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Blanquer a trouvé sa place dans l’arrogante Macronie!


À l’occasion de la crise sanitaire du coronavirus, le « fin connaisseur » du système éducatif perd de sa superbe.


Vous vous souvenez, ils étaient jeunes, beaux, un peu arrogants: c’étaient les macronistes. Ils avaient été élus parce qu’ils étaient nouveaux. Ils avaient été élus parce qu’ils étaient compétents, on craignait juste que cette compétence les rende trop sûrs d’eux. Mais non, parce qu’en plus ils étaient lucides et formidables: ils savaient communiquer et surtout ils allaient faire preuve de pédagogie. Leur maître-mot.

Pédagogogie

La pédagogie, déjà, en politique, c’est assez discutable. Ce mot appartient au champ de l’école, pas de la vie de la Cité. Étymologiquement (l’étymologie, comme la terre, ne ment pas), elle renvoie à l’enfance. Faire de la pédagogie aux citoyens, c’est donc les considérer comme des enfants. Quand on considère des adultes comme des enfants, c’est en fait qu’on les prend pour des cons. Il a fallu, par exemple, avec pédagogie, expliquer que la retraite par points qui allait faire travailler dans des proportions variables tout le monde plus longtemps pour des revenus moindres était un grand progrès social. On a vu ce que ça a donné. Le macroniste n’est pas seulement un obsédé de la régression sociale pour tenter d’empêcher la baisse tendancielle du taux de profit de ses commanditaires patronaux, il est aussi une grosse nullité pédagogique. Parce que nous ne sommes pas des enfants mais aussi parce qu’il n’arrive pas à cacher, à chaque instant, son mépris de classe.

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À l’occasion de cette pandémie, ce recours à la communication et à la pédagogie pour masquer l’incompétence, l’impréparation et une certaine nullité intellectuelle, atteint des sommets. Ce n’est pas un hasard si cette nullité se voit comme le nez au milieu de la figure chez Blanquer, ministre de la Continuité Pédagogique qui a la fascinante particularité de détester ses fonctionnaires et de mépriser les élèves. Il a fallu qu’on lui indique vertement que les profs futurs retraités par points allaient crever la dalle pour qu’il parle d’une revalorisation mais cela le chagrinait tellement qu’il était fermement décidé à repenser le métier dans sa globalité, ce qui veut dire en gros : « Votre statut de feignasses, c’est terminé ». Il n’aime pas non plus les lycéens. Qu’est-ce qu’un lycéen à l’ère Blanquer? En décembre, il se fait matraquer pendant le mouvement social. En janvier-février, il a vécu dans le stress permanent de l’évaluation avec les E3C[tooltips content= »Epreuves communes de contrôle continue NDLR »](1)[/tooltips], cette usine à gaz typique du communicant qui prétend contre toute évidence qu’une chose est bonne alors qu’elle merdoie totalement. En mars, il est confiné, loin de sa petite copine et il doit se la mettre sous le bras alors que les beaux jours arrivent sans compter qu’il flippe pour le bac, en écoutant les déclarations hâtives, hasardeuses et contradictoires de Blanquer. Je ne laisserai jamais personne dire que 17 ans est le plus bel âge de la vie.

Blanquer a perdu la baraka

Mais nous n’avions rien vu. Blanquer, « fin connaisseur du système » comme disent les médiatiques complaisants résume l’incompétence potentiellement meurtrière de la Macronie face au Covid-19. C’est le roi de l’injonction contradictoire, c’est-à-dire ce qu’il faut surtout éviter en pédagogie. Le prof de ZEP que j’ai été dans une autre vie se serait comporté dans sa classe comme il s’est comporté avec les profs, il serait ressorti avec le slip sur tête et « bouffon » tatoué au marqueur sur le front. Et il l’aurait bien cherché.

Quand il dit le matin que les écoles ne fermeront jamais, elles ferment le soir même. Que les concours de recrutement auront lieu, ils sont repoussés. Les profs doivent rester à la maison et, comme les écoles sont fermées, s’ils pouvaient se déplacer jusqu’à un magasin pour échanger des cours et des documents avec les parents, ce serait bien.

Pour Blanquer, le virus est une offense personnelle qui sape son autorité et son génial projet de transformer l’éducation en préparation à l’économie de marché grâce aux neurosciences. Sauf que pour nous, le virus, ce n’est pas une offense, c’est une blessure dont il faudra se remettre. 

Masques: l’anticipation de la menace n’existe plus en France


Coronavirus: les accents guerriers récents du discours présidentiel cachent bien mal le scandale des masques. Le système politique en place a fait preuve d’une grande légèreté dans l’anticipation des risques. François Martin revient sur ce scandale du stock français en baisse depuis 2010.


 

L’épidémie de coronavirus était tout sauf inattendue. Elle n’était pas censée nous prendre au dépourvu. En effet, pour les stratèges civils et militaires, le risque d’attaque bactériologique ou chimique est un risque aussi connu et étudié que le risque de guerre conventionnelle ou nucléaire, ou aujourd’hui cyber. Comment se fait-il, dans ces conditions, que nous ayons été ainsi pris de court, impréparés ? Comment se fait-il que nous en soyons là ?

La France n’avait pas de plan ou de stratégie

Il faut d’abord pointer l’affaiblissement dramatique de la notion d’État.

À force de vouloir nous fondre dans une entité internationale et globale, supposément bienfaisante, et de nous faire disparaître dans un premier temps dans l’ensemble européen, nous en avons perdu le réflexe le plus naturel, celui de l’autodéfense nationale, si bien rappelé par la maxime de « l’indépendance dans l’interdépendance », et par son corollaire militaire, la doctrine nucléaire. Ainsi, on a fini par considérer que l’on pouvait faire l’impasse complète sur ce qui est, depuis toujours, l’un des risques les plus « classiques » de la doctrine de défense, le risque chimique et bactériologique. On a déshabillé petit à petit l’armée des moyens qui lui sont nécessaires (un homme courageux comme Pierre de Villiers n’a-t-il pas mis sa carrière en jeu pour arrêter le processus ?). On a démantelé notre réseau diplomatique (notre protection politique internationale) et vendu nos entreprises stratégiques (notre protection industrielle). Les stocks stratégiques propres à nous protéger des guerres sanitaires, à partir de 2010, ont été réduits.

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Pire encore, c’est la notion même de risque qui a été édulcorée, puis oubliée, et qui nous a mis aujourd’hui à la merci d’une crise pourtant prévisible, car précédée de plusieurs alertes du même type, comme celle du H1N1 en 2009/2010.

N’est pas Chevenèment ou Villiers qui veut

Ces énormes failles dans notre système de défense, qui restent donc béantes depuis 10 ans, nombre de nos responsables politiques, sanitaires ou militaires, les connaissaient certainement. Mais aucun n’a parlé, aucun n’a fait d’esclandre, aucun n’a risqué son poste.

Selon Wikileaks, Jérôme Salomon et Olivier Véran auraient alerté Emmanuel Macron, dès sa campagne électorale, sur ce risque sanitaire majeur. Que n’ont-ils ensuite mis leur démission dans la balance, pour que les mesures indispensables soient prises ? Non : ils sont toujours là, aux avant-postes, pour diriger cette “armée” sans armes qu’ils ont pourtant laissée s’installer. Tout le monde n’est pas Chevènement ou de Villiers. Tragique.

Parmi notre « bloc élitaire », tout le monde semble se tenir, tout le monde s’épaule, tout le monde se rend service. Pour préserver le système, l’omerta est de mise. Derrière l’apparence juridique d’une démocratie, le régime fonctionne en réalité de façon a-démocratique, opaque et cooptée. « Je te tiens, tu me tiens »… Ce copinage permet aussi d’éclairer le fait que les propositions sur la chloroquine du Pr Didier Raoult, l’un des meilleurs virologues mondiaux, soient examinées avec une telle « prudence », et l’homme traité avec un tel mépris (alors qu’il s’agirait d’un médicament parfaitement connu). Est-ce parce qu’il est un trublion, cherchant la vérité et l’efficacité, et se moquant du « consensus de copinage » ?

Faiblesse de nos élites

Toutes ces faiblesses cumulées dans les structures, les têtes, les doctrines et les comportements de nos élites, et non la seule force du virus, ont causé la première crise, celle que nous vivons en ce moment, et qui pourrait déboucher dans quelques semaines sur la deuxième, « l’épidémie économique », lorsque des faillites d’entreprises pourraient se succéder en cascade. Le gouvernement tiendra-t-il ses promesses dans le domaine économique, alors qu’il est déjà à la peine pour fournir de simples kits de dépistage ou les masques qui nous manquent ?

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Sur le plan sanitaire, ce ne sont pas les seuls Agnès Buzyn ou Edouard Philippe qui sont les fautifs, pas plus que le fonctionnaire imbécile qui, pour gagner quelques millions, a supprimé dans un budget la ligne du renouvellement du stock stratégique de masques. Ce système défaillant en place qui est le nôtre (et ses copinages) ne se rendra pas comme ça. Il se battra avec l’énergie du désespoir. Le parasite préfère toujours mourir avec sa proie plutôt que de la lâcher. Il faudra la même énergie que lui pour le vaincre. C’est au moment de la prochaine présidentielle que l’affaire devra se jouer.

Conte de Pâques

 


Un affidé de Bonnet d’âne[tooltips content= »Bonnet d’âne est le nom du blog de Jean-Paul Brighelli NDLR »]*[/tooltips] m’envoie le conte ci-après. Ma foi, il pourrait faire un codicille intéressant aux chroniques de Patrick Rambaud, que je salue si par hasard il me lit. Alors, et bien que de toute évidence il ait germé dans le cerveau d’un adversaire résolu de Not’Bon Maître, sur lui la paix et la bénédiction, et parce que « Raoul de Massalia » dont il chante indûment les louanges a été mon condisciple, avec un léger décalage, au lycée Saint-Charles de Marseille, je le propose à la communauté du Bonnet, qui vaut bien celle de l’Anneau… 


Or doncques, il advint que le royaume du jeune et sémillant monarque Manu-Henri III et de la reine-mère Catherine de Macaron fut frappé par la peste venue des Indes et du Royaume de Siam. Les sujets de Sa Majesté n’en mouraient pas tousse, mais tousse étaient frappés.

Le couvre-feu fut bientôt déclaré sans que cela ralentît la diffusion du fléau : en effet, dans les faubourgs des grandes cités du royaume, les jeunes revêtus de houseaux Nike et portant un chaperon en guise de couvre-chef continuaient à circuler en toute impunité pour se livrer à leurs activités favorites — pillages, commerce de poudre du Levant, incendie de carrosses et lapidation de la maréchaussée — sous l’œil paternel et bienveillant des magistrats.

Comme le royaume manquait de gantelets et de heaumes pour se protéger des miasmes mortels, le nombre des victimes s’accroissait chaque jour, surtout parmi les vieillards déjà affaiblis par le jeûne consécutif à la baisse des retraites décidée par Sa Majesté, dans sa grande sagesse.

Devant l’urgence de la situation, le royaume réagit comme il l’avait toujours fait : on convoqua les États Généraux des carabins chargés de nommer commissions et sous-commissions afin d’aboutir à la constitution d’un collège d’experts qui rendrait un rapport préliminaire d’ici 2 à 3 ans.

C’est alors qu’un vieil alchimiste provençal surnommé Raoul de Massalia prétendit…

 

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Bosnie: l’UE a créé une bombe biologique potentielle dans un camp de migrants

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A la frontière entre la Croatie et la Bosnie, des milliers de migrants, presque tous de jeunes hommes seuls, s’amassent depuis deux ans. Au temps du coronavirus, le dilettantisme de Sarajevo, l’incurie du système sanitaire local et l’absence de politique européenne en matière d’immigration prennent un tour dangereux. Pessimiste face à la menace qui se profile, l’italienne Paola Lucchesi, ancienne journaliste engagée dans le secteur associatif à Bihac (Bosnie) a répondu aux questions de Causeur. Entretien.


Ex-correspondante de guerre pour le groupe de presse La Repubblica, Paola Lucchesi vit à Bihac (Bosnie-Herzégovine) depuis 2003. Elle y a créé une association, le Centre pour le développement durable Una et vient en aide aux migrants.

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Daoud Boughezala.  A l’échelle mondiale, plus de trois milliards de personnes sont confinées afin d’éviter la propagation du coronavirus dont l’épicentre se situe désormais en Europe.  Quelle est la situation sanitaire à la frontière bosniaco-croate où vous vivez ?

