas le courage. Alors elles détournent les yeux, se réfugient dans des statistiques, s’endorment dans l’illusion.

– La religion du progressisme. Antiracisme, multiculturalisme, repentance sont devenus les dogmes d’une liturgie séculière. Dire la vérité sur la haine anti-blanche ou l’antisémitisme contemporain, ce serait commettre un blasphème. Elles ne gouvernent plus : elles administrent la liquidation morale de leur civilisation.

– La peur d’être accusées. Celui qui nomme la réalité – violences anti-blanches, nouvel antisémitisme, islamisme conquérant – est aussitôt déclaré fasciste, raciste, haineux. Les élites redoutent davantage le tribunal médiatique que l’effondrement de leurs peuples.

– L’illusion du contrôle. Elles croient gérer la haine comme une crise budgétaire, utiliser les minorités comme réservoir électoral. Elles ne comprennent pas que la haine a sa propre logique : elle se nourrit des concessions, elle ne s’apaise jamais.

Ère tragique

À cette matrice occidentale s’ajoute l’islamisme, qui n’a cessé d’attiser et d’amplifier la haine. L’islamisme donne à ce ressentiment un horizon religieux, une justification divine, un récit global. Pour lui, le Juif est l’ennemi absolu depuis Khaybar ; le Blanc est le croisé à abattre ; l’Occident est la civilisation impure qui doit s’effondrer. L’islamisme n’invente pas la haine : il la structure, il lui donne une armée, il l’adosse à une théologie de la conquête. Là où l’antiracisme parle de réparation, l’islamisme parle d’extermination. Et les deux se rejoignent : dans la haine de l’Occident, dans la désignation du Juif et du Blanc comme cibles sacrificielles.

Les nouveaux pogroms ne sont pas encore des foules hurlantes armées de gourdins : ils prennent la forme de lynchages médiatiques, d’agressions banalisées, de meurtres accomplis dans la certitude d’exercer une justice. Mais leur logique est identique : purifier le monde en immolant un coupable désigné. Le sang devient une réponse, le meurtre une liturgie, l’innocent une victime expiatoire.

Nous entrons dans une ère tragique. L’Occident, qui croyait avoir conjuré ses démons, se découvre haïssable à ses propres yeux. Le Juif et le Blanc, désormais confondus dans l’imaginaire de la haine, incarnent ensemble le visage honni d’une civilisation qu’on veut abolir. Le meurtre de la jeune Ukrainienne est une annonce : celle d’un futur où l’on ne tuera plus seulement des individus, mais des symboles, où l’on réglera ses comptes avec l’Histoire par le sang versé dans les rues.

Ce n’est pas un retour en arrière, mais la continuité de la haine. Le pogrom n’a jamais cessé : il change seulement de formes, de justifications, de victimes. Il revient aujourd’hui sous les habits d’une croisade morale, d’une justice vengeresse, d’une pureté fantasmée. Nourri par l’antiracisme occidental, exalté par l’islamisme global, il transforme nos métropoles en nouveaux shtetls promis aux flammes, et nos innocents en victimes expiatoires d’une haine qui se croit juste.

Avec Sophie de Menthon, réhabilitons la réussite!

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Sophie de Menthon © Eric Fougère

La présidente du mouvement patronal Ethic et chroniqueuse Sophie de Menthon s’emploie jour après jour à réhabiliter l’image du patronat auprès des Français. Elle publie un livre.


À la lecture du titre, la tentation serait grande de considérer le dernier livre de Sophie de Menthon comme un simple florilège de sucess stories d’entrepreneurs. Ce serait non seulement sous-estimer la portée de l’ouvrage mais aussi passer à côté des nombreux messages que celui-ci véhicule. Le terme de sucess story lui-même serait déplacé puisque Sophie de Menthon fait le choix audacieux de parler exclusivement de chefs d’entreprise français. Qui mieux qu’une chef d’entreprise pour parler de ses pairs ? D’autant que l’engagement de Sophie de Menthon à leurs côtés n’est plus à prouver, tant la présidente du mouvement Ethic est devenue ces dernières années une figure incontournable de la défense des entreprises de toutes tailles, ne limitant pas l’économie au CAC40 et accordant aux PME la place qu’elles méritent dans le paysage économique français.

« Patron », un joli mot devenu bêtement péjoratif

Il est d’usage actuellement de parler de « dirigeants », de « chefs d’entreprise » ou encore d’« entrepreneurs » mais c’est malicieusement que Sophie de Menthon choisit d’employer le mot « patron », dont la mauvaise presse dans notre pays ne date malheureusement pas d’hier. Il y a les petits, que l’on tolère, surtout quand ils ne sont le patron de personne d’autre que d’eux-mêmes et il y a les grands patrons, surtout ceux de l’honni CAC40, qu’il est d’usage de mépriser. Peu s’insurgent de les voir régulièrement convoqués et sommés de se justifier devant des commissions à l’Assemblée nationale car si la mauvaise réputation du patron n’est pas une spécificité franco-française, force est de constater qu’elle est solidement ancrée dans notre société.

A lire aussi, Jean-Jacques Netter: Le mur des comptes

Qui n’a pas entendu l’été dernier des enfants dire que, plus tard, ils souhaitaient être Léon Marchand ou Thomas Pesquet ? Pour peu que l’un d’eux aurait déclamé vouloir être Alain Afflelou, la scène se serait révélée beaucoup plus cocasse et incongrue. Et pourtant. Alain Afflelou ne connaît personne dans le secteur de l’optique lorsqu’il ouvre sa première boutique à Bordeaux en 1972. Le leader de la franchise optique et audio compte désormais 1 468 points de vente et est présent dans 19 pays. Que sait-on vraiment de ces hommes et femmes dans l’ombre des marques françaises que l’on connaît tous et qui font partie de notre histoire ? Peu, ou pas assez. Sophie de Menthon le déplore : « On ne s’autorise pas à s’étendre sur le talent de ceux qui créent, qui dirigent, qui inventent les produits ou services à succès, le labo qui trouve le vaccin, la marque qui cartonne, le restaurant étoilé qui régale, la voiture qui fait rêver, la haute joaillerie qui fait briller les femmes, etc. »

42 confidences

Persuadée que c’est la méconnaissance qui engendre la haine ou la jalousie, Sophie de Menthon choisit de lever le voile sur ceux qui font l’économie française et s’emploie à leur donner la parole, les invitant dans cet ouvrage à parler de leur parcours. Derrière les marques emblématiques du paysage français, l’entrepreneur est souvent dans l’ombre, caché derrière le nom de l’entreprise, quand bien même celle-ci est éponyme.

