L’épidémie de Covid19 s’aggrave et le gouvernement durcit et étend son arme principale, si ce n’est unique : le confinement. Ce confinement, pour nécessaire qu’il ait été dans les premiers temps, est en train de devenir le paravent de l’inaction du gouvernement dans un domaine régalien : la production des armes pour faire la guerre… en l’occurrence les masques!


Depuis le début, on nous répète qu’il ne sert à rien de mettre un masque pour se protéger. Ce qui est à la fois vrai et faux. Le masque ne sert pas à protéger le porteur, il sert à protéger son environnement ! L’exemple du chirurgien est ici éloquent. Au bloc opératoire, on porte un masque non pas pour se protéger contre le patient, mais pour protéger le patient. L’opérateur (et tout le personnel) évite ainsi d’arroser celui qui est fragile avec ses propres sécrétions contaminantes.

Généralisons le port du masque

Dans une épidémie à vecteur respiratoire, le port du masque est absolument essentiel pour l’ensemble de la population. Car cela évite aux porteurs sains (déjà contaminants) de répandre leurs miasmes partout. Quand je dis partout, c’est : en face à face, et aussi sur les structures (barres du métro, poignées de portes, boutons d’ascenseur, clavier et souris d’ordinateur, etc.) que les autres vont toucher pour se contaminer à leur tour, en portant leurs mains souillées à la bouche.

Cela n’empêche pas les autres mesures de distanciation sociale : rester à un mètre, ne pas se faire la bise ou se serrer la main, se laver fréquemment les mains… Mais cela les renforce considérablement, notamment en diminuant la contamination passive du milieu environnant.

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Ainsi, il faut généraliser le port du masque, et non pas le réserver aux personnels de santé. L’ensemble de la population doit être équipée de masques simples, les masques dits « chirurgicaux », qui protègent vers l’extérieur. Quant aux soignants qui sont exposés beaucoup plus massivement aux projections, ils doivent en plus être munis de masques renforcés (filtering facepiece 2 « FFP2 »), qui protègent non seulement vers l’extérieur mais aussi vers l’intérieur, de lunettes de protection, de gants et de combinaison. C’est d’ailleurs exactement ce qu’ont fait les pays asiatiques, qui ont inversé la courbe de l’épidémie.

L’effort de guerre impossible

Le gouvernement, tout fiérot, nous annonce que nous produisons 6 millions de masques par semaine. Mais pour une population de 60 millions d’habitants, c’est 600 millions par semaine qu’il faudrait ! Incapable de produire cet effort de guerre, le gouvernement en est réduit à interdire aux gens de sortir de chez eux, c’est-à-dire à prolonger le confinement. Et de nous expliquer doctement que le masque ne sert à rien, qu’il est difficile à manipuler – ce qui est faux : un masque de protection personnelle est difficile à manipuler, car il ne faut pas le toucher pour ne pas se recontaminer ; mais un masque de protection collective ne pose aucun problème particulier de manipulation : on peut bien toucher ses propres sécrétions sans risque… Tout cela pour masquer (c’est le cas de le dire) la pénurie à laquelle il est incapable de remédier. Alors, il est plus facile d’interdire, c’est-à-dire de confiner.

Mais le confinement aura un terme et, en l’absence de masques, cela aboutira à un inéluctable rebond de contamination. Il faut donc profiter de cette période pour mettre le paquet sur la production d’équipements de protection, c’est-à-dire essentiellement de masques – masques chirurgicaux pour la population générale, FFP2 pour les soignants. Dès que l’ensemble de la population sera équipée, on pourra alléger le confinement. On pourra rouvrir les commerces essentiels (par exemple les librairies et bibliothèques… on peut très bien lire avec un masque), les salles de spectacle (pas de problème pour le cinéma ; bémol pour le spectacle vivant, où les comédiens et chanteurs, qui projettent leur voix, arrosent copieusement leurs partenaires et les spectateurs du premier rang), et bien sûr les entreprises.

Pour un confinement court

Mais il faudra que tout le monde porte un masque, tout le temps. En tant que chirurgien, passant de longues heures au bloc opératoire dissimulée derrière cette petite bande de papier, je peux vous assurer que ce n’est pas du tout gênant ! On s’y habitue très bien. Il faut simplement bien l’ajuster et le pincer au niveau du nez, pour éviter la formation de buée sur les lunettes. Une fois masqué et au prix de quelques modifications de comportement « à la japonaise » (comme des salutations à distance), on pourra reprendre une vie presque normale. Mais pour cela, il faut que le gouvernement s’active au lieu d’interdire.

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Ainsi, le confinement est actuellement nécessaire, mais pour une période courte. Il doit avant tout nous permettre de nous mettre en ordre de bataille (je reprends les métaphores guerrières qui ont la cote), en développant considérablement la production des produits de première nécessité. Et tant qu’à faire, on pourrait aussi produire à toute vitesse des respirateurs pour les réanimations qui sont dépassées par les malades graves (actuellement +1000 malades sur un total de 5000 lits équipés). Ce ne sont tout de même pas des machines bien compliquées ! Si on n’avait pas liquidé une part immense de notre appareil de production, au prétexte que l’usine du monde est en Chine, on n’en serait pas là. Pendant les deux guerres mondiales, les belligérants ont su produire des quantités phénoménales de matériel, chez eux et très vite. Et on n’est pas capable de coudre des pièces de papier et d’assembler quelques boulons et transistors pour nous sauver la mise ! C’est honteux et minable.