Paola Lucchesi.  Officiellement, la Bosnie-Herzégovine compte 168 cas de coronavirus, dont trois morts. Nous ne sommes pas encore confinés mais un couvre-feu a été instauré entre 22 heures et cinq heures du matin. Là où je vis, dans le canton d’Una Sana, seuls les enfants et les vieux sont interdits de sortir. Il faut savoir que la Bosnie-Herzégovine se compose de quatorze gouvernements différents, ce qui rend la gestion de la crise un tantinet compliquée. En plus du gouvernement central, qui administre l’ensemble du pays, il existe deux entités administratives et politiques : la Fédération de Bosnie-Herzégovine et la République serbe de Bosnie, mais aussi le district autonome de Brcko, ainsi que les gouvernements des dix cantons membres de la Fédération de Bosnie-Herzégovine. Quant à la santé, c’est une compétence cantonale.

Difficile à suivre ! Depuis des années, vous dénoncez la condition des migrants à Bihac. Quels profils présentent-ils et comment sont-ils pris en charge par les autorités ?

Les migrants rassemblés ici viennent essentiellement du Pakistan (30% d’entre eux), d’Afghanistan, d’Iran, d’Irak mais aussi du Maghreb. Ils sont environ cinq mille, parqués dans des camps gérés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et financés principalement par l’Union européenne. A 90%, il s’agit d’hommes seuls. D’autres camps sont directement gérés par le ministère de la sécurité bosniaque, comme celui de Mostar, qui préexistait à la crise des réfugiés. Ici, dans le canton d’Una Sana, quatre centres officiels rassemblent les migrants, dans une situation administrative assez floue, où chaque institution prend ses responsabilités par intermittences. En théorie, les centres de Bihac devraient être du ressort du ministère de la Sécurité bosniaque en collaboration avec l’OIM, qui offrirait son soutien logistique. Or, l’OIM assure la gestion complète des camps parce que l’argent est entre ses mains.

L’an dernier, à Bihac, entre juin et décembre, le cinquième camp de Vučjak, situé en dehors de la ville a défrayé la chronique dans la presse internationale. C’est un pré appartenant à la commune où avait été installé un camp sous des tentes pour essayer de soustraire des rues de la ville des milliers de migrants qui n’avaient pas où dormir. Un autre camp du même type que celui de Vučjak est en train d’apparaître. Cette fois, l’Union européenne semble avoir accepté de financer son installation.

Dans quelle situation administrative, sanitaire, sociale et humanitaire se trouvent-ils aujourd’hui ?

C’est un désastre. Ceux qui vivent dans les camps de l’OIM à Bihac ont faim, surtout dans celui de Bira. Manifestement, l’argent manque par rapport au nombre de gens concernés. En ce moment, à l’intérieur du camp de Bira installé dans une usine d’électroménager désaffectée, plus de deux mille migrants sont amassés dans un immense hangar. Il se dit que plusieurs d’entre eux infectés par le coronavirus seraient en isolement dans un container mais cela n’a pas été confirmé. Le problème, c’est qu’OIM ne rime pas avec transparence ! Il y a plus d’un an, j’avais transmis des propositions à un responsable de l’OIM mais j’ai fini par capituler car il n’avait aucune volonté, sinon parquer les migrants au plus pressé. Bira concentre les hommes, le plus souvent jeunes. Les rares familles de migrants sont hébergées dans deux autres camps installés dans un ancien hôtel et une ancienne résidence étudiante. A cinquante kilomètres d’ici, dans une autre ville du canton frontalière avec la Croatie, à Velika Kladusa, dans le camp de Miral, installé à l’emplacement d’un ancien entrepôt d’usine, vivent huit cents ou neuf cents migrants masculins. Depuis plus d’un an, le gouvernement cantonal et les communes réclament la fermeture des ces deux camps qui entraînent de très lourds problèmes avec les populations locales. Ces deux camps sont entourés de zones urbaines habitées. Malheureusement,  beaucoup de migrants se comportent mal. Les gens du voisinage rapportent de nombreux incidents : cambriolages, déprédations mais surtout un nombre inquiétant de violences entre migrants. Ces deux dernières années, sont survenus plusieurs meurtres entre migrants dans le canton, mais aussi des rixes. Lorsque la police fait une descente, elle trouve régulièrement des armes blanches. La situation est donc très tendue.

Réussissez-vous à leur offrir un avenir sur place ?

Nous avons les mains liées et ne sommes pas en mesure de travailler sur l’intégration des migrants car ils ne sont que de passage ici. J’aimerais développer des projets pour favoriser leur l’emploi mais je suis bien consciente que seule une poignée de migrants pourrait accepter de faire sa vie ici. Ils veulent désespérément aller en Europe. Ils nous regardent et nous disent ne pas avoir d’alternative.  Que cela soit physiquement vrai ou non n’a aucune importance : dans leur esprit, c’est l’Europe ou la mort ! S’ils ne se tuent pas en traversant un fleuve, tous, du premier jusqu’au dernier, arrivent finalement à leur but, parfois après des dizaines de tentatives.

Aujourd’hui, au temps du coronavirus, le flux migratoire a-t-il cessé ?

Non. En ce moment, les migrants arrivent dans une Europe fermée, dangereuse, avec une épidémie en plein essor. Qui sait si elle ne sera pas encore en mesure de leur proposer quelque chose ? Mais ils continuent quand même à venir. A Trieste, ma ville natale, les migrants regroupés au milieu de la rue, sur la place de la gare ainsi que dans le vieux port sont actuellement l’objet de violentes polémiques alors que les volontaires veulent continuer à les soigner. Ils n’ont rien à faire mais continuent de venir, y compris ici à Bihac, de nulle part vers nulle part. La semaine dernière, avec le retour du froid, des centaines de personnes sont arrivés sans avoir nulle part où aller. Les camps sont pleins et de toute manière fermés.

Le nombre de migrants dans les camps dépasse largement les deux mille personnes que le canton s’était engagé à prendre en charge il y a deux ans. On compte au moins deux mille personnes dans la rue, c’est-à-dire dans des squats, dans des usines ou des maisons désaffectées, ou campant sur les rives du fleuve.

Que fait l’UE pour aider la Bosnie ?

L’Union européenne profite honteusement de la faiblesse de la Bosnie-Herzégovine qu’elle vampirise. Les camps de l’OIM n’emploient pas de médecins des Nations-Unies. L’ONG Danish Refugee Council qui a pris le marché de l’assistance sanitaire, au lieu d’envoyer ses propres médecins, contractualise des médecins locaux, pourtant peu nombreux. Il arrive qu’un retraité bosniaque fasse la queue toute la matinée dans un cabinet médical pour renouveler son ordonnance, mais que le médecin parte soudain soigner les migrants du camp de Bira.

En coulisses, l’Union européenne a exercé une pression monstre sur le canton et la ville pour remplir le camp de Bira dont les immenses entrepôts pourraient héberger des milliers de migrants supplémentaires. C’est une folie, autant pour les migrants que pour la ville. Cela constitue une potentielle bombe biologique, comme le souligne désespérément le gouvernement local depuis des mois. C’est une question d’argent car l’assistance sanitaire coûte cher. De ce point de vue, l’UE ne veut pas seulement laisser ces migrants sur place, comme elle le veut en Grèce, Serbie, en Turquie, mais aussi dépenser peu.

Le système de santé local est-il à la hauteur des enjeux ?

Le système sanitaire bosnien est déjà incapable répondre aux exigences de ses citoyens. Depuis seize ans que je vis ici, pas un jour ne passe sans que j’assiste à une collecte de fonds privés organisée par des citoyens pour sauver la vie de personnes gravement malades qui n’ont pas les moyens de se soigner, notamment des pathologies graves nécessitant des opérations chirurgicales, parfois à l’étranger. La santé est l’une des sources les plus profondes de corruption de ce pays qui croule sous la corruption. En Bosnie, le taux de chômage avoisine les 40% de la population active. Dans le canton d’Usa Sana, le chômage atteint les 60%. Le pays a moins de trois millions d’habitants et une diaspora de deux millions de travailleurs à l’étranger. Ces dernières années, l’émigration économique est repartie de plus belle : les gens fuient pour les mêmes raisons que les migrants qui arrivent ici ! Ils cherchent un travail et un avenir meilleur. Cette situation me fait penser à un gâteau à plusieurs couches.

Le système sanitaire ne peut absolument pas relever ce défi. Cela fait deux ans que les autorités locales appellent à l’aide pour affronter la crise migratoire mais le pouvoir central s’en lave les mains. A l’hôpital cantonal de Bihac, le premier cas confirmé de coronavirus, un jeune chauffeur de taxi, en situation très grave, sous respirateur artificiel, avec un pronostic vital réservé, n’a pas été admis au CHU de Sarajevo. Le personnel soignant d’ici avait demandé son transfert dans la capitale. La réponse a été « Débrouillez-vous ! » D’ailleurs, on peut s’interroger sur l’incapacité d’un hôpital cantonal censé répondre aux besoins trois cent mille habitants à soigner une pneumonie. Mais l’anecdote est révélatrice de nos rapports avec Sarajevo. Pour le moment, je crois savoir que le canton dispose de cinq respirateurs artificiels pour une population de trois cent mille individus auxquels il faut ajouter entre cinq mille et sept mille migrants.

Comment réagissent les autochtones face à l’afflux continuel de migrants ?

La population est divisée. Après une première phase de solidarité il y a deux ans, les habitants de la région commencent à éprouver un terrible stress. J’ai le sentiment qu’une majorité ne veut pas des migrants. Non par racisme mais par grande lassitude du chômage, de la corruption, et de tout ce qui fait que la Bosnie ne peut absorber cette immigration. Tout est une question de nombre. Une petite ville comme Bihac, qui compte officiellement 50 000 habitants mais en a probablement perdu dix mille, ne peut absorber 10% ou 15% de population supplémentaire alors que son système social est déjà à genoux. Ce qui s’est passé à Lesbos me serre le cœur à cause des conditions de vie hallucinantes des migrants littéralement emprisonnés sur les îles. Mais mon cœur se serre aussi car je compatis à la condition des autochtones, qui se trouvent dans une situation dix fois pire que la nôtre. Cela ne peut plus continuer comme ça. Il faut dénoncer l’absence totale de politique d’immigration de l’Union européenne.

L’Italie: abandonnée par l’Europe, courtisée par la Chine et la Russie

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Le monde est contaminé. Le Covid-19 – ou coronavirus – infecte toute la planète. L’Italie, le pays le plus touché en Europe, est face à un défi titanesque et encore une fois les Italiens se sentent ignorés et abandonnés.


Christine Lagarde est la cible de la furie italienne après ses propos désobligeants sur la situation dans le Belpaese. De la droite à la gauche tous sont d’accord pour dire que les organisations européennes devraient tacler la pandémie avec véhémence, sans retenues comptables ni calculs bureaucratiques. La Française a rétropédalé, en disant que la BCE veut éviter une quelconque fragmentation de la zone euro. Peu importe, son commentaire sur le spread reste gravé dans les têtes cisalpines.

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Dans la péninsule au temps du coronavirus

Le Partito Democratico, où l’européisme fervent est souvent visible, a dû se coller aux propos de von der Leyen et a désavoué la froideur de Lagarde. Emanuele Felice, l’un des responsables des questions économiques du parti, a dit que les paroles de la présidente de la BCE sont surprenantes. Il a aussi appelé à un changement de cap : « Aujourd’hui plus que jamais il faut que les institutions européennes mettent en marche tout le nécessaire pour affronter une émergence sans précédent ».

Giorgia Meloni, meneuse des Fratelli d’Italia, tire à boulets rouges sur l’establishment bruxellois. Elle est profondément convaincue que l’UE est dirigée par un axe franco-allemand qui se soucie peu des autres pays. Elle craint que la crise actuelle puisse être instrumentalisée par les forces étrangères pour affaiblir l’Italie et lui enlever ses ressources. Selon Meloni, le gouvernement italien doit demander la démission de Christine Lagarde. Elle a rappelé à travers les réseaux sociaux que la BCE doit être la banque centrale des Européens et non la banque centrale allemande ou française. On ajoutera que la fragilité de l’euro peut réapparaître, une monnaie que Meloni classifia jadis comme inadaptée.

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Un échange tendu entre un journaliste italien et Matteo Renzi est la preuve que les Italiens se méfient de plus en plus des structures européennes. Renzi voulait amoindrir l’importance des mots de Lagarde et déclara que dire que l’Europe est immobile est populiste. Le journaliste, Massimo Giletti, s’exalta et rétorqua enflammé : « Vous devez avoir le courage de…

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Le savant et le politique


Alors que les politiques ont failli à prévenir l’épidémie de coronavirus, les populations apeurées se tournent vers les scientifiques. Mais malheureusement, la “médicocratie” qu’elles appellent de leurs vœux n’a pas encore de solution et ne parle même pas d’un seule voix !