A lire aussi, Sophie de Menthon: J’aime les hommes…

Ne nous méprenons pas : il n’est pas question ici de marketing camouflé derrière du storytelling, mais bel et bien d’histoires d’hommes et de femmes avec leurs rêves, leurs ambitions, leurs peurs, leurs aventures entrepreneuriales, mais aussi les doutes et échecs qui ont souvent pavé la route de leur réussite. Sophie de Menthon relève ainsi le défi de parler d’économie sans parler de chiffres ! Il fallait le faire ! Fidèle à sa volonté de casser l’image d’une économie réservée aux seuls initiés, elle signe ici un livre accessible à tous, instructif, utile et inspirant.

Au total, ce sont quarante-deux patrons qui se confient à Sophie de Menthon, et c’est peu dire que leurs secteurs d’activité sont variés ! L’optique, l’art, l’immobilier, la santé, ou même l’agriculture, des marques connues de tous comme Mousline ou Mauboussin à celles plus confidentielles : l’économie française est partout et fait partie de nos vies. Il ne s’agit pas cependant de faire l’éloge d’une époque révolue et prospère mais de prouver que le monde actuel recèle d’opportunités pour peu que l’on ose les saisir ! La détermination, la persévérance, la passion et l’audace, si elles ne sont pas les ingrédients miracle de la réussite, se retrouvent souvent dans les parcours de ceux qui réussissent. Ceux-ci n’hésitent d’ailleurs pas à confier à l’autrice leurs analyses et leur ressenti quant aux mutations et nouvelles donnes du monde actuel, notamment la nécessité d’intégrer une démarche responsable et éthique au sein des entreprises.

A lire ensuite, Thibault Lhirondelle: Non, il n’y a pas trop de restaurants en France, il y a simplement trop de mauvais restaurants!

Le livre de Sophie de Menthon s’inscrit particulièrement dans une actualité ponctuée par de profondes crises sociales, politiques et économiques. Oui, nous avons plus que jamais besoin de modèles, de personnes inspirantes dans un monde où le sens de l’effort et la valeur travail sont devenus sous-cotés voire has been. L’un des enseignements de ce livre est que si la réussite est possible, elle n’en est pas moins parfois difficile et semée d’embûches !

Dans ce contexte, la réhabilitation de l’image du chef d’entreprise ne devient pas seulement souhaitable mais nécessaire. Soyons fiers de nos entrepreneurs nationaux et changeons enfin le regard que l’on porte sur la réussite et l’ambition ! Notre pays regorge de talents et de succès en devenir : telle est la vision que Sophie de Menthon souhaite transmettre pour inspirer les générations actuelles et à venir. Si réussir est possible, remettre l’humain au cœur de l’économie l’est aussi. Ce livre nous le prouve.

360 pages

De l’émeute à la meute

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Porrentruy (Suisse, Jura), 4 juillet 2025.

La France a connu cet été une série de violences gratuites provoquées par des bandes de jeunes souvent mineurs. Petites villes et zones rurales ont été le théâtre de débordements dignes du 9-3, comme si les codes de la banlieue étaient un moyen pour la jeunesse de s’affirmer. Un phénomène inquiétant qui prospère sur fond de trafic de drogue.


Difficile de ne pas penser à La France Orange mécanique de Laurent Obertone – et aux cris d’orfraie que l’ouvrage avait suscités. Cet été, la France a été le théâtre d’une série inédite et inquiétante de violences collectives impliquant des bandes d’adolescents souvent mineurs. Des scènes de chaos ont été rapportées aux quatre coins du pays, dans des localités d’habitude plutôt calmes comme Limoges, Béziers, Charleville-Mézières, Arnage (Sarthe), Dausse (Lot-et-Garonne), Arsac (Gironde), Mornant (Rhône), Jullouville (Manche), etc. D’une nature généralement éruptive et gratuite, ces multiples faits divers – si nombreux qu’ils constituent ensemble un fait de société – dessinent le portrait d’une jeunesse désorientée, déculturée et peu apte à se contrôler.

Souviens-toi l’été dernier…

Le 8 juillet, à Dausse, petite commune située non loin de Villeneuve-sur-Lot et réputée pour sa tranquillité, un marché nocturne a été pris d’assaut par environ 200 jeunes venus des environs. La horde a déboulé en voiture ou deux-roues, proféré des insultes, bousculé les visiteurs, renversé des étals, lancé des projectiles sur des commerçants, multiplié les échauffourées et effrayé les familles présentes. Une femme enceinte a même dû être évacuée d’urgence par les secours. Sous le choc, la municipalité a annulé le marché suivant. Interrogé dans la presse peu de temps après, le maire a invoqué un problème de manque d’équipement pour les jeunes du cru, tandis que sur les réseaux sociaux, bon nombre d’internautes ont été prompts à établir un lien avec l’immigration, sans preuve ni confirmation. Qu’ils soient de droite ou de gauche, ces réflexes interprétatifs peinent à cerner le problème dans toutes ses dimensions.

Les jours suivants, entre le 14 et le 21 juillet, Limoges a connu plusieurs nuits d’affrontements dans deux de ses faubourgs. À Beaubreuil, une patrouille de police a été encerclée et visée par des mortiers d’artifice. Au Val de l’Aurence, des groupes de jeunes, parfois masqués, ont incendié des poubelles, lancé des projectiles contre des abribus et attaqué des agents municipaux. Une vidéo montre un homme isolé poursuivi par une dizaine d’agresseurs qui le frappent à terre, dans la jubilation du groupe. Submergées par le nombre et la mobilité des assaillants, les forces de l’ordre, bien qu’intervenues rapidement, ont parfois dû battre en retraite.

Les nageurs français pas bienvenus en Suisse

D’autres manifestations de saccages en meute ont eu pour cadre diverses bases de loisirs estivales du pays, où de multiples bagarres, harcèlements, jets d’objets dans les bassins et refus d’obtempérer ont été signalés. Le fléau a même traversé les frontières puisque certaines municipalités de Suisse romande, comme Porrentruy, non loin de Montbéliard, mais aussi Lausanne, ont été carrément obligées de restreindre l’accès des piscines publiques à leurs seuls administrés suite à des incidents répétés de la part de groupes d’adolescents qui se sont révélés être pour la plupart des résidents de communes limitrophes françaises.

Scénario identique à Arnage, une agréable bourgade jouxtant le circuit automobile du Mans, le 16 juillet, jour d’inauguration d’un parc aquatique. Dès l’ouverture, des dizaines de jeunes forcent les tourniquets, refusent de faire la queue pour les attractions, déclenchent des altercations dans les vestiaires, agressent verbalement le personnel et initient des rixes sur le plan d’eau. Des images montrent des bousculades sciemment provoquées, des enfants recevant des coups et des vacanciers paniqués tentant de quitter les lieux. L’établissement, qui a dû fermer ses portes au bout de quelques heures seulement, a repris une activité normale deux jours plus tard grâce à un dispositif de sécurité redoublé et un filtrage drastique des entrées.