Récupérant pour la bonne cause un célèbre aphorisme, je n’hésite pas à proclamer : Larvatus prodeo !  Et au travers de mon petit filtre à particules, à distance réglementaire d’un bon mètre, je m’incline respectueusement devant tous les fidèles lecteurs de Causeur.

Do-it-yourself !

Depuis la parution de mon petit billet sur l’intérêt des masques pour tous, la polémique sur le sujet n’a fait que se renforcer. Témoin cette lettre ouverte de Florence de Changy (correspondante du Monde à Hong Kong) à Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP.

Que les gouvernements successifs aient fait preuve d’impréparation dans cette affaire, nous privant des stocks stratégiques que leurs prédécesseurs avaient accumulés, cela ne fait pas de doute. Qu’ils aient fait ce choix sous la pression de contraintes budgétaires légitimes, non plus. Il est certain qu’on essaie actuellement, au plus haut niveau, de réparer les erreurs passées. Par les commandes massives de matériel de protection, par l’activation des circuits de production français, le gouvernement fait ce qu’il faut et ce qu’il peut. Nous ne pouvons qu’encourager ces efforts.

Et pourquoi pas aussi participer à ce mouvement ?

En effet, si le simple citoyen n’a évidemment pas les moyens de faire sortir de terre, d’un coup de baguette magique, les masques industriels manquants (en particulier les masques FFP2), ne peut-il confectionner lui-même les masques artisanaux dont il a besoin pour son propre usage ? Tous ces millions de confinés, qui tournent en rond chez eux, pourraient appliquer une méthode do-it-yourself. Les enfants même pourraient se voir utilement occupés avec un bricolage amusant. Avec un peu de tissu, on peut aboutir à une protection certainement pas parfaite, encore moins professionnelle, mais qui limite les dégâts. 

La comparaison avec l’effort de guerre de nos aînés est instructive. On se souvient que, pendant la première guerre mondiale, la population civile toute entière était mise au travail. Femmes, enfants, invalides, personnes âgées… Tous aidaient à fabriquer des pansements, en mettant « en charpie » des textiles hors d’usage. 

Que tout un chacun applique cette recette ancestrale : découper quelques torchons inutilisés, en faire des rectangles à coudre sur eux-mêmes (pour avoir une double face), y ajuster des cordons en haut et en bas… On a là un masque fort convenable, sur-mesure, lavable, réutilisable. Avec une vingtaine de ces élégants accessoires par personne, on sera paré quand, d’ici quelques jours ou quelques semaines, le confinement se desserrant, la vie sociale redeviendra (un peu) possible. Surtout, on limitera ainsi le risque de « deuxième vague » que tous les spécialistes redoutent.

Moi qui ne suis plus de première jeunesse, je me souviens de l’époque d’avant les casaques et masques à usage unique, ce qu’on appelle le non-tissé. Les tenues chirurgicales étaient alors en tissu, « bavette » comprise – bavette qui était solidaire de la casaque stérile qu’on enfile après s’être lavé les mains, et qu’on fait nouer derrière le dos et derrière la tête par l’infirmière ; puis on se gante stérilement ; enfin on ramène un rabat stérile vers l’avant et on le noue soi-même sur la ceinture. 

image1Je viens d’apprendre qu’une de mes anciennes collègues, retraitée depuis quelques années, s’est mise à la confection de tels masques en tissu. Soline (son nom n’a pas été changé) a des mains (et un cœur) en or. Ancienne anesthésiste de haut niveau, elle a d’abord proposé son aide à l’hôpital près de chez elle. Mais, quoique en bonne santé, elle était trop âgée pour ne pas prendre un risque majeur en se dévouant au contact de patients contagieux. Aussi, elle a décidé de fabriquer depuis chez elle des masques pour renforcer l’équipement défaillant de cet hôpital. Le résultat est magnifique (photo 1) ! Suivant son exemple, je vous envoie une photo de mes propres efforts. Je suis un peu moins douée qu’elle en couture, mais la protection n’attend pas l’élégance (photo 2) !

image2Encore une fois, il ne s’agit pas de se confectionner égoïstement son petit scaphandre individuel, mais de s’équiper pour diminuer son impact sur les autres. Il s’agit bien d’une démarche civique, et non individualiste. Mais en période d’épidémie, qui ne comprend que protéger les autres c’est se protéger soi-même ? 

Alors, à vos tissus, vos ciseaux et vos aiguilles ! Et rendez-vous à la fin du confinement pour dire à nos gouvernants (qui sont aussi nos élus) : « Non seulement nous ne sommes pas indisciplinés, non seulement nous ne sommes pas égoïstes, non seulement nous ne sommes pas idiots, mais, tous ensemble, nous pouvons contribuer à la victoire sur l’épidémie qui s’est abattue sur notre pays ! ».

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