Cela ne faisait plus aucun doute pour notre occident dont l’économie et l’état d’esprit ont pénétré la planète entière : la marche effrénée de la science allait bientôt recouvrir le monde et réduire par ses progrès le vivant à une simple mécanique d’horloge. Par l’émergence de l’intelligence artificielle – qui s’immisce dans tous les secteurs de l’économie et arrive à une prévisibilité parfaite des comportements -, allait enfin advenir un temps arrêté où les prédictions annihileraient l’imprévisible !

La science impuissante ?

Seulement voilà : en moins de trois mois, un Chinois lambda préparant ou ingurgitant un steak de pangolin a mis le système international à genoux, et la collaboration de l’humanité entière mise en connexion simultanée grâce à la mondialisation ne suffit pas à ce jour à connaître ce virus assez bien pour le combattre. Heureusement qu’il ne se manifeste souvent que sous la simple forme d’une grippe assez classique. 

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Face à cette manifestation très peu probable qui change radicalement le cours des événements – ce que Nassim Nicholas Taleb appelle après David Hume un « cygne noir » – la science parait impuissante.

Le citoyen français lui-même est dans l’incompréhension et finirait presque par s’étonner qu’on n’ait pas encore trouvé la panacée qui nous sauverait de ce confinement général. Gâté par une économie à la mesure de ses désirs, le citoyen désarmé finit par s’en remettre à un État qu’il ne faisait que maudire. Il se jette à corps perdu dans des procès en imprévoyance ou – pire – se met à fustiger la baisse des dépenses publiques après l’avoir vigoureusement appelée de ses vœux… Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. Ceux qui se réjouissaient de la baisse des prix et du confort offerts par la mondialisation, en crachant sur un État soustrait aux lois du marché, l’appellent maintenant à l’aide.

“Le virus n’a pas de passeport” qu’ils disaient, nos experts!

Si je reconnais comme nombre de Français une gestion idéologique et désastreuse de la crise dans les premières semaines, si je déclare aussi volontiers que les révélations larmoyantes d’Agnès Buzyn sont un modèle de lâcheté politique et de d’irresponsabilité qui fait honte à notre système de santé, il est très facile de venir après la guerre crier qu’il aurait fallu préserver les stocks de masques, ou éviter de délocaliser notre industrie de santé.

Puisque la santé a monopolisé si brutalement l’action politique, une nouvelle figure a fait son entrée dans le débat public : celle du médecin. On pensait enfin avoir affaire à une parole sérieuse et véridique, confiant à la blancheur de la blouse la hauteur de la vérité : au diable la politique et place aux experts. Sauf que là aussi la confusion est grande, et le citoyen se rend compte que la médecine elle-même peine à sortir du régime de l’idéologie. Après une période conséquente au cours de laquelle quelques médecins ont parcouru les plateaux télé en disant que la fermeture des frontières était stérile, nous y voici. Emmanuel Macron disait lui-même il y a 10 jours : « Le virus n’a pas de passeport ». Une épidémie si massive et si contagieuse rendait selon les experts toute tentative de protection ou de détection au cas par cas parfaitement inutile. Les masques et les tests, inutiles comme les frontières, nous disait-on. Aujourd’hui, voici que des frontières toujours plus imperméables s’invitent à la porte de nos foyers et que le chef de l’État s’empare d’un discours aux accents guerriers.

Populisme médical

Un débat s’est installé entre les médecins : c’est ainsi que Didier Raoult, un professeur qui relativise la gravité de la situation et promet des essais assez concluants sur l’efficacité de la chloroquine, a fini par incarner une sorte de « populisme médical », en préconisant un peu de bon sens et des solutions plutôt orthodoxes, avant d’être finalement écouté jusque dans les plus hautes instances et d’attirer dans ses services marseillais des pèlerins de la France entière. 

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Je ne souhaite en rien introduire un relativisme parfait dans l’ordre des vérités scientifiques : le savoir confère bien une légitimité supérieure à l’expert pourvu qu’il en fasse un usage politique le moins possible. Il faut simplement en tirer des leçons sur le rapport de croyance béate que nous entretenons vis-à-vis d’une certaine communauté scientifique, qui peut se tromper massivement et qui n’est pas à l’abri de l’endoctrinement.

Après les âges « religieux » et « métaphysiques », Auguste Comte supputait que nous basculerions dans un âge dit « positif », où le paradigme scientifique façonnerait les représentations du monde. À la faveur de la crise actuelle, nous prenons la mesure de notre erreur et sommes forcés de remettre à sa place la science, qui n’est jamais qu’un chemin vers la vérité plus qu’un stock de vérités établies. Le sens commun le plus élémentaire est toujours de mise et le politique a encore quelque chose à dire avec – ou contre – le scientifique.

Le jour où j’ai retrouvé un texte de Pierre Luccin


Suite du confinement berrichon et réouverture d’une enquête démarrée à la bibliothèque de Bourges…


Je suis tombé, par hasard, sur le nom de Pierre Luccin (1909 – 2001). J’ai toujours eu un faible pour les réprouvés. Quelques lignes d’une biographie iconoclaste, lues en appendice d’un roman, ont suffi à m’alpaguer. Une fiche Wikipédia guère plus explicite, suffisamment sulfureuse pour m’appâter, et j’étais ferré. Le garçon m’a plu, son côté disruptif résonnait en moi. Écrivain bordelais, primé par l’Académie française en 1943, édité par Gallimard et Delmas, steward sur les paquebots, ces grands palaces flottants durant les années 1930, négociant en vins, chroniqueur de revues gastronomiques, rédigeant à l’occasion quelques articles pour La journée vinicole, La vie de Bordeaux ou Rustica et frappé de cinq ans d’indignité nationale à la Libération. Sept livres parus entre 1943 et 1947 (La Taupe, Jacinthe, Le marin en smoking, Pierillot, La colère des albatros, Les voyages de Jean l’Aventure, La confession impossible), et puis plus rien, jusqu’à la sortie posthume de son roman autobiographique inachevé Le Sanglier en 2014. Il avait repris la plume à 80 ans passés. Une vie étrange partagée entre sa vigne et le démarchage des marchés du Nord pour vendre son picrate.

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C’en était trop pour un seul homme, pinardier et auteur repéré, un temps, par la critique, puis oublié dans les fossés des Lettres françaises. Un parcours mystérieux où les zones d’ombre demeurent, j’avais enfin trouvé mon déviant magnifique. Dans la préface d’une réédition, Raphaël Sorin se rappelait du phénomène, le qualifiant « d’un drôle de corps, un mélange de peuple et d’aristo ». J’avais des papillons dans le ventre, dans les yeux, et même partout ailleurs.

Était-ce un héritier de Villon, d’Aloysius Bertrand ou de Marot ? Rallongerait-il la longue liste des bannis des bibliothèques, les Albert Vidalie, Jean-Pierre Enard, André Vers, Jean-Pierre Martinet ou Pierre Autin-Grenier ?

Les mauvaises herbes de la littérature

Les non-alignés ont toujours quelque à chose à nous dire de l’enfermement social. Les CV proprets, humanistes et transparents, font fuir les lecteurs. Ils sont, en partie, responsables de la disparition des stylistes et des mauvais coucheurs. J’aime la bile et l’amertume quand elles exultent de la phrase. Les seuls juges de paix que je reconnaisse, sont les mots. Les écrivains hors-les-murs énervent les pédagogues et les libraires, toujours si prompts à vouloir nous rééduquer.

La littérature se nourrit de mauvaises herbes et d’échappées solitaires. Le roman pousse comme du chiendent, sans idéologie, sans argumentaire, il commence par déranger, et finit par aimanter l’esprit. Il n’est donc pas étonnant que l’œuvre de Luccin ait intéressé de respectables maisons girondines. Les effets de la mondialisation ne nous apprennent-ils pas à consommer à domicile ? C’est aussi vrai dans la création artistique que dans la culture des patates. Finitude et L’Éveilleur ont participé, ces dernières années, à le sortir de l’anonymat. Luccin n’entre dans aucune case. Il est tantôt rosse, tantôt nostalgique. Il aurait tendance à écrire sèchement, hésitant entre la confession désarmante avec, en fond de sauce, une hargne très plaisante, vipérine, qui sourd à chaque instant. Avec lui, ça tangue fort, on est balloté en haute mer. Le portrait que fait de lui Raphaël Sorin se confirme à l’écrit. Il a ce côté populo qui me régale, avec l’œil à l’affut qui décèle toutes les injustices dans les organisations et, en même temps, une posture seigneuriale, une grande maîtrise de la langue. Son talent s’exprime sans zoom. Au final, cette œuvre reste aussi mince et dense que celle d’Albert Cossery. On se met à rêver et si le garçon avait délaissé les ceps pour se consacrer totalement à sa machine à écrire, il aurait fait des miracles. Nous serions certainement riches de textes de « premier cru ». Je pensais que cette rencontre littéraire avec Luccin s’arrêterait là.

Littérature sur ordinateur

Ce matin, je vois ces quelques ouvrages alignés sur mon étagère. Il en manque cependant un. Je le possède dans mon ordinateur. Et, ça personne ne le sait, les historiens bordelais l’ignorent, à mon humble avis. Car Luccin m’a poursuivi jusque dans ma cité berruyère de naissance. L’histoire que je vais vous raconter-là, ne répond à aucune logique. Elle est fidèle à la carrière en clair-obscur de cet écrivain si méconnu. Aujourd’hui encore, ma « découverte » pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Il y a deux ou trois ans, durant les vacances de Pâques, je m’ennuyais ferme dans la maison familiale. À plus de quarante ans, j’ai gardé les stigmates de tous les fils uniques, c’est-à-dire que j’alterne les phases d’agitation et de désœuvrement. Mon père persiflait sur mon incapacité à me concentrer et à faire quelque chose de ma vie. Ma mère me gavait de sablés au beurre. En ce temps-là, le confinement était doux. J’étais, une fois de plus, en manque de livres et de DVD. Je voulais absolument revoir « Sandra » de Luchino Visconti avec Claudia Cardinale et Jean Sorel. À cette époque-là, je m’intéressais à Roger Boussinot, je cherchais à lire Les Guichets du Louvre qui a inspiré un film à Michel Mitrani avec Christine Pascal, Henri Garcin, Alice Sapritch et Michel Auclair. J’aurais, peut-être, une chance de les trouver à la médiathèque de la ville. Je me connectais sur le site : https://mediatheque.ville-bourges.fr/ et y trouvais un vif plaisir. En roue libre, je passais plus d’une heure sur ce moteur de recherche. Je venais de lire La confession impossible ou Le marin en smoking, je ne m’en souviens plus vraiment. Et c’est là que j’ai tapé machinalement : « Pierre Luccin » avec la certitude que cette recherche serait vaine. Miracle de la numérisation et lien invisible qui relie les auteurs entre eux, je n’en croyais pas mes yeux. Un « livre » apparaissait bien et il était relié à Pierre Luccin. Aucun doute, c’était bien le Pierre Luccin des vignes, le marin de la Garonne. Ce « livre » ne figure dans aucune bibliographie. Il est inconnu. Pour être tout à fait honnête avec vous, il ne s’agit pas réellement d’un livre. Voilà ce qu’indiquait sa fiche signalétique :

Titre : « Bourges et sa province à la paresseuse » Edité par P. Luccin. Tabanac (33550 Langoiran)

Type de document : Ouvrages exclus du prêt

Langue : français

Description physique : 11 f. dact. ; 32 cm

Date de publication : [1979 ?]

Cotes : Byb 21951

Sections : Fonds Local

Pourquoi Pierre Luccin, le bordelais avait-il écrit une nouvelle sur la campagne autour de Bourges ? Lui avait-on commandé ou était-ce une initiative personnelle ? Quels organismes (municipalité, office de tourisme, etc…) avaient bien pu le mandater ? Pour quelles raisons ? L’écrivain avait-il des liens avec ce département du centre de la France ? Même la date de parution était accompagnée d’un point d’interrogation.

Manuscrit de Pierre Luccin
Manuscrit de Pierre Luccin

À toutes ces questions, je n’ai toujours aucune réponse. Je fais un piètre enquêteur. J’ai bien tenté d’interroger le personnel, sans succès. Il faut avouer que cette nouvelle se présentant sous la forme de 11 feuillets tapés à la machine avec des corrections au stylo Bic par endroits n’avait pas un intérêt patrimonial exceptionnel, sauf pour moi. Fort gentiment, à la Bibliothèque des Quatre Piliers, splendide bâtisse du centre historique de Bourges, on me permit de consulter sur place ce document qui était parfaitement remisé dans une chemise. Il s’agit donc d’un très court texte assez picaresque dans sa forme narrative qui recense de façon assez amusante, les hauts-lieux berrichons (vitraux de la cathédrale Saint-Etienne, châteaux de la Route Jacques Cœur), les sites naturels comme la Brenne et aussi les plats typiquement locaux, le poulet en barbouille figure en première page ou les fromages de chèvre, la fierté de notre terroir. J’ai longtemps pensé faire de cette découverte la trame d’un roman et, puis, je suis passé à autre chose.