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Ce qui frappe dans chacune de ces affaires, c’est le très jeune âge des protagonistes. Beaucoup n’ont que 13 ou 14 ans. En 2023, lors des émeutes de banlieue faisant suite à la mort de Nahel Merzouk, les observateurs avaient aussi été surpris par le profil de certains casseurs arrêtés. À côté du type classique de fauteur de trouble « professionnel », la police avait recensé quantité d’émeutiers à peine sortis de l’enfance et généralement sans antécédents judiciaires. Dans les procès-verbaux de leurs auditions transparaît une forme de colère sourde, indistincte, mêlée d’ennui et de ressentiment diffus. Certains de ces délinquants en herbe disent ainsi avoir voulu « se venger », sans pourtant savoir de quoi ni de qui. D’autres affirment leur désir de « se faire entendre » à travers la violence, tout en se montrant incapables de verbaliser une quelconque revendication. L’hostilité envers la police, vue comme un corps étranger, injuste et humiliant, est constante quoique fréquemment inspirée par une simple expérience indirecte, nourrie des rumeurs du quartier.

Quant aux origines sociales, elles confirment un ancrage dans les classes populaires périurbaines. Nahel Merzouk lui-même représente un portrait-robot de cette jeunesse peu encline au civisme. Citoyen franco-algérien né d’une mère algérienne et d’un père d’origine marocaine avec lequel il n’entretenait quasiment aucun lien, le jeune homme a grandi en région parisienne, habitant Nanterre et fréquentant un collège puis un lycée à Suresnes, où il a entamé une formation en électricité en vue d’un CAP, avant de se réorienter brièvement vers la mécanique et de finir par quitter le système scolaire au bout de six mois, contraint dès lors de gagner sa vie comme livreur de pizzas.

Une bonne part des auteurs de violences évoqués jusqu’ici viennent comme lui de familles monoparentales, où le plus souvent la mère, largement dépassée par la situation, a la garde de sa progéniture. Une majorité de ces jeunes sont plus ou moins déscolarisés. Mais on relève aussi des cas d’adolescents davantage insérés, avec des parcours de formation plus solides, certains s’avérant même être des lycéens sans histoire, qui ont basculé l’espace de quelques heures dans des actions de destruction ou de pillage comme si les barrières morales s’étaient dissoutes à la faveur de l’élan collectif.

Intégration à l’envers

Il faut aussi noter que cette jeunesse n’est plus seulement issue des cités sensibles de Paris ou des métropoles françaises. En 2023, des villes moyennes ou petites, comme Montargis, ont connu leur lot de débordements, digne de ce qu’on a pu voir en Seine-Saint-Denis. Imiter les codes de la banlieue est-il devenu de nos jours un moyen pour la jeunesse française de s’affirmer ? Assiste-t-on à ce que l’on pourrait qualifier d’intégration « à rebours », comme l’affirme le responsable de la sécurité d’une ville moyenne que nous avons interrogé ? De nombreux indices rendent cette lecture des faits très convaincante.

Enfin, les témoignages des éducateurs, avocats ou magistrats en charge de dossiers mettant en cause des jeunes délinquants ayant agi en bande plus ou moins organisée convergent sur un point : une grande partie des accusés ont exprimé, une fois calmés, du regret. Cette disproportion entre leurs actes violents et leur attitude quand ils sont isolés et confrontés à l’autorité judiciaire révèle le décalage entre la puissance du groupe et la fragilité de l’individu revenu à lui-même. Bref, ce ne sont ni des caïds ni des membres de gang endurcis. Cependant un certain contexte pourrait jouer un rôle déterminant dans leur comportement : le bouleversement en cours du marché français de la drogue.

Depuis une dizaine d’années, sous l’effet de la saturation de l’offre et de la recherche de nouvelles clientèles, le trafic de stupéfiants, autrefois concentré dans les grandes agglomérations, s’est progressivement étendu aux petites villes et aux campagnes. Ce phénomène de « ruralisation de la drogue » s’étend jusqu’à des départements comme la Creuse, l’Indre ou la Haute-Loire, où les élus et les forces de l’ordre constatent l’émergence de réseaux structurés. L’expansion est particulièrement visible depuis le milieu des années 2010, avec des exemples emblématiques à Alençon, Châteauroux ou dans certains cantons d’Ardèche.

Cette mutation du trafic de drogue s’est nettement intensifiée pendant, et surtout après, la pandémie de coronavirus. Le confinement a d’abord perturbé les circuits traditionnels, obligeant les mafias à s’adapter en développant des méthodes plus discrètes, telles que les livraisons à domicile ou les points de contact temporaires. Mais c’est surtout la période post-Covid qui a connu une accélération du développement de la distribution périphérique. Profitant de la désorganisation des forces de l’ordre, de la fragilisation sociale dans certaines zones rurales et de l’essor du télétravail ayant vidé certains centres-villes, les trafiquants ont identifié de nouveaux territoires à exploiter.

Dès 2021–2022, des cas sont documentés à Figeac, Aurillac ou encore dans les Alpes-de-Haute-Provence, où les autorités locales ont vu émerger de jeunes dealers venus d’Île-de-France, du Rhône ou des Bouches-du-Rhône. Même constat dans les grands ensembles du Val de l’Aurence et de Beaubreuil à Limoges, récemment touchés par les violences urbaines. Ce phénomène marque un tournant durable dans l’économie souterraine française. Le « nouveau péril jeune », qui se caractérise par sa violence plus diffuse, plus erratique et plus provinciale, ne survient peut-être pas par hasard au même moment.

Ces phénomènes disparates finissent par s’agréger. Ils apparaissent comme les symptômes d’une même réalité qui se développe à l’échelle au moins nationale : une jeunesse qui agit en groupe, dans une défiance ouverte envers l’autorité, et cela sans déclencheur extérieur immédiat, à la différence des émeutes urbaines de 2005 ou 2023, causées par la mort brutale de jeunes gens.

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L’introduction du trafic de drogue, avec son cortège d’accès facilité aux stupéfiants, à l’argent rapide et à une certaine forme d’agressivité banalisée, conjuguée aux liens tissés avec des réseaux plus anciens et structurés venus des grandes villes, ces « grands frères » du crime, a – telle est notre thèse – constitué le point de bascule. La dynamique de meute devient dès lors un mode de socialisation, marqué par l’effet de nombre, la recherche de la confrontation et l’effacement des limites. Ce ne sont plus des jeunes livrés à eux-mêmes, mais des groupes qui cherchent dans le chaos et dans l’irruption violente une forme de reconnaissance.

