À Salt Lake City, une enveloppe de 200 000 dollars a été attribuée en urgence à des chercheurs pour mieux connaître la résistance du coronavirus. Alors, pourra-t-on retourner à la plage cet été ?


Fabriquer des coronavirus artificiels et sans nocivité pour comprendre comment le virus résiste à la chaleur, à l’humidité et à l’impact d’autres facteurs environnementaux : voici la riche idée d’une équipe de physiciens de l’université de l’Utah. Leur projet vise à mettre à la disposition des responsables de la santé publique – en ces temps de crise des gouvernants – un modèle permettant de comprendre comment le nouveau Coronavirus réagira au changement de saison, aux rayons du soleil (UV) et à la montée de la température de l’air. Autrement dit, cette équipe souhaite répondre à l’une des principales questions que pose le SARS-CoV-2 (nom du virus responsable de la maladie Covid-19) : le printemps et l’été feront-ils stopper ou au moins ralentir la propagation de ce fléau ?

On sait déjà que le SARS-CoV-2 se propage de la même manière que le virus de la grippe, c’est-à-dire sous forme de petites gouttelettes de mucus en suspension dans l’air. On sait aussi que les virus perdent généralement leur capacité d’infecter en même temps que leur intégrité structurelle, c’est-à-dire qu’exposés à l’air libre ils s’abiment.

Un virus n’est pas un organisme vivant

Depuis que le biologiste hollandais Martinius Beijernick les a identifiés pour la première fois à la toute fin du XIXe siècle, on sait que les virus sont des petits « paquets de code génétique » et non pas des formes de vie (c’est-à-dire des organismes capables de se reproduire comme les microbes). Ces petites coquilles à l’intérieur desquelles se trouvent des « instructions génétiques » utilisent les mécanismes reproductifs des cellules hôtes qu’ils envahissent et parasitent pour se reproduire. Ce processus d’invasion et de parasitage est la cause de la maladie, et dans le cas qui nous intéresse, la Covid-19.

Ainsi, l’étude de la physique de l’évolution des gouttelettes voyageant entre la personne infectée et les personnes non porteuses, dans différentes conditions de température et d’humidité, devrait nous renseigner à quel point cette exposition à l’air les casse et détériore et donc dans quelle mesure elle les rend – ou pas – inoffensifs car non infectieux. Mécaniquement parlant il s’agit d’évaluer comment l’enveloppe extérieure protectrice du virus réagit à l’air dans différentes conditions.

Crash-tests

Les deux physiciens Michael Vershinin et Saveez Saffarian qui gèrent l’équipe de Salt Lake City, viennent de recevoir une subvention de près de 200 000 dollars de la National Science Foundation (NSF) pour cette étude urgente. Leurs recherches consistent à travailler avec des versions synthétiques de ces coquilles vides – sans génomes viraux à l’intérieur car il ne s’agit pas d’un virus artificiel mais uniquement de faire des crash-tests pour la « voiture » du virus -, modélisées et fabriquées en laboratoire à partir du génome séquencé du SRAS-CoV-2. Cette réplique fidèle de l’emballage du virus permet de faire des tests pour savoir dans quelles conditions cette coquille s’effondre et le virus « meurt ».

Nous aussi, Français, avons hâte de prendre l’air !

Pour manipuler des nanoparticules factices – comme les coquilles vides artificielles des virus -le laboratoire de Saveez Vershinin utilise un outil appelé « pince optique » (pour aller vite, des faisceaux de lumière focalisés) permettant de déplacer et de sonder les molécules individuelles. Son collègue Michael Saffarian est quant à lui expert en techniques permettant de suivre les particules virales individuelles.

Les résultats de l’étude n’apporteront ni remède ni vaccin mais pourraient influencer la durée de mise en place des politiques de distanciation et de verrouillage social. Il n’est pas impossible que notre président, le ton sévère et le regard sombre, flanqué de son Haut conseil scientifique, nous envoie tous en vacances au soleil.

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