Mais les jours que nous vivons, cloitré, m’incitent à reprendre mon enquête…

La confession impossible

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Jaccard, passeur du désastre

 


Avec Confession d’un gentil garçon, notre ami Roland Jaccard poursuit son autobiographie fragmentée, mélancolique et brillante. L’oeuvre d’un nihiliste hanté par l’âge, le suicide et la transmission.


Dans Confession d’un gentil garçon, Roland Jaccard poursuit l’exploration du seul sujet qui l’intéresse vraiment : lui-même. Ne vous y trompez pas : ce n’est pas de l’égocentrisme ou de l’égoïsme, c’est de l’égotisme, nuance, comme chez le Stendhal de la Vie de Henry Brulard. En fait, il s’agit d’une démarche très humble. Se connaître est encore le meilleur moyen d’éviter l’esprit de système, les certitudes arrogantes, le sentiment de supériorité. L’usage du miroir est toujours une leçon de modestie. Ce qui s’y reflète, dans Confession d’un gentil garçon, c’est un homme hanté par l’âge, mais qui garde quelque chose de cambré, un homme qui ne renonce pas et nargue la Camarde.

L’idée du suicide

Depuis toujours, Roland Jaccard a prêché le nihilisme philosophique, et le suicide comme porte de sortie. On pourrait craindre pour sa vie. On aurait tort, là encore. Jaccard se souvient de son maître et ami Cioran qui lui aussi, quand on lui faisait remarquer qu’il parlait beaucoup de suicide sans passer à l’acte, répondait que ce n’était pas le suicide qui consolait, c’était l’idée du suicide. Savoir qu’on peut en finir quand on l’aura décidé, voilà ce qui rend supportable l’existence, et la fait même, à l’occasion, paraître aimable. Pas trop, tout de même, il ne faudrait pas exagérer, l’optimisme demeure une faute de goût : « Il arrive que la vie soit belle. J’ai envie d’ajouter : quel dommage ! »

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En plus, on ne se suicide pas quand on aime les jeunes filles, japonaises de préférence, même si on ne peut que constater qu’on en est arrivé au même âge que le héros du roman bref, sensuel, magnifique et désespéré de Kawabata, Les Belles Endormies, l’histoire d’un homme qui devient un voleur de beauté en s’introduisant la nuit dans des maisons de rendez-vous où il caresse des corps plongés dans un profond sommeil tout en méditant sur les années qui ont passé trop vite : « C’est ainsi que s’achèvent les vies. Tu débutes en mendiant, tu finis en rentier. »

Transmettre sans engendrer

Il faut dire que Roland Jaccard a l’aphorisme aiguisé comme une lame et la maxime précise comme une flèche en plein cœur. Ce Suisse de Paris a tout des grands moralistes français du xviie siècle. Comme eux, il n’est plus dupe de rien. La psychanalyse, par exemple, qu’il exerça jadis, est passée à la moulinette. S’il aime toujours Freud et Lacan, dont il est un spécialiste, c’est davantage comme entrepreneurs de démolition que comme hypothétiques guérisseurs. D’ailleurs, on ne guérit de rien dans le cas de Roland Jaccard et surtout pas d’une adolescence placée sous le signe de Benjamin Constant et d’Oscar Wilde, c’est-à-dire d’un vrai dandysme de la misanthropie.

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Pourtant, pour un homme qui ne croit en rien, sauf peut-être dans la frange de Louise Brooks, Roland Jaccard demeure un merveilleux passeur. Lui qui a toujours eu en horreur l’idée de faire des enfants a par un étrange paradoxe le goût de la transmission. Sa Confession d’un gentil garçon invite à la lecture de Proust, de Lichtenberg, de Léautaud, convoque le cinéma et la bande dessinée comme des arts majeurs.

Et si, finalement, le titre de ce petit livre mélancolique et brillant, désabusé et drôle n’était pas une antiphrase ? Et si Roland Jaccard était vraiment un gentil garçon ? Voilà ce qui, pour le coup, achèverait de le désespérer !

La note de bas de page qui « accuse » la philosophe Carole Talon-Hugon

 


Invitée à donner une conférence sur l’excès de morale dans l’art, la philosophe Carole Talon-Hugon a été, sur signalement d’un collègue universitaire, la cible d’un appel au boycott pour une note de bas de page prétendument homophobe.


Été 2018. Le festival d’Avignon se termine. Carole Talon-Hugon en ressort accablée par le moralisme pesant dans lequel baigne la programmation. Elle décide d’en faire un livre. L’Art sous contrôle (PUF) est vite écrit. Philosophe spécialiste d’esthétique, professeur à l’université Nice Sophia Antipolis, elle relève depuis des années les manifestations de plus en plus vives d’une censure à multiple détente. L’art pour l’art est mort. Il doit édifier, et non choquer, ce qui n’est pas simple, car il n’y a plus de pudibonderie, seulement des sensibilités. L’homme et l’artiste ne font plus qu’un, l’artiste et son œuvre se confondent. Un geste déplacé de Woody Allen rend impossible une rétrospective de ses films. Théâtre, peinture et littérature doivent s’engager. Les secteurs qui recrutent sont dans le journal : minorités sexuelles ou ethniques, migrants, environnement. « J’avais un peu peur que le festival d’Avignon 2019 rende mon livre caduc, j’avais tort », sourit Carole Talon-Hugon. « Retour d’Avignon, la morale à zéro », titre Libération le 25 juillet. La journaliste du quotidien, Ève Beauvallet, déplore « l’humanisme bêlant » qui imbibe le festival et ironise sur « le rappel aux ordres humanistes » à destination de « ce public de fascistes qui compose, comme chacun sait, les salles du Festival d’Avignon in ». Bref, comme des milliers d’amateurs, elle se retrouve dans les critiques mesurées et argumentées de Carole Talon-Hugon envers les dérives moralisatrices du théâtre contemporain (Ève Beauvallet va d’ailleurs interviewer longuement l’auteur, le 25 juillet 2019).

Le 30 janvier 2020, la philosophe est invitée à la villa Arson, célèbre école d’art rattachée à l’université de Nice. Avant sa conférence, Thomas Golsenne, un ex-enseignant de l’établissement, aujourd’hui en poste à Lille, diffuse le commentaire suivant à destination des étudiants : « La honte… si vous lisez en détail ce livre plein de préjugés notamment homophobes, vous pourrez lire dans la note de la dernière page que l’acronyme LGBTQI s’est enrichi d’un + qui pourrait inclure les zoophiles et les pédophiles… j’espère que des personnes attentives lui feront remarquer le scandale de cette suggestion pendant sa conférence. » Certains étudiants réagissent au quart de tour. Des affiches appellent au boycott, une étudiante accuse Carole Talon-Hugon de faire l’apologie du viol, criant « pédophile ! » quand elle cite le nom de Gauguin. Contacté par Causeur, Thomas Golsenne se défend d’avoir appelé au boycott et campe sur sa position. Le livre est homophobe. Il cite l’objet du délit in extenso : « L’acronyme LGBT (lesbian, gay, bisexuel, transgenre) s’est récemment allongé en LGBTQIA+ (Q pour queer, I pour intersexes, A pour asexuel). Mais le “+” laisse ouverte la possibilité que d’autres préférences en matière sexuelle (fétichisme ? zoophilie ? pédophilie ?) revendiquent leur égale légitimité. » Selon Thomas Golsenne, cette note « scandaleuse » assimile « des préférences sexuelles légales et d’autres illégales ». Il rappelle qu’un conseiller municipal FN, Louis Noguès, a été condamné en diffamation (jusqu’à la cassation, en novembre 2017), pour avoir osé une telle assimilation.

Voilà un bel exemple d’extrait tiré de son contexte. La note renvoie à un passage où Carole Talon-Hugon détaille la fragmentation potentiellement infinie des revendications catégorielles, qui conduit à l’entre-soi et à l’enfermement, en insistant au contraire sur le fait que toutes les sensibilités (et la zoophilie en est une) ne peuvent revendiquer leur légitimité ! Dans la longue réponse qu’il nous a faite par mail, Thomas Golsenne écrit, à propos du racisme et du sexisme dans les écoles d’art : « J’ai également le souvenir d’un étudiant qui avait écrit un mémoire dans lequel les réflexions antisémites abondaient. Ce n’était pas un étudiant musulman (il n’y en a quasiment pas dans les écoles d’art). » Tirée de leur contexte, ces deux phrases accolées suggèrent que Thomas Golsenne croit les étudiants musulmans plus prompts à l’antisémitisme que la moyenne. « En fait, ce qui va peut-être calmer le jeu, c’est la peur de la charrette thermidorienne », conclut Carole Talon-Hugon, en référence au départ à la guillotine des révolutionnaires qui avaient lancé tant de condamnations. Certes, mais si une note de bas de page vaut acte d’accusation, comment arrêter la machine ?

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Prudence médicale et précipitation climatique


Le Professeur Raoult affirme avoir une solution, on l’accuse d’être un faux prophète. Toute ressemblance…


 

Le virus est virulent ! HS sont les milliers de personnes qui s’entassent dans les hôpitaux. Sans qu’on puisse évaluer l’impact de la mesure, le confinement est décidé. C’est un pari osé. Il y a un bénéfice attendu, mais des risques associés : crise économique majeure, angoisse généralisée de la population, augmentation du risque de suicide, etc. Gouverner c’est prévoir et gouverner c’est agir. Dont acte.

À peine l’épidémie commencée, un gaulois réfractaire nommé Raoult avait annoncé un remède efficace : la chloroquine. Il n’était pas n’importe qui : un ponte mondial des maladies infectieuses, soutenu dans ses recherches par l’État et « pratiquant » depuis longtemps cette molécule, ennemie du lupus et du palu. Aussitôt, pourtant, les décodeurs du Monde faisaient tomber la bonne nouvelle dans le vide-ordure des « fake news ».

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Dans son service, aux premiers cas qui se présentent, Raoult commence illico à tester in-vivo le médicament. Sur une vingtaine de patients, les résultats sont pour le moins spectaculaires, notamment lorsque la chloroquine est associée à l’azithromycine.

Malgré les tests effectués par son champion, le gouvernement hésite. Le virus est mal connu, l’échantillon de patients est insuffisant, des études sont encore nécessaires. Gouverner c’est prévoir, gouverner c’est agir. La décision est prise : il faut attendre. Surprise car le pari n’est pas osé au vu de la faiblesse des risques associés : le médicament est bon marché, connu et administré depuis des décennies et, aux doses utilisées, les effets secondaires sont contrôlables. Le triomphe serait sans gloire car la décision est sans péril !

Sur ces entrefaites, on apprend que le Global Risks Reports du très sérieux Forum Économique Mondial n’identifiait pas, dans son rapport 2020, le risque pandémique dans la liste des risques les plus probables pour l’humanité. La meilleure place est trustée par le changement climatique. On se remémore alors que la France a engagé des milliards d’euros pour lutter contre ce mal évanescent et poursuit une transition énergétique hasardeuse. Elle a prévu, elle a agi. Elle a prévu le climat de la Terre des décennies et des siècles à venir, elle a prévu les graves conséquences, elle a prévu les résultats que produirait sa politique sur cet insaisissable « objet » climatique. Elle a fait un pari qui se situe dans le ciel éthéré des incertitudes sous les conseils avisés d’une enfant viking réfractaire à l’école.

Vercingétorix, lui, a fait ses classes. Depuis des décennies, il travaille sous les yeux vigilants d’Hippocrate et n’a cure des prévisions et des sermons des « autorités ». Il se murmure qu’il serait aussi climato-sceptique, donc de ces gens que les décodeurs, de manière chloroquignolesque, accusent de propager des fausses nouvelles.

Blanquer a trouvé sa place dans l’arrogante Macronie!

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Conférence de presse de Jean-Michel Blanquer et Gabriel Attal sur l'épidémie de Covid-19 le 14 mars dernier © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00949895_000023

À l’occasion de la crise sanitaire du coronavirus, le « fin connaisseur » du système éducatif perd de sa superbe.


Vous vous souvenez, ils étaient jeunes, beaux, un peu arrogants: c’étaient les macronistes. Ils avaient été élus parce qu’ils étaient nouveaux. Ils avaient été élus parce qu’ils étaient compétents, on craignait juste que cette compétence les rende trop sûrs d’eux. Mais non, parce qu’en plus ils étaient lucides et formidables: ils savaient communiquer et surtout ils allaient faire preuve de pédagogie. Leur maître-mot.