Le lien avec l’immigration, souvent convoqué dans ces analyses, reste en revanche à ce stade à la fois omniprésent et mal établi car les incidents les plus récents n’ont pas donné lieu à une identification claire. Il en va de même s’agissant du rôle joué par les téléphones mobiles : la quasi-totalité des adolescents violents en possède un, bien sûr, dont ils se servent pour se regrouper avec leur bande, puis pour filmer leurs « exploits » avant de les diffuser sur les réseaux sociaux. Une mécanique infernale, aussi efficace que grisante… Mais la démocratisation des portables est-elle la cause principale des nouvelles formes de violence juvénile ? Difficile de l’affirmer.

Que de changements depuis vingt ans ! En 2005, la mort à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, de Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur alors qu’ils fuyaient la police, a engendré une gigantesque vague de violences à travers le pays, très préoccupante, mais relativement homogène. Les affrontements se sont alors concentrés au sein d’une géographie bien identifiée, celle des quartiers à forte composante immigrée et visaient clairement l’État, les forces de l’ordre, les symboles comme les écoles et les équipements publics. Le discours des jeunes, même confus, était politique. Il s’agissait de se révolter contre les discriminations, le chômage, le mépris social et le harcèlement policier. En 2025, la violence surgit dans des contextes imprévus : un marché rural dans le midi, une piscine en Suisse, un parc aquatique dans l’Ouest. Ce qui s’est effondré entre 2005 et aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’autorité de l’État, c’est la capacité de certains jeunes à se penser et à exister autrement que par des pulsions exprimées en meutes.

Le mur des comptes

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© Jacques Witt / Sipa

Chaque mois, le vice-président de l’Institut des libertés décode l’actualité économique. Et le compte n’y est pas.


Le 12 mars 2020, en pleine crise du Covid, Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), déclarait dans L’Express : « La récession pourrait être contrée en laissant filer les déficits publics et la dette. Il serait irresponsable de ne pas le faire. » Ce raisonnement lunaire, hélas pris au sérieux par nos décideurs, est en train de nous conduire vers une crise majeure de la dette. Le désastre ressemblera à ce qu’il s’est passé en Grèce en 2010, quand les marchés ont retiré d’un coup leur confiance au pays. Il s’en est suivi plusieurs années d’émeutes et d’effondrement des retraites et des salaires. Les Français, qui n’ont pas connu de baisse réelle de leurs revenus depuis la guerre, auront énormément de mal à supporter la double tutelle de la Banque centrale européenne (BCE) et… du FMI.

International Monetary Fund’s Economic Counsellor Olivier Blanchard presents the World Economic Outlook September 20, 2011 at the IMF Headquarters in Washington, DC. IMF Photograph/Stephen Jaffe

Deux mouvements pourraient précipiter notre pays dans la crise sociale. Celui des « Gueux », incarné par Alexandre Jardin, en lutte contre « l’écolo-technocratie qui appauvrit le peuple ». Et celui des contribuables de la classe moyenne, incarnés par le mème « Nicolas qui paye », qui met en scène un jeune cadre dynamique ponctionné par le fisc et assurant ce faisant, dans l’ingratitude générale, le train de vie des retraités et des assistés sociaux.

Le nombre de faillites d’entreprise ne cesse de s’accroître en France. Les anciennes gloires du prêt-à-porter ferment boutique les unes après les autres : Comptoir des Cotonniers, Princesse tam.tam et Naf Naf (qui ne conservera que la moitié de ses 600 salariés). Dans les nouvelles technologies, la société Aqualines, spécialisée dans les bateaux volants à Bayonne, va également cesser son activité. Il y aura beaucoup d’autres mauvaises nouvelles de ce type dans les mois à venir. Le retour masqué de l’impôt sur la fortune (via une « taxe différentielle sur le patrimoine », à laquelle travaille Bercy) risque d’accélérer les départs de capitaux, de talents et surtout d’entrepreneurs…

Les levées de fonds dans les start-up ont subi une baisse de 30 % en 2024, selon le dernier décompte de la société de conseil EY. La « start-up nation » d’Emmanuel Macron n’est guère en forme… Heureusement, il existe quelques exceptions comme l’entreprise Mirakl, un éditeur de logiciels français, qui vient d’atteindre une valorisation de 3,5 milliards d’euros. Fondée par Adrien Nussenbaum et Philippe Corrot, elle propose une solution de marketplace qui permet d’intégrer des vendeurs externes.

L’Élysée a enregistré une baisse de 2,2 % de ses dépenses en 2024. Quand on entre dans les détails de ce budget (de 123,3 millions d’euros), on voit que le coût des déplacements du président a reculé de 13 %. Il faut saluer cette publication de comptes car, sous Emmanuel Macron, rares sont les économies réalisées au sein de l’État. En revanche, les frais liés à Brigitte Macron, d’un montant annuel de 316 980 euros, ont progressé de 2,4 %. Rappelons que Madame de Gaulle payait ses billets de train de sa poche quand elle accompagnait son mari en voyage officiel.

Les Canadair promis par Emmanuel Macron en 2022 ne sont toujours pas là. Après les très gros incendies en Gironde, il avait pourtant annoncé à l’époque « un plan de réarmement aérien d’urgence » doté d’une enveloppe de 250 millions d’euros. Problème : les nouveaux avions bombardiers d’eau, de modèle DHC-515, commandés au constructeur canadien De Havilland ne seront pas livrés avant 2028. L’Union européenne, chargée de conclure le contrat, a pris, comme on pouvait s’y attendre, un considérable retard. Il existait pourtant une façon de hâter la négociation : menacer le fournisseur d’acheter à la place des Airbus A400M pompier, des Falcon Fire Fighter de chez Dassault Aviation ou des Hynaero, conçus par une start-up française à partir de Frégate F-100 recyclées. En attendant, il faudra continuer de jongler, comme cet été dans le Gard, avec des avions en fin de course, des hélicoptères et des drones… Cas typique de l’écart abyssal entre l’annonce et l’exécution. Une fois de plus, on peut constater la mauvaise capacité de nos pouvoirs publics à gérer des dossiers complexes sur les plans industriels et financiers.

Emmanuel Macron aime bien récompenser ses amis en les recasant dans des postes bien payés de la République. Il n’a rien inventé, mais il est particulièrement actif en la matière. Derniers exemples en date : Richard Ferrand a été nommé président du Conseil constitutionnel, Najat Vallaud-Belkacem a été propulsée – sans concours ! – conseillère-maître à la Cour des comptes (que Pierre Moscovici est en train de transformer en annexe du Parti socialiste), Dominique Voynet a intégré le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), Jean-Marc Ayrault a obtenu la présidence de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Jack Lang a été confirmé à la tête de l’Institut du monde arabe. On pourrait allonger cette liste avec Pap Ndiaye, Christophe Castaner, Emmanuelle Wargon, Amélie Oudéa-Castéra, Stéphane Séjourné, puis la compléter avec tous les anciens membres des cabinets ministériels qui bénéficient, une fois de retour dans l’administration, de promotions éclair sans que cela choque outre mesure la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Le Conseil constitutionnel se prononce de plus en plus selon des préférences idéologiques. Depuis le début de l’année, il a complètement désamorcé la loi immigration (malgré un avis favorable du Conseil d’État), la loi sur le narcotrafic (six articles censurés à la grande tristesse de la Sécurité intérieure, qui attendait ce texte depuis longtemps), la loi sur la justice des mineurs (cinq articles censurés, dont celui sur la comparution immédiate), la loi sur les nouvelles formes de l’antisémitisme, la réforme de la nationalité à Mayotte, la réforme du scrutin municipal à Paris, Lyon et Marseille et, bien sûr, la loi Duplomb. L’instabilité parlementaire renforce comme jamais le gouvernement des juges.

Le style, grand oublié de la rentrée littéraire

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Denis Grozdanovitch © JF Paga

Monsieur Nostalgie insiste sur la ligne éditoriale à adopter. Il n’en démord pas, son mantra demeure: « Sans style, point de salut ! ». Il en profite pour évoquer l’essai de Denis Grozdanovitch paru chez Grasset en début d’année et quelques illustres stylistes oubliés…


Le style n’est pas la pelisse élimée, mitée, douteuse qu’enfilait en été Proust et qui amusait Paul Morand, ce n’est pas un vêtement d’apparat de la littérature, un habit de lumière pour parader à la foire aux bestiaux, mais son ossature, sa trame, ses minutes judiciaires. Partant de ce principe, le lecteur de cette rentrée 2025 peut être surpris de sa quasi-disparition. De son occultation à son mépris de classe, le fondement d’une écriture est une chose sans intérêt de nos jours. L’écriture serait accessoire, vaguement obsolète. Dépassée car inopérante, car ne répondant pas aux aspirations profondes des lecteurs. Seul le sujet compte, seule la plaidoirie a valeur littéraire, seule l’émotion grossière, déversée en vrac, à la lumière aveuglante, est estimable. C’est le cri qui fait l’écrivain et non ses soupirs. Nos contemporains seraient-ils incapables d’apprécier le tintinnabulement des mots, leur miroitement et leur écrasement sur notre imaginaire ? Des histoires salaces, meurtrissures familiales montées en épingle qui finissent par tourner à vide, il y en a beaucoup trop en septembre. Des filiations honteuses aux plaies d’enfance grinçantes, un peu lancinantes et mal trafiquées, les librairies en débordent. L’écume l’a emporté sur l’agencement, sur la vague indélébile du texte ; sa mystérieuse trace serait seulement une affaire de « privilégiés ». Nous vivons une époque de l’ersatz. On croit lire un livre alors que souvent, nous n’avons droit qu’à l’hallali sans consistance, sans matière féconde, rancunier et mal fagoté, une laborieuse rédaction d’écoliers bavards. Le pitch se suffit à lui-même. L’idée même du pitch remplace l’harmonie narrative. On se contentera donc des épluchures sous peine de passer pour un schnock. Qualité que je revendique, oui, je suis benêt, attardé, confiné dans mes lectures, dans mes vieilleries, j’attends de la phrase qu’elle produise son effet magique, qu’elle me sorte de l’ordinaire, de ma torpeur du quotidien, que la formule espiègle pleine de soubassement me harponne à la veillée. Je crois que je peux attendre encore longtemps l’éclat délirant ou le désespoir cosmique poindre entre les pages. Ce n’est plus d’actualité. À l’heure où les romans s’entassent, avec un retard coupable, Une affaire de style de Denis Grozdanovitch, paru en janvier dernier, m’a semblé un bon point de départ à cette chronique. Parce qu’en dehors du style, de quoi la littérature peut-elle bien être le substrat ? L’essayiste a un rudement bon jeu de fond de court, les références pleuvent dans son recueil, les appuis sont solides, de Bergson à Henry James, de Montaigne à Magris, il connaît la mécanique des relances, un coup droit propre sans emphase conjugué à un revers académique assez redoutable, cet adversaire est coriace. On aime Grozda, l’ex-tennisman, pour son brio, son « french flair », ses montées intempestives au filet, sa création d’un plan de bataille qui désoriente, c’est la marque des mélancoliques enjoués. Grozda est surtout un lecteur à l’oreille tendue qui décortique, par exemple, les ruses de Montherlant, en évoquant son « enthousiasme mêlé de gêne devant les envolées trop pompeuses ». Ce voyage en érudition, saute-moutons gracieux et caustique, est à la fois une déclaration d’amour à certains auteurs et une démarche esthétique. Et puis, quand Grozda s’arrête sur le cas de Vialatte, on est entre amis, entre frères. « D’ailleurs, mon admiration a toujours été telle à son égard que, pendant bien longtemps, elle m’a empêché d’écrire en vue d’une quelconque publication » souligne-t-il. Se mesurer au maître auvergnat en dissidence, il fallait en effet une part d’inconscience et de bravoure. Nous avons tous été à son école buissonnière de la chronique désarticulée, métaphysique et ménagère. Grozda sait pertinemment que nous tournons tous autour de cette histoire style, qu’elle nous accapare l’esprit, nous fascine et nous chagrine, car le style est l’expression de nos fermentations. Le style n’est pas la succession de masques interchangeables, une ornementation de la pensée, stuc ou finasserie, il est roc, il est socle, tutelle essentielle. Écoutons Félicien Marceau nous dire sa vérité : « le style n’est pas seulement une manière d’écrire, je crois que c’est une manière d’exister, une manière d’être. Ce n’est pas quelque chose qu’on ajoute ». « C’est rare un style ! », Monsieur Céline, vous aviez raison. Peut-être qu’Audiberti s’est approché le plus près de ce suc : « le grand écrivain, le vrai écrivain est celui qui est capable de formuler par écrit la masse poétique qui traîne dans la tête et le cœur des hommes quelconques ». Tant qu’il existera des livres et des Hommes pour s’intéresser au style, le combat ne sera pas perdu.

234 pages

Une affaire de style

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19, bis boulevard Montmartre

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La romancière française Tonie Behar photographiée en septembre 2025. DR.

Tonie Behar est loin d’être un écrivain débutant. Née à Istanbul dans une famille judéo-espagnole, elle s’installe à Paris et commence une carrière dans le monde du luxe ; elle intègre notamment le service presse de la maison de couture Ungaro.

En 2002, elle crée l’agence de rédaction Plume, spécialisée dans les contenus liés au luxe et la beauté. Parallèlement, elle devient journaliste-pigiste et collabore à Citizen KCosmopolitanBiba, Paris Capitale, Le Huffington Post ou Le Parisien. Elle publie également des comédies romantiques.