Pédagogogie

La pédagogie, déjà, en politique, c’est assez discutable. Ce mot appartient au champ de l’école, pas de la vie de la Cité. Étymologiquement (l’étymologie, comme la terre, ne ment pas), elle renvoie à l’enfance. Faire de la pédagogie aux citoyens, c’est donc les considérer comme des enfants. Quand on considère des adultes comme des enfants, c’est en fait qu’on les prend pour des cons. Il a fallu, par exemple, avec pédagogie, expliquer que la retraite par points qui allait faire travailler dans des proportions variables tout le monde plus longtemps pour des revenus moindres était un grand progrès social. On a vu ce que ça a donné. Le macroniste n’est pas seulement un obsédé de la régression sociale pour tenter d’empêcher la baisse tendancielle du taux de profit de ses commanditaires patronaux, il est aussi une grosse nullité pédagogique. Parce que nous ne sommes pas des enfants mais aussi parce qu’il n’arrive pas à cacher, à chaque instant, son mépris de classe.

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À l’occasion de cette pandémie, ce recours à la communication et à la pédagogie pour masquer l’incompétence, l’impréparation et une certaine nullité intellectuelle, atteint des sommets. Ce n’est pas un hasard si cette nullité se voit comme le nez au milieu de la figure chez Blanquer, ministre de la Continuité Pédagogique qui a la fascinante particularité de détester ses fonctionnaires et de mépriser les élèves. Il a fallu qu’on lui indique vertement que les profs futurs retraités par points allaient crever la dalle pour qu’il parle d’une revalorisation mais cela le chagrinait tellement qu’il était fermement décidé à repenser le métier dans sa globalité, ce qui veut dire en gros : « Votre statut de feignasses, c’est terminé ». Il n’aime pas non plus les lycéens. Qu’est-ce qu’un lycéen à l’ère Blanquer? En décembre, il se fait matraquer pendant le mouvement social. En janvier-février, il a vécu dans le stress permanent de l’évaluation avec les E3C[tooltips content= »Epreuves communes de contrôle continue NDLR »](1)[/tooltips], cette usine à gaz typique du communicant qui prétend contre toute évidence qu’une chose est bonne alors qu’elle merdoie totalement. En mars, il est confiné, loin de sa petite copine et il doit se la mettre sous le bras alors que les beaux jours arrivent sans compter qu’il flippe pour le bac, en écoutant les déclarations hâtives, hasardeuses et contradictoires de Blanquer. Je ne laisserai jamais personne dire que 17 ans est le plus bel âge de la vie.

Blanquer a perdu la baraka

Mais nous n’avions rien vu. Blanquer, « fin connaisseur du système » comme disent les médiatiques complaisants résume l’incompétence potentiellement meurtrière de la Macronie face au Covid-19. C’est le roi de l’injonction contradictoire, c’est-à-dire ce qu’il faut surtout éviter en pédagogie. Le prof de ZEP que j’ai été dans une autre vie se serait comporté dans sa classe comme il s’est comporté avec les profs, il serait ressorti avec le slip sur tête et « bouffon » tatoué au marqueur sur le front. Et il l’aurait bien cherché.

Quand il dit le matin que les écoles ne fermeront jamais, elles ferment le soir même. Que les concours de recrutement auront lieu, ils sont repoussés. Les profs doivent rester à la maison et, comme les écoles sont fermées, s’ils pouvaient se déplacer jusqu’à un magasin pour échanger des cours et des documents avec les parents, ce serait bien.

Pour Blanquer, le virus est une offense personnelle qui sape son autorité et son génial projet de transformer l’éducation en préparation à l’économie de marché grâce aux neurosciences. Sauf que pour nous, le virus, ce n’est pas une offense, c’est une blessure dont il faudra se remettre. 

Masques: l’anticipation de la menace n’existe plus en France

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Le president français Emmanuel Macron visite l'hopital militaire de campagne à Mulhouse, le 25 mars 2020, au dixième jour d'un verrouillage strict en France pour arrêter la propagation de COVID-19 © CUGNOT MATHIEU-POOL/SIPA Numéro de reportage : 00952074_000001

Coronavirus: les accents guerriers récents du discours présidentiel cachent bien mal le scandale des masques. Le système politique en place a fait preuve d’une grande légèreté dans l’anticipation des risques. François Martin revient sur ce scandale du stock français en baisse depuis 2010.


 

L’épidémie de coronavirus était tout sauf inattendue. Elle n’était pas censée nous prendre au dépourvu. En effet, pour les stratèges civils et militaires, le risque d’attaque bactériologique ou chimique est un risque aussi connu et étudié que le risque de guerre conventionnelle ou nucléaire, ou aujourd’hui cyber. Comment se fait-il, dans ces conditions, que nous ayons été ainsi pris de court, impréparés ? Comment se fait-il que nous en soyons là ?

La France n’avait pas de plan ou de stratégie

Il faut d’abord pointer l’affaiblissement dramatique de la notion d’État.

À force de vouloir nous fondre dans une entité internationale et globale, supposément bienfaisante, et de nous faire disparaître dans un premier temps dans l’ensemble européen, nous en avons perdu le réflexe le plus naturel, celui de l’autodéfense nationale, si bien rappelé par la maxime de « l’indépendance dans l’interdépendance », et par son corollaire militaire, la doctrine nucléaire. Ainsi, on a fini par considérer que l’on pouvait faire l’impasse complète sur ce qui est, depuis toujours, l’un des risques les plus « classiques » de la doctrine de défense, le risque chimique et bactériologique. On a déshabillé petit à petit l’armée des moyens qui lui sont nécessaires (un homme courageux comme Pierre de Villiers n’a-t-il pas mis sa carrière en jeu pour arrêter le processus ?). On a démantelé notre réseau diplomatique (notre protection politique internationale) et vendu nos entreprises stratégiques (notre protection industrielle). Les stocks stratégiques propres à nous protéger des guerres sanitaires, à partir de 2010, ont été réduits.

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Pire encore, c’est la notion même de risque qui a été édulcorée, puis oubliée, et qui nous a mis aujourd’hui à la merci d’une crise pourtant prévisible, car précédée de plusieurs alertes du même type, comme celle du H1N1 en 2009/2010.

N’est pas Chevenèment ou Villiers qui veut

Ces énormes failles dans notre système de défense, qui restent donc béantes depuis 10 ans, nombre de nos responsables politiques, sanitaires ou militaires, les connaissaient certainement. Mais aucun n’a parlé, aucun n’a fait d’esclandre, aucun n’a risqué son poste.

Selon Wikileaks, Jérôme Salomon et Olivier Véran auraient alerté Emmanuel Macron, dès sa campagne électorale, sur ce risque sanitaire majeur. Que n’ont-ils ensuite mis leur démission dans la balance, pour que les mesures indispensables soient prises ? Non : ils sont toujours là, aux avant-postes, pour diriger cette “armée” sans armes qu’ils ont pourtant laissée s’installer. Tout le monde n’est pas Chevènement ou de Villiers. Tragique.

Parmi notre « bloc élitaire », tout le monde semble se tenir, tout le monde s’épaule, tout le monde se rend service. Pour préserver le système, l’omerta est de mise. Derrière l’apparence juridique d’une démocratie, le régime fonctionne en réalité de façon a-démocratique, opaque et cooptée. « Je te tiens, tu me tiens »… Ce copinage permet aussi d’éclairer le fait que les propositions sur la chloroquine du Pr Didier Raoult, l’un des meilleurs virologues mondiaux, soient examinées avec une telle « prudence », et l’homme traité avec un tel mépris (alors qu’il s’agirait d’un médicament parfaitement connu). Est-ce parce qu’il est un trublion, cherchant la vérité et l’efficacité, et se moquant du « consensus de copinage » ?

Faiblesse de nos élites

Toutes ces faiblesses cumulées dans les structures, les têtes, les doctrines et les comportements de nos élites, et non la seule force du virus, ont causé la première crise, celle que nous vivons en ce moment, et qui pourrait déboucher dans quelques semaines sur la deuxième, « l’épidémie économique », lorsque des faillites d’entreprises pourraient se succéder en cascade. Le gouvernement tiendra-t-il ses promesses dans le domaine économique, alors qu’il est déjà à la peine pour fournir de simples kits de dépistage ou les masques qui nous manquent ?

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Sur le plan sanitaire, ce ne sont pas les seuls Agnès Buzyn ou Edouard Philippe qui sont les fautifs, pas plus que le fonctionnaire imbécile qui, pour gagner quelques millions, a supprimé dans un budget la ligne du renouvellement du stock stratégique de masques. Ce système défaillant en place qui est le nôtre (et ses copinages) ne se rendra pas comme ça. Il se battra avec l’énergie du désespoir. Le parasite préfère toujours mourir avec sa proie plutôt que de la lâcher. Il faudra la même énergie que lui pour le vaincre. C’est au moment de la prochaine présidentielle que l’affaire devra se jouer.

Conte de Pâques

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Photo: GERARD JULIEN / AFP

 


Un affidé de Bonnet d’âne[tooltips content= »Bonnet d’âne est le nom du blog de Jean-Paul Brighelli NDLR »]*[/tooltips] m’envoie le conte ci-après. Ma foi, il pourrait faire un codicille intéressant aux chroniques de Patrick Rambaud, que je salue si par hasard il me lit. Alors, et bien que de toute évidence il ait germé dans le cerveau d’un adversaire résolu de Not’Bon Maître, sur lui la paix et la bénédiction, et parce que « Raoul de Massalia » dont il chante indûment les louanges a été mon condisciple, avec un léger décalage, au lycée Saint-Charles de Marseille, je le propose à la communauté du Bonnet, qui vaut bien celle de l’Anneau… 


Or doncques, il advint que le royaume du jeune et sémillant monarque Manu-Henri III et de la reine-mère Catherine de Macaron fut frappé par la peste venue des Indes et du Royaume de Siam. Les sujets de Sa Majesté n’en mouraient pas tousse, mais tousse étaient frappés.

Le couvre-feu fut bientôt déclaré sans que cela ralentît la diffusion du fléau : en effet, dans les faubourgs des grandes cités du royaume, les jeunes revêtus de houseaux Nike et portant un chaperon en guise de couvre-chef continuaient à circuler en toute impunité pour se livrer à leurs activités favorites — pillages, commerce de poudre du Levant, incendie de carrosses et lapidation de la maréchaussée — sous l’œil paternel et bienveillant des magistrats.

Comme le royaume manquait de gantelets et de heaumes pour se protéger des miasmes mortels, le nombre des victimes s’accroissait chaque jour, surtout parmi les vieillards déjà affaiblis par le jeûne consécutif à la baisse des retraites décidée par Sa Majesté, dans sa grande sagesse.

Devant l’urgence de la situation, le royaume réagit comme il l’avait toujours fait : on convoqua les États Généraux des carabins chargés de nommer commissions et sous-commissions afin d’aboutir à la constitution d’un collège d’experts qui rendrait un rapport préliminaire d’ici 2 à 3 ans.

C’est alors qu’un vieil alchimiste provençal surnommé Raoul de Massalia prétendit…

 

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Bosnie: l’UE a créé une bombe biologique potentielle dans un camp de migrants

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bihac bosnie migrants corona
Migrants pakistanais à Bihac (Bosnie-Herzégovine), février 2020. Authors: Iain Burns / SOPA Images/Sipa US/SIPA. Feature Reference: SIPAUSA30203762_000010

A la frontière entre la Croatie et la Bosnie, des milliers de migrants, presque tous de jeunes hommes seuls, s’amassent depuis deux ans. Au temps du coronavirus, le dilettantisme de Sarajevo, l’incurie du système sanitaire local et l’absence de politique européenne en matière d’immigration prennent un tour dangereux. Pessimiste face à la menace qui se profile, l’italienne Paola Lucchesi, ancienne journaliste engagée dans le secteur associatif à Bihac (Bosnie) a répondu aux questions de Causeur. Entretien.


Ex-correspondante de guerre pour le groupe de presse La Repubblica, Paola Lucchesi vit à Bihac (Bosnie-Herzégovine) depuis 2003. Elle y a créé une association, le Centre pour le développement durable Una et vient en aide aux migrants.

Risultato immagini per Paola Lucchesi,

Daoud Boughezala.  A l’échelle mondiale, plus de trois milliards de personnes sont confinées afin d’éviter la propagation du coronavirus dont l’épicentre se situe désormais en Europe.  Quelle est la situation sanitaire à la frontière bosniaco-croate où vous vivez ?

Paola Lucchesi.  Officiellement, la Bosnie-Herzégovine compte 168 cas de coronavirus, dont trois morts. Nous ne sommes pas encore confinés mais un couvre-feu a été instauré entre 22 heures et cinq heures du matin. Là où je vis, dans le canton d’Una Sana, seuls les enfants et les vieux sont interdits de sortir. Il faut savoir que la Bosnie-Herzégovine se compose de quatorze gouvernements différents, ce qui rend la gestion de la crise un tantinet compliquée. En plus du gouvernement central, qui administre l’ensemble du pays, il existe deux entités administratives et politiques : la Fédération de Bosnie-Herzégovine et la République serbe de Bosnie, mais aussi le district autonome de Brcko, ainsi que les gouvernements des dix cantons membres de la Fédération de Bosnie-Herzégovine. Quant à la santé, c’est une compétence cantonale.

Difficile à suivre ! Depuis des années, vous dénoncez la condition des migrants à Bihac. Quels profils présentent-ils et comment sont-ils pris en charge par les autorités ?

Les migrants rassemblés ici viennent essentiellement du Pakistan (30% d’entre eux), d’Afghanistan, d’Iran, d’Irak mais aussi du Maghreb. Ils sont environ cinq mille, parqués dans des camps gérés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et financés principalement par l’Union européenne. A 90%, il s’agit d’hommes seuls. D’autres camps sont directement gérés par le ministère de la sécurité bosniaque, comme celui de Mostar, qui préexistait à la crise des réfugiés. Ici, dans le canton d’Una Sana, quatre centres officiels rassemblent les migrants, dans une situation administrative assez floue, où chaque institution prend ses responsabilités par intermittences. En théorie, les centres de Bihac devraient être du ressort du ministère de la Sécurité bosniaque en collaboration avec l’OIM, qui offrirait son soutien logistique. Or, l’OIM assure la gestion complète des camps parce que l’argent est entre ses mains.

L’an dernier, à Bihac, entre juin et décembre, le cinquième camp de Vučjak, situé en dehors de la ville a défrayé la chronique dans la presse internationale. C’est un pré appartenant à la commune où avait été installé un camp sous des tentes pour essayer de soustraire des rues de la ville des milliers de migrants qui n’avaient pas où dormir. Un autre camp du même type que celui de Vučjak est en train d’apparaître. Cette fois, l’Union européenne semble avoir accepté de financer son installation.

Dans quelle situation administrative, sanitaire, sociale et humanitaire se trouvent-ils aujourd’hui ?

C’est un désastre. Ceux qui vivent dans les camps de l’OIM à Bihac ont faim, surtout dans celui de Bira. Manifestement, l’argent manque par rapport au nombre de gens concernés. En ce moment, à l’intérieur du camp de Bira installé dans une usine d’électroménager désaffectée, plus de deux mille migrants sont amassés dans un immense hangar. Il se dit que plusieurs d’entre eux infectés par le coronavirus seraient en isolement dans un container mais cela n’a pas été confirmé. Le problème, c’est qu’OIM ne rime pas avec transparence ! Il y a plus d’un an, j’avais transmis des propositions à un responsable de l’OIM mais j’ai fini par capituler car il n’avait aucune volonté, sinon parquer les migrants au plus pressé. Bira concentre les hommes, le plus souvent jeunes. Les rares familles de migrants sont hébergées dans deux autres camps installés dans un ancien hôtel et une ancienne résidence étudiante. A cinquante kilomètres d’ici, dans une autre ville du canton frontalière avec la Croatie, à Velika Kladusa, dans le camp de Miral, installé à l’emplacement d’un ancien entrepôt d’usine, vivent huit cents ou neuf cents migrants masculins. Depuis plus d’un an, le gouvernement cantonal et les communes réclament la fermeture des ces deux camps qui entraînent de très lourds problèmes avec les populations locales. Ces deux camps sont entourés de zones urbaines habitées. Malheureusement,  beaucoup de migrants se comportent mal. Les gens du voisinage rapportent de nombreux incidents : cambriolages, déprédations mais surtout un nombre inquiétant de violences entre migrants. Ces deux dernières années, sont survenus plusieurs meurtres entre migrants dans le canton, mais aussi des rixes. Lorsque la police fait une descente, elle trouve régulièrement des armes blanches. La situation est donc très tendue.

Réussissez-vous à leur offrir un avenir sur place ?

Nous avons les mains liées et ne sommes pas en mesure de travailler sur l’intégration des migrants car ils ne sont que de passage ici. J’aimerais développer des projets pour favoriser leur l’emploi mais je suis bien consciente que seule une poignée de migrants pourrait accepter de faire sa vie ici. Ils veulent désespérément aller en Europe. Ils nous regardent et nous disent ne pas avoir d’alternative.  Que cela soit physiquement vrai ou non n’a aucune importance : dans leur esprit, c’est l’Europe ou la mort ! S’ils ne se tuent pas en traversant un fleuve, tous, du premier jusqu’au dernier, arrivent finalement à leur but, parfois après des dizaines de tentatives.

Aujourd’hui, au temps du coronavirus, le flux migratoire a-t-il cessé ?

Non. En ce moment, les migrants arrivent dans une Europe fermée, dangereuse, avec une épidémie en plein essor. Qui sait si elle ne sera pas encore en mesure de leur proposer quelque chose ? Mais ils continuent quand même à venir. A Trieste, ma ville natale, les migrants regroupés au milieu de la rue, sur la place de la gare ainsi que dans le vieux port sont actuellement l’objet de violentes polémiques alors que les volontaires veulent continuer à les soigner. Ils n’ont rien à faire mais continuent de venir, y compris ici à Bihac, de nulle part vers nulle part. La semaine dernière, avec le retour du froid, des centaines de personnes sont arrivés sans avoir nulle part où aller. Les camps sont pleins et de toute manière fermés.

Le nombre de migrants dans les camps dépasse largement les deux mille personnes que le canton s’était engagé à prendre en charge il y a deux ans. On compte au moins deux mille personnes dans la rue, c’est-à-dire dans des squats, dans des usines ou des maisons désaffectées, ou campant sur les rives du fleuve.

Que fait l’UE pour aider la Bosnie ?

L’Union européenne profite honteusement de la faiblesse de la Bosnie-Herzégovine qu’elle vampirise. Les camps de l’OIM n’emploient pas de médecins des Nations-Unies. L’ONG Danish Refugee Council qui a pris le marché de l’assistance sanitaire, au lieu d’envoyer ses propres médecins, contractualise des médecins locaux, pourtant peu nombreux. Il arrive qu’un retraité bosniaque fasse la queue toute la matinée dans un cabinet médical pour renouveler son ordonnance, mais que le médecin parte soudain soigner les migrants du camp de Bira.

En coulisses, l’Union européenne a exercé une pression monstre sur le canton et la ville pour remplir le camp de Bira dont les immenses entrepôts pourraient héberger des milliers de migrants supplémentaires. C’est une folie, autant pour les migrants que pour la ville. Cela constitue une potentielle bombe biologique, comme le souligne désespérément le gouvernement local depuis des mois. C’est une question d’argent car l’assistance sanitaire coûte cher. De ce point de vue, l’UE ne veut pas seulement laisser ces migrants sur place, comme elle le veut en Grèce, Serbie, en Turquie, mais aussi dépenser peu.

Le système de santé local est-il à la hauteur des enjeux ?

Le système sanitaire bosnien est déjà incapable répondre aux exigences de ses citoyens. Depuis seize ans que je vis ici, pas un jour ne passe sans que j’assiste à une collecte de fonds privés organisée par des citoyens pour sauver la vie de personnes gravement malades qui n’ont pas les moyens de se soigner, notamment des pathologies graves nécessitant des opérations chirurgicales, parfois à l’étranger. La santé est l’une des sources les plus profondes de corruption de ce pays qui croule sous la corruption. En Bosnie, le taux de chômage avoisine les 40% de la population active. Dans le canton d’Usa Sana, le chômage atteint les 60%. Le pays a moins de trois millions d’habitants et une diaspora de deux millions de travailleurs à l’étranger. Ces dernières années, l’émigration économique est repartie de plus belle : les gens fuient pour les mêmes raisons que les migrants qui arrivent ici ! Ils cherchent un travail et un avenir meilleur. Cette situation me fait penser à un gâteau à plusieurs couches.

Le système sanitaire ne peut absolument pas relever ce défi. Cela fait deux ans que les autorités locales appellent à l’aide pour affronter la crise migratoire mais le pouvoir central s’en lave les mains. A l’hôpital cantonal de Bihac, le premier cas confirmé de coronavirus, un jeune chauffeur de taxi, en situation très grave, sous respirateur artificiel, avec un pronostic vital réservé, n’a pas été admis au CHU de Sarajevo. Le personnel soignant d’ici avait demandé son transfert dans la capitale. La réponse a été « Débrouillez-vous ! » D’ailleurs, on peut s’interroger sur l’incapacité d’un hôpital cantonal censé répondre aux besoins trois cent mille habitants à soigner une pneumonie. Mais l’anecdote est révélatrice de nos rapports avec Sarajevo. Pour le moment, je crois savoir que le canton dispose de cinq respirateurs artificiels pour une population de trois cent mille individus auxquels il faut ajouter entre cinq mille et sept mille migrants.

Comment réagissent les autochtones face à l’afflux continuel de migrants ?

La population est divisée. Après une première phase de solidarité il y a deux ans, les habitants de la région commencent à éprouver un terrible stress. J’ai le sentiment qu’une majorité ne veut pas des migrants. Non par racisme mais par grande lassitude du chômage, de la corruption, et de tout ce qui fait que la Bosnie ne peut absorber cette immigration. Tout est une question de nombre. Une petite ville comme Bihac, qui compte officiellement 50 000 habitants mais en a probablement perdu dix mille, ne peut absorber 10% ou 15% de population supplémentaire alors que son système social est déjà à genoux. Ce qui s’est passé à Lesbos me serre le cœur à cause des conditions de vie hallucinantes des migrants littéralement emprisonnés sur les îles. Mais mon cœur se serre aussi car je compatis à la condition des autochtones, qui se trouvent dans une situation dix fois pire que la nôtre. Cela ne peut plus continuer comme ça. Il faut dénoncer l’absence totale de politique d’immigration de l’Union européenne.

L’Italie: abandonnée par l’Europe, courtisée par la Chine et la Russie

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Un avion en provenance de Chine atterrit à Vienne avec du matériel médical à destination de l'Italie, © Ronald Zak/ AP/ SIPA, Numéro de reportage : AP22441111_000001.

Le monde est contaminé. Le Covid-19 – ou coronavirus – infecte toute la planète. L’Italie, le pays le plus touché en Europe, est face à un défi titanesque et encore une fois les Italiens se sentent ignorés et abandonnés.


Christine Lagarde est la cible de la furie italienne après ses propos désobligeants sur la situation dans le Belpaese. De la droite à la gauche tous sont d’accord pour dire que les organisations européennes devraient tacler la pandémie avec véhémence, sans retenues comptables ni calculs bureaucratiques. La Française a rétropédalé, en disant que la BCE veut éviter une quelconque fragmentation de la zone euro. Peu importe, son commentaire sur le spread reste gravé dans les têtes cisalpines.

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Dans la péninsule au temps du coronavirus

Le Partito Democratico, où l’européisme fervent est souvent visible, a dû se coller aux propos de von der Leyen et a désavoué la froideur de Lagarde. Emanuele Felice, l’un des responsables des questions économiques du parti, a dit que les paroles de la présidente de la BCE sont surprenantes. Il a aussi appelé à un changement de cap : « Aujourd’hui plus que jamais il faut que les institutions européennes mettent en marche tout le nécessaire pour affronter une émergence sans précédent ».

Giorgia Meloni, meneuse des Fratelli d’Italia, tire à boulets rouges sur l’establishment bruxellois. Elle est profondément convaincue que l’UE est dirigée par un axe franco-allemand qui se soucie peu des autres pays. Elle craint que la crise actuelle puisse être instrumentalisée par les forces étrangères pour affaiblir l’Italie et lui enlever ses ressources. Selon Meloni, le gouvernement italien doit demander la démission de Christine Lagarde. Elle a rappelé à travers les réseaux sociaux que la BCE doit être la banque centrale des Européens et non la banque centrale allemande ou française. On ajoutera que la fragilité de l’euro peut réapparaître, une monnaie que Meloni classifia jadis comme inadaptée.