Trad wifes

Avec Toutes nos promesses, son dernier roman, elle poursuit sa saga Grand boulevards, une série d’opus qui peuvent se lire indépendamment et qui, tous, se déroulent dans un même immeuble situé au 19 bis du boulevard Montmartre.

Dans ce dernier ouvrage, elle nous invite à suivre les pas de Bettina, une gentille et moderne maman qui ne comprend pas toujours sa fille Capucine, 13 ans, qui se saoule de vidéos TikTok ; ces dernières prônent le retour de l’épouse au foyer à la façon des ménagères des fifties. Bettina s’insurge ; elle déteste ces concepts qu’elle considère réactionnaires, elle, séparée de son mari depuis peu, femme libre, indépendante, dynamique, créatrice de sa marque de bijoux qui cartonne. Pour tenter de raisonner Capucine, Bettina lui fait lire une livre d’Antoinette Dauzat, journaliste de la Belle Epoque, avant-gardiste, féministe qui vécut dans leur immeuble du 19 bis, boulevard de Montmartre.

A lire aussi: Connemara, d’Alex Lutz: Bof!

Antisémitisme répugnant

Tonie Behar parvient à nous tenir en haleine avec un roman habilement construit, vif et souvent fort amusant. De chapitre en chapitre, on fait des bonds dans le temps en passant de nos jours à 1888 ou/et au début du siècle précédent. Elle nous sert de belles descriptions du Paris de la fin du XIXe siècle, cerne bien l’esprit du féminisme naissant. « Elle m’initia à la littérature, mais me montra aussi les conditions de vie de nos paysans, me conta les difficultés du monde ouvrier, ouvrit mon cœur au sort misérable des animaux, et surtout m’enseigna la fierté d’être une femme », fait-elle dire à l’une de ses narratrices. « Même si les personnes de notre sexe n’ont, aujourd’hui encore, guère plus de droits que des enfants, nous possédons des cerveaux capables de réfléchir aussi vite et bien que les hommes et une force caractère qui leur fait souvent défaut, quoiqu’ils en pensent. » Voilà qui est dit !

À travers les propos ignobles et infâmes de la tante Ursule, elle dresse une peinture sans appel de ce que pouvait être l’antisémitisme le plus répugnant de cette époque ; l’affaire Dreyfus est, bien sûr, dans toutes les conversations.

Les retours dans le présent avec les histoires de Bettina sont tout autant savoureux, notamment quand cette dernière, présente sur le tapis rouge du Festival de Cannes pour défendre sa collection de bijoux, bouscule involontairement une jeune star coréenne, ce qui provoquera un tsunami sur les réseaux sociaux. Grâce à cet événement, Bettina et Capucine parviendront à se rapprocher…

Toutes nos promesses, Tonie Behar ; Charleston ; 382 pages.

Toutes nos promesses

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Assassinat de Charlie Kirk, le point de bascule

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Le militant politique américain Charlie Kirk photographié au Texas en avril 2025 © Meredith Seaver/AP/SIPA

Une tribune libre de Nicolas Conquer


Ils pensaient faire taire le mouvement MAGA en s’attaquant à l’un de ses chefs de file. C’est tout l’inverse qui se produit : c’est désormais une génération entière de Charlie Kirk qui s’apprête à se lever.

Charlie Kirk est tombé en héros, son unique arme à la main : un micro. Avec lui, il affrontait les idéologues installés, les universitaires sûrs d’eux, les experts de plateau prompts à dénigrer. Avec lui, il réveillait une jeunesse endormie. Quand le débat cesse, c’est la violence politique qui commence. Cette mécanique tragique, nous l’avons vue à l’œuvre au plus haut niveau : Donald Trump lui-même a été la cible de tentatives d’assassinat durant sa campagne, signe qu’aux États-Unis comme ailleurs, frapper l’homme devient le moyen d’essayer d’abattre une idée.

Engrenage funeste

L’Amérique traverse une série de drames qui la marquent au fer rouge. Le meurtre d’Iryna, réfugiée ukrainienne de 23 ans, poignardée dans l’indifférence quasi générale, sur fond de motivation raciale anti-blanche et rendu possible par un laxisme judiciaire criminel, avait déjà suscité ce constat glaçant de Kirk : « l’Amérique ne sera plus jamais la même ». Puis la tuerie d’enfants au Minnesota par un terroriste trans avait ajouté un cran d’horreur. Aujourd’hui, l’assassinat de Charlie Kirk marque un nouveau basculement. Sans doute l’attentat politique le plus grave depuis JFK. Et, encore une fois, l’Amérique ne sera plus jamais la même.

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Ces drames ne sont pas des faits divers isolés. Ils dessinent une pente, celle d’un engrenage funeste. Ce n’est pas la guerre culturelle en tant que telle qui tue, mais la violence politique née de la déshumanisation de l’adversaire par un camp du bien autoproclamé. On ne se contente plus de combattre des idées : on veut abattre ceux qui les portent. On ne tue pas seulement des hommes, on cherche à faire taire des voix. Or Kirk incarnait à la fois une voie — un chemin pour la jeunesse conservatrice — et une voix qui portait haut la foi, la patrie et la famille.

Dès ses premiers combats, il avait compris ce que tant d’hommes politiques refusent encore de voir : la jeunesse, la fameuse Génération Z, ne voulait pas qu’on s’occupe d’elle, elle voulait reprendre en main la politique. Là où d’autres voyaient une jeunesse anesthésiée, il a réveillé des milliers d’étudiants,leur rappelant qu’avant d’être conditionnés par une auto-censure nourrie à l’idéologie woke, ils pouvaient être acteurs de leur destinée. Turning Point USA1, l’organisation qu’il a fondée, en est la démonstration éclatante : une machine de guerre culturelle et de mobilisation électorale, pesant des dizaines de millions de dollars et fédérant des milliers de jeunes, partout sur les campus et qui aura joué un rôle décisif dans la réelection de Donald Trump en 2024.

Kirk n’a jamais fui l’échange, y compris avec ses adversaires les plus farouches. Il affrontait les progressistes sur leur propre terrain, les universités. Il fut même le tout premier invité du podcast du gouverneur de Californie, Gavin Newsom2, symbole de la gauche américaine. Là où ses ennemis érigeaient des murs idéologiques, lui tendait un micro. Cette volonté de dialogue contrastait avec le sectarisme de ceux qui, incapables de le réfuter, se réjouissent aujourd’hui de son élimination.

La droite mène la bataille culturelle sur internet

Je l’avoue : moi-même, parfois, j’ai douté. Je me suis demandé si le jeu en valait la chandelle. J’ai songé à me retirer, à abandonner un combat qui use, qui expose, qui fragilise. Mais depuis ce drame, c’est tout l’inverse. Je sens en moi une radicalité nouvelle, une ardeur inextinguible. Le sacrifice de Kirk n’éteint pas la flamme, il la propage. Il a ouvert la voie — et nous a transmis la voix.