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Un échange tendu entre un journaliste italien et Matteo Renzi est la preuve que les Italiens se méfient de plus en plus des structures européennes. Renzi voulait amoindrir l’importance des mots de Lagarde et déclara que dire que l’Europe est immobile est populiste. Le journaliste, Massimo Giletti, s’exalta et rétorqua enflammé : « Vous devez avoir le courage de…

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Le savant et le politique

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Michel Cymes, le précurseur de la télémédecine en France. © PJB/SIPA Numéro de reportage: 00675849_000081

Alors que les politiques ont failli à prévenir l’épidémie de coronavirus, les populations apeurées se tournent vers les scientifiques. Mais malheureusement, la “médicocratie” qu’elles appellent de leurs vœux n’a pas encore de solution et ne parle même pas d’un seule voix !


Cela ne faisait plus aucun doute pour notre occident dont l’économie et l’état d’esprit ont pénétré la planète entière : la marche effrénée de la science allait bientôt recouvrir le monde et réduire par ses progrès le vivant à une simple mécanique d’horloge. Par l’émergence de l’intelligence artificielle – qui s’immisce dans tous les secteurs de l’économie et arrive à une prévisibilité parfaite des comportements -, allait enfin advenir un temps arrêté où les prédictions annihileraient l’imprévisible !

La science impuissante ?

Seulement voilà : en moins de trois mois, un Chinois lambda préparant ou ingurgitant un steak de pangolin a mis le système international à genoux, et la collaboration de l’humanité entière mise en connexion simultanée grâce à la mondialisation ne suffit pas à ce jour à connaître ce virus assez bien pour le combattre. Heureusement qu’il ne se manifeste souvent que sous la simple forme d’une grippe assez classique. 

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Face à cette manifestation très peu probable qui change radicalement le cours des événements – ce que Nassim Nicholas Taleb appelle après David Hume un « cygne noir » – la science parait impuissante.

Le citoyen français lui-même est dans l’incompréhension et finirait presque par s’étonner qu’on n’ait pas encore trouvé la panacée qui nous sauverait de ce confinement général. Gâté par une économie à la mesure de ses désirs, le citoyen désarmé finit par s’en remettre à un État qu’il ne faisait que maudire. Il se jette à corps perdu dans des procès en imprévoyance ou – pire – se met à fustiger la baisse des dépenses publiques après l’avoir vigoureusement appelée de ses vœux… Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. Ceux qui se réjouissaient de la baisse des prix et du confort offerts par la mondialisation, en crachant sur un État soustrait aux lois du marché, l’appellent maintenant à l’aide.

“Le virus n’a pas de passeport” qu’ils disaient, nos experts!

Si je reconnais comme nombre de Français une gestion idéologique et désastreuse de la crise dans les premières semaines, si je déclare aussi volontiers que les révélations larmoyantes d’Agnès Buzyn sont un modèle de lâcheté politique et de d’irresponsabilité qui fait honte à notre système de santé, il est très facile de venir après la guerre crier qu’il aurait fallu préserver les stocks de masques, ou éviter de délocaliser notre industrie de santé.

Puisque la santé a monopolisé si brutalement l’action politique, une nouvelle figure a fait son entrée dans le débat public : celle du médecin. On pensait enfin avoir affaire à une parole sérieuse et véridique, confiant à la blancheur de la blouse la hauteur de la vérité : au diable la politique et place aux experts. Sauf que là aussi la confusion est grande, et le citoyen se rend compte que la médecine elle-même peine à sortir du régime de l’idéologie. Après une période conséquente au cours de laquelle quelques médecins ont parcouru les plateaux télé en disant que la fermeture des frontières était stérile, nous y voici. Emmanuel Macron disait lui-même il y a 10 jours : « Le virus n’a pas de passeport ». Une épidémie si massive et si contagieuse rendait selon les experts toute tentative de protection ou de détection au cas par cas parfaitement inutile. Les masques et les tests, inutiles comme les frontières, nous disait-on. Aujourd’hui, voici que des frontières toujours plus imperméables s’invitent à la porte de nos foyers et que le chef de l’État s’empare d’un discours aux accents guerriers.

Populisme médical

Un débat s’est installé entre les médecins : c’est ainsi que Didier Raoult, un professeur qui relativise la gravité de la situation et promet des essais assez concluants sur l’efficacité de la chloroquine, a fini par incarner une sorte de « populisme médical », en préconisant un peu de bon sens et des solutions plutôt orthodoxes, avant d’être finalement écouté jusque dans les plus hautes instances et d’attirer dans ses services marseillais des pèlerins de la France entière. 

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Je ne souhaite en rien introduire un relativisme parfait dans l’ordre des vérités scientifiques : le savoir confère bien une légitimité supérieure à l’expert pourvu qu’il en fasse un usage politique le moins possible. Il faut simplement en tirer des leçons sur le rapport de croyance béate que nous entretenons vis-à-vis d’une certaine communauté scientifique, qui peut se tromper massivement et qui n’est pas à l’abri de l’endoctrinement.

Après les âges « religieux » et « métaphysiques », Auguste Comte supputait que nous basculerions dans un âge dit « positif », où le paradigme scientifique façonnerait les représentations du monde. À la faveur de la crise actuelle, nous prenons la mesure de notre erreur et sommes forcés de remettre à sa place la science, qui n’est jamais qu’un chemin vers la vérité plus qu’un stock de vérités établies. Le sens commun le plus élémentaire est toujours de mise et le politique a encore quelque chose à dire avec – ou contre – le scientifique.

Le jour où j’ai retrouvé un texte de Pierre Luccin

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Thomas Morales

Suite du confinement berrichon et réouverture d’une enquête démarrée à la bibliothèque de Bourges…


Je suis tombé, par hasard, sur le nom de Pierre Luccin (1909 – 2001). J’ai toujours eu un faible pour les réprouvés. Quelques lignes d’une biographie iconoclaste, lues en appendice d’un roman, ont suffi à m’alpaguer. Une fiche Wikipédia guère plus explicite, suffisamment sulfureuse pour m’appâter, et j’étais ferré. Le garçon m’a plu, son côté disruptif résonnait en moi. Écrivain bordelais, primé par l’Académie française en 1943, édité par Gallimard et Delmas, steward sur les paquebots, ces grands palaces flottants durant les années 1930, négociant en vins, chroniqueur de revues gastronomiques, rédigeant à l’occasion quelques articles pour La journée vinicole, La vie de Bordeaux ou Rustica et frappé de cinq ans d’indignité nationale à la Libération. Sept livres parus entre 1943 et 1947 (La Taupe, Jacinthe, Le marin en smoking, Pierillot, La colère des albatros, Les voyages de Jean l’Aventure, La confession impossible), et puis plus rien, jusqu’à la sortie posthume de son roman autobiographique inachevé Le Sanglier en 2014. Il avait repris la plume à 80 ans passés. Une vie étrange partagée entre sa vigne et le démarchage des marchés du Nord pour vendre son picrate.

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C’en était trop pour un seul homme, pinardier et auteur repéré, un temps, par la critique, puis oublié dans les fossés des Lettres françaises. Un parcours mystérieux où les zones d’ombre demeurent, j’avais enfin trouvé mon déviant magnifique. Dans la préface d’une réédition, Raphaël Sorin se rappelait du phénomène, le qualifiant « d’un drôle de corps, un mélange de peuple et d’aristo ». J’avais des papillons dans le ventre, dans les yeux, et même partout ailleurs.

Était-ce un héritier de Villon, d’Aloysius Bertrand ou de Marot ? Rallongerait-il la longue liste des bannis des bibliothèques, les Albert Vidalie, Jean-Pierre Enard, André Vers, Jean-Pierre Martinet ou Pierre Autin-Grenier ?

Les mauvaises herbes de la littérature

Les non-alignés ont toujours quelque à chose à nous dire de l’enfermement social. Les CV proprets, humanistes et transparents, font fuir les lecteurs. Ils sont, en partie, responsables de la disparition des stylistes et des mauvais coucheurs. J’aime la bile et l’amertume quand elles exultent de la phrase. Les seuls juges de paix que je reconnaisse, sont les mots. Les écrivains hors-les-murs énervent les pédagogues et les libraires, toujours si prompts à vouloir nous rééduquer.

La littérature se nourrit de mauvaises herbes et d’échappées solitaires. Le roman pousse comme du chiendent, sans idéologie, sans argumentaire, il commence par déranger, et finit par aimanter l’esprit. Il n’est donc pas étonnant que l’œuvre de Luccin ait intéressé de respectables maisons girondines. Les effets de la mondialisation ne nous apprennent-ils pas à consommer à domicile ? C’est aussi vrai dans la création artistique que dans la culture des patates. Finitude et L’Éveilleur ont participé, ces dernières années, à le sortir de l’anonymat. Luccin n’entre dans aucune case. Il est tantôt rosse, tantôt nostalgique. Il aurait tendance à écrire sèchement, hésitant entre la confession désarmante avec, en fond de sauce, une hargne très plaisante, vipérine, qui sourd à chaque instant. Avec lui, ça tangue fort, on est balloté en haute mer. Le portrait que fait de lui Raphaël Sorin se confirme à l’écrit. Il a ce côté populo qui me régale, avec l’œil à l’affut qui décèle toutes les injustices dans les organisations et, en même temps, une posture seigneuriale, une grande maîtrise de la langue. Son talent s’exprime sans zoom. Au final, cette œuvre reste aussi mince et dense que celle d’Albert Cossery. On se met à rêver et si le garçon avait délaissé les ceps pour se consacrer totalement à sa machine à écrire, il aurait fait des miracles. Nous serions certainement riches de textes de « premier cru ». Je pensais que cette rencontre littéraire avec Luccin s’arrêterait là.

Littérature sur ordinateur

Ce matin, je vois ces quelques ouvrages alignés sur mon étagère. Il en manque cependant un. Je le possède dans mon ordinateur. Et, ça personne ne le sait, les historiens bordelais l’ignorent, à mon humble avis. Car Luccin m’a poursuivi jusque dans ma cité berruyère de naissance. L’histoire que je vais vous raconter-là, ne répond à aucune logique. Elle est fidèle à la carrière en clair-obscur de cet écrivain si méconnu. Aujourd’hui encore, ma « découverte » pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Il y a deux ou trois ans, durant les vacances de Pâques, je m’ennuyais ferme dans la maison familiale. À plus de quarante ans, j’ai gardé les stigmates de tous les fils uniques, c’est-à-dire que j’alterne les phases d’agitation et de désœuvrement. Mon père persiflait sur mon incapacité à me concentrer et à faire quelque chose de ma vie. Ma mère me gavait de sablés au beurre. En ce temps-là, le confinement était doux. J’étais, une fois de plus, en manque de livres et de DVD. Je voulais absolument revoir « Sandra » de Luchino Visconti avec Claudia Cardinale et Jean Sorel. À cette époque-là, je m’intéressais à Roger Boussinot, je cherchais à lire Les Guichets du Louvre qui a inspiré un film à Michel Mitrani avec Christine Pascal, Henri Garcin, Alice Sapritch et Michel Auclair. J’aurais, peut-être, une chance de les trouver à la médiathèque de la ville. Je me connectais sur le site : https://mediatheque.ville-bourges.fr/ et y trouvais un vif plaisir. En roue libre, je passais plus d’une heure sur ce moteur de recherche. Je venais de lire La confession impossible ou Le marin en smoking, je ne m’en souviens plus vraiment. Et c’est là que j’ai tapé machinalement : « Pierre Luccin » avec la certitude que cette recherche serait vaine. Miracle de la numérisation et lien invisible qui relie les auteurs entre eux, je n’en croyais pas mes yeux. Un « livre » apparaissait bien et il était relié à Pierre Luccin. Aucun doute, c’était bien le Pierre Luccin des vignes, le marin de la Garonne. Ce « livre » ne figure dans aucune bibliographie. Il est inconnu. Pour être tout à fait honnête avec vous, il ne s’agit pas réellement d’un livre. Voilà ce qu’indiquait sa fiche signalétique :

Titre : « Bourges et sa province à la paresseuse » Edité par P. Luccin. Tabanac (33550 Langoiran)

Type de document : Ouvrages exclus du prêt

Langue : français

Description physique : 11 f. dact. ; 32 cm

Date de publication : [1979 ?]

Cotes : Byb 21951

Sections : Fonds Local

Pourquoi Pierre Luccin, le bordelais avait-il écrit une nouvelle sur la campagne autour de Bourges ? Lui avait-on commandé ou était-ce une initiative personnelle ? Quels organismes (municipalité, office de tourisme, etc…) avaient bien pu le mandater ? Pour quelles raisons ? L’écrivain avait-il des liens avec ce département du centre de la France ? Même la date de parution était accompagnée d’un point d’interrogation.

Manuscrit de Pierre Luccin
Manuscrit de Pierre Luccin

À toutes ces questions, je n’ai toujours aucune réponse. Je fais un piètre enquêteur. J’ai bien tenté d’interroger le personnel, sans succès. Il faut avouer que cette nouvelle se présentant sous la forme de 11 feuillets tapés à la machine avec des corrections au stylo Bic par endroits n’avait pas un intérêt patrimonial exceptionnel, sauf pour moi. Fort gentiment, à la Bibliothèque des Quatre Piliers, splendide bâtisse du centre historique de Bourges, on me permit de consulter sur place ce document qui était parfaitement remisé dans une chemise. Il s’agit donc d’un très court texte assez picaresque dans sa forme narrative qui recense de façon assez amusante, les hauts-lieux berrichons (vitraux de la cathédrale Saint-Etienne, châteaux de la Route Jacques Cœur), les sites naturels comme la Brenne et aussi les plats typiquement locaux, le poulet en barbouille figure en première page ou les fromages de chèvre, la fierté de notre terroir. J’ai longtemps pensé faire de cette découverte la trame d’un roman et, puis, je suis passé à autre chose.

Mais les jours que nous vivons, cloitré, m’incitent à reprendre mon enquête…

Le Sanglier

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La confession impossible

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Jaccard, passeur du désastre

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Roland Jaccard © Hannah Assouline

 


Avec Confession d’un gentil garçon, notre ami Roland Jaccard poursuit son autobiographie fragmentée, mélancolique et brillante. L’oeuvre d’un nihiliste hanté par l’âge, le suicide et la transmission.


Dans Confession d’un gentil garçon, Roland Jaccard poursuit l’exploration du seul sujet qui l’intéresse vraiment : lui-même. Ne vous y trompez pas : ce n’est pas de l’égocentrisme ou de l’égoïsme, c’est de l’égotisme, nuance, comme chez le Stendhal de la Vie de Henry Brulard. En fait, il s’agit d’une démarche très humble. Se connaître est encore le meilleur moyen d’éviter l’esprit de système, les certitudes arrogantes, le sentiment de supériorité. L’usage du miroir est toujours une leçon de modestie. Ce qui s’y reflète, dans Confession d’un gentil garçon, c’est un homme hanté par l’âge, mais qui garde quelque chose de cambré, un homme qui ne renonce pas et nargue la Camarde.

L’idée du suicide

Depuis toujours, Roland Jaccard a prêché le nihilisme philosophique, et le suicide comme porte de sortie. On pourrait craindre pour sa vie. On aurait tort, là encore. Jaccard se souvient de son maître et ami Cioran qui lui aussi, quand on lui faisait remarquer qu’il parlait beaucoup de suicide sans passer à l’acte, répondait que ce n’était pas le suicide qui consolait, c’était l’idée du suicide. Savoir qu’on peut en finir quand on l’aura décidé, voilà ce qui rend supportable l’existence, et la fait même, à l’occasion, paraître aimable. Pas trop, tout de même, il ne faudrait pas exagérer, l’optimisme demeure une faute de goût : « Il arrive que la vie soit belle. J’ai envie d’ajouter : quel dommage ! »

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En plus, on ne se suicide pas quand on aime les jeunes filles, japonaises de préférence, même si on ne peut que constater qu’on en est arrivé au même âge que le héros du roman bref, sensuel, magnifique et désespéré de Kawabata, Les Belles Endormies, l’histoire d’un homme qui devient un voleur de beauté en s’introduisant la nuit dans des maisons de rendez-vous où il caresse des corps plongés dans un profond sommeil tout en méditant sur les années qui ont passé trop vite : « C’est ainsi que s’achèvent les vies. Tu débutes en mendiant, tu finis en rentier. »

Transmettre sans engendrer

Il faut dire que Roland Jaccard a l’aphorisme aiguisé comme une lame et la maxime précise comme une flèche en plein cœur. Ce Suisse de Paris a tout des grands moralistes français du xviie siècle. Comme eux, il n’est plus dupe de rien. La psychanalyse, par exemple, qu’il exerça jadis, est passée à la moulinette. S’il aime toujours Freud et Lacan, dont il est un spécialiste, c’est davantage comme entrepreneurs de démolition que comme hypothétiques guérisseurs. D’ailleurs, on ne guérit de rien dans le cas de Roland Jaccard et surtout pas d’une adolescence placée sous le signe de Benjamin Constant et d’Oscar Wilde, c’est-à-dire d’un vrai dandysme de la misanthropie.

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Pourtant, pour un homme qui ne croit en rien, sauf peut-être dans la frange de Louise Brooks, Roland Jaccard demeure un merveilleux passeur. Lui qui a toujours eu en horreur l’idée de faire des enfants a par un étrange paradoxe le goût de la transmission. Sa Confession d’un gentil garçon invite à la lecture de Proust, de Lichtenberg, de Léautaud, convoque le cinéma et la bande dessinée comme des arts majeurs.

Et si, finalement, le titre de ce petit livre mélancolique et brillant, désabusé et drôle n’était pas une antiphrase ? Et si Roland Jaccard était vraiment un gentil garçon ? Voilà ce qui, pour le coup, achèverait de le désespérer !

La note de bas de page qui « accuse » la philosophe Carole Talon-Hugon

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Carole Talon-Hugon.

 


Invitée à donner une conférence sur l’excès de morale dans l’art, la philosophe Carole Talon-Hugon a été, sur signalement d’un collègue universitaire, la cible d’un appel au boycott pour une note de bas de page prétendument homophobe.


Été 2018. Le festival d’Avignon se termine. Carole Talon-Hugon en ressort accablée par le moralisme pesant dans lequel baigne la programmation. Elle décide d’en faire un livre. L’Art sous contrôle (PUF) est vite écrit. Philosophe spécialiste d’esthétique, professeur à l’université Nice Sophia Antipolis, elle relève depuis des années les manifestations de plus en plus vives d’une censure à multiple détente. L’art pour l’art est mort. Il doit édifier, et non choquer, ce qui n’est pas simple, car il n’y a plus de pudibonderie, seulement des sensibilités. L’homme et l’artiste ne font plus qu’un, l’artiste et son œuvre se confondent. Un geste déplacé de Woody Allen rend impossible une rétrospective de ses films. Théâtre, peinture et littérature doivent s’engager. Les secteurs qui recrutent sont dans le journal : minorités sexuelles ou ethniques, migrants, environnement. « J’avais un peu peur que le festival d’Avignon 2019 rende mon livre caduc, j’avais tort », sourit Carole Talon-Hugon. « Retour d’Avignon, la morale à zéro », titre Libération le 25 juillet. La journaliste du quotidien, Ève Beauvallet, déplore « l’humanisme bêlant » qui imbibe le festival et ironise sur « le rappel aux ordres humanistes » à destination de « ce public de fascistes qui compose, comme chacun sait, les salles du Festival d’Avignon in ». Bref, comme des milliers d’amateurs, elle se retrouve dans les critiques mesurées et argumentées de Carole Talon-Hugon envers les dérives moralisatrices du théâtre contemporain (Ève Beauvallet va d’ailleurs interviewer longuement l’auteur, le 25 juillet 2019).

Le 30 janvier 2020, la philosophe est invitée à la villa Arson, célèbre école d’art rattachée à l’université de Nice. Avant sa conférence, Thomas Golsenne, un ex-enseignant de l’établissement, aujourd’hui en poste à Lille, diffuse le commentaire suivant à destination des étudiants : « La honte… si vous lisez en détail ce livre plein de préjugés notamment homophobes, vous pourrez lire dans la note de la dernière page que l’acronyme LGBTQI s’est enrichi d’un + qui pourrait inclure les zoophiles et les pédophiles… j’espère que des personnes attentives lui feront remarquer le scandale de cette suggestion pendant sa conférence. » Certains étudiants réagissent au quart de tour. Des affiches appellent au boycott, une étudiante accuse Carole Talon-Hugon de faire l’apologie du viol, criant « pédophile ! » quand elle cite le nom de Gauguin. Contacté par Causeur, Thomas Golsenne se défend d’avoir appelé au boycott et campe sur sa position. Le livre est homophobe. Il cite l’objet du délit in extenso : « L’acronyme LGBT (lesbian, gay, bisexuel, transgenre) s’est récemment allongé en LGBTQIA+ (Q pour queer, I pour intersexes, A pour asexuel). Mais le “+” laisse ouverte la possibilité que d’autres préférences en matière sexuelle (fétichisme ? zoophilie ? pédophilie ?) revendiquent leur égale légitimité. » Selon Thomas Golsenne, cette note « scandaleuse » assimile « des préférences sexuelles légales et d’autres illégales ». Il rappelle qu’un conseiller municipal FN, Louis Noguès, a été condamné en diffamation (jusqu’à la cassation, en novembre 2017), pour avoir osé une telle assimilation.

Voilà un bel exemple d’extrait tiré de son contexte. La note renvoie à un passage où Carole Talon-Hugon détaille la fragmentation potentiellement infinie des revendications catégorielles, qui conduit à l’entre-soi et à l’enfermement, en insistant au contraire sur le fait que toutes les sensibilités (et la zoophilie en est une) ne peuvent revendiquer leur légitimité ! Dans la longue réponse qu’il nous a faite par mail, Thomas Golsenne écrit, à propos du racisme et du sexisme dans les écoles d’art : « J’ai également le souvenir d’un étudiant qui avait écrit un mémoire dans lequel les réflexions antisémites abondaient. Ce n’était pas un étudiant musulman (il n’y en a quasiment pas dans les écoles d’art). » Tirée de leur contexte, ces deux phrases accolées suggèrent que Thomas Golsenne croit les étudiants musulmans plus prompts à l’antisémitisme que la moyenne. « En fait, ce qui va peut-être calmer le jeu, c’est la peur de la charrette thermidorienne », conclut Carole Talon-Hugon, en référence au départ à la guillotine des révolutionnaires qui avaient lancé tant de condamnations. Certes, mais si une note de bas de page vaut acte d’accusation, comment arrêter la machine ?

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Prudence médicale et précipitation climatique

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Plaquenil hydroxichloroquine. © Laurent BENHAMOU/ SIPA

Le Professeur Raoult affirme avoir une solution, on l’accuse d’être un faux prophète. Toute ressemblance…


 

Le virus est virulent ! HS sont les milliers de personnes qui s’entassent dans les hôpitaux. Sans qu’on puisse évaluer l’impact de la mesure, le confinement est décidé. C’est un pari osé. Il y a un bénéfice attendu, mais des risques associés : crise économique majeure, angoisse généralisée de la population, augmentation du risque de suicide, etc. Gouverner c’est prévoir et gouverner c’est agir. Dont acte.

À peine l’épidémie commencée, un gaulois réfractaire nommé Raoult avait annoncé un remède efficace : la chloroquine. Il n’était pas n’importe qui : un ponte mondial des maladies infectieuses, soutenu dans ses recherches par l’État et « pratiquant » depuis longtemps cette molécule, ennemie du lupus et du palu. Aussitôt, pourtant, les décodeurs du Monde faisaient tomber la bonne nouvelle dans le vide-ordure des « fake news ».

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Dans son service, aux premiers cas qui se présentent, Raoult commence illico à tester in-vivo le médicament. Sur une vingtaine de patients, les résultats sont pour le moins spectaculaires, notamment lorsque la chloroquine est associée à l’azithromycine.

Malgré les tests effectués par son champion, le gouvernement hésite. Le virus est mal connu, l’échantillon de patients est insuffisant, des études sont encore nécessaires. Gouverner c’est prévoir, gouverner c’est agir. La décision est prise : il faut attendre. Surprise car le pari n’est pas osé au vu de la faiblesse des risques associés : le médicament est bon marché, connu et administré depuis des décennies et, aux doses utilisées, les effets secondaires sont contrôlables. Le triomphe serait sans gloire car la décision est sans péril !

Sur ces entrefaites, on apprend que le Global Risks Reports du très sérieux Forum Économique Mondial n’identifiait pas, dans son rapport 2020, le risque pandémique dans la liste des risques les plus probables pour l’humanité. La meilleure place est trustée par le changement climatique. On se remémore alors que la France a engagé des milliards d’euros pour lutter contre ce mal évanescent et poursuit une transition énergétique hasardeuse. Elle a prévu, elle a agi. Elle a prévu le climat de la Terre des décennies et des siècles à venir, elle a prévu les graves conséquences, elle a prévu les résultats que produirait sa politique sur cet insaisissable « objet » climatique. Elle a fait un pari qui se situe dans le ciel éthéré des incertitudes sous les conseils avisés d’une enfant viking réfractaire à l’école.

Vercingétorix, lui, a fait ses classes. Depuis des décennies, il travaille sous les yeux vigilants d’Hippocrate et n’a cure des prévisions et des sermons des « autorités ». Il se murmure qu’il serait aussi climato-sceptique, donc de ces gens que les décodeurs, de manière chloroquignolesque, accusent de propager des fausses nouvelles.