Dans mon livre à paraître en janvier chez Fayard, j’ai consacré un chapitre entier à cette « droite numérique » qui a permis à Trump de construire une contre-culture puissante, enracinée, populaire. Charlie Kirk y occupe une place centrale. Il a montré que les réseaux sociaux ne sont pas condamnés à être des machines à endoctrinement progressiste, mais peuvent devenir les tribunes de la foi, de la patrie et de la liberté.

Tertullien, Père de l’Église au IIᵉ siècle, écrivait : « le sang des martyrs est la semence des chrétiens ». Chaque persécution, loin d’éteindre la foi, la faisait croître. Ce paradoxe vieux de deux millénaires se répète aujourd’hui : les martyrs d’hier nourrissaient la foi chrétienne, les martyrs d’aujourd’hui allument le réveil patriotique.

Et que voyons-nous en France ? Les mêmes poisons, les mêmes travers. L’immigration de masse dissout notre cohésion. L’empathie suicidaire nous désarme face à la barbarie. Une élite médiatique justifie toujours, excuse toujours, relativise toujours — sauf quand il s’agit de condamner les conservateurs. Ce que vit l’Amérique, nous le connaissons déjà : notre propre suicide civilisationnel masqué derrière des discours compassionnels.

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Dans le même temps, certaines voix, comme celles de Villepin ou de perroquets du prêt-à-penser, osent prétendre que Trump et les républicains seraient responsables de cette violence. Abject renversement accusatoire ! En désignant les conservateurs comme menace légitime à abattre, ces commentateurs normalisent la violence politique.

L’assassinat de Kirk est un réveil brutal. Turning Point — littéralement, le point de bascule — porte bien son nom. L’Amérique vient de franchir un seuil. Et nous, Français, serons les prochains si nous ne réagissons pas. Nous ne pouvons plus nous contenter d’une communication lisse et sans saveur. Nous devons descendre dans l’arène, occuper l’espace public, provoquer le débat, refuser d’abandonner le moindre pouce de terrain.

La jeunesse n’attend pas des gestionnaires. Elle attend des combattants. L’Amérique nous alerte : si nous restons passifs, si nous continuons à caresser les illusions progressistes, nous mourrons de notre propre empathie suicidaire. Mais si nous acceptons le combat, alors ce qui semblait une fin deviendra un commencement. La droite française n’a pas besoin d’un nouveau slogan. Elle a besoin d’un micro.

Repose en paix, Charlie. Merci de nous avoir ouvert la voie. Merci de nous avoir transmis la voix. Et à ceux qui doutent encore, je n’ai qu’une exhortation : Fight. Fight. Fight.

  1. https://tpusa.com/ ↩︎
  2. https://open.spotify.com/show/1Volbkd8d5r8IpQ2EWZSC4 ↩︎

Armes turques au Soudan: lire entre les lignes du rapport de l’ONU

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« De la fumée s’élève après des frappes de drones menées par les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire, qui ont visé le port nord de la ville de Port-Soudan, sur la mer Rouge, au Soudan, le 6 mai 2025 © AP/SIPA

Un récent rapport des Nations Unies a confirmé que le conflit en cours au Soudan est alimenté par l’arrivée d’armes de fabrication turque, malgré l’embargo sur les armes qui aurait dû empêcher une telle issue. Cette découverte est plus qu’une simple violation du droit international : elle met en lumière la manière dont des États fragiles deviennent des laboratoires d’essai pour les technologies militaires de pointe et comment des puissances moyennes comme la Turquie remodèlent le commerce mondial des armes.

Ce que l’ONU a découvert

Les experts de l’ONU ont détaillé un ensemble de systèmes turcs actuellement présents au Soudan, notamment :

  • Drones Bayraktar TB2 : Déjà connus pour leur rôle dans les conflits, de la Libye à l’Ukraine, les TB2 sont désormais utilisés au Soudan, offrant aux factions de nouvelles perspectives et des capacités de frappe de précision.
  • Drones Akenji : Un modèle plus récent et moins répandu, suggérant que le Soudan pourrait être un terrain d’essai précoce pour leur déploiement, que ce soit par le biais de ventes clandestines ou de transferts à des tiers.
  • Systèmes de guerre électronique : Ils permettent aux forces de brouiller les communications, de perturber les radars et même de neutraliser les drones adverses. Ces systèmes avancés sont rares dans les conflits africains et représentent un progrès majeur en termes de capacités.
  • Armes légères et véhicules blindés issus de fabricants turcs.

La présence de ce mélange d’armes suggère que le conflit soudanais est en pleine évolution. Ce qui était autrefois une lutte de pouvoir conventionnelle entre les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) est aujourd’hui transformé par les drones et la guerre électronique, des outils capables de faire pencher la balance d’une manière que les armes traditionnelles ne peuvent pas faire.

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Implications sur le conflit soudanais

Pour le Soudan, l’arrivée des systèmes turcs a deux conséquences majeures.

Premièrement, elle accroît les enjeux de la violence. Les drones comme le TB2 facilitent la surveillance et les frappes ciblées, tandis que les systèmes de guerre électronique complexifient les communications sur le champ de bataille. Ensemble, ils permettent des campagnes plus précises et plus durables, mais avec des coûts dévastateurs pour les civils piégés dans les zones de combat urbaines.

Deuxièmement, elle remodèle les rapports de force. Dans les conflits où la légitimité et le contrôle sont déjà fragiles, l’introduction de technologies avancées peut rapidement inverser la tendance. La partie qui a accès à ces systèmes gagne non seulement en influence militaire, mais aussi en pouvoir de négociation politique.

Le rôle croissant de la Turquie dans les flux mondiaux d’armes

Le rapport reflète également une tendance plus large : l’essor de la Turquie comme exportateur mondial de matériel de défense. En développant sa propre industrie de drones et d’armement, Ankara s’est taillé une place de fournisseur de choix dans des régions où les armes occidentales sont soumises à des restrictions et où les chaînes d’approvisionnement russes sont surchargées.

Mais le Soudan soulève des questions délicates. Soit les entreprises turques ignorent les restrictions imposées par l’embargo, soit les armes sont détournées par l’intermédiaire de courtiers et de tiers, Ankara fermant les yeux. Dans les deux cas, la communauté internationale a peu de moyens de faire respecter les responsabilités.

Pourquoi cela compte au-delà du Soudan

Le cas du Soudan illustre plusieurs risques plus vastes.

L’affaiblissement des embargos sur les armes, d’abord. Si les embargos peuvent être contournés aussi facilement, ils perdent leur crédibilité en tant qu’outils de gestion des conflits. La propagation de la guerre par drones dans les États fragiles est également préoccupante : le Soudan pourrait créer un précédent pour d’autres pays en conflit, où drones et systèmes de guerre électronique pourraient devenir monnaie courante.

Conséquences géopolitiques : en fournissant des systèmes avancés, la Turquie renforce ses liens avec des acteurs que l’Occident refuse de soutenir, permettant à Ankara d’étendre son influence dans les régions contestées.

Les conclusions de l’ONU constituent un signal d’alarme. Les drones et les systèmes de guerre électronique de fabrication turque ne constituent pas seulement des violations des sanctions ; ils changent la donne dans un conflit qui se transforme déjà en l’une des pires crises humanitaires au monde.

À moins que la communauté internationale ne dépasse les embargos symboliques et ne mette en place de véritables mécanismes de surveillance et de sanction des violations, le Soudan pourrait devenir le premier d’une longue série de conflits où les exportateurs d’armes de moyenne puissance contribuent à alimenter des guerres aux conséquences régionales dévastatrices.

Emmanuel Carrère: devoir de mémoire

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Emmanuel Carrère et sa mère Photos : Hannah Assouline / DR.

Emmanuel Carrère avait publié en 2007 Un roman russe dont le grand-père maternel et problématique était la figure principale. On le retrouve dans Kolkhoze, mais, cette fois-ci, le narrateur élargit considérablement le spectre, dans le temps et l’espace puisque voici la famille au complet sur… quatre générations.


Des noms à coucher dehors

Au commencement, on se croirait dans un roman de Dostoïevski. Ayant entrepris de nous narrer l’histoire de sa famille sur quatre générations, Emmanuel Carrère nous plonge dans les aventures de Russes blancs et de Géorgiens ayant dû quitter leur pays, ou en ayant été chassés. Ce qui fait que les fameux noms « à coucher dehors » tant ils sont à la fois peu lisibles et peu prononçables s’égrènent au fur et à mesure qu’on passe par Berlin, l’Italie, l’Allemagne et la France. Heureusement, le narrateur, de manière fort plaisante, tel un GPS, nous prend par la main et, régulièrement, nous rafraîchit la mémoire. Cet oncle, rappelez-vous, c’est celui qui à la page 65 disait etc. Ainsi, nous voici réorientés. Les deux origines donc de la mère, connue sous le nom d’Hélène Carrère d’Encausse, qui s’appelait originellement Hélène Zourabichvili, sont passées au peigne fin et donnent lieu à des portraits de personnages hauts en couleur, qui ont en commun de vivre à la fois dans l’extrême pauvreté et un sentiment perdurant de leur dignité.

Un mariage comme un baptême

La rencontre entre le père, d’origine modeste, et la mère aux ancêtres aristocratiques apparaît, par-delà les sentiments, comme une histoire de noms. Ainsi, en changeant de nom, la mère se francise d’une part, et efface, d’autre part, la tache laissée par son propre père, collaborateur sous Vichy et probablement fusillé par des résistants en 1944. De son côté, le père, qui consacrera une grande partie de sa vie à la généalogie de sa femme, est fasciné par tous ces nobles, et s’octroiera une particule en passant de Dencausse à d’Encausse. Ainsi, de par le mariage, tous les deux gagnent un nouveau nom et renouvellent leur naissance.

À propos de la tache laissée par le grand-père maternel, lequel avait été le sujet d’Un roman russe, on constate les effets dévastateurs du mensonge sur l’oncle Nicolas obligé de croire une version positive à laquelle il ne croit pas, ce qui fait dire à Emmanuel Carrère qu’il y a là un tropisme russe qui sévissait sous l’Union soviétique et qui perdure aujourd’hui : croire autre chose que ce que l’on croit… Il pense lui-même ne pas avoir été épargné par le déni dont ce grand-père fut l’objet, et qui lui vaudra des années de rupture avec sa mère lorsque ce livre paraîtra.

Littérature et transmission

Pour autant, aucun règlement de comptes dans ce récit, juste l’élucidation de l’histoire. Ici, le souci de la vérité n’est en aucun cas passion monomaniaque, mais nécessité profondément morale envers la littérature, et sa propre descendance. On pourrait presque parler de la réécriture de… la réécriture de l’histoire opérée par la mère. Afin d’y voir clair, afin de ne plus être hanté. Le lecteur s’étonne, du reste, qu’une historienne puisse rétorquer à son fils que cette histoire la regarde et lui appartient, comme si elle ignorait que l’histoire, par définition, ça se transmet…

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Mais au-delà de ce noyau dur, ce roman nous offre une belle amplitude. Les récits se succèdent dans une écriture d’une rafraîchissante souplesse et d’une simplicité qui est à elle seule tout un art. Par ailleurs, Emmanuel Carrère, s’il est écrivain, est d’abord un lecteur, et il nous livre, toujours à bon escient, ses références. Ce faisant, il rend hommage à ses aînés : Ionesco, Nina Berberova,  Marguerite Yourcenar, Nabokov, Tolstoï qu’il découvrira sur le tard pour cause d’opprobre familial, et Dostoïevski, et ce, malgré ses propos théologico-poliques qui, dit-il, influenceront Vladimir Poutine de manière catastrophique.

Du présent, ne faisons pas pour autant table rase

Car ce roman familial qui balaie la grande histoire nous plonge aussi dans le présent et, en particulier,  dans la guerre en Ukraine, dont le narrateur dit qu’il l’a suivie et la suit toujours comme il ne l’a jamais fait avec aucun autre évènement. De fait, il donne de sa personne dans les différents voyages qu’il fait à l’est de notre continent. Car ce baroudeur ne ménage pas sa peine et se prête à des rencontres peu orthodoxes mais très instructives. Et, pour la première fois encore, lui qui avoue croire le dernier qui a parlé et tenir aux zones grises et à la complexité des choses, tranche cette fois-ci au détriment d’une Russie pour laquelle il lui semble que tous les clichés, hélas, sont vrais, au point d’affirmer que la troisième Rome n’est jamais qu’un quatrième Reich…

Enfin, si la mère est au centre du roman, avec sa complexité et ses zones grises, qui font apparaître à la fois une femme qui n’hésite pas à transformer l’histoire (voir le passage cocasse où à Radio classique elle dit avoir toujours aimé la musique, alors qu’elle ne l’a jamais aimée…) mais aussi une bru capable de lettres d’une grande délicatesse et d’une affection certaine à sa belle-mère, bref, si la mère prend une place considérable, le père émerge lentement mais sûrement. Et avec lui, un fils obligeant à son égard. Dès lors, l’intime se mêle à l’histoire passée et actuelle, et donne, au bout du compte, un livre foisonnant mais d’une écriture tellement fluide qu’on le lit d’une traite, avec le sentiment d’une épopée à dimension humaine, très humaine.

Kolkhoze d’Emmanuel Carrère, éditions POL, 2025. 560 pages.

Kolkhoze

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